Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 30ème Dimanche du temps ordinaire

Année B : 30ème Dimanche du temps ordinaire

 

Actualité

En abordant la guérison de l'aveugle, il importe de ne pas l'isoler de la réflexion qui nous a été proposée par l'évangéliste au long des derniers dimanches. Marc a abordé quelques "points sensibles" concernant nos convictions et nos comportements, en milieu quotidien comme en milieu chrétien. A la lumière de la passion-résurrection de Jésus, il nous a invités à sortir d'un certain aveuglement qui affecte naturellement l'activité humaine. Il lui paraît donc naturel de rappeler ce cheminement en symbolisant ses grandes lignes dans l'exemple de Bartimée.

C'est donc en pensant à la densité de tout ce qui a précédé que nous pouvons prêter attention à ce passage et en dégager les niveaux de signification comme autant de "rappels".

Evangile  

Evangile selon saint Marc 10 /46-52

Quatrième développement : la passion-résurrection éclaire la vie du disciple

a') finale: l'aveugle de Jéricho 

Et ils viennent à Jéricho. Et comme il s'en allait de Jéricho, lui et ses disciples et une foule suffisante,

le fils de Timée - Bartimée -, un aveugle, était assis le long du chemin,

en mendiant

Et ayant entendu que c'était Jésus le Nazarénien, il commença à crier et à dire: Fils de David, Jésus, prends pitié de moi !

Beaucoup le rabrouaient afin qu'il se taise. Celui-ci criait beaucoup plus : Fils de David prends pitié de moi

Et Jésus, s'arrêtant, dit : Convoquez-le

Et ils convoquent: l'aveugle, en lui disant : Aie confiance. Réveille-toi, il te convoque

Celui-ci, ayant rejeté son manteau, ayant bondi, vint auprès de Jésus.

Et lui répondant, Jésus dit : Que veux-tu que je fasse pour toi ? Or l'aveugle lui dit : Rabbouni, que je lève le regard !

Et Jésus lui dit : Pars, ta foi t'a sauvé.

Et aussitôt il leva le regard et il suivait Jésus sur le chemin.


Contexte des versets retenus par la liturgie

* Dans l'ensemble de son œuvre, Marc retient deux guérisons d'aveugles et il en fait le cadre de son quatrième développement relatif à la vie du disciple. Pour faciliter la comparaison, voici le texte de la première guérison.

a) L'aveugle de Bethsaïde 8/22 

Et ils viennent à Bethsaïde et on lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher

Et empoignant la main de l'aveugle, il l'emporta en dehors du village et ayant craché sur ses yeux, lui ayant imposé les mains, il l'interrogeait : Est-ce que tu aperçois quelque chose ? Et levant le regard, il disait : J'aperçois les hommes ; comme des arbres je les vois marcher.

Ensuite, de nouveau il imposa les mains sur ses yeux et il voyait bien et sa vue lui fut restituée et il fixait le regard distinctement sur tout

Et il l'envoya vers sa maison en disant : N'entre même pas dans le village.

* Le quatrième développement se composait de trois ensembles, chaque ensemble faisant correspondre un groupe d'enseignements à une annonce de la passion-résurrection. Le "rythme" de ces groupes d'enseignements comportait généralement deux temps d'approfondissement. Nous pouvons remarquer que les deux guérisons comportent, elles aussi, deux temps avec des nuances intéressantes Il est évident que leur portée est fortement symbolique.

* Ce passage se présente en exemple-type de la rédaction de Marc  Il peut être utile de rappeler les éléments qui se dégagent d'une présentation simplifiée :

= un mendiant (donc en recherche) qui se sait aveugle et qui se situe en position de disciple à l'écoute d'un enseignement (il est assis) au bord du chemin qui mène Jésus à sa passion-résurrection...

= une foule, mêlant disciples et autres contemporains, qui se situe en position d’indifférence et, pour une part, en opposition au nom de ses traditions (tout malade est considéré comme puni de Dieu; il est donc inutile d'en faire cas)…

= un homme têtu, nullement déconcerté par les pesanteurs de l'environnement, centré sur sa recherche de Jésus (dont il pressent la simplicité et la richesse d'humanité en tant que "fils de David") - prêt à "bondir" au moindre appel en se libérant de son "manteau" (évoquant les richesses puisque c'était là que les passants jetaient leurs aumônes) …

= l'activité de Jésus, selon le visage qu'elle présente depuis le début de son engagement public: priorité de la personne sur la foule et intervention discrète pour neutraliser le poids de celle-ci… matérialité des plus réduites relativement au "mode opératoire", aucune parole, aucun geste… précision concernant la recherche et mise en valeur de la foi intérieure; il est évident que la guérison vient de lui et pourtant ses paroles semblent "inverser" les choses en soulignant les mérites de l'aveugle…

= sens du chemin que la foi fait rejoindre : la direction en est Jérusalem, lieu de la passion, mais l'aveugle en a anticipé la valeur de résurrection; il est passé des ténèbres à la lumière et il s'est "levé" mot grec équivalent à ressusciter.

Tout au long de l'épisode, deux engagements se sont conjugués, "en même temps et dans la même mesure", celui de Jésus et celui de l'aveugle qui s'ouvrait à lui.

* Vous pouvez "étendre" la portée de cet épisode en le reliant aux trois ensembles qui le précédent et que Marc a construits à partir des trois annonces de la passion-résurrection. Sa composition est très cohérente en conclusion du développement qui a retenu notre réflexion au long des dimanches précédents.

Au fur et à mesure que les apôtres ont perçu le message de Jésus, ils ont été amenés à sortir d'un certain "aveuglement"… Pierre en est le meilleur exemple lorsqu'il exprime ses difficultés pour assimiler le messianisme dont témoignait Jésus… Mais les autres apôtres et les membres de la première communauté n'ont pas été dispensés de cette évolution. Marc pressentait qu'il en serait ainsi lors de l'accession à la foi en tous temps et en tous lieux… C'est pourquoi, en éclairage de la passion-résurrection, il sélectionnait quelques points sensibles universels : priorité du service et attention aux petits, liberté à l'égard des biens matériels, engagement dans la mission…

Il ne s'agissait pas de pressions venant "d'en-haut" mais de pressions "humaines", habituelles à de multiples comportements sociaux ou religieux. Tout homme est naturellement conditionné par son milieu familial ou culturel. La foi chrétienne l'invite à "bondir" et c'est à ce mouvement que l'évangéliste invitait en rassemblant les trois groupes d'enseignements qui accompagnaient les annonces de la passion-résurrection.

* Vous pouvez également "étendre" la portée de cet épisode en le reliant à la guérison qui ouvrait le développement et présentait sous un jour semblable le "rythme" qui conduit de l'aveuglement à la foi. Cet épisode - concernant l'aveugle de Bethsaïde, donc l'aveugle de Galilée - n'est pas repris par la liturgie, pourtant il "s'articule" harmonieusement avec l'aveugle de Jéricho, à quelques kilomètres de Jérusalem et à quelques jours des événements de Pâques.

La guérison de l'aveugle de Galilée est difficile. Elle s'opère en deux temps, hors du bourg et donc de la foule… la Parole de Jésus, symbolisée par le salive, et son engagement, symbolisé par ses mains, jouent un rôle important. L'aveugle guéri reçoit la recommandation symbolique de "ne pas rentrer dans le village", milieu qui risque de le ramener à la cécité de son environnement antérieur. Ce cheminement préparait le mouvement de la réflexion proposé dans la suite du développement.

* Au chapitre 9 du quatrième évangile, la guérison de l'aveugle de naissance semble s'appuyer sur la même tradition. Il est intéressant de voir les convergences et les compléments entre les deux présentations.

La même ambiance positive sous-tend l'épisode. "Les disciples demandèrent à Jésus :"Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle?" Jésus répondit: "ni lui, ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu".

Chez Jean, la lumière qu'apporte l'humanité de Jésus est exprimée symboliquement par référence à la création de la Genèse : Jésus façonne de la boue avec sa salive, sa Parole, et enduit les yeux de l'aveugle. Chez Marc, les enseignements liés aux annonces de la passion-résurrection concernent également des dimensions bien concrètes de la vie du disciple.

Chez Jean, Jésus prescrit à l'aveugle-né d'aller "se laver à la piscine de Siloé, ce qui veut dire : Envoyé". En un style différent, c'est ce que Marc nous conseillait au long du développement précédent et c'est ce qu'il exprime en mentionnant que "l'aveugle bondit vers Jésus" alors qu'il n'est pas encore guéri.

 Quelques précisions

- Jéricho est aussi appelé "ville des palmiers". Elle avait été reconstruite avec magnificence par Hérode le Grand près des ruines d'une cité cananéenne du même nom. Le site correspond à la plus ancienne ville connue de l'histoire (7000 ans avant notre ère) et se présente en ville la plus basse de la planète (250 mètres en dessous du niveau de la mer). Elle fut souvent détruite et reconstruite comme en témoignent les fouilles archéologiques menées à cet endroit.

Construite le long d'un oued, elle est entourée d'une oasis très fertile et bénéficie d'un climat très doux. Elle était reliée à Jérusalem par une route escarpée qui traversait le désert de Juda durant 37 kilomètres. Beaucoup de pèlerins et de marchands s'arrêtaient à Jéricho avant d'entreprendre la rude montée vers Jérusalem (plus de 1000 mètres de dénivellation). La cité fut peu à peu abandonnée après la destruction de Jérusalem en 70.

- Ce que les anciens appelaient le manteau consistait en une pièce rectangulaire de laine ou de lin, non cousue, avec ouverture pour les bras. Il ne s'agit donc pas de manteau au sens moderne. L'aveugle devait être assis pour mendier et tendait cette étoffe entre ses genoux afin de recueillir les aumônes que les passants pouvaient y jeter.

Piste possible de réflexion : l'itinéraire de notre passion-résurrection …

Le schéma du cheminement chrétien selon Marc

Il est relativement facile de "laisser parler" le texte en rapprochements symboliques évidents. Nous avons là un exemple type de la composition qu'adopte Marc. A la manière d'une bande dessinée, plusieurs petits tableaux se succèdent tout en s'articulant pour "dérouler" une histoire. Chaque détail est affecté d'un pouvoir évocateur qui fait ressortir l'essentiel de la pensée de l'auteur.

= L'épisode ne concerne pas un anonyme, mais une personne précise, insérée dans un environnement : le fils de Timée. Celui-ci est aveugle sans autre précision sur la source de son handicap. Mais il est aussi mendiant, donc en recherche et il est assis, donc en position d'écoute au bord du chemin qui mène Jésus à sa passion-résurrection...

= La foule mêle disciples et autres contemporains. Elle paraît indifférente, de façon plutôt négative puisque "beaucoup" manifestent leur opposition. Rappelons-nous qu'en ce temps, tout malade était considéré comme puni de Dieu; il était donc inutile d'en faire cas.

= L'aveugle est têtu. Nullement déconcerté par les pesanteurs de l'environnement, il reste centré sur Jésus, dont il pressent la simplicité et la richesse d'humanité en tant que "fils de David". Il se tient prêt à "bondir" au moindre appel en se libérant de son "manteau", tendu entre ses genoux pour recevoir les aumônes que les passants lui jetaient.

= L'activité de Jésus est cohérente avec le visage qu'elle présente depuis le début de son engagement public. Il donne priorité à la personne sur la foule. Pour neutraliser le poids de celle-ci son intervention reste discrète …Il provoque une amorce de dialogue bien que, à l'évidence, la réponse ne fait aucune doute... La matérialité relative au "mode opératoire" est des plus réduites: aucune parole, aucun geste… Jésus semble "inverser les rôles" en attribuant la guérison à la recherche et à la foi intérieure…

= Jésus n'a rien demandé en échange de cette guérison. L'attitude de l'aveugle apparaît ainsi comme prolongement naturel de l'action de Jésus. Il se situe désormais sur le chemin que sa foi lui a fait rejoindre: la direction en est Jérusalem, lieu de la passion. Mais il en a anticipé la valeur de résurrection; il est passé des ténèbres à la lumière et il s'est "levé" mot grec équivalant à ressusciter.

= Tout au long de l'épisode, deux engagements se sont conjugués, "en même temps et dans la même mesure", celui de Jésus et celui de l'aveugle qui s'ouvrait à lui.

Les étapes de la route qui mène à la foi …

Sans grand effort, nous comprenons le rapprochement que Marc nous suggère avec notre propre foi. Mais, pour plus de clarté, il peut être judicieux d'illustrer chacune de ces étapes en rappelant les enseignements qui ont précédé.

1. Admettre certains aveuglements …

Dans l'ensemble de son œuvre, Marc ne mentionne que deux guérisons d'aveugle. Il en fait le cadre du développement concernant les trois annonces de la passion-résurrection. C'est dire le symbolisme qu'il affecte à ce handicap en rapport avec les enseignements qu'il regroupe.

A parler strictement, un aveugle n'est pas réduit à l'inactivité, il peut continuer à vivre presque normalement et à échanger avec ses semblables. Simplement, sa mobilité est réduite. Sa marche devient hésitante en raison des obstacles dont la présence lui échappe et des hésitations sur la direction à prendre. Ses rapports aux autres sont retardés puisqu'il ne peut reconnaître ses interlocuteurs qu'à la voix. Tel est le jugement que Marc portait sur l'humanité où Jésus s'était incarné et nous pouvons estimer que la comparaison avec un aveugle était assez lucide.

Dans le développement précédent, Marc nous a signalé de nombreux cas d'aveuglement. Certes, il ne pouvait pas aborder le détail de nos activités habituelles, mais il en a éclairé l'essentiel à partir des trois plans sur lesquels Jésus a mené le combat qui affecte sa passion-résurrection : combat contre les pesanteurs religieuses, combat contre les pesanteurs sociales, combat contre les pesanteurs personnelles.

Pierre semblait "voir" lorsqu'il reconnaissait en Jésus le Messie. Il se différenciait de ses contemporains. Et pourtant il était aveugle, car il ne comprenait pas qu'il lui fallait rompre encore plus nettement avec sa première formation. Les Douze semblaient "voir" lorsqu'ils se regroupaient au lendemain de la résurrection. Et pourtant ils étaient aveugles lorsqu'il leur a fallu organiser la première communauté. Les textes prophétiques les autorisaient à rêver d'un nouveau royaume, les années vécues avec Jésus les autorisaient à occuper une place prioritaire et pourtant la tentation de hiérarchie risquait de contaminer les relations mutuelles. Il leur revenait de considérer leurs souvenirs comme un service en faveur de ceux qui n'avaient pas bénéficié de la même intimité.

Jean était aveugle lorsqu'il se donnait le droit de restreindre au seul groupe chrétien toute action "au nom de Jésus". Les pharisiens étaient aveugles lorsqu'ils interdisaient à Jésus de contester leurs traditions, que ce soit en coutumes sociales, en vie conjugale ou en vie familiale. L'homme riche était aveugle lorsqu'il pensait valoriser sa vie en excluant de ses préoccupations toute idée de partage de ses biens. Jacques et Jean étaient aveugles lorsqu'ils concevaient les places futures dans le Royaume selon des vues humaines puériles.

Jésus avait pourtant souvent rappelé dans son enseignement ce que le simple bon sens peut suggérer: "Que sert à un homme de gagner le monde entier et d'être ruiné quant à sa vie. Que peut donner un homme en échange de sa vie"… "Il n'est personne qui fasse un geste de puissance en mon Nom et qui, aussitôt après dise du mal de moi"… "Vous ne savez pas ce que vous demandez lorsque vous imaginez le ciel avec des places à droite ou à gauche"…

Oui mais, telle est notre humanité. Dans un passage parallèle, Jean l'évangéliste évoque le handicap d'aveuglement comme un handicap de naissance. Cependant, comme Marc, il ne porte pas un jugement péjoratif sur cette situation. Lorsque les témoins posent la question: "Maître, qui a péché pour qu'il soit né aveugle ? Lui ou ses parents?" Jésus répond calmement: "ni lui, ni ses parents n'ont péché, mais en lui sont appelées à se manifester les œuvres de Dieu".

2. Se situer en recherche …

Face à leur situation d'aveuglement, les hommes réagissent différemment. Il serait facile d'évoquer les différents terrains de la parabole du semeur pour caractériser les attitudes que nous confirme l'expérience. Les uns ne se posent aucune question et vivent au gré des événements. Ils se contentent d'une existence sans histoire et sans ambition, en un mot une existence d'honnête homme comme celle qu'évoquait l'homme riche. D'autres sont sensibles aux problèmes religieux, sociaux ou personnels que pose la condition humaine. Mais, hormis quelques temps forts qui marquent occasionnellement leur vie, ils se laissent étouffer par les problèmes immédiats. Le courant de la vie les emporte et le contexte actuel ne risque pas de les alerter.

Cependant, bien que minoritaire ou dispersé en réflexions individuelles, il y a le groupe de ceux qui refusent la fatalité et s'entêtent à contrer les facteurs de déshumanisation dont ils ont conscience. A juste raison, ils ne se contentent pas d'agir au gré d'une sentimentalité passagère, ils réfléchissent au sens possible d'un engagement efficace au service des personnes. Leur recherche est souvent méritoire, car elle reste très dépendante du temps et du lieu où ils ont pris place dans la longue chaîne de notre humanité. Les connaissances historiques nous révèlent la multiplicité des recherches passées et les rapprochements internationaux actuels nous mettent au contact de pensées dont il convient de respecter la valeur.

Historiquement Jésus s'est proposé au niveau de cette recherche dans le cadre juif de son époque. Son enseignement s'est inscrit dans notre humanité avant de s'inscrire dans notre éternité. Marc l'a bien compris lorsqu'il a rédigé son évangile en gardant à la foi chrétienne les traits qui l'avaient caractérisée dès l'origine.

3. Percevoir la densité de l'évangile …

Malheureusement, les aléas de l'histoire de l'Eglise risquent d'altérer aujourd'hui la densité d'humanité de l'évangile. Nombre de nos contemporains n'ont même pas idée que le témoignage de Jésus s'est voulu réponse à la recherche des hommes et a adopté un style qui permettait à cette recherche de ne pas s'enliser dans des impasses. Les pesanteurs religieuses ont réussi à faire de Jésus un "Seigneur que l'on sert" alors qu'il se situait lui-même en serviteur de tous. Les pesanteurs sociales ont transformé en code moral son enseignement alors qu'il se présentait en éclairage visant à épanouir concrètement les membres de la communauté humaine. Les pesanteurs personnelles ont entretenu en son nom un jugement négatif en insistant sur le péché et la passion alors que tout l'évangile est lumière de résurrection.

L'appel de l'aveugle s'appuie sur un même retour aux sources. Avec le recul, nous percevons mal la densité du lien que l'infirme établissait entre Jésus et David. L'expression "fils de David" était porteuse d'une espérance très concrète. Par-delà les perturbations des dix derniers siècles, elle en référait à celui qui restait pour les juifs le témoin de la fidélité de Dieu et un modèle de simplicité.

Bartimée ne peut donc être assimilé à un pur "païen", son appel à Jésus suppose une première connaissance religieuse et une foi latente dans l'engagement du Créateur en faveur de son peuple. Tout comme l'appel actuel à l'évangile, son cri ne rencontre qu'indifférence et suscite même une certaine hostilité.

4. Accepter de "bondir" vers Jésus…

Nous en faisons tous l'expérience: avec la foi chrétienne, la persévérance et l'entêtement se révèlent fructueux. Mais nous constatons qu'il est bien difficile d'en convaincre notre environnement. Ce que nous pourrions prendre pour une anomalie dans la présentation de Marc prend alors toute sa valeur. Avant même d'être guéri, l'aveugle "bondit" et vient à Jésus. Il est toujours aveugle, il ne peut se fier qu'à la voix, mais cela lui suffit pour venir à Jésus. C'est en entendant Jésus qu’il le voit.

La foi qui le sauve ne se réduit donc pas à un vague attachement intellectuel ou sentimental. Elle n'est pas de l'ordre de la croyance ou de la morale. Elle est rencontre de personne à personne. L'une a rejeté son manteau, souvenir des pesanteurs passées, l'autre est en marche vers Jérusalem, triomphe de la résurrection sur toutes les formes de passion.

5. Se mettre en route sur le chemin de la passion-résurrection…

Mais, durant quelques instants, les deux s'expriment. En un premier temps, bien que son espérance soit évidente, Jésus invite Bartimée à en témoigner. Pour l'aveugle, Jésus n'est plus le "fils de David", personnage lointain, il est "Rabbouni" selon l'appellation familière donnée aux enseignants. Ce qu'il demande, c'est de "voir en avant" ou "voir en haut" selon une expression condensée difficile à traduire. Dans sa réponse Jésus dépasse donc l'espérance initiale. Il n'est plus question de "voir", mais de "partir" et c'est bien ce que comprend l'aveugle guéri en suivant Jésus sur le chemin de Jérusalem.

Marc ne pouvait trouver meilleure conclusion aux invitations qu'il avait concentrées en arrière-plan des trois annonces de la passion-résurrection.

L'accompagnement de Jésus …

En focalisant notre attention sur Bartimée, nous risquons d'oublier ce que ce passage nous livre à propos de "l'accompagnement" de Jésus au long du cheminement de sa foi. Nous y retrouvons des qualités que nous connaissons mais la forme que Marc leur donne n'est pas sans intérêt.

1. Discrétion et respect du jeu des libertés …

Ne nous égarons pas en mauvaises questions. Ne cherchons pas à imaginer ce qui serait advenu si l'aveugle avait été plus timide et s'était laissé influencer par la foule ?  Il ne manque pas d'exemples dans l'évangile où Jésus a rejoint les malades et les a guéris malgré un environnement défavorable. Prenons ce texte tel que Marc nous le présente en évocation de la présence actuelle de Jésus ressuscité lors du cheminement de notre foi.

Nous sommes loin de l'action spectaculaire d'un Seigneur triomphant dans le ciel. Nous sommes dans notre monde, avec les risques de notre monde. Le premier reste l'indifférence et même l'opposition du milieu contemporain. Sur ce point, Marc n'hésite pas à mêler les disciples à la foule, ce qui suppose qu'eux aussi "rabrouaient l'aveugle afin qu'il se taise"…Mais il valorise également cette foule qui suivait Jésus malgré les menaces qui commençait à peser sur lui.

Jésus ne fait que s'arrêter sans formuler de reproche. La foule témoigne de son caractère versatile mais c'est dans le bon sens. Il est regrettable qu'elle ne comprenne pas mais elle transmet la réponse positive que Jésus veut adresser à l'aveugle.

Malgré son caractère public, la guérison s'opère avec un maximum de discrétion. Aucune parole rappelant l'ancien handicap, aucun geste à portée miraculeuse. Jésus parle d'intériorité et anticipe l'attitude normale de quelqu'un qui voit désormais le chemin.

2. Confiance en l'homme…

A cette occasion, comme en bien d'autres, Jésus témoigne de la confiance qu'il met en l'homme. La vision chrétienne a  totalement inversée les mentalités habituelles. Sous prétexte de souligner les bienfaits apportés par le Christ, certains enseignements ont cru bon de présenter l'homme comme un "pauvre type", seulement capable de commettre le mal et dont l'unique mérite serait de se reconnaître pécheur devant Dieu.

Dans ce passage, ressort une vision totalement différente. Que ce soit à l'égard des foules comme à l'égard de l'aveugle, Jésus témoigne du "pari" qu'il fait sur l'homme, non pas un pari limitatif, mais un pari positif. Dans une ambiance d’amitié,  Jésus cherche à révéler à chacun les richesses qu'il détient et les possibilités qu'il peut épanouir. Il ne s'agit pas d'un rêve, il s'agit d'un nouveau regard qui se refuse à dramatiser et qui invite à intensifier un engagement devenu possible sur la base de cette confiance.

Conclusion 

Il ne nous est pas interdit de prêter attention aux réactions de la foule. Nos communautés ont le souci d'être unies et de suivre le Christ. Ceci est très méritoire dans les conditions actuelles. Mais il n'en demeure pas moins sur le bord de nos chemins des laissés pour compte, victimes plus que responsables de leur situation de détresse.

Ils n'osent plus tendre la main et leur voix se perd au milieu des clameurs. Mais ils gardent l'étincelle d'une espérance et il suffirait parfois d'une rencontre discrète pour les remettre debout. Jésus nous invite à percevoir leur appel, à les aider dans un cheminement qu'ils n'espèrent plus, à leur donner la faculté d'agir et de s'exprimer, et cela malgré des difficultés qui peuvent parfois nous paraître insurmontables.

Pour Jésus aussi le temps pressait quant au témoignage qu'il lui fallait rendre à Jérusalem. Pourtant, dans sa hâte, il n'oublie pas la priorité de ceux dont il se sent responsable, de près ou de loin. Il suffit d'un appel insistant pour qu'il se sente concerné et se mette à la disposition d'un pauvre aveugle.

Mise à jour le Vendredi, 26 Octobre 2012 18:46
 
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