Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 31ème Dimanche du temps ordinaire


Actualité

Les commentaires ne manquent pas à propos de l'évangile de ce dimanche : "Aimer Dieu de tout son cœur, voilà la premier commandement… Il est inséparable du second : "aimer son prochain comme soi-même". Sous la forme de l'acte de charité, de questions de catéchisme ou d'exhortations dominicales, ce lien nous a été souvent rappelé en milieu chrétien et nous sommes tous convaincus qu'il s'agit là du dynamisme qu'il importe de donner à notre témoignage.

De ce fait, en entendant ce passage, nous serions portés spontanément à un examen de conscience plus qu'à une réflexion. C'est d'ailleurs en ce sens que nous entraînent la plupart des commentaires. Sans nier leur valeur, nous pouvons remarquer que, le plus souvent, ils semblent tenir pour acquis le sens des textes évangéliques qui abordent cette question. Ils passent rapidement à des conclusions morales sur lesquelles tout le monde ne peut qu'être d'accord, même si le comportement concret contredit parfois l'adhésion théorique. Or l'impression générale qui se dégage du texte de Marc nous invite à une tout autre approche.


Evangile 

Evangile selon saint  Marc 12 /28-34

Cinquième développement : la passion-résurrection éclaire la marche de l'histoire - le temps de l'Eglise - Premier éclairage : les bases de toute communauté chrétienne 

e') Le plus grand commandement

= Et venant auprès de lui, l'un des Scribes, les ayant entendus discuter, voyant qu'il avait bien répondu, l'interrogea :

Quel est le premier commandement de tous ?

= Jésus répondit :

Le premier est : (Deutéronome 6/4-5) 

Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Et tu aimeras le Seigneur ton Dieu de ton cœur  entier et de ton âme entière et de ta pensée entière et de ta force entière

Le second est celui-ci : (Lévitique 19/18) 

Tu aimeras ton prochain comme toi-même

Il n'est pas d'autre commandement plus grand que ceux-ci.

= Et le scribe lui dit : Bien, Maître, tu as dit en vérité

qu'il est l'Unique et qu'il n'en est pas d'autre, excepté lui (Deutéronome 4/35) 

et l'aimer de son cœur  entier, et de son intelligence entière, et de sa force entière

et aimer son prochain comme soi-même

est plus excellent que tous les holocaustes et sacrifices

= Et Jésus, voyant qu'il a répondu judicieusement, lui dit :

Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu

Et personne n'osait plus l'interroger

Textes parallèles ayant abordé le thème de ce dimanche au cours des autres années

En Année A = au 30ème ordinaire : Matthieu 22/34-40

En Année C = au 15ème ordinaire : Luc 10/25-28

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Avant toute référence, il importe de mettre en garde contre la tendance habituelle à "écraser" l'originalité de chaque évangéliste en ce qui concerne le lien entre amour de Dieu et amour du prochain. L'intention n'est pas critiquable, car on ne saurait trop insister sur un souci prioritaire de la foi chrétienne : le service de ceux qui nous entourent. Mais, une fois encore, il  faut prendre le temps d'assimiler les nuances que chaque évangéliste met à notre service.

Globalement, nous pouvons signaler que le passage de Marc risque d'être singulièrement réduit en étant "assimilé" à Matthieu. Il suffit de prendre connaissance des commentaires habituellement proposés. La plupart mettent principalement l'accent sur l'amour du prochain selon le verset 4/20 de la première lettre de Jean : "celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, ne saurait aimer Dieu qu'il ne voit pas". L'amour du prochain est présenté sous l'angle d'un commandement "logique", cohérent avec l'amour de Dieu.

* Luc est le plus facile à dégager de toute confusion. La parabole du bon samaritain constitue la réponse de Jésus à la question du légiste : "Que faut-il faire pour hériter de la vie éternelle?" Jésus renvoyait à la Loi dont son interlocuteur résumait la perspective en unifiant amour de Dieu et amour du prochain. La question "Qui est mon prochain?" découle naturellement.

L'enseignement prend place au retour de mission des 72. L'évangéliste amorce la montée vers Jérusalem et regroupe des recommandations historiques qui éclairent la "marche de l'Eglise". Le dynamisme initial des envoyés doit reposer sur le fait "qu'ils ont vu" le témoignage de Jésus et qu'il leur revient de partager ce bonheur. En ce qui concerne l'amour du prochain, leur référence ne peut être que l'exemple de Jésus. La parabole du bon samaritain en illustre les aspects pratiques.

* La présentation de Matthieu a été la moins "trahie" par les commentaires. A quelques jours du vendredi-saint, le premier évangéliste traite des oppositions qui ont abouti à la condamnation de Jésus. Il résume en ce passage les divergences concernant l'interprétation de la Loi. C'est un pharisien qui pose la question "technique" du plus grand commandement, il le fait de façon polémique "pour le mettre à l'épreuve". Jésus répond en soulignant la similitude des deux commandements qu'il situe en premier : l'amour de Dieu et l'amour du prochain.

Dans le commentaire du 30ème Dimanche A, nous avons signalé une double méconnaissance qui pèse souvent sur l'interprétation de Matthieu. La Loi juive évoquait déjà les deux préoccupations concernant l'amour de Dieu et l'amour du prochain ; nombre de rabbins exposaient le même enseignement que Jésus, à savoir l'unité entre les deux commandements. Mais, contrairement à ce que beaucoup pensent généralement, l'opinion majoritaire des enseignants juifs situait l'amour du prochain comme prioritaire et le présentait comme sous-tendant la Loi et les prophètes. Rabbi Hillel (20 avant notre ère) donnait ce principe de base: "Ce que tu ne voudrais pas qu'il t'arrive, ne le fais pas non plus à ton prochain. C'est là toute la Loi, le reste est explication.". A la même époque, Rabbi Aqiba enseignait : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même, c'est le principe fondamental de la Loi". Comme toujours dans les discussions rabbiniques, le sujet était source de divergences.

* Pour vous guider votre réflexion personnelle, il est utile d'anticiper les conclusions que suggère le cadre "faussement" traditionnel que Marc adopte et qui trouveront confirmation en repérant les particularités de sa présentation.

Marc est orienté par la préoccupation de l'amour du prochain, mais, avant sa présentation il chemine de façon originale. En effet, il situe la référence à Dieu en priorité sur la référence à l'homme. Son raisonnement est très réaliste.

1. L'engagement en faveur du prochain suppose une certaine conception de l'homme puisque l'aimer en vérité exige de répondre à ses vrais besoins…

2. Or cette conception de l'homme en appelle, plus ou moins consciemment, à une conception de Dieu. Deux facteurs interviennent : en nous référant à lui comme créateur, nous percevons les "vrais points" que doivent contribuer à un épanouissement efficace… Par ailleurs, en nous référant aux rapports actuels entre monde divin et monde humain, nous percevons les lignes d'engagement où notre action bénéficie d'une "collaboration divine".

3. Or, la "conception de Dieu" ne va pas de soi : au temps de Marc les visages qui lui étaient donnés étaient très divers, ils le restent aujourd'hui malgré les apparences qu'entretient le vocabulaire. Pascal différenciait "le Dieu de Jésus et le Dieu des philosophes et des savants", mais il se montrait bien optimiste en n'envisageant que deux options. Les divergences sont multiples et Marc avait bien compris qu'à ces divergences sur l'imaginaire divin correspondent des divergences sur le réalisme humain…

4. Tout chrétien est donc amené, avant son engagement en faveur de ses contemporains et pour ne pas disperser cet engagement, à se référer au "visage" qui s'est révélé en "Jésus Fils de Dieu"…. Mais ce visage étant bien différent des visages que suscite l'imaginaire habituel lorsqu'il prétend rendre compte de ce monde inconnu, force est de découvrir ce visage avant de reprendre ce qui peut apparaître comme le cours normal des choses :"aimer le prochain en s'inspirant de la manière dont Jésus a aimé ses contemporains, et plus particulièrement ses disciples".

Le cadre susceptible d'ouvrir à la pensée de Marc

Le cinquième développement de Marc mériterait mieux que les quelques passages proposés par la liturgie à l'occasion des derniers dimanches de l'année. Le thème qu'il aborde est d'importance: "la passion-résurrection de Jésus éclaire la marche de l'histoire". Marc embrasse un panorama très vaste puisqu'il envisage la présence de Jésus à l'histoire des hommes au-delà de la résurrection, jusqu'au rassemblement final des élus.

La composition se présente en chiasme. Au centre la foi en la résurrection trouve son assise non seulement en se reliant aux Ecritures, mais en s'intégrant dans le projet créateur. La "puissance de Dieu" le situe en "Dieu de vivants et non en Dieu de morts". Bien entendu cette foi concerne en premier la résurrection de Jésus, mais le pluriel suggère un engagement divin qui vise bien au-delà.

Un premier versant retrace l'essentiel du conflit grandissant entre le Christ et les pouvoirs religieux juifs. Marc mentionne les "points sensibles" de ce conflit en évoquant la purification du Temple, la stérilité du judaïsme comparé à un figuier desséché jusqu'à la racine, l'opposition progressive à Jésus selon la parabole des vignerons homicides, enfin le faux visage politique de la condamnation.

Un second versant ouvre au temps de l'Eglise. Il commence par le passage de ce dimanche. A son propos, nous pouvons utilement faire "fonctionner" ce qui affecte l'organisation littéraire du chiasme. Le dialogue avec le scribe est positionné en "symétrie" de la phrase bien connue, adressée aux pharisiens : "Ce qui est de César, remettez-le à César, et ce qui est de Dieu, remettez-le à Dieu"… Comme le fait Matthieu et nombre de commentaires, cette phrase situe à leur juste place monde politique et monde religieux. Mais sa portée n'est pas étrangère à ce que nous venons de dire sur la priorité de la "découverte" de Dieu pour une meilleure efficacité au service des hommes.

Immédiatement après le passage de ce dimanche, s'engage une discussion concernant les conceptions messianiques. Nous ne pouvons manquer de penser aux hésitations de Pierre et à la découverte qui s'est imposée à lui pour passer de Messie" à "Fils de Dieu". Telle est bien l'exigence que pose l'évangéliste en filigrane de la discussion avec le scribe. Jésus est présenté en "Seigneur", titre réservé à Dieu en Ancien Testament. Par sa résurrection, Jésus est désormais "assis à la droite de Dieu" tout en "oeuvrant avec nous"

Marc poursuivra en rappelant dans l'exemple de la pauvre veuve la valeur de l'humble travail mené par les chrétiens. Il dénoncera ensuite les craintes que peuvent engendrer les perturbations de l'histoire et il conclura sur le retour triomphal de Jésus mettant un terme à la suite des temps.

Les particularités de Marc

Il nous faut bien les repérer et ne pas nous fier à une mémoire souvent influencée par Matthieu. Mais, pour ce faire, il s'avère nécessaire de lire le texte en le disséquant avec rigueur. Les précisions suivantes peuvent  guider votre lecture personnelle et confirmer la pensée globale de Marc.

1. L'ambiance n'est pas celle d'une polémique, le scribe ne cherche pas à mettre Jésus dans l'embarras. Voyant qu'il a bien répondu à la question des sadducéens, il tient à avoir son avis sur une question qui revenait fréquemment en discussion rabbinique en raison de la multiplicité des prescriptions de la Loi. Celle-ci est abordée indirectement par le fait qu'il est question de commandements, Marc semble cependant donner au dialogue une portée plus générale.

2. Jésus ne répond pas en envisageant un commandement unique mais en parlant de deux commandements, situés en premier et en second. Le premier concerne l'amour pour Dieu, le second concerne l'amour pour le prochain. L'auteur poursuit le pluriel dans le verset suivant. "Il n'est pas d'autre commandement plus grand que ceux-ci". C'est le scribe qui unit ensuite les deux perspectives.

Jésus commence par citer quelques versets du Deutéronome qui méritent notre attention car ils unissaient déjà deux perspectives: une confession de foi au Dieu unique et l'amour absolu pour ce Dieu protecteur d'Israël. Il s'agissait de la prière que chaque juif devait réciter le matin et le soir. Le nom qui lui avait été donné: "shéma = écoute" dérivait du premier mot.

La comparaison avec Matthieu est instructive, car Marc cite l'ensemble et en appelle donc à la double orientation initiale dont il est facile de comprendre le sens sous la plume de l'auteur ancien. Celui-ci écrit sans doute aux environs du 8ème siècle avant notre ère. Il s'adresse à un peuple attiré par les multiples religions païennes, diffusées dans les régions environnantes. Il tient à lui souligner sa valeur à un double titre. Comme en témoigne son histoire, Dieu l'a choisi comme peuple privilégié objet de sa bienveillance… Comme en témoigne la Torah, amalgame des anciennes traditions, cette préférence s'est exprimée également dans l'idéal religieux qui lui était proposé. Il semble que, jusqu'au Deutéronome, il était surtout parlé de l'amour que Dieu avait déployé en faveur de son peuple. L'auteur ancien y ajoute la "réponse" qu'il convient de lui donner en "aimant" ce Dieu bienfaisant. L'auteur ancien procède donc de façon "logique", il met d'abord en garde contre l'attirance des faux dieux. Ensuite seulement, il introduit ce qui concerne l'esprit d'amour que tout juif doit réserver à la Loi de Moïse.

Plusieurs siècles après, sous une formulation condensée, la prière juive quotidienne faisait donc plus qu'appeler à l'amour pour Dieu, elle rappelait qu'il était l'unique et que, en raison de l'environnement païen, cette conviction n'allait pas de soi. Un autre verset du Deutéronome précise cet effort de discernement. "Tu chercheras Yahvé et tu le trouveras si tu le recherches de tout ton cœur et de toute ton âme".

Au temps de Marc, cette double préoccupation affectait la mission chrétienne. Le Bassin Méditerranéen foisonnait toujours de religions diverses, issues des cultes passés, des invasions étrangères ou des évolutions culturelles. En milieu palestinien, Jésus avait rencontré des oppositions concernant le "visage" qu'il convenait de donner au Dieu unique, il n'avait pas rencontré de confusions sur son existence. Il n'en était pas de même au temps des apôtres, temps que Marc vivait très concrètement. En lisant les lettres de Paul, nous percevons les difficultés rencontrées pour éviter tout amalgame entre foi chrétienne et "relents" de paganisme.

3. En lisant précisément l'approbation du scribe, nous pouvons remarquer qu'il reprend les deux points en insistant sur la foi au Dieu unique"Il n'en est pas d'autre, excepté lui". Par contre, les deux amours, à l'égard de Dieu et à l'égard du prochain sont unifiés très rapidement.

Nous en arrivons donc à la conclusion que notre passage porte d'abord sur la manière de "concevoir" Dieu, puis sur la manière de l'aimer et ensuite seulement sur l'amour du prochain. Il ne s'agit pas d'un faux cléricalisme, il s'agit d'une lucidité qui évite bien des confusions

4. Cette lucidité ressort également d'une autre comparaison avec le texte biblique. En ce qui concerne l'amour à l'égard de Dieu, celui-ci précise trois orientations, trois "moteurs' personnels: le cœur, le "souffle", la force. Rappelons que les sémites ignoraient la notion de composé humain. Pour eux, l'homme est un tout et les différents mots "techniques" qui lui sont appliqués ne visent qu'à exprimer les divers aspects de ce tout. Comme toujours, les nuances sont difficiles à rendre en raison des différences de civilisation. La Loi parlait d'aimer de son cœur entier = cardiade son âme entière = psychè, de sa force entière = ischyô.

La réponse de Jésus comporte un "supplément" par rapport au texte biblique. Jésus parle d'aimer de "sa pensée entière = dianoia". Dans sa réponse, le scribe opère lui aussi le même changement : il remplace "aimer de son âme entière = psychè" par "aimer de son intelligence entière = syn-hesis". L'idée est la même mais elle est exprimée en langage plus universel. En d'autres passages, Marc reprend ce mot au sens de "comprendre" : "Ecoutez-moi et comprenez-moi bien " (7/14). La même idée.

Cet appel à l'intelligence nous remet en mémoire le mouvement que Marc adopte pour son œuvre. En partant de Jésus de Nazareth et en "comprenant" son premier engagement, il s'agit de le découvrir Messie. En poursuivant ce souci de "comprendre" son témoignage selon les "pensées de Dieu", il s'agit de le découvrir "Fils de Dieu", donc témoin de son visage. Cette révélation éclatera lors de la passion que Jésus vivra en profonde unité avec le Père.

5. La position du scribe par rapport aux holocaustes et aux sacrifices ne correspond pas à une nouveauté en pensée juive. En leur temps, certains prophètes avaient dénoncé une déformation qui menace les comportements religieux de façon permanente. Isaïe en particulier avait repris les critiques du prophète Amos : "Que me font la multitude de vos sacrifices, dit le Seigneur. Les holocaustes de béliers, la graisse des veaux, j'en suis rassasié. Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n'en veux plus" (1/11). 

Il ne s'agissait pas à proprement parler d'une suppression du culte sacrificiel, mais d'un changement d'esprit. Certains courants rabbiniques se voulaient fidèles à cet enseignement et ne pouvaient qu'être d'accord avec Jésus sur les priorités qu'il rappelait en interprétation de la Loi. Historiquement le scribe devait appartenir à l'une de ces écoles. Réciproquement, Jésus ne pouvait trouver cette référence que "judicieuse".

Il est cependant évident que Marc "vise" en priorité les cultes païens qui, pour la plupart, se réduisaient à une pratique sociologique ou superstitieuse. Nous pouvons remarquer que Marc parle d'une réponse alors que Jésus n'a posé aucune question. Celle-ci lui apparaît comme spontanée et universelle.

6. La dernière phrase est victime de la concision de l'évangéliste : "Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu". Marc est le seul à mentionner cette remarque et deux interprétations différentes peuvent lui être données.

Ou bien l'évangéliste invite à ne pas se limiter à une conception "théorique" du lien entre amour pour Dieu et amour pour le prochain. L'important est la mise en pratique des deux commandements. Disons de suite que cette recommandation a valeur en elle-même, mais semble bien "pauvre" en conclusion de ce qui précède et surtout en cohésion avec la pensée générale de l'auteur.

Ou bien il nous faut prendre la phrase en une interprétation stricte. En éliminant les fausses approches qui risquaient de mener sa recherche à des impasses, le scribe a eu le mérite de se frayer le vrai chemin qui mène à l'entrée dans le Royaume. Marc tient à souligner la valeur d'un premier temps de cheminement. Pourtant le scribe doit maintenant poursuivre ce cheminement et franchir le seuil en reconnaissant Jésus ressuscité comme "visage authentique" du Dieu unique auquel il est fait référence. Le passage suivant correspondra exactement à cette idée ; il évoquera à la fois les limites de la référence à David et la position de Jésus "Seigneur siégeant désormais à la droite de Dieu".

En conclusion du contexte, nous aboutissons à la constatation que nous résumions en "alerte" concernant les commentaires possibles. Pour parler de l'amour du prochain, Marc commence par parler de la nécessité de concevoir avec plus d'exactitude la "nature unique" de Dieu et donc son "projet créateur unique" à l'égard des hommes. L'évangéliste ne s'attarde pas sur les évolutions et les confusions qui ont abouti à la pluralité des conceptions païennes. Il importe pour lui d'en sortir mais cet effort n'est déterminant qu'en se fixant sur le "Fils de Dieu" et les deux engagements "historiques" qui nous éclairent, son témoignage en Palestine et sa présence actuelle. Ainsi "purifiés" dans nos conceptions et nettement "éclairés" dans le choix de nos engagements, l'amour pour le prochain ne peut que "couler de source".


Piste possible de réflexion : aimer Dieu avec intelligence… préalable pour aimer son prochain avec efficacité….  

La présentation de Marc

= Nous pouvons facilement constater que l'évangéliste parle très peu de l'amour pour le prochain et qu'il s'attarde principalement sur l'amour pour Dieu. Comme en témoigne la dernière réflexion du scribe, il ne s'agit pas pour l'évangéliste de présenter un Dieu autoritaire qui imposerait ses commandements afin que le bon ordre règne dans sa création. Marc n'aurait pas aussi intensément développé l'humanité des activités de Jésus pour en revenir à cette vision.

Cependant, en réponse à la question du scribe; nous aurions pu attendre la mention d'un commandement unique, ou, comme le fait Matthieu dans la présentation parallèle, la mention d'un jumelage étroit entre les deux citations. Or Jésus parle de deux commandements, et il les situe explicitement en premier et en second. Le premier concerne l'amour pour Dieu, le second concerne l'amour pour le prochain. L'auteur maintient le pluriel dans le verset suivant. "Il n'est pas d'autre commandement plus grand que ceux-ci". C'est le scribe qui unit ensuite les deux perspectives.

Cet ordre ne correspond pas à un classement biblique puisque ces versets sont empruntés à deux livres différents et se présentent en ordre inverse dans le manuscrit ancien. Il ne correspond pas plus à ce que nous connaissons des commentaires rabbiniques. Contrairement à ce que beaucoup pensent généralement, l'opinion majoritaire des enseignants juifs situait l'amour du prochain comme prioritaire et le présentait comme sous-tendant la Loi et les prophètes. Rabbi Hillel (20 avant notre ère) donnait ce principe de base: "Ce que tu ne voudrais pas qu'il t'arrive, ne le fais pas non plus à ton prochain. C'est là toute la Loi, le reste est explication.", A la même époque, Rabbi Aqiba enseignait : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même, c'est le principe fondamental de la Loi".

= Nous pouvons également remarquer que, par deux fois, l'évangéliste fait converger les dynamismes personnels vers l'amour pour Dieu. La loi parlait d'aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa force. Le scribe confirme cette référence dans les mêmes termes. Sans sous-estimer l'intensité de notre adhésion à Dieu, nous penserions utile aujourd'hui de rappeler concrètement ces valeurs dans l'amour pour le prochain.

Ce faisant, nous ne remarquons peut-être pas les "suppléments" que Marc introduit. Il "ajoute" à la liste biblique la nécessité d'aimer Dieu "de tout son esprit", ce que le scribe traduit en langage plus universel par aimer Dieu "de toute son intelligence". Nous percevons l'écho de la vision de foi qui sous-tend le deuxième évangile. Il en appelle à l'intelligence de son lecteur pour adhérer à un cheminement En Jésus de Nazareth, il lui faut découvrir le Messie et, en prêtant attention au "style messianique" qu'a adopté Jésus, il lui faut découvrir son "mystère" de "Fils de Dieu".

= Marc est également le seul évangéliste à "restreindre" la conclusion de l'épisode"Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu". de Dieu", ce qui sous-entend qu'il lui manque une référence. La concision de l'expression peut permettre d'en limiter la portée à un simple appel pour mettre en pratique l'enseignement précédent. Disons de suite que cette recommandation a valeur en elle-même, mais elle semble bien "pauvre" en conclusion de ce qui précède et surtout en cohésion avec la pensée générale de l'auteur.

Il nous faut prendre la phrase en une interprétation stricte. En éliminant les fausses approches qui risquaient de mener sa recherche à des impasses, le scribe a eu le mérite de se frayer le vrai chemin qui mène à l'entrée dans le Royaume. Marc a souligné ces obstacles en évoquant les divers types de religion qui existaient de son temps et en insistant sur celles qui risquaient de "bloquer" l'entrée dans les communautés chrétiennes. Le polythéisme restait attaché aux religions païennes, et la richesse de la Loi juive se dévalorisait dans un culte sans âme.

Le scribe doit donc franchir le seuil et reconnaître en Jésus ressuscité le "visage authentique" du Dieu unique auquel il est fait référence. Le passage suivant correspondra exactement à cette idée et lèvera une dernière difficulté issue des Ecritures. Il évoquera les limites de la référence à David et insistera sur la position que Jésus acquiert par sa résurrection: "Seigneur siégeant désormais à la droite de Dieu".

Le réalisme "théorique" de Marc en ce qui concerne l'amour du prochain

Pour clarifier la pensée de l'évangéliste, nous pouvons d'abord la préciser de façon théorique. Il nous reviendra ensuite de percevoir les difficultés dont il avait conscience et qui demeurent les nôtres… La base de son raisonnement est très réaliste et, de ce fait, revêt une portée universelle dont tous peuvent convenir. Il ne s'agit pas d'opposer deux exigences, à savoir l'amour pour Dieu et l'amour pour le prochain. Il s'agit de les articuler l'une à l'autre. .

1. L'engagement en faveur du prochain suppose une certaine conception de l'homme puisque l'aimer en vérité exige de répondre à ses vrais besoins. Il importe de l'aimer pour lui-même et non pas de l'assimiler à nous-mêmes, ce qui serait la négation d'un amour authentique

2. Cette conception de l'homme en appelle à une conception de la nature humaine et donc, plus ou moins consciemment, à une conception de Dieu. Deux facteurs interviennent : en nous référant à lui comme créateur, nous percevons les "vrais besoins" qui doivent contribuer à un épanouissement efficace de ses créatures… Par ailleurs, en nous référant aux rapports actuels entre monde divin et monde humain, nous percevons les lignes d'engagement où notre action bénéficie d'une "collaboration divine" .

3. Tout chrétien est donc amené, avant son engagement en faveur de ses contemporains, à se référer au "visage" de Dieu qui s'est révélé en Jésus. Cet engagement historique nous est d'un précieux secours puisque, de façon explicite, nous pouvons y lire simultanément le "visage de l'homme" selon le projet de Dieu et le visage des rapports que Dieu veut établir avec l'homme.

4. Un travail de recherche s'impose cependant pour découvrir ces richesses et les mettre en œuvre selon le cadre de chaque civilisation. Au long de son œuvre, Marc s'est efforcé de nous convaincre de la proximité du monde divin et de nous en tracer la portée universelle. Il ne pouvait nous dispenser d'un effort d'intelligence, car Jésus n'a pas mis en œuvre une "méthode standard" pour "aimer notre prochain". Il revient à chaque chrétien de percevoir les lignes de force qui animaient cet exemple vécu et il lui revient simultanément de les transposer au service de ses contemporains. Ensuite seulement il est possible de parler d'un authentique "amour du prochain" selon l'esprit de l'évangile.

Le réalisme "pratique" de Marc en ce qui concerne l'amour du prochain

Heureusement pour nous, pas plus que Jésus, Marc ne s'est limité à exposer une théorie sur l'amour du prochain. Il a inséré dans son évangile le réalisme d'un missionnaire "engagé" qui savait de quoi il parlait. Nous en avons un nouvel exemple en prêtant attention aux nuances de ce passage.

C'est sans doute en étant confronté à la mission auprès des populations très diversifiées du Bassin Méditerranéen que Marc, vers l'an 66, a été amené à approfondir le message. Historiquement Jésus avait certainement abordé la question des rapports entre amour pour Dieu et amour pour le prochain, mais il l'avait exprimé dans le cadre juif, cadre très humaniste en même temps que très religieux selon l'originalité de la foi de son peuple. Sur le point qui nous intéresse, il semble que la présentation de Matthieu transcrit tel quel le modèle de pensée initial. Marc ne dit pas le contraire, mais, au nom de la vérité profonde qu'il perçoit dans l'évangile et au nom de son universalité, il en "organise" plus nettement la présentation

a) Les difficultés viennent d'abord de la diversité des "conceptions de l'homme". L'homme est un être social et un être personnel. En tant qu'être social, le rapport à ceux qui l'entourent s'impose comme une exigence et tous en admettent facilement le principe. En engagement pratique, ces deux qualités se conjuguent à la liberté et ouvrent un grand champ d'options. Les civilisations qui se mettent en place portent toutes l'aspiration à répondre aux vrais besoins de leurs membres. En ce qui concerne les besoins élémentaires, globalement, un dénominateur commun s'impose à elles. Il n'en est pas de même pour la multitude des aspirations qui habitent l'esprit et le cœur humain. Ainsi se différencient diverses "conceptions de l'homme"… Il en découle diverses conceptions "du prochain" et, en suite logique, diverses conceptions des besoins qui conditionnent son épanouissement…

L'amour du prochain est donc très dépendant du sens de l'homme admis ou construit en un temps ou en un lieu. Marc le découvrait en évangélisant le bassin de la méditerranée et en s'éloignant du milieu palestinien qui avait marqué sa formation première. Dans notre cas, la prédominance de la culture occidentale a longtemps laissé croire à la facilité de définir les traits d'un "homme universel". Ce sont ces traits qui, souvent inconsciemment, ont servi d'objectifs lorsqu’était évoqué l'épanouissement du prochain. La mondialisation actuelle nous permet de comprendre le choc que Marc a ressenti lorsque la mission chrétienne l'a éloigné vers de nouveaux horizons. Comme nous, il découvrait que d'autres types d'humanité inspiraient des continents entiers et engendraient des aspirations différentes des nôtres sans pour autant nuire à l'équilibre personnel des intéressés.

b) Il découvrait également la diversité des "conceptions de Dieu" qui prétendaient justifier les mœurs  et les comportements des différents peuples. A cette époque, la Loi avait orienté la foi juive vers un humanisme qui situait ce peuple "en avance" sur les nations qui l'entouraient. En raison de la rudesse des civilisations païennes, il était facile de constater "l'inhumanité" de certaines civilisations. Ceci permet de comprendre le panorama des références "improductives" que l'évangéliste dénonce en ce qui concerne l'amour pour le prochain.

Par deux fois, il dénie au paganisme toute efficacité. Sans doute perçoit-il la multiplicité des divinités comme répondant aux désirs de prospérité, de sécurité, de fécondité et entretenant à moindre frais les tendances individualistes habituelles. On ne peut que partager son jugement lorsqu'on prend connaissance des mythologies anciennes. Nous comprenons l'insistance sur la foi au Dieu unique avant toute considération sur l'amour du prochain. L'évangéliste n'évoque pas explicitement la sagesse grecque. Sans doute lui paraît-elle également critiquable au nom du schéma qui situait Dieu en Etre suprême réglant le monde des hommes selon sa libre volonté. Par ailleurs, les Actes des Apôtres mentionnaient l'opposition qu'elle entretenait à l'encontre de la jeune pensée chrétienne. Enfin, hors de Palestine, les apôtres ne peuvent que constater les limites du rayonnement juif. Formé en milieu biblique, l'évangéliste connaît les critiques que Jésus lui a adressées. Il constate également la sclérose qui a peu à peu restreint cette richesse au seul souci cultuel des holocaustes et des sacrifices.

En lisant les lettres de Paul, il apparaît que cet environnement pesait lourd sur les communautés chrétiennes. Nombre de convertis étaient issus de cette variété de religions et de cultes. Bien que sensibles à l'universalité du message et au large accueil que leur réservaient les missionnaires, ils n'en conservaient pas moins des "réflexes" antérieurs. Tel ce scribe, leur "bonne volonté" exigeait d'être éclairée et mieux orientée. Rappelons-nous que les évangiles n'étaient pas encore écrits, la spontanéité des prédicateurs ne suffisait pas…

c) Conscients de cet arrière-plan, nous ne devons pas être étonnés du plan qu'adopte Marc pour présenter Jésus en double témoignage de son humanité et de sa divinité. Son humanité contrastait non seulement avec le comportement ancien des pharisiens, mais avec le comportement que favorisaient la plupart des civilisations contemporaines. En outre, l'originalité de sa divinité faisait plus que confirmer son humanité, elle ouvrait une brèche au cœur des conceptions sur lesquelles s'étaient construites les civilisations communes.

Encore fallait-il accepter les ruptures profondes qu'impliquait un message récent, centré sur un témoignage fort limité dans le temps et encore plus limité dans l'espace ! Et, pour les accepter, encore fallait-il en comprendre les racines et les enjeux !

Les difficultés actuelles relatives au lien entre amour de Dieu et amour du prochain

Même si l'expérience de l'évangéliste était différente de la nôtre, il est possible de préciser certaines similitudes. La présentation de Marc rejoint nos propres difficultés au double niveau de nos conversations habituelles et de nos réactions vis-à-vis de la situation mondiale.

Au plan personnel, fort heureusement, nous nous sentons libérés de certaines exclusives passées. Il ne nous viendrait pas à l'idée de prétendre que seuls les chrétiens sont capables d'aimer les autres. Nous n'hésitons pas à reconnaître la valeur de nombreux engagements qui se réclament d'un autre idéal que le nôtre. Nous sommes également sortis des confusions qui prétendaient déceler en toute action bienfaitrice le signe de "chrétiens qui s'ignorent". Un plus grand respect des personnes invite actuellement à une meilleure analyse des motivations.

Mais il s'ensuit souvent un déséquilibre en sens inverse. Que de fois n'entend-on pas la réflexion : "Je n'ai pas le temps de pratiquer, mais l'important n'est-il pas d'aimer son prochain!". Faute d'avoir réfléchi personnellement à la meilleure manière d'y répondre, nous nous trouvons décontenancés. A juste raison, nous sentons qu'il y a une faille et nous ne sommes pas dupes de la facilité qui entretient la bonne conscience des intéressés. Mais nous nous trouvons dans la situation de Jésus face à l'homme riche. Dans le cadre actuel, tout engagement en faveur des autres est estimable… et pourtant la "religion" qui le soutient apparaît souvent bien "rétrécie". Finalement, il n'y a qu'un seul prochain auquel on ne consacre qu'un minimum de temps et d'intérêt… et c'est le Christ.

Nous pouvons également rejoindre la réflexion de Marc en pensant aux désillusions qui peuvent être les nôtres à la vue des misères qui continuent d'écraser nos contemporains à l'échelle mondiale.

Jamais nous n'avons été aussi bien informés, en statistiques ou en reportages visuels. Les détresses nous sont rendues présentes et suscitent en beaucoup un désir sincère de les soulager. Et pourtant, d'année en année, les facteurs d'aliénation poursuivent leur travail pernicieux. Les solutions imaginées en vue d'un ordre mondial équilibré se révèlent de plus en plus complexes. L'humanisme qui a épanoui le continent occidental devient un rêve. Et, ce qui est plus déconcertant, certaines manifestations de violence nous laissent pantois en ajoutant leurs pesanteurs à une situation qui n'en avait nul besoin.

En un mot, l'amour du prochain vacille sur les bases qui lui étaient données jusque- là. Cette constatation ne peut manquer d'engendrer un repli sur soi, personnel ou collectif. Nous sentant impuissants à rectifier les injustices et à soulager les misères, nous risquons de céder à un pessimisme désabusé.

C'est alors qu'une réflexion s'impose, réflexion qui ne conteste pas la situation mais cherche à émerger du brouhaha des regrets ou des solutions à courte vue. Telle est bien la réflexion que nous propose Marc. Bien entendu, en conversation individuelle, nous ne pourrons pas l'évoquer aussi clairement, mais entre nous nous aurions tort de nous priver de son analyse. En conclusion n'hésitons pas à en rappeler les grandes lignes.

Conclusion : les "priorités" que Marc nous conseille

        1.Priorité à une référence religieuse "intelligente"…

Un fait est incontestable : malgré certains traits universels, les civilisations qui se partagent notre monde sont diverses quant au sens de l'homme qui les sous-tend, implicitement ou explicitement. Même si cette dépendance est souvent contestée en littérature occidentale, les liens sont multiples entre sens de l'homme et sens de Dieu, entre civilisation et religion. En amont, l'inconnu de la création est pensé selon l'imaginaire qui habite les esprits en un lieu et en un temps donné. En aval il cautionne une vision collective qui déborde le cadre des explications et commande à l'organisation de la vie commune.

Il ne s'agit pas là d'une pure conclusion inventée par les sciences humaines. Nous le constatons en négatif dans les violences récentes. Ce n'est pas n'importe quelle vision du prochain qui pousse à certains comportements. Par ailleurs, ce n'est pas n'importe quel sens de Dieu qui a déterminé auparavant la forme de l'engagement. Qu'on le veuille ou non, l'amour vrai pour le prochain exige donc de dépasser le plan moral d'obéissance à une loi de cohésion sociale pour se référer à une pensée de nature religieuse. .

2. Priorité à une réflexion évangélique "nourrissante"…

Un autre fait est incontestable. Même au vingt et unième siècle, les visages donnés au monde divin restent multiples. Les chrétiens en ont toujours eu conscience lorsqu'ils évoquaient les religions qu'ils qualifiaient de païennes ou d'infidèles. Mais il importe aujourd'hui qu'ils admettent une évidence plus préoccupante. Cette influence entre civilisation et conception religieuse a aussi affecté la transmission courante du témoignage de Jésus. Pascal n'avait pas tort lorsqu'il différenciait "le Dieu de Jésus et le Dieu des philosophes et des savants", mais il se montrait bien optimiste en n'envisageant que deux options. Sous diverses influences, l'imaginaire religieux à prétention chrétienne a contaminé la présentation de sa propre source.

Il en est souvent résulté des contradictions entre la "conception commune du Dieu chrétien " et les comportements historiques qui s'en réclamaient. Heureusement, les évangiles n'ont pas été matériellement altérés par les commentaires qui enrobaient leur prédication. Et nous pouvons actuellement puiser plus directement à leur richesse.

3. Invitation à poursuivre la recherche…

Les qualificatifs que Marc ajoutait aux textes traditionnels sont donc toujours d'actualité: chercher avec amour et intelligence. Certes, il serait abusif d'estimer que notre position nous situe simplement "à la porte du Royaume", mais nous ne pouvons nous satisfaire de confusions qui constituent des handicaps aussi dommageables que ceux qui entravaient le cheminement du scribe.

Tout chrétien est donc amené, avant son engagement en faveur de ses contemporains et pour ne pas disperser cet engagement, à se référer au "visage" qui s'est révélé en "Jésus Fils de Dieu"…. Mais ce visage étant bien différent des visages que suscite l'imaginaire habituel lorsqu'il prétend rendre compte de ce monde inconnu, force est de découvrir ce visage avant de reprendre ce qui peut apparaître comme le cours normal des choses :"aimer le prochain en s'inspirant de la manière dont Jésus a aimé ses contemporains, et plus particulièrement ses disciples".

Mise à jour le Vendredi, 31 Octobre 2014 10:48
 
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