Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 22ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 22ème Dimanche ordinaire

Actualité

Après avoir longuement traité du dynamisme chrétien comme moteur de la "Marche de l'Eglise" grâce à l'engagement des "envoyés", Luc va nous proposer, au long de plusieurs dimanches, de réfléchir sur la Communauté chrétienne dont nous vivons et dont nous avons à témoigner.

Evangile

Evangile selon saint Luc 14/1-14

Le temps de l'Eglise - la communauté chrétienne

texte de référence : les erreurs de l'attitude pharisienne

" Il arriva, pendant qu'il était venu vers la maison d'un des chefs des pharisiens, un sabbat, pour manger le pain, qu'ils étaient en train de le surveiller.

1er développement : exclusions au nom des interdits traditionnels concernant le sabbat : l'hydropique

"Et voici, il y avait un homme hydropique devant lui. Ayant répondu, Jésus dit à l'adresse des légistes et des pharisiens, en disant: Est-il permis, le sabbat, de soigner ou non? Ceux-ci restèrent en repos.

Et, l'ayant saisi, il le guérit et le renvoya. Et à leur adresse il dit : Lequel d'entre vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l'en retirera-t-il pas aussitôt le jour du sabbat?

Et ils n'eurent pas la force de répliquer à ceci."

2ème développement : attirance pour les premières places

Il disait à l'adresse des invités une parabole, remarquant comment ils choisissaient les premiers divans. Il disait à leur adresse :

= Quand éventuellement tu as été invité par quelqu'un à des noces, ne te mets pas au premier divan, de peur qu'un plus estimé que toi, ne soit invité par lui.

Etant venu, celui qui t'a invité, toi et lui, te dira : Donne place à celui-ci. Et alors tu commenceras avec honte à occuper la dernière place.

= Mais quand éventuellement tu as été appelé, ayant fait route, allonge-toi à la dernière place, afin que, quand il sera venu, celui qui t'a invité te dise: Ami, monte tout contre, plus haut.

Alors il y aura pour toi de la gloire en présence de tous ceux qui sont attablés avec toi.

à la racine des anneaux suivants (même texte en 18/14 - parabole du pharisien et du publicain)  

Parce que celui qui s'exalte lui-même, sera humilié et celui qui s'humilie lui-même sera exalté.

3ème développement : sélection dans le choix de ceux que l'on invite

Il disait aussi à celui qui l'avait invité :

= " Quand éventuellement tu fais un déjeuner ou un dîner, n'invite pas sans cesse tes amis, ni tes frères, ni ceux de ta parenté, ni des voisins riches;

de peur qu'eux aussi t'invitent en retour et qu'il t'arrive une contrepartie

= Mais quand éventuellement tu fais une réception, invite sans cesse des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles

et tu seras heureux parce qu'ils n'ont pas de quoi te donner contrepartie, car il te sera donné contrepartie à la résurrection des justes

Contexte des versets retenus par la liturgie 

= Après avoir longuement traité du dynamisme chrétien comme moteur de la "Marche de l'Eglise" grâce à l'engagement des "envoyés", Luc consacre plusieurs ensembles aux questions concernant la Communauté chrétienne.

= En lisant ce passage deux réactions nous guettent.

1. Après une  lecture rapide, on peut être déçus, car, dans la cadre restreint de ces versets, Luc semble se limiter à de simples rappels que chacun peut découvrir par lui-même avec un peu d'intelligence et de sens des autres. Avait-il donc du papyrus à perdre pour le consacrer à des conseils de bonne éducation et à une invitation assez plate à la charité ?

Nous n'aimerions pas qu'un ami incroyant "tombe" sur ce passage, car il ne manquerait pas de nous faire remarquer que la "technique de la dernière place" aboutit à une "récupération finale" qui peut cacher bien des relents d'orgueil. Il paraît en être de même pour la contrepartie qui est promise "à la résurrection des justes" au sujet de la qualité des invités.

2. Par ailleurs  nous ne sommes pas sans mesurer les effets désastreux d'une "fausse humilité" qui se recommande facilement de ce passage. Il suffit de constater le fréquent contre témoignage de paroissiens qui vénèrent la porte de sortie plus que l'autel et qui se dispersent en tous points de l'église en vue d'une dévotion soi disant plus intime.

Il est tentant - et légitime - de profiter de l'occasion pour secouer la torpeur qui caractérise si souvent "l'esprit religieux" et pour renouveler les appels en vue d'un engagement dynamique en témoignage de communauté et d'une prise de responsabilité plus "lisible".

= Le passage d'aujourd'hui est très dépendant du contexte et le découpage liturgique présente une énorme lacune. Luc concentre l'essentiel de sa pensée sur la communauté dans la parabole des invités au festin. Sous le motif d'un parallélisme apparent avec Matthieu, la liturgie  omet cette pièce centrale. Dimanche prochain nous affronterons également ce handicap puisque nous passerons directement à la conclusion; coupée de sa source, celle-ci sera tout aussi menacée de faux commentaire que le passage d'aujourd'hui.

Voici donc la composition très structurée qui organise le premier ensemble consacré à la communauté chrétienne. (14/1 à 14/35).

La pièce maîtresse est constituée par la parabole des invités au festin "selon Luc". L'auteur y présente trois "vagues" d'invités : ceux qui refusent, ceux qui viennent, ceux qui viendront. 1. à la différence de Matthieu, il clarifie et amplifie les motifs de refus, il ne s'agit plus des réticences juives mais des pesanteurs universelles : possession des biens, hantise du travail, occupations plus futiles. 2. Ceux qui viennent dans la communauté (= la ville) sont nettement assimilés aux pauvres, aveugles, boiteux… mais "il y a encore de la place". 3. Ceux qui viendront appartiennent au monde entier et bénéficieront de l'activité des "envoyés" qui vont vers eux "par les chemins et au-delà des clôtures".

La conclusion de dimanche prochain "équilibrera" l'invitation universelle qui ressort de la parabole. Dans les milieux païens fraîchement convertis, celle-ci pourrait engendrer un laxisme tout aussi dommageable qu'une trop grande sélection. Luc insistera alors sur les exigences qui s'imposent aux nouveaux invités.

Aujourd'hui, il introduit cette parabole ou, plus exactement, il en dédouble la première partie. Dans le récit de la parabole, il analysera trois des motivations universelles qui entraînent le refus absolu. Auparavant il met en garde contre des formes plus subtiles de déformation. A ses yeux, certains comportements religieux lors des réunions de communauté sont pires qu'un refus.

Selon son mode de composition habituelle, Luc prend appui sur trois contre-exemples historiques qui ressortaient de l'attitude des pharisiens. En lisant les Actes et quelques lettres de Paul, nous savons que ces déviations "religieuses" s'étaient glissées dans les premières assemblées chrétiennes et ceci donne toute sa portée à la pré-introduction que l'évangéliste juge utile d'ajouter à la parabole des invités.

Il est dommage que ce développement ait été amputé de la guérison d'un hydropique le jour du sabbat. Il faut au contraire en intégrer le commentaire pour une bonne compréhension des trois contre-exemples. Il est vrai que, depuis le Concile, nous sommes moins envahis d'interdits pour épanouir la participation à la messe. Mais le symbolisme de cet exemple va beaucoup plus loin… Il s'applique au malade : humanité appesantie qui ne profite pas de la nourriture qui lui est fournie … il s'applique également aux attitudes dénoncées par la suite. Selon les conceptions médicales de ce temps, l'hydropisie était présentée comme une "enflure"… or Luc évoque deux "enflures" lorsqu'il dénonce l'orgueil des premières places et le séparatisme d'avec les pauvres… Dans la parabole, il ramènera chacun à sa place en présentant tout participant au repas comme étant lui-même pauvre, estropié, aveugle et boiteux.

= La mention du repas n'est pas neutre :

Les premiers chrétiens parlaient de "repas du Seigneur" ou de la "fraction du pain" pour désigner ce que nous appelons maintenant la messe. Il est évident que Luc souhaite une communauté élargie et accueillante, mais il attire plus spécialement l'attention sur les "temps forts" qui favorisent et relancent un tel état d'esprit. Pour lui, il va sans dire que l'adhésion de foi implique la fidélité à cette réunion hebdomadaire, vécue en ressourcement et en fraternité.

Mais, discrètement, il glisse quelques rappels qui permettent d'aller au delà de la survie et de la cohésion du groupe. Il s'agit d'une invitation à des noces, symbole du lien étroit entre Jésus ressuscité et la communauté chrétienne. Celui qui invite et qui intervient au cours de la fête est celui dont l'évangéliste a précisé l'attitude étonnante envers les serviteurs vigilants (12/37): chaque messe est pour lui l'occasion de "se mettre en tenue de service, d'inviter ses amis à se mettre à table et de les servir en passant de l'un à l'autre".

Luc a également précisé à ce propos la réaction du "Seigneur" envers ceux qu'il a établis pour "donner à chacun et en son moment la mesure de blé". Pour être des intendants fidèles et avisés, il leur faut "apprêter ou faire selon sa volonté"… Or, quels doivent être les bénéficiaires de cette activité sinon "les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles" et quel est le lieu privilégié où se manifeste un tel souci, sinon la communauté?

Il est possible que les premières traditions se soient présentées de façon très simple en idéal moral inspiré de l'attitude historique de Jésus. Mais il suffit de prêter attention aux "surcharges de Luc" pour leur donner la résonance exacte dont nous bénéficions à sa lecture. Dans la messe, Jésus a choisi la voie de la simplicité, demandant à tous et à chacun de correspondre à cette disposition fondamentale. Cette simplicité se doit de rejaillir vis-à-vis des frères, objets d'un même amour.

= Dernière note qui n'excuse pas certaines déviations actuelles. Comme nous le disions précédemment, il est facile de rapprocher de ce passage certaines situations décrites dans les Actes des Apôtres ou dans les lettres de Paul. Nous sommes alors fortement déçus lorsque nous constatons que ces tiraillements sont intervenus à des dates relativement proches de la résurrection, moins de 20 ans pour les reproches de Paul aux Corinthiens (1/12 12/12…) et aux Galates (1/6)! En outre, certaines imaginations triomphantes concernant un retour prochain de Jésus s'ajoutaient sans doute aux pesanteurs issues de la religiosité habituelle!…

Piste possible de réflexion : les "déformations religieuses" risquant d'affecter messe et communauté

1°- à l'écoute de Luc 

la parabole des invités au festin

Luc  concentre l'essentiel de sa pensée dans la parabole des invités au festin. Le passage d'aujourd'hui n'en est qu'une première approche. La liturgie ne nous donne malheureusement pas l'occasion de lire cette parabole, mais il importe d'en rappeler la composition très claire selon saint Luc. Car elle concentre l'histoire de toutes nos communautés chrétiennes, quelle que soit l'époque.

Par elle-même, l'image d'un festin évoque une ambiance joyeuse. L'auteur la renforce en ouvrant son récit par une perspective personnelle très optimiste : "Heureux qui mangera le pain dans le Royaume", ce Royaume que Jésus nous a approché et que nous approchons de ceux auxquels il nous envoie.

Cependant l'évangéliste n'est pas utopique. L'invitation est universelle mais la réponse est laissée à la liberté de chacun. Aussi construit-il sa présentation en distinguant trois "vagues" de réactions chez les invités : ceux qui refusent, ceux qui viennent, ceux qui viendront. 1. Il s'attache d'abord à clarifier les motifs de refus en les stigmatisant comme pesanteurs universelles: possession des biens, hantise du travail, occupations plus futiles… 2. Il insiste ensuite sur l'esprit de ceux qui s'intègrent à la communauté, il en parle comme de pauvres, aveugles, boiteux en recherche de soutien et de guérison… 3. Mais "il y a encore de la place" et le Seigneur aspire à une communauté aux dimensions du monde grâce à l'activité des "envoyés" qui vont "par les chemins et au delà des clôtures".

les déviations

Le texte d'aujourd'hui se situe en pré-introduction à cette parabole. Pour en saisir la portée, il  faut entrer dans un des soucis qui hantait l'évangéliste lorsqu'il pensait aux conditions difficiles qui avaient marqué les premières communautés chrétiennes. Il le laisse transparaître dans les Actes des Apôtres et nous trouvons une préoccupation semblable dans les lettres de Paul.

Malgré le témoignage encore tout proche de Jésus et la formation reçue directement de lui, certaines déviations "religieuses" avaient réussi à se glisser dans les groupes issus des disciples. Aux temps historiques, Jésus avait usé de toute son influence pour les contrer. Après la résurrection, elles étaient revenues à la charge selon leur mode habituel. Luc a conscience qu'elles menaceront toute communauté chrétienne.

Il se sent donc obligé de dédoubler la première étape de la parabole. Celle-ci mentionne les motivations universelles qui entraînent le refus absolu. Il y ajoute une mise en garde contre des formes plus subtiles de déformation. Tel un cancer, certains comportements prétendument religieux menacent de "ronger" du dedans et sont pires qu'un refus.

Pour souligner l'universalité de ce risque, selon son mode de composition habituelle, Luc prend appui sur trois contre-exemples historiques qui ressortaient de l'attitude des pharisiens. Malgré la richesse des Ecritures, les élites juives n'avaient pas échappé à ces influences sournoises, le risque restait donc présent. Parmi celles que Jésus avait clairement dénoncées, trois d'entres elles avaient secoué la première communauté : les interdits issus de la tradition, l'attirance pour les premières places, la sélection de ceux qu'on invite.

Il serait donc absurde de convertir le texte que nous venons de lire en recommandations de bonne conduite. Il faut aller plus profond et prêter attention aux nombreuses "notes" chrétiennes qui accentuent la contradiction de certains comportements. Ce sont là les vrais antidotes.

les "antidotes" chrétiens…

La mention du repas n'est pas neutre : les premiers chrétiens parlaient de "repas du Seigneur" ou de la "fraction du pain" pour désigner ce que nous appelons maintenant la messe. Il est évident que Luc souhaite une communauté élargie et accueillante, mais il attire plus spécialement l'attention sur les "temps forts" qui favorisent et relancent un tel état d'esprit. Pour lui, il va sans dire que l'adhésion de foi implique la fidélité à cette réunion hebdomadaire, vécue en ressourcement et en fraternité.

Nous pouvons remarquer par ailleurs que l'invitation concerne davantage un présent en train de se réaliser qu'un futur en espérance ou en préparation. Les invités se sont déjà rassemblés avant que ne soit mentionnée la venue du Maitre, les relations mutuelles ont déjà fonctionné. Les recommandations de l'évangéliste supposent que ce partage sera souvent renouvelé et entretiendra un état d'esprit qui s'impose dès l'origine.

C'est donc cette continuité que vise Luc lorsqu'il glisse quelques rappels qui permettent d'aller au delà de la survie et de la cohésion du groupe.

1. Ce repas est un repas de noces, symbole du lien étroit entre Jésus ressuscité et la communauté chrétienne. Celui qui invite et qui intervient au cours de la fête est celui dont l'évangéliste a précisé l'attitude étonnante envers les serviteurs vigilants (12/37): chaque messe est pour lui l'occasion de "se mettre en tenue de service, d'inviter ses amis à se mettre à table et de les servir en passant de l'un à l'autre".

2. De ce fait, la hiérarchie des places est indifférente et cette recherche apparaît totalement futile. L'essentiel réside dans le dialogue que nous entretenons avec Jésus ressuscité ; c'est ce dialogue profond qui entraîne la réponse à l'invitation et qui, d'une certaine manière, la dépasse en raison de sa permanence active. La messe en est le lieu expressif tant de notre côté que du coté du maître.

Nous risquons de faire une erreur sur la place que suggère le Maître lorsqu'il parle de "monter plus haut". Il ne s'agit pas d'un quelconque "honneur" au sens commun du terme. Rappelons qu'en ce temps, le mot "gloire" avait un sens religieux; il exprimait la manifestation d'un lien particulier avec Dieu; seul Dieu peut l'exprimer puisqu'il en est la source. Dans le cadre de la messe, se manifeste "la densité intérieure" de ce que Jésus vit ou a vécu avec celui qui est concerné. D'où l'expression exacte : "monte tout contre"… "Heureux l'intendant fidèle et avisé… le Seigneur l'établira sur tout ce qui se trouve à lui…"

3. Mais la messe ne coupe pas de la vie et particulièrement de ceux et celles auxquels nous sommes envoyés. Luc a longuement précisé notre mission et il lui apparaît "logique" que le "temps fort" de notre ressourcement chrétien renforce le double lien qui est ainsi vécu quotidiennement. Il a nettement précisé que le soutien du "Seigneur" concernait ceux qu'il a établis pour "donner à chacun et en son moment la mesure de blé". Mais pour être des intendants fidèles et avisés, il leur faut "apprêter ou faire selon sa volonté"… Or, quels doivent être les bénéficiaires privilégiés de cette activité sinon "les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles"?

Ce sont donc à eux qu'il faut penser et, en assumant cette responsabilité, il ne peut être question d'un quelconque "commerce" de bienfaits. Il nous faut même aspirer, tout en respectant leur liberté, à les accueillir en frères susceptibles de répondre eux aussi à l'invitation du Seigneur. Dans la parabole des invités au festin, l'évangéliste va même plus loin puisqu'il assimile tous ceux qui participent à des "pauvres, estropiés, aveugles et boiteux". Dans la communauté, tous sont bénéficiaires d'un même soutien et d'une même attention de la part de Jésus ressuscité… tous anticipent la joie du rassemblement final où l'on viendra "du levant et du couchant, du nord et du midi en vue de se mettre à table dans le Royaume de Dieu".

2°- à l'écoute de l'enseignement que Luc nous rapporte

Universalité des trois contre-exemples de Luc

= Il est certain que le dernier Concile a amorcé une profonde réforme des structures de l'Eglise, la plus visible étant celle des assemblées liturgiques. Il serait cependant prématuré de penser que l'évolution des esprits a automatiquement suivi en ce qui concerne les trois points qu'aborde Luc dans les recommandations d'aujourd'hui.

= La force de notre évangéliste vient de sa position historique. Il est en mesure de s'appuyer sur les déformations qui avaient affecté les milieux pharisiens. Dans le cadre des civilisations du premier siècle, ceux-ci apparaissaient pourtant comme les plus riches en valeurs spirituelles et humanistes, ils contrastaient nettement avec le paganisme ambiant. Luc est également en mesure de s'appuyer sur les critiques explicites de Jésus, même si la virulence de ses textes est moindre que celle de Matthieu. Enfin, et ceci est de grande importance, il est en mesure de s'appuyer sur les germes qui ont failli faire disparaître la foi chrétienne naissante avant même qu'elle n'amorce son rayonnement universel.

1er thème : intrusion et pesanteur des fausses traditions

Il faut ajouter au texte d'aujourd'hui la perspective du premier contre-exemple. Il s'agit de la guérison d'un malade hydropique et cette guérison s'opère chez le même pharisien au moment où Jésus " mange le pain". Sans hésiter, Jésus guérit le malade en posant clairement la question : "est-il permis, le sabbat, de soigner ou non ?".

La transposition symbolique en est facile. Bien entendu Luc pense au repas du Seigneur qui réunit désormais les chrétiens le dimanche, jour de la résurrection. L'hydropisie est la conséquence d'une mauvaise assimilation de la nourriture et de la boisson. Le gonflement de certains organes rend pesantes la démarche et les activités courantes. N'en est-il pas de même pour tant de personnes, accablés de malheurs à toute époque ? "La messe est faite pour l'homme et non pas l'homme pour la messe".

Or des siècles de pensée dite "spirituelle" au nom du "mystère" de l'eucharistie n'ont-ils pas contribué à cette coupure entre la messe et la vie? On en parle beaucoup en théorie, mais les vrais changements tardent à venir. Le rubricisme n'est pas mort. Pour reprendre le symbolisme de l'hydropisie, pense-t-on suffisamment aux "simples chrétiens", plongés au long de la semaine dans "le puits" de leurs occupations ordinaires? "Venez vous reposer" disait Jésus à ses apôtres au retour de mission. "Venez déjeuner" leur confirmait-il au bord du lac, après la résurrection. L'homme moderne peut-il s'y retrouver dans des vocabulaires et des modèles de pensée qui ne sont plus les siens ?

2ème thème : priorité à la relation personnelle avec Jésus

Il ne s'agit pas de favoriser l'individualisme, il ne s'agit pas d'admettre sans protestation l'aspect clairsemé de certaines assemblées ou la préférence hypocrite pour les chaises du fond au nom des dernières places. Il s'agit de faire jouer le rappel que Luc estime nécessaire : la messe est "rencontre" avec quelqu'un. Ce quelqu'un s'appelle Jésus ressuscité… il chemine sur nos routes et souhaite des temps privilégiés où "il entre pour se mettre à table avec nous alors que le soir baisse". A nous "d'ouvrir les yeux et de le reconnaître" (24/31)

Mais de quel Jésus s'agit-il ? La religion prend souvent le pas sur la foi, le Dieu des philosophes prend le pas sur le Dieu de Jésus-Christ, "l'encens" et les soi-disant "honneurs" prennent le pas sur le pain.

Le Maître qui vient au milieu des invités est celui qui a vécu visiblement la simplicité du partage avec quelques amis. Il a été le premier à dénoncer les rêves de ses contemporains juifs lorsqu'ils évoquaient un Messie triomphant. Le témoignage qu'il nous laisse reste à tout jamais la critique la plus virulente à l'encontre des imaginations pseudo chrétiennes qui libèrent leurs complexes en parlant d'un Seigneur victorieux qui nous dispenserait de notre humanité.

Il nous faut entendre le "monte plus haut" en son vrai sens qui est celui d'une intimité renforcée avec lui. Ce n'est pas une question de place, il y a même beaucoup d'hypocrisie dans la recherche de la dernière place. C'est une question intérieure. "Je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre, j'entrerai chez lui pour partager son repas, moi avec lui et lui avec moi".

3ème thème : priorité à la relation personnelle avec nos frères

Luc a longuement parlé de l'ouverture universelle et il s'agit d'un rappel, mais son insertion dans le cadre de la messe témoigne qu'à ses yeux cette prise en compte n'est pas inutile. Il en profite pour couper court à toute fausse "satisfaction missionnaire" : la mission ne naît pas d'un devoir, elle naît d'une constatation.

Dans la parabole des invités, l'évangéliste pousse au point ultime ce que Paul avait exprimé dans Galates 3/28 : "dans le Christ, il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, n'y a plus l'homme et la femme". Lors d'une assemblée dominicale, chacun est "pauvre, estropié, boiteux, aveugle", mais chacun est aimé de Jésus et de ses frères chrétiens parce qu'il est "pauvre, estropié, boiteux, aveugle". Tel est le double visage de l'humanisme chrétien qui doit se déployer en toute assemblée.

Mise à jour le Vendredi, 30 Août 2013 07:46
 
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