Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 33ème Dimanche du temps ordinaire

 

Actualité

En cet avant dernier dimanche de l'année, nous retrouvons les textes dits de la fin des temps. Depuis longtemps nous avons appris à nous démarquer personnellement des fausses interprétations dont ils ont été l'objet. Mais nous savons qu'il n'en est pas de même autour de nous. Malgré la modernité de nos sociétés, les commentaires alarmistes ne manquent pas de circuler. Et, pour beaucoup, ils évoquent les développements évangéliques en appui d'interprétations fantaisistes. Aussi, nous aimerions faire le point à ce sujet: comment recevoir certains passages, compte tenu de l'enveloppe littéraire que leurs auteurs ont adoptée et qui n'est plus la nôtre.

Evangile  

Evangile selon saint Marc 13 /24-32

Cinquième développement : la passion-résurrection éclaire la marche de l'histoire - le temps de l'Eglise: 

a') - dernière étape la venue de Jésus-Fils de l'homme "à la fin" des temps

Mais en ces jours-là, après cette oppression-là,

le soleil s'obscurcira et la lune ne donnera pas son éclat et les étoiles seront tombant hors du ciel et les puissances qui sont dans les cieux seront ébranlées (Isaïe 13/10 et 34/4) 

Et alors on verra le Fils de l'homme en venant dans les nuées (Daniel 7/13) avec puissance nombreuse et gloire 

Et alors il enverra les anges et il rassemblera les élus (Zacharie 2/10) des quatre vents de l'extrémité de la terre (Deutéronome 30/3) jusqu'à l'extrémité du ciel (Jérémie 32/37) 

Appendice regroupant les questions de dates 

Or du figuier, apprenez la parabole : quand déjà sa branche devient tendre et que poussent les feuilles, vous connaissez que proche est l'été

ainsi, vous-aussi, quand vous verrez ceci arriver, connaissez qu'il est proche, aux portes

(à propos du Temple de Jérusalem)

En vérité je vous dis : cette génération ne passera pas jusqu'à ce que tout ceci soit arrivé

Le ciel et la terre passeront, or mes paroles ne passeront jamais

(à propos de la fin des temps)

Or au sujet de ce jour-là ou de l'heure, personne ne sait,

ni les anges au ciel, ni le Fils, sinon le Père.

supplément indispensable aux versets retenus par la liturgie

(ultime recommandation)

Prenez garde, soyez attentifs, car vous ne savez pas quand est le moment

C'est comme un homme parti en voyage, ayant laissé sa maison, donné à ses serviteurs l'autorité, à chacun son œuvre et au portier, il a commandé de veiller.

Veillez donc, car vous ne savez pas quand le Seigneur de la maison vient : au soir, à minuit, au chant du coq ou au matin de peur que, venant soudainement, il ne vous trouve endormis

Or ce que je vous dis, je le dis à tous : veillez.


Contexte des versets retenus par la liturgie

Les textes retenus pour ce dimanche sont, par nature, des textes difficiles. Ils le sont  plus encore en raison d'un certain nombre de handicaps littéraires dont ne semble pas tenir compte le découpage liturgique.  

Place de ce texte dans l'évangile de Marc

* Ces versets se présentent en finale du cinquième développement que Marc consacre à la "marche de l'histoire".

Marc "cadre" les événements des derniers jours à Jérusalem entre deux "entrées" de Jésus : l'événement dit "des rameaux" et le discours sur l'ultime retour. La première rappelle les traits essentiels de l'engagement historique de Jésus… la seconde évoque la fin de l'histoire en rassemblement des élus. L'évangéliste détermine ainsi un cinquième développement très "logique" avant le drame de la passion.

Pour le composer, il adopte sa méthode habituelle : le chiasme. A cette lumière, l'ossature de l'ensemble apparaît sous la forme de deux versants convergeant vers un centre. Naturellement ce centre ne peut se rapporter qu'à la résurrection"Dieu est le Dieu des vivants". Le premier versant évoque en mode symbolique la dramatisation consécutive à l'engagement historique de Jésus : a) simplicité de l'incarnation… b) purification du Temple… c) contestation de Jésus-Messie… d) refus du Fils = vignerons homicides… e) piège politique = Dieu et César…

Le deuxième versant vise à éclairer l'histoire de l'Eglise après la résurrection. Cette référence donne aux éléments de ce deuxième versant leur tonalité. L'auteur envisage plusieurs étapes : e') le plus grand commandement en appelle à l'intelligence pour reconnaître Jésus "fils de Dieu" à partir de son témoignage historique… d') le témoignage des Ecritures confirme ce cheminement, elles situent le Messie plus que fils de David… c') il est vrai que le symbolisme de la veuve ne peut manquer de s'appliquer aux communautés chrétiennes: elles se trouvent désormais privées de la présence "physique" de Jésus et leur engagement missionnaire peut sembler bien minime, mais leur engagement total ne peut manquer de porter fruit… b') le Temple est amené à disparaître et permettra une meilleure ouverture à toutes les nations… a') la deuxième "entrée" de Jésus est à concevoir comme rassemblement des élus et non comme catastrophe cosmique…

Nous pouvons remarquer que l'enseignement distillé dans ces différentes étapes vise surtout à éclairer la foi des chrétiens en rapport aux circonstances qu'ils doivent ou devront assumer. Il est donc "normal" que les premières étapes de ce deuxième versant nous paraissent plus "claires" que les dernières. Marc écrit en 66, donc avant la chute de Jérusalem et la destruction du Temple en 70.

* Au sujet des deux dernières étapes, la destruction du Temple et le "retour final" de Jésus, certaines "complications" troublaient l'esprit des chrétiens auxquels Marc s'adressait. Avec le recul, nous sommes plus à même de séparer les événements. Nous situons la destruction du Temple parmi les nombreux aléas de l'histoire passée et nous savons qu'elle n'a pas correspondu à la fin de l'histoire. Au temps du Christ et encore plus au temps de Marc, pour un juif, cette séparation "future" était loin d'être évidente. Or la majorité des premiers chrétiens étaient imprégnés de culture juive et, en raison du sujet, même les convertis du monde païen ne pouvaient manquer de s'intéresser aux éventualités que les "souvenirs" pouvaient suggérer.

De ce fait la présentation de Marc se trouve quelque peu "brouillée" quand il aborde la suite de l'histoire de l'Eglise et particulièrement l'étape ultime qu'il lui fixe. Il doit démêler un écheveau complexe qui entremêle "retour du Christ", "destruction du Temple", "Jour du Seigneur" et "fin des temps". Quelques précisions ne sont donc pas superflues pour mieux cerner l'état d'esprit auquel l'évangéliste cherche à répondre.

La signification religieuse du Temple pour un juif.

Le Temple était d'abord un centre d'unité qui débordait les frontières en raison du grand nombre de juifs dispersés au long des perturbations de leur histoire. C'était bien entendu un centre cultuel ou, plus exactement, le seul centre qui puisse être considéré comme cultuel, le seul lieu où puissent être offerts les sacrifices.

Comme tous les centres cultuels des religions anciennes issues du monde sémitique, il était le lieu où la divinité se rendait présente à ses fidèles pour recevoir leur vénération et les faire bénéficier de ses faveurs. Certes, la résidence divine est "dans le ciel" mais le Temple était comme une copie de la résidence céleste. Le judaïsme avait accentué au plus haut point cette notion de la présence de Yahvé au milieu des siens en raison de la conception qu'il avait d'un Dieu ami des hommes et engagé dans leur histoire.

Matériellement, le Temple s'était trouvé étroitement lié au destin tourmenté du peuple juif. Les multiples contrastes de ce destin s'expliquent par la position stratégique de la Palestine : étroit couloir entre le désert oriental et la Mer Méditerranée, elle se trouvait livrée géographiquement aux convoitises des grands empires voisins ; selon leurs temps de paix ou leurs conflits mutuels, il est facile d'expliquer la suite d'écrasements et de délivrances ... d'esclavages et de libérations ... de passions et de résurrections qui restait gravée dans la mémoire nationale.

Le Temple en avait été le témoin privilégié et en restait le souvenir le plus explicite. Sa construction grandiose rappelait le règne de Salomon, temps de prospérité et de rayonnement  jamais égalé par la suite ... mais il était impossible d'oublier sa destruction au temps de l'exil, puis sa reconstruction (520) avant que, plus tard, (167) Antiochus Epiphane n'en fasse l'objet de sa persécution, fort heureusement contrée par la révolte des Maccabées. Hérode le grand ne s'était pas trompé sur le symbolisme qui y était ainsi attaché lorsqu'il avait entrepris de le restaurer pour s'attirer la bienveillance de sujets qui le haïssaient ...

Mais ces souvenirs dépassaient le cadre historique car "l'âme juive" s'était forgée au creux de ces vicissitudes ; sa foi lui avait permis de les affronter tandis que les épreuves en accentuaient certains traits, particulièrement la référence au Temple.

A la base de cette foi, la certitude d'une protection spéciale du Très-Haut et le signe de ce choix, c'était la présence de Dieu dans le Temple ... Les prophètes avaient sauvé l'espérance de leur peuple en donnant un sens religieux aux calamités dont il était victime ; le Temple s'était ainsi trouvé au centre de leur enseignement , les dangers étant présentés comme une punition en raison d'un relâchement religieux ... mais le Temple avait été aussi signe d'espérance : le même enseignement affirmait que les épreuves ne pouvaient être que passagères , Dieu reprendrait place au milieu de son peuple ... Dans cet esprit, les rescapés de l'exil s'étaient empressés de reconstruire le Temple, même modestement, et ce souci avait engendré effectivement un nouvel essor religieux .

Annoncer la destruction du Temple dépassait donc la simple prévision d'un désastre militaire. C'était prédire la rupture de l'alliance entre Dieu et le peuple juif. Bien que le conflit fût prévisible à plus ou moins longue échéance, cette éventualité était refusée par le plus grand nombre dans le sens de l'échec. Dieu pouvait-il permettre une calamité semblable à la catastrophe de 587 ? ... Ne finirait-il pas par avoir pitié de son peuple et par regarder sa détresse ?

Le "Jour de Yahvé"

Cette espérance rejoignait naturellement les idées concernant le "Jour de Yahvé" car il était évident que, seule, une intervention solennelle de Dieu pouvait inverser le cours de l'histoire. L'empire romain était dans sa plénitude et ne trouvait devant lui aucune autre force susceptible de soutenir le peuple juif. Le Temple étant au centre du judaïsme, c'est là que la force militaire frapperait ... et fort !

Les prophètes avaient souvent parlé du "Jour de Yahvé", intervention fulgurante de Dieu en faveur de son peuple Israël. Un scénario commun s'était généralisé dans la présentation : jour de lumière, mais aussi jour de combat contre les ennemis de Dieu. Devant sa "colère", les cieux seraient ébranlés, la terre tremblerait, les hommes seraient saisis de panique ... puis s'opérerait un jugement qui purifierait les élus et les ferait accéder au bonheur tant espéré.

L'origine de ce schéma est à chercher dans les souvenirs d'un peuple qui eut bien du mal à s'établir sur sa terre. Selon l'esprit de l'époque, victoires et défaites étaient amplifiées et reliées à la volonté divine. Mais une note supplémentaire orientait l'esprit du peuple juif. Il avait conscience d'être un peuple choisi, aimé de façon particulière par Dieu en vue de jouer un rôle universel. Les prophètes avaient "relu" son passé pour faire émerger la protection dont il avait bénéficié autrefois et, après l'exil, ils avaient élargi les horizons vers une ouverture aux nations qui, en se convertissant, étaient appelées à s'intégrer au peuple élu ... Une situation politique très minoritaire et très perturbée semblait contredire ce projet. Aussi les auteurs avaient reporté à la fin de l'histoire la manifestation éclatante que devait revêtir la victoire définitive de Dieu et ils en avaient fait une intervention directe. C'est pourquoi, selon les mentalités de l'époque, ils avaient attaché à sa représentation les images cosmiques familières à leurs modèles de pensée. ...

Le "retour du Christ"

Aujourd'hui, l'idée d'un retour prochain du Christ est pratiquement absente de nos espérances. Il n'en a pas été ainsi dans les premières communautés chrétiennes; au contraire, les événements de Pâques et de Pentecôte ont suggéré l'idée que le Christ allait revenir sous peu ...

Les premières lettres de Paul ne laissent aucun doute à ce sujet car lui-même partage cet état d'esprit... Dans celle qu'il adresse aux Thessaloniciens vers l'an 51 il écrit : "Le Seigneur, au signal donné par la voix de l'archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel ... Nous, les vivants, qui serons encore là, nous serons emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs ... " (l Thessaloniciens 4/16 ). Il dénonce les conséquences "passives" que certains chrétiens prétendent tirer de cette attente, mais il ne la remet pas en cause...

Bien entendu, c'est du côté des racines juives de leur formation qu'il nous faut chercher la source de cette espérance chez les premiers chrétiens. Aux approches de notre ère, de nombreuses discussions portaient sur "l'après vie terrestre", donc sur l'éventualité d'une résurrection. Sauf rarissimes exceptions en faveur de certains personnages exceptionnels : les patriarches, Moïse, Elie ... la plupart des rabbins envisageaient celle-ci comme une résurrection générale à la fin des temps. Cette présentation avait le mérite de tempérer l'aspect très négatif qui était donné au "séjour des morts", lieu d'oubli, de silence et de perdition où tous se retrouvent indistinctement, justes ou injustes. Indirectement, elle introduisait la référence au "Jour de Yahvé" comme "jour" de sa réalisation.

Pour la première communauté chrétienne, il était évident que le jour de Pâques n'avait pas été le "jour de Yahvé" au sens triomphal et spectaculaire qui caractérisait la présentation traditionnelle. La résurrection de Jésus avait été une résurrection "personnelle". Mais il était tentant d'interpréter la résurrection de Jésus comme un signe avant-coureur d'un jugement définitif et d'en conclure à la proximité d'une résurrection générale ... d'où, par enchaînement, une fin des temps assez proche. Il faudra attendre Luc (vers 80) pour voir ce "jour" abordé sous un angle nouveau: "la venue du Royaume ne se laisse pas observer... le Royaume est au-dedans de vous " 17/20. Dans les écrits postérieurs de Paul, ce thème s'estompe quelque peu, mais il est impossible de préciser le degré d'atténuation au niveau des mentalités.

Nous pouvons donc raisonnablement penser à la convergence de toutes ces idées lorsque se fit plus précise l'éventualité d'un conflit armé avec les Romains.

Composition du texte de Marc

Il est facile de remarquer que le texte de Marc se compose de deux parties et d'inviter à respecter la "nature" de chacune d'elles.

= Les premiers versets présentent la dernière étape de la marche de l'Eglise, à savoir "l'entrée" finale de Jésus en "Fils de l'homme" rassemblant les élus. En parlant de "ces jours-là", l'évangéliste la situe dans la continuité de l'histoire, mais, en précisant "après cette oppression-là" il la distingue de l'étape précédente concernant la destruction du Temple.

Il distingue de même le déploiement des signes cosmiques et la venue du Fils de l'homme. Il est dommage que l'imaginaire habituel mêle souvent deux courants symboliques différents et ne pense la fin qu'en termes de bouleversements et de jugement. Nous reviendrons sur les premières images qui empruntent aux textes anciens et expriment une intervention de Dieu perturbatrice. La venue de Jésus est beaucoup plus pacifiée. Il est question d'un rassemblement universel dans le cadre d'un monde nouveau. La parabole du figuier donne le ton : il sort de l'hiver, "ses branches deviennent tendres et les feuilles apparaissent, l'été est proche". C'est l'envers d'une catastrophe, un nouveau cycle commence, plein de vitalité.

= Les derniers versets constituent un appendice où Marc sent la nécessité de revenir sur les questions de dates. Il a conscience de leur imprécision et il redoute que des commentaires ne prétendent "suppléer" abusivement à la discrétion de Jésus en ce qui concerne l'avenir.

Ces versets sont susceptibles de deux lectures. Ou bien on peut estimer qu'ils se rapportent exclusivement aux événements de la fin des temps ou bien on peut estimer qu'ils "couvrent" les deux dernières étapes, à savoir la destruction du Temple et le rassemblement final des élus. La seconde hypothèse semble préférable car elle permet de mieux situer l'éclairage que ces versets projettent sur les événements.

En ce qui concerne la ruine de Jérusalem, il est évident que "la génération" à laquelle s'adressait Jésus, "n'est pas passée" avant que le drame ne l'atteigne. Il semble de même incontestable que Jésus ait évoqué la destruction du Temple, mais, sous quelle forme l'a-t-il suggérée ? Etant donné la référence que le bâtiment représentait pour ses contemporains, il est impossible de préciser la forme qu'a pu prendre cette évocation. Par ailleurs, en son temps, tout esprit lucide pouvait prévoir la possibilité d'une telle ruine.

Selon le même état d'esprit, il n'est pas utile de forcer une prétendue méconnaissance de Jésus quant "au jour et à l'heure" de la fin des temps. Au temps de Marc, certaines rumeurs devaient se réclamer directement de paroles de Jésus, restées inconnues jusque-là. D'autres prétendaient bénéficier de révélations transmises par les anges. Marc ne fait que mettre les choses au point. Avant lui, Paul adoptait la même attitude dans ses lettres aux Thessaloniciens : "A propos de la venue de notre Seigneur Jésus-Christ et de notre rassemblement auprès de lui, ne vous laissez pas trop ébranler soit par un esprit, soit par une parole, soit par une lettre qui nous serait attribuée…" ( 2Thesslon. 2/1) 

C'est d'ailleurs ce que nous faisons aujourd'hui. Ce qui touche au "fonctionnement du monde" nous reste mystérieux sinon le fait qu'il est marqué d'évolutions et de mutations. Nos moyens d'investigation sont de plus en plus perfectionnés et pourtant ils ne font que reculer les frontières de nos connaissances. Le Père évoque le créateur et, sans grand effort de foi, nous convenons facilement qu'il est le seul à détenir les "secrets de la fin".

Les références bibliques

Un arrière-plan biblique sous-tend les textes de ce cinquième développement, il suffit d'une lecture rapide pour s'en convaincre. Au premier abord, il ne semble pas qu'il y ait là quelque difficulté; il est relativement facile de trouver les références et d'en prendre connaissance. Il paraît alors très simple d'éclairer la pensée de l'évangéliste à la lumière du texte ancien ou en tenant compte du choix qu'il en a fait.

Pourtant, le rapport à l'Ancien testament est plus complexe et appelle, au moins, trois réserves :

= La manière habituelle dont il est parlé des "prophéties" en mentalité moderne se situe en contresens de l'approche qui en était faite par les rabbins comme par les premiers chrétiens de formation juive. La conception actuelle réduit la prophétie à un rôle de "preuve"; en schématisant, elle la conçoit comme un "portrait-robot" qu'aurait esquissé et annoncé le passé à propos de l'avenir ; il suffirait d'y comparer la réalisation présente pour voir si elle lui correspond bien ...

C'est fausser totalement la perspective ancienne. Lorsqu'on prend la peine de lire l'ensemble d'un livre prophétique, on constate qu'il s'agit plus d'un état d'esprit ou d'une espérance que d'une rigoureuse précision relative aux événements futurs ... si tel verset est plus expressif, c'est toujours en lien avec les autres éléments de la composition. Toute recherche de référence doit donc déborder les phrases concernées et prendre le temps de rejoindre leur environnement ...

= En abordant les renseignements qui concernent les livres prophétiques, ne faisons pas d'anachronisme. Les exégètes ont raison de nous apporter des précisions sur leurs auteurs, leurs dates de composition, la structure de leur rédaction ; ces précisions sont fort utiles en certains domaines. Mais il est évident que l'évangéliste, comme ses contemporains, faisait appel au texte ancien sans bénéficier de cette culture ; il abordait l'œuvre biblique de façon globale en rapport avec la pensée qu'il y découvrait ... Outre les citations explicites qu'il en fait, le vocabulaire ou les thèmes abordés ont pu influer sur sa rédaction sans être déterminants ...

= Gardons-nous également de tout anachronisme en voulant préciser la portée de certains éléments de présentation. Ils correspondent aux connaissances de l'époque, époque des prophètes et époque de Marc. Fort heureusement, sur ce point, les évolutions ont été quasiment nulles en Palestine. Marc écrit à un moment "statique" qui transmettait les conceptions anciennes sans les remettre en cause et il vit dans un contexte qui en partage la vision pré scientifique.

Cette vision n'est plus la nôtre et il est abusif d'interpréter la présentation évangélique selon les connaissances qui sont devenues spontanément les nôtres. Pour les anciens, il était évident que le soleil et la lune n'étaient que des astres et leur luminosité paraîtrait bien faible lors de la manifestation en gloire qui devait marquer la fin des temps. Les étoiles n'étaient que de petits astres et constituaient l'armée céleste qui précéderait l'intervention divine selon le rituel habituel de l'entrée de tout souverain. Enfin, le "poids" de Dieu ne pouvait qu'ébranler les fondements même de l'univers.

Il est évident que ces clichés ont pu avoir un sens "matériel" dans le cadre des mentalités anciennes, mais il est tout aussi évident qu'ils ne s'imposent plus au nom même de la relativité qu'admettaient les auteurs. Nous risquons tout simplement de "forcer" leur intention première".

Le livre de Daniel  

Les premières références sont de style plutôt descriptif, mais il n'en est pas de même des références au livre de Daniel et du rapprochement entre Jésus et le Fils de l'homme.

Ce livre fut écrit entre 167 et 164 avant notre ère, au moment de la persécution d'Antiochus IV Epiphane. Dans ce temps de détresse, il cherchait à entretenir la foi et à ranimer l'espérance. Comme tous les écrits prophétiques, il ancre cette espérance au cœur de la foi juive en rappelant la protection particulière de Yahvé et il amplifie la vision de libération dans un déploiement de forces célestes. Il reprend en même temps la grande idée sous-jacente à la pensée juive la plus pure : une mission universelle a été confiée au peuple élu. Cette mission ne se trouvant pas encore réalisée, Yahvé ne peut que sauver son peuple pour qu'il la poursuive.

Le livre de Daniel rappelle l'invasion babylonienne qui aboutit, en 587, à la première destruction du Temple mais il vise directement la profanation dont s'est rendu coupable le roi séleucide Antiochus en 167. Pour imposer au peuple juif sa propre culture, la culture grecque, il avait érigé au cœur du Temple un autel dédié à Zeus olympien, le "Maitre-du-ciel" phénicien (1er livre des Macchabées 1/54).

Son intérêt vient également de la manière dont il envisage l'intervention du Dieu Sauveur en faveur de son peuple : 7/13 "Je regardais dans les visions de la nuit et voici qu'avec les nuées du ciel venait comme un fils d'homme. Il arriva jusqu'au Vieillard et on le fit approcher devant lui. Il lui fut donné domination, gloire et royaume ; tous les peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit. "

Le contexte du livre oriente le sens de l'expression "Fils d'homme" vers la désignation collective du "peuple des saints du Très-Haut". Mais, par la suite, cette mention fut rapidement interprétée de façon individuelle et transcendante : être mystérieux, séjournant auprès de Dieu et appelé à se révéler à la fin des temps.

A la source des opinions erronées

D'âge en âge, des hommes, parfois des saints, ont cru distinguer dans les circonstances où ils vivaient l'approche de la fin du monde.

Au 6éme siècle, saint Grégoire de Grand écrivait : "On connaît assez quelles sont les grandes commotions qui doivent précéder la fin de plus en plus prochaine du monde. Les nations les unes contre les autres, la terre accablée sous les oppressions… le changement de l'air nous avertit que les signes n'en sont pas éloignés. Nous ne sommes pas loin de la fin ; déjà le monde se hâte vers ce terme ; c'est ce que signifient assez les guerres, les calamités publiques, les tremblements de terre, l'extinction de la charité"… Le temps est venu, le ciel est en feu, la terre est en feu, les éléments sont en feu, le Juge redoutable va paraître."


Piste possible de réflexion : le futur nous est-il si inconnu ?

Choisir la clé qui ouvre les textes de Marc

Par eux-mêmes les textes sont souvent difficiles, mais les a priori spontanés que conservent les lecteurs ne sont pas moins "coriaces". Nous pouvons parler de deux approches très différentes.

= Tous situent les textes comme des annonces éclairant l'inconnu qui pose à chacun tant de problèmes et suscite tant de craintes. Cette réaction est naturelle. Mais, chez la plupart, elle se double d'un souci d'aller plus loin dans le détail. L'auteur semble en prise sur l'avenir de façon privilégiée, aussi cherchent-ils à le "faire parler". Ils scrutent les détails de sa présentation au-delà des généralités ou des symbolismes qui les caractérisent. Bien entendu, ils éliminent par avance toute référence à un quelconque genre littéraire. Le déroulement des événements échappant au commun des mortels, leur annonce ne peut relever que d'une expression intemporelle. Moyennant quoi, cette intemporalité est réduite à une littéralité des plus anachroniques.

Nous sourions de la position qu'adoptent les témoins de Jéhovah en cherchant à "calculer" la fin des temps et à confirmer ces calculs en voulant les faire correspondre aux perturbations de notre histoire. Mais nos contemporains se laissent aller aux mêmes divagations lorsqu'ils compulsent leur horoscope ou évoquent les malheurs des temps. Comment s’en  étonner ? Il en a toujours été ainsi. D'âge en âge, des hommes, parfois des saints, ont cru distinguer dans les circonstances où ils vivaient l'approche de la fin du monde.

Ainsi, au VIe siècle, saint Grégoire de Grand écrivait : "On connaît assez quelles sont les grandes commotions qui doivent précéder la fin de plus en plus prochaine du monde. Les nations les unes contre les autres, la terre accablée sous les oppressions… le changement de l'air nous avertit que les signes n'en sont pas éloignés. Nous ne sommes pas loin de la fin ; déjà le monde se hâte vers ce terme… Le temps est venu, le ciel est en feu, la terre est en feu, les éléments sont en feu, le Juge redoutable va paraître." Inutile de préciser qu'il s'est trompé.

= Une autre approche est possible. Sans doute ses conclusions suscitent-elles moins d'utopie, mais elles rendent compte tout autant des textes. La remarque est simple: s'agit-il d'une "révélation" ou s'agit-il d'une "mise en garde" contre l'interprétation abusive donnée à quelques réflexions en raison de leur relativité et de leur imprécision.

Il en est ainsi du passage de ce dimanche. Pour s'en convaincre, il suffit de se référer à l'événement que Marc a abordé avant ce passage : la ruine du Temple. Marc écrit vers 66, donc avant ce drame. Par la suite, l'historien Josèphe, témoin des événements, en précise le déroulement dans son livre "les Antiquités juives". Il  est donc facile de rapprocher les deux points de vue à partir de la réalité des faits.

Il semble incontestable que Jésus ait évoqué la destruction du Temple, mais, sous quel angle l'a-t-il suggérée ? Etant donné la référence que le bâtiment représentait pour ses contemporains, il est impossible de préciser la forme qu'a pu prendre cette évocation. En son temps, tout esprit lucide pouvait prévoir la possibilité d'une telle ruine. La puissance romaine dominait tout le bassin méditerranéen sans qu'aucune autre force ne vienne contrarier son influence. Par ailleurs la tension était de plus en plus grande entre les deux civilisations. Les romains ne pouvaient admettre un trouble qui risquait de se propager dans les provinces lointaines de leur empire. Ils ne pouvaient que frapper fort au cœur du judaïsme. L'institution du Temple, sinon le bâtiment, était menacée et toute parole à son encontre ne pouvait qu'affecter la sensibilité juive.

En comparant Marc et Josèphe, un certain nombre d'imprécisions et même quelques erreurs nous livrent le vrai genre littéraire de l'annonce qui troublait les premières communautés. La "rumeur" envisageait une profanation semblable à celle dont s'était rendu coupable Antiochus IV, en 167 avant notre ère. Il avait installé au centre du Temple une statue de Zeus olympien et il avait exigé que le culte soit orienté vers sa vénération. Or, à ce moment, le Temple n'avait pas été détruit; la révolte des frères Macchabées avait même abouti à plusieurs années d'indépendance. Le drame de 70 s'est donc déroulé très différemment : nombre de juifs se sont trouvés enfermés dans Jérusalem alors qu'ils venaient célébrer la Pâque. Il leur a été impossible de fuir dans les montagnes. Titus, le général romain, avait pour projet de préserver le Temple, mais celui-ci fit l'objet d'un long siège et il suffit d'une flèche enflammée pour embraser l'édifice.

Marc ne cherche pas à abuser de la crédulité de son lecteur. Tout comme lui, il dispose d'une simple annonce dont l'importance est relative au regard des points essentiels que Jésus a développés dans on enseignement. Il la transcrit selon son degré d'imprécision en vue de couper court à tout commentaire abusif. Cette loyauté est évidente lorsqu'on compare avec les récits que composent les autres évangélistes, postérieurs à l'événement.

Effectivement, en ce qui concerne la ruine de Jérusalem, nous savons qu'il ne s'ensuivit ni la fin du monde, ni la disparition du judaïsme. Celui-ci survécut grâce au groupe pharisien de Jamnia. Certes, 19 siècles après, le Temple n'a jamais été reconstruit ; il n'empêche que le peuple juif a poursuivi son histoire, une histoire où l'attendaient bien d'autres épreuves.

Il est donc relativement facile de concevoir les soucis de Marc à un moment où s'opérait le rassemblement des souvenirs à partir desquels s'opérait le mûrissement de la pensée chrétienne. Il avait conscience que, sur certains points, aucun renseignement précis n'avait émergé de l'enseignement de Jésus. Mais il ne pouvait ignorer le discours des faux prophètes ou des demi-prophètes qui prétendaient combler cette lacune en introduisant le fruit de leur imagination.

1er rappel de Marc : l'histoire a un sens et ce sens est linéaire 

Nous sommes pétris de culture occidentale et, depuis notre plus jeune âge, l'histoire de notre monde nous a été présentée selon un visage "linéaire". Même si les modalités de la naissance de notre univers nous échappent, nous ne mettons pas en doute l'existence de son "commencement". Par symétrie, l'existence d'une fin ne soulève pas davantage de doutes. Seule demeure l'incertitude des dates et des modes de réalisation.

Or cette unanimité était loin d'exister chez les anciens. La naissance du monde et de l'homme apparaît comme un des plus vieux problèmes de l'humanité. Mais les présentations qui en ont été faites sont loin de correspondre à la vision que le judaïsme, puis le christianisme, ont fini par imposer. Les mythologies abondaient d'hypothèses diverses dont la plupart intégraient une conception cyclique et un éternel retour. En Mésopotamie, la guerre des dieux expliquait l'apparition de l'homme au temps primordial. Les égyptiens avaient gravé sur la paroi des pyramides des conceptions bien différentes de ce qui nous paraît aujourd'hui une évidence.

Nous comprenons ce rappel de Marc alors que les missionnaires chrétiens abordaient des civilisations païennes dont la plupart étaient polythéistes. Aujourd'hui, il peut nous apparaître inutile bien que la mondialisation nous mette au contact de cultures marquées de conceptions différentes des nôtres. Indirectement il va à l'encontre des théories qui rêvent de la réincarnation.

2ème rappel de Marc : l'histoire humaine a été enrichie du témoignage de Jésus

Avant le drame de la passion, l'évangéliste concentre en un seul développement la vision d'histoire qui concerne la foi chrétienne. Il le fait en "cadrant" les événements des derniers jours à Jérusalem entre deux "entrées" de Jésus : l'événement dit "des rameaux" et l'annonce de l'ultime retour. La première entrée rappelle les traits essentiels de l'engagement historique de Jésus… la seconde évoque la fin de l'histoire en rassemblement des élus. A ses yeux, elle appartient à l'histoire comme en témoignent les premières précisions de notre passage: "en ces jours-là".

Pour schématiser les deux temps qui ont marqué l'apport de Jésus à l'histoire humaine, Marc adopte sa méthode habituelle, à savoir le chiasme, composition en deux versants convergeant vers un centre. Naturellement ce centre ne peut se rapporter qu'à la résurrection. Ainsi prend toute son importance la discussion avec les sadducéens. "Dieu est le Dieu des vivants", telle est la conviction qui doit éclairer toute l'aventure du salut, qu'il s'agisse du ministère historique de Jésus avant Pâques ou qu'il s'agisse de la vie de l'Eglise jusqu'à la fin des temps.

Le premier versant évoque en mode symbolique les différentes étapes de l'engagement de Jésus jusqu'à sa condamnation. a) le "signe" des rameaux rappelle la simplicité de l'incarnation… b) la purification du Temple rappelle les critiques de Jésus à l'encontre des dérives cultuelles et de la stérilité du judaïsme… c) les discussions avec les grands prêtres, les scribes et les anciens rappellent les contestations concernant sa messianité… d) la parabole des vignerons homicides annonce le refus qui aboutira au rejet dramatique du Fils… e) la controverse sur l'impôt à César élimine toute mauvaise interprétation de son procès …

Ce premier versant n'est pas une introduction. Pour Marc, il se situe en base du témoignage de Jésus. Il en fait doublement partie. Activité de guérison, activité de Parole, activité de partage, intimité vécue lors de la passion-résurrection sont plus que des signes avant-coureurs. Ils ont suscité le cheminement de foi qui a fait découvrir en Jésus de Nazareth le Messie, puis le Fils de Dieu, présent à notre monde et lui apportant le meilleur de son engagement. Par ailleurs, jusqu'à l'étape finale Jésus vivra cette densité en faveur de ses disciples et, en suscitant leur témoignage à son exemple, il les vivra en faveur de tous les hommes.

Le Fils de l'homme qui paraît "en venant dans les nuées", n'est donc pas un inconnu ni un absent. Ses "élus" ne peuvent que projeter en lui les trois qualités que nous avons souvent soulignées : humanité, efficacité, universalité.

3ème rappel de Marc : Jésus ressuscité demeure au cœur de l'histoire humaine 

Le deuxième versant du cinquième développement vise à éclairer l'histoire de l'Eglise après la résurrection. Cette référence donne leur tonalité aux éléments qui le composent. L'auteur envisage plusieurs étapes : e') le plus grand commandement en appelle à l'intelligence pour reconnaître en Jésus le "visage" de l'amour de Dieu pour les hommes… d') le témoignage des Ecritures confirme ce cheminement, elles situent le Messie plus que fils de David… c') les communautés chrétiennes se trouvent désormais privées de la présence "physique" de Jésus et leur engagement missionnaire peut sembler bien minime, mais leur engagement total ne peut manquer de porter fruit… b') le Temple est appelé à disparaître en vue d'une meilleure ouverture à toutes les nations… a') la deuxième "entrée" de Jésus est à concevoir comme rassemblement des élus et non comme catastrophe cosmique…

L'étape qui concerne la destruction du Temple est particulièrement révélatrice de la pensée de Marc sur la passion-résurrection que Jésus soutient en ses disciples. La question initiale ne sortait pas des préoccupations spontanées "ordinaires": "Dis-nous quand cela arrivera ?" Marc déjoue toute fausse espérance au niveau matériel: "les guerres arriveront, de même que les calamités naturelles ou les famines, mais ce ne sera pas encore la fin". Il ramène à la poursuite de la mission, mais en invitant à tirer de la passion des éléments de résurrection. L'attitude résolue des chrétiens sera témoignage devant les gouverneurs et les rois ; elle contribuera à la diffusion de la Bonne Nouvelle parmi les nations. Et surtout, leur Parole traduira la présence discrète en eux de l'Esprit de Jésus.

* Pour saisir la manière dont l'ensemble de ce chiasme converge vers l'étape finale, il importe de prendre en compte la conception particulière qui imprègne la mentalité juive lorsqu'elle se réfère à l'histoire. Marc l'avait reçu lors de sa première formation et il n'avait aucune raison d'exclure la richesse de cette sensibilité de sa foi en Jésus. Or, cette conception engendre une présentation qui déconcerte souvent nos esprits modernes. Aujourd'hui, nous avons tendance à isoler les faits passés et à les présenter de façon relativement indépendante. Nous ne sous-estimons pas le mouvement qui les a fait naître, de même que le mouvement qu'ils déterminent. Mais notre présentation cherche à faire ressortir des étapes.

En pensée juive, le temps est au contraire saisi dans sa  profonde unité du passé, du présent et du futur. Le passé subsiste dans le présent, le présent permet à l'histoire de s'insérer dans la vie des hommes de façon efficace et vivante, enfin dans le présent l'avenir est déjà là avant de s'être réalisé. Cette unité est incorporée à la présentation. Ainsi, lorsqu'il rapportait certains épisodes de guérison, Marc n'hésitait pas à parler volontairement de malades qui "se levaient" alors que le même mot concernera la résurrection.

Il nous faut donc avoir présentes à l'esprit toutes les pièces du développement Si Marc nous parle de la venue triomphale de Jésus en finale, ce n'est pas uniquement pour une raison chronologique. Il suppose que nous avons lu ce qui a précédé et que nous nous sommes imprégnés de ce qu'il nous a dit du "mouvement d'histoire" qui nous mène à cette dernière étape. Nous ne découvrirons pas Jésus, nous le "reconnaîtront" selon l'expression que Luc affecte aux disciples d'Emmaüs. 

4ème rappel de Marc : l'histoire humaine ne se heurte pas à une fin, elle débouche sur un monde nouveau

En lisant le passage de ce dimanche, nous risquons d'être piégés par sa concision. Il nous faut le libérer des derniers versets. Marc y rappelle la brièveté des informations dont nous disposons en ce qui concerne la fin des temps. Il en profite pour renouveler les mises en garde et pour inviter à poursuivre la mission sans se préoccuper des échéances.

Il importe de ne pas forcer ce qu'il mentionne comme ignorance de Jésus quant "au jour et à l'heure". Au temps de l'évangéliste, certaines rumeurs devaient se réclamer de paroles de Jésus restées soi-disant inconnues jusque-là. D'autres prétendaient bénéficier de révélations transmises par les anges. Marc ne fait que mettre les choses au point. Avant lui, Paul adoptait la même attitude dans ses lettres aux Thessaloniciens : "A propos de la venue de notre Seigneur Jésus-Christ et de notre rassemblement auprès de lui, ne vous laissez pas trop ébranler soit par un esprit, soit par une parole, soit par une lettre qui nous serait attribuée…" ( 2Thesslon. 2/1) 

Il est beaucoup plus intéressant de saisir l'originalité des versets que l'évangéliste situe en première partie. L'évangéliste présente la dernière étape de la "marche du monde". Il la résume comme débarrassée des pesanteurs matérielles selon l'imaginaire prophétique. Puis il emprunte au livre de Daniel la venue triomphale de Jésus Fils de l'homme.

Les images cosmiques ont suscité bien des commentaires. Il est pourtant facile de prendre en compte leur relativité. Les anciens ne disposaient pas de nos connaissances. Pour eux, il était évident que le soleil et la lune n'étaient que des astres. Leur luminosité paraîtrait bien faible lors de la manifestation en gloire qui devait marquer la fin des temps. Les étoiles n'étaient que de petites poussières et constituaient l'armée céleste qui précéderait l'intervention divine selon le rituel habituel de l'entrée de tout souverain. Enfin, le "poids" de Dieu ne pouvait qu'ébranler les fondements même de l'univers alors qu'il retournait au chaos primitif.

L'ambiance  ainsi libérée apparaît fort différente de l'imagerie habituelle. Nous pouvons ainsi remarquer que l'évangéliste n'évoque pas le jugement que Matthieu attachera à la "fin des temps". Il ne nous met pas en présence d'un Maitre qui pèserait les différentes actions et déterminerait une situation définitive de bonheur ou de condamnation. Il nous parle de Jésus Fils de l'homme qui vient pour rassembler ses élus.

La parabole du figuier accentue cette ambiance de bonheur tout en esquissant la perspective d'un monde nouveau. Nous pourrions nous attendre à ce que soient évoqués les jours d'automne qui concluent la récolte. Il est au contraire parlé de branches qui deviennent tendres, de feuilles qui poussent et annoncent la proximité de l'été.

Conclusion

Avec Marc, nous sommes donc aux antipodes des "complexes" que réveille trop souvent le caractère inéluctable de la "fuite du temps". Ne nous faisons pas trop d'illusion sur l'adhésion que nos contemporains sont susceptibles d'accorder à sa pensée. Pourtant, sachons dépasser le plan des démentis que les faits infligent à toutes les fantaisies prophétiques et à toutes les révélations privées. Marc nous permet un équilibre qui ne nous sort pas de notre humanité ni de sa précarité, tout en permettant à ses virtualités de libérer le meilleur d'elles-mêmes.

Mise à jour le Dimanche, 15 Novembre 2015 16:00
 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr