Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 23ème Dimanche du temps ordinaire

Année A : 23ème Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

Actualité : la brebis égarée n'est pas une illusion

Evangile : Matthieu 18/15-20

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste possible de réflexion: "s'il t'écoute, tu auras gagné ton frère"…

Actualité

Ce passage de l’évangile est un passage délicat. Il  rappelle tout d'abord certaines situations complexes auxquelles nous sommes parfois affrontés: "si ton frère vient à pécher"… Désireux de lutter contre l'individualisme ambiant, nous sommes soucieux de renforcer nos liens d'amitié et de solidarité entre chrétiens. Nos communautés deviennent ainsi un lieu privilégié dont nous savons le rayonnement au-delà du cercle des habitués convaincus. De ce fait, nous sommes toujours déconcertés lorsque des frères chrétiens s'engagent dans des situations qui les mettent en porte-à-faux ou en contradiction avec les engagements de notre foi commune.

Malgré notre souci de ne pas juger les personnes en cause, il nous faut l'admettre: la brebis égarée n'est pas une illusion… et, par ailleurs, nous ne pouvons ignorer les conséquences d'un tel contre témoignage. Il réduit souvent à néant la somme de multiples exemples positifs. Une fausse note suffit à gâcher l'harmonie de tout un ensemble. Même si cette fausse note ne vient pas de nous, ses conséquences nous touchent et ne peuvent nous laisser indifférents. Nous sommes alors encore plus déconcertés pour déterminer l'attitude à adopter face à cette situation.

Evangile 

Evangile selon saint Matthieu 18/15-20

La vie communautaire du Royaume - exposé en enseignement oral - attitude vis-à-vis de la brebis égarée  

Jésus disait à ses disciples :

réprimande fraternelle

Si ton frère pèche, pars, réprimande-le entre toi et lui seul. S'il t'entend, tu auras gagné ton frère.

S'il ne t'entend pas, prends auprès de toi encore un ou deux afin que "sur la bouche de deux témoins ou trois soit réglée toute affaire". (Deutéronome 19/15)

S'il refuse de les entendre, dis-le à l'Eglise. (la communauté)

S'il refuse d'entendre aussi l'Eglise, qu'il soit pour toi tout comme le païen et le publicain.

responsabilité communautaire

En vérité, je vous le dis: tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel.

présence du Seigneur et de son Esprit en cette mission délicate

De nouveau, je vous dis: Si deux d'entre vous se mettent d'accord sur la terre au sujet de toute affaire qu'ils demanderont, cela leur arrivera chez mon Père qui est dans les cieux.

Car, là où deux ou trois se sont assemblés en mon Nom, là je suis au milieu d'eux. "

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Le texte de ce dimanche est un texte difficile. Il semble correspondre à une pratique de l'Eglise primitive qui s'inspirait d'une pratique juive mentionnée au livre du Deutéronome. Ces recommandations prennent la mentalité actuelle "à contre-pied" et il n'est pas inutile de "travailler" l'ordre dans lequel il est profitable d'aborder les questions.

* Le découpage liturgique a fait l'impasse sur la fin du troisième développement. Celui-ci traitait des lois de croissance du Royaume en un temps et en un lieu. Il se concluait en dénonçant les illusions et les fausses espérances concernant les dures conditions de la mission.

Nous abordons le quatrième développement du premier évangile, mais les lectures "picorent" dans cet ensemble sans fournir les éléments suivis qui permettraient une perception globale. Matthieu y aborde la vie interne du "Royaume", c'est-à-dire de la communauté.

Selon la manière de rédiger que nous connaissons, un exposé en enseignement oral souligne quelques points qui, pour l'évangéliste, sont prioritaires. En voici le plan:

1° idéal personnel d'humilité en continuité avec l'idéal des "pauvres de Yahvé": "si vous ne devenez pas comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume.

2° gravité des scandales et responsabilité vis-à-vis des "petits" de la communauté: "celui qui accueillera un tel petit enfant en mon nom, m'accueille, celui qui scandalisera un seul de ces petits-ci qui ont foi en moi, mieux vaut pour lui que soit suspendue une meule d'âne autour de son cou et qu'il soit submergé dans le flot de la mer. Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits-ci.

3° la brebis égarée

a) responsabilité de la communauté: "Que vous en semble ? Si un homme a cent brebis et que s'égare une seule d'entre elles, ne laissera-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes et, allant, cherche l'égarée ?"

b) la réprimande fraternelle: passage de ce dimanche

c) le pardon mutuel; proposé à notre réflexion dimanche prochain

* Qu'en était-il de cette coutume en milieu juif?

Lévitique 19/17 aborde la solidarité entre frères d'un même peuple: "Tu ne haïras point ton frères dans ton cœur, mais tu reprendras ton prochain, afin de ne pas te charger d'un péché à cause de lui".

Deutéronome 19/15 manifeste une grande prudence à l'occasion d'une faute grave: "un seul témoin ne sera pas admis contre un homme pour constater un crime ou un péché, quel que soit le péché commis. C'est sur la parole de deux témoins ou sur la parole de trois témoins que la chose sera établie.

Lorsqu'un témoin à charge s'élèvera contre un homme pour l'accuser d'un crime, les deux hommes en contestation se présenteront devant Yahvé, devant les prêtres et les juges en fonction. Le juges feront avec soin une enquête".

Les textes de Qumran témoignent de cette procédure au sein du groupe essénien. Il est prévu un triple degré d'intervention: le dialogue individuel est naturellement mentionné en premier, mais, avant de dénoncer un tiers devant les Nombreux (les Chefs de la communauté), il faut le réprimander devant témoins. On ne trouve dans la tradition juive aucune autre attestation de ce triple degré. Il est donc possible d'envisager une influence de Qumran sur le texte actuel de Matthieu, mais les perspectives esséniennes étaient bien différentes puisqu'il s'agissait de constituer une "communauté de purs".

* Qu'en a-t-il été dans la première communauté chrétienne?

Les Actes des apôtres ne passent pas sous silence les pesanteurs qui, à maintes reprises, ont menacé de contaminer la première communauté. Quelques cas témoignent d'une grande sévérité.

Ananie et Saphire (Actes 5/1). Au lendemain de la Pentecôte, les chrétiens entreprirent une mise en commun de leurs biens. "Tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient et déposaient le prix de la vente aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins. Un certain Ananie, d'accord avec Saphire sa femme, vendit une propriété; il détourna une partie du prix et, apportant le reste, il le déposa aux pieds des apôtres".

Il est difficile de savoir si la suite du récit est d'ordre symbolique, mais la réaction de Pierre est nette: "Pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, que tu mentes à l'Esprit-Saint et détournes une partie de ton champ? Ce n'est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. En entendant ces paroles, Ananie tomba et expira." Le même reproche est adressé à son épouse: "Comment avez-vous pu vous concerter pour mettre l'Esprit du Seigneur à l'épreuve?" L'issue est la même: "elle tomba et expira".

Simon le magicien est invectivé tout aussi violemment. "Voyant que l'Esprit Saint était donné par l'imposition des mains aux apôtres, Simon leur offrit de l'argent. Mais Pierre lui répliqua: "Périsse ton argent et toi avec lui puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d'argent Dans cette affaire, il n'y a pour toi ni part ni héritage, car ton cœur n'est pas droit devant Dieu."

Dans la première lettre aux Corinthiens (5/1), Paul dénonce vivement la situation d'inceste qu'a créée un membre de la communauté "en prenant le femme de son père". L'attitude qu'il préconise est nette : " Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, vous tous réunis et moi en esprit au milieu de vous, avec la puissance de Notre Seigneur Jésus, qu'un tel homme soit livré à Satan pour la mort de la chair, afin que l'esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus".

* En lisant Matthieu, nous pouvons nous rappeler "l'expérience" qui suscite sa réflexion. Il a d'abord vécu les années privilégiées du partage immédiat avec Jésus dans le groupe des apôtres. Il a assumé ensuite l'animation d'une communauté chrétienne qui se reconstituait après la résurrection à partir de personnes très diverses. Lorsqu'il écrit, il tire de ce double "apprentissage" quelques conseils universels.

- Jésus a du être affronté aux mêmes difficultés au sein du groupe des apôtres. Bien entendu, nous ne pouvons assimiler à des "péchés" les lenteurs d'évolution que nous rapportent les évangélistes à leur sujet. Mais les évangélistes nous distillent quelques traits "réalistes" qui ne laissent aucun doute sur l'humanité du groupe des disciples. Ce n'est pas sans raison que le dernier verset rappelle que Jésus se veut "au milieu de nous" après sa résurrection et que le facteur d'unité vient d'une référence "à son Nom", c'est-à-dire à sa personne. Il est vraisemblable que sa présence a joué un grand rôle dès les origines. En recherchant la diversité de ses premiers amis, il était lucide sur les tensions constantes de tout groupe humain.

Cependant, en raison de l'autorité qui incomba ensuite aux apôtres, il semble que les évangélistes soient restés discrets sur ce point. Le cas de Juda est abordé avec une grande discrétion. Les faits sont exposés sobrement. Il est impossible d'entrer dans les "psychologies", celle de Juda comme celle de Jésus. Le "mystère" reste entier et toute conclusion est hasardeuse.

La demande des fils de Zébédée concernant "les deux premières places dans le Royaume" (20/20) ne peut guère éclairer la pensée de Matthieu sur le sujet qui nous retient. L'évangéliste a transféré à leur mère cette initiative. Il semble qu'il ait voulu décharger les deux frères d'un épisode peu glorieux. De ce fait, il se contente de mentionner l'indignation des dix autres et réitère une recommandation générale.

- La communauté de Matthieu paraît avoir été typiquement judéo-chrétienne. Elle regroupait des juifs convertis, riches d'une formation première assez évoluée, et des païens, venus de divers horizons et donc beaucoup plus démunis, culturellement et moralement. Au paragraphe précédent, l'évangéliste a beaucoup parlé de l'attitude à adopter vis-à-vis de ces "petits". Mais, pas plus que Paul, il ne pouvait neutraliser l'influence d'une liberté des mœurs émanant du milieu d'origine. L'espérance d'une évolution à la lumière de la foi se révélait sans doute délicate à équilibrer avec la nécessité d'un témoignage ferme concernant la jeune pensée chrétienne.

* Les précisions de vocabulaire ne s'imposent pas, mais peuvent être utiles. Rappelons tout d'abord que la réprimande fraternelle ne doit pas être confondue avec le pardon personnel. Celui-ci retiendra notre réflexion dimanche prochain.

"si ton frère pèche"…il s'agit du frère chrétien, membre de la communauté. Le mot grec "pécher" équivaut à "manquer le but", "s'écarter de"… Il s'agit donc d'une faute grave qui met en contradiction avec les engagements de la foi.

"tu auras gagné ton frère"… Il ne peut s'agir de le gagner à la foi, ni de situer sa conversion en conquête personnelle. Le gain concerne la communauté qu'il était sur le point de quitter ou dont il allait être exclu. Matthieu emploie le même mot à propos des serviteurs qui, ayant reçu des talents, en "gagnent" l'équivalent.

Aujourd’hui, la mention du "Nom" a perdu sa densité. Celui-ci est devenu une désignation conventionnelle. Il n'en était pas de même chez les anciens, le sens qu'il lui donnait est proche de celui que nous donnons au mot "personne".

La "prière" dont il est question peut avoir deux orientations. Il peut s'agir de demander à Dieu la lumière nécessaire pour discerner les cas répréhensibles. Il peut s'agir également d'obtenir la conversion des frères égarés.

Le terme sémitique que traduit "ecclésia" signifie "assemblée" et se rencontre souvent  dans  l’Ancien Testament où il désigne la "communauté" du peuple élu. Matthieu est le seul évangéliste à le mentionner en deux passages. Il convient de lui conserver sa dimension de lien avec Jésus prioritairement à sa dimension sociale. Le dernier verset exprime parfaitement l'unité de ces deux sens en pensée chrétienne.

Piste possible de réflexion: "s'il t'écoute, tu auras gagné ton frère"…

Ce passage de l’évangile est un passage délicat. Il  rappelle tout d'abord certaines situations complexes auxquelles nous sommes parfois affrontés: "si ton frère vient à pécher"… Désireux de lutter contre l'individualisme ambiant, nous sommes soucieux de renforcer nos liens d'amitié et de solidarité entre chrétiens. Nos communautés deviennent ainsi un lieu privilégié dont nous savons le rayonnement au delà du cercle des habitués convaincus. De ce fait, nous sommes toujours déconcertés lorsque des frères chrétiens s'engagent dans des situations qui les mettent en porte-à-faux ou en contradiction avec les engagements de notre foi commune.

Malgré notre souci de ne pas juger les personnes en cause, il nous faut l'admettre: la brebis égarée n'est pas une illusion… et, par ailleurs, nous ne pouvons ignorer les conséquences d'un tel contre témoignage. Il réduit souvent à néant la somme de multiples exemples positifs. Une fausse note suffit à gâcher l'harmonie de tout un ensemble. Même si cette fausse note ne vient pas de nous, ses conséquences nous touchent et ne peuvent nous laisser indifférents. Nous sommes alors encore plus déconcertés pour déterminer l'attitude à adopter face à cette situation.

1er point : le texte de Matthieu

Il est certain que le texte de Matthieu correspond à des conditions de civilisation qui ont changé. L'église primitive reprenait certaines pratiques juives qui étaient courantes et admises dans les milieux religieux de l'époque. Nous les retrouvons en idéal des moines esséniens de la Mer Morte. La forme risque de nous cacher le fond, car, sous des visages différents, le problème que prend en compte ce passage est permanent.

L'évangéliste était sans doute le premier à en avoir conscience en raison de la double expérience qui était la sienne.

Il avait d'abord vécu les années privilégiées du partage immédiat avec Jésus dans le groupe des apôtres. Il se rappelait que Jésus n'avait pas été dispensé des mêmes difficultés. Il se rappelait surtout les réactions qui avaient été les siennes et s'étaient exprimées en dialogue spontané avec ses amis. Les évangélistes nous distillent quelques traits "réalistes" qui ne laissent aucun doute à ce sujet. En respectant la liberté d'adhésion des foules, Jésus ne pouvait éviter les déconvenues habituelles. Et il est facile d'imaginer les échos qu'elles suscitaient chez les apôtres.

Il est vraisemblable que sa présence a joué un grand rôle, même si les textes nous fournissent surtout des exemples de sa patience. Les derniers versets de notre passage ne font que transposer après la résurrection ce contexte "historique". Le dernier verset rappelle que Jésus se veut "au milieu de nous" en cette situation et que le facteur d'intelligence doit venir d'une référence "à son Nom", c'est-à-dire à sa personne.

Il est également de plus en plus admis que Matthieu a assumé l'animation d'une communauté judéo-chrétienne où se mêlaient des personnes très diverses. Elle regroupait des juifs convertis, riches d'une formation première évoluée, et des païens, venus de divers horizons et séduits par l'esprit d'ouverture des chrétiens. Ces païens étaient beaucoup plus démunis, culturellement et moralement. Ils étaient loin de dominer la liberté de mœurs qui émanait de leur milieu d'origine. Or la jeune pensée chrétienne jouait son avenir en prenant place parmi d'autres pensées. Beaucoup plus anciennes. Son influence était très dépendante du témoignage de ses membres.

Lorsqu'il écrit, Matthieu tire donc de ce double "apprentissage" quelques conseils. Ce n'est pas un moraliste qui s'exprime, c'est un responsable de communauté et, tout comme nous, il a conscience qu'il ne sera jamais facile de "tenir les deux bouts de la chaîne".

Il ne cherche pas à "canoniser" une méthode. En lisant attentivement son texte, on perçoit nombre de nuances. Le recours à la communauté invite à la réflexion et cherche à éviter une réaction trop personnelle. L'exclusion n'est pas le dernier mot d'un dialogue. Matthieu en donne par ailleurs de nombreux exemples, Jésus est allé manger avec les publicains et les pécheurs. Et, après la résurrection l'église a été envoyée aux païens.

Chaque époque est donc invitée à regarder la situation qui est la sienne.

2ème point : quelques évolutions "incontournables"

Le climat de notre vie en société est différent de celui d'autrefois. Il ne s'agit pas de canoniser un laisser-aller moderne ou de pleurer sur une ambiance de permissivité. Il s'agit de prendre acte d'une situation. Sans nous perdre dans leur détail, deux évolutions sont évidentes.

= Nos contemporains sont devenus très sensibles à la notion de liberté… Le Concile Vatican 2 a longuement éclairé cette situation en parlant de "l'Eglise dans le monde de ce temps"… En soi, au nom-même de notre foi, nous ne pouvons le leur reprocher. La dignité de la personne humaine se présente comme un des thèmes principaux de la Révélation chrétienne. L'Evangile témoigne en quel respect Jésus a tenu la liberté de l'homme et a tenté d'inculquer cet esprit à ses disciples. "La liberté religieuse dans la société est en plein accord avec la liberté de l'acte de foi chrétienne" (Concile Liberté religieuse 9).

Mais, dans le passé, l'Eglise a souvent fait figure de moralisatrice autoritaire et cette attitude a laissé des traces. "Il y eut parfois dans la vie du peuple de Dieu, cheminant à travers les vicissitudes de l'histoire humaine, des manières d'agir moins conformes, voire même contraires à l'esprit évangélique" (Concile Liberté religieuse 12). Une vraie connaissance de l'histoire permet de relativiser certains faits, pourtant cette évocation ressurgit à maintes occasions et prétend justifier une revendication à l'indépendance. Nous ne connaissons que trop la réflexion qui risque de bloquer tout dialogue initial, même entre frères chrétiens. "De quoi vous occupez-vous?"

= Nous ne pouvons ignorer également l'évolution conjointe des mentalités en ce qui concerne la relativité du péché individuel. Plusieurs influences se sont conjuguées et obligent à une nouvelle "approche".

Même s'ils sont de moins en moins nombreux à avoir reçu cette éducation, beaucoup ont été marqués par la culpabilité abusive donnée autrefois à certains "interdits" de détail: attitudes, lieux et gestes sacrés, règles alimentaires ou vestimentaires. Ceux-ci étaient conservés sans autre justification que la tradition et embrouillaient l'essentiel de la foi. Il était normal de les supprimer. Malheureusement, leur disparition n'a pas suscité le mouvement d'intelligence qui était escompté. Beaucoup y ont vu un mouvement de concession qu'ils ont étendu sans autre réflexion à des points essentiels.

L'homme moderne est conscient du "mal en général". Les informations abondent et leur présentation provoque un impact que n'avaient pas les événements dans le passé. Mais l'aspect spectaculaire des drames tend à estomper les déficits personnels qui en sont à l'origine. Inévitablement, ceux-ci se trouvent "noyés" dans l'anonymat de toute collectivité. Les analyses ne manquent pas pour aller plus avant dans les causes, qu'elles soient personnelles ou collectives. Mais  nos contemporains "zappent" facilement  et une information chasse l’autre.

Les conclusions des sciences humaines ajoutent à cette relativité de la faute personnelle. Il serait absurde de les rendre responsables des évolutions actuelles. La conduite de Jésus   témoigne de la valeur qu'il accordait au "mystère" de chaque personne. Son enseignement et son action sont nourris d'analyse et de psychologie. Il n'en pas fait une théorie, il n'a pas parlé d'inconscient ou de névroses et, cependant, il est facile de trouver en son témoignage l'équivalent des conclusions actuelles. Il est donc absurde d'opposer les deux présentations. Les confusions viennent du fait qu'en ces domaines, nos contemporains se contentent de récupérer abusivement quelques aperçus pour éluder toute responsabilité.

3ème point : présence incontestable de "déficiences"…

Nos contemporains ont beau évoquer leur liberté ou noyer leur responsabilité dans la collectivité, il n'empêche qu'un certain nombre de situations ne peuvent être niées comme "déficitaires" et, au nom de cette évidence, elles rappellent qu'il est abusif de jouer sur les mots. Quel que soit le nom qu'on lui donne, le péché est présent en de nombreux comportements actuels. Déjà, en tant que membre de la communauté humaine, il nous interpelle en raison de ses conséquences. En tant que chrétien, il nous interpelle doublement en raison de la mission que Jésus nous a confiée à son encontre.

Plusieurs éléments compliquent aujourd'hui cette mission. Les évolutions actuelles ont étendu le chantier du dialogue que les chrétiens ont à engager avec leur entourage et l'ont rendu plus délicat.

= Il se trouve d'abord étendu au plan de l'éclairage "moral" qui ressort de leur foi.

En ambiance de chrétienté, un consensus général facilitait la reconnaissance d'une loi aux contours relativement précis. Elle s'inspirait étroitement de la loi naturelle reprise de l'humanisme juif et y insufflait un dynamisme d'amour. La loi civile appuyait quelques "points de repère" et facilitait le "repérage", même si celui-ci n'échappait pas à nombre d'aléas collectifs.

Il n'en est plus de même aujourd'hui. Un premier glissement s'est effectué en des questions importantes et immédiates comme celles du domaine conjugal. Chacun de nous sait les difficultés qui en résultent quotidiennement lorsque nous touchons à ce sujet. Par ailleurs, nos anciens ne bénéficiaient d'aucune latitude pour influencer leurs dirigeants sur les "péchés collectifs" que représentaient en leur temps les guerres ou les abus de pouvoir. Les progrès de l'information et de la démocratie rendent aujourd'hui nos amis "conscients et responsables" mais leur influence n'est pas automatique. Les contours de ce nouveau secteur sont loin d'être assimilés au titre d'une "loi" morale. Et il n'est pas facile de convaincre des responsabilités indirectes qui sont décelables à la naissance des perturbations internationales.

= Le chantier s'est trouvé également étendu en ce qui concerne le cœur même de la foi. Ce qui, autrefois, revenait à des responsables spécialement formés, est maintenant remis à tout chrétien. En son milieu de vie, les "échos" de son témoignage rejaillissent en questions concernant la source même dont il vit. Il se trouve alors exposé à un affrontement direct avec la montée du déisme dans la majorité des milieux contemporains et avec son influence sournoise en pensée dite chrétienne.

Pour qu'un dialogue soit positif, il est nécessaire que les deux interlocuteurs soient sur la même longueur d'ondes. Or, comment pourrions-nous l'être avec ceux qui demeurent à mi chemin entre un athéisme de fait et l'évocation de références religieuses qu'ils ont coupées de leur source vitale.

"Si ton frère vient à pécher"… ce serait plus net s'il s'agissait du plan moral, mais il s'agit d'une déficience combien plus profonde qui remet en cause le vocabulaire-même de fraternité que l'on s'évertue à maintenir. Comment aborder tel ou tel ami alors qu'il vit en toute bonne conscience une parfaite indépendance vis-à-vis des références habituelles de la foi… alors qu'il appuie une vague religiosité sur le fait que la majorité de ceux qui l'entourent se comportent de même… et alors que les responsables chrétiens anesthésient cette illusion au nom d'hypothétiques dispositions intérieures.

3ème point : que faire ?

= En tant que chrétiens, nous ne pouvons oublier certaines recommandations de l'évangile: "Ne juges pas et vous ne serez pas jugés"… "Qu'as-tu à regarder la paille qui set dans l'œil de ton frère alors qu'il y a une poutre dans le tien?"

Jésus s'est heurté à l'hypocrisie des pharisiens et l'a violemment dénoncée. Les évangélistes ont fait de même en constatant l'action sournoise de cette tendance en toute communauté religieuse, même chrétienne. A juste raison, les prédicateurs du siècle dernier ont rappelé cet enseignement car, de fait, certains milieux pratiquants étaient marqués de ce handicap.

Mais, comme toujours, une autre hypocrisie a surgi, celle de la passivité et du statu quo. Les chrétiens sont souvent passés d'un jugement sans nuance à une tolérance qui demeure muette en souci d'éviter toute vague pastorale. Les confusions prennent droit de cité au détriment d'une juste perception de l'identité chrétienne. Il suffit pourtant de poursuivre la recommandation de Jésus pour y entendre l'amorce de la mission : "enlève la poutre de ton œil et alors tu verras clair pour enlever la paille de l'œil de ton frère". Car c'est bien de cela dont il s'agit en définitive: "enlever la paille de l'œil de son frère".

= En relisant les conseils de Matthieu, bien qu'il se garde de fournir des "recettes", nous bénéficions d'orientations relativement précises.

1. Le souci essentiel n'est pas la défense d'une doctrine, ni même l'importance d'une communauté. Il s'agit de l'épanouissement d'une "personne", donc d'un être intelligent, susceptible de se renouveler au plan de la réflexion et de l'ouverture en accueillant les valeurs de son environnement.

2. Délibérément, nous sommes invités à le situer en "frère", solidaire d'une destinée commune. Si nous voulons que le dialogue soit fructueux dans les cas difficiles, il importe qu'il soit déjà vécu, de façon amicale, dans l'ordinaire de l'existence. "Le gagner" en tant que frère n'équivaut pas à "le posséder", le gain que nous espérons est le sien et il n'est pas nécessaire d'attendre qu'il soit en danger pour y contribuer.

3. C'est notre affection pour lui qui nous pousse à éclairer notre jugement auprès d'autres frères. Nos réactions spontanées risquent souvent d'handicaper la discrétion, la patience et la délicatesse qui doivent prédominer.

4. Il est certain que cette mise en commun ne peut être assimilée à un quelconque "commérage" interne. Les autres "frères" de la communauté peuvent être peinés eux-aussi d'un comportement inattendu, resté jusque-là discret. Leur apport doit donc rester dans une perspective de foi et celle-ci doit toujours viser une action de soutien. Cette "affaire" nous associe à une action positive de création, nous sommes solidaires de l'action inlassable du "Père des cieux" en faveur de tous ceux qu'il aime comme ses enfants, même s'ils s'égarent parfois.

5. Comment oublier qu'en toute communauté Jésus est présent, "avec chacun de nous et au sein-même de difficultés qu'il a lui-même affrontées". Cette expérience historique n'est pas un simple souvenir, l'évangile est révélateur du Nom, c'est-à-dire de la personne qui se sent encore plus concernée que nous par l'issue de notre engagement de fraternité.

 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr