Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 9ème Dimanche du temps ordinaire 

 

 

 

 

Actualités

Pour accompagner l"évangile de ce dimanche, les réflexions de deux théologiens; les PP. Ganne et Bourgeois. Décapant et éclairant. (Malheureusement j'ai perdu les sources exactes, sans doutes des articles parus dans des revues bibliques ou pastorales.)  

Rappel: les commentaires sur le Ier Dimanche de Carême sont disponibles. Et dès cette fin de semaine, ceux concernant le 2ème Dimanche de Carême.

Mercredi prochain, je vous proposerai également une méditation sur les Cendres et le Carême.

 

 

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 7/21-27

L'Evangile du Royaume proclamé par Jésus - exposé en enseignement oral - la "Sagesse" chrétienne concernant la Parole

déformation en verbalisme

Comme les disciples s"étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Il ne suffit pas de me dire : 'Seigneur, Seigneur !', pour entrer dans le Royaume des cieux ; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront : 'Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ?' Alors je leur déclarerai : 'Je ne vous ai jamais connus. écartez-vous de moi, vous qui faites le mal !'

construire sa maison sur le roc

 Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc.

La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s'est abattue sur cette maison ; la maison ne s'est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.

ne pas construire sur le sable

 Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.

La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maison s'est écroulée, et son écroulement a été complet. »

                                                        Textes liturgiques © AELF, Paris

 

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 Contexte des versets retenus par la liturgie

Ce n'est pas sans raison que Matthieu adopte une présentation qui met en regard l'enseignement de Jésus et les valeurs qu'inculquait l'enseignement rabbinique, appuyé sur les Ecritures. Le lien entre l'écoute de la Parole et la mise en pratique se retrouve à la base de l'Ancien Testament. En citant quelques passages, il est facile de repérer similitudes et progression.

Au livre du Lévitique, chap. 26

~ Si vous suivez mes ordonnances, si vous observez mes commandements et si vous les pratiquez, je donnerai vos pluies en leur temps; la terre donnera sa récolte, l'arbre des champs donnera ses fruits … Vous mangerez votre pain à satiété, et vous habiterez en sécurité dans votre pays…

~ Je mettrai la paix dans le pays et vous reposerez sans que nul vous inquiète. Je ferai disparaître du pays les bêtes féroces, et le glaive ne passera pas dans votre pays. ~ Vous poursuivrez vos ennemis, et ils tomberont devant vous par le glaive.

~ Je me tournerai vers vous, je vous ferai fructifier et je vous multiplierai, et je maintiendrai mon alliance avec vous. Je placerai ma Demeure au milieu de vous, et mon âme ne vous prendra pas en dégoût…Je cheminerai au milieu de vous; je serai votre Dieu et vous, vous serez mon peuple.

~~ Mais si vous ne m'écoutez pas et si vous ne pratiquez pas tous ces commandements, ~~ si vous dédaignez mes ordonnances et si votre âme prend mes règles en dégoût, en sorte que vous ne pratiquiez plus tous mes commandements et que vous rompiez mon alliance, ~~ voici ce qu'à mon tour je vous ferai: je préposerai sur vous l'épouvante, la consomption et la fièvre, qui consument les yeux et épuisent l'âme. Vous sèmerez pour rien votre semence… Vous serez battus devant vos ennemis.

Le livre du Deutéronome, au chapitre 28, reprend les mêmes développements : bénédictions - malédictions, mais il insiste en finale (30/15) sur la portée de cet enseignement : il ne s'agit plus seulement de posséder une terre mais de "choisir la vie" :

~~ Vois; j'ai placé aujourd'hui devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur. ~~ Si tu obéis aux commandements de Yahvé, ton Dieu, que je te prescris aujourd'hui, en aimant Yahvé, ton Dieu, en marchant dans ses voies, en observant ses commandements, ses ordonnances et ses règles, tu vivras, tu te multiplieras, et Yahvé, ton Dieu, te bénira dans le pays où tu vas entrer pour le posséder. ~~

J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre: c'est la vie et la mort que j'ai placées devant toi, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin de vivre, toi et ta postérité, ~ en aimant Yahvé, ton Dieu, en écoutant sa voix et en t'attachant à lui; car c'est là ta vie…

En conclusion de la parabole des deux maisons, Matthieu met en opposition deux catégories de personnes : celles qui sont "avisées" et celles qui sont "insensées". Cette séparation de comportement se retrouve dans la parabole des jeunes filles en attente du cortège de noces (25/1).

 

Réflexion sur le 9ème Dimanche du temps ordinaire : attention aux "méprises" concernant la volonté de Dieu

 

Réflexions de Pierre Ganne … Afin de prendre une bonne piste

Il est indispensable, pour commencer, de suspecter et de critiquer le langage courant si nous ne voulons pas être pris au piège de nos schèmes mentaux. Les mots employés pour parler de la Création sont piégés, nos manières d'interpréter la relation entre Dieu et l'homme sont sans cesse à purifier. Si nous ne remettons pas en cause un certain nombre d'images courantes et d'expressions toutes faites, si nous ne soupçonnons pas certaines formules, nous ne pourrons jamais vivre et comprendre ce que signifient les expressions : " Créer ", " Créateur ", " Etre Créé ", nous tournerons en rond dans une logique abstraite, prisonniers de faux dilemmes …

Le vocabulaire

N'avons-nous jamais, par exemple, parlé ou entendu parler du plan de Dieu " sur " le monde, du dessein de Dieu " sur " l'homme ? Or ne trouvez-vous pas ces expressions assez inquiétantes? Un dessein, un plan " sur " évoquent un univers préfabriqué, hostile à notre liberté. Et si en réalité le plan de Dieu, c'était l'homme lui-même, le monde de l'homme, sa liberté créatrice, est-ce que tout n'en serait pas changé ?

Autre idée à revoir

La Création serait-ce uniquement la nature, le monde, les montagnes ? On contemplerait les merveilles de Dieu dans le grand livre de la Création, au cours d'une excursion, devant un beau paysage, au lever du soleil. En fait, la Création dont parlent le Credo et la Bible, n'est-ce pas d'abord l'homme, les oeuvres de l'homme, plutôt que le cadre dans lequel il évolue ? Dans le premier chapitre de la Genèse le scénario des premiers jours est un montage pour faire apparaître " l'image de Dieu ", l'homme, raison d'être de la Création.

Puisque nous ne vivons pas dans un monde tout fait, le sens de nos actes n'est pas déterminé, leur signification n'est pas fixée d'avance. Nous pouvons inventer : Dieu se propose à notre liberté et l'histoire est faite de nos accueils ou de nos refus. Les signes de Dieu ne sont pas des signaux à repérer et à déchiffrer. Nous tentons seulement de discerner dans les événements en quoi Dieu sollicite notre initiative. Mais c'est la liberté humaine qui est créatrice de sens.

Dans un raz de marée, dans un tremblement de terre qui engloutit des milliers d'hommes, je vois d'abord un phénomène physique dont une technique meilleure aurait pu prévenir ou enrayer certains effets. J'y découvre ensuite un fait politique en ce sens qu'il devrait mettre en oeuvre certaines solidarités, en même temps qu'il révèle l'absence invraisemblable de moyens pour une aide rapide et efficace. Rien de tout cela n'est automatiquement signe de Dieu, et l'analyse d'une situation nous place toujours devant des choix. Les événements peuvent devenir signes de Dieu - ils ne le sont pas nécessairement - dans la mesure où à travers eux nous sommes appelés à créer une histoire humaine.

En bref, la création de Dieu ne se surajoute pas à l'action de l'homme pour lui donner une signification supplémentaire.

 

Henri Bourgeois … La volonté de Dieu

Qui de nous ne s'est jamais trouvé en arrêt devant la fameuse phrase de Jésus sur la volonté de Dieu : " Ce n'est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu'on entrera dans le Royaume des cieux, mais c'est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux " (Mt. 7, 21)

Nous comprenons bien ce que le Christ souligne : il ne suffit pas de dire, il faut faire. Et les prédicateurs font retentir cet appel à nos oreilles pour nous inciter à la conversion pratique de notre Vie, au changement réaliste de notre existence, à la transformation de notre monde, sans nous payer de mots. Oui, bien sûr. Et pourtant tout cela reste très général.

Qu'est-ce qu'il faut faire exactement? Ou plutôt : qu'est-ce qu'il faut faire qui soit en correspondance avec ce que Dieu attend de nous ? Car elle est fort mystérieuse, la volonté de Dieu. Saint Paul le déclare en toutes lettres : " Le mystère de sa volonté " (Eph. 1. 9). Mystère, au sens biblique. C'est-à-dire un dynamisme qui nous englobe, auquel nous participons, mais dont l'ampleur et la générosité dépassent nos possibilités, nos réalisations, notre compréhension.

1°- Dieu a de la volonté

Lorsque nous pensons à Dieu, lorsque nous nous adressons à lui dans la prière, nous lui reconnaissons un certain nombre de qualités : il est bon, il est amour, il est fidèle, il est vivant. Parmi tous ces traits dont témoigne l'histoire biblique et que nous pouvons expérimenter un peu dans notre histoire personnelle, n'oublions pas la volonté divine, étant bien entendu que nous ne saurions l'isoler du contexte global.

a) Dieu est lié à nous

En premier lieu, ce que nous suggère le fait de reconnaître à Dieu une volonté sur nous, c'est qu'il n'est pas neutre à notre égard. Il n'est pas indifférent à nous, étranger à notre vie. Il n'est pas retiré des affaires, dans un ciel lointain où Il demeurerait superbement inactif. C'est un Dieu tourné vers nous. Car sa volonté, si l'on en croit l'expérience biblique, est orientée vers nous.

Un tel point de vue n'est pas aussi banal qu'on pourrait le penser. Les historiens des religions nous disent, en effet, que souvent Dieu se voit relégué dans les hauteurs du ciel par l'inattention des hommes ou par leur goût pour des idoles plus tangibles . On continue alors à en parler éventuellement, on pense même à lui en cas d'urgence ou de détresse, mais c'est un Dieu neutralisé, inactif, lointain.

Il se pourrait bien que cette pénible aventure de Dieu parmi les hommes soit permanente et que notre temps continue de la manifester. Que l'on songe à la classique expression "le bon Dieu". Dans la plupart des cas, cette formule recouvre une référence assez creuse. Le Dieu dont on parle est une réalité bien peu vivante. On fait allusion à lui par habitude, par héritage, peut-être par un certain sens du sacré … Mais on ne voit guère quelle volonté propre pourrait avoir cette divinité évanescente.

Dire que Dieu a une volonté, c'est dire que Dieu est lié activement à nous, qu'il est impliqué dans notre vie, bref que c'est le Dieu de l'Alliance et qu'il agit dans notre monde. Il y a là une manière de voir caractéristique de la foi proprement dite en Dieu, mais qui ne va nullement de soi.

b) Dieu est "orienté"

Parler de la volonté de Dieu signifie encore que Dieu a une orientation. Il le faut pour que l'on puisse, à son sujet, user honnêtement du mot "volonté". Car une volonté, c'est une énergie orientée, c'est un dynamisme tendu vers un but. La volonté, c'est l'orientation active et décidée d'un être vers une fin à atteindre.

Ce dynamisme, ce mouvement actif, volontaire et libre, en Dieu a un nom : c'est l'Esprit-Saint. L'Esprit de Dieu, c'est l'énergie vitale que Dieu porte en lui-même et qu'il met en œuvre pour animer et aimer le monde .Quand l'Ancien Testament parle de l'Esprit divin, c'est pour mettre en relief cette action créatrice et recréatrice de Dieu. Dieu ne se contente pas d'exister avec plénitude, mais il communique librement et activement cette vitalité.

L'Esprit-Saint, c'est donc Dieu qui agit. C'est Dieu envisagé comme agissant. C'est Dieu qui exprime sa vie mystérieuse en vouloir, en création et en salut .L'Esprit divin, c'est le dynamisme du Père, son énergie agissante et aimante. Voilà qui est de grande portée. Car le fait de parler de l'Esprit de Dieu, de reconnaître un Esprit en Dieu, n'est pas une commodité de vocabulaire, comme s'il s'agissait simplement de réunir sous un terme global un certain nombre de traits caractéristiques du Dieu vivant.

L'affirmation, relative à l'Esprit de Dieu va bien plus loin. Elle souligne au moins deux convictions de la foi biblique. Tout d'abord, le fait que le vouloir de Dieu est unique et unifié. Dans la Bible, l'Esprit divin est un … Ensuite, l'affirmation de l'Esprit divin dans la tradition biblique fait ressortir combien la volonté et l'action de Dieu ne sont pas extérieures à ce qu'il est. En nous, la volonté (nos projets, nos actions, nos décisions, nos fidélités) est souvent en décalage par rapport à ce que nous sommes ou croyons être. Dieu, parce qu'il est Dieu, fait ce qu'il est, met dans son vouloir tout ce qu'il est.

c) Orientation unique vers deux pôles distincts

= Dieu s'oriente vers le monde

C'est le plus manifeste : ce vers quoi tend la volonté de Dieu, c'est le monde. Dieu veut des réalités autres que lui, il les fait exister et se donne à ces êtres créés. Il est donc en permanence orienté vers nous. "Voici, déclare saint Paul, quelle est la volonté de Dieu, c'est votre sanctification" (1 Thessalon. 4/3). De son côté, le prophète Osée prêtait à Dieu une déclaration non moins significative : "C'est l'amour que je veux plutôt que les sacrifices, la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes" (6/6) .La volonté divine consiste donc, pour Dieu, à aimer et, par conséquent, à s'orienter décidément et gratuitement hors de lui, vers nous et vers le monde où nous vivons.

= Dieu s'oriente vers son Fils

Mais le pôle d'orientation de la volonté divine, ce n'est pas seulement nous et le monde. Voilà qui est très mystérieux, mais aussi très révélateur de ce qu'est Dieu. Pour le dire brièvement, reconnaissons avec le Nouveau Testament que la volonté de Dieu est aussi orientée vers Dieu lui-même, plus exactement vers cette réalité que constitue en Dieu le Fils unique, le Verbe. La vitalité du Père et son amour se portent vers le Fils.

Ce mouvement n'est pas un mouvement de création ou de sanctification, c'est quelque chose de plus radical. C'est un vouloir qui est constitutif de Dieu lui-même. Du fait même qu'il est, le Père veut et aime son Fils dans l'Esprit, avec l'Esprit. Il y a donc, en Dieu même, une réalité qui est un terme adapté à la volonté du Père. Le Fils est un pôle d'orientation pleinement accordé à ce dynamisme qu'est l'Esprit Saint de Dieu.

Pour exprimer tout cela, les mots sont bien malhabiles et bien abstraits. On peut résumer en disant : ce que Dieu est et ce qu'il veut pour nous, il l'est et il le veut en lui-même. Mais d'une façon assurément tout autre.

= Orientation unique

C'est du même cœur, avec le même Esprit, que Dieu se donne à son Fils et aux hommes. Certes, les niveaux changent : le Fils et les hommes ne sont pas à confondre. Mais, et c'est là l'essentiel en christianisme, le vouloir divin à notre égard est du même "style" qu'à l'égard du Fils.

Quelles conséquences cela a-t-il ? Cela nous amène à mieux saisir à quel point nous comptons pour Dieu, à quel point nous lui tenons à cœur. La volonté et l'amour de Dieu à notre égard sont dans la ligne même de la volonté et de l'amour qui vont du Père au Fils. Le Père s'oriente vers nous comme il s'oriente vers son Fils. Il voit le monde en prolongement de son Fils, en fonction de son Fils, en référence à lui.

2° - La volonté de Dieu est humaine

Même après cet éclairage, la volonté divine demeure pour nous mystère. Elle est distincte de notre vouloir d'hommes. Et nous savons bien que, lorsque nous la jugeons trop accordée à la nôtre, nous risquons de la travestir et d'imputer à son compte nos propres orientations ou nos propres désirs…

Toutefois, nous pouvons avancer un peu plus dans la compréhension de ce qu'est le vouloir de Dieu. Car ce "mystère" s'est fait homme en Jésus-Christ. Selon la foi chrétienne, la volonté divine se dévoile (autant qu'il est humainement possible) dans la vie, l'expérience, les audaces et la fidélité de cet homme Jésus en qui nous reconnaissons la présence réelle de Dieu.

En lui, Dieu a voulu manifester l'unité de sa volonté : non seulement nous aimer avec l'Esprit dont il aime son Fils, mais rendre humain son Fils afin qu'en un cas unique et privilégiée, une vie d'homme témoigne totalement parmi les hommes de ce que Dieu veut radicalement, au fond de lui-même. Jésus, c'est Dieu parmi les hommes. Jésus, c'est pour la volonté divine la possibilité d'être sur la terre ce qu'elle est au ciel.

En Jésus, la volonté de Dieu se présente de manière humaine. Cela ne dissipe pas le mystère, cela permet d'y entrer et d'en mieux vivre.

Quelques traits de la volonté divine ayant pris forme humaine en Jésus-Christ

a) une histoire "effective"…

Le "fait" Jésus-Christ montre de lui-même que la volonté divine ne peut ni se comprendre, ni s'exercer dans l'abstrait. La volonté de Dieu n'a aucun sens réel - pour nous, mais aussi pour Dieu lui-même - si ce n'est pas une volonté qui se décide et se réalise dans l'histoire. C'est à travers des événements, des choix pratiques, des options, des adhésions, des refus, qu'elle peut se manifester et "advenir" réellement.

On ne peut donc en parler de façon théorique ou trop générale. Car faire une homélie ou une théologie sur la volonté de Dieu, ce n'est pas forcément la réaliser, l'accueillir et lui "donner lieu" dans le monde …

b) 1ère dimension éclairant la manière dont Jésus a "inscrit" la volonté divine dans le monde : le sens des événements

Jésus a toujours été attentif à ce qui se passait, à ce qui arrivait, tenant compte des circonstances, modifiant sa méthode apostolique que ce soit la prédication aux foules ou l'enseignement aux disciples, modifiant l'ordre des thèmes de sa prédication : annonce du Royaume durant les premiers mois, puis annonce du Fils de l'homme et de la passion pendant les dernières semaines…

Il avait beau se nourrir de la volonté divine, il avait chaque jour à découvrir ce que pouvait signifier en l'occurrence cette volonté. Il avait à se décider en fonction de la décision de Dieu, mais aussi en fonction de lui-même, des circonstances, des obscurités et des risques inévitables d'une vie d'homme. La scène symptomatique des tentations illustre assez bien cette exigence permanente.

Ce sens des événements paraît bien indispensable pour faire réellement la volonté divine. Un événement est un fait qui ne peut être réduit à une fraction d'un déroulement général. C'est quelque chose qui ne peut être ni prévu, ni pleinement expliqué. Ce sont des rendez-vous de l'homme et de Dieu où l'homme est appelé, avec sa volonté d'homme, à faire apparaître, en une circonstance donnée, ce qu'est la volonté de Dieu. Pas plus que les événements, la volonté divine ne se résorbe dans des lois générales. Elle est toujours largement inédite. Elle surgit dans les événements comme "un" événement.

c) 2ème dimension : sens des événements décisifs

Tous les événements n'ont pas la même portée. Certains moments de l'histoire sont uniques et, à ce titre, ont une signification décisive pour tous ceux qui cherchent à découvrir leur caractère unique.

Telle était pour Jésus la Pâque juive. Il voyait dans cet événement la présence efficace et révélatrice du vouloir divin : dans l'Exode et la délivrance d'Egypte, Dieu avait montré sa décision de libérer les siens, il avait manifesté sa volonté de libération des opprimés … Fait unique, qu'il fallait perpétuer, actualiser liturgiquement, personnellement et dans les rapports sociaux . Et c'est dans cette perspective que Jésus célèbre la nouvelle pâque, celle de sa propre vie, nouvel événement où la volonté divine prend une nouvelle acuité, plus décisive que celle de l'Exode d'Israël : la libération de la mort

d) 3ème dimension : c'est de la volonté humaine que la volonté divine attend sa manifestation

La volonté de Dieu ne peut être humanisée que par les hommes. Faire la volonté de Dieu, en effet, ce n'est pas seulement s'accorder à ce que Dieu attend de nous. C'est plus encore. C'est faire apparaître dans le monde - et d'abord ici ou là, dans telle situation - ce que Dieu veut, "donner lieu" à Dieu dans le monde, lui permettre de se manifester et de se réaliser.

Faire la volonté de Dieu, en effet, c'est non seulement répondre à une attente. C'est permettre à cette attente de devenir humaine, historique. C'est disposer sa volonté d'homme de telle façon que la volonté divine puisse se manifester … Aussi bien, le rapport de la volonté divine et de la volonté humaine n'est-il pas, dans la foi, un affrontement, une concurrence . C'est un rapport de nourriture (ma nourriture, c'est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé) et un rapport d'expression ( la volonté humaine exprime en une production nouvelle, en un événement toujours inédit la prévenance de l'Esprit divin )

Il y a coopération entre Dieu et l'homme. La volonté de Dieu sollicite le vouloir humain et reçoit de lui sa naturalisation humaine. Elle "autorise" ainsi la décision humaine, avec les risques et les décalages que cela comporte. Elle rend possible et ouvre en permanence une histoire que Dieu et l'homme font ensemble. Elle n'est sans doute jamais dévoilée. Mais elle se fait humaine en la volonté humaine, en des décisions concrètes, en des actes historiques.

e) 4ème dimension : la manière dont Jésus a vécu

Si la volonté divine est humaine, c'est parce qu'elle manifeste en Jésus-Christ deux caractéristiques sans lesquelles elle ne pourrait l'être : un oui et un non.

- oui à la libération :

Jésus délivre les possédés et les sans espérance, ébranle les légalismes dévitalisés, réconcilie les pécheurs avec Dieu et avec eux-mêmes, rend les isolés à leur entourage, manifeste qu'il est possible pour tous et en toute circonstance de vivre autrement, à frais nouveaux et avec un cœur neuf.

Le libéré, l'homme libre qu'il est, est un libérateur. Et dans ce comportement se présente la volonté libératrice de Dieu. Si bien que le vouloir divin se fait humain en appelant l'homme au changement. La volonté divine s'humanise en changeant l'homme, en appelant de l'homme aliéné à l'homme libre.

- non à la puissance : à la puissance oppressive, aux démonstrations de force, au vouloir illusoire

Jésus congédie, dans la scène des tentations, ces recours trompeurs. Il ne veut pas compromettre la volonté divine avec les formes ambiguës de l'autorité humaine. Il ne veut pas être roi, ni prestigieux, ni captatif. Il est serviteur humble, soumis aux exigences du réel et aux patiences de chaque jour.

A nouveau, dans ce comportement, s'atteste la volonté de Dieu, car la volonté divine ne saurait prendre place chez les hommes aux côtés du triomphalisme et de la domination. Elle ne s'exprime humainement que dans la fidélité réaliste au quotidien. La toute puissance de Dieu n'a d'autre visage humain que celui-ci : c'est la toute puissance de l'amour qui propose et n'impose pas.

3°- La volonté de Dieu reste "mystère" même révélée en Jésus-Christ.

Car elle nous y est révélée d'une manière telle que nous ne puissions l'enclore dans des schémas définitifs et des idées totalement claires. Cette volonté se présente comme paradoxale.

a) jamais totalement exprimée humainement

Ce que Dieu veut n'est jamais totalement réalisé sur la terre, ni même exactement manifesté. L'humanisation de la volonté divine est toujours limitée, elle se produit en certaines situations ou en certains secteurs de notre expérience, mais non dans tous les événements de l'histoire. Nos volontés humaines ne sont pas en mesure d'être toujours et suffisamment expressives du vouloir divin.

b) aujourd'hui et fin des temps

La volonté divine peut avoir forme humaine dès aujourd'hui, mais sa pleine réalisation chez les hommes et dans le monde est pour la fin des temps. Rien de ce que nous vivons n'est assez porteur de la volonté divine. C'est seulement à la fin de l'histoire, à la Parousie, que l'humanité sera à même de relire devant Dieu son histoire et d'y reconnaître en toute vérité la présence de Dieu.

En attendant nous essayons bien d'accueillir ce que Dieu veut, mais notre foi est liée aux aléas et aux obscurités qui sont notre lot quotidien.

c) ensemble et personnellement

Notre responsabilité pour "donner lieu" à la volonté divine dans nos volontés humaines est une responsabilité collective et personnelle. Faire la volonté de Dieu, cela se peut à plusieurs, ensemble. Mais cela se réalise aussi dans la décision personnelle. Si bien que la volonté divine apparaît et ne peut apparaître qu'à l'intersection de nos solidarités et de nos solitudes, de nos échanges et de nos engagements individuels. Elle ne trouve un lieu humain effectif qu'en des volontés d'hommes qui vivent la communauté et qui trouvent de ce fait le courage d'être eux mêmes.

Telle est bien notre expérience courante. Nul ne peut aider un autre à discerner ce que Dieu veut sans que d'abord celui-ci ne soit personnellement attentif et décidé. Et nul ne peut découvrir la volonté divine en s'isolant dans une illusoire autonomie, loin de ses frères et sœurs.

d) sens libérateur et caractère humble

Nous avons toujours de la peine à tenir ensemble le caractère libérateur que porte la volonté de Dieu et son caractère humble et pauvre. La scène de Gethsémani souligne bien cette tension : la fidélité du Christ et le témoignage qu'il rend au Royaume de Dieu s'accompagnent de l'échec, de l'isolement, d'une certaine nuit.

Ainsi en va-t-il parfois pour nous. A certaines heures, nous comprenons mal comment la passion de Dieu pour la liberté des hommes peut coexister avec l'injustice triomphante, le mépris dominant, l'esclavage dégradant. Faire la volonté de Dieu, c'est peut-être alors entretenir en notre propre volonté ce sans quoi la présence divine serait totalement insignifiante ; l'espérance, le courage pour tenir bon, l'attention aux possibilités qui s'offrent.

Conclusion : les deux faces contrastées de la volonté de Dieu

Il y a ce que Dieu ne veut pas, ce qu'il récuse, ce qu'il dénonce comme étant mortel et non libérateur : la suffisance, l'égoïsme, la routine, le péché, les effets de la "chair" dont parle saint Paul. Il y a ce que Dieu souhaite, ce qu'il désire et promeut, ce à quoi il tient, ce à quoi il nous appelle, ce qui correspond à son Esprit-Saint, car c'est vie et liberté.

C'est là une de nos difficultés permanentes, car nous avons de la peine à accueillir ensemble les deux modes du vouloir divin. Pourtant ce que Dieu veut ne se comprend pas si l'on oublie ce qu'il refuse et dénonce,  et ce que Dieu rejette est incompréhensible indépendamment de ce qu'il désire et promeut.

Mise à jour le Jeudi, 03 Mars 2011 10:35
 
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