Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 24 ème Dimanche du Temps ordinaire

Année C : 24ème Dimanche du temps ordinaire

Actualité

La troisième parabole, celle du père et des deux fils, a été retenue par la liturgie au 4ème dimanche de Carême de cette année C. Vous pouvez vous reporter à ce qui était observé plus particulièrement à son sujet.

Deux pistes différentes étaient alors proposées. La première s'attachait exclusivement à la parabole en soulignant l'unité d'action du père et des serviteurs : "pour un accueil intelligent à l'exemple du Père". La deuxième anticipait l'ensemble de ce dimanche : "face aux tensions inévitables dans la communauté". La piste proposée ci-après vise également la pensée commune aux trois paraboles.

Evangile

Evangile selon saint Luc 15/1-32

Le temps de l'Eglise - la communauté chrétienne - "en accueil de ceux qui sont perdus"

référence historique ; attitude générale de Jésus

Les publicains et les pécheurs s'approchaient sans cesse de Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes murmuraient entre eux en disant : "Celui-ci accueille les pécheurs et mange avec eux!".

Premier mouvement : double champ de la recherche 

1er temps : large recherche dans le désert du monde - parabole de la brebis perdue

Il dit à leur adresse cette parabole:

Quel homme parmi vous ayant cent brebis et ayant perdu une seule d'entre elles, n'abandonne pas les 99 autres dans le désert et fait route vers celle qui se trouve perdue jusqu'à ce qu'il l'ait trouvée?

Et l'ayant trouvée, il la met sur ses épaules en se réjouissant et étant venu à la maison, il convoque les amis et les voisins en leur disant : réjouissez-vous avec moi parce que j'ai trouvé ma brebis, celle qui s'est trouvée perdue.

Je vous le dis: ainsi il y aura joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit plus que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de conversion.

2ème temps : recherche dans le cadre de la communauté - parabole de la pièce perdue 

ou quelle femme ayant dix drachmes, si elle perd une seule drachme, n'allume-t-elle pas une lampe et balaie la maison et cherche avec soin jusqu'au moment où elle l'a trouvée?

L'ayant trouvée, elle convoque les amies et voisines en disant : "Réjouissez-vous avec moi parce que j'ai trouvé la drachme que j'avais perdue."

Ainsi je vous le dis: arrive une joie en présence des anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit.

Deuxième mouvement : attitude vis-à-vis des personnes qui se sont éloignées 

1er temps : parabole du père et du fils perdu, développant la parabole de la brebis perdue

" Un homme avait deux fils

= Le plus jeune d'entre eux dit au père : " Père, donne-moi la part me revenant de la fortune ". Celui-ci leur répartit ses ressources. Après peu de jours, ayant assemblé tout son avoir, le plus jeune partit pour un pays lointain et là il éparpilla sa fortune, vivant sans cesse dans le désordre.

= Comme il avait tout dépensé, arriva une grande famine en ce pays-là et lui commença à être dans le besoin. Ayant fait route, il s'attacha à l'un des citoyens de ce pays et il l'envoya dans ses champs faire paître des porcs. Il désirait se rassasier avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait.

Etant revenu sur lui-même, il déclara: "Combien de salariés de mon père sont débordés de pains et moi, ici, je meurs de faim ! M'étant levé, je ferai route auprès de mon père et je lui dirai : Père, j'ai péché vers le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d'être appelé ton fils .Fais-moi comme l'un de tes salariés."

= S'étant levé, il vint auprès de son propre père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, ayant couru il tomba à son cou et l'embrassa

Le fils lui dit : "Père j'ai péché vers le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d'être appelé ton fils". Mais le père dit à l'adresse de ses serviteurs :" Vite, apportez une robe, la meilleure et habillez-le et mettez une bague à sa main et des sandales à ses pieds. Apportez le veau engraissé, immolez-le. Ayant mangé, faisons la fête

idée-force :  

parce que celui-ci, mon fils, était un mort et il est revenu à la vie, il était un perdu et il est retrouvé." Et ils commencèrent à faire la fête.

2ème temps : parabole du père et du fils aîné, développant la parabole de la drachme perdue

= Or, son fils aîné était au champ. Lorsque, venant, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des chœurs. Ayant appelé un serviteur, il s'informait de ce qui se passait. Il lui dit : "Ton frère est revenu: Et ton père a immolé le veau engraissé parce qu'il l'a retrouvé en bonne santé." Alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer.

= Son père, étant sorti; le conjurait. Ayant répondu, il dit au père : "Voici tant d'années que je suis à ton service et jamais je n'ai passé outre à un commandement de toi. Jamais tu ne m'as donné un chevreau afin que je fasse la fête avec mes amis. Quand ton fils est revenu, celui-ci qui a dévoré tes ressources avec des filles, tu as immolé le veau engraissé pour lui !"

= Celui-ci lui dit : " enfant, toi, tu es en tout temps avec moi, et tout ce qui est mien est tien. Or, il fallait faire la fête et se réjouir parce que celui-ci, ton frère, était un mort et il est revenu à la vie, il était un perdu et il est retrouvé."

Contexte des versets retenus par la liturgie

= Pour étude en lecture personnelle continue, il est utile de rappeler que la liturgie a amputé la conclusion de l'ensemble précédent en omettant la parabole sur le sel. Celle-ci s'intégrait dans un groupe de trois paraboles rappelant les exigences qui s'imposent aux "nouveaux invités". En insistant sur la vigilance que ne doit pas altérer une invitation élargie, Luc terminait sa réflexion sur le cadre "interne" qu'il convient de donner aux repas communautaires, donc à la messe.

= Le passage d'aujourd'hui se présente comme un deuxième ensemble concernant la communauté chrétienne. L'évangéliste revient sur les conséquences de l'accueil universel dont il était question précédemment. Il suffit de lire les lettres de Paul et les Actes des Apôtres pour être informé des perturbations et des difficultés que rencontrèrent les premières communautés sur ce point. Entre l'intransigeance des judéo-chrétiens et le laxisme de certains païens convertis, la marge de manœuvre a été souvent très étroite.

Le "cadre" que Luc donne à ce nouvel ensemble correspond à cette situation. Les critiques sont prévisibles et elles peuvent émaner de deux sources. Comme au temps historique, il faut s'attendre à des critiques "externes" du milieu ambiant non chrétien… mais les tensions internes risquent également de rompre une unité déjà délicate à réaliser.

En arrière-plan, il est évident que l'évangéliste perçoit la tendance au "repli sur soi" qui menace tout groupe humain mais il semble craindre surtout une perte du "tonus missionnaire" des envoyés. C'est pourquoi il relie étroitement cette préoccupation à ce qui a précédé, situant l'accueil en terme "logique" de la recherche.

= Certaines nuances risquent d'échapper à une première lecture trop rapide. Limitons-nous à quelques remarques. A vous de juger ce que vous pourrez en reprendre pour aider la réflexion de votre assemblée.

1er point: L'attitude de Jésus vis-à-vis des publicains et des pécheurs a été mentionnée antérieurement, dans le cadre du ministère en Galilée, comme une des premières ruptures dont il se voulait témoin (5/30). Les pharisiens et les scribes s'étaient alors adressés à ses disciples en formulant des "murmures" semblables: "Pour quelle raison mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs". Jésus leur avait répondu directement : "ceux qui sont en bonne santé n'ont pas besoin de médecin mais au contraire ceux qui ont mal. Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs vers une conversion".

En "doublant" cette mention au cours de son oeuvre, Luc la maintient comme une qualité fondamentale de Jésus ressuscité et donc comme une qualité fondamentale des communautés qui construisent désormais la "marche de l'Eglise". N'oublions pas la continuité que manifeste notre auteur dans l'exposé de sa pensée. Les paraboles qui constituent ce nouvel ensemble ne doivent pas être isolées et interprétées en un sens moral individualiste, elles avaient peut-être cette orientation dans la tradition antérieure, mais l'évangéliste les reprend en un sens missionnaire. Priorité doit être donnée à l'attitude commune du berger, de la femme et du Père, tous trois en activité responsable.

2ème point: Dans la parabole des invités au festin, Luc a souligné l'activité du serviteur, indissociable de celle du Maître. Il a précisé la double responsabilité que crée ce lien: le serviteur participe à la communauté et contribue à son animation… il est également envoyé pour diffuser une invitation universelle qui ramène à cette communauté.

En rapprochant les exemples qui sont proposés dans le texte de ce dimanche, nous voyons ainsi apparaître les deux secteurs d'engagement qui sollicitent tout envoyé: secteur d'activité au milieu des perturbations du monde en vue de retrouver la brebis perdue ou le fils égaré… secteur d'activité au sein de la communauté en vue de répartir les ressources de vie au moment de l'accueil et de maintenir l'unité du groupe.

3ème point: Luc ne s'étend pas sur les responsabilités qui ont été à la source des détresses. Il ne disserte pas sur les causes qui ont égaré la brebis dans le désert ou ont fait rouler la pièce dans un coin obscur de la maison. Même le départ du jeune fils n'est pas sujet d'analyses approfondies; le frère aîné ne rend pas compte exactement de la situation lorsqu'il parle des ressources qui ont été dilapidées… au départ, le cadet n'a exigé rien d'autre que "la part qui lui revenait".

L'évangéliste semble donc se méfier des complexes et des théories qui retardent si souvent l'engagement. Priorité doit être donnée à la détresse qu'il faut soulager. La troisième parabole accentue nettement cette urgence sans trop se préoccuper de la "densité de contrition" du cadet.

4ème point : Les exemples se déroulent tous selon un même schéma. Celui-ci comporte quatre temps: éloignement, recherche ou attente, retrouvailles, célébration joyeuse de cette nouvelle vitalité. Il importe de ne pas estomper cette issue; puisqu'elle est mentionnée chaque fois, la fraternité retrouvée n'est donc pas un simple appendice.

Les deux premières paraboles tendraient à reporter ce quatrième temps en un ciel extérieur, mais les dernières paraboles "l'intègrent" comme suite "logique" de tout accueil. D'ailleurs, la réaction contradictoire du fils aîné souligne nettement l'importance de cette démarche en "signe de résurrection".

5ème point : Pour saisir les nuances de la pensée de Luc, l'enchaînement et la complémentarité des exemples doivent être soigneusement repérés

°. Les deux premiers exemples se conjuguent en visée universelle "complète".

Le désert, c'est le monde vu par l'auteur… Le troupeau dont nous avons la charge est des plus vastes et des moins définissables. Chaque personne, qu'elle soit de notre entourage ou de plus loin, est à considérer comme une brebis qui appelle notre attention et nos soins au nom de notre foi. Si elle s'éloigne et se trouve ainsi en danger, il s'agit donc d'aller la chercher… de la charger sur nos épaules pour la ramener… de ne jamais nous résigner à la porter disparue… C'est une brebis, elle est source de vie et de croissance pour le troupeau entier…

La maison, c'est la communauté chrétienne… Chaque membre est solidaire des autres, tout handicap pour l'un doit être ressenti comme handicap pour les autres. Le témoignage se dégrade s'il n'est pas unitaire et l'héritage commun s'en trouve amoindri. La base de la communauté, c'est la lampe, l'Evangile… un "balayage" permanent s'impose pour que chacun puisse trouver son épanouissement en harmonie avec les autres.

Luc est le seul évangéliste à emprunter cette parabole à la tradition. Nous trouvons là une note de réalisme "interne" (perte dans la "maison") que suscite en sa pensée le souvenir des tensions de la première communauté chrétienne. Il la glisse discrètement en complément du perdu-retrouvé "extérieur"; il sait l'impact de l'unité sur le rayonnement de la foi en milieu païen ou incroyant.

°. La parabole du Père permet à l'évangéliste d'accentuer ce qu'il a simplement esquissé dans les exemples précédents. Il semble évident qu'il s'agit d'une composition de Luc et ceci renforce l'importance de ce que nous risquons de prendre pour des détails

1. Il personnalise les éléments du drame de même que la démarche d'accueil. Comme ses lecteurs sans doute, Luc appartient à la civilisation grecque; il est donc moins sensible qu'un sémite au symbolisme de la brebis et de la pièce, il semble craindre la réduction des images à une brebis-animal ou à une pièce-chose. Il n'hésite donc pas à mettre directement en acte des personnes dans leurs réactions psychologiques.

2. Il introduit une troisième catégorie de personnes à accueillir, celles qui se présentent d'elles-mêmes au terme d'un itinéraire chaotique qui n'a pas éteint complètement une faible lueur d'espérance… Personne ne les a "recherchées" et pourtant elles sont là, à la porte de la communauté…

3. Cette parabole permet également à Luc de relier au Père et à son engagement, en Jésus comme en sa communauté. Explicitement ou indirectement, le Père est présent à ces trois paraboles mais c'est dans la troisième que ses traits sont les plus nets.

Pour l'évangéliste, il ne s'agit pas de n'importe quel père, il s'agit du Créateur. Par deux fois, il est rappelé la référence aux "ressources qui constituent la fortune dont chacun dispose par nature". Le Père est donc Celui qui ne domine pas les situations conflictuelles au nom de son autorité, il est Celui qui s'engage au cœur des tensions sans sortir du jeu des lois humaines habituelles. Par le biais de Jésus, puis par le biais d'une communauté voulue comme "lieu de vie", il poursuit son œuvre de salut. .

Luc n'hésite pas à "changer de formule" pour traduire la densité de la démarche d'accueil. Il ne s'agit plus de perdus-retrouvés….il s'agit de morts-revenus à la vie… donc de résurrection

6ème point : Luc pressent la fausse interprétation qui pourrait être donnée à l'attitude d'accueil du père. C'est pourquoi, il fera suivre cette parabole du commentaire où Jésus dénonce l'exemple d'un intendant malhonnête.

Nous le lirons dimanche prochain mais il est utile de saisir dès maintenant l'équilibre de pensée dont Luc témoignera. Jésus refusera nettement l'attitude déconcertante du maître qui fait l'éloge de l'infidélité dont il a été victime. A ses yeux, aucune compromission ne peut être admise: celui qui n'est pas "fidèle" en gestion du "capital d'autrui" ne peut espérer se voir confier la gestion du "capital véritable". Cette réserve nous invite à ne pas trop "canoniser" le fils perdu dans la présentation du passage de ce dimanche.

= La piste que nous proposons aujourd'hui cherche à ne pas faire doublet avec les pistes précédentes, développées au 4ème dimanche de Carême. Elle part d'une question très simple : qu'est-ce qui détermine qu'une brebis - ou une pièce, ou une personne - est perdue par rapport à Jésus et sollicite notre engagement?… Il ne suffit pas d'évoquer l'accueil des pécheurs, encore faut-il préciser ce qu'on entend par pécheur et ne pas prétendre sauver ce qui n'en manifeste nul besoin!

La question a sans doute toujours été complexe mais elle l'est devenue tout particulièrement en raison de la nouvelle sensibilité qui marque la plupart de nos contemporains. En homélie, il n'est possible que d'évoquer cette complexité mais, face aux confusions actuelles, il vaut la peine d'essayer.

Troisième piste possible de réflexion : aujourd'hui, où sont passées les brebis perdues?…

Vous trouvez les première et deuxième pistes possibles au 4ème dimanche de Carême   

= Dans la continuité de sa réflexion sur "la marche de l'Eglise", Luc nous propose en ce dimanche un deuxième volet concernant la communauté chrétienne… Précédemment, Il concentrait sa pensée dans la parabole des invités au festin… Il revient sur le rôle qu'il attribuait au serviteur pour la pleine mise en œuvre et le rayonnement de cette communauté. A ses yeux, il existe un lien étroit entre l'animation "interne" et la diffusion universelle; chaque chrétien doit donc se sentir investi de cette double responsabilité.

Les paraboles que nous venons de lire visent donc à approfondir le secteur missionnaire. Leur thème commun est défini par l'auteur lui-même comme "la recherche de ce qui est perdu.". Ces textes nous sont déjà connus et ont fait l'objet de nombreux commentaires qui conservent leur valeur. Pourtant les évolutions des temps et des mentalités modifient quelque peu l'approche habituelle de ce sujet. Il est donc normal que nous cherchions, sous la plume de Luc, les éléments susceptibles de nous éclairer.

Une question actuelle : qui est perdu ?…

Cette question semble banale… il suffit pourtant de la poser pour reconnaître que la réponse ne va pas de soi.

= Bien entendu, certains cas de ruptures ou de détresses sont évidents et sollicitent notre engagement de façon explicite. Il n'est pas question de négliger ce premier "champ" d'action ni de sous-estimer les difficultés qui s'y rencontrent. Pourtant, à l'écoute des paraboles d'aujourd'hui, notre réflexion est orientée si largement que les "définitions habituelles" éclatent quelque peu.

= Par ailleurs, les progrès de nos connaissances historiques et culturelles ont forgé une nouvelle sensibilité et il importe de l'intégrer en intelligence de réflexion…

Prenons l'exemple de Jésus partageant le repas des publicains et des pécheurs. En son temps, ce témoignage faisait "choc" comme en témoignent les critiques des pharisiens et des scribes. Sans nier sa valeur, une meilleure documentation sur la société juive oblige à lier l'impact qu'il suscitait au cadre de l'époque. Les publicains étaient bannis et assimilés à des impurs parce que travaillant pour l'autorité romaine - avec le recul, cette "faute" nous apparaît très relative - Quant à leurs amis, leur principal "péché" venait de leur relation avec les "impurs" précédents ou de leurs manques d'observance de la Loi. Or, Jésus sera le premier à critiquer la fausse minutie de cette Loi et même le scandale de certains interdits.

= Au temps de Luc et des premières communautés chrétiennes, le secteur des "brebis perdues" s'était déplacé mais restait assez net. Aux yeux des chrétiens de cette génération, les juifs s'étaient "égarés" en condamnant Jésus et en refusant la conversion à l'évangile… Quant aux cultes païens du milieu méditerranéen, ils s'étaient réduits de plus en plus à un ensemble hétéroclite de pratiques et de croyances. La jeune foi chrétienne se présentait donc effectivement dans toute sa richesse religieuse et son universalité. Désormais indépendante de toute tutelle, sa diffusion s'en trouvait stimulée comme un service attendu par nombre de nations …

= Dans le monde occidental qui a été le centre de la vie de l'Eglise jusqu'à une période récente, cet état d'esprit très tranché a perduré au long des siècles. Selon les fluctuations historiques, le "visage" des brebis perdues a changé mais une certaine unanimité émergeait des mentalités ou des enseignements "religieux" pour désigner un groupe précis à convertir. Après les "hérétiques" des premiers temps, les "infidèles musulmans" ont pris le relais, en attendant les "protestants" et les populations païennes "découvertes" plus récemment…

Malgré les "excès" souvent engendrés par cette pseudo classification, le souci des brebis perdues n'a jamais cessé de susciter de grandes générosités, individuelles ou collectives, l'exemple le plus récent étant celui de l'évangélisation lointaine. Nombre de ces engagements ont su dépasser la relativité concernant les personnes et les "formes" que sélectionnait leur époque. Ils ont permis ainsi au témoignage chrétien de conserver le dynamisme que recèle sa source.

= Les évolutions actuelles invitent à une nouvelle intelligence des conditions dans lesquelles les chrétiens sont amenés à vivre la "recherche de ce qui est perdu". Il ne s'agit pas seulement de la mise à jour de la liste des "secteurs concernés" ou de l'adaptation des "techniques" d'influence.. Il s'agit de percevoir comment certains paramètres récents bouleversent quelque peu l'exercice d'un dynamisme qui reste fondamental…

1. A des degrés divers, nos civilisations occidentales se sont peu à peu imprégnées de certaines valeurs humanistes portées par le message chrétien, ceci est très net quant à l'importance donnée à chaque personne et au respect de la liberté individuelle.

Le dialogue des chrétiens avec le monde environnant s'en trouve modifié. La plupart de nos contemporains ont désormais assimilé ces valeurs comme leur bien propre, en les isolant de leur synthèse évangélique initiale. Même partiellement, elles valorisent leur pensée et leur comportement.. Ils s'en satisfont et ne se considèrent absolument pas comme des "brebis perdues". Bien au contraire, ils taxent facilement de "récupération" toute conversation courante à ce sujet…

2. La "mondialisation" influence également les mentalités de notre entourage. Il est vrai, les réactions sont souvent contradictoires. D'une part une plus grande amplitude d'information étend le champ d'activité où s'engagent les plus conscients et les plus généreux… Mais, d'autre part, l'information sur les autres civilisations et la perception de leurs richesses culturelles relativise ce qui, jusque-là, apparaissait comme "l'originalité" du message chrétien. Il en est ainsi des civilisations extrême-orientales et de la Sagesse que développent leurs enseignements…

= L'importance de ces interférences est rarement soulignée. Nombre de recommandations se contentent de reprendre le schéma-type de la brebis perdue. Pourtant, en "serrant de près" les textes que nous venons de lire, il s'avère que la présentation de Luc est beaucoup plus diversifiée.

Pour s'en convaincre, il suffit de prêter attention à la troisième parabole et au comportement du père. A l'évidence, il s'agit d'une composition que l'évangéliste a cru bon d'ajouter aux deux premières. Son style très nuancé semble bien correspondre à une situation assez proche de celle que nous affrontons aujourd'hui. Après les premiers succès missionnaires, la foi chrétienne exerçait moins d'attrait sur le milieu gréco-romain et la deuxième génération se trouvait contrainte d'approfondir sa réflexion…

Les deux formes possibles d'engagement selon Luc

Face à "l'éloignement" de ceux qui nous sont proches, Luc envisage deux attitudes nettement différentes : celle du berger et celle du père. Le berger se met immédiatement en recherche de la brebis perdue et s'investit pour la ramener au bercail. Le père respecte la liberté de son fils et n'intervient pas dans son cheminement tout en préparant son retour. Il admet qu'une part de fortune lui revient et la lui remet sans protester. Il n'intervient pas dans sa détresse, il laisse à l'épreuve et au souvenir le soin d'amorcer une démarche personnelle de retour. Alors seulement il témoigne de la densité des sentiments qu'il vivait intérieurement et n'a de cesse que de "faire revivre" celui qui s'était égaré sur des sentiers de mort.

L'évangéliste ne départage pas ces attitudes et, en leur donnant une même conclusion, il laisse à chaque "missionnaire" une grande liberté pour son choix. Il est certain que, dans le passé, la première méthode a été chaleureusement recommandée et a marqué le "style" du rayonnement chrétien. L'heure est peut-être venue de prendre en compte la seconde option, ne serait-ce que pour mieux assumer les évolutions.

Les conceptions sous-jacentes à la troisième parabole

Luc ne présente pas cette attitude comme une "solution miracle" Bien au contraire il la sait délicate et c'est pourquoi il donne une grande importance à l'état d'esprit qui doit en constituer la toile de fond.

Le point sensible concerne la durée de l'attente qu'assume le père. La parabole ne dit pas les raisons qui empêchent le père d'intervenir, elle prend acte de cette exigence et nous invite à en peser les conséquences possibles.

De façon générale, quelles que soient les circonstances qui obligent à "attendre", une telle position est difficilement "vivable". Elle nourrit un sentiment d'impuissance qui aboutit rapidement au repli sur soi et au pessimisme, elle atténue toute lueur d'espérance en une issue favorable possible. Car, l'épreuve ne se limite jamais à celui qui en est la victime évidente, elle affecte aussi ceux qui se trouvent en lien étroit avec elle. Il leur faut alors "s'accrocher" à des convictions antérieures à l'instant présent.

L'évangéliste a conscience qu'il en est ainsi pour les membres de sa communauté lors du dialogue avec leur environnement. Il pressent qu'il en sera ainsi pour d'autres générations chrétiennes. Il insiste donc sur ce que doit être l'esprit qui permet de "tenir" sans que le dynamisme de la mission ne soit stoppé… Selon son habitude, il en glisse les perspectives en ordonnant soigneusement les éléments de son récit et en chargeant de symbolisme les "détails" de sa présentation

Trois pôles se conjuguent ainsi en fil conducteur des différents comportements évoqués. Le style de Luc permet de les repérer facilement. Ils en appellent à la valeur de la personne humaine, au "visage" de Dieu et à la vitalité de la communauté.

1. vision réaliste de l'homme, de ses aspirations, de la complexité de ses sentiments, de ses possibilités d'évolution… 2. vision de Dieu, Dieu de Jésus-Christ et non Dieu des mentalités "déistes", Dieu doublement créateur par nature et par résurrection, Dieu qui ne domine pas les situations conflictuelles au nom de son autorité, mais s'engage au cœur des tensions sans sortir du jeu des lois humaines habituelles. … 3. enfin vision de la communauté de sa nécessité, de sa vitalité interne et de sa cohésion…

Pour l'évangéliste, seules, ces convictions profondes de foi permettent de conserver à la mission son dynamisme et "d'assurer" sa marche lorsque le terrain devient plus mouvant. Il lui est facile de les mettre en correspondance avec l'engagement historique de Jésus puisque c'est à cette source qu'il les a puisées.

Pour soutenir l'attente à laquelle les conditions contemporaines nous contraignent, nous sommes donc loin d'être démunis. Nous bénéficions en outre de plusieurs atouts. Entre autres, les mentalités modernes se sentent spontanément accordées à certaines de ces valeurs : participation aux richesses de la création, respect de la liberté, discrétion et patience vis-à-vis des comportements d'autrui, accueil des détresses et souci de combler tout déficit sans arrière-pensée…

Mais qui ne voit l'immense chantier qui affecte le renouvellement de la "pensée religieuse habituelle".

L'importance d'une communauté "vivante"

Au milieu des tempêtes que mentionne la troisième parabole, nous pouvons remarquer l'importance qui est donnée à la communauté, y compris en influence extérieure. Elle s'inscrit en nostalgie dans la mémoire du fils et se trouve à la source de son revirement. Le souvenir est très concret : "les salariés de mon Père disposent de pain en surabondance". Elle se situe en point de retour et compense spontanément les séquelles de la détresse antérieure avant de les dépasser dans la musique et la fête. En un mot, elle aussi ne s'est pas laissé piéger par l'attente et demeure un lieu de résurrection …

Ce faisant, nous comprenons mieux la place centrale que Luc donne à la parabole de la pièce perdue. Il est le seul évangéliste à emprunter cette parabole à la tradition. La maison, c'est la communauté chrétienne… L'auteur sait l'impact de l'unité sur le rayonnement de la foi en milieu païen ou incroyant.

Mise à jour le Dimanche, 11 Septembre 2016 14:02
 
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