Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A; 29 ème Dimanche du temps ordinaire

Année A ; 29ème Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

Actualité

Evangile : Matthieu 22 15/21

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste possible de réflexion: quand "religieux" et "politiciens" commettent la même erreur

Actualité

Nous retrouvons en ce dimanche le cadre originel d'une phrase bien connue: "Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Ce peut être l'occasion de retrouver son sens, car il en est de cette parole d'évangile comme de beaucoup d'autres: en devenant un proverbe d'utilisation courante, son emploi ne porte guère souci de son sens d'origine. Peu nombreux sont ceux qui s'en préoccupent. Il est admis qu'elle évoque la séparation du profane et de ce que beaucoup appellent le religieux. Mais si le profane se rappelle constamment à notre attention, il n'en est pas de même du religieux. Pourtant ce dernier domaine est rarement exploré et quelques clichés très superficiels servent de documentation à son sujet.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 22/l5-2l

Le refus du Royaume par les juifs. 2ème ensemble: les controverses - première controverse: religion et politique

Allant, les Pharisiens tinrent conseil en vue de l'attraper en parole et ils lui envoient leurs disciples avec les Hérodiens en disant:

1er temps: hypocrisie des interlocuteurs et question piège :

"Maître, nous savons que tu es vrai et que tu enseignes le chemin de Dieu en vérité et que tu n'as cure de personne, car tu ne regardes pas vers la face des hommes

dis-nous donc ce qui te semble: Est-il permis de donner l'impôt à César ou non?"

2ème temps: lucidité de Jésus et appel à une juste réflexion

Jésus, connaissant leur méchanceté, dit: "Pourquoi me tentez-vous, hypocrites?

Montrez-moi la monnaie de l'impôt". Ils portèrent auprès de lui un denier.

Et il leur dit : "De qui cette image-ci et l'inscription?" Ils lui disent: De César.

3ème temps:: orientation de la réflexion

Alors, il leur dit: "Remettez donc les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu "

Et, l'entendant, ils l'admirèrent et le laissant, ils s'éloignèrent.

Contexte des versets proposés par la liturgie

* Il importe de bien situer ce texte, très connu, dans le plan général de Matthieu. L'évangéliste construit le 5ème développement, "le rejet du Royaume par les responsables juifs" selon son mode de composition habituel en deux volets: exposé en enseignement oral et témoignage en engagement historique. Ce deuxième volet se présente en trois ensembles: le premier envisage les refus opposés à Jésus par les responsables juifs, il regroupe les paraboles des derniers dimanches, les deux fils, les vignerons homicides, le festin nuptial... Matthieu rend compte ensuite des controverses qui ont mis à jour les ruptures d'enseignement entre Jésus et les commentaires rabbiniques. L'équilibre entre religion et "politique" figure en tête de ces oppositions.

* En abordant les controverses, il importe également de repérer le schéma de présentation qu'adopte Matthieu. Sur ce point comme sur beaucoup d'autres, il est révélateur de l'état d'esprit qui oriente le recours aux souvenirs de l'enseignement "historique" de Jésus. Nous n'avons pas là l'enregistrement d'un exposé, proclamé en un temps et en un lieu comme un "chapitre particulier" de son enseignement. L'évangéliste concentre nombre de réflexions, nombre de dialogues, nombre de réponses qui se sont trouvés répartis au long du ministère de Jésus. Il opère la synthèse de "facettes" qui se référaient à une pensée plus générale et il la situe à une place qu'il choisit au service de la composition d'ensemble de son œuvre.

Sur le moment, les différences de point de vue avec les autres enseignants juifs se mêlaient sans doute à de multiples convergences. Il n'est pas certain que l'originalité de la position de Jésus soit alors apparue avec netteté ou ait été le sujet d'une controverse. Il est vrai que la violence des oppositions fit ressortir l'importance de certaines questions. Mais c'est surtout dans le cadre de la vie et de la prédication de la première communauté que fut mené le plus gros du travail de regroupement "ponctuel" et d'approfondissement des sujets. Au temps de la mise par écrit des évangiles, les auteurs poursuivirent cet effort et mirent ces "petites" synthèses au service de la "grande" synthèse qu'ils proposaient.

A cette époque, d'autres facteurs jouaient en complément de la "sélection écrite". La transmission orale portait encore nombre de souvenirs, y compris en ce qui concernait l'enseignement "direct" de Jésus. Par ailleurs, les problèmes immédiats ne pouvaient manquer d'influer sur la hiérarchie des questions abordées et sur l'orientation chrétienne qu'il importait de leur donner. Enfin, en ce qui concerne Matthieu, il nous faut ajouter "l'intuition d'universalité" qui sous-tend toute son œuvre. Il perçoit que certaines difficultés ou certaines oppositions seront permanentes et se poseront à toute époque.

* C'est justement là que se situe la difficulté d'une homélie portant sur ce passage. Celui-ci est relativement court. Il comporte deux parties. La manière dont Jésus déjoue le piège qui lui est tendu n'appelle aucun commentaire particulier. Mais il en va tout autrement de la conclusion qui lui est ajoutée. Le rapport entre religion et politique tient aujourd'hui une grande place dans l'esprit de nos contemporains et ce verset est le seul à paraître aborder cette question.

Quel que soit l'angle sous lequel on commente ce passage, il faut s'attendre à des réactions de déception ou d'opposition. La "sensibilité chrétienne" a été totalement déstabilisée par la diffusion internationale des idéologies à dimension politico-religieuse comme le communisme. Théoriquement celles-ci ont disparu mais le fantôme des anciens repères guide encore bien des réactions. Théoriquement, Concile et enseignement chrétiens ont eu le courage de s'attaquer aux scléroses de jugement et d'expliciter l'équilibre qui ressort de l'évangile. Mais rien n'y fait. Si on en reste à une perspective générale, on risque  de présenter une foi qui n'est pas en prise avec la vie ordinaire et ses vrais problèmes. Si on entre  dans le détail, on risque  de "faire de la politique".

Il serait fort long d'écrire l'histoire de la réflexion chrétienne sur le lien entre  foi et engagement socio-politique. On ne peut que se réjouir de l'évolution qu'elle a prise, mais cette évolution est toute récente et n'a pas encore été parfaitement assimilée. Il n'est donc pas étonnant qu'un mouvement de balancier entraîne des excès opposés au nom de la sécularisation, de la séparation des domaines et de la liberté de décision.

Portée exacte de l'évocation "choses de César" et "choses de Dieu"

La concision de ce verset ne permet pas de cerner précisément la portée qui doit lui être donnée si l'on s'en tient à son seul énoncé. Plusieurs orientations sont envisageables.

= Il nous faut écarter l'absolu de la séparation qui lui est donnée en conversation courante. La phrase "remettez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu" est devenue un proverbe, mais elle l'est devenue en un sens qui ne se soucie absolument pas de son sens d'origine. Spontanément elle évoque la séparation du profane et de ce que beaucoup appellent le religieux. Ce dernier domaine est rarement exploré et quelques clichés très superficiels servent de références au sujet des "choses de Dieu".

= La première partie de l'épisode se suffit à elle-même. Très habilement Jésus déjoue le piège où ses adversaires veulent l'enfermer. S'il approuve l'impôt, il parait  se ranger du côté de l'occupant et déçoit les espérances du peuple. S'il le conteste, il fait figure de révolutionnaire et politise le messianisme dont il se veut témoin. Or les juifs ne pouvaient disposer d'un denier qu'en faisant commerce avec les romains. Jésus joue sur cette particularité. En lui présentant spontanément un denier, ses interlocuteurs admettent leur participation "de fait" à une situation dont ils tirent profit. Leur hypocrisie est donc manifeste lorsqu'ils attendent de Jésus qu'il la condamne.

Voici un exemple courant de la manière dont les rabbins abordaient les problèmes de la vie ordinaire. Les discussions s'organisaient en joutes oratoires parfois très personnalisées. Le "rendez à César" conclut logiquement la discussion. Mais le "rendez à Dieu" s'inscrit-il en simple complément de la réponse de Jésus? Dans ce cas, il constituerait une sorte de rappel: "n'oubliez pas de remettre à Dieu ce qui est à Dieu".

= Chez Matthieu, il paraît difficile d'en rester à cette seule perspective. On pressent qu'il va plus profond et suggère une mise en perspective des "choses de César" au regard des "choses de Dieu". Le cas des premières ayant été réglé par le début de l'épisode, nous sommes invités à réfléchir sur "les choses de Dieu" et leur rapport avec la vie de la communauté humaine.

Du côté des "choses de César", une meilleure connaissance de l'époque laisse entrevoir une très grande relativité. La Judée étant rattachée à la province de Syrie payait directement le tribut à César sous l'autorité contraignante d'un gouverneur. Par contre la Galilée avait gardé un prince juif et c'est à lui que les habitants versaient les impôts. Evidemment le tétrarque reversait une contribution à l'empire, mais les apparences de l'autonomie étaient préservées.

La position traditionnelle d'Israël vis-à-vis des dirigeants, même païens, était moins absolue que celle des civilisations environnantes. Comme chez tous les peuples anciens, il était reconnu au pouvoir royal une autorité divine, mais la conception sémitique des rapports entre Dieu et les hommes introduisait nombre de correctifs. Le roi est au service du peuple, son pouvoir n'est pas absolu car il le tient de Yahvé qui le jugera sur son service et sa fidélité à l'Alliance.

En ce qui concerne les dirigeants païens, leur triomphe ne pouvait être que transitoire. C'est Dieu qui mène l'histoire selon son dessein et celui-ci est centré sur le peuple qu'il a choisi. Parfois il permet la domination des étrangers en épreuve pour purifier ou affiner la foi juive. Cependant ce n'est là qu'une situation transitoire avant que n'arrivent les jours du salut où Israël dominera tous les royaumes de la terre. Bien entendu, l'intervention messianique était espérée comme ouvrant cette période de salut. La réponse de Jésus coupe court indirectement à toute perspective politique de son engagement.

Du côté des "choses de Dieu", ces versets en appellent au contexte. Or celui-ci est loin de correspondre aux interprétations qui sont souvent données par les commentaires.

Le mot grec qui est choisi pour "remettre les choses de Dieu à Dieu" est repris des paraboles précédentes lorsqu'elles évoquaient la "vigne", son propriétaire et l'activité des ouvriers chargés de lui faire produire du fruit. Les "choses du propriétaire" ne se présentaient pas en pure spiritualité.

Les deux controverses qui suivront traiteront indirectement de la même question. En discussion avec les sadducéens, Dieu sera présenté comme "un Dieu de vivants et non pas un Dieu de morts". La discussion sur le plus grand commandement soulignera ensuite l'unité entre l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Matthieu se trouve donc aux antipodes de la conception de "choses de Dieu" qui éloigneraient des "choses de la terre". Bien au contraire, tout croyant est renvoyé, en raison même de sa foi, à une activité qui le mêle aux "choses de César".

= Nous sommes ainsi amenés à prêter une attention particulière aux interlocuteurs qui posent la question. Ce passage est le seul qui présente Pharisiens et Hérodiens unis pour une même question, celle des rapports entre foi et politique. La chose se comprend très bien si l'on perçoit que leurs comportements pratiques témoignaient de deux positions différentes: Pour les pharisiens, la référence ultime était la Loi. Celle-ci entrait dans le détail des comportements pratiques en les référant directement à une volonté de Dieu. Il suffit de lire le Lévitique pour voir se mêler prescriptions religieuses et prescriptions socio-politiques sans distinction de plan. Les "choses de César sont donc absorbées par les "choses de Dieu". Nous ne savons pas grand chose du groupe des Hérodiens, ils devaient se rattacher à Hérode Antipas, réputé comme opportuniste et peu soucieux des principes élémentaires de justice qui s'imposent à tout gouvernant, l'exécution sommaire de Jean-Baptiste en témoigne. Cet état d'esprit donne priorité aux "choses de César" et relègue à un rang dépendant les "choses de Dieu".

= La pensée de Matthieu reste donc toujours la même, à savoir la valeur du témoignage de Jésus comme lumière sur les routes incertaines des hommes. D'une certaine façon, il fait sienne l'hommage qui est rendu à Jésus par ses adversaires: "tu enseignes le chemin de Dieu en vérité et tu ne te laisses influencer par personne", que ce soit la Loi ou le pouvoir politique.

Nul ne peut échapper à la condition humaine et il est illusoire de vouloir séparer deux domaines qui interfèrent constamment. Pour s'en convaincre, il suffit d'ailleurs de prêter attention à l'incarnation que Jésus a choisie comme mode de révélation. Avant même que ne soit résumé le principe que précisent ces versets, depuis l'atelier de Nazareth jusqu'à la mort sur la croix, nous pouvons lire comment les "choses de Dieu" se trouvent solidarisées avec les "choses des hommes" sans qu'aucun des deux domaines ne perde ses particularités.

Compléments

Nous avons trace de cet épisode en des sources différentes de nos évangiles: évangile de Thomas et une des apologies de Justin (vers 100-166). Ni l'un, ni l'autre ne le présentent comme une controverse. Il s'agit d'une "consultation" à Jésus, rabbi célèbre. L'identité des intervenants n'est pas précisée.

Thomas 100. "Ils montrèrent à Jésus une pièce d'or et lui dirent: "Les gens de César exigent de nous les tributs". Il leur dit: "Donnez à César ce qui est à César ce qui est à César, donnez à Dieu ce qui est à Dieu et, ce qui est mien, donnez-le moi."

Justin "En ce temps-là, s'étant approchés, certains lui demandaient s'il faut payer les tributs à César. Il répondit: "Dites-moi, la pièce de monnaie, de qui a-t-elle l'effigie?" Ils déclarèrent: "De César. De nouveau il leur répondit: "Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu"

Piste possible de réflexion: quand "religieux" et "politiciens" commettent la même erreur

Les "choses de César"?... Les "choses de Dieu"?...

Cet épisode est présenté par Matthieu, Marc et Luc à la même place et en compositions très proches. En nous limitant au texte de Matthieu, nous avons donc l'expression commune de la pensée évangélique.

L'exemple sélectionné pour évoquer les "choses de César" témoigne de la complexité du quotidien. il ne s'agit pas des occupations matérielles ou des exigences qu'impose la vie courante. Parler de César n'est pas neutre. En 65 avant notre ère, les romains avaient envahi la Palestine à la demande du peuple juif pour y rétablir la paix, mais, rapidement, il s'était avéré que les "libérateurs" imposaient durement leur domination. L'impôt n'était qu'une forme des multiples pressions tangibles qui en résultaient. Outre que la répartition de ce tribut n'était pas la même selon les régions de Palestine.

Aux environs de notre ère, Octave s'était attribué un pouvoir divin. Sur la pièce dont il est question dans ce passage, on pouvait lire: "Tibère César, fils du divin Auguste, Auguste". Pour un juif, cette inscription était blasphématoire et rendait sacrilège l'utilisation d'une telle monnaie. Normalement les interlocuteurs de Jésus n'auraient dû avoir sur eux que des pièces de monnaie locale. Jésus joue sur cette dualité pour sortir du piège qui lui est tendu. Les deniers dont disposent ses interlocuteurs témoignent du commerce qu'ils entretiennent avec les romains. Jésus démasque leur hypocrisie mais ne condamne pas leur activité...

"Remettre à César ce qui est à César" n'est donc pas aussi évident qu'il y paraît, car les abus de César étant nombreux, il importe d'abord de discerner ce qui lui revient et seulement ce qui lui revient.

Evoquer les "choses de Dieu" est aussi complexe. Car, il nous faut refuser d'assimiler la pensée de Matthieu à ce fourre-tout auquel nos contemporains réduisent les références religieuses lorsqu'ils les évoquent.

Les paraboles des derniers dimanches ont amorcé la vision "sérieuse" que la foi chrétienne reprend du judaïsme sous le symbolisme de la vigne. Le mot grec qui ouvre la conclusion de ce passage est le même, il s'agit de "remettre les choses de Dieu à Dieu" à la manière dont les ouvriers devaient "remettre les fruits" au terme de leur activité. Or nous avons perçu l'originalité qui ressortait de ces paraboles. Les "choses du propriétaire" ne se présentaient pas en pure spiritualité, il était plus question de création permanente que de rendement. Il en était de même pour le travail des ouvriers, non pas esclaves mais associés indispensables pour recueillir le dynamisme du plant qui leur est confié Enfin, Matthieu précisait nettement la place unique du Fils, héritier qui ne craint pas de s'engager en ce dur labeur.

En poursuivant la lecture du premier évangile, nous aurons également l'occasion de rectifier la vision "évaporée" qui marque l'esprit de nos contemporains en matière religieuse. Dimanche prochain, les sadducéens chercheront à égarer Jésus dans l'inconnu de l'au-delà. Comme aujourd'hui, Jésus sentira le piège. Se basant sur les Ecritures, il présentera Dieu comme "un Dieu de vivants et non pas un Dieu de morts".

Suivra une autre controverse sur le plus grand commandement de la Loi. Jésus fera plus que déjouer un piège, il soulignera l'unité entre amour de Dieu et amour du prochain comme la juste vision des "choses de Dieu" et des "choses des hommes". L'amour de Dieu est amené à descendre dans le réel de la vie, à s'incarner pour devenir facteur de transformation réelle.

Une impossible séparation...

Matthieu se trouve donc aux antipodes de la conception de "choses de Dieu" qui éloigneraient des "choses de la terre". Bien au contraire, tout croyant est renvoyé, en raison même de sa foi, à une activité qui le mêle aux "choses de César".

Nous pourrions même ajouter que tout homme est renvoyé, en raison même de sa condition humaine, à la prise en compte de ces deux références, quels que soient les noms qu'il leur donne. A juste raison, nous parlons souvent du "vertige" qui ressort de la multiplicité et de la diversité de nos occupations ordinaires. Nous aspirons au calme qui nous donnerait un peu de recul. Nous refusons de nous laisser embourber par les "choses de César". Outre que nous percevons souvent leurs ambiguïtés et les "mirages" qu'elles suscitent.

Il en est de même de la séparation collective abordée le plus souvent sous le générique de "laïcité". La séparation radicale de la foi et de la politique est une vue de l'esprit. Il est rare que l'orientation de la pensée se veuille essentiellement individualiste, mais, même dans ce cas, il est utopique de nier un impact collectif, car l'isolement est déjà un comportement qui situe par rapport aux autres. Il en est de même de la séparation absolue des diverses églises ou groupements religieux et de l'Etat. Les croyants sont également membres de la société civile, leur réflexion a des répercussions sur leur comportement social.

Il s'ensuit que la manière dont la pensée moderne assimile les "choses de Dieu" à la vision "standard" que nous entendons couramment est des plus erronées et des plus dommageables. Elle a prévalu au lendemain de la querelle catholiques-protestants et les persécutions des pouvoirs totalitaires ont entretenu cette confusion. Il importe d'en sortir et ce passage de Matthieu peut nous y aider.

Il nous invite d'abord à prendre acte des différentes manières d'aborder le rapport entre les "choses de Dieu" et la complexité des "choses de César" ou assimilées.

La tentation pharisienne...

Les pharisiens réglaient toutes leurs activités sur les prescriptions de la Torah, la Loi. Il suffit de lire le livre du Lévitique pour saisir la manière dont elle codifiait les comportements les plus ordinaires. Rien n'était laissé au hasard. Mais il importe de saisir la tournure d'esprit qui avait peu à peu engendré cet absolu. Il s'agissait d'une vision de foi concernant le rapport entre "choses de Dieu" et "choses des hommes".

En créant l'homme, Dieu s'était engagé dans le grand projet que nous appelons l'histoire. Il avait ensuite fait choix du peuple d'Israël pour qu'il témoigne aux yeux des nations de l'attitude idéale face à ce projet. La Loi qu'il avait révélée à Moïse ne se présentait pas en volonté arbitraire mais en intelligence. Elle visait à favoriser l'épanouissement concret du croyant et, par-là, à manifester l'amour du Dieu vivant pour ses créatures.

Les "choses de la terre" étaient donc loin d'être dévalorisées, mais, d'une certaine façon, elles perdaient leur identité particulière et se trouvaient totalement absorbées par les "choses de Dieu".

La tentation hérodienne...

La pensée des Hérodiens se situait à l'opposé. Nous avons peu de renseignements sur ce groupe et nous pourrions prêter peu d'importance à sa présence parmi les interlocuteurs que précise Matthieu. C'est au contraire leur état d'esprit qui intéresse l'évangéliste.

Hérode-Antipas, fils d'Hérode le grand, a laissé le souvenir d'un arriviste, opportuniste et sachant surnager politiquement sans beaucoup se soucier du droit et de la justice. C'est lui qui a commandé l'exécution sommaire de Jean-Baptiste. Ses partisans devaient participer du même état d'esprit ou, tout au moins, c'est ce que laisse supposer Matthieu. Dans leur cas, les "choses de Dieu" étaient nettement reléguées au second plan et ce sont les "choses de César" qui devenaient prioritaires.

L'équilibre chrétien

Quelles que soient les formes que prennent actuellement la tentation pharisienne et la tentation hérodienne, Matthieu avait raison de les aborder comme des tentations universelles. Les exemples actuels ne manquent pas. Aussi est-il intéressant de percevoir l'équilibre que nous propose le témoignage de Jésus. Bien entendu, nous retrouvons notre approche habituelle de la densité qui en émane... humanité qui inspire une vision renouvelée des "choses de l'homme" et qui implique simultanément un renouvellement des "choses de Dieu".

1. Jésus a d'abord vécu une existence qui, à la fois, "remettait pleinement à Dieu ce qui est à Dieu" et, par ailleurs, mettait pleinement au service des hommes les richesses personnelles et sociales dont il disposait en son incarnation. Nous ne trouvons pas en lui de tension ou de clivage entre ces deux "enracinements". Bien au contraire, "au nom de Dieu" il s'est totalement consacré aux hommes, "sans se laisser influencer par personne", et surtout pas par César. Et, dans le visage qu'il a donné à cette solidarité, il a révélé une nouvelle manière d'envisager les "choses de Dieu" lorsqu'on cherche à imaginer leur rapport avec les "choses des hommes.

2. Au niveau de son enseignement, beaucoup aimeraient que Jésus ait dégagé plus nettement les principes qui commandaient l'équilibre de son engagement. Il faut reconnaître que le rapport entre religion et engagement tient une grande place dans l'esprit de nos contemporains et ce verset est le seul à paraître aborder cette question.

N'hésitons pas à rebondir sur ce reproche et à engager la discussion. En rapport au texte lui-même, la lecture en est souvent superficielle. Beaucoup veulent y trouver des recommandations immédiates qui dispensent de toute réflexion personnelle ou cautionnent les options les plus faciles. Les études actuelles nous permettent pourtant de mieux percevoir la relativité des "formes" et de mieux fixer notre attention sur l'essentiel Le bouillonnement nationaliste qui agitait les contemporains de Jésus menaçait de nombreuses confusions et la moindre des loyautés historiques exige de prendre en compte cette situation...

Nous pouvons ajouter : aurait-il été préférable qu'il en soit autrement ?  Lorsqu'on analyse les fluctuations et la complexité qu'ont pris au long des siècles les rapports entre foi et politique, on se réjouit de la manière dont l'évangile en est resté à une présentation concrète sans en tirer de généralités.

A chaque époque, à chaque groupe d'accueillir ce témoignage et d'opérer un double travail. En raison des conditions nouvelles que créent les mutations de civilisation, certains éléments de la pensée de Jésus prennent plus de relief, que ce soit en prudence ou en orientation d'engagement. Il importe de les dégager. Il revient ensuite aux chrétiens d'une époque d'assimiler ces éléments en fonction de leur mode de pensée habituel et de les retraduire dans leur pratique sociale.

 
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