Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

année A : 26ème Dimanche du temps ordinaire

Année A : 26ème Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

Actualité : ne pas tomber dans l’interprétation moralisante. 

Evangile : Matthieu 21/28-32

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : Le visage actuel de trois "refus universels" 

Actualité

Pour profiter pleinement des textes d'évangile proposés au cours des prochains dimanches, une précision est indispensable. Au cours des mois écoulés, la continuité de l'œuvre de Matthieu nous a conduits peu à peu à la semaine qui témoigna des ultimes oppositions et se clôtura sur le drame de la crucifixion. Ce sont donc des textes intégrés à la Semaine Sainte qui arrivent maintenant en déroulement liturgique.

Les versets qui rappelleraient étroitement le détail des événements de la semaine sainte ont été omis par la liturgie. Celle-ci ne retient que les discours à Jérusalem. Ils traitent successivement de trois sujets différents. En premier Matthieu analyse les refus opposés par les responsables juifs… Il aborde ensuite sous forme de controverses les ruptures entre Jésus et le judaïsme… Il évoque enfin le jugement qui marquera le terme de l'histoire. Les apparences de ces textes risquent d'être trompeuses car tous sont imprégnés de l'ambiance de la semaine sainte et ne peuvent en être détachés. Nous devons donc intégrer à leur compréhension la réflexion qui nourrissait le temps de Pâques en fin de carême.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 21/28-32

Le refus du Royaume par les juifs. 1er ensemble: refus de prêter attention à l'annonce de Jean-Baptiste 

Les risques de déviation morale concernant ce passage sont trop grands pour nous limiter aux seuls versets retenus par la liturgie. On ne peut éviter ces déviations qu'en "ajoutant" les versets qui éclairent la réflexion que Matthieu propose en trois points homogènes. Nous les transcrivons en caractères différent.

1°. indifférence des responsables vis-à-vis de l'appel à la conversion

- Comme Jésus était venu vers le Temple, vinrent auprès de lui qui enseignait les grands-prêtres et les anciens du peuple, en disant: "Par quelle autorité fais-tu ceci?" et "Qui t'a donné celle autorité-ci?"

- Répondant Jésus leur dit: "Je vous interrogerai, moi aussi, sur une seule parole: si vous me le dites, moi aussi je vous dirai par quelle autorité je fais ceci. Le baptême de Jean, d'où était-il: du ciel ou des hommes?"

Or ils calculaient en eux-mêmes, en disant : Si nous disons: du ciel, il nous dira: pour quelle raison donc n'avez-vous pas eu foi en lui? Et si nous disons: des hommes, nous craignons la foule, car tous tiennent Jean comme un prophète."

- Répondant à Jésus, ils dirent: "Nous ne savons pas." Et il leur déclara lui aussi: "Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais ceci.

2°. indifférence globale vis-à-vis de l'appel à œuvrer pour le Royaume

"Que vous en semble? Un homme avait deux enfants,

Et, venant auprès du premier, il dit: "Enfant, pars. Aujourd'hui, travaille dans la vigne. Répondant, il dit: "Je ne veux pas". Plus tard, se repentant, il s'éloigna dans la vigne.

Venant auprès du second, il dit de même. Répondant, il dit: "Moi, d'accord, Seigneur !". Et il ne s'éloigna pas dans la vigne.

Qui d'entre les deux a fait la volonté du Père?". Ils dirent: "Le premier"

3°. indifférence vis-à-vis de la nouvelle communauté de ceux qui répondent

Jésus leur dit :

"en vérité, je vous dis que les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu.

Car Jean est venu auprès de vous dans un chemin de justice et vous n'avez pas eu foi en lui, or les publicains et les prostituées ont eu foi en lui.

Et vous, voyant, vous ne vous êtes pas repentis plus tard pour avoir foi en lui."

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Des passages importants ont été sautés entre les textes d'aujourd'hui et ceux de dimanche dernier. Nous avons changé de développement et donc de sujet: Auparavant, Matthieu traitait de la vie communautaire du Royaume et regroupait plusieurs recommandations à ce sujet. A l'approche du drame final, l'évangéliste concentre en un cinquième développement les refus qui en sont la racine.

Suivant son habitude de présentation, l'évangéliste a d'abord composé un exposé en enseignement oral "à la lumière des Ecritures". Trois épisodes ont illustré la rupture "historique" entre Jésus et les juifs: l'entrée de Jésus à Jérusalem… les vendeurs chassés du Temple… l'épisode du figuier stérile et desséché, symbole appliqué à Israël.

Le passage d'aujourd'hui amorce le deuxième éclairage qu'apporte le témoignage en engagement historique. Il en constitue le premier ensemble, unifié par la mention de Jean-Baptiste et les résultats diversifiés de son engagement.

Il sera suivi de deux ensembles. La parabole des vignerons homicides insistera sur le refus d'accueillir Jésus-fils… la parabole des invités au festin insistera sur le refus de s'intégrer dans la communauté du Royaume…

* Ce premier ensemble doit être perçu à la lumière du drame final et selon le sens historique juif propre à Matthieu, à savoir la continuité entre le passé, le présent et l'avenir. Les trois refus évoqués de la part des responsables juifs ne leur sont pas particuliers, ils sont universels. Il s'agit du refus de la personne de Jésus… du refus de la mission attachée à la foi… du refus de la nouvelle communauté qui incarne désormais le Royaume…

Jean-Baptiste a mené la Loi et tout l'enseignement des prophètes jusqu'au début du ministère de Jésus. (11/13). Matthieu a rappelé antérieurement le rapport étroit qui doit être établi entre le Précurseur et Jésus. Bien qu'appartenant à l'ancienne Alliance, Jean est inclus dans la Nouvelle et c'est pourquoi l'attitude prise à son égard est décisive pour l'admission dans le Royaume. A la suite de l'engagement de Jean, les "œuvres" de Jésus ont rendu un témoignage explicite à la Sagesse de Dieu et ont constituée un appel à "travailler à la vigne". Les apôtres ne peuvent s'attendre à des réactions différentes.

* D'emblée, l'application de cette parabole n'est pas évidente, car la plupart des commentaires lui donne un sens moral qui ne correspond pas exactement à son contexte. Il est alors difficile de comprendre les références qui l'encadrent. Bien entendu, l'exemple des juifs illustre la maxime commune de ceux "qui disent et ne font pas". L'évangéliste a déjà parlé de ce travers en différentes occasions et sous différentes formes. "Ce ne sont pas ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux." A la place où Matthieu situe ce petit ensemble, l'analyse qu'il comporte va beaucoup plus loin.

Il est facile de repérer les trois perspectives qui sont abordées successivement:

1. La question concernant l'autorité de Jésus rejaillit nécessairement sur l'autorité dont disposait Jean-Baptiste et l'autorité que la mission universelle confère aux envoyés. La question était double, mais la réponse n'aborde pas le deuxième élément: "Qui t'a donné cette autorité?". Ceci est compréhensible car la source n'est pas la même en Jean-Baptiste, en Jésus et dans les envoyés.

Jean-Baptiste a été refusé par les Juifs tout comme Jésus le sera et tout comme ses envoyés doivent s'attendre à l'être. Mais l'évangéliste fait plus que dénoncer ce refus, il en analyse les ambiguïtés profondes. Une indétermination facile dispense de toute réflexion, la pensée "navigue" entre "le ciel" et "les hommes" sans s'engager ni d'une côté, ni de l'autre. Matthieu a déjà évoqué cette fluctuation à propos des "gamins capricieux assis sur les places" (11/18). Il la généralise à la source des refus successifs concernant Jean, Jésus et les envoyés ultérieurs.

2. De cette attitude ne peut que découler l'absence d'engagement que dénonce la parabole des deux fils. Il s'agit de "travailler à la vigne". Cette référence symbolique permet de bien préciser le sujet abordé par Matthieu, à savoir l'indifférence des chefs et des foules à l'égard de la mission qui revenait au peuple juif.

La parabole suivante, celle des vignerons homicides, étendra aux envoyés cette responsabilité. Il était demandé aux premiers vignerons de récolter les fruits et de les remettre aux serviteurs. Leur hostilité n'entraîne pas la destruction de la vigne, comme l'envisageait Isaïe. La vigne poursuit sa croissance, mais désormais "elle est donnée en location à d'autres vignerons qui remettront les fruits en leurs temps" (21/41).

3. La communauté de ces nouveaux vignerons n'aura pas l'homogénéité que la Loi conférait au peuple juif. En s'ouvrant à l'universel, elle regroupera ceux qui, comme les publicains, se trouvent engagés sans exclusive au milieu des "hommes" qui leur sont contemporains. Le mot "prostitué" n'a pas nécessairement le sens que nous lui donnons aujourd'hui. Il peut être rattaché à la morale sous l'angle du pardon mais il peut être rattaché également au monde païen dont les prophètes dénonçaient l'infidélité religieuse en donnant à ce mot une portée symbolique.

Piste possible de réflexion: Le visage actuel de trois "refus universels"

1er point: les trois perspectives de ce dimanche

Le passage d'aujourd'hui ne cherche pas à doubler les textes antérieurs où Jésus dénonçait le travers habituel de "ceux qui disent et ne font pas". Ces recommandations conservent toute leur valeur et l'exemple des responsables juifs illustre cette maxime commune. Mais, à la place où Matthieu situe ce petit ensemble, l'analyse qu'il propose va beaucoup plus loin.

La parabole des deux fils, tout comme les deux passages qui l'entourent, ne peut être réduite à un simple cas de mauvaise volonté. Nous devons rattacher ces trois réflexions aux difficultés que rencontrera inévitablement la mission des envoyés. Ils se heurteront à des refus concernant la personne de Jésus, à des refus concernant l'engagement concret de la foi, à des refus concernant la nouvelle communauté des croyants.

Plus que jamais il faut évoquer la vision historique d'ensemble qui caractérise Matthieu en écho de sa première formation. A ses yeux, il y a continuité entre le passé, le présent et l'avenir. De même que Jean-Baptiste a été refusé par ses contemporains, le témoignage de Jésus l'a été ensuite et l'engagement des missionnaires suscitera fatalement les mêmes réactions. Nous n'avons pas là une "analyse historique" au sens "neutre" que la mentalité moderne donne à ce mot. L'auteur a conscience que les mêmes causes produisent les mêmes effets et que la clarification que tente sa présentation peut éclairer l'engagement des futurs disciples.

1. Il situe en premier la contestation concernant l'autorité de Jésus. Au fil de ses paroles et de ses actions, celle-ci était devenue évidente. Or, pour diverses raisons que Matthieu abordera ensuite dans les controverses, grands-prêtres et anciens du peuple refusent de la reconnaître. Pour eux, la seule manière de la contester porte sur son origine: "par quelle autorité fais-tu ceci?". L'objection est faible et l'auteur s'attache à le faire ressortir.

Mais la question embarrassante dépasse la portée d'un piège, elle met à jour la nécessité d'un choix. Elle dépasse la simple opinion sur le baptême de Jean. Ce geste amorçait une nouvelle conception de la religion: "Le Royaume des cieux s'est approché", mais cette proximité se concentrait également dans une personne, "celui qui venait derrière Jean" et "était plus fort que lui". Ou bien cette personne était "du ciel" et révélait par son témoignage un nouveau visage de Dieu et de ses rapports avec les hommes. Ou bien il ne s'agissait là que d'un sursaut messianique émanant "des hommes" et voué à l'échec comme tant d'autres avant notre ère.

Ce n'est donc pas l'indifférence concernant le baptême de Jean qui retient principalement l'attention de Matthieu. Il y détecte simplement la même "racine" d'où émergera le refus qui va s'exprimer à la crucifixion. Et il anticipe en y voyant la source des réactions que ne peuvent manquer de rencontrer les envoyés, quels que soient le lieu et l'époque de leur mission. En un mot, cette alternative est universelle.

2. Bien que plusieurs chapitres séparent notre passage de celui de dimanche dernier, il est bon de nous rappeler ce que nous précisions au sujet du symbolisme de la vigne en pensée juive. Car la parabole précise bien que la demande du Père porte sur le "travail dans la vigne".

L'Ancien Testament témoigne de l'application religieuse qui était faite de ce symbole depuis des siècles: Israël est la vigne de Dieu, sa propriété, son bien le plus précieux. Cette référence était unanime. Parler de la vigne suggère donc automatiquement dans les esprits l'histoire d'Israël., bien que le comportement des ouvriers ait amené à nuancer le jugement des auteurs successifs. Mais, rappelons-nous que le Nouveau Testament opère un glissement important lorsqu'il évoque ce symbolisme. Il souligne fortement que le peuple juif n'est pas propriétaire de la vigne et il porte l'attention sur les ouvriers. Certains textes prophétiques avaient dénoncé les déficiences de la vigne, pourtant leurs critiques restaient globales. Il est vrai qu'à certaines époques troublées, les premiers ouvriers avaient supporté la "lourdeur du jour et de la chaleur"….

Mais Israël n'était qu'une première étape de l'ensemble du projet divin. Nous percevons ainsi l'idée sous-jacente à cette parabole. Elle n'a d'ailleurs rien d'original car elle constitue un des fils conducteurs du premier évangile. Dimanche prochain, la parabole des vignerons homicides évoquera le drame de la croix tout en précisant que "la vigne est désormais confiée à d'autres vignerons qui en remettront les fruits en leur temps". La parabole des deux fils envisage la période précédente, celle où tout s'est joué dans le refus des juifs à l'égard de Jésus. A l'opposition sur la personne, se sont ajoutées les ruptures concernant la manière de "travailler à la vigne".

En se référant sans cesse à la Loi, les chefs des prêtres et les anciens s'étaient engagés dans l'alliance avec Dieu. Ils étaient loin d'être inactifs, ils appliquaient scrupuleusement les prescriptions de Moïse. Pourtant, ils s'étaient murés dans un système religieux qui ne développait pas le véritable esprit de la Loi. En réalité ils n'allaient pas à la vigne telle que le propriétaire l'a conçue pour l'épanouissement des hommes.

En lisant le comportement du premier fils, rappelons-nous la densité du mot "conversion" dans le vocabulaire évangélique (métanoia). Il dépasse le cadre moral, il implique un changement d'esprit, un changement de regard. C'est ainsi qu'il caractérisait la prédication de Jean lorsqu'il parlait du Royaume qui s'approchait en Jésus. Il ne s'agit donc pas d'une nouvelle loi destinée à remplacer l'ancienne, il s'agit de l'accueil d'une personne, d'un dialogue avec Jésus. Jean-Baptiste est venu, vivant selon la justice. Nous avons raison de prêter attention à sa "justice", c'est-à-dire à sa rectitude, son refus des compromissions. Mais sa mission essentielle était de désigner Jésus. Il résume tous les envoyés de Dieu, les prophètes antérieurs comme les apôtres de l'Eglise.

3. La troisième partie de notre passage correspond à la situation "historique" qui ressort de la présentation du ministère de Jésus. Ce ne sont pas les élites religieuses juives qui lui ont porté attention et ont adhéré à son enseignement. Mais il importe de donner à l'expression de Matthieu un sens symbolique. En dehors de ces versets, on ne parle jamais de la présence de "publicains et prostituées" dans l'auditoire de Jean-Baptiste. Ces versets correspondent davantage aux communautés chrétiennes qui regroupaient juifs et païens lorsque l'évangéliste écrivait en l'an 80.

"Publicains et prostituées" symbolisent le monde païen. Le rapprochement est facile au sujet des publicains, accusés de collaboration avec les romains et écartés de toute vie religieuse juive pour cette raison. Quant au mot "prostituée", il risque de nous induire en erreur, il ne s'agit pas d'une référence morale, mais de la manière dont on parlait des religions païennes. Les prophètes utilisent souvent cette image. Adhérer aux idoles équivaut à "se prostituer" avec elles.

Dimanche dernier, Matthieu évoquait les difficultés pour faire cohabiter juifs et païens dans une même communauté chrétienne. Il reprend cette idée en précisant la réflexion que devrait susciter au contraire cette unité. Si les païens adhèrent à la foi, c'est en raison du "style des envoyés". Ils ne peuvent manquer d'être impressionnés par un engagement qui se présente en "chemin de justice", en une rectitude qui leur pose question. Par ailleurs, leur conversion témoigne de la densité de la Parole qu'ils ont assimilée, parole capable de remettre en route, en un mot parole de résurrection.

Les réticences de certains sont donc totalement injustifiées. La complexité de la communauté se trouve être une richesse. Elle témoigne de l'universalité du message. Elle participe au surcroît de création qui achemine chaque croyant vers sa plénitude de personne humaine.

2ème point: la situation présente

Nous ne pouvons qu'admirer la concision de l'évangéliste. En quelques versets, il analyse le "drame" qui s'est noué de façon décisive dans l'engagement de Jésus. La mention de Jean-Baptiste associée à la mention des responsables juifs nous rappelle qu'il s'est agi d'un drame à visage "humain", drame "du ciel" lorsqu'il s'engage en salut "des hommes". Mais le mouvement que l'auteur imprime à cette analyse amplifie sa résonance et nous autorise à en éclairer notre actualité.

1. Après vingt siècles, la personnalité de Jésus reste un sujet d'hésitation pour beaucoup de nos contemporains. Les uns "plaquent" sur lui les schémas pseudo religieux issus de leur imagination ou de leurs rêves. Or, il apparaît de plus en plus que le "Dieu de Jésus-Christ" est totalement différent du "Dieu" qui leur a été présenté au cours de leur première formation. A l'opposé, une autre illusion s'estompe. Une meilleure connaissance des faits passés ne permet plus de situer Jésus en "leader que les hommes se seraient donnés pour concentrer sur lui leurs espoirs". (Joseph Ratzinger).

Jésus est Jésus et les évangiles proposent l'originalité de son message et de son témoignage. Il se situe au carrefour d'une conception de Dieu qui peut paraître déconcertante et d'une conception de l'homme qui ne l'est pas moins. Son autorité tient en sa personne, telle que nous la percevons engagée dans notre histoire.

2. Cette vision concernant Jésus ne peut manquer d'affecter la manière de "travailler à la vigne". Nous nous heurtons aujourd'hui aux mêmes difficultés d'évolution que rencontrait Matthieu pour orienter la vie de sa communauté à la lumière de sa foi en Jésus. Car, dans la pratique, la situation a été plus complexe que la séparation abrupte qu'exprime la parabole. L'expérience concrète oblige à dédoubler ce que nous rattachons à la conversion du premier fils. Parfois il s'est agi d'une conversion "totale" en raison du milieu d'origine, ce fut le cas des païens au premier siècle… Parfois il s'est agi d'une évolution, plus délicate, à partir de valeurs déjà assimilées, ce fut le cas des juifs convertis. Il n'a pas suffi d'aller à la vigne, un nouveau "style" de rapports avec le Maître s'imposait aux ouvriers.

Nous ne pouvons ignorer que, dans l'Eglise, la situation actuelle se présente sous cette même complexité. De façon générale, il est normal de rappeler qu'il ne peut y avoir de foi chrétienne sans engagement et que c'est là une première dimension du "travail dans la vigne". Mais le risque est grand de réduire à un moralisme les horizons de la foi chrétienne. Il est également délicat de remettre totalement en cause le style "religieux" qui a fini par marquer la pensée comme la liturgie. Ce fut la formation première d'un grand nombre de chrétiens tandis que cette insistance provoquait le rejet de la foi dans l'esprit d'autres contemporains.

Une meilleure connaissance des évangiles conduit aujourd'hui à une meilleure perception du "travail dans la vigne" par une relation personnelle avec Jésus et des décisions nourries de cette intelligence. Il s'ensuit une aspiration à une autre "forme" du dialogue où se vivent les rapports du monde divin avec les hommes. Ce fut l'expérience décisive que Jésus a vécu avec ses amis, ce doit être la référence exclusive qui nourrisse la vie de l'Eglise. Or nous sommes loin d'être sortis de la mentalité "déiste" qui a marqué les derniers siècles.

3. Nous rejoignons ainsi le témoignage qui émane de notre vie communautaire. Sur ce point, actuellement, il est moins besoin de recommandations que d'encouragements à poursuivre et à dialoguer sans prétention avec un milieu moins hostile qu'autrefois. "L'ouverture" se vit très simplement dans les paroisses tandis que les responsables la traduisent au niveau médiatique …

Matthieu est donc à situer au niveau d'approfondissement qui doit compléter l'accueil et le partage. L'universalité doit se répercuter au niveau de l'intelligence, de la présentation de la foi selon les modèles de pensée auxquels notre époque est sensible. Même si cet effort n'engendre pas automatiquement la conversion, il ne peut que traduire la valeur discrète du témoignage de Jésus en nourriture universelle.

En notre époque les grands hommes ne manquent pas et suscitent des groupes de disciples qui trouvent en eux des points d'ancrage face à un monde souvent désorienté. Ce qui distingue les chrétiens se concentre dans la personne de Jésus mais il reste beaucoup à faire pour convaincre de sa densité d'humanité et de sa référence à un visage renouvelé du monde divin.

Le dernier verset ouvre à l'espérance dans les résultats de ce travail. Sortir la foi chrétienne de clichés poussiéreux ou d'attentes miraculeuses. Faire connaître Jésus tel que nous en vivons de plus en plus… une présence discrète, soutenant d'un amour tranquille la complexité de toute vie lorsqu'elle est engagée en pleine responsabilité et en chemin de justice".

Mise à jour le Samedi, 27 Septembre 2014 10:23
 
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