Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 13ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 13ème Dimanche du temps ordinaire

 

Actualité

La tête du Christ, autrement dit la pensée chrétienne, ne peut se laisser enfermer en un endroit. L’évangile de ce dimanche nous met en garde contre deux tentations, absolument contraires à l’universalité de l’Eglise : celle du renard et celle des oiseaux du ciel. Ne pas s’enfouir dans les terriers politiques et nationalistes, ne pas se réfugier dans les nids des modèles religieux anciens  ou uniques, mais cheminer pour inspirer la diversité des hommes et des nations jusqu’à la fin des temps.


Evangile

Evangile selon saint Luc 9/51-62   

Au départ de la montée vers Jérusalem - le relais des nouveaux messagers - préliminaires

situation de départ :

Comme s'accomplissaient les jours où Jésus allait être enlevé de ce monde, il affermit son visage pour faire route vers Jérusalem et il envoya des messagers devant lui.

Premier mouvement : même état d'esprit que celui dont Jésus a témoigné

1er temps : l'échec possible en raison des origines juives

Ayant fait route, ceux-ci entrèrent dans un village de samaritains pour qu'ils lui préparent un accueil. Mais ils ne le reçurent pas parce qu'il faisait route vers Jérusalem.

2ème temps : attitude à adopter

Ayant vu cela, les disciples Jacques et Jean dirent : " Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel et de les supprimer ? "

Mais, se retournant, Jésus les rabroua

à la racine des anneaux suivants ;

et ils firent route vers un autre village.

Deuxième mouvement: "suivre Jésus" implique une ouverture à l'universalité

Comme ils faisaient route, dans le chemin, quelqu'un dit à Jésus : " Je te suivrai partout où tu t'éloigneras ".

Jésus lui déclara : " Les renards ont des terriers (style politique nationaliste), les oiseaux du ciel ont des nids (style religieux unitaire du Temple)

mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête » (universalité)

Troisième mouvement: caractère définitif des ruptures qui s'imposent au départ

1er temps : rupture avec le judaïsme

Il dit à un autre : " Suis-moi ". Celui-ci dit : " Concède-moi, m'étant éloigné, d'enterrer d'abord mon père. "

Jésus lui dit : " Laisse les morts enterrer leurs propres morts. Toi, t'étant éloigné, annonce le Royaume de Dieu. "

2ème temps : rupture avec le passé païen

Un autre encore lui dit : " Je te suivrai, mais d'abord concède-moi de faire mes adieux aux gens de ma maison. "

Jésus lui dit : " Personne, ayant mis la main à la charrue et regardant sans cesse en arrière, n'est apte au Royaume de Dieu. "

Textes intermédiaires

La continuité concernant les passages d'évangile retenus par la liturgie n'est pas absolue. Il est donc utile de mentionner les textes qui ont été "sautés" d'un dimanche à l'autre.

- Luc a terminé ce qui constituait, à ses yeux, le 1er temps historique de Jésus. Il en concentrait l'essentiel en parlant symboliquement d'un ministère en Galilée. La formation des Douze y tenait une grande place, d'où le texte de dimanche dernier qui précisait la double évolution qui avait été la leur : reconnaître Jésus-Messie puis envisager la notion de "Fils de l'homme" sous l'angle du Serviteur souffrant.

- Avant de clore ce premier temps, le texte de la Transfiguration lui a permis de préciser le cheminement des apôtres en termes plus universels. La Transfiguration est venue en conclusion comme la Résurrection interviendra en conclusion de la montée vers Jérusalem. Mais, pour éviter toute "visée miraculeuse", il a insisté ensuite sur les difficultés que les disciples ont continué à rencontrer …

- Selon le même état d'esprit, Luc mentionne ensuite la 2ème annonce de la passion. Il l'assortit de trois exemples d'incompréhension de la part des apôtres: incompréhension du futur en ce qui concerne Jésus et la passion, incompréhension de l'organisation communautaire du groupe, incompréhension de l'esprit d'ouverture à tous ceux qui se sentent intéressés. Il anticipe les pesanteurs du "temps de l'Eglise"…

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Le passage d'aujourd'hui amorce le 2ème temps historique du ministère de Jésus (le 3ème temps si l'on intègre dans le calcul global le temps des conceptions et des naissances). Les prochains dimanches se présenteront comme l'extension du noyau galiléen en "montée vers Jérusalem"… les Actes des Apôtres préciseront ensuite le déroulement effectif de ce mouvement en illustrant ses débuts vers le monde entier…

Au moment où Luc écrit son évangile, l'extension universelle est réalisée mais bien des perturbations et des hésitations ont marqué les années qui ont suivi les jours de Pâques et de Pentecôte. Pour dissiper les reproches ou les suspicions qui pourraient être soulevés à l'encontre de l'esprit qui a inspiré la première communauté, Luc regroupe dans ce deuxième temps, donc avant le drame final, les enseignements et les actions "historiques" de Jésus qui éclairent ce qui a concerné ensuite "l'envoi au monde", autrement dit la vie de l'Eglise ...

* Les textes concernant la montée vers Jérusalem peuvent être répartis en deux périodes. Luc commence par insister sur le "relais" que constituera "l'apport des 72", autrement dit l'expansion du nombre de ceux qui s'attelleront au rayonnement missionnaire.

Sa présentation porte au delà d'une simple continuité. Le schéma que nous discernons en arrière-plan de cette transmission s'inspire du schéma de développement de tout être vivant: un temps discret de "conception"… un temps de "naissance"… un temps de "croissance"… un temps de "rayonnement" en marche vers un temps de "plénitude"…

* Luc va étendre à tous les messagers les objectifs fixés historiquement aux Douze. Il a beaucoup insisté sur le cheminement de ces derniers. Il a notamment mis en évidence le temps de formation qui a précédé leur envoi en mission. Ils ont commencé par tout quitter pour "suivre" Jésus en acceptant les ruptures qu'imposait ce choix, puis ils ont vécu un temps d'intimité et de dialogue qui leur a imprimé un certain "esprit". Ensuite seulement Jésus les a institués pour être les Douze.

Luc évoque discrètement cette nécessité d'un temps préliminaire à toute entreprise missionnaire, il multiplie l'expression "suivre Jésus" et insiste sur le "regard en avant" qu'implique cette décision.

Précision

Dans la présentation de première page, nous affectons les mots "mouvement" et "temps" aux petits groupes de versets. Si vous le désirez, vous pouvez les remplacer par "développement". Il ne s'agit que d'un choix de vocabulaire. Si vous étudiez plus attentivement le style de Luc, à la lumière de Lucien de Samosate, vous ne serez pas sans remarquer la "dynamique" qu'il cherche à traduire dans sa composition : il construit une "chaîne" dont les maillons se suivent et s'articulent en vue de constituer une marche vers l'avenir…

Piste possible de réflexion : l'état d'esprit au départ de la mission

1°- à l'écoute de Luc

Nous commençons aujourd'hui un nouvel ensemble de textes empruntés à l'évangile de Luc. Celui-ci envisage deux temps dans le ministère historique de Jésus. Nous avons achevé dimanche dernier le premier temps. Luc y concentrait dans le cadre de la Galilée ce qui constitue le "noyau" du témoignage initial, il tenait à manifester son incarnation effective et son expression explicite, il insistait particulièrement sur la solide formation qu'avaient reçue les Douze, dès le début. Notre passage amorce le deuxième temps et son exposé se poursuivra jusqu'à la fin de notre année liturgique.

Ce n'est pas qu'il soit difficile d'en suivre la composition, mais, pour en saisir intelligemment le fil conducteur, il est nécessaire de rappeler certains traits qui l'éclairent.

* Tous les évangélistes ont adopté un genre littéraire particulier, assez différent de ceux qui nous sont habituels. Il est essentiel d'en tenir compte sous peine de fausser une juste "écoute" des textes.

Notre esprit moderne nous rend exigeants lorsqu' il s'agit de rapporter des faits et de transcrire des paroles. En parcourant les évangiles, nous voudrions en retirer des renseignements susceptibles de "recomposer" avec exactitude le déroulement des événements concernant Jésus. C'est là un souci légitime mais c'est là un rêve qui ne peut qu'être déçu. Bien entendu, les évangélistes n'ont pas "inventé" ce qu'ils rapportent, ils se sont appuyés sur la mémoire de témoins fidèles. Dans les premiers temps, le récit complet en était certainement conservé et colporté par échange oral. Mais nous ne disposons actuellement d'aucun écrit qui puisse correspondre à la perspective moderne d'un compte-rendu journalistique des paroles et gestes de Jésus.

* Nous n'y pouvons rien : il nous faut admettre qu'en rédigeant leurs œuvres, en ce qui concerne la présentation, tous les évangélistes partageaient un état d'esprit différent du nôtre.

1. Ils se situaient avant tout en chrétiens, au service d'autres frères chrétiens pour leur parler de celui en qui ils mettaient leur foi : Jésus ressuscité et présent à ses disciples "tous les jours jusqu'à la fin des temps".

2. Ce Jésus n'était pas un être légendaire, fruit d'une mythologie sans consistance. Il avait vécu une "histoire" qui faisait ressortir le sens exact du témoignage qui se proposait désormais en Chemin, Vérité et Vie. Il s'agissait d'un "être complet" dont la pensée et les engagements étaient susceptibles d'entrer en dialogue avec d'autres temps.

3. Les auteurs avaient mûri peu à peu cette dimension et voulaient aider à l'accueil de cette intelligence. Il s'agissait de favoriser "un va-et-vient incessant entre ce que Jésus avait dit jadis et ce qu'il continue de dire actuellement à ses disciples et au monde entier… entre ce qu'il avait fait jadis et ce qu'il continue de faire actuellement d'une façon invisible… entre les relations qu'il avait nouées jadis et celles qu'il continue de nouer avec tous les hommes… " (P.Grelot)

* pour notre lecture du texte, il faut en tirer les conséquences :

1. Souvent, nous buttons sur certaines contradictions "locales" entre les évangélistes. Elles n'ont rien de surprenant. Le mérite des auteurs n'est pas dans la précision photographique, mais dans l'exposé de la pensée et, sur ce point, il y a unanimité et complémentarité entre eux. Nous pouvons même nous réjouir de l'éclairage que cette "technique" apporte ; la synthèse de plusieurs faits ou enseignements nous devient plus accessible.

2. Il importe donc de ne pas chercher dans les textes les précisions géographiques ou chronologiques que l'on ne peut pas trouver. C'est ainsi que l'itinéraire qui s'amorce aujourd'hui est impossible à suivre sur le terrain.

3. Pour prévenir les objections éventuelles concernant cette difficulté, rappelons que cette disposition littéraire était adoptée par la majorité des auteurs anciens.

* Luc donne au "deuxième temps historique de Jésus" la forme d'une lente montée vers Jérusalem. Il importe de bien saisir l'état d'esprit qui sous-tend sa composition.

a) Au long de ce déroulement symbolique, l'auteur distille les enseignements qui concernent la marche de l'Eglise. Pour s'en convaincre, il suffit de rapprocher les textes de ce que le même auteur, dans les Actes des Apôtres, nous dit du développement concret de la première communauté chrétienne. Dans son évangile, il "anticipe" les étapes concrètes qui ont marqué les premières années après la résurrection.

b) Ce n'est pas là une simple organisation littéraire. Au moment où Luc écrit, l'extension universelle est réalisée mais elle ne s'est pas opérée sans mal. Bien des perturbations et des hésitations ont marqué les années qui ont suivi les jours de Pâques et de Pentecôte. Certains reproches ou quelques suspicions pourraient être soulevés à l'encontre de l'esprit qui a inspiré la première communauté. Nous comprenons alors pourquoi Luc regroupe dans ce deuxième temps, donc avant le drame final, certains enseignements et certaines actions "historiques" de Jésus.

c) Mais, en recourant à cette disposition originale, il fait plus que justifier l'action de ceux auxquels il doit sa propre accession à la foi. Sans sortir du déroulement historique, il jette un regard approfondi sur certains événements qui, avec le recul, lui paraissent avoir été déterminants. Consciemment ou non, son regard inclut alors une dimension universelle. Il n'aborde pas tous les problèmes qui se sont posés à la première communauté et ont fait l'objet d'une référence à l'enseignement de Jésus. Il garde ceux qui lui paraissaient essentiels dans l'éclairage qu'ils apportent à "l'envoi au monde" et au "temps de l'Eglise".

Nous bénéficierons de ce travail de sélection au long de notre année. Parmi les questions, multiples et diverses, qui se posent à nous, Luc nous permettra de faire émerger les questions qui peuvent être tenues pour essentielles et il les éclairera, non seulement de la lumière d'une première expérience réussie, mais de l'enseignement-même de Jésus.

2°- à l'écoute de l'enseignement que Luc nous rapporte

L'idée générale est facile à saisir : avant de présenter "un exposé suivi", Luc introduit quelques recommandations concernant la prédication des "messagers". Ce sont eux qui vont assurer le rayonnement de la Parole. Un double regard commande sa présentation.

1. En préliminaire, il insiste sur l'état d'esprit qui doit guider leur engagement. Auparavant, Luc a mis en valeur la période qui a précédé, pour les apôtres, le "temps d'envoi". Tout est parti de leur décision de "suivre Jésus", malgré les ruptures qui s'imposaient. Puis, un temps d'intimité et de partage leur a imprimé un "état d'esprit" qui n'allait pas de soi en raison de leur première formation… Ensuite seulement Jésus les a choisis pour en faire le groupe des Douze.

Notre passage se présente donc comme un résumé des leçons que l'on peut tirer du ministère historique en ce qui concerne les "préliminaires" de tout envoi.

2. Après Pâques, l'extension universelle semblait aller de soi. Or la première communauté avait témoigné de quelques hésitations pour mener son rayonnement au-delà du judaïsme. Se fondant sur cette expérience concrète, Luc discerne trois handicaps éventuels : les séquelles du passé, la nécessité d'une évolution permanente, le poids de l'environnement présent.

L'évangéliste conjugue ces deux références et nous avons là le plan de sa présentation. Celle-ci est très dépendante des pesanteurs réelles dont il est parlé dans les Actes. De ce fait, elle paraît énigmatique et quelques explications peuvent aider à comprendre le symbolisme sous-jacent à chacun des handicaps.

a) un état d'esprit inspiré de celui dont Jésus a témoigné : les séquelles du passé pour les messagers et pour leurs interlocuteurs

Le geste que suggèrent Jacques et Jean évoque l'épisode du prophète Elie, prophète au royaume du Nord (vers 860), faisant tomber le feu du ciel sur les religions païennes de son époque… Bien entendu, l'évocation est à prendre au sens symbolique, mais ce "style prophétique" pouvait paraître une option conforme aux Ecritures. Luc rappelle fermement que Jésus a adopté sans contestation possible un style différent.

Il glisse une réflexion concernant "l'efficacité" d'une telle méthode et il se fonde sur l'exemple de la conversion de la Samarie.

- Pour comprendre l'inimitié entre samaritains et juifs, il faut remonter à la division qui déchira le royaume de David au lendemain de la mort de Salomon. Les tribus du Nord se regroupèrent autour des anciens centres religieux, érigés principalement en Samarie… Les tribus du Sud continuèrent à se centrer sur Jérusalem et le Temple… Lors des grandes invasions, la population du Nord subit de plein fouet la conquête du roi d'Assyrie (721); celui-ci dispersa les habitants et implanta des esclaves affranchis, d'où une religion locale très mélangée. Pourtant les samaritains conservaient la Loi et l'essentiel de la religion mosaïque. Sur le mont Garizim, ils avaient édifié un temple qui se situait en rival du Temple de Jérusalem.

- Lors de son ministère, Jésus semble avoir eu des contacts épisodiques avec les samaritains. Dans le récit de la samaritaine, Jean évoque un accueil favorable mais sans lendemain. Après Pâques, la première communauté chrétienne est longtemps restée centrée sur Jérusalem. Il faudra l'opposition des autorités religieuses et le martyre d'Etienne (vers 36) pour amener la dispersion des chrétiens hors de la capitale juive. La Samarie est alors mentionnée comme le premier champ d'extension et de réussite pour une évangélisation hors de Jérusalem. A la surprise générale, le diacre Philippe y reçoit un accueil unanime qui entraîne des baptêmes et la venue de Pierre et Jean. (Actes 8/5)

- Au temps de Luc, les samaritains ont donc valeur d'exemple. A longue échéance, les séquelles ancestrales n'ont pas joué à l'encontre de la foi chrétienne. La patience a porté ses fruits bien mieux qu'une condamnation prématurée.

b) l'organisation de la communauté dans une perspective d'évolution permanente: les renards, les oiseaux et la "tête" de Jésus.

C'est là un deuxième handicap sur lequel, dans les Actes, Luc fournit peu de précisions historiques. Il est cependant possible de repérer les symboles de sa présentation.

Luc (13/32) appliquera à Hérode la mention de "renard", ce qui suggère une mise en garde contre toute organisation de l'Eglise en structure politique… Par ailleurs, le psaume 83 évoque les autels du Temple comme abri où les hirondelles pouvaient faire leur nid. Effectivement, sous la pression des judéo-chrétiens, il pouvait être tentant d'organiser la nouvelle communauté selon un modèle religieux semblable à celui du judaïsme.

Luc a conscience qu'une telle orientation aurait coupé court à toute universalité. Aux premiers temps de l'Eglise, le piège avait été évité de justesse. Mais l'évangéliste pressent qu'il ne manquera pas de se présenter par la suite C'est en ce sens qu'il précise que la tête du Fils de l'homme, c'est-à-dire la pensée chrétienne, ne doit pas se laisser enfermée dans un "endroit", une civilisation particulière. Tout au long de l'histoire, elle doit cheminer pour inspirer la diversité des nations "jusqu'à la fin des temps".

c) l'indépendance vis-à-vis de l'environnement s'impose à toute époque sous des formes différentes. Luc emprunte quelques exemples qui "parlent" davantage à ses lecteurs dans le cadre de communautés qui regroupent d'anciens juifs et des païens.

A l'intention des juifs convertis, il s'agissait de : laisser les morts enterrer leurs morts… La chute de Jérusalem, en 70, a représenté pour les juifs une catastrophe dont nous n'avons qu'une faible idée. Le judaïsme a été sauvé par un petit groupe de pharisiens; échappés au massacre, ils se sont regroupés à Jamnia et ont entrepris de poursuivre l'animation religieuse en adaptant la vie cultuelle à la nouvelle situation.

La rupture entre le christianisme naissant et le judaïsme blessé ne s'est faite que progressivement. Nombre de convertis ont longtemps conservé de leur première formation une sensibilité juive ; ils se sentaient donc atteints par cette catastrophe ; ils pouvaient être tentés de prêter main forte à ceux qui restaient leurs frères de race et voulaient sauver l'espérance d'Israël. Luc présente cette tendance comme sans avenir car, à ses yeux, le judaïsme est bel et bien mort…. D'où l'expression "laisse les morts enterrer leurs morts"…

A l'intention des païens convertis, il s'agissait de : ne pas se laisser influencer par les "gens de sa maison"… Si nous le prenons au pied de la lettre, le refus de "faire ses adieux" paraît choquant, Mais dans la mentalité orientale la portée des palabres qui risquaient d'entourer ces adieux était évidente. Les civilisations anciennes généraient des liens familiaux très étroits entre leurs membres. Par ailleurs, nombre de sociétés païennes souffraient d'un relâchement moral et religieux.

A l'origine, le converti était plutôt l'exception dans son propre milieu. La pression ambiante jouait donc à contre-courant de la foi chrétienne, d'où le risque de reculer devant les exigences qu'il découvrait après un premier temps d'enthousiasme. Le sillon risquait d'être tracé en zig-zag et à des profondeurs variables au gré des pierres que rencontrait le soc de charrue…

Que pouvons-nous retenir de ces recommandations ?

L'intérêt pour ces recommandations peut être différent selon notre situation et notre environnement. Mais l'une d'entre elles paraît très actuelle et nous pouvons la retenir en conclusion : celle de l'organisation de l'église. Elle nous interpelle à deux niveaux.

1. L'histoire de l'Eglise nous témoigne que les craintes de Luc étaient fondées lorsqu'il mettait en garde contre la double tentation d'une organisation copiée sur les "schémas politiques" ou d'une organisation d'Eglise constituée en "système religieux"… Fort heureusement, dans nos régions, cette menace est actuellement moins forte qu'aux siècles passés.

2. Mais la présentation habituelle de la foi chrétienne reste très dépendante des modèles de pensée et du vocabulaire d'une époque désormais révolue. Les chrétiens sortent peu à peu de ce carcan sous l'influence d'une redécouverte de l'évangile, mais, aux yeux et aux oreilles de nos contemporains, la "tête de Jésus" semble figée et enlisée dans des clichés ou des enseignements étrangers à la mentalité actuelle.

Notre travail de "messagers envoyés en avant de lui" en appelle donc non seulement au courage du témoignage, mais à l'intelligence d'un renouvellement de présentation. Nous sommes tout simplement les Luc d'aujourd'hui et, pour lui, il n'y a là rien d'original…

Mise à jour le Dimanche, 26 Juin 2016 09:52
 
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