Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 25ème Dimanche du temps ordinaire


Actualité 

Dimanche dernier, l'importance donnée par l'évangile aux hésitations de Pierre retenait principalement notre réflexion. Nous n'avons donc pas eu l'occasion de parler du nouveau développement auquel Marc accrochait sa composition, à savoir une réflexion sur la passion-résurrection de Jésus. La présentation soignée que l'auteur lui donne témoigne d'un approfondissement de sa part et nous invite à saisir son originalité. Nous allons y consacrer plusieurs dimanches.  Avant d'entrer dans son détail, il vaut donc la peine d'en préciser l'orientation générale.

Evangile

Evangile selon saint Marc 9/30-37

Quatrième développement : la passion-résurrection éclaire la vie du disciple

c1- Premier secteur : la vie en communauté 

(2ème annonce de la passion-résurrection)

Et étant sortis de là, ils passaient par la Galilée, et il ne voulait pas que quelqu'un le sache.

Car il enseignait ses disciples et il leur disait : Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront et, tué, après trois jours, il se lèvera.

Ceux-ci ne réalisaient pas le fait et ils craignaient de l'interroger.

(premier enseignement lié à la 2ème annonce : le "hiérarchie" en communauté chrétienne

Et ils vinrent à Capharnaüm et arrivé dans la maison, il les interrogeait : A quoi réfléchissiez-vous en chemin ?

Ceux-ci se taisaient, car en chemin, ils s'étaient disputés les uns avec les autres pour savoir qui est le plus grand.

mission de service et d'accueil

Et s'étant assis, il convoqua les Douze et leur dit : si quelqu'un veut être premier, il sera dernier de tous et servant de tous.

Et prenant un petit enfant, il le fit se tenir au milieu d'eux et le serrant dans ses bras, il leur dit : Qui accueillera un de pareils petits enfants en mon nom, m'accueille

et qui m'accueillera, ne m'accueille pas moi, mais celui qui m'a envoyé

Contexte des versets retenus par la liturgie 

En raison de la "coupure" introduite dans le deuxième évangile par la profession de foi en Jésus Messie, le quatrième développement de Marc peut être considéré comme premier élément d'un deuxième "versant" dominé par le thème de la passion-résurrection. La composition en est soignée. Par touches successives concernant les sujets abordés, ce deuxième versant conduit au drame historique personnel de la mort de Jésus. Pour saisir sa progression, il faudrait le lire en commençant par son issue. La lecture que Marc fait de ce drame ressort de sa présentation des événements et éclaire les deux ensembles qui précèdent : celui d'aujourd'hui traite de la vie chrétienne individuelle, sa lecture s'étendra sur plusieurs dimanches… le suivant projettera quelques lueurs sur la marche de l'histoire.

La composition du quatrième développement

Elle est tellement claire qu'il serait coupable de ne pas la repérer. Tout d'abord, ce quatrième développement se trouve bien délimité par deux guérisons d'aveugles, les seules que l'évangéliste mentionne au long de son œuvre. Les symétries sont évidentes et leur ambiance commune rejaillit sur les enseignements intermédiaires. La première souligne particulièrement l'importance de l'évangile en mentionnant la salive et les mains de Jésus.

Trois annonces structurent la présentation. Elles sont construites selon le style direct qui est habituel à Marc. Elles débouchent toutes sur la résurrection. Il est facile de repérer les nuances qu'elles comportent. La première évoque "le rejet par le groupe que constituent les anciens, les grands prêtres et les scribes". La deuxième évoque la responsabilité des "hommes entre les mains desquels le Fils de l'homme va être livré". La troisième entre davantage dans le détail du vendredi-saint.

A chaque annonce est lié un enseignement. Il apparaît évident qu'il s'agit du regroupement de paroles qui ont dû être prononcées par Jésus en diverses circonstances de sa vie publique. Un même thème unifie chaque composition et il est facile de faire le rapprochement entre ces différents thèmes et les nuances que présentent les annonces.

Celles-ci apparaissent ainsi sous un jour plus vaste que celui de "prévisions" témoignant des menaces qui planaient sur la vie de Jésus. Elles éclairent trois "secteurs" de la vie de tout disciple: le secteur "religieux", le secteur "social" et le secteur "personnel". Marc "projette" sur eux les lumières de la passion-résurrection de Jésus. D'une part Jésus y a insufflé un nouvel esprit et ce sont ses implications qui l'ont conduit historiquement à la croix… Par ailleurs, sa résurrection invite à lire l'orientation positive qu'il est possible de donner à ces secteurs et que risquent de voiler les options pratiques… Enfin, la route chrétienne se trouve "balisée" dans la continuation de l'engagement de Jésus et en soutien de sa présence ressuscitée…

Dimanche dernier, la portée de la première annonce a été focalisée par la personnalité de Pierre et sa portée possible sur nos mentalités actuelles. Ce dimanche on peut faire ressortir la clarté de composition qui caractérise l'ensemble de la deuxième annonce.

Marc aborde trois dimensions qui caractérisent la vie de chacun. 1. La dimension sociale avec la question des grandeurs et du pouvoir au sens de la communauté chrétienne : qui est le plus grand (25ème dimanche), qui n'est pas contre nous est pour nous, mise en garde contre les scandales (26ème dimanche)… 2.La dimension familiale en rapport avec le mariage et les enfants: question-piège sur le divorce et généralités sur les enfants (27ème dimanche)… 3.La dimension économique sous l'angle des biens et des richesses: l'homme riche et l'exemple des apôtres (28ème dimanche)…

Difficile d’éviter l'objection courante qui prétend "sauver le religieux" en le différenciant du profane. Cette triple dimension caractérise effectivement la vie de tout homme. Marc le sait fort bien, mis il sait aussi que c'est justement là où le Christ nous rejoint, en exemple et en présence, pour faire fructifier efficacement nos vies. Les trois qualités qui ressortaient du premier temps d'engagement de Jésus sont toujours présentes: humanité, efficacité, universalité….

Difficultés éventuelles

* En raison du découpage liturgique, le texte semble aborder deux sujets différents : l'annonce de la passion-résurrection et la notion de hiérarchie dans l'Eglise.

La question des annonces renvoie aux généralités qui concernent la "montée" du drame de la croix. Elles ont été précisées au moment opportun, mais il n'est pas certain que les "mémoires" chrétiennes en soient marquées en raison d'une présentation souvent simpliste de la passion et des conditions concrètes de son déroulement.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que Jésus ait évoqué l'issue de son engagement. Après la première année rayonnée en Galilée, il était devenu évident que son enseignement et sa pensée le situaient en contradiction avec l'enseignement majoritaire des responsables religieux. Il y avait bien diversité d'opinions parmi les groupes très divers qui cohabitaient au sein du judaïsme, mais les positions de Jésus impliquaient des ruptures difficilement admissibles au nom de la "tradition". Les conditions politiques de la Palestine à cette époque accentuaient les dangers d'une telle liberté et laissaient présager une issue sans ménagement. Tout observateur lucide pouvait émettre une telle crainte. Au nom des espérances messianiques, il était possible de s'accrocher à l'idée d'une manifestation spectaculaire qui changerait le comportement prévisible des responsables. Les apôtres pouvaient donc entretenir quelques illusions. Il est vrai qu'à ce moment ils se savaient directement concernés par une tourmente éventuelle.

Jésus était décidé à ne pas reculer. Il était en outre convaincu des répercussions positives de cet affrontement, moins en lumière sur sa personne qu'en lumière sur ce qui se jouait en sa mission. Sans doute était-il déjà décidé à brusquer les événements en temps voulu, pour démasquer la mauvaise foi de ses opposants et mettre en évidence le triple combat qui éclairait son engagement.

Jésus a-t-il clairement prononcé ces paroles ou Marc traduit-il un sentiment confus qui ressortait du dialogue spontané avec ses amis ? Il est impossible de donner une réponse à cette question, mais elle voile une évidence concernant la présentation de l'évangéliste. En effet il n'était pas nécessaire qu'il triple cette mention et y glisse des nuances qui sont faciles à repérer. Il est tout aussi curieux de constater que les enseignements annexes se retrouvent dispersés chez les autres auteurs. C'est donc de là qu'il faut partir pour tenter de préciser sa pensée et mettre en évidence son originalité…

* Le Concile Vatican 2 a accéléré l'évolution de l'Eglise vers plus de simplicité et vers une ouverture au monde. Il est indéniable que les responsables demeurent hantés par ce double souci et il serait injuste de faire peser sur la majorité d'entre eux des soupçons de cléricalisme. Même s'il reste encore à faire, il ne sert à rien d'intenter un faux procès. D'ailleurs les chrétiens sincères favorisent cet état d'esprit et concourent à en animer leurs rapports, individuels ou communautaires, avec leurs curés ou leurs évêques.

La vraie difficulté vient des réactions "religieuses" qui animent spontanément ceux et celles qui se réclament du christianisme d'un point de vue purement sociologique. Ignorant de la pensée évangélique exacte, leurs références aux sacrements sont plus ou moins teintées de magie. De ce fait, en raison des "pouvoirs" qu'ils attribuent à la "hiérarchie", celle-ci devient l'objet d'une considération particulière. Mais l'immense majorité de ces croyants occasionnels a déserté nos assemblées dominicales et notre présentation peut donc adopter un ton plus théorique que confirme la réalité actuelle.

Attention aux anachronismes possibles…

Un certain nombre de questions abordées par Marc doivent être situées dans le double cadre qui était le sien à l'époque de la rédaction. L'enseignement de Jésus avait pris en compte la civilisation juive de la Palestine au début de notre ère. L'évangéliste s'y réfère quant au fond de sa réflexion. Mais il s'adresse à des milieux païens moins évolués au plan religieux comme aux plans social et culturel. Certaines exigences sont dépendantes de ce contexte.

Un exemple : la situation des enfants

L'enfant ne tenait guère de place dans les sociétés anciennes. Il ne représentait en aucune façon le modèle de l'innocence et de la simplicité. Au contraire, la plupart y voyait le type de ce qui est insignifiant. La Loi juive recommandait d'accueillir les enfants et beaucoup pratiquaient cette œuvre de charité, mais il s'agissait de les accueillir au titre de "pauvres", risquant d'être délaissés et mal préparés à la "productivité" adulte.

L'intérêt de Jésus pour les enfants est un trait que les évangiles confirment. Le mot employé par Marc correspond au garçon de 7 à 14 ans. Jésus se différenciait de ses contemporains surtout en raison de la portée qu'il donnait à son exemple. "Accueillir un enfant" c'est accueillir Dieu en tant que défenseur des pauvres, c'est collaborer à son épanouissement créateur.

Piste possible de réflexion : quand la résurrection dédramatise la passion…

La composition soignée du quatrième développement 

Au milieu de son œuvre, il apparaît normal que Marc aborde la perspective de la passion. Jésus commençait à rayonner au-delà de la Galilée et son enseignement se précisait. Les ruptures qu'il suggérait avec la "tradition" étaient difficilement admissibles par les penseurs juifs contemporains et, nécessairement, les oppositions se faisaient plus fortes. Par ailleurs, des liens étroits entre religion et politique régissaient la Palestine et accentuaient les dangers d'une telle liberté d'expression. Tout observateur lucide pouvait donc émettre la crainte d'une issue sans ménagement.

* Il apparaît également normal que Jésus y ait préparé ses amis. Ils l'avaient suivi depuis ses débuts et étaient susceptibles de continuer son engagement. Ils étaient donc directement concernés par une tourmente éventuelle. Certes, il leur était possible de s'accrocher à l'idée d'une manifestation spectaculaire qui changerait le comportement prévisible des responsables. Mais le témoignage de Jésus avait remis en cause nombre d'orientations messianiques spontanées. En outre, il était évident qu'il ne reculerait pas, il parlait lui-même de cette issue dans la "logique" de son témoignage.

Après la résurrection, il était toujours normal que Marc souligne ce souvenir. La manière dont Jésus avait vécu les événements du vendredi-saint éclairaient les persécutions dont était victime la jeune église chrétienne. Les conditions restaient les mêmes. La croix n'avait pas été un "accident" de l'histoire ou une "fatalité du destin". Elle rejaillissait en de multiples domaines de la vie de tout disciple et il n'était pas évident d'admettre certains de ses points d'impact.

Pourtant la présentation de Marc invite à discerner une réflexion plus profonde de sa part. Il n'était pas nécessaire qu'il se limite à trois annonces dont les perspectives ne diffèrent pas foncièrement de l'une à l'autre. Dans ses conversations, la possibilité d'un drame final a du souvent être abordée, de façon directe ou indirecte.

Il n'était surtout pas nécessaire qu'il construise à partir d'elles la composition soignée qui se présente en éclairage des différents secteurs de nos vies. Chaque annonce est associée à un enseignement dont la portée est facile à percevoir. La première annonce suscite un enseignement en domaine religieux, à savoir la juste conception du style messianique de Jésus… La deuxième annonce suscite un enseignement qui concerne trois secteurs de nos rapports aux autres : la vie en communauté, la vie familiale, le partage des richesses… La troisième annonce suscite un enseignement plus personnel affectant l'idéal chrétien… Il s'agit là d'un travail personnel de l'évangéliste, car nous en retrouvons les éléments de façon dispersée chez les autres auteurs. Marc en fait des textes courts qui servent la grande idée qu'il tient à partager. Pour lui, tout chrétien est héritier de la passion-résurrection, non seulement héritier de la passion en son drame historique, mais héritier des virtualités qu'elle portait et que la résurrection a libérées.

L'originalité de Marc

= Il importe de noter que toutes les annonces de la passion comportent l'annonce de la résurrection. Actuellement ce lien est tenu pour si évident que les commentaires oublient d'étudier son incidence en expression évangélique. Au temps de Jésus, la passion était prévisible et son annonce ne constituait pas une surprise. Au contraire, la résurrection se présentait en inconnue. Sans menacer l'importance de son témoignage, elle tendait à en compliquer la vision future, car, en imagination, elle le faisait sortir de notre humanité. Au temps de la rédaction du deuxième évangile, une part de cet inconnu était dissipée, la résurrection était désormais vécue en intensité de présence, tempérant le visage négatif de la passion et donnant sens à cet engagement ultime.

= Une lecture attentive invite à remarquer les nuances qui existent dans la rédaction même des annonces. Elles permettent de faire le lien avec les enseignements correspondants. La première annonce rappelle le rôle des trois groupes qui constituaient le Sanhédrin: les Anciens, les Grands Prêtres et les Scribes. Pierre et le Grand Prêtre ont buté sur la même question: "Jésus est-il le Christ, le Fils du Béni"… La deuxième annonce situe Jésus "livré aux mains des hommes". La portée symbolique de cette expression déborde le drame du vendredi-saint. Jésus a été homme lui-même et a vécu au milieu d'autres hommes, réagissant contre la pression des pesanteurs humaines habituelles… La troisième annonce entre dans le détail du déroulement historique de la passion. Effectivement le disciple risque d'être affronté au martyre, mais, cette éventualité ne doit pas détourner but essentiel qui est de servir sans s'appuyer sur une quelconque récompense céleste…

= Les mêmes nuances sont repérables au sujet des réactions des disciples. Là aussi, Marc ne cherche pas à faire œuvre de théoricien. Il ne cherche pas à présenter une synthèse de la morale chrétienne dont l'application s'imposerait en vue du salut. Il centre la plupart des enseignements sur Jésus, soit qu'il les réfère à l'exemple de son engagement visible, soit qu'il rappelle le sens de sa mission. La première annonce provoque une réaction de refus du projet divin. La deuxième engendre la peur d'aborder certains sujets. La troisième dénonce une "récupération possible" de la résurrection.

= Chaque groupe d'enseignements se révèle ainsi porteur d'un dynamisme qui le fait passer de la "passion" à la "résurrection". En certains cas, il suffit à l'auteur de rappeler que cette évolution est inscrite au cœur de la condition humaine : "à quoi sert à un homme de gagner le monde entier s'il y ruine sa vie". En d'autres cas, plus incertains quant à leur issue, c'est Jésus lui-même qui souligne le lien avec la résurrection : "celui qui aura tout laissé reçoit le centuple maintenant (dans le cadre de la communauté) et, dans le siècle qui vient, la Vie éternelle."

Au cours des premières activités de Jésus, nous avions noté la manière dont Marc anticipait la résurrection en présentant les guérisons, la croissance de la Parole et le partage des pains. Il reste fidèle à cette tournure d'esprit alors qu'il traite de ce que nous considérons la plupart du temps comme pesanteurs de l'existence ou sacrifices exigés par la foi. A ses yeux, la valeur créatrice de la mission de Jésus était évidente lorsqu'il travaillait au "positif" des hommes en un sens de guérison. Elle ne l'est pas moins lorsqu'il assume volontairement le "négatif" qui marque nos existences.

= Il est vrai que cette perception risque d'être étouffée par les contraintes immédiates. Il ne suffit pas d'un regard rapide sur le témoignage de Jésus. Il nous faut explorer plus à fond le "mystère" de son activité historique pour nous convaincre de la révélation qu'il nous apporte au-delà de son cas personnel.

Marc "glisse" cette idée en encadrant l'ensemble du développement de deux guérisons d'aveugle, les seules qu'il mentionne dans tout son évangile. A cette place, leur symbolisme est des plus clairs. Elles ont comme point commun de partir d'une vision confuse pour aboutir à une perception plus exacte. Tel est bien le cheminement que l'évangéliste propose à ses lecteurs chrétiens en évoquant la passion-résurrection.

Les soucis que Marc relie à la deuxième annonce

Les implications pratiques que Marc aborde à la lumière de la deuxième annonce; "Jésus livré aux mains des hommes", sont faciles à résumer: il s'agit d'abord de la vie en communauté, puis des questions familiales et enfin de l'idéal chrétien concernant les richesses. Elles ne sont pas à prendre comme un "catalogue" de recommandations. Elles se réfèrent autant à la manière d'être de Jésus qu'à la manière d'être avec Jésus pour construire les chemins de l'histoire.

La liturgie les répartit sur quatre dimanches. Les versets que nous avons lus se limitent donc à la vie en communauté. Il est évident que l'auteur a choisi quelques "points sensibles" en fonction des mentalités de sa propre communauté. En 66, comme beaucoup d'autres groupes chrétiens, elle devait mêler des convertis issus du judaïsme et des païens d'origines diverses. Ces derniers n'avaient pas la "culture juive" qui permettait de comprendre rapidement le message de Jésus aux premiers temps de sa proclamation. Les lettres de Paul, antérieures au texte de Marc, nous confirment l'existence de ces tensions abordées par l'évangéliste: Par ailleurs, les années passant, la notion de hiérarchie avait pris de l'importance pour contrer des interprétations personnelles. Dans sa lettre aux Galates (vers 54), Paul présente Jacques, Pierre et Jean comme des "notables, reconnus comme colonnes" de la foi (2/9).

Il est certain que les difficultés de la vie en communauté varient selon les époques et les lieux. La référence possible à la passion-résurrection de Jésus est donc remise à l'intelligence des responsables. Mais nous pouvons reconnaître que les questions de hiérarchie et l'accueil des petits restent des soucis actuels.

La "grandeur" chrétienne …

Si nous nous imprégnons de la pensée de Marc, nous sommes amenés à "voir autrement" les discussions concernant la question "du plus grand". Au temps de Jésus, nous pouvons détecter la source de l'incompréhension des apôtres et admettre l'étape de "passion" qu'ils devaient franchir. Un certain nombre d'idées avaient marqué leur première formation. Ils pensaient comme ils avaient été habitués à penser selon les rêves d'un état d'Israël fort et stable. Au temps de Marc, le problème s'était déplacé vers la compréhension et la présentation d'un message nouveau, mais leur "passion" était aussi intense. Ils étaient les rares témoins "complets" des événements fondateurs. Il leur fallait organiser un groupe imprécis; en pleine expansion. Nous admirons leur œuvre de résurrection, mais n'oublions pas qu'elle est née de la diversité de "passions" qui sollicitaient la mémoire, l'intelligence, l'engagement de chacun. Les lettres de Paul et les Actes des Apôtres nous témoignent que "la nature humaine a rapidement repris ses déviances" aux premiers temps de l'Eglise, mais elle a également enrichi de ses virtualités. .

Le désir d'être le plus grand n'est pas facile à analyser. Il répond à une tendance universelle. Il prolonge en société la réaction "naturelle" d'organisation et de maîtrise de la nature. Il est indéniable qu'il rend apte à l'épanouissement personnel. De par la création, nous disposons de talents qu'il importe de faire fructifier. A l'intérieur de chacun de nous, sommeillent des valeurs d'amour, de bonté, de souci des autres. Une parabole ne condamne-t-elle pas celui qui enterre son talent par paresse?. La fausse modestie est aussi dommageable que la volonté de domination.

Pourtant cette tendance se transforme facilement en exercice de puissance. Le mal consiste à vouloir construire notre grandeur en écrasant ou en asservissant l'humanité de ceux que nous approchons. C'est là que l'exemple de Jésus éclaire une autre route, celle qui consiste à faire exister les autres, à travailler pour qu'ils progressent, en un mot une route de création à l'image de Dieu qui donne existence, vie et progrès.

La priorité des "petits"

L'enfant ne tenait guère de place dans les sociétés anciennes. Il ne représentait en aucune façon le modèle de l'innocence et de la simplicité qu'il évoque en pensée actuelle. Au contraire, la plupart y voyait le type de ce qui est insignifiant. Ainsi les rabbins leur accordaient peu d'estime, car les enfants ne pouvaient pas appliquer les préceptes de la Loi, faute de les connaître. La Loi juive recommandait cependant d'accueillir les enfants et beaucoup pratiquaient cette œuvre de charité, il s'agissait de les accueillir au titre de "pauvres", risquant d'être délaissés. Leur action était soutenue par le cadre synagogal et l'ambiance familiale. Les conditions étaient différentes en milieu païen

L'intérêt de Jésus pour les enfants est un trait que tous les évangiles confirment. Le mot employé par Marc correspond au garçon de 7 à 14 ans A trois reprises l'évangéliste parlera des enfants et des petits. Il n'est donc pas facile de percevoir à chaque citation la visée exacte qu'il donne à cette référence. L'insistance est mise sur l'attention aux "petits", mais certains passages désignent ainsi les "petits" de la communauté autrement dit ceux qui risquent d'être victimes des différences de culture qui marquaient le groupe chrétien.

Jésus se différenciait de ses contemporains surtout en raison de la portée qu'il donnait à son exemple. "Accueillir un enfant" c'est accueillir Dieu en tant que défenseur des pauvres, c'est collaborer à son épanouissement créateur. Il semble que ce soit le sens qu'il convient de donner à la mention de ce dimanche. L'auteur relie à la passion-résurrection le fait de les "accueillir" et il fait remonter la valeur de cet accueil jusqu'au Père qui l'a envoyé.

Le comportement actuel des parents à la naissance de leur enfant peut être un bon exemple éclairant la cohabitation de la passion et de la résurrection. Jean l'évoquera dans le Discours après la Cène. "A la naissance, la femme oublie ses douleurs dans la joie qu'un homme soit venu au monde". Ce qui est dit de la naissance peut être étendu à la "passion" qui marque parfois la traversée de l'adolescence avant que ne soit atteinte une stature adulte.

Conclusion : l'humanisme de Marc

Nous pouvons être étonnés de la manière dont Marc aborde la passion de Jésus en lui intégrant étroitement la résurrection. Il est certain que l'humanisme qui se dégage de sa présentation remet en cause certaines conceptions qui ont marqué la pensée chrétienne au temps de notre formation. Une vision pessimiste de l'homme, une imagination rigoriste de Dieu ont suscité des "clichés" qui affectent notre vision de l'engagement dramatique de Jésus et, de ce fait, influent sur le sens que nous donnons à notre référence religieuse.

Il suffit de nous rappeler le Discours sur Jésus-Pain de vie pour discerner une similitude de réflexion avec l'évangile de Jean. Déjà Marc "prenait ses distances" vis-à-vis de certains modèles de pensée qui sous-tendent la pensée de Paul. Nous en aurons confirmation en lisant les textes des prochains dimanches.

Mise à jour le Dimanche, 20 Septembre 2015 10:21
 
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