Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 28ème Dimanche du temps ordinaire

Année A : 28ème Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

Actualité : les deux formes de refus

Evangile : Matthieu 21/1-14

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : Invités d'aujourd'hui, n'oublions pas de quel repas il s'agit….

Actualité

Lorsque nous lisons cette parabole des invités à la noce, nous éprouvons des sentiments mitigés pour en aborder la réflexion. Il est certain que nous retrouvons assez facilement les divisions historiques auxquelles nous ont habitués les paraboles précédentes. A juste raison, nous assimilons les premiers appelés aux juifs et leur refus ne nous surprend pas, car le déroulement historique du drame de la croix est présent à l'esprit de tout chrétien. Dans la deuxième partie nous discernons le visage de nos communautés chrétiennes. Cette étape de la parabole paraît même aller de soi. Au coeur de notre vie de foi, nous avons inscrit depuis longtemps cette participation. L'universalité de l'Eglise est un fait désormais acquis et nous sommes sortis fort heureusement de toute discrimination de race ou de catégorie sociale dans le cadre de nos assemblées.

Mais nous ressentons les derniers versets comme étant quelque peu en porte-à-faux avec notre sensibilité actuelle. Nous nous insurgeons facilement contre les exclusions ou nous exigeons de les comprendre. Or Matthieu ne fournit pas de précision sur le "vêtement de noce" qui fait défaut au convive et la punition nous paraît exorbitante. Il faut avouer également que les explications morales souvent données en commentaire réintroduisent une religion de crainte dont nous pensions être sortis. De ce fait, nous risquons de focaliser notre attention sur la fin du passage au détriment de ce qui a précédé.

Il nous faut donc saisir en priorité l'équilibre qui marque la composition de Matthieu. Il adopte la disposition symétrique dont le principe est familier à ses lecteurs. Il est net que l'évangéliste a cru nécessaire d'ajouter la parabole finale pour obtenir une certaine symétrie. C'est donc en réfléchissant à la valeur de l'étape centrale qu'il nous invite à juger des deux autres. Autrement dit, c'est en réfléchissant à la densité du repas que l'on peut percevoir le handicap qui pèse sur les deux formes de refus que le texte stigmatise.

Bien entendu, l'auteur recourt à un vocabulaire et à des symbolismes qui étaient habituels aux chrétiens de sa communauté. Ils ne sont plus les nôtres et appellent un petit effort pour leur bonne compréhension. Mais nous bénéficions de l'universalité qui sous-tend l'organisation du premier évangile. Ici, ce n'est pas sans raison qu'il affine les différents "visages historiques" qu'avaient pris ou que prenaient les oppositions et les confusions concernant la foi chrétienne. Il pressent que ces dispositions d'esprit pèseront tout au long de l'histoire de l'Eglise.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 22/1-14

Le refus du Royaume par les juifs. 1er ensemble (3ème élément): refus de s'intégrer dans la communauté du Royaume 

Parabole du festin de noces: Répondant (aux grands-prêtres et aux pharisiens) 

Jésus, de nouveau, leur dit en parabole:

" Le Royaume des cieux a été assimilé à un homme Roi, lequel fit des noces à son Fils

1er temps : appel des premiers invités et refus de leur part

= Et il envoya ses serviteurs appeler les appelés aux noces et ils ne voulaient pas venir.

De nouveau iI envoya d'autres serviteurs en disant: "Dites aux appelés: Voici: j'ai apprêté mon banquet; mes taureaux et les bêtes grasses ont été sacrifiés et tout est prêt. Allons! Venez aux noces."

Or, n'en ayant cure, ils s'éloignèrent, l'un vers son propre champ, l'autre à son commerce, et les autres, se saisissant de ses serviteurs, les injurièrent et les tuèrent.

Le roi fut irrité et, mandant ses troupes, il perdit ces meurtriers-là et incendia leur ville. (allusion à la ruine de Jérusalem)

2ème temps : invitation aux passants et création d'une nouvelle communauté

= Alors, il dit à ses serviteurs: " La noce est prête: quant aux invités, ils n'en étaient pas dignes. Allez donc aux départs des chemins et tous ceux que vous trouverez, appelez-les aux noces."

Et ces serviteurs-là, étant sortis vers les chemins, assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, méchants et bons, et la noce fut remplie de gens attablés.

3ème temps : appendice: parabole du convive sans vêtement de noce

= Or, entrant pour considérer les gens attablés, le Roi vit là un homme non vêtu du vêtement de noce et il lui dit : "Compagnon, comment (de quel droit) es-tu entré ici, n'ayant pas le vêtement de noce?" Or il se tut.

Alors le Roi dit aux servants: "Lui liant pieds et mains, jetez-le dehors, vers la ténèbre extérieure; là sera le pleur et le grincement de dents."

Certes beaucoup sont appelés, mais peu sont élus.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Le passage de ce dimanche fait suite immédiatement à celui de dimanche dernier. Il appartient au même développement. Matthieu analyse le rejet du Royaume par les responsables juifs. Il propose d'aborder cette rupture à partir de trois thèmes: les refus opposés à Jésus par les responsables juifs, grands prêtres et pharisiens… les controverses en enseignement… et les reproches de Jésus à l'égard de leurs comportements. Dans la présentation des refus, cette parabole prend place après la parabole des deux fils et après la parabole des vignerons assassins. Il est essentiel de noter cette place car elle permet de percevoir le "point sensible" de la réflexion de Matthieu, à savoir le refus des premiers invités et la constitution d'une nouvelle communauté, car il est bien précisé que "la noce est remplie de convives". La "toile de fond" est assez semblable à celle des vignerons assassins en perspective finale. La parabole du convive sans vêtement de noces ne fait que la prolonger.

Cette précision est importante du fait que Luc a développé la même tradition que Matthieu dans une parabole d'allure semblable (14/16). En lecture rapide, isolée de tout contexte, la différence d'orientation n'est pas évidente. Luc oriente sa parabole par une  réflexion sur la communauté chrétienne qui se doit d'être large et accueillante. Il la situe après la parabole sur le choix des places et des invités, il envisage deux "vagues" de nouveaux invités pour suggérer l'entrée des païens et ne fait aucune mention d'un convive indélicat.

Le découpage liturgique fait l'impasse sur la parabole selon Luc. Les commentaires risquent donc d'interpréter Matthieu à partir d’une réflexion qui n'est pas exactement la sienne. Les conséquences n'en sont pas dramatiques mais autant être conscients de la pluralité de sens qui fait la richesse des évangiles.

* II s'agit, non pas d'une parabole (comme chez Luc), mais de deux paraboles, la seconde visant à compléter la première. Priorité doit être donnée au refus caractérisé des premiers appelés, autrement dit au refus des juifs. La seconde, le convive sans vêtement de noce, se situe en symétrie du refus des premiers invités. Cet appendice se comprend fort bien s'il vise les païens convertis dont nous avons vu précédemment qu'ils posaient nombre de problèmes à l'évangéliste.

Nombre de païens avaient adhéré à la communauté chrétienne; leurs motivations étaient sans doute très différentes selon les cas. Après un temps d'enthousiasme et de découverte; certains retours en arrière nostalgiques risquaient d'introduire la facilité ou les habitudes très lâches des religions païennes. L'appel sans discrimination adressé aux derniers invités pouvait laisser croire que la conduite des gens appelés n'avait pas d'importance. Il fallait éviter cette méprise; certes il n'était pas tenu compte du passé pour adresser l'invitation ("les mauvais comme les bons'), mais une conversion était nécessaire en certains cas.

Cette précision s'imposait d'autant plus que le relâchement aurait fourni des arguments à la tendance judaïsante qui freinait l'ouverture aux païens tandis que l'évangéliste la défendait au nom du Christ...

* Les exégètes ont toujours été intrigués par la phrase finale: "certes beaucoup sont appelés, mais peu sont élus". Elle paraît en contradiction avec ce qui a précédé, à savoir une invitation large adressée à tous. Et, par ailleurs, au milieu d'une salle "remplie", il ne se trouve qu'un convive sans vêtement de noce.

Matthieu s'exprime dans le style juif qui a été celui de sa première formation et qui est familier à ses lecteurs. Or les langues sémitiques emploient volontiers une opposition pour traduire une différence de degré. Ainsi, nous ne prenons pas "à la lettre" la recommandation formulée par Luc (14/26): "Si quelqu'un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu'à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple". Nous l'interprétons selon son parallèle en Matthieu (10/37): "Qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi…"

En langage actuel, nous dirions: "Il y a plus d'appelés que d'élus" ou " ce n'est pas parce qu'on est appelé qu'on est élu"… ce qui correspond à l'un et l'autre cas envisagés par les paraboles. Il y a là invitation au sérieux de l'appel, il n'y a pas menace de sélection injustifiée.

* L'évangile de Thomas cite la première parabole sous une forme proche du texte de Luc.

" Un homme avait des hôtes, et quand il eut préparé le festin, il envoya son serviteur pour inviter les hôtes. Celui-ci alla vers le premier et lui dit; 'Mon maître t'invite'. L'autre dit: 'J'ai de l'argent à toucher de certains marchands; ils doivent venir chez moi le soir et j'irai leur donner mes instructions. Je m'excuse pour le festin'. Il alla vers un autre et lui dit: 'Mon maître t'a invité'. Celui-là lui dit: 'J'ai acheté une maison et on me réclame pour une journée; je n'aurai pas de temps'. Il alla vers un autre et lui dit: 'Mon maître t'invite'. Celui-là lui dit: "Mon ami va se marier et c'est moi qui ferai le festin; je ne pourrai pas y aller. Je m'excuse pour le festin'. Il alla vers un autre et lui dit: 'Mon maître t'invite'. Celui-là lui dit: 'J'ai acheté une ferme, j'y vais pour recevoir mes redevances; je ne pourrai pas venir. Je m'excuse'.

Le serviteur revint et dit à son maître: 'Ceux que tu as invités au festin se sont excusés'. Le maître dit à son serviteur: 'Sors sur les chemins. Ceux que tu trouveras, introduis-les afin qu'ils prennent part au repas. Les acheteurs et les marchands n'entreront pas dans les lieux de mon Père'…"

Dans les milieux rabbiniques courait également une histoire de festin concernant un publicain. Arrivant dans le village dont il prenait responsabilité, il organisa un repas pour témoigner de sa bienveillance et il invita tous ceux qui avaient autorité en cet endroit. Lorsqu'arriva l'heure fixée, aucun ne se présenta. Il appela alors ses serviteurs et les envoya dans le village et ses environs porter l'invitation aux pauvres et aux déshérités. Ceux-ci se rendirent en grand nombre à son banquet.

* Comme toujours en genre littéraire parabolique, les invraisemblances sont nombreuses et constituent des "points sensibles" sur lesquels doit porter notre réflexion.

Le fils ne sera pas mentionné par la suite alors que le repas a été organisé pour ses noces. Il s'agit donc d'une précision qui situe l'ensemble en ambiance symbolique précise le concernant en tant qu'époux. La parabole des vignerons assassins l'avait situé en fils-héritier. La référence est reprise et il lui est ajouté le thème des noces tout comme est précisée la "royauté" du Père.

La réaction meurtrière de certains invités est difficile à comprendre. Théoriquement, il ne s'agit que d'un repas même si leur refus peut être ressenti comme un affront. Quant aux victimes, ce ne sont que de simples serviteurs. Il est impossible de ne pas y voir l'évocation du sort de certains prophètes passés.

Le banquet est prêt et cependant le roi entreprend une action de représailles. Le singulier du mot "ville" et son lien avec les meurtriers font penser à la ruine de Jérusalem en 70. Même si cela ne correspond plus à notre sensibilité, il nous faut admettre que les premiers chrétiens voyaient cette destruction comme une épreuve permise par Dieu en punition du drame de la croix.

Il apparaît illogique d'exiger un vêtement de noces alors que les gens ont été ramassés le long des chemins et amenés directement au repas. Un seul convive n'a pas cette tenue alors que le groupe était présenté comme comportant un certain nombre de mauvais.

* Quel sens Matthieu donnait-il au "vêtement de noce"?

Certains commentateurs l'assimilent au sens que lui donnent les apocalypses : "vêtement de gloire dont seront revêtus "les justes et les élus" dans la communauté des élus. Il leur faut alors interpréter la parabole comme symbolique de la fin des temps. Ce que nous savons des soucis de Matthieu concernant l'accès du monde païen à la foi chrétienne invite à comprendre cette expression plus simplement comme nous l'avons évoqué ci-dessus. A titre d'exemple concret, il suffit de lire l'attitude d'un chrétien qui, en ce temps-là, s'enivrait lors du "repas du Seigneur" (1 Corinthiens 11/22).

Matthieu emploie de façon diverse l'expression "pleur et grincement des dents" en l'associant soit à la fournaise de feu (13/50), soit à la ténèbre extérieure. Il s'agit là d'une expression biblique qui traduit le dépit et la colère des impies devant le bonheur des justes (Job 16/9, ps. 35/16 et 37/12).

Piste possible de réflexion: Invités d'aujourd'hui, n'oublions pas de quel repas il s'agit…

La situation actuelle

Hormis la "densité" de la deuxième étape, il est facile de retrouver la situation actuelle dans le schéma proposé.

Tout comme les premiers appelés, nombre de nos contemporains ne sont absolument pas sensibles à une réflexion religieuse. Les uns se sont "installés" dans leur incroyance et se prémunissent contre toute incursion à l'aide d'arguments "standard" fermés à toute discussion… D'autres se laissent piéger par leurs activités et remettent à plus tard une évolution de leur indifférence actuelle… D'autres en restent obstinément à l'agglomérat religieux qu'ils se sont bricolés à partir de leur milieu d'éducation et refusent, parfois violemment, une "incursion" en ce domaine. Peu importe les évolutions de l'Eglise, le témoignage des chrétiens et le dialogue avec les amis, de tout cela ils n'en ont cure".

A l'opposé, nous voyons se constituer un groupe grandissant d'autres contemporains dont le comportement nous déconcerte également. C'est moins leur morale que leur conception de la foi qui est en cause. Et comme leur influence est grandissante, particulièrement sur les jeunes, il faut nous rendre à l'évidence, la question du "vêtement de noce" resurgit sous une nouvelle forme. Car nous ne pouvons nous bercer d'illusion lors de certaines demandes de "passage à l'église" pour la naissance ou le mariage. Dans la majorité des cas, le "ravitaillement habituel" dans le cadre de la communauté fait totalement défaut. Or, une vague religiosité épisodique ne peut être assimilée à la foi qui donne sens et efficacité aux sacrements chrétiens.

Manque d'intelligence plus que mauvaise volonté…

Que dire à ces amis avec lesquels nous sommes amenés à dialoguer de façon habituelle? Il faut avouer que nous sommes souvent désemparés pour susciter une réflexion tout en respectant la liberté d'option de chacun. C'est là qu'une remarque concernant l'ambiance des refus historiques peut nous aider à percevoir la "méthode" qu'adopte l'évangéliste. C'est en insistant sur un point central, qu'il fait ressortir deux déficiences symétriques.

En analysant plus profondément les situations qui servent d'exemples, nous constatons qu'il s'est agi plus d'un manque d'intelligence que d'une franche mauvaise volonté. En ce qui concerne le refus juif, l'issue finale pèse souvent sur les jugements que nous portons spontanément. Or les responsables juifs étaient loin d'être des assassins. S'ils ont joué un rôle influent en opposition à Jésus, c'est qu'ils ont perçu plus rapidement ce qui était en jeu dans son enseignement et dans l'orientation qu'il donnait à son engagement. Certes, ils tiraient leur influence religieuse et sociale du "système" traditionnel, mais nous percevons mieux aujourd'hui les valeurs religieuses et humanistes qui les situaient bien en avance sur les civilisations environnantes. La rupture qui s'imposait à eux concernait d'abord leur intelligence et c'est bien ce qui rendait la mutation délicate. Par ailleurs Jésus été refusé tout autant par le petit peuple juif qui n'a pas compris son message et a tenté de le récupérer en guérisons gratuites et en espoir de libération politique. Le défaut d'intelligence a été tout aussi patent.

Si nous examinons le cas du convive indélicat, notre constat peut être le même. Matthieu résume sans doute le cas des païens fraîchement convertis. Ils avaient été séduits par l'ouverture des premières communautés chrétiennes et leur participation témoignait de leur bonne volonté. Il leur restait cependant beaucoup à comprendre d'un message si différent des pratiques magiques ou permissives qui caractérisaient leurs anciens cultes.

Lorsque nous dialoguons avec ceux qui nous entourent, sont-ils dans une situation si différente? Il suffit de poursuivre quelque temps pour constater les "déficits d'intelligence" dans leur conception de la foi chrétienne. C'est donc vers le centre, ce centre qui nous paraît aller de soi et être connu de tous qu'il nous faut orienter les discussions. Ensuite seulement, nous pourrons évoquer les refus. Dans le passé le recours abusif aux définitions dogmatiques a "brouillé" cette perception et l'envahissement du déisme à la suite de la querelle catholiques-protestants n'a pas arrangé les choses. Il n'est donc pas étonnant que nous ayons souvent l'impression de ne pas parler le même langage religieux que nos contemporains

Les "points sensibles" que Matthieu situe en priorité de "densité" chrétienne

Matthieu donne priorité à trois thèmes pour susciter une juste "intelligence" de la foi chrétienne. Il invite d'abord à rectifier certaines présentations concernant Dieu et ses "projets" sur les hommes… Il invite ensuite à mieux situer Jésus dans son double rapport avec Dieu et avec les hommes… Il en tire le style original que doit prendre ce que l'on peut désigner par "religion" chrétienne.

Sans entrer dans leur détail, il importe de les esquisser pour en sentir l'actualité. Tout chrétien est à même de compléter concrètement leur présentation et ne peut manquer de le faire de façon adaptée à la variété des interlocuteurs qu'il rencontre. Bien entendu il lui faut apporter une certaine souplesse au vocabulaire de l'évangéliste pour rejoindre les modèles de pensée actuels.

1. conceptions concernant Dieu et ses projets sur les hommes

"Un homme Roi organisa un repas de fête"… L'expression "homme-Roi" peut paraître curieuse. Beaucoup de traductions la réduisent à la simple évocation d'un Roi. Au contraire, elle est significative de la pensée de Matthieu. Nous sommes loin de la représentation de Dieu en Etre suprême, dominateur du ciel et de la terre, réglant toutes choses selon une puissance absolue, Dieu des philosophes et du sentiment religieux, Dieu du déisme qui a imprégné la première formation de tant de nos contemporains.

Comme l'évangéliste, il nous faut distiller l'idée que le monde divin peut être conçu autrement: Dieu des hommes, Dieu qui se met "à leur niveau". Pour Matthieu, il ne s'agissait pas d'un bouleversement mais d'un rappel, car c'est bien ainsi que le livre de la Genèse présente le Dieu de la création en s'inspirant de la conception sémitique nomade.

2. conceptions concernant Jésus, "Fils" révélateur du monde divin et "époux" révélateur de notre humanité

Le renouvellement de la conception de Dieu entraîne nécessairement le renouvellement de la conception de Jésus. Pour un chrétien, les deux points que Matthieu met en relief paraissent "élémentaires" au regard de sa foi. Pourtant "l'intelligence" qu'en a notre entourage est loin d'être accordée au témoignage de l'évangile.

Les formules dogmatiques ont "desséchées" la densité vivante que recèle la reconnaissance de Jésus en Fils, témoignant du vrai visage qu'il importe de donner au monde divin. Une inversion s'est infiltrée et demeure en bien des esprits, car, au nom de ce lien privilégié, la plupart des enseignements ont "plaqué" sur Jésus un "imaginaire religieux" fort contestable. Or, Jésus ne peut être dit "Fils" de n'importe quel Dieu puisqu'il est la contestation de multiples clichés à ce sujet. Cette déformation a entraîné une inversion de même ordre en ce qui concerne la lecture de son témoignage. Le sens pessimiste de l'homme qui marquait les anciennes civilisations a supplanté la densité d'humanité qui ressort de toute lecture sans à priori.

L'image des "noces de Jésus avec l'humanité" est devenue une image délicate à manier en raison de l'ambiance confuse qui affecte actuellement les questions conjugales. Mais l'idée qu'elle exprimait s'avère relativement facile à transcrire en partant des récits eux-mêmes. En un siècle marqué d'individualisme et de bureaucratie, nul ne peut rester indifférent au "style" adopté par Jésus, style de compagnonnage, de présence aux personnes, d'amitié active pour tout un chacun, à commencer par les plus déshérités.

3. conceptions concernant la "religion"

En discussion libre, la "forme" que doit prendre la religion reste le sujet qui suscite le plus de controverses. L'image du festin est certainement la dernière à laquelle beaucoup consentent à se référer. Nombre de facteurs ont imprimé des schémas tenaces en lien avec les idées que nous venons de dénoncer. Nous ne pouvons sous-estimer l'influence de la première éducation, le poids de l'environnement et, malheureusement, le contre-témoignage de certaines assemblées chrétiennes.

C'est pourtant ce symbolisme qui domine le passage de Matthieu et nous ne devons pas craindre de l'exploiter au maximum, en rapport étroit avec la messe. Nous sommes loin de l'aspect péché qui oriente souvent la participation. Nous sommes loin de la direction "adoration" qui isole la messe de la vie.

Le repas de fête est un temps de joie. La messe est un appel au bonheur où les invités sont en même temps les épousées. En Jésus, Dieu tient à nous rejoindre plus intimement durant quelques instants, à nous faire sentir son amour permanent. Il ne se résigne pas à "rester dans le ciel". Loin de lui l'intention d'en profiter pour nous surcharger de devoirs pénibles et ennuyeux.

Le repas de fête est un vrai repas, donc un temps de nourriture. Lorsqu'il est référé à Jésus, il n'est pas référé à un inconnu, mais à quelqu'un qui a assumé notre humanité et qui, en son témoignage, a éclairé les options que nous sommes amenés à prendre. La nourriture de l'évangile n'est pas faite de "spiritualité" au sens que l'on donne habituellement à ce mot, elle est faite d'humanité, la nôtre et celle de Jésus, Chemin, Vérité et Vie. Son fonctionnement est des plus naturels: action de Jésus et action du croyant, "en même temps et dans la même mesure". Tout est prêt et rien n'est prêt.

Le repas de fête est un temps d'échange et de partage. Le groupe qu'elle rassemble est marqué de pluralisme et de dissemblance. Il ne s'agit pas seulement de cultures, il s'agit également de besoins très concrets qui sollicitent notre solidarité ou nous rappellent leur persistance au delà de la communauté rassemblée.

ll est facile de poursuivre. Les noces expriment un choix mutuel, mûrement réfléchi… Les noces engagent l'avenir en réalisation d'un projet commun… etc…

Conclusion

Il est normal que les discussions aillent bon train en "pastorale". Le plus souvent il leur manque l'équilibre qu'adopte Matthieu. Avant d'évoquer l'ouverture à tous, la difficulté de "pouvoir juger" des convictions ou l'espérance que porterait la "mèche qui fume encore", il importe de réfléchir à la densité de ce qui est proposé "au centre", autrement dit à ce qui caractérise la foi chrétienne et en fait l'originalité.

Mise à jour le Vendredi, 17 Octobre 2014 17:24
 
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