Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 2ème Dimanche du temps ordinaire  

 

 

 

 Sommaire

 

 

Actualité : la formation du groupe des apôtres

Evangile : Jean 1 35/51

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : l'aventure personnelle et communautaire de la foi…

Actualité

Les textes d'évangile d'aujourd'hui et de dimanche prochain se présentent vraiment en textes de départ pour une nouvelle année. Ils traitent de la formation du groupe des apôtres autour de Jésus mais, à cette place, nous percevons bien qu'il ne s'agit pas pour les auteurs de nous livrer un enseignement sur la hiérarchie dans l'Eglise. Ils en reviennent à la foi initiale, celle qui nous concerne tous, celle que nous partageons entre nous, celle dont nous désirons témoigner au milieu de nos contemporains.

Au premier abord, les deux présentations ne sont pas concordantes. En lisant celle de Jean, nous pouvons constater qu'elle bouleverse le schéma classique qui a fini par prévaloir dans les esprits, schéma qui présente un départ fulgurant des apôtres en réponse à un "appel" de Jésus. Nous reviendrons sur cette interprétation dimanche prochain en réfléchissant au texte de Marc. Mais il est évident qu'ici l'ambiance est fort différente.

Il n'est pas dans notre propos d'opposer les évangélistes entre eux, mais de bien les situer les uns par rapport aux autres. Les derniers auteurs connaissaient les traditions sur lesquelles s'appuyaient leurs prédécesseurs et surtout les commentaires qui en étaient faits. S'ils corrigent la présentation initiale en un sens qu'il est facile de repérer, c'est pour prévenir tout faux-sens…

Evangile

Evangile selon saint Jean 1/35-51

La semaine inaugurale - troisième jour. Le lendemain,

1°. sous l'influence du Baptiste, adhésion d'André et de Jean (le futur apôtre)

de nouveau, Jean-Baptiste se tenait là, et deux de ses disciples. Et regardant Jésus qui passait, il dit : " Voici l'Agneau de Dieu ".

Et les deux disciples l'entendirent et suivirent Jésus.

Jésus, s'étant retourné et les ayant vu suivre, leur dit : "Que cherchez-vous ?". Eux lui dirent : " Rabbi - ce qui se dit, étant traduit : Maître - où demeures-tu ? "

Il leur dit : " Venez et voyez "

Ils vinrent donc et ils virent où il demeurait et ils demeurèrent près de lui ce jour-là. C'était environ la dixième heure (vers quatre heures du soir).

2°. sous l'influence d'André, adhésion de Simon-Pierre

André, le frère de Simon-Pierre, était un des deux qui avaient entendu de Jean et l'avaient suivi.

Celui-ci rencontre en premier son frère Simon et lui dit : " Nous avons trouvé le Messie " - c'est-à-dire, étant traduit : Christ

Il le mena à Jésus.

L'ayant regardé Jésus dit : "Tu es Simon, le fils de Jean : tu t'appelleras Céphas - ce qui se traduit : " pierre ".

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Il est indispensable de prendre connaissance des versets concernant le "quatrième jour". Celui-ci concerne Philippe et Nathanaël, mais, hormis l'appel "direct" de Philippe, son déroulement est semblable à celui du jour précédent.

1°. appel direct de Philippe

Le lendemain, il voulut partir pour la Galilée et il rencontre Philippe; et Jésus lui dit : " suis-moi!". Or Philippe était de Bethsaïde, de la ville d'André et de Pierre

2°. sous l'influence de Philippe, adhésion de Nathanaël

Philippe rencontre Nathanaël et lui dit : " Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, et les Prophètes, nous l'avons trouvé : Jésus fils de Joseph, de Nazareth "

Et Nathanaël lui dit: " De Nazareth, peut-il y avoir quelque chose de bon ? Philippe lui dit : " Viens et vois. "

Jésus vit Nathanaël venant à lui, et il dit à son sujet: " Voici vraiment un israélite en qui il n'y a pas de ruse."

Nathanaël lui dit : " D'où me connais-tu ? " Jésus répondit et lui dit: "Avant que Philippe ne t'appelle, comme tu étais sous le figuier, je t'ai vu".

Nathanaël lui répondit : " Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le Roi d'Israël ".

Jésus répondit et lui dit: "Parce que je t'ai dit: je t'ai vu sous le figuier, tu crois ? Tu verras de plus grandes choses que cela." Et il lui dit: " En vérité, en vérité, je vous dis: vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant au-dessus du Fils de l'homme."

* Il est également indispensable de prendre en compte l'épisode précédent pour mesurer la densité dont le Baptiste affecte la référence "Agneau de Dieu". En la reprenant "le lendemain", il est évident qu'il suppose connues les précisions antérieures lorsqu'il désigne Jésus sous ce titre.

Voici donc le texte du quatrième évangile au "deuxième jour" : "Jean voit Jésus venir vers lui et il dit: "Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde". C'est de lui que j'ai dit: derrière moi vient un homme qui est passé devant moi parce qu'avant moi il était…

Moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser, celui-là m'a dit: Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur lui, c'est lui. Et moi j'ai vu et je témoigne que celui-ci est l'Elu de Dieu."

Nous reviendrons sur cette expression chez Jean, car l'ambiance de notre passage est commandée par le sens que l'on donne à la phrase "qui enlève le péché du monde". En la reliant trop étroitement au serviteur souffrant d'Isaïe, elle pré-oriente le départ des apôtres à la suite de Jésus. Une perspective beaucoup plus vaste est tout aussi cohérente avec la pensée que l'évangéliste Jean précise dans la suite de son œuvre.

* Après le prologue qui ouvre son évangile, Jean construit une "semaine inaugurale". Ceci ressort des précisions "le lendemain" qui rythment l'ensemble. Pour dominer l'impression de complexité qui peut affecter une première lecture, il faut dire quelques mots de cette composition:

Le premier jour aborde sans préambule le témoignage de Jean avant sa rencontre avec Jésus. Deux questions émanent des prêtres et des lévites et introduisent deux thèmes complémentaires: Jean n'est pas le Christ, il lui prépare le chemin… le baptême qu'il propose est lié à l'imminence de sa manifestation…

Le deuxième jour est centré sur la désignation directe de Jésus comme Messie selon le Serviteur d'Isaïe. L'auditoire n'est pas précisé. Le "signe" déterminant pour Jean a été celui de la "descente" et de la "demeure" de l'Esprit en Jésus.

Le troisième jour fait le relais entre Jean-Baptiste et les deux premiers disciples, Jean et André. Ceux-ci bénéficient de l'annonce du Baptiste, mais ils sont invités à la traduire en découverte personnelle: "Venez et voyez". Au cours de la même journée (selon Jean) André amène à Jésus son frère Simon.

Le quatrième jour envisage à la fois un départ pour la Galilée et l'appel de nouveaux disciples. Philippe et Nathanaël rejoignent le premier groupe. La démarche reste la même : "Viens et vois".

Le septième jour "épanouit cette semaine en symbolisme des noces à Cana.

Hormis le dernier jour, il apparaît difficile de faire correspondre les thèmes retenus pour chacune de ces étapes avec les activités décrites au livre de la Genèse. Pour rappel concernant le texte biblique: 1. production de la lumière… 2. création du firmament et séparation des eaux… 3. émergence de la terre et apparition des herbes et des arbres… 4. création des astres… 5. création des animaux aquatiques et des oiseaux… 6. création des animaux domestiques, des bêtes sauvages, des reptiles et du premier couple humain… 7. repos divin…

Il est facile de remarquer que les "jours" du quatrième évangile "s'accrochent" les uns aux autres. Les thèmes du premier sont repris au deuxième… la désignation du deuxième à propos de l'Agneau de Dieu est reprise au troisième… par le biais de sa ville d'origine, Philippe est relié à André et Pierre… enfin tous les disciples sont invités à Cana.

* Dimanche prochain, le passage retenu par la liturgie concernera également le départ des apôtres à la suite de Jésus. La présentation sera celle de Marc, adoptée telle quelle par Matthieu.  Cet "ordre" aurait besoin d'être inversé. Car il est évident que Jean s'appuie sur les évangélistes qui ont écrit avant lui et approfondit leur réflexion.

Pour pallier à cette difficulté, voici les deux schémas différents adoptés par les auteurs:

Marc et Matthieu: 1. Jésus rencontre le futur disciple occupé à son métier… 2. il l'appelle, d'un mot: "Suis-moi"… 3. abandonnant tout, le nouveau disciple "suit" Jésus… Il sera donc possible d'insister sur l'évolution personnelle qu'ont opéré les apôtres durant les années de vie commune avec Jésus.

Jean: 1. un témoin qualifié proclame sa foi en Jésus… 2. le futur disciple se trouve mis en contact personnel avec Jésus… 3. le nouveau disciple atteste à son tour sa foi en Jésus… L'auteur ne rapporte pas d'autre récit de vocation. Il ne fait qu'évoquer indirectement le choix des Douze (6/67) et omet les recommandations pour la mission. Il "centre" sur le fait que la foi est adhésion à la personne de Jésus, même si l'ambiance communautaire joue un rôle dans cette rencontre.

L'Agneau de Dieu qui "enlève le péché du monde"

Il nous faut examiner séparément l'image de l'agneau et l'orientation de son activité.

La comparaison de Jésus avec un "agneau" est amplement utilisée dans l'Apocalypse. Pourtant elle est absente chez Marc et Matthieu. Luc ne l'applique pas à Jésus mais aux envoyés. "Je vous envoie comme des agneaux au milieu de loups" (10/3). Quant à Jean, en dehors du passage que nous venons de lire, il la réserve aux chrétiens lorsque Jésus donne mission à Pierre de "paître ses agneaux".

Il ne fait aucun doute que les citations de l'Apocalypse évoquent le drame de la croix en précisant "agneau égorgé". Elles empruntent l'image au livre d'Isaïe lorsqu'il présente les souffrances du Serviteur (chap. 53)."On le maltraite et lui se soumet… semblable à l'agneau qu'on mène à la tuerie…" La finalité du sacrifice s'éclaire de cette référence: "Il a été transpercé à cause de nos péchés… Dieu a fait retomber sur lui la perversité de nous tous… Parce qu'il s'est dépouillé lui-même jusqu'à la mort et qu'il a porté la faute de beaucoup, il intercédera pour les pécheurs…"

Marc et Matthieu évoquent la même idée en dehors de l'image de l'agneau. "Le Fils de l'homme est venu pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude". (10/45). Avant eux, Paul avait largement contribué à reporter sur Jésus les modèles de pensée que les juifs adoptaient en parlant des sacrifices du Temple. "Jésus nous a lavés de nos péchés par son sang" "justifiés dans son sang nous serons sauvés par lui de la colère" (Romains 5/9).

En raison de son emploi liturgique, le mot "Agneau de Dieu" est le plus souvent lié au "pardon des péchés particuliers". Il projette en Dieu une conception assez étroite de la justice, mais nul ne s'en trouve choqué. Sans contredire cette perspective de pardon, la pensée de Jean oriente notre réflexion dans un autre sens. Il suffit de prêter attention au singulier "le péché du monde" et à la manière dont l'auteur conçoit qu'il est "enlevé".

L'évangéliste s'exprime sur cette question en de nombreux passages, particulièrement lorsqu'il situe Jésus comme lumière des hommes. Pour lui, le péché du monde réside essentiellement dans le fait de rejeter le Christ, de ne pas le reconnaître comme l'envoyé de Dieu, de refuser son enseignement. Le rejet de Jésus implique le rejet de Dieu. Jésus a "enlevé" ce péché en apportant la vraie connaissance de Dieu et de sa Parole. Par son témoignage et son enseignement, il a fait reculer les ténèbres inhérentes à la condition humaine.

Piste possible de réflexion : l'aventure personnelle et communautaire de la foi…

L'adhésion de la foi selon Jean

Le mot "apôtre" est absent du vocabulaire de Jean. Dans la suite de son évangile, il ne rapportera pas d'autre récit concernant l'adhésion d'un nouvel apôtre. Il évoquera leur choix en fin du discours sur le pain de vie mais ne donnera aucun détail. L'expression "les Douze" intervient sans autre explication. De même il donnera peu de détails sur la vie commune et passera sous silence les recommandations qui leur ont été faites pour la mission. Il attire donc notre attention sur leur foi initiale, entendue comme adhésion à la personne de Jésus en intimité vécue.

Mais, pour l'évangéliste, cette foi n'a pas jaillie comme par miracle. Il attire donc notre attention sur le cheminement initial et nous invite à l'analyser. Ce cheminement n'a pas seulement concerné quelques "privilégiés". Pour nous en convaincre, Jean présente selon le même schéma une deuxième "vague" d'adhésions à Jésus et il la fait intervenir "le lendemain". Malheureusement, la liturgie a coupé ce deuxième ensemble alors que la similitude en est la clé. En voici donc l'essentiel.

Il s'agit en premier de Philippe. Au moment où Jésus le rencontre, le groupe remonte vers la Galilée, région qui semble être celle de Philippe puisqu'il est mentionné comme étant "de Bethsaïde", village au Nord du lac. Jésus lui dit: "suis-moi". La réponse de l'intéressé n'est même pas évoquée car tous en connaissent l'orientation positive. L'évangéliste insinue cependant une familiarité avec les disciples qui ont marqué la première rencontre. Il précise que le village de Bethsaïde était celui d'André et de Pierre, ce qui n'est pas tout à fait exact selon d'autres sources.

Philippe rencontre Nathanaël. Il lui exprime sa foi nouvelle en deux perspectives complémentaires. Il a trouvé "Celui dont Moïse a écrit dans la Loi et les Prophètes" et il l'a trouvé en la personne de Jésus, fils de Joseph, de Nazareth. Nathanaël semble être un bon connaisseur des Ecritures. L'humanité de Jésus fils de Joseph ne va pas systématiquement à l'encontre des espérances messianiques, mais la simplicité qu'évoque Nazareth remet en question leur application à Jésus. "De Nazareth, peut-il y avoir quelque chose de bon". Nulle part, en effet, Nazareth ne figure dans les écrits traditionnels.

Dans la réaction de Philippe, nous trouvons la pensée de l'évangéliste, car il ne fait que répercuter la phrase même que Jésus adressait à ses premiers amis: "Viens et vois". Il lui donne ainsi toute son importance parmi les étapes décisives à la naissance de la foi.

Il va encore plus loin en esquissant les points importants du dialogue entre Jésus et Nathanaël. Jésus ne retient pas les hésitations de l'intéressé, il met en valeur deux de ses qualités, l'une s'applique à sa formation, "voici un vrai israélite" et il bénéficie pleinement des valeurs juives, il est "sous le figuier" qui en est le symbole… l'autre s'applique à son caractère, en lui il n'y a pas de "ruse", de faux-fuyants comme ceux que Jésus rencontrera plus tard. C'est ainsi que Jésus "connaît" Nathanaël, personnellement et positivement.

La réponse de Nathanaël est tout aussi instructive. Comme les autres apôtres, Nathanaël "demeurera" avec Jésus et fondera sur cette intimité son témoignage. Mais celui-ci dépassera ce partage et débouchera sur la foi en la résurrection. "Tu verras de plus grandes choses que cela. Vous verrez le ciel ouvert et le Fils de l'homme accueilli dans sa gloire".

La diversité de la foi selon saint Jean

L'épisode de Philippe et de Nathanaël ne fait que confirmer ce qui ressort de la rencontre entre Jésus et les trois premiers disciples: André, Pierre et celui que nous soupçonnons être le témoin privilégié, Jean l'apôtre, inspirateur sinon écrivain direct de ces versets.

Il n'est pas interdit de retirer de ces versets plusieurs impressions "sentimentales" qui sont loin d'être méprisables. L'ambiance est en effet marquée de simplicité et de spontanéité, d'amitié et de confiance mutuelle. Elle est dominée par un profond respect de la liberté de l'autre… en un mot elle se présente en ambiance sympathique et épanouie qui contraste avec ce que beaucoup considèrent comme une rencontre "religieuse". Si nous réservons ces impressions en conclusion, c'est que la présentation de la foi chrétienne a été souvent enlisée dans des considérations qui, par nature, sont personnelles. Peut-être est-il profitable "d'entrer dans ce texte" sous l'angle "historique". La recommandation "venez et voyez" le concerne directement.

Ce texte est d'abord porteur d'une "historicité directe". L'évangéliste ne nous raconte pas une belle histoire, il ne nous décrit pas une entrée "céleste", il nous rapporte des faits. Nous n'inventons pas en soulignant certaines "évidences":

1. au départ, Jésus a accueilli plusieurs cheminements, la diversité des présentations ne s'appuie pas sur une motivation littéraire, ni même sur l'organisation ultérieure, puisque, au départ, c'est André qui entraîne son frère Pierre vers Jésus. En lisant le texte dans son ensemble, nous avons là quatre "types" de naissance de la foi: André et Jean, Pierre, Philippe et Nathanaël. Cette diversité première ouvre à la diversité que nous retrouvons dans la suite du quatrième évangile et qui déborde le groupe apostolique: Nicodème, la Samaritaine, l'aveugle de naissance, Marie de Magdala…

2. L'évangéliste tient à mentionner les influences premières de personne à personne, avant même l'adhésion personnelle. André et Jean étaient plus que des auditeurs passagers du Baptiste, ils en étaient disciples au sens fort que ce mot suggérait à cette époque. Simon était le frère d'André et nous savons qu'ils collaboraient à la même entreprise de pêche. Philippe est présenté comme ayant ressenti un appel direct, mais l'évangéliste précise qu'il était en lien de village avec André et Pierre. Les premières réticences de Nathanaël ne l'empêcheront pas de l'accompagner pour une rencontre décisive.

3. Ces cheminements aboutissent tous à Jésus, personnage concret qui invite à un partage concret. "Demeurer avec lui" n'est pas posé en exigence mais en intimité susceptible d'enrichir les participants. Les "nuances" du départ ne seront plus mentionnées. Désormais il sera question de "Jésus avec ses disciples". Dès les noces de Cana, le troisième jour, ceux-ci seront confirmés dans leur foi grâce au "signe" dont ils seront témoins.

4. Ainsi naît une communauté spontanée qui ne pense pas "structures" et hiérarchie. Elle n'isole pas les temps matériels et les temps spirituels. Elle "vit" tout simplement et trouve là son unité tout comme son épanouissement.

Les étapes de la foi selon Jean

L'universalité qui rayonne de ce passage invite à mieux préciser les étapes communes comme autant d'étapes qui dépassent le temps historique et peuvent s'appliquer à la foi chrétienne actuelle. Il ne s'agit pas d'en faire des examens de conscience mais de revenir au visage dynamique qu'a présenté notre propre foi aux temps peut-être lointains où nous l'avons choisie personnellement.

1ère étape : Inévitablement, un témoin se situe à l'origine. On a trop parlé de la foi comme d'un don de Dieu à la manière directe dont le charge l'imaginaire religieux habituel. L'évangile nous décrit une route fort différente, car elle intègre dans cette initiative divine notre potentiel humain. En ce qui concerne la foi comme en ce qui concerne la création, Dieu a voulu passer par des hommes pour aller aux hommes. Il en savait les risques, mais il en savait également la valeur et, en Jésus, nous ne pouvons douter de ce choix.

2ème étape : Ce témoin n'a pas pour mission de convaincre; ni d'enrôler dans un groupe porteur d'idéal. Il lui revient de conduire à l'essentiel: une rencontre personnelle avec Jésus. C'est là le centre de gravité de la foi chrétienne.

3ème étape : L'objectif premier de cette rencontre n'est pas l'écoute de la Parole. Cette écoute viendra après le "voir". Mais le "voir" doit se garder de toute illusion individuelle et c'est pourquoi il est lié à un déplacement vers l'historique. Il est donc nécessaire de "venir" vers cette source visible et de "demeurer" ainsi près de Jésus. Ceci ne signifie pas que son enseignement est sans importance et Jean sera un des premiers à nous proposer d'y réfléchir. Mais ceci nous rappelle une certaine relativité de l'écoute. Jésus est au delà de son message, même si celui-ci reste indispensable pour nous référer à lui. Parfois, une mauvaise interprétation de sa résurrection risque de le réduire à un maître de sagesse hérité du passé.

4ème étape : le mouvement même de la foi conduit à la rayonner. Les exemples choisis par l'évangéliste nous situent hors de toute perspective de propagande. Le rayonnement d'une première adhésion se diffuse le plus naturellement possible, spontanément et en respect pour la liberté de l'interlocuteur. Le ton est celui de la conviction et de l'amitié.

Conclusion: la "chaîne de la foi" selon Jean

Cette quatrième étape est susceptible de nous guider plus particulièrement lorsque nous pensons aux multiples relations qui meublent nos activités. Nous pouvons donc ajouter une dernière observation.

Les rencontres dont il est parlé ne sont pas simples rencontres fortuites, elles sont porteuses d'échanges plus approfondis. A ce niveau, l'évangéliste "glisse" une progression de pensée qui double et valorise le relais qu'il précise de l'un à l'autre.

Jean le Baptiste s'enracinait dans l'Ancien Testament et avait concentré sa lecture du prophète Isaïe dans le thème d'un messie "Agneau de Dieu". Son ministère s'était amorcé dans la solitude du précurseur et il ne pouvait que se réjouir d'avoir regroupé quelques disciples. Pourtant il ne s'attache pas à ce qu'il a semé, il dépasse sa propre expérience en désignant Jésus comme celui qu'il annonçait et accepte de voir les meilleurs de ses amis se détacher de lui…

André avait progressé par rapport à l'enseignement du Baptiste. Il présente Jésus comme "le Messie". L'évangéliste universalise ce premier témoignage en recourant au mot "Christ", mot grec équivalent au précédent. C'est en effet le rapport aux "grecs" qui sera mentionné ensuite comme caractéristique du ministère d'André. Pourtant, il ne récupérera pas la priorité de sa rencontre avec Jésus, il s'effacera devant son frère Simon-Pierre.

Philippe est convaincu d'avoir trouvé "Celui dont Moïse avait parlé dans la Loi et les prophètes". Il ne durcit pas les réticences de Nathanaël, il compte sur le choc entre les doutes de son ami et le témoignage de Jésus. Il n'expose pas celui-ci, il s'en remet à une influence qu'il espère plus déterminante que la sienne parce que plus directe.

Effectivement, c'est Nathanaël qui évoquera le terme de la "chaîne de la foi chrétienne" en accueillant l'annonce de la résurrection de Jésus et de son avènement final.

Il reste délicat de nous situer à un maillon précis du passé de cette chaîne. Ce qui est certain, c'est que le maillon présent est remis à notre responsabilité. N'hésitons pas à le forger ensemble.

Mise à jour le Samedi, 17 Janvier 2015 11:16
 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr