Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 33ème Dimanche du Temps ordinaire

Année A : 33ème Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

Actualité

Evangile : Mattieu 26/14-30

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : quand bien même on n'aurait reçu qu'un talent! …

Actualité

Lorsque nous lisons pour la première fois la parabole des talents, notre réaction ne peut être qu'une réaction d'approbation. Par modestie, nous ne nous sentons pas à la hauteur de celui qui a reçu les cinq talents, mais nous n'approuvons pas le comportement de celui qui n'en a reçu qu'un. De façon générale, nous n'aimons pas les paresseux et nous déplorons les exemples de passivité. Nous nous réjouissons donc de la réaction du maître et nous approuvons la conclusion. Car, bien entendu, nous nous situons en deuxième position.

Cette perspective n'est pas fausse et Matthieu ne la remet pas en question. Mais il nous invite à la valoriser en approfondissant les trois situations. Il le fait dans le cadre de son époque, mais il perçoit la portée universelle de cette réflexion

Evangile

Evangile selon saint  Matthieu 25/14-30

L'épanouissement ultime du Royaume: exhortations à la vigilance - les attitudes possibles - parabole des talents  

Jésus disait à ses disciples

1er temps : répartition des biens

Un homme, en partant en voyage, appela ses propres serviteurs et leur livra ce qui lui appartenait, et à l'un il donna cinq talents, à l'autre deux, à l'autre un seul, à chacun selon sa propre puissance et il partit en voyage.

2ème temps : diversité de gestion

Aussitôt, allant, celui qui avait reçu les cinq talents oeuvra  avec eux et en gagna cinq autres.

De même celui qui avait reçu les deux talents, en gagna deux autres.

Mais celui qui avait reçu un seul talent, s'éloignant, creusa la terre et cacha l'argent de son Seigneur.

3ème temps : règlement des comptes

Or, après un long temps, vient le Seigneur de ces serviteurs-là et il règle son compte avec eux.

Venant auprès de lui, celui qui avait reçu les cinq talents porta auprès de lui cinq autres talents, en disant: et dit : "Seigneur, tu m'as livré cinq talents. Voilà, j'ai gagné cinq autres talents"

Son Seigneur lui déclara : "Bien, serviteur bon et fidèle, sur peu tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre vers la joie de ton Seigneur".

Venant auprès de lui, celui qui avait reçu les deux talents dit : "Seigneur, tu m'as livré deux talents. Voilà, j'ai gagné deux autres talents".

Son Seigneur lui déclara : "Bien, serviteur bon et fidèle, sur peu tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai ; entre vers la joie de ton Seigneur."

Venant auprès de lui, celui qui avait reçu un seul talent dit: " Seigneur, je t'ai connu, tu es un homme dur, moissonnant où tu n'as pas semé et assemblant d'où tu n'as pas éparpillé. Ayant craint, m'éloignant, j'ai caché ton talent dans la terre. Voilà : tu as ce qui est tien."

Répondant, son Seigneur lui dit : " Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé et que j'assemble d'où je n'ai pas éparpillé, il te fallait donc confier mon argent aux banquiers et, venant, moi; j'aurais récupéré ce qui est mien avec un intérêt.

Enlevez-lui donc le talent et donnez-le à celui qui a les dix talents (Car à celui qui a, il sera donné et il surabondera. A qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé) Et jetez dehors le serviteur inutile, vers la ténèbre extérieure, là sera le pleur et le grincement des dents !"

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Ce passage appartient au développement concernant l'épanouissement final du Royaume. Après avoir mis en garde contre les confusions possibles au sujet de la fin des temps, Matthieu aborde franchement les attitudes et comportements que les chrétiens doivent adopter alors "qu'ils ne savent ni le jour, ni l'heure".

L'ensemble qu'il consacre à cette question se présente en chiasme. Les paraboles du Maitre de maison et de l'intendant fidèle s'adressaient aux responsables de communauté. Au centre la parabole des dix jeunes filles interpellait tout chrétien dans sa foi personnelle à Jésus. La parabole de ce dimanche interpelle de même tout chrétien dans son engagement concret.

En effet, son enseignement est proche de celui que donnait la parabole du serviteur fidèle. Il est facile de repérer la symétrie entre les serviteurs auxquels les talents sont confiés et l'intendant "établi sur la maisonnée pour donner la nourriture en temps voulu". Ne serait-ce qu'au plan du vocabulaire, elle est évidente. "Serviteur fidèle et avisé" d'une part, "serviteur bon et fidèle" d'autre part. "Sur tout ce qui lui appartient, le maître l'établira" d'une part, "sur beaucoup je t'établirai" d'autre part.

* Pour éviter les méprises, il faut préciser ce qu’est  "le talent". La confusion entre la monnaie qui avait cours en ce temps et les qualités personnelles que nous désignons par ce mot n'est possible qu'en français. Les anciennes monnaies avaient comme origine des "poids" de métal précieux. Leur nom conserve souvent cette référence. En principe, le "talent" correspondait à la charge d'argent-métal qu'un homme pouvait porter, soit 30 kgs environ (26 à 34). Il s'agissait d'une somme énorme puisqu'elle équivalait à 6.000 drachmes ou deniers, ces unités correspondant à une journée de travail rural. Le talent se divisait en 60 "mines" et la mine en 60 "sicles". Dans le texte parallèle, Luc parle d'une "mine" confiée à chaque serviteur, soit 436 grammes, soit 100 deniers.

Il est difficile de déterminer le pouvoir d'achat que représentaient les monnaies de l'époque. Nous devons nous contenter d'un ordre de grandeur. Mais les équivalences permettent d'éviter certaines erreurs de jugement. Celui qui a reçu un talent se trouve à la tête d'un capital important, 25 années de salaire ouvrier. Lorsqu'on compare avec la présentation de Luc, Matthieu semble avoir forcé les chiffres au delà des conditions ordinaires pour inviter à la réflexion.

* Le "déroulement de la parabole" ne pose pas de difficulté majeure. Trois temps sont précisés sans détails ni précisions superflus. Au départ, le maître ne donne pas de directives particulières; il ne donne aucune motivation concernant son départ pas plus qu'il ne précise la date de son retour. Il ne nous est pas dit comment les serviteurs ont fait ensuite fructifier la somme initiale. Et nous n'en savons pas plus quant aux biens sur lesquels les serviteurs seront établis.

Seules, deux attitudes différentes se détachent. Car les deux premiers réagissent semblablement et leurs symbolismes sont évocateurs. Les premières communautés rassemblaient des chrétiens très différents au regard de leur culture antérieure et de leurs conditions sociales. Nous ne pouvons donc être étonnés de la "distance" entre celui qui reçoit cinq talents et celui qui en reçoit deux. La phrase finale est essentielle, car elle coupe court à tout "privilège" auquel pourraient prétendre les responsables. Le maître exprime la même satisfaction et remet la même récompense, quelle que soit la somme reçue au départ.

D'ailleurs, nous pouvons noter à ce propos une première anomalie qui témoigne du travail que l'auteur a opéré sur la parabole primitive. Les deux premiers serviteurs ont remis leurs talents au maître et ont changé de situation puisqu'ils reçoivent une nouvelle responsabilité "dans la joie de leur Seigneur". Le talent supplémentaire ne peut être d'aucune utilité.

* Les versets concernant le troisième serviteur se présentent de façon plus complexe. Cette complexité ne change rien à la leçon globale qui ressort de la parabole. Le schéma essentiel est assuré. Il met en relief un double contraste, celui qui concerne la façon d'agir des serviteurs et celui qui concerne l'échéance finale.

Le dialogue avec le maître ne peut être réduit à un simple mécontentement. D'ailleurs Matthieu lui réserve deux fois plus de place que ce qui a précédé.

- Le fait "d'enterrer le talent" peut nous paraître curieux à plus d'un titre. Le maître relève d'ailleurs lui-même une contradiction dans le raisonnement de son interlocuteur. Si ce dernier estimait que son maître était dur en affaires, il aurait dû placer l'argent à la banque pour qu'il produise des intérêts. Le droit rabbinique considérait que le fait d'enterrer une somme d'argent était la plus sûre protection contre les voleurs. Aussi il dégageait de toute responsabilité celui qui l'avait reçue en gage ou en dépôt. Au contraire il rendait responsable celui qui n'avait pas pris de précaution en se contentant de la mettre dans un linge.

- L'insistance de Matthieu nous suggère de tenir compte de l'ambiance du passage, à savoir les ruptures avec le judaïsme. Comme le mauvais serviteur, les pharisiens ont "enterré" le "talent" que représentait la Loi mosaïque, "gens incontestablement remplis de la crainte de Dieu, soucieux de rendre à Dieu tout ce qui lui est dû, mais désespérément rivés aux commandements comme seule référence de "justice" devant lui.

- De même les objections conviennent parfaitement à la situation de la communauté chrétienne au moment où elle se détache du milieu juif. Nous retrouvons les doléances des ouvriers de la première heure qui se référaient au poids du jour et de la chaleur. Les disciples héritent de la richesse passée, de la vision universelle qu'enseignaient les prophètes… autrement dit "ils moissonnent là où ils n'ont pas semé". Cette restriction s'appliquait spécialement aux anciens païens qui n'avaient pas affronté l'histoire difficile qui avait été celle d'Israël.

- Une autre restriction concerne la vision de Dieu que développait une certaine pensée juive. Effectivement l'enseignement des scribes contribuait à présenter Dieu en "Maître souverain, exigeant en ses volontés". La "crainte religieuse" se trouvait être la seule attitude qui convenait. Matthieu voit dans l'Eglise le lieu où les valeurs passées sont appelées à s'épanouir. Jésus n'est pas venu "abolir" la Loi, il est venu "l'accomplir" C'est pourquoi, dans sa réponse, le Maître ne reprend pas ce reproche. Il y a donc plus que de l'incohérence dans les objections du troisième serviteur. Il y a expression d'une animosité qui s'accentuait au fur et à mesure de l'extension du groupe chrétien.

* L'ambiance conflictuelle de la parabole ressort nettement de la présentation synoptique selon Luc (19/12). Ce dernier entremêle deux paraboles : la parabole de "l'homme de haute naissance qui se rend dans un pays lointain pour recevoir la dignité royale" malgré l'opposition de ses concitoyens et la parabole des "mines" qui s'inspire de la même tradition que la parabole des talents.

Les divergences n'estompent pas les analogies. La parabole des mines est présentée au terme de la montée vers Jérusalem, avant l'entrée dans la ville. Il est question de dix serviteurs qui reçoivent chacun une "mine" (pièce équivalente à 100 deniers). Le maître donne l'ordre explicite de faire fructifier l'argent jusqu'à son retour. Trois serviteurs seulement viennent rendre des comptes, la productivité a été différente: 10 et 5 pour un en ce qui concerne les deux premiers. Le troisième a déposé sa pièce (436 grammes) dans un linge. Les récompenses sont présentées en autorité sur dix et cinq villes. La conclusion de l'ensemble est assez étonnante puisqu'il s'agit de mettre à mort les opposants.

* La remarque "à celui qui a, il sera donné et il surabondera. A qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé" est reprise telle quelle du développement concernant les lois de croissance du Royaume (13/12). A cette place, elle justifiait le recours au genre parabolique adopté par Jésus dans son enseignement.

Piste possible de réflexion : quand bien même on n'aurait reçu qu'un talent! …

Précision concernant le "talent"

Avant toutes choses, lorsque nous nous référons à cette parabole, il faut prévenir une confusion qui affecte la langue française car elle n'existe pas ailleurs. Le mot "talent" désigne à la fois une monnaie ancienne et les qualités personnelles dont chacun dispose. Certes, le sens général n'est est pas modifié si nous parlons de la diversité des aptitudes naturelles et de la nécessité de les développer, mais nous construisons alors une parabole hors évangile et la perspective de départ n'est plus celle de Matthieu.

Les anciennes monnaies avaient comme origine des "poids" de métal précieux. Leur nom conserve souvent cette référence. En principe, le "talent" représentait la charge d'argent-métal qu'un homme pouvait porter, soit 30 kgs environ. Il s'agissait d'une somme énorme. Elle équivalait à 6.000 drachmes ou deniers, ces unités correspondant à une journée de travail rural. Par commodité, le talent se divisait en 60 "mines" et la mine en 60 "sicles". Dans le texte parallèle, Luc parle d'une "mine" confiée à chaque serviteur, soit 436 grammes, soit 100 deniers.

Il est difficile de déterminer le pouvoir d'achat que représentaient les monnaies de l'époque. Nous devons nous contenter d'un ordre de grandeur. Mais les équivalences permettent d'éviter certaines erreurs de jugement. Celui qui a reçu un talent se trouve à la tête d'un capital important, il s'agirait aujourd'hui de 25 années de salaire ouvrier. Il semble d'ailleurs que Matthieu ait forcé les chiffres au delà des conditions ordinaires pour inviter à la réflexion.

Le premier serviteur : hommage aux pionniers du passé

La mention des cinq talents confiés au premier serviteur ne vise pas à justifier les écarts si fréquents entre la "hiérarchie" et la "base". Antérieurement, l'évangéliste a rappelé certaines exigences qui s'imposent aux responsables. En tant que "maîtres de maison", ils doivent veiller à ce que des "voleurs", des faux prophètes, ne détournent la pensée chrétienne de l'orientation que lui a donnée Jésus. "Chargés de donner à la maisonnée la nourriture en temps voulu", ils se doivent d'être des serviteurs "fidèles et avisés".

Il apparaît plus conforme à la pensée de l'évangéliste de situer en "premiers serviteurs", ceux qui le furent effectivement. Il est vrai que les années de partage avec Jésus avaient enrichi les apôtres au delà des "mesures" de leur formation juive. Mais, avec le recul des siècles, nous pouvons mesurer à leur pleine valeur les initiatives qu'ils déployèrent pour faire fructifier le premier "dépôt de la foi"… l'organisation de la communauté… le recueil des souvenirs comme base de réflexion sur l'événement unique dont ils avaient été témoins… le mûrissement de réflexion que certains complétèrent en rédigeant les évangiles… le rayonnement vers des civilisations étrangères afin que soit connu un message riche d'intériorité… Ils avaient reçu cinq talents, il n'est pas injuste d'estimer qu'ils en ont gagné cinq autres.

Pour valoriser notre situation de deuxièmes serviteurs, il importe de ne pas introduire trop de différences entre la nature des "talents" qui leur ont été confiés et la nature de ceux qui nous sont remis aujourd'hui. Nous disposons actuellement d'analyses "sérieuses" concernant les premiers temps de l'Eglise. Il faut refuser les récits "édifiants" qui ont souvent neutralisé l'humanité des premiers "talents" au nom d'une conception "imaginative" du rôle de l'Esprit. Les évangiles sont témoins que les talents qui furent confiés aux disciples "pesaient" d'une densité humaine authentique. Et il en a été de même en faveur de ceux qui "osèrent" imprimer un avenir à la marche de l'Eglise jusqu'à nous.

Le deuxième serviteur : prise de conscience des responsabilités actuelles

Matthieu a situé le capital du deuxième serviteur assez proche de celui du dernier. Son souci est évident. L'un et l'autre correspondent à la situation présente. Celui qui a reçu deux talents aurait pu s'estimer lésé, lui aussi, par rapport au premier qui a reçu plus du double. Une telle réaction demeure loin de son esprit et n'affecte pas son engagement. Il accepte la situation telle qu'elle se présente à lui.

Son efficacité, puis la réaction de son Maître le confirment dans cette manière de voir les choses. Lui aussi, sans complexe, se révèle capable de doubler la mise et il voit s'ouvrir le même avenir que son compagnon: "serviteur bon et fidèle, sur beaucoup de choses je t'établirai. Entre dans la joie de ton Seigneur". Pas plus que pour le premier, l'évangéliste n'entre dans les précisions concernant la technique qu'il doit adopter pour faire fructifier le capital initial. Les époques et les pays sont variés. La confiance est de mise pour mener à bien la mission en gardant son esprit.

L'évangéliste  renvoie donc à nos responsabilités actuelles et il n'est pas interdit de les esquisser. Aujourd'hui encore, l'Eglise accoste à de nouveaux rivages tandis que les anciens sont soumis à de nombreuses perturbations. Le témoignage passé doit être explicité en de nouveaux modèles de pensée. Son impact s'est trouvé handicapé du fait des déformations déistes qui marquaient l'ancienne formation. Il faut le reformuler dans un monde bien difficile à définir dans son approche religieuse. A la moindre occasion, le visage et l'action de l'Eglise sont l'objet de suspicions. L'information exacte ne peut suffire à contrer la lenteur des aménagements nécessaires.

Mais les talents "de base" restent les mêmes. Certains bénéficient même de conditions plus favorables. La figure et le témoignage de Jésus continuent d'attirer ou tout au moins d'intriguer… le développement culturel permet l'accès à une information plus abondante et plus précise. Une aspiration plus ou moins confuse porte à trouver dans la foi un soutien d'existence… les évolutions liturgiques facilitent une réponse adaptée. Notre société est marquée d'individualisme mais, par réaction, elle suscite un désir de communauté… Même si des progrès restent à faire, de nombreuses initiatives sont prises dans ce sens. Quant aux talents qui retrouvent leur vigueur, une mention particulière doit être faite pour l'action "ordinaire" des chrétiens, talent qui fut si précieux en maintes circonstances pour le rayonnement de la foi

Le troisième serviteur : alerte sur les pesanteurs

Au temps de Jésus, l'attitude du troisième serviteur correspondait assez exactement à l'attitude des pharisiens. ils avaient "enterré" le "talent" que représentait la Loi mosaïque et ils l'avaient fait en référence à une certaine vision de Dieu, "Maitre souverain exigeant en ses volontés". L'attitude qu'ils préconisaient était celle de la "crainte religieuse" telle que tant de religions continuent de la présenter.

Le grand mérite du premier évangéliste est de réfléchir à ce fait historique en percevant ses racines universelles. Il y décèle une déviation du côté de l'engagement de l'homme et il la mêle de façon inextricable à une fausse conception de l'engagement de Dieu. A juste raison, nous pouvons estimer peu convaincantes les raisons que le troisième serviteur invoque pour justifier sa conduite. Elles le sont en effet. Si Matthieu les note, c'est qu'elles dépassent le cas présent.

Du côté de l'homme, c'est la peur qui souvent prédomine. Elle peut jaillir d'un manque de confiance en soi ou de lassitude devant des expériences décevantes, mais elle est toujours dangereuse, car elle pousse à enterrer la vie et, dans le même mouvement, elle contamine la foi. Sous prétexte de "garder le dépôt", on vit de nostalgie. Les traditions l'emportent. Le passé est revêtu après coup de toutes les vertus et est brandi comme un bouclier à l'encontre des risques de toute nouveauté. Effectivement, le passé était porteur de son talent, mais, en enterrant celui-ci, on l'a handicapé de toute productivité.

La conception de Dieu se trouve nécessairement affecté par cette hypocrisie. La peur de Dieu est un alibi facile tout autant que peut l'être la peur de voleurs éventuels. Les deux traits qu'évoque le troisième serviteur sont en total porte-à-faux. S'il y en a un Dieu auquel le reproche d'être dur ne convient pas, c'est bien le Dieu de Jésus. L'évangile ne cesse de nous présenter son engagement comme un témoignage de douceur et d'amour vrai pour tout homme. Quant à prétendre, au terme de deux années d'une telle activité, "que Jésus moissonne là où il n'a pas semé" ce jugement relève de la mauvaise foi.

La pensée de Matthieu va donc plus loin au plan des mentalités. Il y a interactivité entre sens de Dieu et engagement de l'homme. Ce qui s'oppose à la foi au Dieu de Jésus, ce n'est pas l'incroyance, c'est la passivité, la peur, la lâcheté.

Conclusion

La conclusion à laquelle aboutit Matthieu relance notre manière d'aborder la situation délicate qui est la nôtre aujourd'hui. Comment n'aurions-nous pas peur devant la diversité des comportements et des courants d'idées qui relèguent les croyants au rang de nostalgiques, déconnectés du monde moderne? De ce fait, comment n'aurions-nous pas tendance à nous sentir paralysés après tant d'essais pour "évangéliser" les milieux au sein desquels nous vivons?

Beaucoup parmi nous ont été formés à un sens pessimiste de l'homme, renforcé d'une vision de Dieu qui annulait par avance toute inventivité personnelle. Aussi une tendance spontanée nous pousserait à dire au Seigneur: "Voilà ton talent!" en nous accusant de notre impuissance. La parabole de Matthieu nous renvoie la même phrase mais dans une toute autre tonalité. " Ce talent… mais c'est le tien tout autant que le mien, c'est à travers lui que j'agis, en même temps et dans la même mesure où tu le fais fructifier.

A nous donc de "monter d'un cran" et de ne pas nous installer en troisième position. Croire qu'il est possible de doubler la mise, même si on estime ne disposer que d'un talent. Vivre en deuxième serviteur en estimant que les richesses de la foi chrétienne méritent mieux que de figurer aux antiquités, que 60.000 deniers méritent mieux que d'être enfouis pour le seul plaisir de ceux qui les découvriront dans quelques siècles.

 
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