Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 5ème Dimanche du temps ordinaire  

 

 

Sommaire 

 

Actualité : les guérisons

Evangile : Marc 1/29-39 Guérison de la belle-mère de Pierre

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : les démons sont aussi ‘ailleurs’

Actualité : les guérisons

En lecture continue pas plus de Marc, nous n'étions pas étonnés, dimanche dernier, de voir l'évangéliste placer en tête des engagements de Jésus son activité d'enseignement. Nous ne sommes étonnés de le voir aborder en deuxième position son activité de guérison. Parole et miracles ont marqué nos esprits lors de notre première formation chrétienne et les étapes de cette présentation s'enchaînent spontanément dans nos esprits. 

Les questions concernant la réalité des guérisons et l'existence des démons sont des questions bien réelles. Elles émanent très souvent de notre environnement et il nous revient d'y répondre le plus clairement possible. Mais, de ce fait, nous risquons de concentrer notre réflexion uniquement sur elles et de ne plus "entendre" les textes d'évangile dans leur véritable portée. Il faut donc bien distinguer deux approches, à mener différemment selon nos interlocuteurs. En ce dimanche, nous nous consacrons à la pensée de Marc…

Evangile

Evangile selon saint Marc 1/29-39

une Parole mise en service de guérison

guérison en cadre communautaire : juste finalité de l'action de Jésus

Et aussitôt, sortant de la synagogue, ils vinrent dans la maison de Simon et d'André, avec Jacques et Jean

Or la belle-mère de Simon était couchée, fiévreuse et aussitôt, ils lui parlent à son sujet

Et, s'approchant, il la réveilla, lui saisissant la main et la fièvre la laissa et elle les servait

guérisons collectives en milieu juif :

1er temps : action bienfaisante de Jésus auprès des malades

Or, comme le soir était arrivé, lorsque le soleil fut couché, on amenait auprès de lui tous les mal portants et les démoniaques et la ville entière se trouvait rassemblée auprès de la porte

Et il soigna de nombreux mal portants atteints de maladies variées et il chassa de nombreux démons et il ne laissait pas parler les démons parce qu'ils savaient qui il était, lui

2ème temps : rappel de la vraie mission de Jésus, à savoir la Parole

Et, au matin, encore tout à fait nuit noire, se levant, il sortit et s'éloigna vers un lieu désert et là, il priait.

Et Simon le poursuivit et ses compagnons et ils le trouvèrent et ils lui disent : "tous te cherchent"

Et il leur dit : "Allons ailleurs, dans les bourgades attenantes, afin que, là-aussi, je proclame. C'est pour ceci que je suis "sorti"

3ème temps : poursuite de la mission en unité et équilibre Parole-guérison

et il vint en proclamant dans leurs synagogues, dans la Galilée entière et en chassant les démons

Contexte des versets retenus par la liturgie

* - Ce passage se situe en début du premier développement : après avoir insisté sur "l'autorité" qui caractérise la Parole de Jésus, Marc en expose un premier secteur d'efficacité, à savoir un service de guérison. L'évangéliste adopte son mode de présentation habituel. Un enchaînement de petits tableaux présentent les points d'impact de l'enseignement de Jésus selon une progression: "de la guérison des corps à la libération des personnes". Le centre en sera la guérison intérieure, le pardon-résurrection; le deuxième versant (en chiasme) situera en symétrie l'aspect social de ces guérisons…

* - Bien que la guérison soit le thème commun aux deux épisodes présentés aujourd'hui, il importe de saisir les différences et, en raison des changements de civilisation, il est utile de préciser certaines nuances qui peuvent échapper.

1.- La guérison de la belle-mère de Simon est opérée le jour du sabbat, puisque le groupe sort de la synagogue. C'est là bien plus qu'une précision.

Comme en témoigneront nombre de controverses entre Jésus et les docteurs de la Loi, certaines interdictions concernant le sabbat s'étendaient aux guérisons. Il s'agissait sans doute d'une extension de l'interdiction générale de "porter". Celle-ci cherchait à couper court à toute activité professionnelle dans le cadre "technique" de l'époque. Le but était louable, puisqu'il s'agissait de faire du sabbat un jour de repos et de prière, mais une application trop stricte aboutissait à de multiples anomalies. En ce qui concerne les maladies, les visites médicales à domicile n'existaient pas, le malade devait donc être "porté" auprès du guérisseur. D'où la restriction qui affectait sans nuance le jour du sabbat.

Les guérisons collectives sont opérées le jour suivant, jour où cette restriction est levée. En civilisation juive, la répartition des jours n'était pas la nôtre. Marc souligne ce changement en doublant les mentions qui le concernent : "le soir était arrivé" et "le soleil était couché". Ceux qui amènent leurs malades à Jésus respectent donc la réglementation du sabbat.

2.- La guérison de la belle-mère de Simon se réalise à la maison, dans l'intimité d'une communauté. Les amis de Jésus l'accompagnent. Dans le  symbolisme de Marc, le déplacement de la synagogue à la "maison" correspond parfaitement à l'évolution de la première communauté chrétienne. Les Actes des apôtres  témoignent qu'au lendemain de l'ascension, les apôtres partagèrent leur vie religieuse entre l'assiduité au Temple juif et "le partage fraternel du pain" dans "leurs maisons". Peu à peu, la messe va acquérir la place essentielle qui est désormais la sienne. Elle entraîna le glissement du sabbat au dimanche, jour de la résurrection.

Certaines expressions ne peuvent donc manquer d'être rapprochées de ce que nous vivons en chaque messe. La belle-mère a seulement la fièvre. Si elle est couchée, elle est loin d'être paralysée. Jésus "s'approche", réalisant la proximité du Royaume dont il a fait le thème premier de son ministère. Il "la prend par la main", instrument essentiel d'activité et d'habileté. Les deux mains se rejoignent en perspective d'un même service. Jésus la "réveille", mot grec identique à celui qui exprimera la "résurrection". Enfin, la réaction de la belle-mère demeure un modèle pour tout chrétien en réponse à l'activité de Jésus. Nous pourrions nous attendre à ce qu'elle honore celui qui vient de la relever, après tout ce serait la moindre des reconnaissances. Mais sa foi l'oriente selon la véritable optique de Jésus: "elle les servait", elle convertit sa guérison en guérison d'une communauté qui se trouvait privée de ses services.

Le lieu et l'ambiance des guérisons collectives sont très différents de ce qui précède. Elles sont opérées "auprès de la porte", porte de la maison donc porte de la communauté. A leur sujet, il est dit peu de choses sinon la multiplicité et la variété des maladies. Dans leur cadre il n'y a que les démons qui parlent et le silence leur est imposé aux réactions. Autrement dit, l'action de Jésus risque d'être mal perçue; nous retrouvons l'ambiguïté qui faussait l'autorité qui se dégageait de l'enseignement à la synagogue.

3.- Marc suggère cette ambiguïté dans la recherche qu'il attribue au groupe collectif à la suite de cette soirée. Jésus ne condamne pas la réaction de personnes en détresse. Pourtant, elle se présente en "tentation", en "épreuve" pour lui. La phrase qui conclue ce temps de réflexion marque plus qu'une rupture, elle coupe court à toute "récupération".

Nous risquons de mal percevoir la portée de ce séjour, au petit matin, "dans un lieu désert". Nous sommes victimes de l'erreur de datation qui persiste à propos de l'évangile de Matthieu. Nous avons tendance à aborder Marc comme résumant Matthieu alors que l'influence est inverse. Matthieu met en ordre ce que Marc nous livre en expression apparemment "spontanée". Au début de son œuvre, Marc n'a pas "détaillé" ce qu'il nous fallait mettre derrière la mention "mis à l'épreuve par le Satan" lorsque Jésus avait été "poussé au désert" par l'Esprit. Il ne renonce pas à  le préciser, mais il choisit une autre méthode: il  "distille" dans le concret les trois pôles que nous trouvons "en théorie" chez Matthieu et chez Luc.

Il suffit de prêter attention à l'orientation que précise Jésus à la  fin de ce passage: "allons dans les bourgades attenantes afin que, là-aussi, je parle; c'est pour cela que je suis sorti". Elle se situe en écho à la phrase bien connue: "ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu".

Il est donc abusif de broder un commentaire de ces versets en évoquant la prière "en général" C'est ne rien comprendre au vrai problème qui se pose à Jésus. Priorité doit être donnée à la Parole, c'est pour cela que Jésus est "sorti" du monde de Dieu pour prendre place dans le monde des hommes, c'est là sa mission essentielle. Elle implique un choix qui ne va pas de soi, d'où la mention d'une réflexion personnelle En grec, le mot "prière = pros-euchomai" intègre l'idée de proximité, de "ressourcement dans l'Esprit". Les prières solitaires de Jésus accompagnent toujours des décisions ou des événements importants.

* Il est également intéressant de repérer le mouvement d'extension qu'il est possible de détecter au long de ce passage. Il correspond au mouvement habituel de la composition en chiasme dont nous parlions dimanche dernier, mais, en anticipant quelque peu sur les sujets que Marc aborde ensuite dans le même développement, on en perçoit la "technique" et l'utilité.

Ici, l'extension est d'abord "géographique". On passe de la synagogue à la maison… puis de la maison à la place qui est "devant la porte"… au matin, on s'éloigne "vers un lieu désert… enfin on parcourt la Galilée entière… Mais cette extension comporte également une dimension "verticale".

Un indice devrait nous alerter. Lorsqu'il parcourt la Galilée, Jésus semble abandonner l'objectif des guérisons. Il ne garde que la proclamation et l'expulsion des démons. La portée de cette dernière activité risque de nous échapper en raison des évolutions de civilisation et surtout de la caricature dont le Moyen Age a habillé les démons. Il suffit pourtant d'anticiper les épisodes qui suivront et sur lesquels nous réfléchirons au cours des prochains dimanches. Il est certain que notre "réflexe moderne" ne nous pousse pas à qualifier de "démoniaques" les sujets auxquels Jésus s'attaque, mais nous ne pouvons nier la gravité des handicaps qui s'y manifestent et surtout leur permanence en tous temps et en tous lieux.

La guérison du lépreux prendra à contre-courant les multiples exclusions dont souffrent la majorité des sociétés. La discussion sur le pardon des péchés ouvrira la perspective de résurrection qui manque si souvent aux discours sur ce thème. Le repas avec les publicains amplifiera cette vision du salut apporté par Jésus. Quant aux "œuvres" et "aux lois" religieuses", le "démon" de leur priorité devra céder sa place au bénéfice de la libération totale que Jésus fixe au terme de son engagement en Parole…

* Quelques précisions complémentaires

Pour tout ce qui concerne les démons, nous reportons aux précisions apportées au dimanche précédent, 4ème dimanche ordinaire.

Pour les anciens, la fièvre n'était pas un symptôme mais une maladie. Les écrits bibliques en parlent comme d'une calamité qui frappe ceux qui n'écoutent pas Dieu et ne mettent pas ses commandements en pratique. (Lévitique 26/16 repris par Deutéronome 28/21)

Piste possible de réflexion : les démons sont aussi "ailleurs"…

La portée des guérisons au temps où Marc écrit (vers 66)

1. Au temps de son ministère "historique", Jésus a eu une activité de "guérisseur", cela ne fait aucune doute. Il a mené cette action en référence à la mentalité de son temps. Il a "démarré" à la manière des guérisseurs qui opéraient autour de lui, sans autre originalité que celle de la gratuité.

Avec le recul, nous percevons le témoignage de profonde humanité qu'il tenait à inscrire comme signe de sa messianité. Mais rares ont été ceux et celles qui l'ont perçue à cette profondeur. Pouvait-il en être autrement à cette époque ? Dans le cadre culturel des foules de Palestine, il était impossible de satisfaire une quelconque "curiosité" scientifique, que ce soit au niveau de la maladie elle-même ou au niveau du mode de guérison. D'où un désintérêt à l'égard des conditions pratiques et un report "sur Dieu" de toute efficacité, quel que soit l'intermédiaire qui réalisait cet acte de bienveillance.

Malgré ses efforts, Jésus eut beaucoup de mal pour éviter toute récupération par les foules. Cette réserve ne fut pas comprise. Ce faisant, il semblait aller à l'encontre des espérances messianiques qui évoquaient la disparition de toute maladie. Il eut encore plus de mal pour faire évoluer les esprits en rectifiant l'ambiance de culpabilisation qui pesait sur tout handicap. Dans l'immédiat historique, il a pratiquement échoué sur ce point.

2. Au temps de la rédaction des évangiles, la question se posait tout autrement. L'efficacité du guérisseur historique s'estompait dans les résultats. Il apparaissait également que le changement radical des conditions de vie pratique n'avait pas été le but immédiat de Jésus, ni en son ministère palestinien, ni même après sa résurrection. Par ailleurs, la fin des temps ne semblait pas intervenir.

C'est là que nous pouvons situer la valeur et l'originalité des écrits apostoliques, ils nous font bénéficier du prodigieux travail de mémoire et d'intelligence sur lequel s'appuie notre foi. La vie historique de Jésus était encore présente dans les esprits sous forme de souvenirs vivaces. Elle devint alors le "centre" qui s'impose, que ce soient les paroles, les actions et, parmi elles, l'activité de guérison. Ce point de référence devint en même temps un "point de contrôle", permettant de rectifier les interprétations les plus diverses qui risquent d'être avancées "au nom de l'Esprit"…

Nous pouvons reconnaître aux auteurs comme Marc le grand mérite d'avoir su tenir "les deux bouts de la chaîne". Il n'était pas question pour eux de nier cette activité historique ou de la déformer; tout l'édifice aurait alors reposé sur le sable. Mais il était tout aussi nécessaire de l'expliciter en fonction des temps "nouveaux" de l'Eglise. Son dynamisme s'était exprimé dans le cadre de conditions historiques particulières qui l'avaient authentiquement incarnée, il importait de faciliter son rayonnement tandis qu'elle commençait à éclater en dimension universelle.

3. Malgré les timides avancées du monde grec, il faudra attendre des siècles avant que l'évolution des connaissances médicales donne naissance aux réactions actuelles vis-à-vis des maladies et des techniques de guérison. Il y a donc bien dans les évangiles une méconnaissance ou des erreurs par rapport au diagnostic que nous ferions aujourd'hui. Mais il y a tout autant un appel pressant à ne pas "copier" servilement une civilisation qui allait disparaître quelques années plus tard. En "filtrant" les souvenirs et en y joignant le mûrissement qui s'était déjà opéré, les auteurs se savaient incapables de fournir la précision d'une vidéo. Ils en appelaient à l'intelligence sur un autre plan, celui du sens.

Le symbolisme s'est alors révélé comme un merveilleux instrument pour suggérer la portée de ce qui avait été vécu. Ce genre littéraire était familier à la pensée juive lorsqu'elle relisait son histoire et Jésus y avait souvent recouru pour mieux se faire comprendre. En activité de guérison, cette présentation va jouer à fond. Il est possible d'en voir les bienfaits à plusieurs niveaux.

1. De façon manifeste, Jésus avait voulu être présent auprès des plus accablés parmi nos frères en humanité. Pour les premiers chrétiens, il ne pouvait en être autrement alors que sa résurrection le situait "avec nous, tous les jours jusqu'à la fin des temps".

2. En dissociant le lien entre maladie et péché Jésus avait évoqué une voie nouvelle. Certes, la majorité de ses contemporains y était restée insensible mais elle faisait son chemin en milieu chrétien.

3. Certaines maladies, rencontrées effectivement par Jésus en Palestine, se retrouvent à toute époque. Plusieurs ont fini par acquérir une double signification. Elles désignent des maux physiques mais elles suggèrent également des pesanteurs morales ou spirituelles. Ainsi en est-il de la paralysie; de l'aveuglement, de la surdité, de la lèpre. Il suffit de comparer les évangiles avec les textes anciens pour repérer cette sélection et convenir qu'elle y figure en faible dose: deux guérisons d'aveugles, deux guérisons de lépreux, quatre cas de paralysie…

4. Au cours de sa vie publique, Jésus n'avait pas laissé de thérapies spéciales pour guérir les victimes matérielles. Pourtant son "efficacité", morale et spirituelle, avait été indéniable. Par ailleurs, nul ne pouvait contester qu'elle était restée humaine. Après sa résurrection, la réflexion se portait donc sur la manière qu'il avait adoptée pour "être et agir" au milieu de ses contemporains. La Parole avait joué un grand rôle selon le style de l'époque, mais elle avait été associée et avait donné sens à une multitude de contacts humains. Il n'y avait pas de "recettes" à tirer du passé mais des "lignes de force" en ressortaient. Selon la présentation familière à cette époque, certains signes comme la salive, certains gestes comme "prendre par la main" prirent alors le pas sur d'autres détails en raison du symbolisme dont ils étaient porteurs…

Les auteurs évangéliques incorporèrent à leurs œuvres les récits de guérison dans la forme où ils les trouvaient. Tels quels, ces souvenirs n'auraient été qu'anecdotiques ou n'auraient concerné qu'un petit groupe d'amis privilégiés. Ils se seraient sans doute perdus dans le flot des littératures postérieures. La référence à d'anciens textes bibliques avait déjà enrichi la réflexion qu'ils suscitaient. Mais, l'audace des évangélistes les arracha au passé et leur donna une pleine actualité au delà de la faible influence qu'ils avaient pu revêtir en Palestine durant les années 28-30.

Premier "point fort" du texte de Marc : priorité à la guérison dans la communauté

Le passage de ce dimanche donne priorité à une guérison en cadre communautaire. La guérison se réalise "à la maison", dans l'intimité du groupe qui accompagne désormais Jésus. Elle concerne la belle-mère de Pierre et, chez Marc, elle ouvre une nouvelle activité de Jésus. Car, auparavant il n'a été fait aucune mention d'une initiative en faveur des malades.

Il n'est pas question de "démons", il est simplement question de "fièvre". La belle-mère est couchée et le groupe s'en trouve affecté puisque ses amis "lui parlent d'elle". Jésus "s'approche", réalisant la proximité du Royaume dont il a fait le thème premier de son ministère. Il ne lui "impose pas les mains", il "la prend par la main", instrument essentiel d'activité et d'habileté. Les deux mains se rejoignent en perspective d'un même service. Jésus la "réveille", mot grec identique à celui qui exprimera la "résurrection". Enfin, la réaction de la belle-mère demeure un modèle pour tout chrétien en réponse à l'activité de Jésus. Nous pourrions nous attendre à ce qu'elle honore celui qui vient de la relever, après tout ce serait la moindre des reconnaissances. Mais sa foi l'oriente selon la véritable optique de Jésus: "elle les servait", elle convertit sa guérison en guérison d'une communauté qui se trouvait privée de ses services.

Cette guérison est présentée en outre comme intervenant "le jour du sabbat". Bien entendu, nous pouvons l'inscrire parmi les controverses qui opposeront sur ce sujet Jésus et les docteurs de la Loi. Elle anticipe le verset bien connu qui figure en symétrie de cet épisode: "le sabbat a été fait pour l'homme et non pas l'homme pour le sabbat". Mais, lorsque Marc écrit, comment ne pourrait-il pas suggérer le rapprochement avec la messe?… Le glissement s'était déjà opéré du samedi au dimanche, jour de la résurrection. Et, dès les premiers temps, la fraction du pain avait prit place en centre vital de la communauté. Ce temps privilégié était devenu celui de la rencontre, Jésus prenait place dans la communauté, libérant ses amis de leurs fièvres et leur inspirant une orientation de service à la lumière de son engagement passé.

Sans en conclure à un privilège en notre faveur et sans réduire la messe à un perpétuel pardon de nos fautes, comment ne pas rapprocher, nous aussi, cet épisode du temps fort que nous vivons, chaque semaine, en communauté et que menace l'usure de l'habitude ?

Deuxième "point fort" du texte de Marc : le rayonnement du mouvement de guérison

Les différences de présentation entre la guérison de la belle-mère de Pierre et les guérisons collectives sont nombreuses. Celles-ci sont opérées le jour suivant, jour où les interdits étaient levés. Marc tient à souligner ce changement en précisant que: "le soir était arrivé" et "le soleil était couché", signes qui servaient de repères pour les juifs. Ceux qui amènent leurs malades à Jésus respectent donc la réglementation du sabbat.

Le lieu et l'ambiance ne sont pas les mêmes que précédemment. "La ville entière" se presse "auprès de la porte", porte de la maison donc porte de la communauté. Il est dit peu de choses en ce qui concerne les maladies sinon leur multiplicité et leur variété. Il est également dit peu de choses sur Jésus. C'est lui qui soigne, ce qui suppose qu'il sort de la maison. Son attitude traduit essentiellement la pitié qu'il ressent face à ces détresses. Le préalable de la foi n'est même pas évoqué de la part des malheureux ou de ceux qui les amènent. L'activité de guérison ne s'en trouve pas restreinte, elle bénéficie à de nombreux "mal portants" sans limitation d'efficacité.

Pourtant une certaine gêne s'exprime dans le fait qu'il ne parle pas. Ce sont les démons qui réapparaissent et tentent de parler. Nous retrouvons l'ambiguïté sur laquelle s'était conclu l'enseignement à la synagogue et sur laquelle l'évangéliste reviendra dans l'épisode suivant.

Cette présentation s'appuie sur une activité importante du ministère de Jésus. Au temps de Marc, elle rappelait la première activité des disciples selon la présentation des Actes des Apôtres. Au lendemain de la Pentecôte, Pierre guérira dans des conditions semblables "un infirme que l'on déposait chaque jour à une porte du Temple pour demander l'aumône". Il ne lui sera pas demandé quelle est sa foi et, lors de la discussion qui s'ensuivra avec comparution devant le Sanhédrin, Pierre fermera la bouche aux détracteurs qui voudraient lui imposer silence

Tel que nous le connaissons, nous ne trahissons pas la pensée de l'auteur en lui donnant sa portée symbolique actuelle. Tout au long de la semaine, nous aussi, nous trouvons "à la porte" de nos existences des infortunés. Notre engagement est amené à se prolonger. Partant de la réaction de la belle-mère qui servait la communauté, il nous faut répondre à tous les besoins qui nous sollicitent sans trop vouloir en faire une évangélisation immédiate.

Troisième "point fort" du texte de Marc : alerte sur les méprises

Malgré les alertes discrètes que l'évangéliste glisse dans les guérisons collectives, l'épisode du petit matin risque de nous surprendre. Plus exactement, nous risquerions d'en faire une simple parenthèse annonçant une deuxième étape du ministère de Jésus. Il nous faut au contraire saisir le lien avec ce qui précède et avec ce qui suit. Il est abusif d'en tirer un enseignement global sur la prière. Comme toujours chez Marc, la prière intervient lorsque la décision est délicate et c'est bien cette ambiguïté qu'il nous faut percevoir.

Nous avons là, chez Marc, l'équivalent de ce que nous appelons la première tentation chez Matthieu et chez Luc. Au début de son œuvre, lorsque Jésus avait été "poussé au désert" par l'Esprit, Marc n'avait pas "détaillé" ce qu'il nous fallait mettre derrière la mention "mis à l'épreuve par le Satan". Il ne renonce pas à nous le préciser, mais il choisit une méthode très concrète: il "distille" les trois pôles que nous trouvons "en théorie" chez Matthieu et chez Luc; nous avons là le premier pôle. Il suffit de prêter attention à l'orientation que précise Jésus en fin de ce passage: "allons dans les bourgades attenantes afin que, là-aussi, je parle; c'est pour cela que je suis sorti". Cette phrase est l'écho de la réponse bien connue: "ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu".

Notre expérience pratique nous permet également de comprendre ce que, de notre point de vue, nous pouvons situer en "tentation", en "épreuve" pour Jésus. Il est légitime de penser qu'elle menaçait moins la décision de Jésus qu'elle ne menaçait la réaction des apôtres. Non sans raison, ce sont eux que l'évangéliste met en scène et ce sont à eux que Jésus précise une hiérarchie d'activité.

Jésus pouvait se construire une certaine popularité en répondant positivement - et gratuitement - aux besoins de ceux qui l'entouraient. Sans parler de "récupération facile", ce pouvait être effectivement une "méthode"; elle aurait consisté à s'appuyer sur cet enthousiasme populaire malgré ses confusions et à chercher ensuite à l'orienter "dans le bon sens". Ne parlons pas trop vite de l'illusion que porte cette orientation. Cette "fausse solution" est souvent évoquée pour justifier nombre de pastorales dites modérées…

La portée de l'épisode n'a donc rien perdu de son actualité dans la vie de l'Eglise comme dans tout engagement humain. Il n'est pas facile de tenir l'équilibre entre le service de guérison et la mission de prédication. Pourtant la réponse de Jésus fait plus que déjouer ces pièges, elle va plus loin qu'une simple lucidité à leur égard. C'est ce dernier point que Marc nous suggère en réponse à une interrogation qui prend de plus en plus d'ampleur dans les mentalités actuelles. Ces mêmes besoins ne nécessitent-ils pas une action et une réflexion en profondeur pour en attaquer les causes ?

Quatrième "point fort" de la suite du texte de Marc ; les "démons" sont aussi ailleurs…

La brièveté de présentation, propre à Marc, risque d'estomper une particularité que nous pouvons déceler dans la fin de notre passage. Jésus recentre son activité sur la "proclamation de la Bonne Nouvelle"; "il proclame dans les synagogues", mais il poursuit également "l'expulsion des démons".

De façon générale, nous éprouvons beaucoup de difficultés à comprendre le symbolisme des références aux démons. Nous le limitons généralement aux maladies et c'est bien en ce sens que nous pouvions entendre les guérisons collectives. Mais les anciens donnaient au mot "démon" un symbolisme beaucoup plus large, il s'agissait des multiples forces qui s'opposaient à Dieu et, ce faisant, s'opposaient aux rapports de Dieu avec les hommes.

Marc a d'abord parlé d'une extension "géographique". Jésus est passé de la synagogue à la maison… puis de la maison à la place qui est "devant la porte"… au matin, il s'éloigne "vers un lieu désert… enfin il parcourt la Galilée entière… Mais cette extension comporte également une dimension "verticale".

Sue ce point, le découpage liturgique risque de nous desservir, car il introduit une impression de rupture entre les différents épisodes. Il nous faut donc anticiper les prochains dimanches pour saisir la continuité "logique" qui s'amorce dans le dernier verset d'aujourd'hui. Depuis la prédication dans la synagogue, l'évangéliste tient à nous présenter un premier secteur "d'activité messianique" où Jésus témoigne des trois qualités qui dominent son engagement; humanité, efficacité et universalité. L'auteur se propose "d'enchaîner" certains épisodes plus significatifs qui illustre la progression "de la guérison des corps à la libération des personnes".

Après notre passage, il va poursuivre. La guérison du lépreux prendra à contre-courant les multiples exclusions dont souffrent la majorité des sociétés. La discussion sur le pardon des péchés ouvrira la perspective de résurrection qui manque si souvent aux discours sur ce thème. Le repas avec les publicains amplifiera cette vision du salut apporté par Jésus. Quant aux "œuvres" et "aux lois" religieuses", le "démon" de leur priorité devra céder sa place au bénéfice de la libération totale que Jésus fixe au terme de son engagement en Parole…

Il est certain que notre "réflexe moderne" ne nous pousse pas à qualifier de "démoniaques" les sujets auxquels Jésus va s'attaquer, mais nous ne pouvons nier la gravité des handicaps qui s'y manifestent et surtout leur permanence en tous temps et en tous lieux. Extérieurement, l'activité de Jésus va prendre l'aspect de controverses et nous n'avons pas tort de mentionner l'importance de sa Parole, mais celle-ci "trace" simultanément une nouvelle route, elle creuse la voie étroite qui propose une "libération" combien plus profonde.

Nous y reviendrons, mais, ne serait-ce que pour rendre hommage à la cohésion de pensée de notre évangéliste, c'était la moindre des choses que de le signaler.

Mise à jour le Samedi, 07 Février 2015 10:54
 
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