Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 18ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 18ème Dimanche du temps  ordinaire

 

Actualité

Transmettre l’héritage : c’est-à-dire répondre à un monde qui nous interroge sans cesse sur l’esprit de notre foi. Et non perpétuer sans amour une tradition figée….ni se livrer à des innovation irréfléchies pour répondre à l'air du temps. 

Evangile

Evangile selon saint Luc 12/13-21

Le temps de l'Eglise - 3ème ensemble : témoignage vigilant - 2ème mise en garde : conserver le sens authentiquement chrétien de la mission  

Jésus commença à dire, à l'adresse de ses disciples d'abord : "Prenez garde vous-mêmes au ferment, c'est-à-dire au jugement faussé, des Pharisiens …

Premier mouvement : à la lumière du témoignage historique de Jésus concernant "l'héritage" 

1er temps : position personnelle sur la question

Quelqu'un de la foule dit à Jésus : " Maître, dis à mon frère de partager avec moi l'héritage"

Jésus lui répondit :" Homme, qui m'établit pour être votre juge ou faire vos partages? "

2ème temps : enseignement à la lumière de ce témoignage

Puis, il dit à l'adresse de tous :

" Voyez sans cesse

à la racine de l'anneau suivant : et veillez sans cesse hors de tout désir de richesse

parce que ce n'est pas du fait que quelqu'un est dans l'abondance que sa vie est garantie par ce qui est en sa possession."

Deuxième mouvement : mise en garde ("voir") concernant cette question au temps de la mission  

1er temps : Et il leur dit une parabole :

" Les terres d'un certain homme riche avaient porté des fruits abondants. Et il se demandait en lui-même : " Que faire ? parce que je n'ai pas où rassembler mes fruits."

Il se dit : "Je ferai ceci : j'abattrai mes greniers et j'en bâtirai de plus grands et j'assemblerai là tout mon blé et mes biens

2ème temps : comportement pratique anti-missionnaire

et je dirai à mon âme : Ame, tu es de nombreux biens en réserve pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, fais la fête "

Mais Dieu lui dit : " Insensé, cette nuit on te redemande ton âme. Et ce que tu as apprêté, qui l'aura ? "

3ème temps : comportement missionnaire  

Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, et qui ne s'enrichit pas en vue de Dieu.

Contexte des versets retenus par la liturgie

Trois recommandations peuvent être utiles :

1.- De nombreux versets ont été "sautés" entre le texte d'aujourd'hui et celui qui retenait notre réflexion dimanche dernier. Nous avons changé "d'ensemble", mais nous sommes toujours sur la route de Jérusalem qui symbolise pour Luc la marche de l'Eglise.

Il vous en souvient : le 2ème ensemble concernait la priorité qu'il importait de donner à l'écoute de la Parole. Au cours du 16ème et du 17ème dimanches, nous en avons lu les premiers passages: Marthe et Marie, puis la prière et le don de l'Esprit. Mais la liturgie "a sauté" la suite et la fin de ce deuxième ensemble. Luc y faisait ressortir l'idée-force : "Heureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent". Il l'encadrait d'un passage d'introduction qui mentionnait les insinuations évoquant un lien de Jésus avec le prince des démons, et d'un passage de conclusion qui soulignait l'importance de la Parole pour l'universalité que vise la mission (conversion de Ninive et démarche de la reine du midi). Luc insistait enfin sur l'importance de "l'œil par lequel la lumière vient en nous", autrement dit sur la lecture de cette Parole.

L'évangéliste se propose de développer maintenant un troisième ensemble : le témoignage ne doit souffrir d'aucune altération. Il le situe dans le cadre de "foules rassemblées et se piétinant les uns les autres", mais il précise que cet enseignement s'adresse d'abord aux disciples. Notre texte appartient à ce troisième ensemble.

Selon sa composition habituelle, Luc propose en premier un texte historique de référence : il choisit les 4 + 3 reproches de Jésus aux pharisiens et aux légistes… invitation à réfléchir aux pièges dont ne sont pas dispensés les chrétiens (passage omis par la liturgie)… Il a exprimé ce souci à propos de l'activité (le corps), qui doit "être lumineuse en prenant garde de ne pas conserver une partie ténébreuse" (11/36)

Il ne reprend pas systématiquement la liste de ces reproches, mais il les convertit ensuite en trois mises en garde : "parler ouvertement" malgré les persécutions (passage également omis par la liturgie)… conserver le sens authentique de la mission (passage d'aujourd'hui)… rester libre d'esprit face aux soucis matériels (passage de dimanche prochain)…

L'évangéliste conclura ce troisième ensemble par une série de paraboles sur la vigilance (dimanche prochain).  L'enseignement unit donc deux soucis : "voir" pour "veiller".

2.- En lecture rapide, nous aurions tendance à orienter la 2ème mise en garde (passage d'aujourd'hui) en un sens purement "économique" : attirance vers une possession abondante et fausse sécurité. Le contexte semble inviter à une interprétation plus large sur lequel nous pensons utile d'attirer l'attention et d'avancer quelques justifications puisque nous la proposons en piste possible de réflexion.

Précisons d'abord que le commentaire "économique" n'est pas contradictoire et ce fut peut-être le premier sens donné à cette parabole dans la tradition antérieure à Luc. Mais, une lecture plus attentive de la composition et surtout l'attention au contexte conduisent à un sens tout aussi "logique" qui cadre mieux avec la pensée générale.

a)  Au regard de l'interprétation matérialiste spontanée, la composition elle-même comporte quelques "failles" d'homogénéité. Certes l'état d'esprit que manifeste la question est semblable à celui qui est développé dans le comportement du riche, mais la position des intéressés n'est pas la même quant à l'activité pratique.

b)  L'ensemble des mises en garde concerne les disciples-envoyés. Autant la troisième mise en garde concernant les soucis quotidiens apparaît "logique" dans leur cas, autant le désir d'enrichissement personnel "par héritage matériel" semble devoir effleurer difficilement leur esprit. Ce doublet se comprend d'autant moins que l'évangéliste a évoqué auparavant les persécutions possibles.

c)  Le texte de référence qui introduit le troisième ensemble regroupe les reproches aux pharisiens et aux légistes; il dénonce des travers autrement importants qu'un souci d'enrichissement. D'ailleurs Luc abordera de façon séparée cette tendance (16/14). Ici, comme il le précise en lien avec les mises en garde (12/1), il s'attaque au "ferment" des pharisiens, à la tendance inconsciente qui guette tout engagement religieux malgré la bonne volonté initiale. Il la précise en parlant de "jugement faussé"… mot identique à celui qu'il reprend dans le refus de réponse et qu'éclaire la recommandation "voyez et veillez".

d)  La parabole répond à une question précise concernant l'héritage et nous avons là le style habituel de Luc lorsqu'il veut "suggérer" une piste complémentaire de réflexion. Lorsqu'il écrit, après la chute de Jérusalem, nous ne pouvons ignorer que la question de "l'héritage" du judaïsme se posait de façon accentuée à nombre de chrétiens formés initialement dans le cadre de cette culture. La parabole répond à cette situation et porte sur le risque d'un retour au judéo-christianisme.

Les Actes des Apôtres témoignent des difficultés et des tensions qui ont mis plusieurs fois en péril l'unité entre "frères" de la première communauté à ce sujet. Nous comprenons alors pourquoi cette "mise en garde" vient de suite après la menace des persécutions, car, au regard de Luc, les compromissions qui peuvent en résulter représentent un danger beaucoup plus grand qu'un attachement aux biens matériels.

Sous cet angle, la place de la parabole s'explique sans problème "du côté de Luc". Mais il est certain que le "centre" de la situation actuelle n'est plus exactement le même. Nous sommes donc affrontés à une double difficulté : alerter sur le sens exact de la parabole et esquisser l'application contemporaine.

3. Pour vous éviter le temps d'une recherche en Nouveau Testament, voici la troisième mise en garde, suite directe du passage d'aujourd'hui (et "sautée" par la liturgie de dimanche prochain) :

"Il dit à l'adresse de ses disciples : En raison de ceci, je vous dis : Ne vous-inquiétez-pas-sans-cesse pour la vie que manger, ni pour le corps de quoi l'habiller ; car la vie [= âme] est plus que la nourriture, et le corps plus que l'habit.

Remarquez les corbeaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, pour qui il n'y a ni cave ni grenier, et Dieu les nourrit (Ps 147,9). Combien plus vous, vous l'emportez sur les oiseaux ! Or qui de vous, s'inquiétant-sans-cesse, peut à sa taille ajouter une coudée ? Si donc vous ne pouvez même pas une chose minime, pourquoi au sujet du reste vous inquiétez-vous ?

Remarquez les lis comment ils croissent ; ils ne filent ni ne tissent. Or je vous le dis, même-pas Salomon dans toute sa gloire ne fut revêtu comme un seul d'entre eux. Or si, dans un champ, l'herbe qui est aujourd'hui et demain est jetée au four, Dieu la pare ainsi, combien plus vous, de-peu-de-foi

Vous aussi, ne cherchez-pas-sans-cesse que manger et que boire, et ne soyez-pas-sans-cesse préoccupés, car tout ceci, les nations du monde le recherchent. Or votre Père sait que vous avez besoin de ceci. Pourtant, cherchez-sans-cesse son Royaume et ceci se-trouvera-ajouté pour vous.

dimanche prochain :

Ne crains-pas-sans-cesse, le petit troupeau, parce que votre Père eut la bienveillance de vous donner le Royaume.

Remarques 

- la parabole d'aujourd'hui est particulière à Luc et la phrase "s'enrichir en vue de Dieu" ne se retrouve dans aucun autre passage de l'évangile. Son vrai sens doit être cherché en rapport au contexte. Face à cette incertitude, n'oublions pas que ces versets concernent la mission et non un vague idéal "religieux"

- en finale de ce troisième ensemble, la responsabilité du mauvais serviteur est bien située: " Si ce serviteur se dit en lui-même : "Mon Maître tarde à venir" et qu'il se mette à battre serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s'enivrer, le Maître de ce serviteur viendra au jour qu'il n'attend pas et à l'heure qu'il ne connaît pas ; il le retranchera ..." (12/45)

- la comparaison entre le repli du judaïsme sur lui-même et l'attitude d'un notable égoïste se retrouve dans l'histoire du pauvre Lazare (16/19). Ce texte retiendra notre réflexion au 26ème dimanche ordinaire. Son interprétation débouche directement sur la situation désespérée qui suivra la chute de Jérusalem

- l'évangile de Thomas connaît les deux documents de base : la parabole qui rapporte les pensées du riche (63) et la demande de partage des biens paternels (72) mais il les expose en des places nettement séparées.

 

Piste possible de réflexion : conserver le sens authentiquement chrétien de la mission

1°- à l'écoute de Luc :

Le cadre actuel de notre civilisation nous rend très sensibles aux problèmes économiques. Aussi en entendant la parabole du riche insensé, nous aurions tendance à "embrayer" directement sur ce thème.

Bien entendu, la question des biens matériels n'est pas une question mineure : les chrétiens sont amenés à affronter les conditions concrètes de l'existence au même titre que leurs contemporains. Et ceci n'est pas sans impact sur leur témoignage… Dans le passage qui suit ces versets, Luc insistera d'ailleurs sur ce point; il reprendra de la tradition la comparaison que nous connaissons bien en exemple des oiseaux et des lis des champs.

Mais, à cette place, est-ce bien la pensée de Luc ? La question qui introduit le développement mérite un examen attentif : lorsqu'il est parlé d'héritage, s'agit-il d'une simple répartition des biens ou s'agit-il de l'héritage chrétien, beaucoup plus délicat à protéger de certaines déformations et qu'il revient à chaque génération de transmettre au service de la diversité des temps et des lieux?

L'évangéliste donne à sa présentation le ton d'une deuxième mise en garde concernant ceux qui sont "envoyés" pour préparer la venue du Seigneur. Il la situe entre les persécutions et l'enlisement dans les soucis matériels. C'est dire qu'à ses yeux, cette réflexion est tout aussi importante et s'impose à toute époque, bien que de façon différente.

1er point : Rappelons-nous d'abord que cette parabole prend place "sur la route de Jérusalem", c'est-à-dire en rapport avec la marche de l'Eglise. Cette référence n'émane pas d'une vision théorique, mais d'une expérience vécue. Dans les Actes des Apôtres, l'auteur ne nous cachera pas les interrogations, les hésitations, les ruptures qui ont marqué la naissance difficile de la première communauté. Dans son évangile, il en perçoit l'universalité et fait reposer sur les bases solides du témoignage de Jésus les orientations essentielles qui ont permis l'épanouissement initial de la mission.

2ème point : Au long des premiers ensembles, l'évangéliste nous parle des envoyés. Au delà de la reconnaissance qu'il porte aux témoins qui lui ont fait connaître la foi, nous comprenons sa préoccupation. Il a d'abord souligné que tout chrétien est appelé à "mettre la main à la charrue", la mission appartient à tous et non à quelques "spécialistes" (premier ensemble). Puis il a insisté sur l'écoute de la Parole, cette écoute doit rester prioritaire afin qu'une générosité trop active ne vienne en estomper l'Esprit (deuxième ensemble).

Il envisage maintenant les conditions concrètes de notre engagement individuel. Avant le passage que nous lisons aujourd'hui, il a introduit cette réflexion en analysant les déformations qui ont concerné les pharisiens et les légistes. Il l'a fait sans esprit polémique mais en suggérant que les chrétiens ne seraient pas préservés miraculeusement des mêmes déformations. En distinguant pharisiens et légistes, il nous a rappelé discrètement les deux secteurs de vie qu'engendre la mission. Les envoyés doivent d'abord vivre personnellement l'idéal qu'ils proposent. Comme les pharisiens, ils ne seront donc pas préservés de certains travers individuels: ils devront dominer les contradictions entre l'intérieur et l'extérieur, que ce soit au niveau des rites, des observances, des honneurs. Les "envoyés" ont également à présenter le message. Comme les légistes, ils ne seront pas dispensés des dérives qui menacent tout enseignant : poids des exigences, mépris du passé, exclusive de la "connaissance" ;

En conclusion, l'évangéliste avançait quelques formules assez nettes. Il parlait de "jugement faussé", d'où sa grande recommandation : "voyez et veillez". En foi chrétienne, toute bonne volonté doit s'appuyer sur une réflexion. L'exemple de Jésus nous en témoigne et la pensée que rapporte l'évangile répond à ce service.

Au niveau de la mission chrétienne, l'évangéliste tire de l'exemple contrasté des animateurs du judaïsme trois mises en garde et il en fait la structure de ce nouveau développement. La première vise la timidité que peuvent engendrer oppositions et persécutions… La deuxième s'exprime dans notre parabole… La troisième invitera à garder l'esprit libre face aux soucis matériels…

3ème point : Pour bien comprendre cette deuxième mise en garde, il est essentiel de nous rappeler la situation de Luc et des chrétiens au temps de la rédaction. Vers 80, le judaïsme est en très mauvaise posture. En 70, les romains ont rasé le Temple et la ville de Jérusalem; les élites politiques et religieuses se sont trouvées ou massacrées ou dispersées; le judaïsme semble effectivement en danger de disparition totale.

Or la rupture entre judaïsme et christianisme est encore loin de présenter les frontières nettes qui se dessineront par la suite. La question de l'héritage religieux se pose donc avec précision. Pour un chrétien, le juif est encore un frère auquel il doit beaucoup en raison du terreau qui a permis l'éclosion de sa foi. Avant ce drame, les débats portaient sur les questions de pureté ou de nourriture. Après ce drame, les bases même de chacune des orientations se trouvent en perspectives différenciées.

Pour les responsables de la jeune communauté chrétienne, les hésitations sont donc compréhensibles. En raison de leur formation, la majorité des missionnaires ont encore des attaches juives. Faut-il "partager" au profit d'un amalgame judéo-chrétien qui harmoniserait les commentaires habituels des Ecritures et faciliterait l'accueil en certaines synagogues lointaines? Nous pouvons remarquer que la question est référée, après coup, à Jésus-Rabbi, c'est-à-dire Jésus enseignant. Nous comprenons alors l'insistance de notre évangéliste car il perçoit les dangers que ce "partage" fait courir à la foi chrétienne. Etant de civilisation grecque, il devait être enclin à une ouverture universelle… mais il tient à la référer à une volonté explicite de Jésus. La foi chrétienne doit prendre désormais son envol en son authenticité.

4ème point : La parabole centrale apparaît alors sous un jour nouveau, celui de la transmission authentique du message. Luc l'a préparée au long des ensembles précédents en invitant les envoyés à une écoute de la Parole et à son approfondissement dans l'Esprit. Il a rappelé ensuite les pièges inconscients en parlant de l'attitude des pharisiens et des légistes. Il en élargit maintenant la perspective.

Au premier siècle de notre ère, effectivement, les "terres" spirituelles du judaïsme avaient porté des fruits abondants et le christianisme naissant en avait largement profité. L'avenir du judaïsme semblait donc assuré : il s'appuyait sur l'alliance et la promesse, la richesse de sa pensée rayonnait grâce aux écrits qui en faisaient ressortir la valeur humaniste et religieuse. Or en quelques années cette richesse allait être dispersée et nous savons qu'il faudra près de deux millénaires pour qu'il lui soit rendu justice.

Lorsqu'il écrit, Luc est à même de réfléchir à cette leçon des événements. L'enseignement qu'il en tire le conduit à mettre en garde contre la suffisance et le repli sur soi qui menacent tout groupe religieux au nom de la valeur du passé.

5ème point : Une plus juste perception de ce que Luc désigne par "héritage" permet de mieux comprendre la portée de la conclusion qu'il ajoute à la parabole. Facilement, nous tirerions de celle-ci un enseignement sur la pauvreté et une défiance vis à vis des biens matériels. Au contraire, il nous est parlé de "s'enrichir en vue de Dieu"...

Bien entendu, il ne peut s'agir de richesses matérielles, même si, ensuite, il sera question de partage. Il s'agit de l'activité qui enrichit la pensée que la mission doit "approcher" en tous temps et en tous lieux. L'idée de Luc est intéressante, il la résumait antérieurement sous forme symbolique en précisant que "le Fils de l'homme n'a pas où reposer la tête". L'expression du message ne doit pas se laisser enfermer dans une civilisation particulière. Tout au long de l'histoire, chaque génération est invitée à apporter sa "pierre" en vue d'une meilleure compréhension au service des contemporains.

C'est d'ailleurs ce conseil que Luc était le premier à mettre en œuvre en écrivant son évangile alors qu'avant lui " beaucoup avaient entrepris de "composer le récit des mêmes événements".

2°- à l'écoute de l'enseignement que Luc nous rapporte

Les conditions actuelles sont différentes de celles auxquelles était affrontée la deuxième génération chrétienne. Pourtant, les mutations rapides qui caractérisent notre civilisation posent toujours des questions d'héritage et nous invitent à prêter attention à la réflexion que suscitent ces versets. Les "objections" font si souvent appel à la "tradition" et les évolutions sont si souvent condamnées avant même d'avoir été perçues dans leur apport à la mission!

"Héritage" d'un certain "sens" de l'Eglise…

Nous avons déjà parlé de la conception qui affecte la majorité des chrétiens lorsqu'ils parlent de l'Eglise : ils évoquent un arbre majestueux, implanté solidement dans le témoignage historique de Jésus, étendant ses branches au long des siècles en direction de toutes les nations. Ils ont du mal à percevoir les handicaps qui minent du dedans certaines structures et rendent fragile l'ensemble face à certaines tempêtes.

Face à cette "suffisance", la parabole n'est pas tendre : "Ce n'est pas du fait qu'une communauté a été dans l'abondance que sa vitalité est garantie"… Luc met en garde contre une mauvaise interprétation des "promesses que Jésus a faites à son Eglise", il les situe à une autre place que la nostalgie des temps de chrétienté. Il préfère adopter pour la marche de l'Eglise l'image du "fraisier", passant de terrain en terrain, puisant sa force de façon diversifiée à partir des conditions de son implantation, donnant son fruit avant de relancer sa vitalité vers l'avenir.

"Héritage" d'un message…

Fort heureusement, nous bénéficions actuellement d'un regain d'intérêt pour les évangiles. Mais il reste beaucoup à faire.  Peut-on assimiler à une connaissance sérieuse des textes les quelques bribes folkloriques dont beaucoup se contentent?  Le témoignage de Jésus peut-il nourrir une vie sans qu'une lecture approfondie fasse ressortir la densité d'humanité qui en émane? Les séquelles de commentaires moralisateurs et merveilleux sont loin d'être effacées dans la tournure d'esprit de nos contemporains.

Il ne suffit pas de parler d'évangélisation. Il s'agit de répondre à un monde qui nous interroge sur l'Esprit qui nourrit notre foi et nous oblige à un renouveau. De nombreuses feuilles d'automne ont recouvert la source qui poursuivait son cours au rythme du monde et ne demande qu'à être recueillie en de nouveaux modèles de pensée. Encore faut-il l'admettre et se consacrer à ce qui peut paraître un travail bien ingrat.

"Héritage" d'une liturgie… "héritage" d'une organisation communautaire… "héritage" d'une forme de rayonnement charitable… les secteurs ne manquent pas où il nous est demandé de "voir" pour mieux "veiller"…

En un mot "héritage" du temps où nous sommes…

Il est utile de conclure sur ce point pour éviter toute fausse culpabilisation. On ne choisit pas le temps où l'on vit, on ne choisit donc pas le temps dont on hérite. Il est bon de rappeler cette évidence au moment où l'engagement des chrétiens dans le monde se fait plus pesant.

En conclusion des trois mises en garde qu'il évoque, Luc insistera sur la valeur de cet engagement. "Ne crains pas, petit troupeau, parce que votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume". L'audace du Père qui a lancé ce projet autrefois invite à la même audace de la part de ses fils en chaque temps de l'histoire.

 
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