Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année c : 33ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 33ème Dimanche du temps ordinaire

Actualité

La fin du monde, c’est tous les jours……

Evangile

Evangile selon saint Luc 21/5-19

Le temps de la passion-résurrection - enchaînement historique des refus - rupture sur l'avenir du Temple

Et comme quelques-uns disaient au sujet du Temple qu'il se trouvait décoré de belles pierres et de plaques d'offrande. Il dit : "Ce que vous observez, des jours viendront où il ne sera pas laissé pierre sur pierre qui ne sera détruite"

à la racine des anneaux suivants

Ils le questionnèrent en disant: " Rabbi, quand donc ceci sera-t-il et quel sera le signe quand éventuellement ceci va arriver ? "

refus du témoignage des chrétiens

Celui-ci dit:

les différentes perturbations prévisibles

= "Prenez garde sans cesse de façon que vous ne soyez pas égarés; car beaucoup viendront en mon nom en disant: 'C'est moi'! et: 'Le moment se trouve approché'! Ne faites pas route derrière eux.

= Quand vous aurez entendu parler de guerres et de bouleversements, ne soyez pas terrifiés; car il faut que cela arrive d'abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin.

= Alors il leur disait: se lèvera nation contre nation, royaume contre royaume et il y aura de grands tremblements de terre et selon les lieux, des pestes et des famines, et il y aura des choses effrayantes et de grands signes venant du ciel.

= Or avant tout ceci, ils jetteront sur vous leurs mains et vous persécuteront, vous livrant sans cesse aux synagogues et aux prisons, étant sans cesse emmenés devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom.

inclusion sur le témoignage

Cela aboutira pour vous à un témoignage. Mettez donc dans vos coeurs de ne pas vous soucier d'avance de présenter votre défense, car je vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle ne pourront s'opposer ou contredire tous vos opposants.

= Or vous serez livrés et par des parents et des frères et de ceux de votre parenté et des amis et on en mettra à mort parmi vous. Et vous serez sans cesse haïs par tous en raison de mon Nom.

attitude générale de constance

Et pas un cheveu de votre tête, certes, ne sera perdu. Dans votre constance vous viendrez à posséder vos vies.

Contexte des versets retenus par la liturgie

Ce passage comporte deux parties : l'annonce de la destruction du Temple, assortie d'une double interrogation sur la date et le signe… et une liste des perturbations auxquelles seront affrontés les chrétiens. Y a-t-il un rapport entre les sujets abordés par chacune?… telle est la question dont la réponse ne peut être éclairée que par le contexte.

1er point : cadre d'ensemble

Auparavant : Si l'on compare Luc aux autres évangélistes, on doit noter qu'il concentre fortement sur le Temple ce qui a trait aux derniers jours de Jésus avant le drame final. "Pendant les jours, il était dans le Temple, enseignant sans cesse et il passait ses nuits en dehors à la montagne des oliviers. Tout le peuple se levait de bon matin et venait auprès de lui dans le Temple pour l'entendre"(21/37)

Au terme de la montée vers Jérusalem, indirectement, il a été question de sa destruction: "Lorsqu'il approcha, ayant vu la ville, il pleura sur elle en disant: …des jours viendront et tes ennemis t'environneront d'une palissade, ils feront ton siège et t'accableront de partout;… et ils ne laisseront pas pierre sur pierre en toi" (19/41).

A son entrée, le premier geste de Jésus a été de chasser les vendeurs du Temple. Puis un long discours a résumé l'enchaînement des refus et des ruptures qui ont amené à l'échéance du jugement et de la condamnation. Dimanche dernier, nous avons remarqué le caractère "personnel et historique" de leur présentation depuis Jean-Baptiste jusqu'à la communauté chrétienne d'après Pâques.

La rupture sur le Temple apparaît en dernier et s'adresse toujours au peuple représenté par "quelques-uns". Il peut être utile de rappeler la question qui était posée dès les premiers versets de cet exposé et domine tous les sujets: "Dis-nous en quelle autorité tu fais ceci ou qui est celui qui te donna cette autorité" (20/2). Elle n'est pas sans éclairer le passage du Temple de pierre à un nouveau mode de présence de Dieu parmi les siens.

Luc reste cohérent dans la composition des versets qui suivent l'annonce de la destruction. Celle-ci était nécessairement " au futur", il aborde donc ce qui concerne les chrétiens "avant" le désastre, ce qui leur est conseillé "pendant" et ce qui arrivera "après". Nombre de commentaires interférent avec la présentation parallèle de Marc-Matthieu et projettent sur l'ensemble une note "apocalyptique". Ceci ne s'impose pas, la fin des temps est détachée de ce qui la précède et est évoquée selon le style biblique habituel.

Ensuite : Luc présente les deux événements qui sont postérieurs: le siège de Jérusalem, entraînant la ruine du Temple, et la venue du Fils de l'homme.

Le "signe" demandé est alors évoqué de façon assez précise en rapport avec la réalisation: "quand vous aurez vu Jérusalem en train d'être encerclée par des camps militaires, alors connaissez que sa dévastation est proche" (21/20).

S'y ajoutent des recommandations qui correspondent à l'attitude qu'adoptera la communauté chrétienne de Jérusalem en 70. "Alors, que ceux qui seront en Judée s'enfuient dans les montagnes, que ceux qui seront à l'intérieur de la ville s'en éloignent et que ceux qui seront dans les campagnes n'y rentrent pas ; car ce seront des jours de châtiment, où tout ce qui est écrit devra s'accomplir. Malheur à celles qui seront enceintes ou allaiteront en ces jours-là !"

Puis Luc évoque rapidement la cruauté de la répression et il dénonce toute fausse espérance en une restauration prochaine: "Il y aura en effet grande détresse dans le pays et colère contre ce peuple. Ils seront passés au fil de l'épée, emmenés captifs dans toutes les nations "Jérusalem sera foulée aux pieds par des nations jusqu'à ce que soient accomplis les temps des nations".

Le "jour du Fils de l'homme" a été déjà mentionné en 17/24. Il était alors présenté comme "l'éclair resplendissant qui brille de l'horizon de la terre sous le ciel à l'horizon vers la terre sous le ciel". Quant aux recommandations, elles portaient surtout sur la vigilance en raison de la soudaineté de l'événement. Les exemples du déluge et de la femme de Lot insistaient sur ce point.

En conclusion provisoire, nous ne pouvons ignorer l'existence d'un lien entre la ruine du Temple et la présentation des perturbations qui affectent les chrétiens mais la nature de ce lien est à déterminer avec précaution. Nous y reviendrons.

2ème point : documentation sur la destruction du Temple

= Le bâtiment qu'a contemplé Jésus et ses apôtres n'avait pas la splendeur du "premier Temple" construit par Salomon. Celui-ci avait été détruit en 587 puis reconstruit modestement au retour de l'exil. Pour se faire accepter par son peuple, au début de notre ère, le roi Hérode avait entrepris de grands travaux d'agrandissement et de rénovation, ils ne furent terminés qu'en 64. Six ans plus tard, en août 70, le bâtiment était détruit lors du siège de Jérusalem.

Cette "victoire" romaine mettait fin à la révolte provoquée, en 66, par les mesures maladroites du procurateur Florus. Le siège de la ville, mené par le général Titus, fut impitoyable en raison d'une résistance opiniâtre que soutenait une foi inébranlable. Dieu ne pouvait permettre la destruction de son Sanctuaire. Après de durs combats, celui-ci fut pris et livré aux flammes. Plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants furent égorgés par les romains et la ville fut pillée avant d'être rasée. Les habitants qui échappèrent au massacre furent réduits en esclavage ou réservés aux jeux du cirque. Le Temple ne fut jamais reconstruit. Seules les ruines actuelles peuvent suggérer sa grandeur passée.

= Pour les juifs, le Temple était porteur d'un double symbole.

"Dans toutes les religions, le Temple est le lieu sacré où la divinité est censée se rendre présente aux hommes, pour recevoir leur culte et les faire participer à ses faveurs et à sa vie. Sans doute, sa résidence ordinaire n'appartient-elle pas à ce monde-ci, mais le temple s'identifie en quelque sorte avec elle, si bien que grâce à lui l'homme entre en communication avec le monde des cieux" (Vocabulaire de théologie biblique)

Certes les origines nomades tendaient à relativiser cet aspect précis de présence. La déportation à Babylone (en 587) avait accentué cette tendance durant l'exil. Des groupes religieux comme les Esséniens et les Samaritains ne fréquentaient pas le Temple. Mais la majorité des juifs le considérait comme la "maison de Dieu", lieu unique de la présence de Dieu au milieu du peuple qu'il s'était choisi. Il assurait la pérennité de l'Alliance ancienne.

Du fait de la dispersion qu'avaient engendrée les guerres et les déportations, le Temple était également devenu un signe d'unité et un lieu de rassemblement. Face aux différents occupants, la nation juive pouvait y affirmer la puissance internationale qu'elle conservait encore.

Annoncer la ruine du Temple, ce n'était donc pas annoncer un simple malheur humain. L'événement avait nécessairement une portée religieuse. C'était prédire la rupture de l'Alliance entre Dieu et le peuple juif, le rejet du peuple élu par Dieu. Les prophètes n'avaient pas manqué de présenter ainsi la destruction du "premier" Temple en 587. Mais ils avaient complété leurs oracles de malheurs par des perspectives de libération et de restauration. La suite de l'histoire semblait leur avoir donné raison : Cyrus le perse avait mis fin à l'exil en 538 et la résistance des frères Maccabée avait eu raison de la persécution d'Antiochus IV Epiphane en 164. L'épreuve ne pouvait donc être que passagère.

3ème point : juste estimation de la "prédiction" de Jésus

Lorsque Jésus parlait de la destruction du Temple, il ne prophétisait pas un événement totalement imprévisible. Aux environs des années 30, tout esprit lucide pouvait émettre cette opinion.

L'empire romain était dans sa plénitude. Dans les temps incertains qui avaient précédé l'annexion de la Palestine, les empereurs et gouverneurs avaient du "lâcher du lest" pour le pas être encombrés de révoltes sur leurs arrières et terminer leur implantation plus avant dans ces régions. Il fallait être naïf pour penser que cette situation durerait bien longtemps. La "romanisation" était une politique chère aux occupants, car elle avait donné d'excellents résultats ailleurs.

Mais, en Palestine, deux "orgueils" s'affrontaient: l'orgueil juif au nom de l'ancienneté de son histoire et l'orgueil romain au nom de sa nouvelle puissance. Il s'agissait d'une opposition "de nature" sur tous les plans: culturels, religieux, historiques… La crise était donc latente et son issue ne laissait planer aucun doute: la force militaire romaine ne pouvait avoir que le dessus, même s'il fallait pour cela du temps et des hommes.

En raison de l'éloignement de ces provinces et du danger de contamination que représentait toute révolte, la répression ne pouvait être que terrible en raison de sa valeur "exemplaire". Il s'agissait de frapper fort et Rome avait perçu que Jérusalem et le Temple représentaient le cœur de l'amalgame politico-religieux qu'était le judaïsme.

4ème point : prise en compte de la "situation historique" de Luc

Les commentaires ont souvent tendance à l'oublier. En rapport à la destruction du Temple et à ses conséquences "religieuses", trois remarques sont indispensables.

* Lorsqu'il écrit, la ruine de Jérusalem est consommée. Effectivement, il ne reste plus "pierre sur pierre" en raison de la dureté de la répression. Nous savons que le judaïsme sera sauvé par les initiatives que prendront quelques pharisiens rescapés regroupés à Jamnia. Ils maintiendront l'essentiel de la foi juive en reportant sur les synagogues nombre d'éléments cultuels qui contribuaient à la vitalité du Temple. Mais Luc semble ignorer la réussite de cette tentative et paraît plutôt défiant à son égard en raison des échos qu'elle trouve auprès des chrétiens d'origine juive.

* Les lettres de Paul témoignent qu'aux premiers temps de la réflexion chrétienne, l'idée d'un retour prochain de Jésus avait été envisagée et rien ne s'était passé. Les juifs pensaient la résurrection en optique de résurrection générale. Pour les chrétiens, la résurrection de Jésus avait été personnelle, mais ne laissait-elle pas présager l'imminence d'un bouleversement universel. En écrivant aux Thessaloniciens (1ère lettre 4/13). Paul décrit même sa manifestation et n'hésite pas à se situer parmi les élus.

* Par la suite, l'influence du livre de Daniel avait contribué à faire naître autour de la destruction du Temple une littérature "apocalyptique". Ecrivant au temps de la persécution d'Antiochus (167), l'auteur insistait sur la proximité de la fin, sans donner de date, et sur la venue imminente du Royaume. Il reprenait en même temps la grande idée sous-jacente à la pensée juive la plus pure, celle d'une mission universelle qui "accomplirait" ainsi l'histoire.

Les milieux judéo-chrétiens ne pouvaient qu'être sensibles aux idées d'une nouvelle intervention de Dieu en Jésus, "fils d'homme" selon le symbolisme de l'écrit biblique et sur l'universalité qu'il confiait à la mission chrétienne. Nous ignorons les interférences qui amenèrent sans doute la composition d'une apocalypse qui ne devait avoir rien de spécifiquement chrétien à l'origine. Elle faisait l'amalgame entre destruction du Temple, fin des temps, retour du Christ. Elle dut être colportée très tôt dans les communautés puisque Marc y est confronté.

Luc en est également témoin: le Temple est détruit et rien ne s'était passé, ni intervention divine ni fin du monde, ni retour de Jésus. Il le sait, ses lecteurs le savent. S'il en fait mention, ce n'est certainement pas pour "prouver que Jésus avait raison". Pour ne pas trahir l'évangile, il nous faut chercher ailleurs.

* En premier lieu, l'évangéliste se sent très libre pour remettre à leur juste place des "égarements" qui lui paraissent nuisibles au présent de la mission. Il y a donc erreur d'interprétation lorsqu'on évoque les citations de Luc en appui de l'imaginaire dont les séquelles subsistent en nombre d'esprit au sujet de la fin des temps. Il s'agit au contraire d'une critique en raison des freins qu'elles représentent. Il n'y a aucune raison d'abuser du vocabulaire courant auquel il recourt pour présenter la situation difficile des chrétiens et d'y voir l'indication de "signes précurseurs" de la manifestation "glorieuse" de Jésus. Encore une fois, nous ne sommes pas chez Matthieu.

Hormis les dures conditions que créent les oppositions à la jeune foi chrétienne, Luc se sent très "apaisé" vis-à-vis des annonces "apocalyptiques". Il n'hésite pas à justifier l'attitude de la communauté de Jérusalem qui s'est éloignée de la ville et s'est réfugiée à Pella à l'approche des troupes romaines. Bien entendu, tout comme nous, il pressent que le monde aura une fin et il reprend les images admises par tous pour l'esquisser.

Mais cette perspective aide à ne pas oublier le thème sur lequel il est souvent revenu au long de la "marche de l'Eglise". La présence du ressuscité à nos côtés rend caduc la référence aux conceptions passées et coupe court à l'idée de "reconstruire un Temple". Jean le dira encore plus nettement : "Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai… Il parlait du sanctuaire de son corps." (2/19). Ses disciples le comprirent quand il ressuscita.

Piste possible de réflexion : perturbations "normales" ou signes 'avant-coureurs" de la fin

En écoute rapide de ce passage d'évangile, nous risquons d'être doublement déçus.

Pour orienter la réflexion des derniers dimanches de l'année, nous avons l'habitude d'entendre des textes qui nous parlent de la fin des temps et des bouleversements qui en seront les signes avant-coureurs, nous avons en mémoire les textes de Marc et de Matthieu se référant aux annonces bibliques qui traitent de ces catastrophes. Et voici que Luc, tout simplement, nous présente un aspect ordinaire de nos vies. Car cette description convient parfaitement à notre temps, il suffit de changer le vocabulaire en parlant de crise de la société, de chômage, de cyclone, de terrorisme…

Par ailleurs, nous avons du mal à relier tout cela à l'annonce de la destruction du Temple. En regardant les actualités télévisées, nous pouvons en contempler les ruines et le déchaînement de violences qui secouent le pays environnant. Mais une meilleure connaissance de l'histoire et la mondialisation nous évitent d'attribuer les malheurs des temps au rejet de Jésus par son peuple. Nous connaissons suffisamment Luc pour "sentir" qu'il nous suggère autre chose…

Commençons par ce deuxième point et, assez naturellement, il nous permettra d'éclairer le premier.

1°. à l'écoute de Luc

la destruction du Temple

* Grâce à l'historien Josèphe, nous savons les conditions dans lesquelles, en l'an 70 de notre ère, les romains intervinrent en Palestine pour réprimer une révolte qui grondait depuis longtemps. Les destructions furent systématiques et les massacres firent plusieurs milliers de victimes. Les rescapés perdirent le peu d'autonomie que leur concédaient jusque-là les occupants, mais surtout le Temple, dernier lieu de résistance, fut rasé tout comme les principaux édifices de Jérusalem.

* Ne faisons pas de Jésus un devin. L'événement était prévisible tout comme la révolte qui l'a précédé. La puissance romaine était à son apogée et le peuple juif ne pouvait faire appel à aucune puissance extérieure. La Palestine faisait partie du groupe des provinces lointaines où tout séparatisme risquait de se propager. Il fallait donc frapper fort à titre d'exemple. Jérusalem et le Temple étaient au cœur de l'amalgame politico-religieux qui faisait la force du judaïsme. Humainement parlant, la destruction de ces lieux ne pouvait manquer d'être un objectif essentiel. Seule, la foi juive en un Dieu qui ne permettrait pas la destruction de son sanctuaire laissait espérer une autre issue.

* Un livre biblique des derniers siècles avant notre ère, le livre de Daniel, évoquait une intervention divine en visage d'un "fils d'homme" mystérieux qui rétablirait un ordre de justice. Bien que le livre n'apportât aucune précision, il insistait sur la proximité de la fin et sur la venue imminente du Royaume. Ce "jour du Fils de l'homme" fut interprété comme imminent et son intervention fut assimilée à une "fin des temps" selon la description des anciens prophètes.

Aux premiers temps de la communauté chrétienne, cette annonce perturba certains milieux judéo-chrétiens qui n'avaient pas rompu avec le cadre juif et les espérances qui lui étaient attachées. La première lettre de Paul aux Thessaloniciens nous témoigne de cette influence en parlant d'un "retour prochain" du Seigneur qui scellerait l'avènement d'un Royaume définitif.

* Mais nous ne devons pas oublier la position de Luc lorsqu'il écrit son évangile en l'an 80. Il a entendu parler de l'imminence du "retour de Jésus" et rien ne s'est passé. Il a entendu parler d' une possible intervention divine lors de la destruction du Temple et, malheureusement, il sait les conditions effroyables qui l'ont accompagnée, rien ne s'est passé.

Il n'en tire pas un doute à la manière de certaines critiques actuelles: " Où est-il votre Dieu soi-disant très bon et tout puissant? Et vous-mêmes, les chrétiens, êtes-vous meilleurs que les autres? Après vingt siècles de christianisme, le monde est-il vraiment changé ? " De façon beaucoup plus lucide et réaliste, il en tire un enseignement sur la manière dont Jésus ressuscité nous accompagne et nous soutient. Le chrétien ne croit pas en "un Dieu qui le protègerait miraculeusement, mais en un Dieu qui le livre - et se livre avec lui - aux risques d'une vie digne d'être appelée humaine" (Paul Ricoeur).

Le fait qu'il ne reste pas "pierre sur pierre" du système ancien met en garde contre toute fausse espérance, fut-elle émise dans une ambiance "religieuse". Après les enseignements qui ont parsemé la "marche de l'Eglise" au long des dimanches ordinaires, nous devrions en être convaincus. Luc les confirment à l'occasion de situations que nous aurions tendance à qualifier "d'extra-ordinaires". Désormais la présence divine est "autre".

les perturbations "habituelles" en toute vie de foi chrétienne

Il est légitime d'admettre que les perturbations actuelles ont un autre visage qu'au temps passé ;  il est également légitime d'admettre que les visions "apocalyptiques" qui sont tirées de certains troubles n'ont plus la même intensité en raison du développement de nos connaissances. Nous restons donc libres de nous exprimer en une autre présentation lorsque nous abordons cette question avec nos contemporains. Mais la "racine" est la même.

Il est donc intéressant de détacher les "points sensibles" sur lesquels Luc nous alerte. Historiquement il s'appuie sur les perturbations internes et sur les épreuves extérieures qu'avait du affronter la première communauté chrétienne et il serait possible d'illustrer chaque recommandation en mentionnant certains épisodes des Actes des Apôtres.

Mais, comme toujours, l'évangéliste perçoit cette situation comme universelle. A notre service, il propose une réflexion en trois temps: a) chaque point qu'il signale lui paraît menacé de dérive sous la pression de considérations plus ou moins apocalyptiques sur les malheurs ou la fin des temps… b) au contraire, chaque point lui paraît susceptible d'une estimation beaucoup plus calmec) pour assumer chacun de ces points, il est désormais inutile de penser à l'efficacité d'une démarche "vers le haut", nous pouvons compter sur le soutien actif de Jésus ressuscité présent à nos existences.

1. Luc parle d'abord des faux messies et des faux prophètes. Il a mis en garde ses lecteurs en 17/20. "Le Royaume de Dieu ne peut être localisé ici ou là, il est en dedans de vous"… Quant à une venue de Jésus qui correspondrait à une fin à notre monde, il n'en élimine pas la possibilité, mais, dans ce même passage, il l'a présentée comme l'éclair qui brille d'un horizon à l'autre, autrement dit sans confusion possible lorsqu'elle interviendra.

2. En tous temps la violence et les bouleversements consécutifs aux guerres ont ému des contemporains choqués par ce déferlement meurtrier et par le nombre de victimes innocentes. Comme chacun de nous, Luc est sensible à ce scandale car, malheureusement le pillage de Jérusalem n'était pas une exception. Sans doute se rappelle-t-il également la manière dont Jésus a été entraîné dans la spirale de la violence sans qu'une intervention divine n'y mette entrave. Mais il sait que sa passion n'a pas été la fin puisque la résurrection en a jailli.

3. L'évangéliste dresse la liste des catastrophes naturelles selon les connaissances de son temps. Tremblements de terre, choses effrayantes et grands signes dans le ciel prennent place aux côtés des pestes et des famines. C'est là le plus souvent qu'est évoqué un lien possible avec le monde divin. Les prophètes de l'Ancien Testament lui fournissaient ample littérature sur ce rapport aux derniers temps. Pourtant il se contente d'un simple exposé, sans commentaire ni référence.

4. Il en arrive ainsi aux persécutions menées à l'encontre des chrétiens en raison de leur foi "au Nom de Jésus", c'est-à-dire à sa personne. Elles avaient commencé très tôt de la part des juifs et les romains avaient pris le relais. Nous ne connaissons que trop la cruauté de l'empereur Néron. Mais, de suite, Luc mentionne les deux aspects positifs qui doivent ressortir de cette situation : devant les persécuteurs comme devant les contemporains, ce sera un témoignage… et personnellement, ce sera l'occasion de vivre un rapport intense à Jésus, car la Parole donnera toute sa mesure de "sagesse" dans les débats contradictoires…

5. Pourtant, ces ruptures affecteront des liens très intimes tissés avec parents ou amis. Elles pourront aller jusqu'à la mise à mort. Dans l'exemple des ruptures familiales, Luc inclue toutes les oppositions ambiantes. Il avait évoqué cette éventualité en 12/52-53. En cette situation délicate, il invite à appuyer la persévérance sur la conviction que, "même un de nos cheveux" a de l'importance pour Jésus.

2°. le visage actuel des lamentations "apocalyptiques"

Chacun de vous a déjà en tête les rapprochements possibles. Il suffit donc d'en évoquer quelques uns.

* Aujourd'hui, le syndrome de la destruction du Temple reste présent en de nombreux domaines. L'évocation du "bon vieux temps" conserve son impact alors que les documents historiques et les progrès de nos civilisations relativisent nettement les bienfaits qu'on lui accorde. L'Eglise n'est pas épargnée depuis que la réforme du Concile Vatican 2 a contribué à la disparition de signes de foi auxquels beaucoup étaient habitués. Il est de bon ton de lui attribuer tous les problèmes actuels, la diminution de la pratique, la montée de l'incroyance, la désaffection des jeunes…

* Aujourd'hui, les faux messies deviennent légion depuis que les médias amplifient leurs annonces. Ils s'appuient sur le désarroi créé par la misère, les incertitudes et les craintes actuelles. Malgré l'aspect irrationnel et même farfelu de leurs enseignements, ils bénéficient d'une écoute soutenue.

* Aujourd'hui, nous connaissons mieux les mécanismes du cosmos et pourtant, l'évocation d'une prochaine fin du monde est prise au sérieux en certains cercles religieux. Les horoscopes et autres gris-gris porte-bonheur conservent toujours leur impact. Les craintes atomiques ont remplacé les appréhensions du passé devant les orages, les tempêtes et les tremblements de terre.

* Aujourd'hui, les guerres, les haines, les injustices font l'objet d'analyses qui renvoient aux pesanteurs et aux responsabilités des hommes. Et pourtant les uns comme les autres en appellent à Dieu pour justifier un déferlement de plus en plus meurtrier.

* Aujourd'hui, malgré les énormes progrès de la médecine, le problème du mal reste toujours aussi sensible, sinon plus. Et la révolte devant la souffrance en reporte toujours la responsabilité sur Dieu.

* Aujourd'hui, en nos pays, la persécution ne présente plus le même visage meurtrier, mais le poids de l'incroyance ne fait qu'augmenter et les chrétiens authentiques se trouvent marginalisés ou facilement critiqués au nom d'une conception simpliste de la foi. Chaque jour nous vivons la division des familles "au nom de Jésus".

Face à tout cela, la conviction que Luc fait ressortir peut se résumer en quelques phrases.

- Les malheurs et les bouleversements ont toujours existé. Sous leur pression, les uns s'agitent, se désespèrent ou prêtent l'oreille à de nouveaux prophètes ; d'autres s'en remettent de façon naïve à Dieu en souhaitant qu'il agisse sans la collaboration de l'homme.

- La foi chrétienne a toujours opposé, au nom de la présence de Jésus ressuscité au monde des hommes, un engagement qui se voulait créateur. Les situations de crise s'inscrivent dans une histoire qui progresse selon une loi de mort-résurrection. "La nouveauté surgit toujours d'un ancien périmé, la fleur d'un bourgeon éclaté". Le destin de Jésus nous confirme qu'après la nuit, le jour se lève et son amitié nous engage à soutenir la vie pour qu'elle continue par delà les maladies et les crises.

 
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