Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : Nativité de Jean-Baptiste

 

Actualité

Particularités de ce dimanche

Lors de la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican 2 (en 1963), quelques anomalies ont échappé aux responsables qui étaient chargés de sélectionner rapidement de nouveaux textes. La grande réforme précédente datait de 1570, à l'issue du Concile de Trente. Entre temps, des "classifications subtiles" avaient acquis "force de loi" pour régir les chevauchements éventuels entre célébrations. La plupart des remises en cause contribuèrent à l'équilibre "pastoral" de la liturgie actuelle. Mais, quelques exceptions demeurent et sont d'autant plus importunes.

Au début de chaque années liturgique, deux dimanches de l'Avent sont consacrés à Jean-Baptiste. Les textes variant d'une année à l'autre, nous bénéficions ainsi de six approches complémentaires pour réfléchir à la mission du Précurseur et en éclairer la nôtre. La cohérence avec Noël justifie parfaitement ce choix. Mais, nous trouvons dommageable la priorité qui est donnée à l'anniversaire de sa naissance alors que nous en ignorons la date et que cette célébration bouscule la "reprise" de notre année liturgique.

Cette perturbation complique d'autant plus la réflexion qu'elle intervient seulement tous les six ans. En civilisation rurale elle cherchait à "contrer" les fêtes païennes du solstice d'été. Les conditions ont bien changé. Spirituellement, nous sommes aujourd’hui plus motivés par le feu pascal que par les feux de la saint Jean et il n'est guère possible de faire le lien entre les deux.  

Evangile

Evangile selon saint  Luc 1/57-66 + 1/80  

naissance de Jean  

situation de départ : pour Elisabeth, son temps d'enfanter fut rempli et elle engendra un fils

Premier mouvement

1er temps de l'annonce aux voisins 

ses voisins et ceux de sa parenté entendirent que le Seigneur avait magnifié sa miséricorde avec elle

et ils se réjouissaient avec elle

2ème temps de l'annonce aux voisins  

le huitième jour, ils vinrent circoncire le petit enfant et ils l'appelaient du nom de son père : Zacharie

ayant répondu, sa mère dit : non pas, mais il sera appelé : Jean

ils lui dirent : il n'est personne de ta parenté qui est appelé de ce nom

ils faisaient des signes à son père : comment voudrait-il qu'il soit appelé?  ayant réclamé une tablette, il écrivit : Jean est son nom

et ils s'étonnèrent tous

3ème temps : élargissement de l'annonce  

sa bouche fut ouverte subitement et sa langue se délia et il parlait bénissant Dieu

il arriva une crainte sur tous les habitants du voisinage dans le haut-pays entier de la Judée, on conversait de ces paroles

tous ceux qui les avaient entendues se les mirent dans le cœur, disant : "Que sera, de fait, ce petit enfant ?"

à la racine des anneaux suivants : car la main du Seigneur était avec lui

Deuxième mouvement : réponse à la question : que sera donc cet enfant ? omis par la liturgie

Zacharie son père fut rempli d'Esprit-Saint et il prophétisa, disant :

1er temps : le projet de salut : initiative du Seigneur - référence aux prophètes - référence à l'alliance

= Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël parce qu'il visita et fit délivrance pour son peuple. Il suscita une corne de salut dans la maison de David son serviteur

= ainsi qu'il avait parlé par la bouche de ses saints prophètes d'autrefois: salut qui nous libère de nos ennemis et de la main de toux ceux qui nous haïssent

= pour faire miséricorde avec nos pères et se souvenir de son alliance sainte, serment qu'il jura à Abraham notre père : nous donner que, sans crainte, délivrés de la main des ennemis, nous lui rendions un culte en piété et justice, en sa présence tous nos jours

2ème temps : place de Jean dans ce projet de salut

toi, petit enfant, prophète du Très-Haut tu seras appelé car tu feras route devant en présence du Seigneur

pour préparer ses chemins,

pour donner la connaissance du salut à son peuple en rémission de leurs péchés, par les entrailles de miséricorde de notre Dieu en lesquelles nous visitera l'astre-levant d'en haut

pour apparaître à ceux qui se trouvent assis en ténèbre et ombre de mort, afin de rectifier nos pieds vers un chemin de paix

fermeture de l'ensemble Jean

l'enfant croissait et se fortifiait en esprit. Il était dans les déserts jusqu'au jour de sa manifestation auprès d'Israël

Contexte des versets retenus par la liturgie

 

Déroulement littéraire

Ce paragraphe est unifié par la naissance de Jean et l'auteur le compose selon la disposition en anneau qu'il emprunte aux habitudes littéraires de son temps comme le confirme Lucien de Samosate.

Un premier mouvement situe la naissance du précurseur dans le cadre restreint des "voisins et parents". Le choix du nom introduit un élément de rupture qui suscite une question : "que sera, de fait, cet enfant ?".

Le deuxième mouvement esquisse une première réponse à la lumière de l'Ancien Testament. La liturgie ne reprend pas ces versets, mais il est intéressant de saisir l'unité de l'ensemble. L'auteur tient d'abord à rappeler le "projet de salut" qui éclaire cette naissance; pour ce faire, il adapte un hymne messianique, sans doute composé avant lui par regroupement de thèmes bibliques. Il y ajoute une présentation de la mission de Jean, anticipant les trois dimensions qu'il développera en traitant de son ministère lors des "débuts historiques" ( B1 - 3/1 ): préparer les chemins de Jésus… inviter à la conversion… rectifier "les pas" de ses contemporains dans le sens du partage, de la justice et de la paix…

Au centre de l'anneau s'intercale une petite phrase qui anticipe nettement le ministère adulte de Jean: "la main du Seigneur était avec lui". Nous la retrouvons dans les Actes, appliquée aux apôtres (4/30) et aux fondateurs de l'église d'Antioche (11/21). En Ancien Testament, elle traduisait l'action de Dieu sur ses prophètes: Elie (1 Rois 18/46), Elisée (2 Rois 3/15); elle parsème également le livre d'Ezekiel (1/3 3/14).

Pour "fermer" l'ensemble Jean, Luc ajoute un "sommaire de croissance" qu'il appliquera également à Jésus (2/40). En outre, il précise le milieu où se mûrit la personnalité du Baptiste: les déserts; c'est là qu'une "parole de Dieu" arrivera sur lui (3/2) pour l'engager dans son ministère de préparation

Cette référence au désert a donné lieu à de nombreux commentaires qui sortent du cadre volontairement bref voulu par l'évangéliste. Au moment des découvertes de Qumran, certains ont voulu faire de Jean le disciple des moines esséniens; une meilleure connaissance des manuscrits découverts dans les grottes de la Mer morte contredit cette hypothèse. Seuls, quelques contacts peuvent être suggérés en raison du temps et du lieu… les doctrines restent profondément différentes. L'évangéliste veut rendre compte du contraste : Jésus, lui, vivra sa croissance à Nazareth… Jean sera issu du désert, marqué de la densité biblique qui affectait ce mot.

Précisions complémentaires

la circoncision

Les historiens ne s'accordent pas sur l'origine de cette coutume antique. Elle semble avoir pris naissance parmi les civilisations nomades pour des raisons d'hygiène. On la trouve chez les Egyptiens, les Edomites, les Ammonites, les Moabites et les Israélites, mais elle est absente chez les Phéniciens, les Assyriens, les Chaldéens et les Philistins. On sait qu'elle était courante chez les Arabes, bien avant l'Islam. Elle est encore en usage chez un grand nombre de peuples.

Les plus anciennes traditions juives en témoignent, mais elles en parlent comme d'un fait admis sans discussion ni justification. Sa signification actuelle ne s'est précisée que peu à peu. Les peuples plus anciens circoncisaient les garçons lorsqu'ils arrivaient à l'âge d'homme: (Genèse 17/25)

L'installation en Canaan amena à généraliser cette coutume en signe d'appartenance à une communauté marquée d'une même référence à Yahvé, le dieu du désert. Quand les Israélites furent exilés à Babylone, la double dimension nationale et religieuse de cet usage se trouva renforcée. C'est à ce moment-là, probablement, que la loi fut établie de circoncire les garçons à l'âge de huit jours (Lévitique 12/3); tout israélite mâle devait porter dans sa chair le signe physique de l'Alliance. Par la suite, les persécutions grecques contribuèrent à accentuer le caractère identitaire de ce rite et à en faire le signe de la fidélité du peuple à son Dieu.

Au début de notre ère, la circoncision s'effectuait huit jours après la naissance. Elle était accomplie par le "mohel", le circonciseur. Le garçon recevait alors son nom, choisi très souvent en raison de sa racine symbolique. Les filles recevaient leur nom un mois après leur naissance.

le nom

En notre civilisation, le nom est devenu une désignation conventionnelle; pour les anciens, il exprimait la personne elle-même. Cette densité du nom affectait en priorité le monde divin; il s'agissait de traduire l'essence même de ce qui restait inconnu et dont pourtant les forces régissaient le monde et la destinée des hommes. Les cultes polythéistes différenciaient ainsi les prérogatives et les attributs des différentes divinités qu'ils vénéraient, n'hésitant pas à multiplier leurs noms. Grâce à la connaissance du nom "exact", il était possible d'avoir prise sur l'activité du dieu concerné.

Cet état d'esprit avait été étendu aux noms des personnes et des choses. Connaître le nom de quelqu'un, c'était communier au mystère de son être. Les noms étaient donc choisis avec soin soit en lien avec le passé, soit en espérance d'avenir. Le nom était donné à l'enfant au moment de sa naissance. Luc se trouve donc influencé par la coutume grecque qui reportait ce choix au septième ou dixième jour. Le Talmud confirme l'usage de donner au garçon le même nom que le père.

En hébreu, Zacharie signifiait : "Yahvé se souvient". Jean signifiait : "Yahvé fait grâce".

 

 

Eléments de réflexion

*Si on se limite aux versets retenus par la liturgie, les pistes de réflexion sont peu nombreuses.

Le symbolisme transparaît en deux passages de ce paragraphe : les témoins de la naissance de Jean et la fin du mutisme de Zacharie.

Le cadre de la naissance de Jean est très restreint, il se limite aux voisins et à la parenté, mot à entendre au sens large d'hérédité. Il s'agit donc du peuple qui "tiendra Jean pour un prophète" (20/6) alors que grands prêtres, scribes et anciens "ne croiront pas en lui." Le contraste est évident avec le cadre que l'évangéliste adopte pour la naissance de Jésus.

La fin du mutisme de Zacharie n'est pas à entendre comme un événement miraculeux ponctuel. Son symbolisme est beaucoup plus profond et se situe en continuité de ce que nous observions dans la présentation de la conception de Jean. La parole est rendue à Zacharie au terme d'une démarche d'obéissance, à savoir le nom qu'il fallait donner à l'enfant.

Il acceptait ainsi la rupture qui s'amorçait. Depuis le temps des prophètes, le judaïsme était resté muet; Jean lui redonne la parole. Comme le présente l'hymne de Zacharie, le précurseur se rattache au mouvement du passé, il s'enracine dans la promesse attachée à l'alliance… et il relance l'espérance qui s'était exprimée si fortement au temps de l'exil… Jean reste un "héritier" du judaïsme.

*Si on ajoute le cantique de Zacharie, pièce importante dans la composition comme dans la présentation de Luc, on bénéficie d'éclairages supplémentaires

Il importe d'abord de mettre un peu d'ordre dans ce cantique. Il se présente actuellement en deux temps : le projet de salut initié par Dieu ("il"), et la place de Jean dans ce projet de salut ("tu").

A l'origine, il devait s'agir d'un seul hymne messianique, composé en chiasme et centré sur l'alliance. Il est intéressant de rapprocher son vocabulaire des deux psaumes complémentaires 104 et 105; le psaume 104 met en relief les bontés de Dieu pour Israël et sa fidélité à maintenir l'alliance conclue avec les patriarches… le psaume 105 expose l'ingratitude du peuple face à ces multiples prévenances, révoltes, manque de foi et de confiance… mais il insiste sur la miséricorde divine qui, malgré cette attitude, finira par l'emporter. En ces deux compositions, c'est toute l'histoire contrastée d'Israël qui se trouve résumée. L'hymne ancien - ou Luc lors de son emprunt - en avait regroupé les signes d'espérance.

Le foisonnement des références risque d'occulter le fil conducteur de la présentation, particulièrement au premier temps. Au contraire, celui-ci apparaît nettement à la lumière des trois étapes que les remarques précédentes  permettent de préciser : 1. intervention actuelle : "il visita et libéra" son peuple… 2. référence aux prophètes d'autrefois "par la bouche desquels il avait parlé d'un salut qui libère"… 3. référence à la Loi au sens juif, c'est-à-dire en lien "avec les pères"… "souvenir d'une alliance" conclue au temps d'Abrahamréalisation "du serment", de la promesse attachée à cette alliance…

Les perspectives que trace le prêtre Zacharie ne dépassent pas "le peuple d'Israël". Il appartiendra à Siméon (2/30), autre témoin de l'attente messianique, d'exprimer la portée universelle de l'enseignement prophétique. Cette présentation en deux temps n'est pas sans portée symbolique.

* La fin du mutisme de Zacharie est également reliée à la première mention de l'Esprit dans l'ensemble Jean-Baptiste. Le cantique qui lui est prêté célèbre plus le mouvement de l'histoire passée que la naissance du précurseur, nous voyons ainsi s'esquisser la pensée de Luc concernant le rôle de l'Esprit en Ancien Testament. Il le situe à trois plans :

1.- l'Esprit a protégé et animé le peuple choisi. Par l'onction, les rois ont été rendus participants de l'Esprit au bénéfice de ceux dont ils recevaient la charge. En continuité de cette action d'unité, de prospérité et de paix, "l'Esprit reposera" sur le Messie, bénéficiaire d'une action encore plus pénétrante de Dieu,

2.- l'Esprit a suscité les prophètes, inspiré leur Parole et soutenu leur témoignage. Il s'est communiqué de l'un à l'autre et c'est ainsi que l'enchaînement de leurs engagements a tissé une aventure de salut, aventure à la fois incarnée dans les tribulations historiques et orientée vers l'avenir

3.- enfin l'Esprit a contribué à la sanctification de la communauté; sacrifices et culte ont entretenu l'idéal religieux de "piété et justice", qui découlait de l'alliance conclue par Dieu avec les pères.

Mise à jour le Dimanche, 24 Juin 2012 12:09
 
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