Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 14ème Dimanche du temps ordinaire  

 

Actualité

Dimanche dernier, Marc nous présentait le ministère personnel de Jésus en soulignant l'étendue de son action, qu'il s'agisse de la demande de Jaïre ou de l'espérance d'une femme de la foule. Certes Jésus refusait tout succès spectaculaire, mais nous nous réjouissions de la réponse positive que certains témoins apportaient à sa simplicité et à son humanité.

Il en va tout autrement dans le passage que nous venons de lire. Il est évident qu'il s'agit d'une composition, car la rapidité des réactions est invraisemblable. Elle suppose une durée plus longue qu'une simple visite. D'ailleurs, d'autres épisodes nous ont alertés sur le fait que des oppositions se sont manifestées tout au long de l'engagement de Jésus. Et nous ne pouvons oublier la concentration qui s'opérera dans le drame final. Il nous faut donc prendre ces versets comme le départ d'une réflexion.

Evangile

Evangile selon saint  Marc 6/1-6  

Et il sortit de là et il vient dans sa patrie et ses disciples le suivent. Et comme le sabbat était arrivé, il commença à enseigner dans la synagogue

a) accueil initial

et la plupart, en l'entendant, étaient saisis de surprise en disant:

"D'où vient ceci à celui-ci ?

Et quelle est la sagesse qui fut donnée à celui-ci si bien que même des gestes de puissance arrivent par ses mains ?

b) "l'humanité" de Jésus, source du refus

Celui-ci n'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques et de Joset et de Jude et de Simon ? Et ses soeurs ne sont-elles pas ici, auprès de nous ?"

c) durcissement des oppositions

Et ils se scandalisaient à son propos.

Et Jésus leur disait : " Un prophète n'est mésestimé que dans sa patrie et dans sa parenté et dans sa maison."

d) pas de fruit

Et il ne pouvait faire là aucun geste de puissance, sinon qu'ayant imposé les mains à un petit nombre d'infirmes, il les soigna.

Et il s'étonna en raison de leur non-foi.

Et il parcourait les villages à la ronde, en enseignant.

Contexte des versets retenus par la liturgie

= Il est nécessaire de prendre un peu d'altitude par rapport aux versets concernés si l'on veut percevoir exactement la portée de cet épisode dans la pensée de Marc. Dans son deuxième développement d'ensemble, l'évangéliste tient à souligner que "la Parole est appelée à être semée pour porter fruit". Jésus sera le premier à s'engager dans cette activité en s'adressant aux foules de Palestine. Il reviendra ensuite aux apôtres d'en réaliser le rayonnement universel, mais l'évangéliste enracine leur formation comme leur mission dans une volonté explicite de Jésus.

Il traduit cette interactivité en recourant à une disposition littéraire  habituelle à son époque. Abandonnée par la suite, elle nous paraît complexe mais, en repérant le jeu des symétries, il est facile de dégager les différents "enveloppements" qui se superposent.

au centre (4/13), l'affirmation : "la Parole est appelée à être semée"...

Cette affirmation s'inscrit au cœur  de l'enseignement en paraboles (4/1 à 4/34) ; la parabole du semeur est "équilibrée" par les paraboles de croissance.

Jésus, le premier, a mené cette activité de "semeur de la Parole". Cela n'a pas été sans difficultés. L'évangéliste insiste sur le visage "historique" qu'elles ont revêtu concrètement. L'opposition n'a pas été simple débat intellectuel : l’incompréhension des siens et la suspicion ont marqué l'ambiance de la prédication de Jésus.

Marc retient surtout ces deux pesanteurs. Il n'ignore pas les autres facteurs d'opposition. Mais il pense prioritairement aux apôtres et à leur activité missionnaire... Nouveaux semeurs, ils ne doivent pas entretenir d'illusion, ils auront à affronter les mêmes conditions que le Christ a assumées... particulièrement en rupture avec leur passé et en défiance de la part des auditeurs païens.

La présentation des difficultés concernant la prédication de Jésus constitue ainsi un premier enveloppement entourant l'enseignement en paraboles. Avant l'ensemble des paraboles, Marc parle de l'incompréhension des siens et de l'accusation d'un pacte démoniaque... En symétrie, il évoque l'échec en territoire païen en raison de l'expulsion d'une légion de démons et l'échec du discours à la synagogue de Nazareth.

* Marc complète sa présentation en recourant à un deuxième enveloppement concernant ceux qui vont poursuivre et étendre le travail des semailles. Une apparente anomalie en témoigne : les premiers versets soulignent que le nom "d'apôtres", c'est-à-dire "envoyés au loin", leur est donné par Jésus... Pourtant, ce n'est qu'à la fin de cet ensemble "qu'il commence à les envoyer deux par deux et leur donnait autorité sur les esprits impurs".

Résumé de cette présentation :

a) choix et institution des Douze 3/13...

b) incompréhension des siens 3/20... c) Jésus et le prince des démons 3/22 ...

d) enseignement en paraboles 4/1... e) parabole du semeur 4/3...

f) les disciples à qui il est donné d'entendre 4/10...

g) la semence, c'est la Parole 4/13...

f) parabole de la lampe...

e') parabole de la graine de moutarde 4/26... d') conclusion des paraboles - 4/33

c') démoniaque gérasénien 5/1... b') refus de sa patrie 6/1

a') envoi des Douze 6/7

La parabole du semeur a été située au centre de l'ensemble où est rapporté cet épisode. Elle a alerté sur les conditions difficiles de toutes semailles. Il apparaît naturel à l'évangéliste de souligner son application au ministère de Jésus; Nazareth correspond donc à l'éventualité du "grain qui ne bénéficie pas de profondeur de terre et se dessèche, faute de racines".

= La symétrie de la présentation en chiasme invite à faire le lien avec le passage correspondant. (b) qui ouvrait le deuxième développement. Il était également question de la parenté de Jésus et de son opposition. " Et il vient vers la maison et une foule se réunit de nouveau de sorte qu'ils ne pouvaient pas même manger de pain. Et l'entendant, ceux de chez lui sortirent pour le saisir, car ils disaient : II est hors de lui... "

Cet épisode se trouvait "complété" par une inclusion qui évoquait les disciples comme ceux et celles qui ont constitué la vraie famille de Jésus 3/31. " Et sa mère vient et ses frères, et se tenant debout au dehors, ils envoyèrent quelqu'un auprès de lui en l'appelant- Et une foule était assise autour de lui et on lui dit : 'Voici ; ta mère et tes frères au dehors te cherchent.'

Et répondant, il leur dit : 'Qui est ma mère et mes frères ?' Et regardant autour de lui ceux qui étaient assis à la ronde autour de lui, il dit : 'Voici ma mère et mes frères. Qui fera la Volonté de Dieu, celui-ci est mon frère et ma soeur et ma mère. "

= Il est évident que les versets de ce dimanche est une composition de l'évangéliste. La rapidité des réactions est invraisemblable. Il est facile de percevoir - et c'est là l'intérêt de ce passage - que l'auteur a regroupé des oppositions et des critiques qui se sont exprimées sur une durée plus longue qu'une simple visite. Il nous permet ainsi de mieux analyser un cheminement historique en schématisant trois étapes d'évolution.

Le proverbe cité par Jésus concernant les prophètes devait être un proverbe courant. On le retrouve en Jean 4/44 et l'évangile de Thomas le mentionne sous une forme très proche : "Jésus a dit : un prophète n'est pas reçu dans son village; un médecin ne guérit pas ceux qui le connaissent. " La portée générale de ce proverbe rejoint l'histoire prophétique antérieure tout comme elle anticipe le destin de ceux qui mèneront la diffusion de la Parole "en tous temps et en tous lieux"

Selon son habitude, en arrière-plan de sa présentation, l'auteur suggère des rapports étroits entre ce qui a directement concerné Jésus et les difficultés que rencontre la première communauté chrétienne. Ce faisant, il nous laisse toute liberté pour juger de notre temps.


Piste possible de réflexion : Est-il possible de convertir les siens ?

En préambule, nous nous retrouvons dans l’ambiance  de la parabole du semeur. Marc nous rappelle que Jésus ne s'est pas contenté d'adresser à ses contemporains un enseignement "théorique", il s'est engagé dans sa proclamation. Jésus, le premier, a mené une activité de "semeur de la Parole".

Il aurait pu le faire en esquivant miraculeusement les difficultés qu'elle comporte. Il n'en a rien été. Bien au contraire, l'évangéliste insiste sur le visage "historique" que ces difficultés ont revêtu concrètement dans son cas. Jésus a affronté les "terrains improductifs" dont il parlait L'opposition qu'il a rencontrée n'a pas été simple débat intellectuel, incompréhension des siens et suspicion ont marqué l'ambiance de sa prédication.

L'évangéliste saisit l'occasion pour analyser plus précisément quelques "points critiques". Il n'ignore pas que d'autres causes ont joué historiquement et que cette multiplicité se retrouvera lors de l'extension du message chrétien. Il ouvre le dossier et nous invite à le compléter.

1. Les difficultés rencontrées par Jésus

L'auteur présente l'évolution des contemporains comme menant d'un premier accueil interrogatif à un "scandale" au plan de la foi. Il en précise trois étapes :

*  Au départ, Jésus provoque un étonnement mêlé d'admiration... Trois éléments interviennent: 1. En soi l'initiative qu'il prend "d'enseigner dans la synagogue" n'a rien de choquant. Nous savons que tout juif pouvait s'exprimer dans ce cadre, mais, en passant de village en village, Jésus semble s'engager dans une action continue de prédication. Or il n'a pas fréquenté les écoles rabbiniques qui y préparaient... 2. Son enseignement contraste avec les commentaires habituels et dépasse le cadre moralisateur de la Loi. Il en émane une sagesse, un regard original sur la vie et sur le monde. Pour ceux qui l'ont connu depuis son plus jeune âge, cette sagesse ne peut que lui avoir été donnée "d'en-haut"... 3. D'ailleurs les "gestes de puissance qui arrivent par ses mains" tendent à confirmer ce lien privilégié avec le monde divin.

*  Oui mais ! Ce témoignage pose problème. Les espérances messianiques étaient très diverses quant à leur réalisation. Les conditions politiques ne laissaient entrevoir que des solutions spectaculaires pour que le peuple juif retrouve sa gloire d'antan. Selon certaines croyances, le Messie devait rester inconnu de tous jusqu'à sa manifestation à Israël ; certains disaient même que l'on devait ignorer ses origines humaines. Dans ces conditions, comment Jésus pouvait-il être le messie puisqu'on connaissait parfaitement toute sa parenté. L'évangéliste Jean mentionnera la même difficulté (7/27). 

Il semble que Marc double cette réticence d'un sentiment plus confus relatif à l'humanité de Jésus. L'action du libérateur tant attendu se devait d'adopter un autre visage. Le mot "scandale" n'évoque pas un mauvais exemple, il évoque un "obstacle" sur le chemin. Or le style très simple de Jésus se présentait plus en "obstacle" qu'en signe messianique.

* Le récit parle alors d'un changement radical. Les auditeurs en viennent à une franche hostilité. Celle-ci laisse présager le drame de la croix.

Le proverbe cité par Jésus à la suite de cette réaction devait être un proverbe courant. Sa portée rejoignait l'histoire prophétique antérieure et ne pouvait contribuer à apaiser les esprits. Car l'Ecriture ne cachait pas les difficultés qu'avaient rencontrées en leur temps les envoyés de Dieu.

* Marc ne s'attarde sur le refus de Nazareth. Il en tire cependant deux éclairages. Le premier concerne les sentiments de Jésus. "Il s'étonna de leur non-foi". Cette réaction confirme celle qui s'était exprimée lors de la guérison de l'homme à la main paralysée : "attristé devant l'endurcissement de leur cœur". En quelques mots, s'exprime le visage tout nouveau des rapports entre Dieu et les hommes.

Mais la suite est tout aussi importante en ce qui concerne la ténacité du semeur. Certes, l'action de guérison se trouve restreinte. Jésus soigne seulement un petit nombre d'infirmes. Pourtant l'action directe de prédication ne cesse pas: "Jésus parcourt les villages à la ronde en enseignant" et c'est à ce moment qu'il envoie ses apôtres deux par deux pour soigner et prêcher la Bonne Nouvelle.

2. Les difficultés rencontrées par les apôtres

Lorsque l'évangéliste écrit, vers l'an 66, le groupe des apôtres se trouve dans une situation légèrement différente de celle qui précédait Pâques. Les années suivant la résurrection avaient présenté de nombreuses similitudes avec les années difficiles du ministère de Jésus. Pourtant, au regard du succès rapide de la prédication chrétienne dans le Bassin Méditerranéen, les paraboles de croissance permettaient "d'équilibrer" les incertitudes que laissait planer la parabole du semeur. Le mérite de Marc a été de garder cet équilibre et de pressentir l'universalité de cette dualité. Les évolutions favorables, dont la résurrection de Jésus, ne doivent pas faire perdre de vue les exigences fondamentales qui s'imposeront toujours au travail ingrat du semeur.

Le texte d'aujourd'hui est révélateur de cette unité de réflexion à partir de sources différentes. L'évangéliste nous parle d'une expérience authentiquement vécue par Jésus et il en retire les éclairages que sollicite l'expérience missionnaire postérieure de sa communauté. "Historiquement" il aurait pu s'étendre sur d'autres points tout aussi historiques. Nos connaissances actuelles nous permettent de déceler la multiplicité des oppositions qui ont engendré la croix. Les "silences" de Marc ne sont pas à prendre comme des lacunes. Ils donnent à ces versets la portée d'un message qui nous ramène à l'essentiel.

Il est donc normal que nous mesurions en premier les similitudes de situation qu'ont rencontrées nos frères chrétiens durant les premières années en milieu juif. Dans les Actes des Apôtres, Luc adopte la présentation de Marc. Au jour de la Pentecôte, c'est l'étonnement: "tous ceux auxquels ils s'adressaient étaient stupéfaits et se disaient, perplexes, l'un à l'autre : Que peut bien être cela?" (2/12) Par ailleurs, "nombreux étaient les prodiges et les signes accomplis par les apôtres"… Rapidement, les membres du Sanhédrin cherchent à contrer cette influence. Ils demeurent cependant hésitants "considérant l'assurance de Pierre et de Jean, et se rendant compte que c'étaient des gens sans instruction ni culture" (4/13). Cette rémission est de courte durée. Lors de la deuxième comparution, "en entendant les apôtres, ils frémissaient de rage et projetaient de les faire mourir" (5/33).

C'est alors que se sont accumulées les hésitations face au monde païen. Elles s'expliquent fort bien dans des esprits formés jusque-là en milieu exclusivement juif. Mais, avec le recul, elles préparaient à la diversité encore plus grande qui attendait les communautés d'Eglise au long des millénaires suivants.

Nous percevons la complémentarité des évangélistes. Grâce à Luc, nous prenons conscience des difficultés concrètes que posera toujours la prédication en des cultures nouvelles. Grâce à Marc, nous sommes guidés pour démêler l'écheveau complexe que présenteront les oppositions à toute époque. Le message initial aura toujours besoin d'être exprimé en rapport aux modèles de pensée contemporains et cela ne se fera pas sans heurts. C'est là un premier point. Mais, quelle que soit l'intensité des difficultés de croissance, l'expérience passée nous rappelle les bases qui font la richesse de la graine qu'il nous revient de jeter.

3. Les "points sensibles" évoqués par Marc

C'est donc en "service universel" que Marc insiste sur trois points d'originalité qu'il importera de "tenir", quelles que soient les difficultés ou les rêves d'une influence chrétienne facile.

Jésus et la "sagesse" qui émane de son message. Lors de son ministère en Palestine, cette sagesse était évidente dans le cadre de la pensée juive. Les évolutions ne peuvent manquer d'atténuer cette perception. Il est inévitable que les commentaires aient le souci de traduire les implications de l'évangile dans le monde qui leur est contemporain. Et pourtant, la perspective globale devra rester celle que les anciens concentraient dans le terme de sagesse : réflexion sur la vie, sur le monde, sur les événements en vue d'en dépasser les fatalités et de donner un sens à toute activité.

Jésus et l'humanité de son incarnation. Le "religieux" qui ressort du message chrétien ne pourra jamais correspondre au "religieux" que l'on prétend universel en raison du visage commun que lui ont donné les civilisations occidentales. En Jésus, Dieu s'est rendu proche en "se livrant aux risques d'une vie digne d'être appelée humaine". En certains milieux, cette simplicité constitue une "force d'attrait", en d'autres elle ne peut manquer de heurter. Mais elle ne peut être occultée.

Il importe donc de rappeler que, durant la plus grande partie de sa présence parmi nous, Jésus a été un charpentier, un vrai charpentier de son époque, inséré dans un vrai cadre humain sans en bouleverser l'organisation voulue par ses contemporains. Il a été "fils de Marie", une vraie Marie dont Marc a rappelé auparavant les hésitations propres à une vraie maternité.

Les critiques contre Jésus ne manqueront pas de s'étendre à l'Eglise de ses disciples. Il nous est difficile de préciser si, à Nazareth, la mention des cousins du Seigneur était favorable ou défavorable. Mais, par expérience, nous savons la variété des échos qui concernent les chrétiens, quelle que soit l'époque.

= Jésus et le visage de Dieu qu'il a rayonné. "Il s'étonna en raison de leur non-foi"… La phrase est courte, mais sa portée remet en question la majorité des idées reçues lorsqu'il est parlé de Dieu et de ses rapports aux hommes. C'est là que nous pouvons constater que le "Dieu de Jésus-Christ" ne correspond pas au "Dieu des philosophes et du sentiment religieux" qui hante les esprits depuis quelques siècles.

L'engagement de Jésus nous situe loin du Dieu impassible et immuable. Face à la liberté humaine, Dieu ne se comporte pas comme un être tout-puissant. Il ne s'impose pas, il se propose. Pour agir en l'homme, Dieu a besoin de l'homme et celui-ci peut l'empêcher de se donner.

4. Face aux difficultés actuelles

A l'écoute de ce passage, nous ne pouvons manquer de penser à notre situation actuelle de chrétiens au milieu de nos contemporains.

= Gardons-nous d'une première réaction défaitiste. Facilement, nous penserions que, si Jésus n'a pas pu toucher ses concitoyens, nous sommes bien mal placés pour toucher les nôtres. Le but de Marc n'est certainement pas de nous démoraliser par avance. Il nous invite simplement à la lucidité. Nous le savons par expérience, il est si facile de "rêver" les conditions de la mission chrétienne!

L'évangéliste nous invite à revoir certaines idées communes. La Toute-Puissance de Dieu, celle qui nous accompagne comme elle a accompagné le Christ, ne correspond pas aux fantaisies d'une imagination facile. Elle ne déblaie pas le terrain à notre place, elle ne nous dispense pas des risques et des échecs. La liberté des hommes est au centre des préoccupations divines et il importe que nous assumions sans complexe cette situation. Jésus a été limité par la réaction des siens, il en sera de même des envoyés et il n'y a aucune raison pour évoquer une faute de leur part.

= L'enchaînement des trois étapes n'est sans doute plus le même et, en nos pays occidentaux, son issue est moins dramatique… Pourtant les difficultés rencontrées par Jésus ne sont pas si différentes de celles que nous devons assumer aujourd'hui.

Ainsi, l'ouverture du Concile Vatican 2, en octobre 1962, avait été ressentie par beaucoup de chrétiens comme un "vent de l'Esprit" qui rendait plus favorables les conditions de dialogue et de témoignage avec leurs contemporains. Les textes qui exprimaient sa pensée déblayaient un terrain jusque-là fort encombré de pseudo-traditions. Ils marquaient une grande ouverture vers le monde et facilitaient la perception exacte du Message chrétien.

* Effectivement, les premières réactions furent sensibles aux "signes" qui étaient posés : réunion universelle… ouvertures œcuméniques… plus immédiatement efforts d'adaptation concernant la liturgie et le style des rapports de communauté.

* Puis est venu un temps d'hésitation et d'incertitude, entraînant bien des déceptions dans les rangs militants chrétiens. Bon nombre de ceux qui avaient applaudi à la nouveauté de l'événement n'en avait ressenti aucun appel à évoluer eux-mêmes et à s'engager dans une voie plus dynamique. Bien au contraire, ils préféraient banaliser le questionnement qui avait pu être le leur et cherchaient des arguments pour en réduire la portée.

* Aujourd'hui, face à cette constatation beaucoup s'interrogent ou se complexent.

 

Conclusion

= En conclusions pratiques, nous pouvons leur faire remarquer que le texte d'aujourd'hui est parfaitement adapté à leur situation. Ces versets ne méprisent pas la désillusion : "Jésus, le premier, fut étonné de leur non-foi"… mais ils permettent de rebondir.

1. la "Sagesse" du message n'est pas en cause, pas plus que les "signes" qui doivent l'accompagner. Bien au contraire, il nous faut poursuivre les efforts entrepris pour "affiner" ces deux dimensions en rapport avec la civilisation où nous sommes plongés et en rapport avec les personnes auxquelles nous nous adressons.

2. Parce que nous sommes convaincus de l'origine "divine" de notre message, nous l'affectons souvent d'une idée de "Toute-Puissance" que nous empruntons plus au "rêve religieux" qu'à l'évangile. Or la liberté est "au centre" de tout rapport de Dieu avec les hommes… pour agir en l'homme, Dieu a besoin d'être reçu par l'homme.

Quitte à nous répéter, il est essentiel de mettre en garde contre certaines illusions. L'échec de Dieu est possible... et donc l'échec de ses envoyés, sans qu'il y ait faute de leur part. Le Père, en Jésus, a été affronté à cette loi… Jésus, en nous, y sera affronté. Nous n'y pouvons rien et lui n'y peut rien; la liberté doit être sollicitée et non pas forcée.. L'incompréhension sera toujours difficile à accepter, mais Jésus en sait quelque chose. Il communie à cette épreuve propre à toutes semailles.

3. Une tentation nous guette, celle de "concéder"… concéder "pour la bonne cause" ou "pour une plus grande efficacité", toutes justifications qui tentent de pallier au sentiment d'échec. Or Jésus ne concède rien, il rebondit. D'une part, il relie la rupture à l'exemple commun de tout prophète, mais, tout aussitôt, il "va ailleurs" et continue "d'enseigner en parcourant les villages à la ronde".

4. Sans en faire une source d'illusions, nous pouvons prendre en compte la suite des événements. La Bonne Nouvelle a éclaté au-delà des frontières, en terre païenne ; Marc en savait quelque chose, vers 67, lorsqu'il écrivait hors de la Palestine. Et nous en savons quelque chose puisque nous sommes chrétiens. Présentement nous sommes au creux de la vague… nous avons du mal à scruter l'avenir en raison de la montée de l'incroyance et de la progression des intégrismes de toutes tendances.

Ce texte peut nous aider à retrouver l'espérance qui naît de la lucidité et à poursuivre notre engagement sans trop nous laisser impressionner.

Mise à jour le Samedi, 07 Juillet 2012 08:44
 
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