Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 14ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 14ème Dimanche ordinaire

Actualité

L’ envoi en mission !  à méditer pour tous ceux qui souhaitent évangéliser et qui en éprouvent les joies et les difficultés.

Evangile

Evangile selon saint Luc 10/1-20

Au départ de la montée vers Jérusalem - le relais des nouveaux messagers - directives concernant la nouvelle mission

situation de départ

Après ceci, le Seigneur désigna soixante-douze autres et il les envoya deux par deux devant sa Face vers toute ville et tout lieu où lui-même allait venir.

Premier mouvement : la nouvelle génération des envoyés

1er temps : motivation de l'extension du nombre des ouvriers

Il leur dit : " La moisson est nombreuse et les ouvriers sont peu nombreux. Implorez donc le Seigneur de la moisson de façon qu'il expédie des ouvriers vers sa moisson.

Allez ! Voici : je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.

2ème temps : à la source, poursuite de la mission des Douze (9/2) - mêmes directives

Ne prenez pas de bourse, pas de besace, pas de sandales et ne saluez personne le long du chemin.

En chaque maison où vous serez entrés, dites d'abord : " Paix à cette maison!" s'il y a là un fils de paix, sur lui reposera votre paix sinon elle fera retour sur vous.

Dans cette maison, demeurez, mangeant et buvant ce qui vient de chez eux car l'ouvrier est digne de sa récompense. Ne vous transportez pas de maison en maison.

Deuxième mouvement : grâce à ces envoyés, élargissement du champ d'apostolat

1er temps : extension de la proximité du Royaume

Et, en chaque ville où vous serez entrés et où on vous recevra, mangez ce qui vous est remis et soignez ceux qui sont faibles et dites leur : " Le Royaume de Dieu s'est approché de vous ".

Mais en chaque ville où vous serez entrés et où on ne vous recevra pas, étant sortis sur les places, dites : " Même la poussière de votre ville, qui s'est attachée à nos pieds, nous vous l'essuyons. Pourtant, sachez ceci : le Royaume de Dieu se trouve approché! "

insertion : Je vous dis que, pour Sodome, en ce jour-là, ce sera plus tolérable que pour cette ville-là.

Hélas pour toi, Chorazin ! Hélas pour toi, Bethsaïde ! Parce que si à Tyr et à Sidon étaient arrivés les gestes de puissance qui sont arrivés parmi vous, depuis longtemps, assises dans le sac et la cendre, elles se seraient converties. Pourtant, pour Tyr et Sidon, ce sera plus tolérable au jugement que pour vous. Et toi, Capharnaüm, ne seras-tu pas exaltée jusqu'au ciel ? Jusqu'aux enfers tu descendras!

2ème temps : extension de la proclamation de la Parole

Celui qui vous entend m'entend et celui qui vous méprise me méprise.

à la racine des anneaux suivants

Et celui qui me méprise, méprise celui qui m'a envoyé

Troisième mouvement : la portée profonde de l'action des nouveaux envoyés

1er temps : le recul des forces du mal

Les soixante-douze revinrent avec joie, en disant: "Seigneur, même les esprits nous sont soumis en ton Nom !

Il leur dit : " Je voyais le Satan tomber du ciel comme un éclair. Voici, je vous ai donné l'autorité pour fouler aux pieds au dessus de serpents et scorpions et sur toute la puissance de l'Ennemi et rien ne vous fera du tort.

Pourtant ne vous réjouissez pas en ceci que les esprits vous sont soumis ;

2ème temps : le place finale des envoyés

réjouissez-vous que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Ce passage s'articule directement sur celui de dimanche dernier: "après ceci". Luc amorçait la deuxième partie du ministère historique de Jésus en le situant au départ d'une montée symbolique vers Jérusalem. En transition avec ce qui avait précédé, il insistait sur l'état d'esprit concernant les "envoyés", celui-ci ressortait de la formation "historique" des premiers disciples mais leur activité était nettement orientée vers un rayonnement universel.

* L'épisode concernant l'envoi et le retour des 72 n'est pas de compréhension immédiate. Il est nécessaire de prendre en compte quelques particularités du texte.

- Il s'agit de 72 qui sont dits "autres"… Gardons-nous d'ajouter disciples. Au long de la montée vers Jérusalem, Luc distille les enseignements qui concernent la marche de l'Eglise. C'est donc dans cette perspective qu'il faut insérer cette initiative. La chose est facile si nous entrons dans la pensée de Luc. Chrétien grec de la deuxième génération, il reste sensible à l'extension qui a porté jusqu'à lui la richesse du témoignage initial. Il tient à montrer la solidité des fondateurs, mais également la solidité de ceux qui, comme Barnabé et Paul, ont assuré le relais. Certes, ils n'ont pas côtoyé physiquement Jésus, mais leur rôle s'inscrivait dans l'intention-même de Jésus en perspective d'universalité.

- Le chiffre 72 a une histoire qu'il est intéressant de connaître. En Genèse10/1, le chiffre 70 est affecté à la postérité des fils de Noé qui repeuple la terre après le déluge. Mais ce chiffre a été remplacé par 72 lors de la traduction de l'hébreu en texte grec, version que Luc utilisait comme le confirment d'autres citations. Quoi qu'il en soit, il symbolise l'ensemble des nations.

- Les 72 ne remplacent pas les 12, ils s'ajoutent à eux comme il apparaît dans les directives qui leur sont données et qui intègrent ce qui avait été dit aux apôtres en première partie. Bien que Luc ne soit pas familier du symbolisme des chiffres, nous pouvons remarquer que 6x12 + 1x12 = 7x12, symbole de plénitude.

- Une lecture attentive des Actes des Apôtres permet d'éclairer ce qui peut paraître subtil sous la plume de Luc. Celui-ci connaît l'histoire difficile des premiers temps de la communauté chrétienne ; il met donc en "base solide" le groupe des Douze. Ce sont eux qui ont reçu officiellement de Jésus le nom "technique" d'apôtres (6/13). Leurs références sont bien précisées lors de l'élection de Matthias : "compagnons du Seigneur depuis le baptême de Jean jusqu'au jour où il fut enlevé" et leur fonction essentielle est d'être "témoin de la résurrection".

Ceux qui se réunissent autour des apôtres sont désormais appeler "les frères". Luc n'introduit pas d'opposition : ce sont les frères qui choisissent Matthias en remplacement de Judas, mais ce sont les Douze qui convoquent l'assemblée pour l'institution des diacres.

* Il s'avère impossible de comprendre ce texte sans aborder un point complémentaire relatif aux questions littéraires. Il n'est pas le plus facile à faire admettre.

En jargon exégétique, il est défini comme "illusion référentielle". Ce mot barbare exprime très justement une loi de rédaction évangélique dont peu de lecteurs ont conscience.

- Nous pouvons la situer en continuité avec ce qui était dit du "genre littéraire" évangélique. Les auteurs partageaient avec leurs lecteurs une même vision de foi. Celle-ci se référait "naturellement" au témoignage historique de Jésus. Mais, depuis plusieurs générations, celui-ci avait été commenté et les événements passés étaient désormais largement connus. Il était donc inutile de revenir sur des détails dont personne ne contestait l'existence ou de se perdre dans des pistes annexes qui s'étaient révélées comme des impasses.

- L'auteur procède alors par raccourci. Il se réfère en style direct à des origines qui ne sont pas contestées et dont chacun sait bien qu'elles n'ont pas enregistré tels quels les mots et les présentations qui sont rapportés. Nul n'est dupe de "l'illusion" que revêt la forme de cette référence mais tous admettent le bienfait de son emploi. Cette "figure" de style est commode pour mettre en valeur rapidement l'essentiel d'une pensée et l'appuyer de l'autorité qui émane de sa source.

- Cette illusion comportait certains risques et c'est pourquoi les auteurs ont cherché à l'équilibrer en recourant aux symbolismes familiers à leur temps et au "bon sens" de leurs lecteurs. C'était sans compter sur la tendance au "merveilleux" qui contamine souvent les mentalités religieuses.

C'est ainsi qu'au cours du ministère public de Jésus, il n'y eut aucun envoi de 72. Les autres évangélistes n'en parlent pas et cette action ne s'imposait pas. Elle était même dangereuse, compte tenu des difficultés que Jésus avait déjà rencontrées pour en former Douze en un an. Où aurait-il trouvé 72 amis capables d'exprimer un message aussi nuancé, auquel il manquait encore l'éclairage de la résurrection ?

Mais Luc veut nous certifier que l'envoi qui s'est réalisé plus tard n'a pas été pure décision des apôtres, car ce serait alors lui retirer une grande part de sa crédibilité. Il s'agissait bien d'une volonté de Jésus, clairement exprimée. Sur le moment, les apôtres ne l'avaient certainement pas "enregistré" dans ce vocabulaire mais l'Esprit en avait été perçu sans ambiguïté.

Eléments complémentaires

Jésus et Seigneur - La plupart du temps, nous ne faisons pas attention aux différents mots qui servent à désigner Jésus, ils sont équivalents à nos yeux. En lisant Luc, cette appréciation est beaucoup trop rapide.

L'appellation "Jésus" s'applique au Christ historique… L'appellation "Seigneur" s'applique au Christ actuel, ressuscité et présent à ses envoyés. Lorsque des textes rapportent sous cette dénomination des paroles ou des actions, ils suggèrent une continuité avec la période d'après Pâques.

Apôtre et disciple - Le mot "apôtre" signifie "envoyé", ce qui engendre quelques confusions en vocabulaire grec, car les 72, comme certains disciples avant eux, sont "apostolisés" "en avant de Jésus". Heureusement, Luc parle le plus souvent "des Douze" tout simplement. Rappelons que le mot disciple désigne celui qui est enseigné.

Les agneaux et les loups - Deux explications sont possibles. Nous pouvons admettre l'idée spontanée qui exprime les difficultés que vont rencontrer des envoyés; un commentaire rabbinique situait aussi Israël comme "une brebis au milieu de 70 loups, mais brebis protégée par un Berger qui la sauve, la garde et la mène au repos".

Mais il est également possible de se référer au texte prophétique d'Isaïe 11/6 qui évoquait le paradis retrouvé en fin des temps sous l'image du "loup qui habitera avec l'agneau".

Directives antérieures lors du premier envoi des apôtres : 9/1

" Ayant convoqué près de lui les Douze, il leur donna puissance et autorité sur tous les démons et pour soigner les malades et il les envoya proclamer le Royaume de Dieu et guérir.

Il leur dit : "N'emportez rien pour le chemin, ni bâton, ni besace, ni pain, ni argent, ni deux tuniques.

Dans la maison où vous serez entrez, demeurez et repartez de là. Et quant à ceux qui ne vous recevront pas, sortant de cette ville-là, secouez la poussière de vos pieds en témoignage sur eux."

Sortant, ils traversaient par les villages, annonçant la Bonne Nouvelle et soignant partout".


Piste possible de réflexion : les 72 "autres, envoyés à une moisson nombreuse

1°- à l'écoute de Luc

* Luc nous présente aujourd'hui la mission de 72 "autres" envoyés par le "Seigneur" en "tout lieu où il allait venir". Comme nous le précisions dimanche dernier, il nous faut apprendre à entendre le troisième évangéliste selon un mode d'expression qui peut nous déconcerter et que nous risquons d'appauvrir en le réduisant à un aspect anecdotique. Dans le cas présent, cette réduction soulève bien des difficultés car, au moment où se situe notre passage, il eut été étonnant que le petit groupe des amis soit assez nombreux pour fournir autant de personnes compétentes. Jésus parlait depuis un an seulement et les événements de Pâques n'avaient pas encore donné un sens ultime à son message.

* Le premier souci de Luc était d'animer la communauté dont il avait la responsabilité. Elle se situait à un demi-siècle après la mort du Christ et en milieu grec, c'est-à-dire à grande distance de la Palestine et de la culture juive. Le message paraissait toujours aussi original comme le confirment quelques textes profanes de cette époque. Sous la pression de ces difficultés, il était donc naturel que les chrétiens se posent la question de sa transmission. Ils savaient que les premiers temps avaient été assez mouvementés en raison des pressions judéo-chrétiennes. Luc était assez intelligent pour sentir les suspicions éventuelles : l'enseignement était-il resté celui du Christ ? … des idées personnelles n'avaient-elles pas déformé le message initial ? ... en un mot, était-ce bien le Seigneur Jésus qui était rendu présent en ses envoyés ?

* Rappelons-nous que l'évangéliste ne pouvait pas se référer à des Ecritures puisque Jésus n'avait rien composé. Tout reposait sur le sérieux des missionnaires et, tout d'abord, sur l'autorité qu'il était possible de leur accorder. Le courage de leur engagement et l'intelligence dont témoignait leur prédication méritaient l'estime mais cette gratitude personnelle ne lui semblait pas suffisante… Il enracine donc leur action dans une volonté explicite de Jésus et il accentue cette volonté en parlant de leur formation et des multiples recommandations qui leur avaient été faites à ce sujet par Jésus lui-même.

* Bien entendu, il ne dispose pas de l'enregistrement des conseils que Jésus avait prodigués aux apôtres. Il n'aurait pu d'ailleurs avoir que le CD araméen alors que sa communauté parlait grec. A la manière que nous adoptons habituellement pour résumer le passé, il met dans la bouche de Jésus les mots les plus adéquats à résumer sa pensée. Il n'est pas rare que, nous-mêmes, en évoquant le passé, nous adoptions cette technique littéraire : ma mère me disait… mes parents tenaient beaucoup à ce que… il est évident que ces phrases n'ont jamais été prononcées telles quelles, mais elles expriment assez exactement l'intention réelle que nous voulons traduire.

* Luc mentionne donc deux vagues de prédicateurs. Et il situe la deuxième vague au départ de la "montée vers Jérusalem", au long de laquelle il répartit les enseignements qui concerneront plus particulièrement le temps de l'Eglise. Il ne parle pas de disciples, mais de 72 "autres".

Ce chiffre n'est pas choisi au hasard, car, dans la Bible, 6 fois 12 était symbole d'universalité. La même idée ressort de la comparaison avec les directives qui avaient concerné le premier envoi des apôtres. De la prédication "dans les maisons", on passe à la prédication sur les places des villes.

Les 72 s'ajoutent donc aux 12 et étendent leur champ d'action. Il s'agit donc de ceux qui ont assuré le relais au long d'une histoire qui continuait. Luc sait ce qu'il doit à ces "ouvriers" de la première et de la deuxième génération. Dans le livre des Actes, il les situera comme "des agneaux au milieu des loups", mais il rendra aussi hommage à une ténacité qui a eu raison de tant de pièges, tant d'oppositions suscitées par "la puissance de l'Ennemi". Beaucoup l'ont payé de leur vie et désormais leurs noms se trouvent inscrits dans les cieux.

* En composant cette présentation, Luc dépasse le seul cas de sa communauté et ce n'est pas le moindre des services qu'il nous rend. Car l'histoire ne s'arrête pas et ce passage fait coup double encore aujourd'hui. D'une part, il nous rappelle les bases de notre foi : nous pouvons nous appuyer sur un enseignement qui nous a été solidement transmis, nous pouvons nous appuyer sur des engagements passés qui ont réussi tant du fait des hommes que des orientations qui avaient été fixées par Jésus lui-même. Mais, nous ne devons pas oublier que nous sommes les ouvriers d'aujourd'hui… l'activité première des 12 a suscité l'activité des 72, elle n'en a pas dispensé.

2°- à l'écoute de l'enseignement que Luc nous rapporte

Il suffit de nous situer dans le groupe des 72 pour nous sentir concernés par plusieurs phrases qui éclairent presque spontanément notre mission.

Phrases positives

* Luc présente un immense chantier qui appelle une large embauche. La moisson est abondante et les ouvriers ne seront jamais assez nombreux. Les 72 s'ajoutent aux 12 et permettent à leur activité première dans le cadre des maisons de s'étendre aux places de la ville. Par leur prédication, la proximité du Royaume est révélée de façon universelle. Grâce à eux, la Parole initiale résonne au delà des frontières et sollicite l'écoute de nouveaux auditoires.

* L'ambiance générale est une ambiance d'activité créatrice, nous sommes loin du conservatisme qui marque certains esprits religieux au nom de la tradition. Les nouveaux envoyés sont "autres" et apportent donc un sang neuf. Ils vont s'attaquer à un terrain neuf qui n'a pas encore été défriché. La mission est intégrée à la foi mais elle ne se présente pas sous forme standard ; seul un esprit de paix et de sérieux doit dominer l'initiative de chacun. Une grande mobilité est recommandée : minimum de bagages, libération des soucis inutiles, adaptation aux événements et aux hommes. L'envoyé reste libre, libre de son parcours : si l'on ne veut pas de lui dans un endroit, il va ailleurs… libre de la forme qu'il entend donner au dialogue… indépendant du résultat de sa démarche : il est responsable des semailles, il ne l'est pas du rendement….

* Dès les premiers versets, Luc enracine très profondément les perspectives de cette mission.

Même si ce sont les disciples qui passent devant et risquent d'affronter les refus, ils peuvent se souvenir que leur action prépare le terrain "où Jésus va venir". Il ne s'agit pas de propager une doctrine, il s'agit d'anticiper la venue d'une personne qui tourne déjà "sa face" vers ceux auxquels ils s'adresseront. En présentant la Transfiguration, Luc insistait sur le "visage" de Jésus comme première source de la foi. Chaque envoyé est donc appelé à témoigner de ce visage par le propre visage qu'il présente.

Jusque-là, dans le cadre de la Palestine, il s'agissait d'annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume. Désormais, grâce à ce rayonnement concret, "le Royaume s'approche" de ceux qui ne le soupçonnaient pas et sont mis en demeure de l'accueillir ou de le refuser. Après la résurrection, la Parole se trouve définitivement liée à cette proximité. Accepter d'écouter ce dont témoigne l'envoyé, c'est déjà accepter la venue de Jésus. Mépriser l'envoyé, c'est se fermer au seul intermédiaire qui témoigne d'un nouveau lien possible avec le monde divin.

Malgré la faiblesse des moyens et les aléas de l'accueil, les missionnaires participent à un autre combat : celui que Jésus a instauré contre les forces du mal. Il ne s'agit pas d'une action spectaculaire comme en rêvent les exorcistes, il s'agit d'une avancée pied à pied, respectueuse de la liberté et de la réponse de chacun. Chaque accueil est victoire sur l'Ennemi, échec de la nuisance des serpents et scorpions dont l'action défigure le monde des hommes.

* Enfin, nous ne pouvons ignorer le réseau des solidarités qui soutiennent ou accompagnent cette action. Le fait que Jésus projette de venir dans le lieu où ils se rendent, implique son soutien. Ils vont deux par deux, ce qui évite le poids de la solitude, surtout devant l'échec, mais ce qui évite aussi la pression sociologique d'un groupe trop important. Toutes les visites ne se solderont pas par des échecs; dans l'ambiance de paix qu'ils ont souci d'apporter, les envoyés auront l'occasion de nouer de nouvelles relations. D'autant plus qu'il leur est recommandé de ne pas compliquer le dialogue avec les traditions d'impureté alimentaire.

Phrases réalistes

Le rappel des aspects positifs de notre mission n'empêche pas l'évangéliste d'être réaliste et d'évoquer les risques que tout missionnaire doit assumer. Il semble qu'au temps de Luc les persécutions aient marqué un temps de stagnation, ce qui explique la présentation modérée qu'il en fait. Malheureusement, elles reprendront rapidement et dureront jusqu'en 315.

Ne nous faisons pas d'illusion : les ouvriers ne sont pas nombreux. Par ailleurs, l'accueil ne sera pas toujours favorable malgré une présentation de paix. Le mépris l'emportera parfois sur l'écoute. C'est alors que surgiront les deux tentations habituelles : soit le prosélytisme à tout prix, soit la tolérance bienveillante qui dilue les enjeux. L'équilibre n'est pas toujours facile surtout en nos temps modernes : nous sommes soucieux d'efficacité et nous paniquons rapidement devant l'échec… à l'opposé, nous nous voulons respectueux de la liberté de chacun et nous hésitons parfois à exprimer ouvertement nos convictions

Phrases actuelles ou susceptibles de l'être

* la valeur d'être "autre" : le nouvel envoyé est à la fois "autre" et en lien étroit avec ceux qui l'ont précédé. Il est "autre" en raison de sa propre sensibilité chrétienne… il est "autre" en raison de l'actualité qu'il incarne comme ouvrier de la moisson… il se doit d'être "autre" en raison de ceux qu'ils cherchent à rencontrer.

Nous avons parlé de la situation historique de Luc. Il écrivait au moment où les communautés chrétiennes étaient amenées à passer d'une culture encore influencée par le judaïsme à une culture grecque accessible aux nouveaux convertis. Luc savait les difficultés qu'avaient rencontrées la nouvelle génération des prédicateurs pour être "autre" en vue de répondre à cette mutation. Il en est de même aujourd'hui…

* la valeur du "fractionnement" : nous assumons une civilisation "de masse" et nous serions enclins à privilégier les méthodes qui correspondent à cette tendance. Il est vrai que le groupe compact des 72 aurait pu "faire le poids" et s'imposer dans les villes rebelles, il aurait permis un affrontement moins inégal avec "les loups".

Le fractionnement n'est pas sans risque. Pourtant nous sommes les premiers à reconnaître la valeur des petits groupes lorsque les intéressés s'épaulent en se consacrant à des contacts individuels. La majesté des institutions joue parfois à contre-courant du but positif qu'elles poursuivent.

* l'importance de la Parole : celle-ci contribue fondamentalement à l'expansion du Royaume, mais elle traduit également le "visage" de Celui dont elle prépare la visite, elle contribue à l'expression de la paix que le messager apporte en son nom. Il y a aujourd'hui beaucoup à faire sur ces trois points.

Mise à jour le Dimanche, 03 Juillet 2016 09:14
 
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