Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : Fête de la Trinité

Année C : Fête de la Trinité

Actualité

Deux pistes de réflexion cette semaine : 1.sur les traces de la Trinité….2. la troisième partie de ce qui a déjà été développé aux quatrième et septième Dimanches de Pâques.

Evangile

Evangile selon saint Jean 16/12-15

Au soir du Jeudi-Saint, Jésus disait à ses disciples

J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter à présent.

Lorsque celui-là viendra, l'Esprit de vérité, il vous guidera dans toute la vérité

car il ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu'il entendra, il le dira,

et il vous annoncera les choses à venir

Celui-là me glorifiera parce qu'il prendra du mien et vous l'annoncera

(excursus trinitaire à propos de la "glorification", c 'est-à-dire la présence divine en Jésus)

Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : il reprend ce qui est à moi et il vous le fait comprendre.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Nous lisons aujourd'hui la deuxième "parole" que Jean inclut dans le dernier des quatre petits groupes qu'il consacre à l'Esprit-Saint dans le discours après la Cène.

* Comme nous le précisions dimanche dernier, ces petits groupes se correspondent deux à deux, les derniers étant la reprise plus développée des premiers. Voici donc les versets qui précédaient.

14/26 L'Esprit-Saint que le Père enverra en mon Nom, lui, vous enseignera tout

Il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit

15/26 Lorsque viendra le Défenseur que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de Vérité qui vient du Père, il me rendra témoignage


 

Première piste possible de réflexion : les "traces" de la Trinité

= La "formule" trinitaire "Père-Fils-Esprit" reste connue de nos contemporains. Mais  la majorité de ceux qui nous entourent ne se posent aucune question à ce sujet et continuent à répéter - ou à entendre - l'expression trinitaire sans y prêter une vraie attention et sans contrôler que leur "pensée spontanée" à ce sujet correspond à la "vérité" des textes. Nous n'avons pas à nous en réjouir, car, sous le vernis d'un "symbole de foi", se cachent nombre de déformations ou de faux-sens.

Le Père a kidnappé tout l'imaginaire déiste au titre de la toute-puissance et de la priorité d'intervention ... Le Fils a été vidé de toute la densité d'humanité dont témoignait son engagement historique. Il a été réduit à un simple "fusible" qui a permis, autrefois, de "rétablir le courant" entre Dieu et les hommes en situation de perdition ... Quant à l'Esprit, on ne sait pas trop quoi en faire et on le réserve aux manifestations spectaculaires.

Nous sommes loin de la pensée initiale qui voulait rendre compte de la place centrale qu'il fallait donner au Christ et à l'évangile pour tenter "d'approcher' le monde divin.

= Il nous faut ajouter que, lorsqu’une conversation aborde ce sujet, il s'avère très délicat de répondre… Personnellement nous avons conscience de la richesse dont nous bénéficions dans la dynamique trinitaire,  nous voudrions en témoigner et aller au fond des choses, sans nous éclipser derrière les définitions dogmatiques ou nous esquiver en parlant de "mystère". Mais nous sentons alors que le terrain des échanges devient mouvant.

Il n'y a pas de réponses idéales et seul le dialogue permet d'éviter les "formules" théoriques que nos interlocuteurs connaissent tout aussi bien que nous. Cependant, quelques aperçus rapides peuvent  favoriser  ce dialogue.

Du bon emploi des jumelles …

= Sans le leur dire expressément, il est important de bien repérer le point de dysfonctionnement dont souffre la présentation que beaucoup ont "apprise" dans leur enfance. Une comparaison peut aider à le situer assez exactement ; nous pourrions l'appeler "la parabole des jumelles" ...

Les jumelles sont un bon instrument d'optique... à condition qu'on les prenne à l'endroit ! Face à un paysage éloigné dont on veut percevoir plus précisément le détail, il est normal d'y recourir mais, si on les prend "à l'envers", chacun connaît le résultat : le paysage "recule", les particularités sont écrasées dans un panorama miniature, et, le plus souvent, ce qui était encore repérable à l'oeil nu devient si flou qu'on peut y voir n'importe quoi.

Il est vrai qu'en prenant les jumelles "à l'endroit", on perd en poésie ou en rêve, pourtant on gagne en efficacité. A quoi servirait, en effet, de trouver si poétique la petite fumée que l'on voit à l'horizon alors qu'il s'agit d'une ferme qui est en train de brûler sans que personne ne lui porte secours, au risque d'enflammer le village tout proche?

Il en est de même lorsque nous abordons le monde inconnu des "questions divines". Il est légitime que nous nous y intéressions et que nous prenions des "jumelles" pour mieux le discerner. Mais il s'agit de les prendre à l'endroit. Nous ne donnons pas n'importe quel visage au Père dont nous parlons, pas plus que nous n'attribuons n'importe quel visage au Fils, pas plus que nous ne concevons n'importe comment le visage de l'Esprit que nous mentionnons. C'est en regardant "au maximum de notre possible" le détail de ces trois "visages" que nous envisageons une unité à leur sujet. Et c'est pourquoi nous considérons l'évangile comme le premier "paysage" qui nous découvre quelques traits de ce monde inconnu. Certains peuvent nous reprocher de le "grossir" exagérément et exclusivement. Mais, il nous faut leur rappeler que, pour nous, l'évangile n'est pas le terrain exclusif du Fils, il nous éclaire tout autant sur le Père et sur l'Esprit dont nous vivons actuellement.

Or, dans le passé, cet équilibre d'optique a été rarement respecté… Sous prétexte qu'il s'agissait de questions divines, on a pris le plus souvent les jumelles à l'envers; on est parti dans de grandes théories théologiques préconçues qui en appelaient à la "grandeur de Dieu" ou à des "raisons de convenance" propres à une époque. On pensait peut-être voir ainsi plus loin , on a tout simplement enfoncé la pensée chrétienne "dans le brouillard" . Et nous n'en sommes pas sortis.

Tenir les jumelles "à l'endroit" …

En vue de clarifier la présentation vis-à-vis de notre entourage, nous pouvons avancer quelques remarques plus précises.

= Beaucoup ne perçoivent la diversité des religions qu'à travers le "folklore" que rapportent les actualités télévisées. Celles-ci ne sont pas en cause, car c'est en partant de la forme que, normalement, il est possible de rejoindre le fond. Mais le danger demeure de se limiter à une appréciation superficielle.

La diversité des religions s'enracine bien au delà, elle naît de la conception différente qui affecte les groupes humains à propos du "monde inconnu" dans lequel baigne leur propre civilisation. Contrairement à ce que l'on avance souvent, la vision de "l'un" n'est pas la même. Il ne suffit pas de se réjouir du monothéisme auquel certains penseurs ont abouti, c'est là une "illusion de vocabulaire", car, les "visages donnés à Dieu" sont différents et engendrent nécessairement des "visages différents" pour ce qui est des hommes et de leurs relations mutuelles.

=  Dans la perspective trinitaire, théoriquement, deux approches se présentent à l'esprit humain lorsqu'il veut en rendre compte: ou bien nous donnons priorité à "l'un", autrement dit à la conception divine telle que notre imaginaire nous la suggère et, en partant de cette unité préalable, nous nous attachons à trois activités fortement marquées par elle… Ou bien nous procédons en mouvement inverse au nom de notre ignorance foncière sur "l'un"; nous prêtons attention à la triple activité que nous discernons "à notre niveau" et nous la laissons nous éclairer sur son "mystère".

= D'ailleurs, les évangiles situent à ce point la rupture entre Jésus et la religion juive. Si les juifs ont refusé la messianité de Jésus, c'est que le style qu'il adoptait remettait en cause le sens de Dieu qu'avait peu à peu élaboré leur civilisation. Effectivement, au début de notre ère, ce peuple portait un sens de Dieu très évolué, qui le situait en avance sur le monde polythéiste païen et même sur la sagesse grecque. Le "progrès" que Jésus proposait à la pensée juive n'était donc pas "contre nature", bien au contraire… Mais il appelait un "en avant" qui obligeait à sortir de la stabilité qu'apportait la "tradition" en ce qui concernait le "Dieu d'Israël".

= Sous cet angle, l'erreur du passé récent est facile à préciser. Les multiples vicissitudes de l'histoire de l'Eglise ont permis, en milieu chrétien, l'introduction du déisme, véritable "virus" qui a remplacé le "Dieu de Jésus-Christ" par le "Dieu des philosophes et des savants". Sur le moment, cette substitution avait le mérite d'apaiser les tensions, mais elle laissait croire à la possibilité d'une conception commune de l'un. Catholiques et protestants sont tombés dans le piège et nous n'en sommes pas sortis. La plupart de nos contemporains "pensent" Dieu selon un mélange inextricable d'enseignements infantiles, de rêves et d'espérances, d'affrontements concrets avec les épreuves et les souffrances, ils ne le pensent pas selon l'évangile…

Du connu à l'inconnu … présenter les choses "dans le bon ordre"

* A proprement parler, nous n'avons pas à "croire" à la Trinité, comme s'il s'agissait d'un monde totalement étranger au nôtre et dont la connaissance interviendrait "à partir de zéro". Cette impression résulte souvent d'un lointain catéchisme où  les "formules" s'ajoutaient les unes aux autres au sujet des multiples domaines qui nous restent inconnus. Jésus en aurait révélé le secret à ses amis à charge pour eux de nous le transmettre. De plus en plus nettement, nous percevons qu'il n'en a pas été ainsi et que nous avons à découvrir en toute sa richesse le triple "visage" que Dieu a adopté pour rejoindre tout homme et le soutenir en vue de son épanouissement.

L'approche de la Trinité se doit d'être pédagogique et donc progressive au triple niveau de sa perception, de sa compréhension et de son assimilation. En multipliant des "explications" ou des "preuves" qui ne peuvent être que relatives en un domaine qui nous échappe et nous échappera toujours, nous risquons de décentrer l'accueil du triple "visage" que nous reconnaissons au monde divin.

1. En préambule, nous pouvons être alertés par les traces d'un "visage trinitaire" lorsque nous regardons la structure du monde et les conditions qui s'imposent aux plans personnels et communautaires pour l'épanouissement des hommes, l'évolution harmonieuse des sociétés et la bonne marche de l'histoire.

Il nous faut cependant rester très discrets à ce sujet. Les études sur le symbolisme rendent compte de l'application qui a été faite en de nombreuses traditions religieuses à partir d'une observation accessible à tous. Il est hasardeux d'y voir des "germes prophétiques" de la Trinité divine alors que ce regroupement se révèle très spontané et très pratique pour exprimer rapidement une "totalité" qui assume la "diversité". Même si la vision en 3 D semble permanente, il ne s'agit pas là de "preuves". La rotondité de la terre a mis en cause la géométrie euclidienne et les savants actuels nous parlent d'un univers en multiples dimensions.

2. Néanmoins, la "piste personnelle" peut être évoquée au titre de la possibilité. Saint Augustin y voyait comme une "porte d'accès" à ce qui reste "mystère" au-delà d'autres "mystères" qui nous restent plus "concevables". De façon évidente, chacun de nous est lui-même trinité… Au long de notre existence nous assumons une diversité de situations susceptibles d'être regroupées autour de trois pôles: pôle de paternité en multiples formes de créations : matérielles, professionnelles, familiales ... pôle de fraternité en nombreuses solidarités avec nos contemporains, proches ou lointains ... dynamisme d'un esprit qui donne souffle aux différentes communautés où nous sommes amenés à nous insérer ...

Père, fils et esprit, nous le sommes donc en unité de notre personnalité, même s'il reste vrai que chacune de ces facettes peut être perçue isolément par les membres de notre entourage. Que ce soient parents, épouse, enfants, collègues ou, amis... lorsqu'ils en discutent, leurs présentations peuvent ne pas être identiques ... Nous ne nous sentons pas "découpés" pour autant, car nous n'avons pas conscience d'être "autre" dans un cas ou dans l'autre. Au contraire nous revendiquons le fait d'être nous-mêmes "un" au nom du "mystère" intérieur qui fait de chacun de nous une vraie personne, consciente et libre.

3. Lorsque nous abordons les "questions divines", nous entrons dans un autre domaine que celui de l'expérimentation. Il importe donc, lorsque nous en parlons, de bien relativiser le vocabulaire que nous employons. Nous sommes contraints de recourir au seul mode d'expression dont nous disposons, à savoir le mode symbolique. Certains mots courants nous permettent de préciser quelque peu ce qui concerne la forme… mais nous devons admettre qu'un fond "mystérieux" nous échappe et que ce fond mystérieux appartient à la réalité que nous abordons de façon encore plus intime que nous ne saurions l'exprimer. La meilleure illustration que nous pouvons avancer est celle de l'iceberg dont la partie émergée signale la présence mais dont la partie immergée plonge si profond qu'elle en devient inaccessible.

En nous limitant à la forme, nous disposons de quelques signes "raisonnables" pour reconnaître le soutien actuel que nous voyons émaner du monde divin, en faveur de l'homme, du monde, de l'histoire et de tout ce qui est vie. Il n'est donc pas contradictoire avec ces signes que nous regroupions nos intuitions autour des trois activités dont nous nous reconnaissons bénéficiaires : activité de création, activité d'animation, activité de rayonnement…

Il ne s'agit pas pour nous de théorie ou d'illusion, il s'agit de réalités vécues. Nous avons du mal à les exprimer en délimitant leurs contours. Nous les désignons en empruntant à ce qui est le plus expressif de la psychologie humaine : Père, Fils, Esprit … Chacun peut admettre que ce n'est pas faux en rapport à ce qui est suggéré, tout en étant très restrictif et très imparfait. La paternité humaine reste elle-même une grande inconnue, aussi bien dans ses origines que dans ses interférences psychologiques… Parce qu'il nous a suggéré ce modèle de pensée, nous avons pris l'habitude de situer Jésus en Fils mais d'autres termes conviendraient tout autant : frère des hommes, Parole de Dieu. Quant à l'Esprit, ce nom a été choisi pour concentrer une activité qui nous échappe encore plus que les précédentes.

4. Une certaine "logique" trinitaire se dégage ainsi de ce que nous percevons des relations que le monde divin entretient avec nous. Il en émane, à notre niveau, une question "raisonnable": cette logique n'a-t-elle pas un fondement en Dieu ? Autrement dit, en partant de ce que nous constatons de sa manifestation, ne sommes-nous pas éclairés sur son être intime, sur la "face cachée de son mystère"… ou, si l'on préfère, sur certains traits de la "source" dont nous bénéficions.

C'est à ce niveau que se propose la vision trinitaire, à la suite de l'enseignement et du témoignage de Jésus. Elle revient à référer à la vie même de Dieu ce qu'il nous est donné de percevoir de sa sensibilité, de ses espoirs et de ses choix dans "l'actualité" de sa présence. C'est là une intuition qui nous entraîne à changer de plan. Et c'est ce changement qui est rarement perçu en raison de la permanence du vocabulaire. Nous nous situons désormais au plan de la foi. Les mots continuent d'être reçus dans leur sens élémentaire alors qu'ils deviennent de plus en plus inadéquats. Et "l'imaginaire" qu'ils suscitent spontanément trahit souvent le contenu même de ce qui veut être exprimé.

Il faut donc sans cesse le redire. Nous pouvons évoquer symboliquement la vie divine, nous ne pouvons pas la formuler conceptuellement. Parler de la Trinité ne fournit pas de "clichés" qui permettent de reconstruire de façon précise la vie différenciée qui rejaillit sur nous et semble nous intégrer dans son bouillonnement.

Admirer le paysage … une triple animation de notre vie humaine...

Malgré une fragilité inévitable, le "plan de départ" demeure et il n'y a aucune raison pour que les chrétiens n'en profitent pas pleinement.

La présentation d'un Dieu Trinité est pour nous une manière de traduire un sens de Dieu très riche, et très riche dans son rapport à notre humanité. Nous ne méprisons pas ceux qui se réfèrent à une autre vision de Dieu, mais nous ne pouvons être d'accord avec eux. De notre point de vue, le "visage" qu'ils donnent à Dieu nous semble trop pauvre, trop étriqué, trop inhumain aussi, car le visage de Dieu renvoie toujours à un certain visage de l'homme.

La présentation d'un Dieu Trinité  souligne la densité humaine de l'évangile. Nous créditons Jésus d'une présence du monde divin parmi nous, présence immédiate et historiquement visible, présence qui "fait le poids" au titre de l'épanouissement personnel et de l'harmonie communautaire.

Il est dommage que tout ait été englué dans une vision pessimiste qui ne cadrait pas exactement avec l'humanisme qui avait été vécu et dont les témoins nous ont fort heureusement enrichi par leurs écrits. Certes, la condition humaine nous impose des limites, mais il est dommage que les pesanteurs du sentiment religieux aient occulté un apport dynamique au bénéfice d'un déisme facile et utilitaire.

La présence d'un Dieu Trinité nous certifie également sa présence comme un devenir à construire comme conjuguant en même temps et dans la même mesure l'engagement de l'homme et l'engagement de Dieu. L'action de l'Esprit nous est connue dans son sérieux d'intelligence allié au sérieux du respect de notre liberté.

Redonner valeur au "vocabulaire" trinitaire…

Ce que nous venons d'analyser concernant les difficultés de vocabulaire peut excuser la "monotonie" dont a toujours souffert l'expression de la foi trinitaire. Un exemple très significatif se retrouve dans l'envoi trinitaire qui termine nos messes. Il est souvent présenté comme une "bénédiction" qui ferait le plein de protections. C'est là une conception réductrice. Il ne nous est pas demandé de "multiplier par trois" les énoncés et de "diviser par trois" les activités.  Il nous est demandé de "diversifier" ce qui risque d'être perçu de façon "réduite" sous couvert d'unité.

Si l'envoi est formulé de façon trinitaire, c'est pour nous inviter à "oser' une semaine qui soit elle aussi trinitaire, c'est-à-dire épanouissante au triple niveau qui nous sollicite. Nous avons à construire, nous avons à partager, nous avons à animer... pas construire seulement, pas partager seulement, pas animer seulement... les trois à harmoniser malgré une diversité d'engagements et d'activités.

Ce faisant, nous sentons combien l'influx qui nous a été donné durant la messe était trinitaire... que ce soit le regard sur la semaine passée, la lumière de l'évangile ou le signe du pain partagé... Cet influx était trinitaire, non seulement dans sa source mais également dans la manière dont il était distillé en nos intelligences et nos personnes...Quant à l'accompagnement divin qui soutiendra et partagera notre semaine, il ne pourra être que trinitaire, car ainsi est structuré le monde qui a été remis entre nos mains et ainsi doit être orientée son histoire par une action conjuguée de Dieu et des hommes.

 

Deuxième piste possible de réflexion : "Le Père et moi, nous sommes un" - 3ème partie

Un rapide résumé de ce qui a été développé aux 4ème et 7ème dimanches de Pâques.

*. Au 4ème dimanche, nous avions développé ce qui concernait le monde divin : 1. La vraie question ne porte pas sur l'existence d'un monde inconnu mais sur le "visage" qu'on lui donne… 2. nous sommes immergés dans ce monde inconnu par le biais prioritaire de la création… 3. la création est fréquemment personnalisée dans le sens d'un en-haut de la divinité et d'un en-bas de l'homme… 4. les "visages" et les mots qui affectent le monde divin sont fragiles en raison du registre symbolique où ils se situent… 5. les mutations culturelles accentuent cette fragilité…

*. Au 7ème dimanche, nous avions abordé plus directement le lien Père-Fils : 1. La divinité de Jésus remet en cause le cliché spontané habituel concernant le monde divin… 2. La complémentarité Père-Fils est victime de plusieurs handicaps : "l'essentiel de Dieu" a été reporté sur le Père… la vision du salut a été obnubilée par la croix… la dimension créatrice du témoignage de Jésus a été estompée… 3. Jésus renouvelle la perspective de création…

Aux 4ème et 7ème dimanches de Pâques, nous avions amorcé une réflexion qui cherchait à éclairer les versets concernant le lien Père-Fils dans le cadre du Bon Pasteur et dans la prière de Jésus pour l'unité. Sous une forme très proche, la même idée est exprimée aujourd'hui : "tout ce qui appartient au Père est à moi."

Nous avons dit l'essentiel de ce qui pouvait être échangé en dialogue avec notre entourage dans une ambiance de recherche favorable. Mais, inévitablement, des questions plus ciblées peuvent représenter un dernier obstacle. Dans l'esprit de nos amis, elles émanent d'une première formation ou elles dérivent des mentalités ambiantes. Nous ne pouvons les ignorer sous peine de construire sur le sable… Elles risquent de fragiliser les échos de notre dialogue. Autant traiter franchement de ces handicaps, même s'il est judicieux d'en parler seulement en finale…

Pour les neutraliser, il nous faut faire appel à quelques connaissances "théoriques". A juste raison, nous n'aimons pas ce terrain, qui estompe la vitalité dont nous voudrions témoigner; il s'avère pourtant difficile de faire autrement.

La référence aux textes d'évangile qui mentionnent l'unité Père-Fils

Nous ne pouvons reprocher à nos contemporains d'aborder l'évangile comme ils abordent les publications modernes. Heureusement pour nous, nombre de récits ont été peu affectés par les "décalages" de civilisation. Ils nous aident à "faire surgir" directement Jésus dans la spontanéité et la vivacité de ce qu'il a vécu concrètement. Ils sont majoritaires sous la plume de Marc, Matthieu, Luc et du premier auteur du quatrième évangile.

Nous ne pouvons cependant empêcher qu'un autre genre littéraire affecte certains textes, particulièrement les discours qui ont été inclus dans la composition de Jean. Ce sont eux qui fournissent nombre de mentions "lapidaires" reprises en enseignement courant à propos de l'unité Père-Fils en Dieu. Pour qui connaît les manuscrits anciens, ce genre littéraire apparaît normal, car il a été abondamment utilisé dans toute la littérature antique. Mais cette "technique" peut déconcerter nos esprits modernes, nous avons tendance à lui reprocher un manque de rigueur.

De quoi s'agit-il ? Le but de l'auteur n'est pas de transcrire un enregistrement littéral qu'il aurait fixé mot à mot dans sa mémoire; il tient à faire mieux percevoir les nuances d'une pensée… Au service de son lecteur, il en reprend donc la présentation en "travaillant" la composition. Il n'est pas question pour lui d'inventer ou de falsifier. Il n'y a aucune raison de douter que les thèmes ont été effectivement abordés dans la prédication et il est même possible que les textes conservent des "paroles authentiques" anciennes. Mais il ne s'agit pas de la méthode moderne de transcription et, loyalement, nous devons en tenir compte…

Il est donc abusif de rapporter l'autorité de ces textes à leur vocabulaire ou à leur énoncé littéraire. "Jésus a dit"… donc il n'y a rien à ajouter. Or, ceci est un réflexe spontané. Le deuxième auteur du quatrième évangile était affronté aux influences gnostiques qui contaminaient sa communauté; pour y répondre il a été quelque peu entraîné sur le terrain du "style théologique" qui était celui de ses adversaires. Il est donc tentant d'isoler certains des passages qu'il met, littérairement parlant, dans la bouche de Jésus et de les reprendre, mot à mot et hors de leur contexte, comme des déclarations, des "définitions" qui préciseraient le contenu authentique" de la foi…

Il est évident que les apôtres n'auraient rien compris à l'enseignement de Jésus si celui-ci l'avait présenté sous la forme qu'adoptent certains textes. Par ailleurs, tout comme l'auteur, ils les "entendaient" selon les "modèles de pensée" et le sens des mots que recevaient leur milieu et leur époque. Or nous savons que le passage de la culture juive à la culture grecque dont nous sommes héritiers les a affectés de grandes différences. Si nous n'en tenons pas compte, les confusions ne peuvent manquer d'être au rendez-vous…

La "définition" évoquant trois "personnes"

Tous connaissent la "définition" du catéchisme : "un seul Dieu en trois personnes égales et distinctes"…

Il est nécessaire de préciser que ce vocabulaire ne se retrouve ni dans l'évangile, ni dans les livres bibliques. Il a été introduit lors des querelles qui ont agité les premiers siècles. Il a été emprunté à un domaine philosophique précis, étranger à la pensée chrétienne issue des origines.

Nul doute que le sens qu'il évoquait alors a permis de rectifier certaines interprétations dangereuses… Pour les anciens, le mot "personne" désignait le masque de théâtre : "per" signifie "à travers", il symbolisait donc la "résonance", l'expression d'un être "à travers" une forme sensible, immédiatement perceptible. Nous avons retrouvé des masques de joie et des masques de tristesse que les acteurs empruntaient au cours de la pièce qu'ils interprétaient. .

Mais, au cours des évolutions de civilisation ultérieures, tout en conservant la même phonétique, le mot "personne" a totalement changé de sens. Et il s'en est suivi une mutation encore plus grande concernant "l'imaginaire" que suscite son emploi courant dans la civilisation occidentale. Aujourd'hui, il est devenu synonyme d'individu. Lorsque nous parlons d'une personne, nous désignons quelqu'un de bien "typé", riche de conscience et de liberté, existant de façon autonome et séparé des autres tout en leur demeurant uni.

Référé à Dieu, il suscite l'idée de trois individualités divines, donc "l'imagination" de trois dieux, ce qui est manifestement inconciliable avec la pensée de Jésus et la pensée de la première communauté. Il est bien trop tard pour espérer endiguer ce faux-sens à moindre frais. Il est illusoire de croire que des commentaires "théoriques" sont susceptibles de rectifier un handicap devenu "naturel". D'autant plus que la plupart des "représentations" en peintures ou en vitraux accélèrent la dérive plus qu'elles ne la freinent.

Le sens moderne de personne convient parfaitement à Jésus; les sciences humaines mettent en valeur les qualités que déployait sa personnalité. Mais le mot personne ne convient plus au Père… Jusqu'à une époque récente, il était possible de "gonfler" l'imaginaire en représentant un grand vieillard jonglant dans le ciel avec les astres, ceci n'est plus possible, car nos connaissances du cosmos ont fait reculer les frontières de la création jusqu'à un point "inconcevable" par la pensée humaine; celle-ci peut admettre le grandiose, mais elle ne peut pas concevoir l'infini. Il n'est donc plus possible d'imaginer le dialogue Créateur-Jésus, Père-Fils selon le schéma simplet d'un dialogue convivial "à notre manière"… Un des "mondes" nous échappe.

La "hantise rationnelle" des siècles passés

Il ne s'agit pas de la rationalité "technique", celle qui suscite une analyse rigoureuse en vue de construire plus solide et agir plus efficacement. Cette exigence va de soi. Lorsque nous dénonçons la hantise rationnelle, il s'agit d'une tournure d'esprit, propre à l'intelligence humaine et qui pousse à vouloir appréhender de façon ultime tout domaine, y compris ceux qui échappent "par nature" à nos investigations… Et le domaine divin en est un.

Cette tendance n'est pas propre à notre époque. Mais la manière dont elle fonctionne aujourd'hui vis-à-vis de la religion risque de nous induire en erreur. Actuellement elle est source des nombreuses critiques qui sont adressées "de l'extérieur"… Mais autrefois elle a fonctionné à l'intérieur de la pensée chrétienne. Et c'est elle qui a engendré l'aspect desséché de nombreuses prières et de la plupart des dogmes…

Sous son influence, s'est produite une inversion du mouvement de la pensée évangélique. Celle-ci porte essentiellement sur deux points : le sens de Dieu et le sens de l'homme… La présentation qu'elle propose est loin d'être irrationnelle. Bien au contraire elle débusque les pesanteurs universelles qui affectent les hommes en toute civilisation. Mais celles-ci sont telles que l'appel à la raison apparaît comme une rupture avec "ce qui se dit et ce qui pense communément" sur ces deux points

La tentation est grande alors "d'amadouer" l'originalité du témoignage initial. C'est ainsi que les querelles des premiers siècles ont été obnubilées par la pensée grecque et se sont fixées sur elle plus qu'elles ne se sont référées à l'évangile. Ce qui concernait le Père s'est trouvé dilué dans les considérations philosophiques de la grandeur divine. Quant à Jésus, les mêmes pressions ont vidé peu à peu son témoignage historique de sa densité d'humanité ; sous couvert de "prouver" sa divinité, les "signes" ont été interprétés en miracles et les prophéties ont été arrachées au contexte des Ecritures.

Nous sommes loin d'être sortis de ces dérives. C'est bien ce qui complique notre situation au moment où nous échappons peu à peu à la domination de cette rationalisation à tout prix. Car, nous n'avons rien à gagner d'un faux esprit d'ouverture, Libre à nos contemporains de préférer la démonstration "rationnelle" qui aboutit au "grand architecte de l'univers", au "Maître et souverain de toutes choses", à la "froide monotonie" d'une solitude. L'approche chrétienne est différente, il nous suffit d'en rendre compte de façon intelligente pour traduire sa solidité et sa richesse.

Les trois "points de "contestation" émanant de l'affirmation "Le Père et moi, nous sommes un"…

Après ces quelques aperçus théoriques, vous aimeriez terminer votre dialogue entre amis par un "récapitulatif" moins concentré. Il faut admettre que les formules de Jean ne s'y prêtent guère en conversation courante. Mais il n'est pas le seul à s'être exprimé et rien n'interdit de faire appel à d'autres passages d'évangile.

Vous trouvez une présentation très simple lors des débuts de Jésus. Tous les auteurs concentrent sous forme symbolique les perspectives qu'ils vont décrire ensuite. (Mc 1/10 Mt 3/16 Lc 3/21 Jn 1/32) Ils le font en élargissant l'unité Père-Fils à trois éléments

1. Les cieux "se déchirent" et l'Esprit descend "comme une colombe", évocation du premier texte de la Genèse concernant la création … Ces références ne sont pas indifférentes, car nous sommes invités à faire le lien entre

a) le fait que les cieux se déchirent, donc le monde divin nous livre quelque chose de "son visage"…

b) le fait que ce visage se révèle dans une proximité et une proximité sous forme d'Esprit et non sous forme de manifestation extérieure grandiose ; les cieux ne se déchirent pas n'importe comment …

c) enfin le fait qu'il s'agit d'un acte créateur en un dynamisme que nous pouvons situer en continuité avec la première création…

2. Cet Esprit descend, repose et demeure en Jésus. C'est donc un double regard qu'il nous faut porter sur le témoignage dont les auteurs nous préciseront ensuite le détail concret : nous devons lire les actes et les paroles de Jésus à la profondeur de l'Esprit qui les dynamisent. Mais le texte nous rappelle qu'il s'agit d'un Esprit créateur, le détail concret doit être situé dans un travail de création. Il ne s'agira pas de "copier" la matérialité de ce qui a été "vu et entendu"… il s'agira de le réincarner en tous temps et en tous lieux comme un ferment…

3.  Nous ne sommes pas en présence d'un "accident" de l'histoire, d'une coïncidence qui pourrait être récupérée par la suite au titre d'une présentation sympathique… Dans la réalité de ce qui a été vécu historiquement, nous devons concentrer tout ce qui peut se rapporter à nos interrogations sur le monde divin.

a) C'est Jésus historique, "celui-ci", qui importe… celui-ci et non pas un autre, celui-ci tel qu'il a construit une existence déconcertante de simplicité, d'humanité, d'universalité… celui-ci qui a vécu notre humanité en ses "talents" comme en ses drames… celui-ci qu'aucune intervention divine n'a fait échapper à la condamnation finale…

b) C'est celui-ci qu'il nous faut situer en Fils, avec tout ce que cela remet en question sur l'approche habituelle du monde divin et les approximations que suscite "l'imaginaire" courant …

c) Cette révélation déconcertante n'est pas à situer comme une "hypothèse" parmi d'autres… Et surtout elle ne doit pas être récupérée en une "domination divine" qui soulignerait "l'écrasement humain". La clé qui en livre le fil conducteur est à situer dans la conception d'un Dieu-Amour, amour pour Jésus le bien-aimé et amour rayonné en son activité…

 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr