Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 31ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 31ème Dimanche du temps ordinaire

Actualité

Un des plus beaux passages de l’évangile de Luc : la naissance de la foi, chez une personne que rien, en apparence,  ne prédisposait à cette option.

Evangile

Evangile selon saint Luc 19/1-10

Le temps de la passion-résurrection - préparation des apôtres - Jésus-Serviteur selon Isaïe 53/12 parmi les pécheurs  

Premier mouvement : Jésus demeurant parmi les "sans-loi" 

1er temps : espérance de Zachée = "voir" Jésus  

Etant entré, Jésus traversait la ville de Jéricho. Et voici :

il y avait un homme appelé du nom de Zachée, il était chef de publicain et il était riche.

Et il cherchait à voir Jésus, qui est-il ? Et il ne le pouvait pas à cause de la foule parce qu'il était petit de taille.

Et ayant couru devant, vers l'avant, il monta tout contre sur un sycomore afin qu'il le voie, parce qu'il allait traverser par là.

2ème temps : volonté délibérée de Jésus = "demeurer" dans sa maison

Et lorsqu'il vint au lieu où il se trouvait, ayant levé le regard, Jésus dit à son adresse : "Zachée, ayant fait vite, descends

car aujourd'hui, dans ta maison, il me faut demeurer."

S'étant hâté, il descendit et lui fit accueil, se réjouissant.

à la racine des anneaux suivants  

Ayant vu cela, tous murmuraient entre eux, en disant: chez un homme pécheur, il entra pour loger

Deuxième mouvement

1er temps : efficacité immédiate soulignant la "conversion" de Zachée

S'étant placé debout, Zachée dit à l'adresse du Seigneur: " Voici: la moitié de ce qui est à moi, Seigneur, aux pauvres je la donne

et si j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple."

2ème temps : efficacité plus profonde éclairant le sens de la démarche de Jésus

Jésus dit à son adresse: "Aujourd'hui le salut arriva à cette maison pour la raison que lui aussi est fils d'Abraham.

Car le Fils de l'homme vint chercher et sauver ce qui se trouvait    perdu."

Contexte des versets retenus par la liturgie

= Nous n'avions pas tort, dimanche dernier, de nous appuyer sur la présentation de cet épisode pour éclairer la parabole du pharisien et du publicain. Le texte fait ressortir explicitement le cheminement du publicain en réponse à la démarche de Jésus s'invitant chez lui, malgré les critiques de l'entourage. L'attitude de Zachée complète le "silence" de Luc sur la suite à donner à l'attitude du publicain lors de sa prière. En outre, le comportement de Jésus illustre le "déplacement" qu'opère la foi chrétienne; désormais la "demeure divine" est à situer dans "la maison" de chacun, c'est-à-dire en intériorité.

Cette complémentarité était peut-être plus évidente dans un état antérieur de la tradition, du fait de la continuité des deux passages. Mais nous devons tenir compte de la composition actuelle "selon Luc". Les deux textes sont séparés et celui d'aujourd'hui s'enrichit d'une nouvelle densité, lorsqu'on le relie à son contexte.

= L'épisode de Zachée prend place dans le nouvel ensemble qui débute le 4ème temps de l'œuvre globale. L'évangéliste ne se concentre plus sur la "marche de l'Eglise, mais sur la passion-résurrection.

En tête de ce premier ensemble, la troisième annonce de la passion marque nettement ce changement de perspective et ouvre aux difficultés nouvelles qui en résultent: "les apôtres ne comprennent pas". En mode symbolique, les deux épisodes qui suivent correspondent exactement à cet état d'esprit. Leur vocabulaire tourne autour du même mot, le mot "voir". Il s'agit de la guérison d'un aveugle et de l'accueil de Zachée.

Pour vous épargner le temps d'une recherche, voici la présentation du premier:

"Il arriva, pendant qu'il approchait vers Jéricho, qu'un aveugle se trouvait assis, près du chemin, mendiant. Ayant entendu la foule qui faisait route à travers la ville, il s'informait: Qu'est ceci? On lui rapporta: Jésus le Nazaréen passe.

Et il clama, en disant: Jésus, fils de David, prends pitié de moi! Et ceux qui précédaient le rabrouaient, afin qu'il se taise. Mais lui criait beaucoup plus fort: Fils de David, prends pitié de moi!

Jésus, s'étant arrêté, ordonna qu'il lui soit amené auprès de lui. Quand il se fut approché, il le questionna: Que veux-tu que je fasse pour toi? Celui-ci dit: Seigneur, fais que je voie à nouveau! Et Jésus lui dit: Vois à nouveau! Ta foi se trouve t'avoir sauvé.

Et subitement, il vit à nouveau et il le suivait, sans cesse glorifiant Dieu."

L'aveugle demande à "voir" tout comme Zachée cherche à "voir"… l'un et l'autre se heurte à l'obstacle que constitue la foule… l'aveugle réitère sa demande et Zachée résout l'handicap de sa petite taille en montant dans le sycomore… Le résultat est identique : l'aveugle voit et se met à suivre Jésus… Zachée voit Jésus demeurer dans sa maison, ce qui l'ouvre à une vision encore plus fine.

= Ces deux épisodes sont donc volontairement situés par Luc en introduction à la passion-résurrection et ils s'enchaînent l'un à l'autre. L'attitude préliminaire exigée de la foi ne peut se limiter à une vague bonne volonté ou à un attachement sentimental, il importe de "voir" ou plus exactement, comme il est précisé à l'aveugle, de "voir à nouveau", d'affiner un regard qu'a déjà enrichi le témoignage exprimé jusque-là. La passion se présente en continuité du ministère historique de Jésus mais elle en éclaire le sens profond et les conditions dramatiques de son déroulement éliminent toute illusion…

C'est là l'importance nouvelle que Luc accorde à l'épisode de Zachée. "voir qui?" Jésus… Jésus sous quel angle? Jésus prenant place volontairement parmi les sans-loi et situant cet engagement comme réalisation ultime de l'engagement divin… "Il faut que je demeure chez toi" anticipe le dialogue du chemin d'Emmaüs" (24/26): "ne fallait-il pas que le Christ souffrit cela et ainsi entrât dans sa gloire"…

Bien que Luc ne cite pas cette référence, c'est ainsi qu'Isaïe présentait l'envoyé de Dieu, "Serviteur" acceptant une condition méprisable en vue d'un salut universel. (53/12) "Ayant payé de sa personne, le juste, mon Serviteur, justifiera beaucoup d'hommes du fait que lui-même a supporté leurs fautes… il a été compté parmi les pécheurs".

= De façon symétrique au drame de la croix, Luc précisera le deuxième éclairage qui permet de saisir le sens profond de la passion-résurrection : les Ecritures. L'apparition au soir de Pâques attire notre attention sur le fait que cette référence aurait du jouer bien avant la résurrection puisqu'elle fut "adressée aux apôtres alors qu'il était encore avec eux: 'il fallait que soit accompli tout ce qui se trouvait écrit à son sujet dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les psaumes"(24/44)

Aux derniers versets de notre passage, ce lien nous est suggéré dans la mention de "Zachée, fils d'Abraham". Il est facile de nous rappeler la perspective qui ouvrait l'histoire du salut dans le cantique de Marie et le cantique de Zacharie: "Le Puissant vint en aide à Israël, son serviteur, pour se souvenir de sa miséricorde en faveur d'Abraham et de sa descendance" (1/54). Mais, dans les communautés issues du milieu païen, des exemples concrets comme ceux de Zachée publicain devaient être plus parlants que le rapport aux Ecritures. Il était donc préférable de leur donner priorité en éclairage du "salut qui arrivait" par la passion-résurrection

 

Renseignements et précisions complémentaires

*. Ce qui était dit des publicains, dimanche dernier, peut être évoqué rapidement pour aider à mieux comprendre les réactions de la foule.

Rappelons-en l'essentiel. Etre publicain correspondait à une profession. Les publicains étaient chargés de recueillir, pour le compte des Romains, les différents tribus que ces derniers exigeaient des juifs. Ils travaillaient le plus souvent "au forfait", ils devaient remettre aux occupants une somme fixe, ils restaient libres d'en récupérer le montant en lui ajoutant leurs bénéfices personnels, ce qui ouvrait à bien des abus. Les romains fermaient les yeux sur ces gains illégaux faute de pouvoir trouver autrement un personnel suffisant.

En raison de leur lien avec les romains, les publicains étaient rejetés pour des motifs politiques, ce qui, en ce temps, se doublait forcément de motifs religieux. Ils étaient assimilés aux pécheurs et se trouvaient exclus de la synagogue. Luc ajoute quelques notes qui accentuent le jugement péjoratif qui était porté sur eux : Zachée est "chef de publicains" et il est rappelé qu'il est "riche".

*. Le symbolisme du "sycomore" semble bien être celui du judaïsme. Il s'agit d'un arbre majestueux, dont l'ombre est recherchée par les personnes comme le feuillage l'est par les oiseaux. Très élancé, il était utilisé comme bois de construction et son fruit servait à l'alimentation du bétail.

Outre le symbolisme d'orgueil qui ressortait de sa stature, il est possible que le nom grec "syco-moréa" suggérait d'autres traits de la mentalité juive. "Sycê" désigne le figuier, dont il a été parlé dans la parabole du figuier stérile (13/6), "moron" rapproche l'aspect de son fruit de la mûre sauvage, issue de la ronce. Il est difficile de se prononcer car le mot ne figure qu'une fois dans le Nouveau Testament.

*. Les commentaires évoquent souvent "le repas chez Zachée". Les mots employés vont beaucoup plus loin en intimité et en intériorité: Jésus désire "demeurer dans sa maison" et le scandale vient du fait qu'il est entré pour "loger" chez un pécheur.

*. En droit juif, la réparation au quadruple semble dépasser ce qui était habituellement exigé pour un vol manifeste, mais, elle correspond à la compensation prévue par le droit romain. En mentionnant la valeur des engagements que décide le publicain, il est évident que Luc suggère la comparaison avec la "dîme" dont parlait le pharisien de la parabole.

* Très naturellement, les rapprochements sont nombreux avec d'autres épisodes précédents, entre autres de façon explicite les trois paraboles du perdu-retrouvé... De même nous pouvons penser à l'ultime dialogue en faveur du "bon larron"…

 

Piste possible de réflexion : comment aider nos contemporains à "voir qui est Jésus"?…

= En entendant l'aventure du publicain Zachée, nous ne pouvons manquer d'en faire la suite de la parabole de dimanche dernier. Luc insistait beaucoup sur l'attitude du pharisien et semblait passer rapidement sur la suite à donner au repentir du publicain. Nous pouvions alors craindre une mauvaise interprétation de l'enseignement de Jésus, nous ne connaissons que trop l'hypocrisie que recèlent certaines déclarations "verbales" sur la culpabilité…

Nous sommes donc  soulagés de voir précisées les réactions que nous espérions. "Donner la moitié de ses biens aux pauvres" fait le poids lorsque nous nous souvenons de la dîme qu'évoquait le pharisien. Et, pour nos esprits modernes, nous sommes sensibles au rétablissement de la justice lorsqu'elle a été bafouée aussi ouvertement que le faisaient les publicains.

= Il n'est pas question de minimiser cette complémentarité entre les deux passages. Mais, en reprenant cette parabole, Luc va beaucoup plus loin puisqu'il présente de façon symbolique la naissance de la foi chrétienne chez une personne que rien, en apparence, ne préparait à cette option.

Avant ce récit, Luc a longuement décrit la guérison d'un aveugle. Les deux récits présentent des similitudes de vocabulaire qui ne peuvent être fortuites et qui invitent à reprendre tous les détails d'aujourd'hui selon le fil conducteur du "voir". Zachée, tout comme cet aveugle, aspire à "voir", mais son objectif est plus précis, il aspire à "voir Jésus, qui est-il?". En lisant son aventure, comme Luc et sa communauté un demi-siècle plus tard, nous ne pouvons manquer de songer à tous les Zachée qui, au cœur de la vie agitée de nos "Jéricho" d'aujourd'hui, vivent les différentes étapes sur lesquelles ce texte nous invite à réfléchir.

       aujourd'hui encore, certains cherchent à voir "qui est Jésus?"

Luc ne nous laisse pas grande illusion sur leur nombre. Il y avait plus d'oiseaux réfugiés dans le feuillage du sycomore que de publicains perchés sur ses branches. Les conversions authentiques n'ont jamais émané des foules. Pourtant, malgré tout ce qui peut être dit et redit de l'incroyance d'aujourd'hui, nous avons pu avoir la joie de rencontrer des personnes "qui cherchent vraiment" ou d'autres nous ont peut-être fait part de cette expérience. Il nous est peut-être également arrivé de sentir chez des amis une certaine curiosité concernant Jésus.

Nous pouvons donc parler à leur sujet "d'espérance raisonnable" tout en nous gardant d'intervenir selon les schémas intempestifs que présentent certaines histoires de conversions "merveilleuses". La présentation de Luc nous invite à la sobriété de toute intervention; ce qui n'altère en rien son efficacité.

aujourd'hui encore, les handicaps qu'ils affrontent sont nombreux

Il serait long de dresser la liste des obstacles que les Zachée d'aujourd'hui rencontrent sur leur route. De façon personnelle, ils sont souvent "petits"… beaucoup ont reçu une éducation totalement étrangère aux connaissances relatives à Jésus… d'autres n'ont en mémoire que les clichés portés par un ancien catéchisme plus déiste que chrétien… d'autres ont du mal à se remettre en cause en raison de leur âge, de leur tempérament ou ont été choqués par les circonstances qui ont malmené leur vie. .

Comme autrefois "la foule" ne les aide guère. L'anti-cléricalisme a disparu, mais le regard que notre environnement fait peser sur les chrétiens authentiques reste critique ou quelque peu ironique. L'exemple désastreux des "références passagères à l'Eglise" dont se satisfait la majorité de nos contemporains, défigure l'originalité et la richesse de la foi chrétienne. Actuellement, il faut vraiment "en vouloir" pour aller ainsi à contre-courant et pourtant il y en a qui en veulent!

aujourd'hui encore, leur tendance spontanée les tourne "vers le haut"

C'est là également une des influences qui ressort des "modèles de pensée" hérités collectivement d'un passé récent. La querelle catholiques-protestants a entraîné un désintérêt pour ce qui paraissait diviser, à savoir la référence à Jésus, au profit de ce qui paraissait un point commun, à savoir la référence à Dieu. Le piège du déisme s'est refermé sur le 18ème siècle, entraînant les multiples athéismes des siècles suivants.

L'enseignement que beaucoup ont reçu en classes supérieures, en garde les traces. Un seul "type religieux" est présenté comme animant les différentes religions. Celles-ci sont définies comme "cultes rendus à la divinité", la base en étant la prière qui "s'adresse à la divinité pour l'honorer et l'implorer". Pour rendre compte de la simple vérité historique, il serait nécessaire de parler d'un autre "type religieux", commun au judaïsme et au christianisme et qui ne peut être assimilé au premier. Il se présente en inversion de son mouvement, car sa base en est la reconnaissance et l'accueil de l'engagement de Dieu dans l'histoire des hommes.

Cette déficience d'enseignement ne fait qu'accentuer une tournure assez commune qui situe "dans le ciel" la source des forces inconnues qui semblent régir la marche du monde et orienter le destin des hommes. Zachée "monte vers les hauteurs" avec bonne volonté et on ne peut trop le reprocher aux Zachée d'aujourd'hui puisque c'est l'apparence que les chrétiens semblent encore donner dans les rites et les expressions liturgiques. Il lui faudra redescendre et ceci n'est pas sans signification pour aujourd'hui.

notre réponse d'aujourd'hui doit centrer sur Jésus…

La question que se pose Zachée doit rester la vraie question: "qui est Jésus" mais pour y répondre, il importe de rétablir une hiérarchie de valeurs que l'environnement a souvent déstabilisé dans l'esprit de nos contemporains comme dans nos propres esprits.

Il en est ainsi du "témoignage" de l'Eglise ou des chrétiens. Il est certain qu'il doit être associé à toute évangélisation, mais soyons lucides sur sa relativité. Les Zachée d'aujourd'hui sont instruits de l'histoire passée, ils connaissent les aberrations des croisades ou de l'inquisition. A juste raison, ils restent peu sensibles aux regrets posthumes ou aux demandes de pardon. Heureusement pour nous, les plus sincères s'attardent fort peu aux accidents de l'histoire. Ils nous ramènent à l'essentiel : qui est Jésus ?

Tout chrétien devrait se réjouir du renouveau de ces aspirations. Pourtant beaucoup ne se sentent pas à l'aise. Ce n'est pas qu'ils doutent mais dans leur mémoire se sont accumulés tant de définitions dogmatiques, de clichés réducteurs ou de reproches éventuels d'hérésie. Ils conviennent qu'il est nécessaire de repenser une meilleure présentation et qu'il s'agit de centrer sur Jésus, mais quel Jésus?… Car c'est là le plus déplorable résultat des perturbations de l'histoire religieuse passée: notre époque ne dispose pas d'un portrait de Jésus, mais de plusieurs portraits difficilement réductibles les uns aux autres. Les premières victimes en sont les Zachée d'aujourd'hui qui sont en droit d'hésiter.

Force est donc de choisir pour aider à un authentique retour aux sources et c'est tout l'intérêt de ce passage. En mentionnant les petites attentions que Jésus semble accumuler, Luc met en valeur des priorités très simples que nous hésitons parfois à adopter. Il n'en fait pas des recettes mais leur densité mérite autre chose qu'une simple admiration.

notre réponse d'aujourd'hui doit situer Jésus à un niveau personnel…

Zachée s'entend appeler par son nom. Le problème n'est pas de savoir comment Jésus l'a appris ou s'il l'a réellement dit. L'essentiel est dans la manière d'aborder Zachée comme une personne, en son caractère unique. Il n'est plus un fonctionnaire engagé dans la complexité de ses problèmes, il est reconnu pour ce qu'il est au delà de son "histoire". Nul n'ignore la position de Jésus à l'encontre du péché, mais celui-ci n'est même pas évoqué. Tout se passe en présence de la communauté des apôtres et pourtant ceux-ci semblent disparaître. Pendant les premiers instants, il ne reste que deux personnes: Zachée et Jésus; ce qui est proposé et vécu, c'est une amitié gratuite à partir de ce lien personnel.

notre réponse d'aujourd'hui doit situer Jésus au niveau de notre humanité

Le Jésus qui interpelle Zachée n'est pas un Jésus d'en-haut, mais un Jésus bien humain en toute sa "présentation". Il arrive par un chemin précis que Zachée a dû emprunter plus d'une fois. Il est intégré à une foule précise qui regroupe des amis comme des contradicteurs. Sa voix a sans doute conservé l'accent de Galilée. L'initiative qu'il demande de prendre comporte une dimension humaine ordinaire. Ce sera dans ce cadre que Zachée continuera à "voir qui est Jésus", Jésus de près et non plus Jésus de loin, Jésus à l'aise dans son monde à lui, Zachée. A force de vouloir rendre compte de la "nature exacte" de la personnalité de Jésus, on a fini par vider son témoignage de toute la densité d'humanité qui a attiré à lui nombre de ses contemporains, tout comme elle "nourrit" aujourd'hui tant de croyants.

Nous pouvons d'ailleurs remarquer une "astuce littéraire de Luc"; elle nous autorise une grande liberté dans notre hiérarchie de présentation. L'épisode de Zachée se situe avant les jours de la passion et pourtant, en conclusion, il est précisé "qu'aujourd'hui le salut est arrivé dans cette maison". La croix viendra plus tard. Ce n'est pas elle qui détermine l'intérêt de Zachée pas plus que cette absence de référence ne met en question la valeur de sa démarche. L'évangéliste inverse ce que nous avons fini par tenir comme un ordre "logique". Il va même plus loin car il situe cet épisode en éclairage des événements postérieurs. L'initiative joyeuse de "demeurer" dans la maison de Zachée anticipe l'instant où "Jésus sera mis au rang des sans-loi". Ce sera le même Jésus, sans rupture de réponse à la même question: qui est-il donc?

Il est bien difficile de revenir sur la multiplication des croix en nos pays occidentaux et surtout sur la "hiérarchie de présentation" qui abuse des textes de Paul concernant le sacrifice de Jésus. Au service des Zachée d'aujourd'hui, nous devons cependant tenir compte de l'amplitude qu'a prise cette "réduction" dans la  première formation d'un grand nombre. Le "visage de Jésus" en a été faussé. Tant de formules réductrices ont concentré l'essentiel sur la mort de Jésus "pour nous", sans autre explication. Bien peu d'enseignements se sont appliqués à marquer la continuité avec le témoignage beaucoup plus humain qui avait précédé. Les uns en ont été choqués et ont tout abandonné… d'autres ont récupéré la croix en protection assurée… la plupart s'en sont accommodés sans y réfléchir …

Plus que jamais, nous sentons la nécessité d'étendre à la "totalité de l'existence de Jésus" notre manière de parler de lui. C'est ainsi que nous pourrons répondre valablement aux questions fondamentales que pose notre entourage.

notre réponse d'aujourd'hui doit situer Jésus en ami qui "demeure" - aujourd'hui - dans notre maison

Chacune de ces trois dimensions nécessiterait un développement à part. Elles affectent toutes une présentation plus complète de la résurrection. Nous en avons déjà parlé à propos de Luc puisque tous les ensembles précédents reposaient sur le schéma des disciples d'Emmaüs.

Certes, pour un esprit moderne, la résurrection de Jésus suscite des questions légitimes lorsqu'est évoquée la "nature" de sa "matérialité". Heureusement, il apparaît de plus en plus nettement que les évangiles ne se sont pas égarés en cette perspective. Comme beaucoup d'interrogations sur le monde inconnu qui nous entoure, celle-ci reste sans réponse et nous sommes autorisés à remettre en cause les clichés que nous a légués à ce sujet l'imaginaire du Moyen-Age.

Luc refuse de voir la résurrection comme départ de Jésus pour un monde lointain. Le même Jésus demeure sur les mêmes routes qu'il a parcourues visiblement, il y demeure "autrement" mais cet autrement ne fait qu'intensifier son désir de demeurer… aujourd'hui… dans notre maison…

Le temps nous manque pour explorer toutes les pistes qu'ouvre l'épisode de Zachée. En conclusion, nous pouvons en signaler deux qu'il sera facile de référer à ce passage :

notre réponse d'aujourd'hui doit situer Jésus en ambiance de joie et non de morale

notre réponse d'aujourd'hui doit situer Jésus en ambiance de confiance et de liberté

mais vous saurez en amorcer d'autres…

 
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