Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 13ème Dimanche du temps ordinaire


Sommaire 

 

 Actualité

Evangile : Marc 5/ 21- 43

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste possible de réflexion : la vitalité du grain jeté par Jésus…

Actualité

Comprendre  le symbolisme et l’actualité de ce texte pour mieux percevoir, au cœur de l'incroyance, les  femmes et les hommes qui se faufilent dans la foule et aspirent à "toucher" la frange d'un évangile mieux connu. Tous les "Jaïre"  qui croisent également nos routes, espérant "quelque chose" de nouveau pour éviter les drames et les tensions de notre monde.

Evangile

Evangile selon saint Marc 5/21-43

le bon terrain des semailles de Jésus en milieu juif -

Et comme Jésus avait fait la traversée de nouveau vers l'autre rive, une foule nombreuse s'assembla près de lui et il se trouvait le long de la mer

Jaïre - 1er temps : démarche vers Jésus

Et vient l'un des chefs de synagogue, du nom de Jaïre

et le voyant, il tombe à ses pieds et le supplie beaucoup en disant : "Ma fillette est à toute extrémité. Mais viens afin que, étant venu, tu lui imposes les mains afin qu'elle soit sauvée et vive."

Et il s'éloigna avec lui. Et une foule nombreuse le suivait et on l'écrasait

= La femme dans la foule - 1er temps : espérance et initiative

Et une femme qui était en écoulement de sang depuis douze ans

et avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu'elle avait chez elle et n'avait été aidée en rien, mais plutôt allait de mal en pis

ayant entendu parler au sujet de Jésus, venant dans la foule par derrière, toucha son vêtement, car elle se disait: "Si je touche du moins ses vêtements, je serai sauvée".

= La femme dans la foule - 2ème temps : guérison et réaction de Jésus

Et aussitôt fut tarie la source de son sang et elle connut en son corps qu'elle était guérie de l'affliction.

 Et aussitôt Jésus, ayant reconnu en lui-même le geste de puissance sorti de lui, s'étant retourné dans la foule, disait : "Qui a touché mes

vêtements ?"

Et ses disciples lui disaient: " Tu regardes la foule qui t'écrase et tu dis: Qui m'a touché ?" Et il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait ceci.

= La femme dans la foule - 3ème temps : mise en valeur de sa foi

Or la femme, craignant et tressaillant, sachant ce qui lui était arrivé, vint et tomba devant lui et lui dit toute la vérité.

Celui-ci lui dit : "Fille, ta foi t'a sauvée, pars en paix et sois guérie de ton affliction".

Jaïre - 2ème temps : soutien de sa foi

Comme il parlait encore on vient de chez le chef de synagogue en disant: "Ta fille est morte, pourquoi importunes-tu encore le Maitre".

Or Jésus, ayant surpris la parole prononcée, dit au chef de synagogue "Ne crains pas, aie foi seulement "

et il ne laissa personne l'accompagner avec lui sinon Pierre, Jacques et Jean le frère de Jacques.

Jaïre - 3ème temps : rupture des coutumes

Et ils viennent à la maison du chef de synagogue et il considère le tumulte et celles qui pleuraient et se lamentaient beaucoup

et entrant, il leur dit : " Pourquoi faites-vous du tumulte et pleurez-vous? La petite enfant n'est pas morte, mais elle dort." Et on se riait de lui.

Or lui, les ayant tous chassés, prend avec lui le père de la petite enfant et la mère et ses compagnons

Jaïre - 4ème temps : guérison de la jeune fille

et il pénètre là où se trouvait la petite enfant et ayant saisi la main de la petite enfant, il lui dit : "Talitha qoum", ce qui est traduit : jeune fille, je te le dis, réveille-toi

et aussitôt la jeune fille se leva et elle marchait - car elle avait douze ans -

Et aussitôt ils furent hors d'eux-mêmes, frappés d'un grand effroi et il leur recommande beaucoup afin que personne ne connaisse ceci

et il dit de lui donner à manger.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Ce texte présente de nombreuses difficultés.

1ère question : comment se situe cet épisode dans le deuxième développement que l'auteur consacre à l'activité de prédication de Jésus ?

"L'organisation " globale de ce deuxième développement est facilement repérable. Il s'agit d'un chiasme sur le thème : "La Parole est appelée à être semée pour porter fruit".

en résumé : 1er versant : a) choix des apôtres - b) démarche des siens - c) accusation d'être lié au démon … centre : discours en paraboles … 2ème versant : c') démoniaque de Gérasa - b') rejet de Nazareth - a') envoi des apôtres

La pensée est ordonnée par le discours en paraboles au cœur de la composition: parabole du semeur, paraboles de la lampe et de la mesure à blé, paraboles de croissance de la graine. Un cadre général est déterminé par le choix des apôtres (début de l’ensemble) et leur envoi (fin de l’ensemble). Deux versants intermédiaires symétriques exposent l'engagement de Jésus en amorce des semailles. Ces versants dramatisent les réactions "historiques" que provoque sa prédication: la contre-offensive démoniaque se fait plus forte soit chez les opposants juifs soit sur "la rive des païens". Les "siens" ne lui sont d'aucun secours car ils ne croient pas en lui.

Le passage d'aujourd'hui se situe entre le démoniaque de Gérasa (c') et le rejet de Nazareth (b')

2ème question : peut-on expliquer "logiquement" cette inclusion ?

Avant ce passage, la tentative pour "évangéliser la rive païenne" s'est soldée par un échec. Jésus a du rembarquer et revenir sur la rive juive selon le symbolisme des régions qui bordent le lac de Tibériade.

Après ce passage, Jésus se rend à Nazareth. Son enseignement dans la synagogue provoque le scandale et le refus des siens. Il vit l'expérience commune à tout prophète, "méprisé dans sa patrie, sa parenté et sa maison".

L'impression générale risque donc d'être celle d'un échec total de Jésus lorsqu'il s'attelle lui-même à la mission des semailles. Les doutes ne pouvant porter sur sa personne, ils peuvent se reporter sur la densité de la graine, autrement dit la densité de la Parole qu'il confie ensuite aux apôtres. Le passage que nous lisons en ce dimanche cherche donc à tempérer cette impression. Même si le succès de Jésus n'a pas été spectaculaire, sa Parole est loin d'avoir été totalement refusée. Outre les apôtres, certains terrains juifs l'ont accueillie à la manière de la graine qui travaille le sol avant de développer toutes ses potentialités.

3ème question : pourquoi cet entrelacement de deux guérisons ?

Rappelons-nous que l'accueil des juifs fut très varié. Il est probable que le groupe des disciples présenta dès le début un aspect relativement homogène. Mais, en raison du style spontané et personnel que Jésus donna à sa prédication, il est difficile de cerner l'influence exacte qu'il exerça sur l'ensemble de sa nation. Les foules semblent être restées hésitantes malgré quelques regroupements lors du partage des pains ou à l'entrée des rameaux. Pourtant il est indéniable que ce furent surtout des gens simples qui prêtèrent attention à ses actions et à ses enseignements. Cette influence se manifesta surtout après la résurrection, alors que sa parole "mûrissait" dans les esprits ;  mais elle s'était enracinée dans une bienveillance antérieure.

L'entrelacement des épisodes choque nos habitudes littéraires modernes. Pour les anciens - et donc pour Marc - il en allait tout autrement. Il n'y a pas entrelacement, il y a disposition en chiasme pour signaler les interférences entre deux événements. La démarche de Jaïre est coupée en deux et "enveloppe" la démarche de la femme. Au centre de l'influence de Jésus, il convient de situer les "anonymes" de la foule, ceux et celles qui ont cru en lui à partir de l'admiration qu'ils ont éprouvé pour son engagement, autrement dit son vêtement. Marc les connaissait puisque sa famille avait du en faire partie alors qu'il était jeune. Il savait qu'ils avaient été les plus nombreux. A ce noyau il était normal d'ajouter le nombre plus restreint de juifs issus de la synagogue et qui, de façon plus intellectuelle, avaient perçu le renouveau que Jésus apportait à un judaïsme vieillissant.

Les points de départ avaient été différents. Pourtant Jésus s'était adapté à chacun d'eux. Il les avait accompagnés d'une même amitié et d'un même désir de "faite vivre" ceux qui venaient à lui. Bien entendu, Marc perçoit l'importance de cet exemple pour le présent de jeunes communautés chrétiennes marquées de la même diversité. Et il ne fait aucun doute qu'il pense aux prédicateurs de tous les temps.

* Pas facile de choisir une "porte d'entrée" qui favorise la réflexion sur ce texte. La seule fausse piste serait de  "s’embarquer" dans une analyse psychologique "individuelle" concernant le chef de synagogue ou la femme. Pour l'auteur, le symbolisme prend le pas sur le descriptif.

Si on se lance dans un décryptage détaillé, on tombe sur une nouvelle difficulté car l'ensemble des deux épisodes se retrouve sous la même forme entrelacée chez Matthieu et chez Luc. Ceci engendre plusieurs hésitations concernant la femme.

Chez Marc, elle semble effectivement correspondre aux "petits", humbles et pauvres, qui ont accueilli Jésus discrètement, "malgré la foule" qui empêcha souvent leur approche. La remarque sur l'inefficacité des médecins vise les responsables religieux juifs. Incapables d'apporter la guérison, ils abusent de leur place en exploitant les fidèles qui recourent à eux.

Chez Matthieu et chez Luc, le symbolisme prend un visage plus universel. La femme devient le symbole de l'humanité païenne. Sans le Christ, celle-ci perdait son sang, sa vie spirituelle, malgré les sages et les philosophes qui tentaient de la guérir. Les païens ne sont entrés que timidement dans la communauté chrétienne et, pour certains il leur a fallu une certaine audace. La plupart n'avaient pas connu Jésus visible; ils n'ont pu toucher que son vêtement, son activité portée par le souvenir des premiers compagnons.

 

Piste possible de réflexion : la vitalité du grain jeté par Jésus…

Dimanche dernier, Jésus invitait ses amis à ne pas craindre vents et tempêtes dans leur navigation vers des rives étrangères. Dimanche prochain, lui-même se heurtera à l'incompréhension des habitants de Nazareth malgré les multiples liens qui s'étaient tissés avant son engagement public. Entre les deux, nous lisons un passage dont il importe de percevoir la portée dans la continuité de la présentation de Marc.

Il nous faut relier ce passage à l'activité d'enseignement que l'évangéliste se propose d'éclairer en deuxième développement de son œuvre, après avoir éclairé en premier l'activité de guérison. Il n'en traite pas selon notre manière moderne qui aborderait la doctrine pour elle-même, puis envisagerait la manière dont cette doctrine a été reçue. L'auteur mêle les deux plans. Il tient à nous présenter Jésus, non comme un rabbin distillant sa pensée dans le calme du Temple, mais comme un prédicateur "de plein vent", "semant" les thèmes dont il veut convaincre et affrontant les aléas de cette option. L'enseignement de Jésus ressort donc d'un ensemble où s'additionnent un noyau d'enseignement, les "compléments" apportés lors de la diffusion et les précisions qui répondent aux oppositions. Le passage que nous lisons correspond au deuxième temps de prédication sur la rive juive du lac de Tibériade. Bien entendu, en rapportant cette activité d'enseignement, l'évangéliste "diffuse" dans sa présentation les trois qualités qui faisaient la richesse du premier développement : humanité, efficacité, universalité de l'engagement de Jésus.

Au cœur du deuxième développement, Marc développe effectivement quelques paraboles, mais il rapporte, aussitôt après, l'engagement effectif de Jésus. Les paraboles ne sont donc jamais loin et il est facile de faire le rapprochement. Ainsi en est est-il dans ce passage pour la parabole du semeur, présente dans la variété des terrains, la parabole du grain qui a poussé discrètement chez la femme ou dans la renommée de Jésus, la parabole du grain qui se développe pour devenir l'arbre d'une même foi.

Un point de présentation peut  déconcerter. Pourquoi l'auteur entremêle-t-il la démarche du chef de synagogue et l'initiative d'une femme de la foule ? Les deux récits auraient pu faire l'objet de présentations séparées.

Point n'est besoin de chercher très loin l'intention de l'évangéliste. En accrochant les deux comportements l'un à l'autre, il détermine simplement aussi bien le vaste champ d'activité concernant Jésus que les cheminements de foi qui répondent à son initiative En quelques traits, on voit Jésus évoluer dans ce champ, proche et attentif, dominant l'agitation ambiante. Et en quelques traits, on voit se déployer l'audace discrète d'une femme et la confiance d'un père.

Il est raisonnable de penser qu'il en fut bien ainsi aux périodes tranquilles dont les évangiles nous rapportent l'essentiel. Lorsqu'il écrivait, Marc constatait que Jésus avait été accueilli majoritairement par les gens les plus simples, les anonymes perdus au cœur des foules de Palestine. Pour cette raison sans doute, il situe la femme au centre de sa présentation. Elle évoque ceux et celles qui ont côtoyé Jésus et ont eu l'audace de se différencier de leurs contemporains en "s'approchant" de lui…Mais l'évangéliste n'ignore pas le mérite de quelques contemporains venus à contre courant d'une pensée qui s'était généralisée. Jaïre nous  fait penser à ceux qui ont du bousculer leur première formation et assumer les ruptures que Jésus opérait avec un judaïsme sclérosé.

Ce sont donc les points communs à ces deux cheminements qui peuvent retenir notre attention.

1er point commun: de la mort à la vie …

En raison de l'évolution des civilisations, le symbolisme du sang risque de nous échapper. Nous aurions tendance à le réserver seulement à la femme alors qu'il s'étend indirectement à la fille de Jaïre. La mentalité juive héritait les conceptions communes aux religions anciennes. Elle reconnaissait au sang un caractère sacré : "la vie de la chair est dans le sang". Tout ce qui touche à la vie étant en rapport étroit avec Dieu, le sang est propriété de Dieu.

La femme souffre depuis 12 ans d'un écoulement sanguin. De ce fait, elle est une morte en sursis et peut être assimilée à la fille de Jaïre qui se trouve à toute extrémité alors qu'elle n'a que douze ans… Au sujet de cette femme, il nous faut ajouter les nombreux interdits attachés à sa maladie. Le livre du Lévitique regroupe les prescriptions qui affectaient ce domaine. Il énumère (15/19-27) les règles d'impureté relatives à celles qui sont victimes d'un "flux de sang" ; tout ce qu'elles touchent est rendu impur. Dès lors nous saisissons une première perturbation de la Loi. Or, Jésus ne reproche pas à la femme de lui avoir communiqué une impureté en touchant son vêtement. Il donne à son geste une valeur de foi.

L'inefficacité des nombreux médecins antérieurs est à prendre également en un sens symbolique fort ; il ne s'agit pas d'un jugement sur l'impuissance de la médecine à cette époque. Cette remarque vise les responsables religieux passés, incapables d'apporter la vraie guérison. Souvent Jésus leur reprochera d'abuser de leur place en exploitant les fidèles qui recourent à eux. Les dures conditions qui marquaient l'histoire récente n'avaient fait qu'accentuer les déformations que dénonçaient déjà les prophètes.

La mort de la petite fille domine tout le récit. Nous suivons le drame de son père. Au départ l'espérance était encore permise, mais la lenteur qu'impose la foule semble accélérer l'échéance. Dés lors, nous apprécions la double réaction de Jésus. Non seulement il encourage Jaïre à ne pas faiblir dans sa foi, mais il accélère le mouvement en se séparant de la foule et en ne gardant avec lui que trois de ses apôtres.

Le talent descriptif de Marc risque d'atténuer le parallélisme qu'il établit entre les deux épisodes à propos de l'impuissance du passé. Jaïre est "chef de synagogue", lieu de prière et de méditation où la foi juive concentrait ses demandes et ses espérances en la Vie que Dieu seul pouvait lui procurer. En allant vers Jésus, Jaïre met en doute l'efficacité de ce passé. Il fait même plus car, en tombant aux pieds de Jésus, en le suppliant de venir et d'imposer les mains à sa fille, il reporte sur sa personne ce que la tradition conférait à Dieu.

2ème point commun : de la crainte à la foi…

Par trois fois, l'évangéliste parle de crainte face aux événements. La portée de cette mention risque d'échapper à notre mentalité moderne, car, pratiquement, nous assimilons la crainte et la peur. De façon habituelle, nous ne voyons plus dans les épreuves ou les malheurs l'action de puissances supérieures, douées d'une volonté particulière. Or, chez les anciens, il n'en était pas ainsi, le sentiment de "crainte" exprimait la reconnaissance d'une telle présence. Tout en intégrant nos réactions psychologiques, il les dépassait en réaction "religieuse". L'inattendu ou le déploiement d'un événement témoignait de la bienveillance ou de la colère de Dieu.

La femme peut donc "craindre", car elle n'a pas respecté la Loi et s'est permis de "toucher" Jésus alors que cela lui était interdit en raison de sa perte de sang. Jaïre peut craindre, car, par la mort de sa fille, Dieu semble condamner sa démarche vers Jésus. Quant à ceux qui entourent la petite fille lors de sa guérison, ils sont "hors d'eux-mêmes", légitimement frappés d'un grand effroi lorsqu'elle se réveille et se met à marcher.

Jésus encourage le passage de la crainte à la foi, mais Marc nous laisse quelque peu sur notre faim lorsqu'il s'agit de percevoir la différence qu'il suggère entre les deux. Il ne suffit pas de préciser que la foi porte sur la personne de Jésus. Il importe de chercher à éclaircir cette invitation.

3ème point commun : pas n'importe quelle foi …

Il faut d'abord noter les ruptures qui ressortent directement de la présentation, à l'encontre de la manière dont la foi chrétienne imagine habituellement le don de la vie.

= Jaïre demande à Jésus d'imposer les mains, comme si le pouvoir venait d'en haut. Jésus prend la main de la jeune fille et la fait lever, mot grec équivalent à ressusciter. Il avait procédé de même en faveur de la belle mère de Pierre. Dans un cas comme dans l'autre, l'ambiance est celle de la messe. Rappelons-nous que la belle-mère s'était mise au service de la communauté au jour du sabbat. Ici, Jésus recommande de donner à manger.

Jésus refuse le tumulte des pleureuses. Cette réticence dépasse la contradiction avec l'issue qu'il veut donner à sa visite. Même si aucune magie n'affectait les coutumes juives lors de la mort d'un proche, le cadre habituel était fort bruyant, les familles aisées louaient des pleureuses et des joueurs de flûte. De ce fait, les lamentations perdaient beaucoup de leur sincérité.

= Les rectifications concernant la femme sont d'une interprétation plus délicate.

Nous aurions tendance à taxer son initiative d'acte superstitieux qui obtient justification par pure bonté de la part de Jésus. Cette réaction des malades se retrouvent en d'autres passages d'évangile. Marc a noté antérieurement que "tous ceux qui étaient affligés de maladies se précipitaient vers lui pour le toucher" et il apportera la même précision après le partage des pains: "on le priait de laisser les malades toucher, ne fut-ce que la frange de son manteau et tous ceux qui le touchaient étaient guéris." Dans le monde biblique, le vêtement représentait effectivement la puissance dont quelqu'un disposait.

Mais deux remarques nous invitent à nuancer ce jugement hâtif et à ne pas donner trop vite au mot vêtement son sens moderne.

Nous y sommes d'abord encouragés par la complexité que Marc confère à la rencontre. Car, la femme est guérie deux fois, aussitôt qu'elle touche le vêtement et lorsqu'elle "dit toute la vérité". Comme à la Transfiguration, le mot vêtement peut donc être pris au sens symbolique d'activité de Jésus, "vêtement d'une blancheur telle qu'aucun foulon sur terre ne peut obtenir de blancheur pareille". La précision qui intervient ensuite nous paraît alors couler de source car elle déborde toute guérison ponctuelle: "Ma fille, ta foi t'a sauvée, pars en paix"

La foi de la femme paraît également moins imparfaite si, comme Marc, nous voyons en elle le symbole des multiples païens qui, après la résurrection, sortiront de la foule anonyme et prendront conscience des virtualités contenues dans l'évangile qui leur est annoncé. Ils ne disposeront que des "vêtements" de Jésus, autrement dit du témoignage passé que transmet la prédication des apôtres.

Deux éléments ressortent donc de ces épisodes : la foi et le contact avec l'humanité de Jésus. Jésus n'impose pas sa main, il saisit la main de l'enfant et accompagne ainsi la poursuite de la vie. C'est son activité qu'il propose par contact "au même niveau", c'est pourquoi "la jeune fille se leva et elle marchait". La femme a tort de "venir par derrière" et de toucher timidement le manteau de Jésus. Car ce manteau n'a rien de secret, il lui faut en proclamer la vitalité comme possibilité offerte à ceux qui "perdent leur vie" à petite dose, dans l'indifférence de leur entourage.

4ème point : universalité de ces deux épisodes

En lisant ce passage, il ne s'agit pas de nous égarer en chargeant les récits de "merveilleux". Il ne s'agit pas plus de réduire les détails à des notes pittoresques qui nous convaincraient de l'engagement historique de Jésus. Il s'agit de percevoir leur symbolisme. Par delà les siècles, les témoins ou les bénéficiaires de la prédication de Jésus nous interpellent.

Une fois de plus, nous pouvons admirer l'intuition du deuxième évangéliste lorsqu'il perçoit la correspondance entre les trois temps dont nous bénéficions. Le témoignage historique de Jésus s'est déployé de façon authentiquement humaine, mais il s'est révélé aussi comme une grande parabole… Nos frères premiers chrétiens ont confirmé sa valeur en l'insufflant dans les bases sur lesquelles ils ont construit l'avenir de l'Eglise… A leur suite, chaque génération permet d'actualiser au mieux le projet d'une Parole appelée à être semée pour porter fruit.

Il faut le redire, lorsqu'il écrivait, Marc pensait sans aucun doute aux premières communautés chrétiennes. Leur expérience permettait de concentrer les souvenirs sur des points de réflexion qui paraissaient essentiels. Elles aussi rassemblaient une grande variété de personnes. Il leur fallait une certaine audace pour se démarquer de leur environnement et leurs difficultés n'étaient pas moins grandes que celles qu'avait affrontées Jésus. Pourtant les nouveaux convertis vivaient en toute simplicité de la présence de Jésus ressuscité, proposant leur témoignage selon la diversité des situations. Ils ne prétendaient pas servir une cause éternelle, ils parlaient simplement de foi et de vie.

Notre temps est-il si différent ? Nous pourrions évoquer le poids de l'histoire. Au long des siècles, sages et philosophes ont consacré bien des efforts à élaborer diverses solutions aux malheurs de leurs contemporains, qu'il s'agisse d'épreuves personnelles ou d'épreuves collectives. Leur influence est cependant loin d'avoir été décisive. Au cœur de l'incroyance, il ne manque pas de femmes et d'hommes qui se faufilent dans la foule et aspirent à "toucher" la frange d'un évangile mieux connu. Même s'ils sont plus rares, des "Jaïre" croisent également nos routes, espérant "quelque chose" de nouveau pour éviter les drames et les tensions de notre actualité.

Ne nous faisons pas d'illusion. Les foules sont toujours là, empêtrées dans leurs préjugés, dominées par les pleureuses qui se réfèrent constamment aux malheurs des temps. Mais Jésus fait plus que nous inspirer une attitude de calme. Il nous a remis un potentiel d'humanité qu'il nous appartient de distiller selon la variété des situations. Comme autrefois la Parole ne demande qu'à être semée, que ce soit de façon diffuse au contact habituel de notre environnement, que ce soit lorsque nous tendons la main vers les nouvelles générations.

Mise à jour le Dimanche, 28 Juin 2015 10:02
 
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