Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 12ème Dimanche du temps ordinaire

Année C : 12ème Dimanche du temps ordinaire

 

Actualité

Nous développerons deux réflexions complémentaires : 1. à l'écoute de Luc lui-même… 2. à l'écoute de l'enseignement qu'il nous rapporte…

 

Evangile

 

Evangile selon saint Luc 9/18-24

situation de départ :

Tandis que Jésus priait à l'écart, ses disciples étant avec lui,

Premier mouvement : première évolution de la foi des disciples 

1er temps : l'opinion commune sur Jésus

il les interrogea : Pour les foules, qui suis-je ?

Ils répondirent : Jean le Baptiste, pour d'autres, Elie, pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité.

2ème temps : en contraste, l'opinion des disciples

Jésus leur dit : Et vous, qui dites-vous que je suis ?

Pierre, ayant pris la parole, dit : Le Messie de Dieu.

à la racine des anneaux suivants

Jésus les rabroua et leur enjoignit de ne dire ceci à personne

Deuxième mouvement : perspective de la passion de Jésus 

en expliquant : Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les Anciens, les grands-prêtres et les scribes, qu'il soit tué.

et que, le troisième jour, il ressuscite.

Troisième mouvement : deuxième évolution lors de leur participation à ce drame 

1er temps : les choix que la passion pose à la foi de façon générale (et qu'elle a donc posés aux disciples)

Il disait à l'adresse de tous :

Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive.

Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera. En quoi un homme est-il aidé s'il gagne le monde entier en se perdant lui-même ou en subissant un dommage.

2ème temps : portée ultime de ces choix

Celui qui aura rougi de moi et de mes paroles, de celui-là le Fils de l'homme rougira lorsqu'il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges.

réussite finale de l'évolution des disciples 

Je vous le dis vraiment : quelques-uns de ceux qui se tiennent debout ici-même ne goûteront pas la mort avant qu'éventuellement ils voient le Royaume de Dieu.

Contexte des versets retenus par la liturgie 

* Globalement Luc compose ce passage selon le déroulement d'un anneau. A la veille de la montée vers Jérusalem, donc en perspective de la mort-résurrection de Jésus, il fait le bilan sur une première évolution de la foi des apôtres. Il sait qu'à ce moment, il leur reste à vivre des jours difficiles qui seront comme un creuset pour une deuxième évolution de leur foi ; ils accèderont alors à la nouvelle intimité de la résurrection. Lorsqu'il écrit vers 80, l'évangéliste sait également que la majorité d'entre eux ont triomphé de cette épreuve, d'où la note optimiste sur laquelle il conclut

* On ne peut comprendre cet ensemble sans le référer au plan général qu'adopte Luc dans sa composition. Alors que nous reprenons une suite à peu près continue du troisième évangile, il est utile de nous le remettre en mémoire.

L'auteur répartit les enseignements et les actions de Jésus sur deux périodes : un premier "temps de Jésus" éclaire ce qui a plus particulièrement concerné le ministère "historique"; symboliquement il se déroule en Galilée… un deuxième "temps de Jésus" se présente ensuite comme une longue montée vers Jérusalem; au long de ce parcours sont distillés les enseignements qui concernent la vie de l'Eglise, telle qu'elle doit poursuivre la mission selon l'Esprit de Jésus.

* A la fin du premier temps de Jésus, Luc traite de la participation des Douze à son activité concrète. Avant ce passage, ils ont été envoyés en mission de prédication, puis associés au partage des pains. Après ce passage, la Transfiguration soulignera de nouveau leur évolution en mentionnant l'influence personnelle de Jésus au long de leur vie commune. Mais deux épisodes rappelleront leurs difficultés à entrer pleinement, à mi-parcours, dans le "mystère" de leur Maître.


Piste possible de réflexion

 

1°- à l'écoute de Luc

*  Chaque dimanche, nous mentionnons "évangile selon Matthieu, Marc, Luc ou Jean", mais il faut reconnaître que nous y prêtons peu d'attention. Il est vrai que l'essentiel doit porter sur la pensée unique qu'ils nous livrent, celle de Jésus. Il est vrai qu'ils nous rendent un service primordial, celui de nous en faire connaître les multiples facettes. Mais nous aurions tort de limiter leur rôle à celui de simples copistes… Ils se sont voulus des frères chrétiens au service de leurs communautés. Nous avons beaucoup à recueillir de la composition qu'ils ont adoptée pour leurs œuvres elles-mêmes et des petites "notes" qu'ils ont ajoutées sous la pression de problèmes qui étaient les leurs et qui sont souvent les nôtres.

* Notre ami Luc est très proche de nous, non par les années, mais par sa situation historique et sa tournure d'esprit. Rien ne le prédisposait à choisir la foi chrétienne. Une génération au moins le séparait de Jésus. Il habitait sans doute une région  éloignée de la Palestine. Sa formation était grecque, donc très différente de la tournure d'esprit juive qu'avaient adoptée les apôtres à la suite de leur Maître. Tout comme nous, il avait bénéficié d'une succession de prédicateurs : peut-être Paul, lequel, après sa conversion, avait été lui-même enseigné par Ananie et par Barnabé…

Lorsque nous "entendons" la foi qui s'exprime en arrière-plan du troisième évangile, nous sentons chez Luc des sentiments que nous partageons profondément. Bien qu'il ne l'ait pas connu physiquement, il tient à nous faire partager son admiration pour la personne de Jésus et pour son témoignage; à la Transfiguration il exprime cette priorité en parlant de son "visage" et de ses "vêtements" lumineux, ce que nous pouvons appeler sa densité d'humanité…

Cette admiration l'amène à dépasser le décalage de civilisation. Plus que les autres évangélistes, Luc a un réflexe universel. Il n'ignore pas que Jésus a vécu et s'est exprimé dans un cadre juif, il tient beaucoup à cette référence concrète sans laquelle il pourrait être reproché à la pensée chrétienne d'être un mythe. Mais Luc a l'art de présenter sans trahir, tout en adaptant à ses lecteurs. Au service de sa communauté, il aurait pu se contenter de concilier le judaïsme avec la civilisation grecque. Fort heureusement, il a pressenti que d'autres assimilations s'imposeraient par la suite et il a préparé positivement ce terrain.

* Un autre trait éclaire le passage proposé aujourd'hui. En raison des décalages de temps et de lieux, normalement, le message de Jésus aurait dû échapper à notre auteur. Celui-ci double donc son admiration pour Jésus d'une reconnaissance pour ceux qui le lui ont fait connaître.

Au moment où il écrit, Luc peut constater que cette transmission a réussi, mais il n'ignore pas la "sueur et le sang" que lui ont apportés ceux qui constituent une "chaîne" historique de témoins. Avec le recul, il mesure les difficultés qu'ils ont affrontées et il leur rendra hommage en composant le livre des Actes des Apôtres… Mais, selon le "réflexe de pensée" dont nous parlions précédemment, il perçoit l'universalité de ces difficultés sous des formes diverses et il tient à la suggérer dans sa composition même en "remontant à la source".

Il y avait eu le groupe des missionnaires… mais ceux-ci étaient héritiers du groupe des "témoins oculaires". La vie commune de Jésus avec ses amis ne les avait pas dispensés miraculeusement des ruptures qui marquaient la naissance de la nouvelle communauté. En raison sans doute des difficultés judéo-chrétiennes rencontrées par la suite, Luc mesurait la solidité de la formation qu'ils avaient reçue de Jésus, mais il mesurait aussi la rapidité d'évolution de pensée qu'elle avait exigée d'eux. Tant de traditions et de fausses espérances messianiques caractérisaient le milieu palestinien du premier siècle.

Nous voyons ainsi s'esquisser les deux temps qui ressortent nettement de la composition qu'il adopte dans le texte d'aujourd'hui. L'attention se porte sur les disciples. Un premier temps a abouti à un choix de leur part, ils se sont désenlisés des opinions courantes, hésitantes à reconnaître en Jésus le Messie annoncé par les Ecritures… Mais un deuxième temps les attendait l'épreuve de la passion-résurrection.

Marc et Matthieu souligneront, en développant la vive réaction de Pierre, les difficultés qui ont pesé sur ce deuxième temps. Luc n'éprouve pas le besoin de s'y étendre puisqu'il sait que la résurrection de Jésus leur a permis de les surmonter définitivement. Il y fait cependant une discrète allusion : Jésus est obligé de les "rabrouer", de les brusquer et le silence s'imposera tant que l'évolution ne sera pas achevée…

Mais ceci n'entache pas l'hommage qu'il leur rend implicitement en soulignant la manière dont ils ont suivi Jésus jusqu'à "perdre leur vie". Cette phrase est toujours à entendre selon saint Luc. Au moment où il écrit, les hésitations des apôtres dans la tourmente du vendredi-saint ont été largement compensées par leur martyre et leur entrée "dans la gloire".


2°- à l'écoute de l'enseignement que Luc nous rapporte

Les deux évolutions que mentionne Luc à propos des apôtres sont-elles toujours d'actualité ?… Sans doute leur impact n'est-il plus exactement le même pour nous, mais il vaut la peine d'y prêter attention…

* Tout d'abord, en lisant ce texte, n'oublions pas l'état d'esprit qui sous-tend la présentation globale du troisième évangile. Pour Luc, il y a eu réussite et efficacité finales au sortir des perturbations que les apôtres ont dû affronter. Ces perturbations n'ont pas été un "à-côté" de leur réussite, elles y ont contribué. Luc dépasse les questions de morale, il invite à regarder des faits bien précis. En analysant les étapes d'évolution des apôtres, il suggère donc de nous en inspirer comme cheminement solide pour traverser le brouillard d'aujourd'hui.

* Nous pouvons remarquer que, dans ce passage, l'auteur se cantonne aux évolutions qui s'imposent dans un cadre relativement bienveillant vis-à-vis de Jésus. Il parlera ensuite des oppositions franches qui ont été effectivement celles de certains milieux juifs et qui ont abouti au drame final. Ici il alerte sur l'influence sournoise d'un milieu encore hésitant.

Il est facile de transposer à l'environnement qui est le nôtre, environnement vaguement christianisant dont nous ne pouvons ignorer l'influence négative sur les jeunes et nombre de contemporains. Nous trouvons donc des points de réflexion susceptibles d'orienter nos conversations courantes ou nos présentations en catéchèse.

* Nous pouvons nous inspirer de l'ordre dans lequel il nous conseille d'amorcer les évolutions.

1. Le premier temps est un temps relativement calme qui amène à se différencier des opinions communes, fussent-elles prétendument religieuses. Les réponses recueillies auprès des foules sont multiples et imprécises, l'implication personnelle y est faible, les différentes possibilités défilent sans entraîner une option déterminante. Nous croyons entendre les résultats des sondages actuels.

Cette situation invite à personnaliser la foi en la centrant sur Jésus. Le désir de convaincre risque de nous égarer dans des discussions sans issue. Jésus risque de devenir, pour nous d'abord, un pôle de vérités doctrinales. Celles-ci peuvent être utiles mais elles estompent l'amitié forte et directe qui nous relie à lui et qui le relie à nous. Le christianisme n'est pas une religion dont on inscrit les caractéristiques dans les dictionnaires, c'est un dialogue. Il nous faut le redire sans cesse.

2. Le deuxième temps s'origine dans ce choix personnel. Nous sommes sensibles aux conditions difficiles alors évoquées, mais Luc est plus subtil.

- Il joue sur l'enchaînement des deux appellations : "Messie" et "Fils de l'homme". Sous sa plume, le changement de nom n'est pas sans signification… Le mot "Messie" évoque une référence à Dieu qui confie une mission. Le mot "Fils de l'homme" accentue la réalité humaine de cet engagement. Or, dans l'esprit des apôtres comme dans l'esprit de leurs contemporains, c'est cette réalité concrète vécue par Jésus qui a remis en question nombre de données prétendument traditionnelles. La perspective d'un rejet qui irait jusqu'à la mort poussait au point ultime la contradiction avec les "clichés de messianité" que se forgent les mentalités habituelles.

- Pourtant, lorsqu'on ne s'obnubile pas sur le drame final, cette piste "Fils de l'homme" est beaucoup plus positive qu'il n'y paraît. Dans le commentaire qui suit l'annonce de la passion. Il est question de vie. Il ne s'agit pas de défi, pas plus qu'il ne s'agit d'une vie qui viendrait d'ailleurs… Il s'agit de la vie concrète d'aujourd'hui telle qu'elle se présente "par nature" à la lumière de la vie concrète qui s'est exprimée autrefois dans le témoignage de Jésus…

Jésus n'a pas "inventé" la route du renoncement. Il a voulu son destin semblable à celui de tout homme lorsqu'il émerge des pesanteurs qui risquent de l'enliser. Il a donc rencontré la loi de mort-résurrection qui est inscrite dans toute évolution de la vie humaine. Et il s'y est soumis en "Fils de l'homme", désireux de soutenir les êtres réels que nous sommes.

- La route de cette réussite de la vie n'est pas facile. C'est pourquoi, le lien personnel avec Jésus s'avère indispensable car, parfois, seule cette amitié peut aider à dépasser les épreuves. Mais, cette amitié nous conduit plus loin. Pour les apôtres, ce parcours commun a débouché sur la résurrection, celle de Jésus bien entendu, mais également celle de leur destin "dans le monde entier" et dans l'éternité. D'où les versets qui concluent le passage d'aujourd'hui.

- Sur les remises en cause que l'humanité du Fils de l'homme suscite lorsque nous confrontons l'évangile avec les opinions circulant sur Jésus, nous ne pouvons accabler de reproches les apôtres, car, par la suite, la formation chrétienne a sombré dans l'excès inverse.

Les mentalités occidentales ont hyper développé les perspectives de la croix… La chaîne des souffrances et du rejet de Jésus a été décrochée des deux points d'ancrage qui lui permettait d'assurer sa mission de continuité. Il ne s'est pas agi d'une franche négation de ce que Jésus avait vécu auparavant ; on pourrait parler d'un manque d'intérêt qui survole rapidement le combat précis qui a engendré le drame final. A l'autre extrémité, on a arrêté le cheminement à l'étape de la croix en oubliant que l'annonce portait également sur la résurrection.

Le relais n'est plus assuré et handicape l'ensemble. Par lui-même, le mot "Messie" est susceptible de multiples formes de réalisation concernant la mission. Pour notre mentalitéoccidentale, il évoque actuellement une personnalité doloriste dont le témoignage ne joue plus le rôle de Chemin-Vérité-Vie. Refusé par les uns en raison de ce "visage" exclusif, il entretient la passivité des autres, récupérant à leur profit les "mérites infinis" qu'ils attribuent à ce destin. Quant à l'appellation "Fils de l'homme", elle se trouve rangée parmi les nombreuses formules qui ont perdu tout sens dans le cadre d'une religion répétitive

En conclusion

Ce passage est fort utile pour orienter la "vraie" évangélisation dont on nous parle si souvent. Il nous invite à la patience pour admettre les étapes d'évolution qu'il importe de susciter chez nos contemporains car nous nous attaquons à la conception-même qu'ils se font de Jésus.  Ce passage nous invite également à l'intelligence en centrant sur le "poids des mots" alors que le "choc des photos" trahit aujourd'hui la réalité qu'elles voulaient exprimer à l'origine.  Enfin, ce passage nous invite à l'espérance, non pas une espérance béate et paresseuse, mais une espérance solide qui s'enracine dans l'engagement de Jésus confirmé par l'engagement des apôtres malgré leurs hésitations.

Mise à jour le Dimanche, 19 Juin 2016 18:19
 
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