Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 32ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 32ème Dimanche du temps ordinaire

Actualité

Au cœur de notre foi, la difficile question de la résurrection des morts….et quelques clefs pour ne pas verser dans la caricature…et échapper aux fausses pistes.

Evangile

Evangile selon saint Luc 20/27-38

Le temps de la passion-résurrection - enchaînement historique des refus - refus de la résurrection

premier mouvement : contestation de l'idée-même de résurrection 

S'étant avancés, quelques-uns des sadducéens - ces gens qui prétendent qu'il n'y a pas de résurrection - questionnèrent Jésus en disant :

Rabbi, Moïse écrivit pour nous : Si éventuellement le frère de quelqu'un est mort, ayant une femme mais étant sans enfant, que son frère prenne la femme et qu'il suscite une descendance à son frère'.

Il y avait donc sept frères: le premier, ayant pris femme, mourut sans enfant. Le deuxième et le troisième la prit. Pareillement les sept aussi ne laissèrent pas d'enfant et moururent.

Finalement la femme aussi mourut. La femme donc, à la résurrection, duquel d'entre eux devient-elle femme, car les sept l'eurent pour femme?

Deuxième mouvement : enseignement de Jésus 

Et Jésus leur dit :

1er temps : la Vie des ressuscités n'est pas imaginable

Les fils de ce siècle épousent et sont donnés en mariage. Ceux qui ont été jugés dignes d'obtenir ce siècle-là et la résurrection hors des morts n'épousent ni ne sont données comme épouses.

En effet ils ne peuvent plus mourir, car ils sont égaux aux anges et ils sont fils de Dieu, étant sans cesse fils de la résurrection.

2ème temps : Dieu est un Dieu vivant qui donne la vie

Or, que les morts sont réveillés, Moïse aussi l'a donné à entendre au passage du Buisson lorsqu'il appelle Seigneur, 'le Dieu d'Abraham et le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob'.

En outre, il n'est pas un Dieu de morts, mais de vivants, car tous vivent par (ou pour) lui.

Contexte des versets retenus par la liturgie

Pour réfléchir au thème délicat de la résurrection, un texte complexe nous est proposé, inclus dans un ensemble complexe.

= Dans le cadre des jours qui ont précédé le drame final, Luc dresse la liste des refus et des ruptures qui ont entraîné l'opposition irréductible des autorités juives. Il situe Jésus "dans le Temple", enseignant "le peuple" auquel se mêlent successivement les représentants des principaux groupes religieux. La question dominante est posée dès les premiers versets : "dis-nous en quelle autorité tu fais ceci ou qui est celui qui te donna cette autorité?"(20/2). Elle anticipe la double question qui sera posée au moment décisif par le grand prêtre: "si tu es le Christ, dis-le nous! et "toi donc, tu es le Fils de Dieu?"(22/66). Le développement dont nous lisons un élément anticipe la réponse de Jésus : "si je vous le dis, vous ne croirez pas".

Cette liste appelle deux observations.

Les divers sujets abordés concernent la "personne" de Jésus, soit son "identité profonde", soit un trait essentiel de son engagement. Ceci est explicite pour la majorité d'entre eux; seul le passage d'aujourd'hui sur la résurrection pourrait prêter à hésitation. Le contexte invite donc à situer ces versets en rapport à la résurrection "personnelle" de Jésus; par extension, le thème de la résurrection des morts s'en trouve éclairé, mais, ici, nous ne sommes pas dans un cadre descriptif de la situation des défunts. Le texte est centré sur la "possibilité" de la résurrection plus que sur le "comment" de la vie après la mort.

La liste présentée dans cet ensemble est une liste progressive dont l'enchaînement correspond globalement à la chronologie du ministère "total" de Jésus. 1. au baptême, Jean-Baptiste avait présenté Jésus comme "celui qui, plus fort que lui, baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu" (3/16)… 2. en son ministère, Jésus s'était révélé comme le fils, le bien-aimé, envoyé par le propriétaire de la vigne pour en recueillir le fruit (20/9)… 3. il ne pouvait lui être reproché d'avoir enlisé le Royaume dans des considérations politiques car il avait donné priorité à l'exigence de "rendre à Dieu ce qui est à Dieu"(20/25)… L'enchaînement se poursuit à la suite de notre passage : 5. en sa résurrection, Jésus témoigne qu'il est "Seigneur"… 6. l'Eglise se situe en veuve, privée désormais de sa présence visible, mais elle n'en continue pas moins de donner tout ce qui la fait vivre, à savoir la présence dynamique de son "époux".

Les versets que nous lisons aujourd'hui traitent donc de la résurrection en rapport "personnel" à Jésus. Nous pouvons hésiter entre deux hypothèses pour préciser les motivations qui poussaient Luc à revenir sur le "fait" de cette résurrection personnelle de Jésus. La lettre de Paul aux Corinthiens semblait témoigner d'un déplacement d'accent vers la résurrection générale des défunts. Il est possible qu'en milieu grec se soient manifestées de nouvelles contestations. Il est également possible que Luc ait voulu simplement brosser un tableau complet des "points sensibles" qui avaient suscité les oppositions.

= La tradition que reprend Luc semble assez ancienne, car la présentation est le reflet de ce que nous savons des manières de discuter en milieu juif rabbinique. Une controverse se déroulait toujours en deux temps, chacun des protagonistes s'appuyant sur un passage extrait des Ecritures. L'autorité de celles-ci étant reconnue par tous, les références étaient censées départager les différents exposés. Nous sommes souvent déconcertés par la manière dont le lien aux Ecritures était évoqué en preuve de telle ou telle opinion.

Historiquement, Jésus a été confronté à ces manières d'argumenter et il est certain qu'il a recouru au même procédé dans certaines de ses réponses. Comment aurait-il pu en être autrement? Il parlait aux hommes de son temps, dans les formes de son temps, malgré la gêne que cela lui créait pour exprimer un Message à portée universelle. Nous pouvons cependant remarquer la manière dont il réoriente ces "mécanismes de discussion" pour aboutir à des conclusions beaucoup plus précises que les citations.

Dans le cas présent, nous distinguons nettement ces deux parties: l'objection des sadducéens et la réponse de Jésus. Celle-ci semble avoir été dédoublée par Luc, car rien n'oblige à voir la dernière phrase comme éclairage de la précédente; elle se suffit à elle-même. Il est facile de repérer les deux "mentalités" que l'évangéliste cherche à convaincre. Pour les membres de sa communauté issus du judaïsme, l'argument de référence aux Ecritures restait percutant. Pour les convertis de culture grecque, il n'en était pas de même. Aussi Luc avance un argument plus "philosophique", celui de la vitalité de tous les êtres créés.

= Luc ne s'attarde pas tellement à l'argumentation des opposants car elle lui paraît se condamner d'elle-même. Il cherche à porter notre attention sur la réponse de Jésus. Mais nous ne sommes pas dans la situation que créait la parabole du mauvais riche et de Lazare. Pour la comprendre, il nous fallait combler les différences énormes qui séparent notre civilisation des civilisations anciennes en ce qui concerne les conceptions se rapportant à l'au-delà de nos existences. Ici, nous en restons à un plan apparemment "théorique" et donc plus épuré. Il n'empêche que certains renseignements peuvent être utiles.

Les sadducéens

Nous manquons de documentation précise à leur sujet au temps de Jésus, car ils disparurent avec la ruine de Jérusalem en 70. Leur communauté regroupait des membres de l'aristocratie de Jérusalem, issus soit de la caste sacerdotale, soit de familles influentes. Ils siégeaient au Sanhédrin. Ils s'intéressaient surtout au culte et à la liturgie. Leur état d'esprit était très conservateur et même intégriste; à leurs yeux, seule la Loi écrite (Pentateuque et Prophètes) devait régler la religion, ils la lisaient de manière littérale et très juridique. Rien ne devait lui être ajouté, même pour répondre aux évolutions de l'histoire. C'est pourquoi, ils refusaient les développements théologiques des derniers siècles, dont la résurrection et l'existence des anges. En revanche, d'un point de vue politique, ils se montraient accommodants avec l'occupant romain qui les laissait au pouvoir en vue d'une paix relative.

Ce passage est le seul où Luc mentionne une intervention des sadducéens. Mais nous ne pouvons oublier qu'il écrit en 80 alors que ceux-ci ont été décimés. Il les évoque au titre d'un point précis de leur doctrine, point universel qu'il précise au premier verset.

La loi du lévirat (mariage d'une veuve avec son beau-frère = lévir en latin)

A l'origine, cette loi (Deutéronome 25/5) avait pour but de "perpétuer le nom" et surtout de ne pas disperser le bien familial en assurant un héritier au défunt, car l'enfant qui naissait de la nouvelle union était juridiquement considéré comme le fils du mari défunt. On retrouve également cette pratique chez les Hittites et les Assyriens. Au temps de Jésus, cette coutume était déjà dépassée. Le Talmud lui-même précisait qu'il ne fallait pas multiplier ce genre de mariage au delà de trois unions.

Les Sadducéens connaissaient parfaitement cette restriction; face à Jésus, leur but est donc polémique. La manière dont ils présentent cette référence exagère les aberrations auxquelles pouvait aboutir cette coutume mais elle dévoile également leur hypocrisie, car c'étaient bien à de tels travers qu'aboutissait une application stricte de la Loi.

Le passage biblique "du buisson" (Exode /chapitre 3)

Il nous faut soigneusement distinguer l'épisode et la manière dont Jésus s'y réfère. Même si nous connaissons les textes de l'Ancien Testament, nous ne sommes pas rôdés à l'interprétation qui en est souvent tirée. La "logique" qu'affectionnent nos esprits modernes est souvent loin d'y trouver son compte!

* L'épisode est simple à résumer puisqu'il est présenté clairement dans le livre de l'Exode. Après avoir tué un égyptien pour défendre un de ses frères hébreux, Moïse fuit au pays de Madian. Il trouve l'hospitalité chez le prêtre du pays qui lui donne pour femme une de ses filles. Il est amené à conduire le troupeau de son beau-père au delà du désert, il parvient ainsi à la montagne sacrée appelée Horeb. C'est là qu'il bénéficie d'une "rencontre avec Dieu" qui se révèle décisive pour lui et pour son peuple.

Le texte biblique recourt au symbolisme d'un "buisson qui était en feu et ne se consumait pas". Moïse "fait un détour pour voir cette grande vision". C'est alors que "Dieu l'appelle du milieu du buisson" et lui précise la mission de libération qu'il compte réaliser par son intermédiaire en vue de "délivrer les hébreux de la main des égyptiens et les conduire au pays de Canaan".

* Dans le cadre de ce dialogue, le livre de l'Exode aborde la question du Nom que le peuple d'Israël doit donner au Dieu qui "l'a fait sortir du pays d'Egypte". La chose est importante car, pour les anciens, le Nom est plus qu'une simple désignation, il exprime la profondeur, le "mystère" d'un être. Cette profondeur ne pouvant être rejointe qu'en prêtant attention à son activité, le lien est étroit entre nom et histoire.

C'est là que les choses se compliquent. Car, en rédaction finale du livre de l'Exode, plusieurs traditions se trouvent conjuguées, d'où une diversité de noms qui se trouvent attribués au Dieu de Moïse. Le plus ancien semble être YHWH, dérivé du nom Yah ou Yahou que l'on retrouve dans certaines vieilles traditions du désert. Sa traduction littérale correspond à "je suis", nom qui reste bien énigmatique malgré les nombreuses explicitations dont on l'a chargé par la suite. Vers le 4ème siècle avant notre ère, on prit l'habitude de ne plus le prononcer directement; à la lecture d'un texte, on le remplaçait par Adonaï, ce qui donna "le Seigneur" en traduction grecque. La date et le processus de rapprochement entre les "traditions des patriarches" et les "traditions de l'Exode" nous échappent totalement. Mais le résultat aboutit aux textes bibliques que nous connaissons et qui véhiculent les deux noms de portées différentes: "Seigneur" et "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob".

* Pour nous convaincre de l'enracinement de l'idée de résurrection dans l'Ancien Testament, Luc nous invite à repérer les versets où sont réunis ces deux "Noms": la chose est facile car ce doublet apparaît clairement dans le récit de la vocation de Moïse, il est même répété deux fois:

(3/15) "Tu parleras ainsi aux fils d'Israël: le Seigneur, Dieu de nos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, m'a envoyé vers vous. C'est là mon Nom à jamais, c'est ainsi qu'on m'invoquera d'âge en âge."

(3/16) "Réunis les anciens d'Israël et dis-leur: le Seigneur, Dieu de nos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob m'est apparu en disant: j'ai décidé d'intervenir en votre faveur à cause de ce qu'on vous fait en Egypte… je vous ferai monter de la misère d'Egypte vers un pays ruisselant de lait et de miel."

* L'intérêt de Luc pour ce rapprochement rejoint l'intérêt que lui avaient porté les scribes qui ont fondu les traditions plusieurs siècles auparavant. A ses yeux, ce rapprochement n'est pas fortuit. Le Dieu de l'Exode est le même que le Dieu des ancêtres. L'histoire se poursuit. Bien que la réalisation du salut prenne un autre visage, c'est toujours le même Dieu qui suscite et accompagne la marche de son peuple à travers les siècles. Dieu avait dit à Abraham : "pars de ton pays et je ferai de toi une grande nation" (Genèse 12/1) … C'est lui qui, "voyant la misère de son peuple en Egypte et connaissant ses souffrances, descend pour le délivrer et le faire monter vers un bon et vaste pays"(3/7)c'est lui qui dit à Moïse: "Va, maintenant, je t'envoie vers Pharaon, fais sortir d'Egypte mon peuple… je suis avec toi" (3/10)

* La référence que propose Luc pour convaincre de l'enracinement de la résurrection dans l'Ancien Testament dépasse donc la fonction de "preuve" ponctuelle d'Ecriture D'une part elle élimine par avance toute curiosité se rapportant au "comment" de la vie ressuscitée… D'autre part, elle inscrit ce donné de la foi chrétienne dans l'histoire "totale" du salut.

Luc invite ses lecteurs à "constater" que la résurrection y est présente de façon "sensible". Les tribus issues d'Abraham semblaient vouées à l'extinction du fait de leur esclavage en Egypte et Dieu les a ressuscitées en Moïse. Les hommes erraient en tous sens sous le poids de leurs propres pesanteurs et le drame de leurs souffrances ; et voici qu'en Jésus, nouveau Moïse, Dieu est "descendu pour les délivrer et les faire monter de ce monde vers un bon et vaste monde"(Exode 3/8). De ce fait, la résurrection sort de son "mystère" par un chemin imprévu, celui de l'histoire.

* Luc est plus rapide à propos de l'argument "universel" de Dieu qui fait vivre. C'est surtout dans ce sens que nous vous proposons d'orienter la réflexion de la communauté, car vos amis ne sont sans doute pas tous des exégètes chevronnés.

 

Piste possible de réflexion : la résurrection est-elle une pierre d'achoppement pour la foi?

D'emblée, le texte d'aujourd'hui nous fait entrer dans un domaine qui reste délicat, celui de la résurrection des morts. Peut-être en avons-nous ressenti davantage la difficulté à l'occasion de la Toussaint. Mais, tôt ou tard, nous y serons affrontés.

= Il importe d'abord d'éviter tout complexe ou toute panique prématurée en ce qui concerne notre foi. Fort heureusement, la résurrection de Jésus soulève de moins en moins de gêne dans nos rapports avec lui. Nous vivons de mieux en mieux le symbolisme que Luc exprimait dans l'épisode des compagnons d'Emmaüs. Certes, "nos yeux sont empêchés de le reconnaître", mais cela ne nous paraît pas une difficulté insurmontable. Nous dialoguons facilement avec lui à partir de nos espérances et de la réalité de nos existences. Plus nous découvrons sa Parole, plus nos intelligences "se réchauffent en chemin". Et, à la messe, "la fraction du pain" agit de mieux en mieux comme "signe qui nous fait le reconnaître".

Mais nous ne vivons pas en vase clos et nous ne pouvons ignorer les questions que se pose notre entourage. Nous pensons particulièrement aux jeunes qui héritent d'un fatras de traditions mal digérées et surtout très dépendantes de conceptions actuellement irrecevables.

= Comme le fait l'évangile, il importe de bien percevoir l'angle sous lequel telle ou telle interrogation sollicite notre réponse. Il n'est pas question de refuser l'obstacle en évoquant la nécessité d'une foi aveugle face au "mystère" d'un monde inconnu, mais il n'est guère possible de présenter une synthèse sérieuse rapidement. Bien qu'elles aient des incidences les unes sur les autres, trois questions méritent un examen différent : le "fait" de la résurrection, autrement dit sa possibilité… le "comment" de la vie ressuscitée, autrement dit la vie des défunts dans "l'au-delà"… la résurrection "personnelle" de Jésus et les conséquences que nous tirons du nouveau "mode de présence" qui en résulte…

En ce dimanche, Luc centre notre réflexion sur "le fait de la résurrection". Limitons-nous à cette optique.

1°- à l'écoute de Luc

Apparemment, ce passage d'évangile ne nous fournit aucun détail. Pourtant il peut nous inspirer une "technique de dialogue" fort utile.

1er temps : dénoncer les erreurs auxquelles aboutit "l'imaginaire"

= Il nous invite d'abord à dénoncer sans timidité l'erreur de certaines conceptions courantes concernant aussi bien la résurrection de Jésus que la vie de nos défunts. En ce domaine dont bien des dimensions nous échappent, la discrétion et l'équilibre s'imposent au nom de la simple vérité. Or, en tous temps, ces deux qualités ne sont guère respectées.

Actuellement la source des dérives est facile à cerner dans  trois secteurs.

* Par nature, le monde futur n'est pas "expérimentable" selon nos méthodes d'analyse. Pour en parler, force est donc de recourir à "l'imaginaire", mélange inextricable de connaissances limitées, d'hypothèses, de rêves sur un fond d'espérance en une libération des pesanteurs humaines. Au fil des générations, cet imaginaire acquiert peu à peu le crédit d'un enseignement, sans exigence de justification. Aux yeux de beaucoup son apparente ancienneté en tient lieu.

Pourtant, en raison des évolutions diverses qui marquent l'histoire, les clichés qu'il véhicule devraient apparaître progressivement comme "anachroniques". Il n'en est rien et ils réussissent à survivre quelque temps. Ils sont même parfois érigés en absolus et acquièrent abusivement une estampille chrétienne. C'est alors que leurs effets dévastateurs se révèlent dramatiques…

* Par nature également, la résurrection en appelle à la manière dont chaque époque conçoit l'homme dans sa situation actuelle. Par contraste ou sublimation, ce sont les grandes lignes de cette conception qui sont projetées comme lignes de présentation de ce qui reste inconnu.

Or, selon les temps et les lieux, nous constatons de grandes différences entre les modèles de pensée qui se rapportent au "monde des vivants". Il en découle nécessairement des présentations différentes lorsqu'est évoquée la situation de l'homme après la mort. Certaines de ces présentations sont incompatibles avec l'idée de résurrection et il est facile de le déterminer. Mais la plupart l'intègrent tout en restant dépendantes de l'imaginaire de leur époque et nous ne pouvons ignorer les pesanteurs qui les affectent.

Aux origines de "l'expression" chrétienne, les choses se sont compliquées du fait de la cohabitation de deux cultures: la culture juive dans laquelle s'était exprimé le témoignage de Jésus et la culture grecque, dont nous sommes héritiers et qui a rapidement nourri la présentation de la foi. Cette cohabitation a été positive en bien des domaines. Il n'en a pas été de même en ce qui concerne les questions qui nous préoccupent présentement.

La culture juive conservait de son origine sémite une vue très "unitaire" de la personne humaine, la notion de composé "corps plus âme" lui était totalement étrangère. L'homme était conçu comme un tout qui ne se laissait pas diviser. A sa mort, privé du "souffle" qui lui avait été donné par Dieu, il n'était plus qu'une "ombre" sans vie dans le monde souterrain du "schéol". Faute de corps, il lui était impossible de penser, d'aimer et surtout d'avoir une quelconque relation à Dieu. La "vraie" résurrection ne pouvait donc se situer qu'en fin des temps lorsque Dieu descendrait du ciel pour opérer le jugement et permettre aux "justes" d'accéder au bonheur éternel, bien entendu après avoir repris leurs corps présentement laissés dans les tombeaux.

C'est ainsi que beaucoup continuent d'imaginer la fin de notre histoire collective. A juste raison, la description du schéol leur apparaît trop dramatique et trop injuste pour "le temps intermédiaire". Ils sont alors tiraillés entre absence et présence discrète "mystérieuse" de leurs défunts. Les apparences les font pencher plutôt vers l'absence. Et ce choix se révèle catastrophique pour la foi chrétienne qui vit d'un accompagnement immédiat de Jésus ressuscité sur nos routes "actuelles".

Ce déséquilibre est très ancien. Il émane de l'évolution de pensée que posa le "cas" des martyrs et des saints, en milieu juif et en milieu chrétien, aux siècles qui encadrent le début de notre ère. Leur "récompense" se devait d'être une introduction immédiate dans l'intimité divine, mais alors la question du "corps" restait en suspens. L'influence de l'esprit grec fit alors ressortir les inconnus qu'avait tempérés l'expression première du message. La conception grecque reposait sur la dualité corps-âme. Elle considérait le corps comme appartenant à la terre tandis que l'âme, provenant du monde divin, en était quasiment prisonnière. La mort la libérait et lui permettait de rejoindre son lieu d'origine pour s'y épanouir définitivement. Le corps apparaissait comme relatif en son présent comme en son futur.

La conception moderne de l'homme n'est plus la conception grecque. Peu à peu apparaît comme plus conforme à la vérité la prise en compte de trois dimensions: le corps, l'esprit et la personne. Celle-ci s'exprime par un corps et un esprit mais il nous faut la situer "au-delà", sans pour autant la couper de ses deux moyens d'expression. Tout doit donc être repensé. Le cycle des molécules met à mal la conception ancienne du corps. Par ailleurs, une meilleure analyse du "fonctionnement" de l'esprit révèle la complexité des interférences corps-esprit-personne… et ébranle la définition classique de l'âme.

Cette évolution est loin d'être "enregistrée" par nos contemporains. Ceci n'a pas grandes conséquences dans leur vie ordinaire, mais, lorsqu'il s'agit de "penser" la vie future, la distinction âme-corps héritée d'Aristote continue de les influencer et grève lourdement leur ouverture à la foi.

* La projection dans l'au-delà des conceptions "terrestres" affecte également l'ambiance dans laquelle sont évoquées les incertitudes de l'au-delà. En raison des conditions difficiles de survie, un sens pessimiste de l'homme se glisse souvent insidieusement dans les mentalités. Bien que la vision chrétienne le remette en question, il a prévalu pendant des siècles en milieu occidental. Et il continue de marquer les textes et les commentaires concernant la mort et les défunts.

A l'origine il ressortait surtout d'une contamination ambiante. Il s'est trouvé ensuite accentué par un déferlement d'images farfelues, de coutumes païennes, de rites superstitieux et de prétendues révélations, au point de représenter pour beaucoup un trait essentiel de l'enseignement chrétien.

2ème temps : ouvrir les pistes "cohérentes" dont nous disposons

= La deuxième partie de ce passage suggère l'orientation qu'il est possible d'imprimer à notre dialogue. Bien entendu, Luc pensait à l'état d'esprit de ses contemporains et cherchait à y répondre. Mais, sans trop d'effort, il nous est possible de transposer.

1. Au service de personnes initiées à la culture juive, l'évangéliste fait référence aux Ecritures. Mais la mention de Moïse et du Buisson va beaucoup plus loin qu'il y paraît et c'est sous cet angle qu'elle peut présenter un intérêt pour nous.

Rappelons l'épisode que rapporte l'Ancien Testament. Après avoir tué un égyptien pour défendre un de ses frères hébreux, Moïse fuit au pays de Madian. Il trouve l'hospitalité chez le prêtre du pays qui lui donne pour femme une de ses filles. Il est amené à conduire le troupeau de son beau-père au delà du désert, il parvient ainsi à la montagne sacrée appelée Horeb. C'est là qu'il bénéficie d'une "rencontre avec Dieu".

Le texte biblique exprime la présence divine sous le symbolisme d'un "buisson qui était en feu et ne se consumait pas". Deux éléments, décisifs pour l'avenir, ressortent du dialogue : Moïse se voit confier une mission de libération et cette mission lui est confiée par un Dieu qui précise la perspective qui motive son projet. Le peuple issu des patriarches Abraham, Isaac et Jacob est esclave en Egypte, autrement dit en risque mortel de disparaître. Le Dieu des pères veut intervenir pour le libérer. L'appel de Moïse marque donc l'aurore d'une résurrection qui s'accomplira au terme de la marche dans le désert, sous forme de l'installation en Terre Promise. L'auteur ancien relie donc le Dieu de l'Exode, évoqué sous le nom de "Seigneur", au Dieu des patriarches. Son engagement dans l'histoire est marqué d'une continuité et cette continuité se présente en dynamisme de résurrection.

Luc suppose que ses lecteurs font d'eux-mêmes le rapprochement. Ce que Dieu réalise dans la "grande histoire" préfigure ce qu'il réalisera dans notre "petite histoire" personnelle. Sa "méthode" apparaît clairement. Toute discussion "théorique" acquiert une base solide lorsqu'on l'appuie sur un exemple concret. Pour la résurrection, comme pour bien d'autres sujets, ces exemples ne manquent pas. De façon intelligente, l'évangéliste s'appuie sur l'importance que les juifs donnaient à leur histoire pour leur faire constater le mouvement de résurrection qui y était inscrit. Sa "méthode" donne à réfléchir, ne serait-ce qu'en raison de son caractère "pédagogique".

2. Bien entendu, il nous faut trouver aujourd'hui d'autres exemples. Il semble en avoir été de même pour les lecteurs de culture grecque. D'où l'importance du dernier verset ajouté à leur intention et dont nous risquons d'estomper la portée en raison de sa concision: "Dieu est dieu des vivants, tous en effet ont la vie par lui". Luc y suggère une autre piste, celle de la création et du mouvement de vie qui l'anime.

Arrêtons de cloisonner les questions religieuses en les isolant des questions scientifiques. Point n'est besoin de grandes élévations mystiques pour attirer l'attention sur le "mystère de la vie" et particulièrement de la vie humaine. Les plus grands savants se perdent en hypothèses sur son origine et le progrès des connaissances ne fait qu'accentuer la faiblesse de toute explication concernant le passage du végétal à l'animal, puis le passage de l'animal à l'humain. Mais une chose est certaine: la vie est là, bien repérable et, fort heureusement, source de progrès et d'épanouissement. Autrement dit la vie est marquée d'un mouvement perpétuel de résurrection. Elle ne jaillit pas de rien, les éléments passés ne "meurent" pas tout à fait puisqu'ils transmettent le meilleur d'eux-mêmes en une nouvelle éclosion…

Au temps de Luc, en milieu grec, tout discours sur la création en appelait aux forces occultes et à l'activité des dieux. Sans doute est-ce le danger de polythéisme qui a contraint l'évangéliste à être très bref. Mais, aujourd'hui, nous n'en sommes plus là et notre timidité devrait laisser place à une utilisation plus fréquente des "faits concrets" auxquels nos contemporains sont sensibles.

2°- à l'écoute des conceptions actuelles…

Faute de temps, nous devons nous limiter à signaler certains des "atouts" dont nous disposons pour "décontaminer" la résurrection des clichés qui la défigurent et pour mieux situer les "réalités chrétiennes" dont chacun peut vivre, ici et maintenant.

L'évolution des connaissances joue en plusieurs sens :

- De façon immédiate, elle permet de dénoncer les "clichés" dont beaucoup croient qu'ils sont liés à la foi. Nos contemporains conservent des représentations très naïves qui les satisfont mais annulent par avance toute transmission à une nouvelle génération. Il est vrai qu'un patrimoine artistique les a "immortalisés" et tient lieu souvent de critère de foi.

- La complexité des êtres et des choses n'est plus abordée comme un handicap qui bloquerait toute réflexion. L'homme moderne ne la ressent ni comme un mur qui rendrait vaine toute recherche, ni comme un "mystère" qui en appellerait à une "révélation". Il la constate et en tire une certaine modestie. Il a conscience des limites qu'elle lui impose et, contrairement aux penseurs d'une époque récente, il admet facilement une part d'inconnu et d'inconnaissable dans les faits comme dans les personnes. En un mot, le progrès des connaissances a eu ou effet de déterminer les frontières où s'arrêtaient nos possibilités de connaissances.

- Le champ de cette complexité s'est étendu. La complexité du passé nous impressionne du fait que le cosmos demeure le champ privilégié des recherches, mais que dire de la complexité de l'infiniment petit et de la complexité du vivant… Nous baignons dans la complexité du présent, mais nous arrivons à la dominer par notre dynamisme et par la force des choses… Reste la complexité du futur qui bénéficie de l'état d'esprit dont nous parlions précédemment, à savoir la reconnaissance de notre ignorance et la modestie des hypothèses. L'inconnu continue d'y peser, que ce soit le futur de notre monde, le futur de notre histoire ou notre futur personnel.

L'évolution des sensibilités

- L'invisibilité de certaines réalités est communément admise et nul n'en conclue à leur non-existence. Bien au contraire, depuis le développement de la radio et de la télévision, l'invisible est le domaine privilégié de la communication. Parler de la présence discrète d'un défunt n'est plus ressenti comme une consolation choquante.

- On aimerait pouvoir ajouter l'évolution des sensibilités religieuses, mais, sur ce point, il reste beaucoup à faire ; un déisme latent continue de détourner à son profit une vraie référence à la discrétion et à la simplicité de l'évangile lorsqu'il parle de résurrection.

Mise à jour le Samedi, 09 Novembre 2013 15:36
 
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