Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 29ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 29ème Dimanche du temps ordinaire

Actualité

"Prier sans jamais se décourager"… telle est la recommandation qui nous parvient en ce dimanche. Luc l'adressait aux chrétiens de sa communauté mais elle n'a rien perdu de son importance et nous pouvons en faire le centre de notre réflexion, aujourd'hui encore.

Evangile

Evangile selon saint Luc 18/1-8

Le temps de l'Eglise - vivre le Royaume au présent et en intériorité

Il leur disait une parabole sur le fait qu'il faut prier en tout temps et ne jamais se décourager:

premier mouvement: présentation d'un "fait de vie"  

1er temps : situation de "double" injustice

"Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas l'homme.

Or il y avait une veuve dans cette ville-là et elle venait auprès de lui en disant: 'Rends-moi justice contre mon adversaire'.

Et il ne voulait pas durant longtemps.

2ème temps : efficacité de la persévérance dans la demande

Or après ceci, il se dit en lui-même:

Même si je ne crains pas Dieu, ni ne respecte l'homme, du moins en raison de ce que cette veuve me cause sans cesse du tracas je lui rendrai justice

afin qu'elle ne me casse pas la tête sans cesse, venant sans fin !"

deuxième mouvement: exhortation à la persévérance  

1er temps: enseignement de Jésus au niveau pratique et au niveau de la foi

Or le Seigneur dit :

" Ecoutez bien ce que dit ce juge d'injustice !

D'autre part, Dieu ne rendra-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit et envers lesquels il patiente?

à la racine des anneaux suivants: Je vous le dis : il leur rendra justice rapidement.

2ème temps: la persévérance se nourrit de la foi

Pourtant, le Fils de l'homme, étant venu, trouvera-t-il, de fait, la foi sur la terre?"

Contexte des versets retenus par la liturgie

Nous lisons aujourd'hui un texte dont l'organisation peut paraître étrange en première lecture. D'emblée, Luc nous précise où il veut en venir : "il faut prier sans se décourager"… mais, pour illustrer cette recommandation, il propose un rapprochement qui nous déconcerte. S’il n’y a rien à critiquer dans l'insistance de cette veuve,  comment ne pas éprouver de réticence à prendre comme référence du comportement de Dieu à notre égard l'exemple d'un "juge sans justice qui serait indifférent à la misère des hommes". Certes, le fait que ce juge est "sans foi ni loi" élimine un rapprochement trop étroit avec Dieu mais c'est pourtant son revirement qui est mis en valeur face à la ténacité de la demande. L'exemple choisi  paraît un peu boiteux !

Il y a effectivement difficulté et il serait illusoire de vouloir l'esquiver.  Un peu de recul est cependant nécessaire.

1er point : Luc intègre ce passage dans le dernier développement qu'il consacre au "temps de l'Eglise" avant les événements tragiques qui suivront l'entrée de Jésus à Jérusalem. Dimanche dernier, dans l'épisode des dix lépreux, il en précisait la perspective. Il tient à couper court à toute "fuite vers l'avenir" et à toute conception grandiose en insistant sur l'intériorité qui témoigne de la présence actuelle du Royaume.

En tête de ce développement, quelques versets (17/20-21) résument son orientation :

Ayant été questionné par les pharisiens qui demandaient : "Quand vient le Royaume de Dieu?" il leur répondit: "Le Royaume de Dieu ne se laisse pas épier; et on ne dira pas: Voici, il est ici... ou il est là.

Car voici: le Royaume de Dieu est en dedans de vous."

Suivent les critiques à l'encontre de trois attitudes qui faussent cette "intériorité présente" de façons diverses:

1. "rêver" la présence actuelle de Jésus selon l'imaginaire attaché "aux jours du Fils de l'homme", autrement dit vouloir anticiper l'avènement final du Royaume en adoptant le style triomphal qu'on lui prête souvent…

2. "désespérer" du soutien que Jésus ressuscité nous apporte en raison de la persistance des injustices et des persécutions; leur poids peut parfois nous faire regretter une apparente "patience" de sa part…

3. "récupérer" cette présence selon l'esprit pharisien qui en tire mépris pour ceux qui semblent encore éloignés de la même intimité avec Jésus…

Luc présente ensuite l'ouverture spontanée des enfants comme la meilleure attitude et il conclue en soulignant dans l'exemple des apôtres la "possibilité" de vivre le présent du Royaume malgré les détachements nécessaires.

2ème point : Luc semble annoncer deux thèmes : "prier sans cesse" et "ne pas se décourager dans la prière". Or, une lecture attentive amène à percevoir qu'il ne retient ici que le deuxième, celui de la persévérance dans la prière.

Il n'y a là rien d'étonnant. Cet enseignement doit être situé comme un complément de la réflexion que Luc "distille" au long de son œuvre. Il a déjà abordé le thème de "la prière chrétienne" au 17ème dimanche ordinaire de cette année (11/1-13) et il suppose que nous avons assimilé ce qu'il en disait. Il parlait alors du don de l'Esprit en vue de la mission. Il illustrait cette idée en présentant la parabole de l'ami qui intervient en pleine nuit pour pouvoir rassasier celui qui a débarqué chez lui de façon inopinée. Les perspectives sont complémentaires et il nous appartient de les situer en éléments successifs d'une synthèse.

Par la suite, Luc présentera l'exemple-type de la persévérance au cœur de l'épreuve, ce sera la prière de Jésus à Gethsémani (22/40) au soir du Jeudi-saint.  

"Il fit route vers le Mont des Oliviers; ses disciples le suivirent. Il leur dit: 'Priez sans cesse pour ne pas entrer en tentation'

S'éloignant d'environ un jet de pierre et ayant mis les genoux à terre, il priait en disant: 'Père, si tu en as le dessein, fais porter cette coupe loin de moi. Pourtant que non pas ma volonté mais la tienne arrive sans cesse'

Alors lui apparut un ange venant du ciel le réconfortant. Et, arrivé en agonie, il priait plus intensément et sa sueur devint un peu comme des caillots de sang descendant sur la terre.

S'étant dressé de la prière, étant venu auprès des disciples, il les trouva endormis à cause de la tristesse."

3ème point : Tout naturellement, Luc associe le thème de la foi à celui de la persévérance. Il suffit de remarquer le "cadre" qu'il donne à notre passage; selon la composition en anneau, le dernier verset répond au premier. Seule la foi peut contrer le doute qui risque de s'infiltrer à propos de la puissance, de la bonté et de l'aide de Dieu.

L'évangéliste n'entre pas dans le détail des "injustices" qui pèsent sur la veuve. Mais, sans dramatiser, il s'attaque à la réaction spontanée qui est la nôtre en de nombreux domaines, le poids des contrariétés extérieures pèse "intérieurement" sur notre moral et rend difficile la continuité de nos engagements et de nos sentiments. Cette pesanteur ne peut manquer d'atteindre tout chrétien lorsque s'accumulent les oppositions, les injures et même les persécutions.

C'est alors que nous sommes renvoyés, non seulement au dynamisme de notre foi, mais aux questions essentielles qui la structurent. Comment concevons-nous l'action de Dieu ? Comment concevons-nous notre mission et surtout, pour Luc, comment vivons-nous la présence de Jésus ressuscité à nos côtés? Sur ce point également, nous ne devons pas oublier l'enseignement qui contestait la demande des disciples en vue "d'augmenter" la foi (17/5). Le dynamisme du grain de sénevé était présenté comme référence pour "dépasser le judaïsme". A fortiori doit-il "fonctionner" pour réagir contre les paralysies intérieures.

4ème point : Reste la comparaison choisie

= Ce qui nous gêne, c'est moins sa valeur d'exemplarité du côté de la femme que la difficulté de la transposer dans les conditions actuelles de notre vie chrétienne. Elle convient parfaitement à un temps de persécution et nous respectons le souci de Luc qui composait d'abord pour sa communauté, mais, dans nos pays, nous n'en sommes plus là. Certes, nous ne nous faisons pas d'illusion sur le manque de persévérance de nos contemporains, mais, justement, nous voudrions "convertir" cette présentation pour lui donner une résonance plus adéquate. Et ce n'est pas évident.

= Il semble que les commentaires ne fassent pas assez attention à la présentation de Luc. Elle est très concentrée et on lui fait dire sans doute beaucoup plus qu'elle ne dit. Les éléments de cet enseignement semblent avoir eu une longue histoire avant de parvenir à notre auteur et avant d'être intégrés dans son œuvre. Mais c'est la composition finale qui doit retenir l'intérêt.

Il est facile de repérer deux parties, déterminées par la mention "Le Seigneur dit". Nous bénéficions donc d'une composition assez proche de celle que Luc adoptait à propos de l'intendant malhonnête (16/i). La première partie expose un "fait de vie" à l'état brut ; la seconde rebondit en précisant la pensée de Jésus sur le sujet.

* En première partie, nous avons un court résumé de la situation des premiers chrétiens en temps de persécution

L'image de la veuve exprimait symboliquement l'éloignement apparent de Jésus depuis sa mort. Le souvenir de l'intimité qui avait marqué les années "historiques" de Palestine était encore proche. Psychologiquement, la résurrection ne compensait pas totalement le contraste D'autres textes d'évangile reprenne cette image en référence au thème biblique des noces entre Dieu et son peuple. Comme il avait été évoqué à propos du jeûne (5/35) l'époux leur avait été enlevé.

Chez certains, les oppositions et surtout les persécutions ne pouvaient qu'accentuer les doutes sur l'efficacité de ce nouveau mode de présence. La figure du juge correspond assez exactement aux forces politiques qui conjuguaient leur action de façon tout à fait injustifiée. Les juifs avaient été les premiers "adversaires", mais, rapidement, les romains avaient pris le relais et nous connaissons la cruauté de certains empereurs comme Néron dans leur persécution contre les chrétiens. Les traits que Luc affecte au juge correspondent à cette situation: "ils n'ont aucune religion", allusion au titre "d'auguste" (= le divin) que les empereurs s'attribuaient ; "ils ne respectent pas l'homme".

Au temps de Luc, la communauté des chrétiens ne constituait pas une force d'opposition capable de faire reculer les décisions romaines. Mais l'exemple de Paul  manifeste qu'ils ne baissaient pas pour autant les bras; ils en appelèrent souvent à la stricte justice dont se prévalait la civilisation des occupants et, dans les provinces lointaines, certains gouverneurs furent sensibles à cette référence.

L'insistance que déploie la femme auprès du juge définit assez exactement ce comportement. Par la suite, nous savons que les persécutions se présentèrent surtout par "vagues" d'intensités différentes selon les empereurs et les procurateurs. Il fallut cependant plus de deux siècles pour que l'empereur Constantin, vers 315, accorde une totale liberté aux chrétiens pour la pratique de leur religion.

* La deuxième partie de notre passage se développe à deux niveaux qu'il est facile de séparer.

Luc envisage d'abord le niveau pratique des comportements vis-à-vis de l'autorité. Il ne fait que reprendre l'attitude que Paul adoptait : importuner les gouverneurs au nom de la justice et du droit pour que cessent des persécutions que rien ne justifie. L'efficacité n'est pas garantie, mais la ténacité est déjà par elle-même un témoignage. L'évangéliste semble lutter contre la "psychose du martyre" dont on trouve trace dans quelques écrits anciens.

Il extrapole ensuite au niveau de la foi. Par voie de conséquence indirecte, c'est là le principal handicap de cette situation. Des doutes s'introduisent… non seulement ils amenuisent la capacité de résistance et peuvent conduire à l'apostasie… mais ils faussent l'originalité de la foi chrétienne en altérant le lien que vit avec nous Jésus ressuscité.

* Car telle est la portée qu'il nous faut donner à l'affirmation: "Dieu rendra justice à ses élus rapidement". Il n'est pas nécessaire d'y voir une promesse de miracle ou une compensation en mérites d'éternité. Elle renvoie à la conception que nous nous faisons de la "justice divine" dans son efficacité présente. Beaucoup rêvent d'une "vengeance" qu'ils conçoivent selon "leurs" critères.

Or, sans sortir de l'humain, d'autres critères sont concevables mais il faut les chercher dans "l'intériorité" qui fait la richesse actuelle du Royaume. Celui-ci est doublement présent dans l'exemple qui nous est présenté. Il l'est dans l'opiniâtreté de la femme qui s'engage contre les astuces, les compromissions, les lâchetés; elle se fixe pour mission de travailler pour la justice, dès maintenant. Il l'est dans le résultat qu'elle obtient; sous la pression de son engagement c'est bien la justice "humaine" qui est finalement réalisée.

Luc reprendra de façon plus explicite la conception chrétienne lorsqu'il abordera de nouveau le thème des persécutions (21/12).

"Ils vous livreront aux synagogues et aux prisons, vous emmenant devant des rois et des gouverneurs à cause de mon nom. Cela aboutira pour vous à un témoignage.

Mettez dans vos cœurs de ne pas vous soucier par avance de votre défense. Car je vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle ne pourront s'opposer ou contredire tous vos opposants… Dans votre constance vous sauverez vos vies. "

Bien entendu, la présentation "selon Luc" du procès de Jésus confirmera, s'il était besoin, les quelques idées que nous venons de résumer.

 

Piste possible de réflexion : "prier sans se décourager"… les difficultés actuelles

Cette réflexion prend place dans la continuité de l'enseignement sur la prière que Luc distille au long de son œuvre. Voici quelques semaines, au 17ème dimanche ordinaire, il reliait la prière à la mission des chrétiens, envoyés "en avant du Seigneur" pour "approcher le Royaume" en tout temps et en tout lieu. Il en parlait alors comme d'un temps fort qui permet à l'Esprit d'inspirer et de soutenir davantage nos engagements. Il illustrait cette idée en présentant la parabole de l'ami qui intervient en pleine nuit pour pouvoir rassasier celui qui a débarqué chez lui de façon inopinée.

Par la suite, il présentera l'exemple-type de la persévérance au cœur de l'épreuve, ce sera la prière de Gethsémani (22/40) au soir du Jeudi-saint. Jésus ne se contentera pas d'exhorter ses apôtres à 'prier sans cesse pour ne pas entrer en tentation'… Il vivra la tension intérieure que nous ressentons tous… "Père, tu pourrais faire porter cette coupe loin de moi. Pourtant que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui arrive"… .

1°- à l'écoute de Luc

Luc insiste principalement sur la persévérance dans la prière. Mais, en première lecture, l'exemple qu'il choisit nous étonne. Nous éprouvons quelque réticence à rapprocher l'attitude de Dieu et celle d'un juge "sans foi ni loi". Pour éviter toute erreur de transposition, il est donc nécessaire de bien situer ces versets afin de ne pas leur faire dire plus que Luc n'en dit.

Il écrit à une communauté encore proche des temps historiques et surtout menacée d'une reprise des persécutions.

= Même s'ils n'avaient pas été bénéficiaires de l'intimité qui avait marqué les années "historiques" de Palestine, beaucoup de chrétiens "vivaient" du souvenir des premiers témoins. Ils pouvaient donc regretter l'éloignement apparent de Jésus depuis sa mort. Psychologiquement, la résurrection ne compensait pas totalement le contraste. D'où le recours à l'image de la veuve pour exprimer symboliquement la situation de la communauté. Cette comparaison était empruntée au thème biblique des noces entre Dieu et son peuple. Nous la retrouvons en d'autres textes d'évangile: l'époux leur avait été enlevé

= Mais ce sont surtout les oppositions et les persécutions qui risquaient d'accentuer les doutes sur l'efficacité de ce nouveau mode de présence. La figure du juge correspond assez exactement aux forces politiques qui conjuguaient leur action de façon tout à fait injustifiée. Les juifs avaient été les premiers "adversaires" des chrétiens, mais, rapidement, les romains avaient pris le relais et nous connaissons la cruauté de certains empereurs comme Néron dans leur persécution contre les chrétiens. Luc les caricature en quelques traits: "ils n'ont aucune religion", allusion au titre "d'auguste" (= le divin) que les empereurs s'attribuaient… et "ils ne respectent pas l'homme"…

= Au temps de Luc, la communauté des chrétiens ne constituait pas une force d'opposition capable de faire reculer les décisions romaines. Mais l'exemple de Paul nous manifeste qu'ils ne baissaient pas pour autant les bras; ils en appelèrent souvent à la stricte justice dont se prévalait la civilisation des occupants. Certains gouverneurs furent sensibles à cette référence. L'insistance que déploie la femme auprès du juge définit assez exactement ce comportement.

= Au temps de Luc, il semble également que la répression se faisait moins forte, particulièrement dans les provinces lointaines. Cette précision nous aide à mieux percevoir la double perspective que l'évangéliste réfère aux versets qui rapportent " ce que le Seigneur dit".

* Luc envisage d'abord le niveau pratique des comportements vis-à-vis de l'autorité. Il ne fait que reprendre l'attitude que Paul adoptait : importuner les gouverneurs au nom de la justice et du droit pour que cessent des persécutions que rien ne justifie. L'efficacité n'est pas garantie, mais la ténacité est déjà par elle-même un témoignage. L'évangéliste semble également lutter contre la "psychose du martyre" dont on trouve trace dans quelques écrits anciens.

* Il extrapole ensuite au niveau de la foi. Par voie de conséquence indirecte, c'est là le principal handicap de cette situation. Des doutes s'introduisent… non seulement ils amenuisent la capacité de résistance et peuvent conduire à l'apostasie… mais ils faussent l'originalité de la foi chrétienne en altérant le lien que vit avec nous Jésus ressuscité.

2°- à l'écoute des difficultés actuelles

En nos pays occidentaux, la situation des chrétiens est très différente de celle qu'affrontait la communauté de Luc. Sans négliger l'invitation à la foi sur laquelle il conclue, il importe de bien analyser le poids des évolutions qui ont marqué les vingt derniers siècles de notre histoire.

Il est certain que la persévérance va un peu à l'encontre de la mentalité moderne et de l'aspiration à bénéficier de résultats immédiats. Mais ce jugement sommaire évite d'aller plus profond en assimilant les fausses difficultés aux vraies difficultés sur lesquelles on fait silence le plus souvent.

= Pour faire bref, il est possible de parler d'un fossé dont l'écart s'est élargi de façon dramatique entre l'expression proposée à la prière et ce qu'on peut appeler "l'approche moderne des questions qui nourrissent la prière à partir de nos connaissances et de nos mentalités. Ce fossé est d'ailleurs souvent intérieur aux personnes elles-mêmes… les plus "modernes" dans leur profession ou leur vie courante ne transposent pas toujours cet esprit dans leur pratique ou l'exposé de leur foi.

a) Le handicap du côté de l'expression de la prière est facilement explicable…

* Un certain "style de foi" s'était épanoui en harmonie avec un "type" précis de civilisation et en référence à un degré limité de connaissances.  Sous diverses pressions, cette civilisation a éclaté et a entraîné de nombreuses "mutations". Celles-ci n'auraient pas du surprendre les chrétiens, bien au contraire ils retrouvaient de multiples valeurs évangéliques: un sens positif de l'homme, l'exigence de justice et des rapports mutuels de partage, l'ouverture universelle… quant aux connaissances scientifiques, elles touchaient à un domaine sur lequel l'évangile ne s'était jamais prononcé.

* Malheureusement, le poids de la tradition a été le plus fort, surtout en ce qui concerne les expressions de la foi, donc la prière. En leur jeunesse, beaucoup ont reçu une formation qui correspondait plus au déisme du Moyen-Age qu'à la lumière dynamique de l'évangile.

Trois traits caractérisaient la pensée qui leur était inculquée : Dieu était le Tout-puissant, hors de notre monde et donc capable de donner quelques petits coups de pouce à sa création si nous savons l'amadouer ; l'homme étant par nature imparfait, il ne pouvait être question de s'attarder sur les "causes secondes" dont la responsabilité a été remise entre ses mains ; l'importance de Jésus était à situer dans le fait qu'il a payé la dette du passé par son sacrifice; c'est là le point capital qui en a fait un intermédiaire efficace, son témoignage en humanité reste un bel exemple mais il ne dépasse pas le plan moral.

* L'importance était donc donnée dans la prière aux trois éléments correspondants. 1. La prière doit bénéficier d'une ambiance sacrée car nous abordons un autre monde. 2. Nous n'avons pas à hésiter dans l'exposé de nos demandes, puisque Dieu "peut tout", y compris rectifier les "handicaps" d'une création qui nous dépasse. 3. Pour être efficace, la prière implique la foi au sens où beaucoup l'entendent, c'est-à-dire la confiance aveugle.

b) Le contraste avec l'approche moderne des questions qui nourrissent la prière est tout aussi repérable.

- Les progrès faits dans la connaissance de l'homme et de son environnement ont remis à leur juste place des zones d'influence qui avaient été abusivement attribuées à Dieu. Se sont trouvés ainsi éliminés les raisonnements simplistes qui étaient à la base de nombreuses demandes ou prétendaient amener des preuves d'efficacité.

- La mondialisation des canaux d'information a étendu la connaissance que nous avions des injustices tandis que l'évolution positive des sensibilités les rendaient encore plus insupportables. Ce qui restait autrefois du domaine de l'exception nous est livré en chiffres incontournables et en images plus réelles que ne pourrait le traduire aucun récit.

A l'information sur les injustices actuelles, les recherches historiques ont ajouté le poids d'autres injustices dont les responsabilités ne peuvent nous laisser indifférents. Il ne suffit pas de prier pour les victimes des Croisades ou de l'Inquisition. En tant que chrétiens, nous nous trouvons impliqués tout en demeurant impuissants à rectifier quoi que ce soit.

- Même si, parfois, l'analyse des "causes" est rapide ou partisane, une réflexion de cet ordre est généralement attachée à la connaissance des faits. Et c'est là que les questions de foi et les expressions de prière se trouvent concernées. Car, face à certaines catastrophes qui multiplient les victimes innocentes, il devient évident que les responsabilités dépassent "le monde des hommes" et affectent la création, autrement dit le monde de Dieu.

Les déséquilibres de la nature et le "silence de Dieu" sont ainsi devenus des questions qui ne peuvent être esquivées. Ils imposent à la prière une discrétion et un respect des personnes qui va à l'encontre d'une formation passée. En outre, ils ébranlent les clichés sécurisants qui en appelaient à la Tout-Puissance et à la Toute-Bonté de Dieu. Et, comme aucune réponse ne peut être sérieusement apportée à certains drames, nous ne pouvons être étonnés de leur impact sur l'espérance qui soutenait autrefois la persévérance dans un certain style de prière.

3°- à l'écoute de l'enseignement de Luc

Bien que les situations soient différentes, les perspectives de Luc sont pourtant loin d'être dépassées. L'évangéliste avait conscience que les persécutions subies par l'Eglise naissante étaient représentatives de tout le mal qui, dans le monde, pèse sur les hommes.

Le mot "prière = proximité de Jésus ressuscité"

En français, le mot "prière" a été réduit au sens commun que nous connaissons et qui souligne essentiellement un caractère de "demande". Selon le dictionnaire, "acte de religion par lequel on s'adresse à Dieu pour l'honorer ou l'implorer".

Le grec est beaucoup plus riche et plus diversifié pour "éclairer" ce dialogue. Tout au long de son oeuvre, Luc reste très sobre dans l'emploi des mots "aiteo" et "deomai" qui expriment l'idée de demander-obtenir. Il préfère l'expression "pros-eu-chomai" qui intègre l'idée de bien (eu) et dont le préfixe évoque la proximité.

Le fait de "persévérer dans la prière" implique donc la conscience d'une présence vécue. Elle n'implique pas l'idée d'une répétition "utilitaire" pour arriver à ses fins. La démarche de la veuve doit être reliée à sa vraie source. Il ne s'agit pas d'une "technique", il s'agit de l'accomplissement d'une mission: elle réalise le "dès maintenant" de l'action divine. Jésus n'est pas passif devant les misères et les injustices de notre monde, l'action des chrétiens est la première réponse qu'il apporte, elle participe du combat permanent qu'il mène pour les faire disparaître.

Le mot "foi"= un dynamisme d'engagement

N'oublions pas la rectification qu'avait apportée Jésus lorsque ses amis, en toute bonne volonté, lui avaient demandé d'augmenter leur foi. Il n'avait pas repris la parabole du grain de sénevé sous l'angle du contraste entre la petitesse initiale et le résultat final ; il avait mis en valeur le dynamisme intérieur qui détermine l'éclosion du rayonnement extérieur.

Il avait repris la même idée lorsque les pharisiens lui avaient demandé : "Quand vient le Royaume de Dieu?". Sa réponse était sans ambiguïté : "Le Royaume de Dieu ne se laisse pas épier; et on ne dira pas: Voici, il est ici... ou il est là. Car voici: le Royaume de Dieu est en dedans de vous."

Il s'agit donc de vivre cette intériorité comme un soutien permanent de Jésus ressuscité. Nous rêverions facilement que Dieu "fasse justice" sans nous… ce sera peut-être vrai dans l'éternité, mais, présentement ce n'est pas son style. La prière se doit donc de ne pas être "verbiage" mais "accueil", "ouverture" à celui qui demeure à nos côtés pour valoriser notre présent en une histoire qu'il refuse de faire sans nous. C'est avec lui qu'il faut "persévérer".

Mise à jour le Vendredi, 18 Octobre 2013 17:24
 
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