Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 23ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 23ème Dimanche du temps ordinaire

 

Actualité

Pour saisir la portée de ce groupe de paraboles, il est nécessaire de le situer dans le nouvel ensemble que Luc a amorcé dimanche dernier. Au long du panorama progressif qui envisage les différents aspects de la "marche de l'Eglise", il nous suggère de réfléchir à la Communauté chrétienne dont nous vivons et dont nous avons à témoigner. Dimanche dernier, nous lisions l'introduction de cet ensemble, nous en lisons aujourd'hui une première conclusion.

 

Evangile

Evangile selon saint  Luc 14/25-33

Le temps de l'Eglise - la communauté chrétienne - les nouveaux invités

Premier mouvement : les exigences qui s'imposent aux nouveaux invités 

" Des foules nombreuses faisaient route avec Jésus ; s'étant tourné, il dit à leur adresse

1er temps : accepter la rupture avec l'ancien environnement

" Si quelqu'un vient auprès de moi et ne hait pas son propre père, et sa mère, et sa femme, ses enfants, et ses frères et ses soeurs, et encore aussi sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple

2ème temps : renoncer à toute sécurité personnelle

Quiconque ne soutient pas sa propre croix et ne vient pas derrière moi, il ne peut pas être mon disciple

Deuxième mouvement : l'engagement résolu dans la foi chrétienne 

1er temps : accepter l'exigence d'aller jusqu'au bout

Car qui, parmi vous, voulant bâtir une tour, s'étant assis d'abord, ne calcule-t-il pas la dépense pour voir s'il a le nécessaire pour l'achèvement ?

De peur que, comme il a mis les fondations et n'a pas la force de terminer, tous ceux qui l'observent ne commencent à le bafouer en disant : Cet homme commença à bâtir peu à peu et n'eut pas la force de terminer !

2ème temps : accepter l'exigence d'un combat difficile

Ou quel roi, faisant route pour rencontrer à la guerre un autre roi, s'étant assis d'abord, ne délibérera-t-il pas pour voir s'il est capable, avec dix mille hommes, d'aller à la rencontre de celui qui vient sur lui avec vingt mille ?

Sinon, comme il est encore loin, lui ayant envoyé une ambassade, il demande les conditions pour une paix.

à la racine de l'anneau suivant :  

Ainsi donc, tout homme d'entre vous qui ne se sépare pas de tous ses biens ne peut pas être mon disciple.

3ème temps : accepter un ressourcement permanent (omis par la liturgie)

Il est beau, le sel mais si éventuellement le sel même s'est affadi, avec quoi sera-t-il assaisonné ? Ni pour la terre, ni pour le fumier il n'est apte ; au dehors on le jette.

Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende !

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

= Le regroupement de textes que Luc propose à notre réflexion aujourd'hui, a besoin d'être bien situé et rigoureusement analysé. Certes, l'idée générale est facile à résumer: choisir la foi chrétienne est une affaire sérieuse qui n'admet pas de demi engagement. Mais la présentation de notre évangéliste mérite autre chose qu'un vague résumé. Ceci est d'autant plus important que la liturgie "saute" quelques passages importants et favorise une "dilution" des plus dommageables en ce qui concerne les commentaires habituels.

= Ce passage arrive en conclusion d'un premier ensemble concernant la communauté chrétienne. Au cœur de cet ensemble, la parabole des invités au festin concentre l'essentiel de la pensée de Luc. A partir d'elle, il a construit l'introduction sur laquelle nous avons réfléchi dimanche dernier: elle nous mettait en garde contre les déformations religieuses subtiles qui menacent messe et communauté.A partir d'elle également, il compose une conclusion en trois paraboles dont les deux premières sont reprises aujourd'hui.

La pièce maîtresse de cet ensemble est donc constituée par la parabole des invités au festin "selon Luc". Rappelons cette présentation, légèrement différente de celle qu'adopte Matthieu.

L'auteur distingue trois "vagues" d'invités : ceux qui refusent, ceux qui viennent, ceux qui viendront. 1. à la différence de Matthieu, il clarifie et amplifie les motifs de refus, il ne s'agit plus des réticences juives mais des pesanteurs universelles : possession des biens, hantise du travail, occupations plus futiles. 2. Ceux qui viennent dans la communauté (= la ville) sont nettement assimilés aux pauvres, aveugles, boiteux… mais "il y a encore de la place". 3. Ceux qui viendront appartiennent au monde entier et bénéficieront de l'activité des "envoyés" qui vont vers eux "par les chemins et au-delà des clôtures".

Tout comme Matthieu, Luc perçoit à la fois la grandeur et les risques de ce troisième temps. L'idée est généreuse, mais, dans les milieux païens fraîchement convertis, l'invitation universelle à entrer dans la communauté chrétienne est menacée d'être comprise comme une "prime offerte à la facilité". Les lettres de Paul nous confirment certaines déformations qui affectaient alors le "Repas du Seigneur". Dans le cadre de la communauté de Corinthe (1ère lettre 11/21) il s'agissait d'un cas d'ivresse, mais d'autres coutumes, directement issues du milieu païen, devaient être visées par ces protestations.

La conclusion d'aujourd'hui cherche donc à "équilibrer" l'invitation universelle qui ressort de la parabole. Celle-ci peut engendrer un laxisme tout aussi dommageable qu'une trop grande sélection. Il apparaît nécessaire de rappeler aux nouveaux invités quelques exigences qui s'imposent en cohérence avec Celui qui invite et avec le repas auquel il invite, à savoir la messe.

Matthieu ajoute à la présentation qu'il adopte la parabole de la robe de fête (22/11 ). Il lui paraît contradictoire à l'esprit du repas que certains invités n'aient pas cru bon de revêtir une autre tenue alors que la chose aurait été "logique" avec l'accueil qui leur était réservé. Bien entendu, ce rappel est d'ordre symbolique et n'a rien à voir avec un quelconque statut social.

Aujourd'hui, Luc développe la même idée dans le regroupement des trois paraboles qui constituent sa conclusion: parabole de la tour inachevée, parabole du refus de combat, parabole sur le sel, cette dernière devant être ajoutée au passage liturgique pour lui donner sa vraie portée.

= Nous avons donc là autre chose que de simples recommandations et ceci nous amène à prêter attention au rôle du serviteur, car, dans la pensée de Luc comme dans la pensée de Matthieu, nous ne sommes pas seulement des participants au repas, nous sommes associés à son annonce comme à son organisation. Certes, c'est bien le maître qui "fait un grand dîner et appelle beaucoup de gens", mais il n'intervient pas directement… Tout est amorcé par l'activité d'un serviteur qui s'investit de façons diverses au long du récit.

Or, en portant cette annonce, nous sommes pris de plein fouet dans le dilemme qu'évoquent les trois paraboles de conclusion.

D'une part, l'invitation que nous portons propose un bonheur, un enrichissement. "Heureux qui mangera le pain dans le Royaume". La foi chrétienne se situe à mille lieues de "peines éternelles" ou d'exigences gratuites émanant d'une divinité lointaine. L'Evangile favorise un épanouissement de vie en référence à la plénitude d'humanité dont Jésus a témoigné et que l'Evangile nous transmet.

Et pourtant, d'autre part, le serviteur ne peut ignorer la réponse qui est faite et, particulièrement, la demi-croyance dont beaucoup risquent de se contenter. Quelle attitude adopter ? Faut-il en appeler aux exigences "normales" qui invitent à une réponse "sérieuse" ou admettre comme valable les "soldes" qui, à longue échéance, ne peuvent manquer de défigurer la vraie foi chrétienne au regard des observateurs extérieurs, encore hésitants. Car c'est bien à cette caricature qu'aboutit l'absence de toute réaction.

Cette situation n'est pas propre au temps de Luc, puisque c'est elle qui nous enlise aujourd'hui. La plupart de nos contemporains nous mettent en situation délicate. S'il s'agissait d'un refus net ou d'une indifférence caractérisée, nous saurions l'assumer plus facilement… mais il s'agit d'une vague religiosité qu'illustre assez exactement la parabole de la tour inachevée: quelques bribes d'enseignements et quelques promesses sans lendemain au nom d'une évolution hypothétique.

La seule différence vient du fait que cette situation anormale semble être admise par la majorité de nos contemporains et que les railleries actuelles ne sont guère nombreuses à l'égard d'une attitude contradictoire généralisée. Même en milieu chrétien, il est courant d'évoquer "la mèche qui fume encore !"… illusion qui confond espérance et naïveté, car, pour rallumer une mèche, il faut la plonger dans l'oxygène et non la laisser en air ordinaire.

Chacun est libre de son choix et il importe de le respecter, mais nul ne peut, pour s'auto-justifier, ériger la confusion en vérité. Les trois paraboles de Luc apparaissent ainsi comme des paraboles de mission. Elles posent de vraies questions à l'intérieur des communautés chrétiennes car elles sous-tendent les questions dites pastorales, particulièrement dans l'ordre sacramentel. Elles mettent en garde contre tout optimisme irréfléchi. Il serait ridicule de "prendre la tangente" en les moralisant dans l'esprit des participants, il vaut mieux clairement orienter vers l'aspect autrement plus délicat du dialogue avec l'entourage pour convaincre celui-ci de l'aspect non-chrétien de certaines manifestations occasionnelles.

= A ce propos, il peut être bon de glisser quelques réflexions qui remettent à leur juste place la justification de ces trois paraboles. Nous pouvons remarquer que l'évangéliste les relie à un comportement d'ordre général avant de préciser leur application chrétienne. En conversation courante, cette "technique" peut se révéler positive.

Mieux vaut ne pas partir que de s'arrêter en chemin… Cette loi s'applique à toute activité humaine. Elle ne repose pas sur "une recherche de pureté", un "désir d'élitisme"; elle est simplement marquée au coin du bon sens et du réalisme. "La réussite des grandes causes est faite de l'engagement résolu de ceux qui y adhérent et s'y investissent, elle n'est pas faite des concessions que l'on fait aux médiocres pour essayer de les retenir" (Y de Montcheuil).

Il en est de même du recours aux demi-solutions ou aux solutions utopiques. Outre l'expérience commune, Luc bénéficiait d'un double exemple à ce sujet. Jésus avait adopté une attitude résolue vis-à-vis de ses contemporains. Il n'avait jamais été dupe d'un premier enthousiasme et il en avait payé le prix. Par la suite, l'histoire perturbée qu'avait affrontée la première communauté était tout aussi instructive: il n'avait été possible de sortir de la crise judéo-chrétienne qu'en procédant à des choix.

Comme toujours, la réflexion de notre auteur cherche à éclairer l'avenir: il insiste donc sur la double "qualité" du témoignage que Jésus nous a laissé. Certes le message est universel et doit être proposé à tous, mais il est porteur d'une densité d'humanité dont le dynamisme ne doit pas se perdre en étant "bradé" ou "dilué" sous couvert d'un impact élargi.

 

Piste possible de réflexion : le "sérieux" qu'implique le choix de la foi chrétienne

1°- à l'écoute de Luc

la parabole des invités au festin.

Luc concentre l'essentiel de sa pensée dans la parabole des invités au festin… Il importe d'en rappeler brièvement la composition car nous avons là l'histoire de toutes nos communautés chrétiennes, quelle que soit l'époque.

L'évangéliste distingue trois "vagues" d'invités : ceux qui refusent nettement, ceux qui viennent franchement, ceux qui viendront. 1. En ce qui concerne les premiers, il s'attache à clarifier les motifs de refus en les stigmatisant comme pesanteurs universelles: possession des biens, hantise du travail, occupations plus futiles… 2. Il insiste ensuite sur l'esprit de ceux qui s'intègrent à la communauté, il en parle comme de pauvres, aveugles, boiteux en recherche de soutien et de guérison… 3. Mais "il y a encore de la place" et le Seigneur aspire à une communauté aux dimensions du monde grâce à l'activité des "envoyés" qui vont "par les chemins et au delà des clôtures".

les risques

Le texte d'aujourd'hui "rebondit" sur la troisième "vague d'invités" et aborde une difficulté que ne peut manquer de rencontrer tout serviteur envoyé au monde. Quels que soient l'époque et le lieu, il ne sera jamais facile d'équilibrer une large invitation à la foi et la liberté qui doit être laissée à chacun en réponse personnelle.

Cette alerte traduit un des soucis qui hantaient l'évangéliste au souvenir des aléas ayant perturbé les premières communautés chrétiennes. Lorsqu'elles avaient perçu le dynamisme missionnaire qui émanait du témoignage de Jésus, les oppositions externes n'avaient pas été les seuls périls qui les avaient menacées. Les apôtres avaient fait l'expérience d'autres pesanteurs, plus sournoises, qui émanaient de la passivité de ceux-là même auxquels ils s'adressaient.

L'auteur en témoigne dans les Actes des Apôtres et confirme ce dont nous informent les lettres de Paul. Dans les milieux païens fraîchement convertis, l'élargissement de l'accueil avait parfois été compris comme une "prime offerte à la facilité". La première lettre aux Corinthiens mentionne un cas d'ivresse lors de la célébration du "Repas du Seigneur" (11/21), mais d'autres coutumes, directement issues du milieu ambiant, devaient être visées par ses protestations.

Tout comme Matthieu, Luc perçoit à la fois la grandeur et les risques qui accompagnent l'extension universelle de la communauté. La conclusion d'aujourd'hui cherche donc à "équilibrer" l'invitation universelle qui ressort de la parabole. Cette idée généreuse peut engendrer un laxisme tout aussi dommageable qu'une trop grande sélection. Il apparaît nécessaire de rappeler aux nouveaux invités quelques exigences qui s'imposent en cohérence avec Celui qui invite et avec le repas auquel il invite, à savoir la messe.

Matthieu opère ce rappel en ajoutant à sa présentation la parabole de la robe de fête (22/11). Il lui paraît contradictoire à l'esprit du repas que certains invités n'aient pas cru bon de revêtir une autre tenue alors que la chose aurait été "logique" en raison de l'accueil qui leur était réservé. Aujourd'hui, Luc développe la même idée : être chrétien, disciple de Jésus, est une chose sérieuse qui n'admet pas de demi engagement. Il l'illustre cette recommandation en regroupant trois petites paraboles.

Les trois paraboles

La parabole de la tour inachevée semble aller de soi et c'est bien à ce niveau élémentaire que l'évangéliste la situe d'emblée. Il n'est cependant pas sans ignorer que beaucoup observent cette exigence en de nombreux domaines de leurs activités sauf en engagement chrétien. Aussi ajoute-t-il la dimension de contre témoignage aux yeux de l'entourage.

Après une lecture superficielle, la leçon de la deuxième parabole peut apparaître confuse… A cette place, elle est à prendre en un sens négatif de soumission passive à la force adverse; il s'agit bien entendu du combat de la foi, combat ouvert par Jésus à l'encontre des scléroses religieuses, des injustices sociales et des pesanteurs humaines.

Il faut ajouter à l'extrait liturgique la parabole sur le sel qui perd sa saveur. Il est difficile d'être plus net quant à la réaction qui doit être opposée à tout demi engagement en foi chrétienne. Pour Luc, il n'y a pas de solution de remplacement lorsqu'on se coupe volontairement de la source… "au dehors on le jette"…

2°- à l'écoute de l'enseignement que Luc nous rapporte

Le passage retenu par la liturgie est le type même d'une présentation "selon Luc". L'auteur y concentre plusieurs perspectives, toutes aussi intéressantes. Il ne s'agit pas de les opposer, mais de faire jouer leur complémentarité. A chacun de choisir celle qui lui paraît susceptible de nourrir sa propre réflexion.

Les "déceptions prévisibles" malgré l'activité des envoyés

= C'est peut-être par là qu'il nous faut commencer. Car cette situation délicate est bien la nôtre lorsque nous analysons sans illusion le refus ou l'indifférence de ceux et celles que nous côtoyons.

S'il s'agissait d'un refus net ou d'une indifférence caractérisée, nous saurions l'assumer plus facilement… mais il s'agit d'une vague religiosité qu'illustre assez exactement la parabole de la tour inachevée: quelques bribes d'enseignements, quelques promesses sans lendemain, quelques liens épisodiques maintenus par habitude, sans aucune conscience de la foi permanente susceptible de leur donner sens et de les nourrir… S'y ajoute le fait que cette situation anormale semble être admise par la majorité de nos contemporains et qu'à la différence des réactions de la parabole, les railleries actuelles ne sont guère nombreuses à l'égard d'une attitude contradictoire généralisée.

Aujourd'hui encore, les ouvriers sont peu nombreux et les faibles résultats contribuent à "saper leur moral". On ne peut vivre longtemps de fausses espérances. Le doute risque de s'insinuer tant sur notre capacité à dialoguer que sur la manière de présenter les sujets qui traitent de la foi.

= Face à cette situation, Luc ne propose pas de solution miracle, il cherche d'abord à déculpabiliser les envoyés. Pour cela, il n'hésite pas à doubler une critique sévère de ce refus ou de ce demi accueil.

En tête de la parabole des invités au festin, il présente avec une certaine ironie les arguments qui sont opposés à l'invitation. Il est facile de leur donner une résonance universelle, car leur visage est semblable à toute époque. Il s'agit toujours des priorités illusoires données au matérialisme, au travail, aux loisirs. La réaction du maître est nette : "il se mit en colère…" Nous sommes à l'opposé des fausses consolations que nous entendons parfois au nom de "la mèche qui fume encore".

Les paraboles de ce dimanche accentuent cette orientation. Elles débouchent sur une même conclusion : "Mieux vaut ne pas partir que de s'arrêter en chemin". Dans la première, Luc évoque cette loi comme s'appliquant à toute activité humaine, y compris l'engagement de la foi. Il ne s'agit pas d'une "recherche de pureté", d'un "désir d'élitisme"; il s'agit simplement de bon sens et de réalisme. Comme l'écrit le père de Montcheuil : "La réussite des grandes causes est faite de l'engagement résolu de ceux qui y adhérent et s'y investissent, elle n'est pas faite des concessions que l'on fait aux médiocres pour essayer de les retenir"… En raison de son humanité foncière, l'adhésion évangélique n'est pas dispensée de cette condition d'incarnation.

Le refus du combat n'est pas plus brillant au simple plan humain, même s'il peut se justifier par une différence de force. Quant à la parabole finale, elle présente sans appel une évidence. "Si le sel s'affadit, il n'est apte à rien et on le jette au dehors!". On ne peut être plus net.

Les questions "pastorales"

Il apparaît évident que les conclusions des paraboles prennent à contre pied un état d'esprit qui s'est peu à peu généralisé dans l'Eglise d'aujourd'hui : la hantise de l'accueil.

Il est difficile de le critiquer en tant que tel, car il est motivé par un véritable esprit missionnaire et une perception plus exacte de l'humanisme qui fait la richesse du témoignage évangélique. Par ailleurs, l'apathie engendrée aux siècles précédents par un certain conformisme religieux rend excusables certaines présentations qui passent assez vite sur une juste analyse de l'incroyance actuelle.

Pourtant cette analyse fait cruellement défaut et aboutit à une usure et une dispersion des forces encore plus dommageables. C'est là un vaste débat, mais il est relativement facile de l'éclairer en définissant plus nettement ce qui ressort de l'attitude historique de Jésus. Sa réaction foncière a été celle d'un "pari constructif" alors qu'une tendance courante suggère un "pari limitatif".

Sachant ce qu'est l'homme, ses limites, sa bonne volonté, nous avons peur de "tout casser" en visant trop haut. Notre propre expérience nous incite à "en rabattre" d'un idéal que nous avons de la peine à vivre nous-mêmes. Nous "limitons" les exigences, nous excusons les faiblesses.

Le Christ, au contraire, fait sur tout homme un "pari constructif". Il cherche à l'éveiller, à le sortir d'un engourdissement qui risque d'être mortel. Il croit que l'autre est capable d'atteindre "très haut" et c'est pourquoi il lui propose un "idéal" et non quelques recettes "au rabais". La confiance qu'il exprime se présente alors comme un appel qui invite à un sursaut en création et initiative spontanée.

Nous touchons là des questions importantes qui dépassent le cadre d'une homélie. C'est pourquoi, nous pouvons nous attacher en conclusion à l'appel personnel que Luc nous transmet également, sans dramatiser.

Le "tonus des envoyés"… tour inachevée et construction permanente.

Le service continue Le dîner reste toujours préparé. L'échec initial risquerait d'en affecter le déroulement ou de le priver de son efficacité. Il faut donc sans cesse travailler au renouvellement du rassemblement. Il ne s'agit pas d'un repli en forme de "secte", il s'agit d'un défi pour que ressorte encore davantage le dynamisme de vie proposé à tous. "Il y a encore place…Sors vers les chemins et les clôtures et insiste pour que les gens entrent…"

Tout chrétien est donc partie prenante pour que vive la communauté en partage, en soutien, en intelligence,valeurs d'autant plus "animatrices de communauté" qu'elles contrastent avec l'apathie ambiante, communauté où chacun est à la fois pauvre et riche, où chacun a besoin des autres comme les autres ont besoin de lui, où chacun est en recherche.

La construction est déjà commencée… à quel moment peut-on dire que la tour est achevée? Cette question est vaste. Nous venons de la poser pour une majorité de nos contemporains. A juste raison, nous pensons à nos communautés car, malheureusement, la rupture de construction est souvent évidente. Mais nous pouvons également penser, sans complexe, à notre propre évolution au regard de nouvelles "compétences" qu'appellent de nouvelles conditions de vie. En raison des évolutions de nos vies personnelles, de nos sociétés, de nos communautés chrétiennes, il est nécessaire de reposer sans cesse cette question… même si l'examen lucide de la situation invite à puiser dans l'espérance le courage nécessaire pour poursuivre le chantier.

Nous pouvons en souligner deux exemples :

= La liturgie… Il est incontestable que le Concile a engendré un renouveau, la tour a ainsi progressé de plusieurs étages, marqués de simplicité et d'intelligence. Ils en appelent d'autres, particulièrement au service d'un renouvellement de la pensée …

= Le rôle des fidèles au milieu de leurs contemporains… En "temps de chrétienté", il était normal de stimuler l'aspect "moral" du témoignage, l'environnement partageait une même référence, l'exemplarité pouvait le stimuler. Par la suite, en "temps d'anti-cléricalisme", la visibilité de l'adhésion chrétienne et le dynamisme de l'engagement manifestaient la valeur concrète de la foi chrétienne.

Les conditions actuelles ont engendré une autre situation. Il ne s'agit plus seulement de "témoigner" de sa foi, il s'agit d'en expliquer le sens de façon compréhensible parmi de nombreux autres courants de pensée. Peu de chrétiens y sont préparés en formation première, d'où l'importance d'un nouvel "étage" sous peine d'un "inachèvement" dommageable…

Mise à jour le Samedi, 07 Septembre 2013 12:03
 
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