Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 19ème Dimanche du temps ordinaire

Année A : 19ème Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

Actualité : Jésus Christ ressuscité n’est pas un fantôme

Evangile : Matthieu 14/22-33 

Contexte des versets retenus par la liturgie :

- Décrypter la marche sur la mer

- Place de ce passage dans Matthieu

Piste de réflexion : Il ne cesse de venir vers nous et de monter dans notre barque

Actualité

L'épisode présentant Jésus "marchant sur la mer" se retrouve chez Marc, Matthieu et Jean. Luc n'en parle pas. Les trois évangélistes l'unissent au signe du partage des pains. Matthieu y ajoute la marche de Pierre sur les eaux. Episode hautement symbolique mais qui nous engage à rencontrer un Jésus bien réel et à le débarrasser des oripeaux magiques dont nous le revêtons encore.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 14/22-33

Les lois de croissance du Royaume - cheminement vers le milieu païen à la lumière de la parabole de l'ivraie - première étape: le sens de la résurrection.

fin de l'ensemble précédent en milieu juif

Et aussitôt, il contraignit les disciples à monter dans la barque et à le précéder vers l'autre côté jusqu'à ce qu'il ait renvoyé les foules. Et, renvoyant les foules, il monta vers la montagne pour prier à l'écart.

Première étape du nouvel ensemble : le mouvement de la résurrection

Comme le soir était arrivé, il était seul, là.

Or la barque, déjà, était loin de la terre, à de nombreux stades, tourmentée par les vagues, car le vent était contraire.

Or, à la quatrième veille de la nuit, il vint auprès d'eux en marchant sur la mer.

Première mauvaise réaction

Or les disciples, le voyant marcher sur la mer, furent troublés en disant: " c'est un fantôme" et de crainte, ils crièrent.

Or aussitôt, Jésus leur parla en disant: "Ayez confiance! C'est moi, ne craignez pas! "

Deuxième mauvaise réaction

Or, lui répondant, Pierre dit: "Seigneur, si c'est toi, ordonne que je vienne auprès de toi, sur les eaux." Il dit: "Viens". Et, descendant de la barque, Pierre marcha sur les eaux et vint auprès de Jésus.

Or, en regardant le vent, il craignit et, commençant à être submergé, il cria en disant: " Seigneur, sauve-moi ! "

Aussitôt Jésus, étendant la main, l'empoigne et lui dit: "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?"

Juste réaction dans la foi

Et comme ils montaient dans la barque, le vent se calma.

Et ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui en disant: "Vraiment, tu es Fils de Dieu ! "

Contexte des versets retenus par la liturgie

Face à ce texte d'évangile, tout commentateur se trouve affronté à deux problèmes. Le premier concerne le "décryptage" de la présentation car les symboles qui s'y accumulent sont, pour la plupart, étrangers aux modes d'expression actuels. Le deuxième concerne la place de ce passage dans le développement de Matthieu.

Décrypter la "marche sur la mer"

La clé est relativement simple, il s'agit de la résurrection de Jésus et du départ de la première communauté en mission universelle. Ce n'est sans doute  pas ainsi que nous présenterions ces événements, mais les références et les symbolismes ne laissent planer aucun doute.

Au soir du vendredi-saint, Jésus semble s'être éloigné "vers la montagne". Pour les anciens, la montagne est le symbole de la "demeure divine", sans doute en raison de l'altitude et du mystère qui l'entoure. Jésus semble désormais "proche" de Dieu selon le mot grec traduit par "prier" et "à l'écart" de ses amis. La barque est symbole de la communauté en sa navigation vers l'autre côté, c'est-à-dire vers la rive païenne d’après les indications de l'épisode précédent. C'est là que les apôtres doivent précéder Jésus selon la mission qui leur a été précisée antérieurement. Matthieu évoque les craintes et les difficultés dont témoigneront les Actes des Apôtres en parlant de "vagues" qui secouent l'embarcation et "d'un vent qui est contraire".

La quatrième veille de la nuit se situe entre 3h et 6h du matin. Elle s'achève à la "première lueur", moment où Marie Magdeleine et l'autre Marie iront au sépulcre et recevront de l'Ange l'annonce de la résurrection. Elles aussi seront troublées et la même phrase leur sera adressée: "Ne craignez pas!". Quant à Jésus, il n'est plus tout à fait le même. En vivant jusqu'au bout sa passion, il a vaincu le mal. L'évangéliste exprime cette idée en se référant à la conception ancienne qui parlait de la mer comme symbole du mal et lieu des forces hostiles au bonheur des hommes. Il décrit Jésus comme "marchant sur la mer".

Les disciples le prennent pour un "fantôme". Le mot employé suggère simplement une "apparition". Il n'a pas la même portée que le mot "esprit" (pneuma), celui-ci serait susceptible d'évoquer la conception des morts où "l'ombre" du défunt demeure dans le schéol en attendant la résurrection finale. Ici l'origine de la manifestation est attribuée à Dieu, d'où la crainte religieuse qui s'empare des témoins. Il est difficile de déterminer s'ils "crient par peur" ou s'ils "crient vers Dieu".

La demande de Pierre doit être interprétée selon un mode symbolique "exact". Il désire "marcher sur les eaux", ce qui équivaut à un miracle et ce qui équivaut également à une séparation de la communauté. Le reproche "homme de peu de foi" affecte donc tout autant une demande intempestive que les troubles de sa réalisation. D'ailleurs Jésus le ramène à la barque où désormais il demeure avec les siens.

L'orientation vers le monde païen autorise le rapprochement du dernier verset avec la réaction "du centurion et de ceux qui gardaient Jésus en croix" lors du "tremblement" qui accompagne sa mort. "Ils craignirent en disant: Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu"(27/54)

Quelques appuis complémentaires

= Il est intéressant de rapprocher de ce récit les derniers versets du premier évangile (28/17), à savoir l'apparition aux Onze disciples sur la montagne de Galilée.

L'évangéliste mentionne de la part de certains d'entre eux des "doutes" quant ils voient Jésus pour la première fois après sa résurrection. Celui-ci "vient auprès d'eux". Il leur précise sa nouvelle "situation": "tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre". L'orientation de la mission vers le monde païen est explicite: "allez! De toutes les nations faites des disciples!". Quant à la présence au milieu des siens, elle se trouve affirmée sans conteste: "je suis avec vous jusqu'à la fin du temps".

= Nous avons eu l'occasion de sentir chez Matthieu l'influence de quelques souvenirs concernant la première communauté. Nous connaissons principalement cette histoire vécue par la présentation qu'en fait Luc dans les Actes des Apôtres. Nous percevons qu'elle a été assez complexe. Le rôle de Pierre a été indéniable mais certaines interventions miraculeuses de sa part restent difficiles à interpréter. D'autant plus qu'elles cessent rapidement au bénéfice du "rythme" habituel de toute communauté chrétienne.

Nous ignorons l'influence de Matthieu dans la première communauté et nous devons nous garder de toute conclusion trop précise. Cependant il en a fait partie et il est légitime d'en détecter quelque trace.

L'épilogue du quatrième évangile mentionne une réaction similaire de Pierre à l'issue de la pêche après la résurrection. (21/7). "Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: c'est le Seigneur!… A ces mots, Pierre se jeta à l'eau".

Place de ce passage dans le deuxième volet concernant l'engagement historique de Jésus

A la lumière de la parabole du semeur, Matthieu a construit un premier ensemble présentant le ministère historique du Christ chez les Juifs. A la lumière de la parabole de l'ivraie, l'évangéliste trace maintenant un itinéraire de ministère chez les païens. En ce qui concerne Jésus, il s'agit plus exactement d'éléments qui inspireront le ministère des apôtres chez les païens après la résurrection. Leur valeur "historique" proprement dite interviendra surtout à ce moment. Mais, pour Matthieu, selon le modèle de pensée reçu de sa formation juive, le "temps de la mission" et le "temps de Jésus" ne font qu'un.

Comme Marc, Matthieu présentera une évolution en sept étapes, sept "obstacles" qu'ont dû franchir des esprits formés initialement en judaïsme. Voici leurs perspectives: 1. Bien comprendre le sens de la résurrection… 2. Entretenir une activité d'accueil… 3. Remettre les traditions pharisaïques à leur place de préceptes humains… 4. Faire de même pour les interdits alimentaires… 5. Ne pas se limiter à ne donner que des miettes… 6. Revivre sans cesse le même ministère qu'au départ… 7. Cette évolution aboutit à un deuxième "partage des pains", calqué sur le premier.

Le mélange bon grain-ivraie est assez net en ce qui concerne la demande de Pierre. Sous le désir d'une plus grande intimité avec Jésus, il "récupère" la situation en vue d'un "miracle" totalement inutile qui le sépare de la communauté. En le ramenant à la barque, Jésus condamne tout individualisme au nom d'une résurrection mal comprise.

* L'épisode peut être rapproché de la tempête apaisée (8/23). Il s'agissait également d'une traversée vers la rive païenne, elle s'était soldée par un échec au pays des Gadaréniens. "Un grand tremblement arriva dans la mer, de sorte que la barque était recouverte par les vagues. Or lui dormait. Venant auprès de lui, ils le réveillèrent, en disant: Seigneur, sauve-nous, nous sommes perdus! Et il leur dit: Pourquoi êtes-vous peureux, gens de peu de foi? Alors, se réveillant, il rabroua les vents et la mer et il se fit un grand calme.


Piste possible de réflexion: Il ne cesse de venir vers nous et de monter dans notre barque

1er point: un peu de sérieux à l'écoute du texte

A l'écoute de ce texte, une première exigence s'impose, celle de le décrypter. Il est évident que son genre littéraire est tout à fait particulier. Matthieu nous a déjà habitués à certaines particularités concernant le sens des mots qu'employaient les auteurs du premier siècle, la dimension symbolique dont ils sous-tendaient leurs compositions, et, pour ceux qui avaient hérité de la culture juive, l'esprit dans lequel ils se référaient à l'Ancien Testament. Mais ici les difficultés semblent s'accumuler.

La clé est relativement simple, il s'agit de la résurrection de Jésus et du départ de la première communauté en mission universelle.

Au soir du vendredi-saint; Jésus semblait s'être éloigné "vers la montagne" après avoir partagé le pain de son témoignage visible. Rappelons-nous que, pour les anciens, la montagne est le symbole de la "demeure divine", sans doute en raison de l'altitude et du mystère qui l'entoure. Jésus semble désormais "proche" de Dieu selon le mot grec traduit par "prier", il se trouve donc "à l'écart" de ses amis. Ceux-ci sont regroupés dans la barque, symbole de la communauté en sa navigation vers l'autre côté, c'est-à-dire vers la rive païenne selon la mission qui leur a été précisée antérieurement, c'est là qu'ils doivent le précéder. Après le drame de la croix, les conditions ne sont guère favorables. Matthieu n'a pas tort d'évoquer les craintes et les difficultés dont témoigneront les Actes des Apôtres en parlant de "vagues" qui secouent l'embarcation et "d'un vent qui est contraire".

La quatrième veille de la nuit se situe entre 3h et 6h du matin. Elle s'achève à la "première lueur", ce sera le moment où Marie Magdeleine et l'autre Marie iront au sépulcre et recevront de l'Ange l'annonce de la résurrection. Elles aussi seront troublées et la même phrase leur sera adressée: "Ne craignez pas!". C'est que Jésus n'est plus tout à fait le même. En vivant jusqu'au bout sa passion, il a vaincu le mal. L'évangéliste exprime cette idée en se référant à la conception ancienne qui parlait de la mer comme symbole du mal et lieu des forces hostiles au bonheur des hommes. Désormais Jésus peut être décrit comme "marchant sur la mer".

Les disciples le prennent pour un "fantôme", ils réduisent ces instants à une "apparition fugitive". Ils n'ont pas compris qu'il s'agissait d'une présence qui reprenait sous une forme différente l'intensité et le "style" de la présence historique. Pas plus qu'auparavant le rapport à Jésus ne doit être dominé par la crainte, fut-elle une crainte religieuse. Pas plus qu'auparavant le rapport à Jésus ne dispense d'un partage en humanité vraie. La demande de Pierre traduit cette tentation du "merveilleux inutile" qui, par ailleurs, éloigne de la barque. C'est vers elle qu'il se trouve ramené et c'est à ce moment que la communauté se retrouve en cohésion totale avec son Seigneur ressuscité.

2ème point: l'actualité de ce texte

Nous sommes déconcertés par la place qu'occupe ce passage dans la composition de Matthieu et nous pourrions hésiter à en faire un texte d'actualité nous concernant. C'est pourtant le but de l'évangéliste. Quelques remarques peuvent en convaincre.

Il recourt au modèle de pensée juif concernant la "continuité du temps". Nous en avons déjà parlé. Conformément à notre formation grecque, nous "découpons" le temps ; au contraire un sémite l'unifie. "Le passé subsiste dans le présent… le présent permet à l'histoire de s'insérer dans la vie des hommes de façon efficace et vivante… dans le présent l'avenir est déjà là avant d'être réalisé… Il est tout à fait possible de référer ces versets à Exode 3/7 au départ de l'aventure de Moïse: "J'ai vu la misère de mon peuple et je l'ai entendu crier… Je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer. Va maintenant…" Pour l'auteur, l'exode d'autrefois à travers le désert, le rayonnement de la première communauté dans le monde païen, la mondialisation actuelle s'inscrivent dans une même histoire…

La preuve en est que, si nous poursuivons la lecture de Matthieu, nous constatons qu'il situe cet épisode en tête d'une évolution en sept étapes. Il aborde les "obstacles" qu'ont dû franchir des esprits formés initialement en judaïsme pour affronter le monde païen. Il relie cette évolution aux enseignements donnés par Jésus au cours de son ministère. Ainsi, un juste sens de la résurrection ouvre à l'accueil, à l'évolution des traditions, à la libération de la parole avant de déboucher sur un deuxième "partage des pains", calqué sur le premier. A l'évidence, ces sept étapes continuent de s'imposer à la vie de l'Eglise au delà des premiers siècles. Nous en avons l'exemple aujourd'hui alors que la foi chrétienne doit affronter des mutations de civilisation.

Le rapprochement le plus révélateur entre ce passage et la résurrection est celui qui confronte cet épisode avec la conclusion du premier évangile. Les mêmes idées sont exprimées en des termes équivalents. Quand certains disciples voient Jésus pour la première fois après sa résurrection, ils ont des "doutes". Jésus "vient auprès d'eux" et leur précise sa nouvelle "situation": "tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre". L'orientation de la mission vers le monde païen est renforcée: "allez! De toutes les nations faites des disciples!". Quant à la présence au milieu des siens, elle se trouve affirmée sans conteste: "je suis avec vous jusqu'à la fin du temps".

Il est évident que ce n'est pas ainsi que nous présenterions la continuité des événements, mais les références et les symbolismes ne laissent planer aucun doute. C'est pourquoi les "réactions" envisagées dans cet épisode correspondent assez exactement à celles de nos contemporains lorsque nous évoquons "l'actualité" de Jésus.

3ème point: les confusions concernant la résurrection

* Bien entendu, Matthieu n'ignore pas que, pour beaucoup, la résurrection de Jésus ne présente aucun intérêt. Il n'insiste pas sur cette éventualité. Il retient en premier ce qui a du être une tentation réelle pour beaucoup de disciples, à savoir situer Jésus dans la plénitude du "monde divin" tel que nous le concevons spontanément. Lors de son procès, Jésus annoncera lui-même: "Dorénavant, vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel". Cette adhésion de foi ne remet pas en doute sa protection, mais, pour reprendre l'image de cet épisode, au nom de sa résurrection elle le situe "hors de la barque".

Matthieu emploie le mot "fantôme" selon son sens originel, il ne s'agit pas d'un "esprit" selon la conception ancienne, esprit échappé du séjour des morts où il attendait la fin des temps pour accéder au ciel. Les disciples pensent à une "apparition", donc à une intervention purement divine. Jésus ne ferait que "passer" pour renseigner sur l'issue heureuse du combat qu'il a mené contre le mal. Cette nouvelle devrait permettre de poursuivre la traversée malgré les épreuves. L'évangéliste souligne les réactions des disciples en cohérence avec cet état d'esprit, crainte religieuse et appel à une intercession face aux vents contraires.

Il faut avouer que cette confusion est loin d'être dissipée à l'époque actuelle, y compris dans les milieux chrétiens. La résurrection est souvent accueillie comme un "miracle religieux", une preuve de la divinité de Jésus. Elle est rarement assimilée à un renforcement de sa présence dans "la barque de nos vies".

* La réaction de Pierre introduit la possibilité d'une autre confusion. Elle est plus subtile. Peu importe sa consistance "historique" relativement à l'apôtre, ce qui intéresse Matthieu, c'est son "dérapage symbolique".

Au premier abord, nous admirons la spontanéité de l'apôtre et nous lui donnerions facilement valeur d'exemple en raison de son désir de rejoindre Jésus au plus tôt. Mais l'évangéliste semble plus réservé. Car la demande est affectée d'un double défaut. Elle porte sur un miracle très personnel, finalement sans grande utilité, et il sépare de la communauté. Matthieu reste très vague sur sa réalisation. Il insiste beaucoup plus sur le reproche: "homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? ", ce reproche affecte tout autant une demande intempestive que les craintes devant la tempête. La preuve en est que Jésus ramène Pierre à la barque et c'est alors seulement que "le vent tombe". La loi d'humanité et de communauté reste la loi fondamentale de la foi, avant comme après la résurrection.

4ème point: toujours la mission …

Le fait que Matthieu inscrive cet épisode en tête des évolutions nécessaires pour aborder le monde païen nous incite à réfléchir. Il parlera ensuite des ruptures avec les traditions pharisiennes et avec les interdits de la Loi. Il complètera en invitant à une large accession aux responsabilités de prédication. Mais il parle d'abord de ce qui concerne Jésus aujourd'hui.

* Pour introduire un juste rapprochement avec la situation actuelle, nous pouvons remarquer la "rupture d'ambiance" qui intervient entre cet épisode et le partage des pains. Tout semblait apaisé lorsque les disciples répondaient aux besoins de la foule de façon active et précise. Tout semble désormais bouleversé, les hommes comme les éléments qui les conditionnent. La navigation s'oriente vers une autre rive mal connue. La cohésion et l'unité devraient permettre de faire front. C'est au contraire le doute et l'individualisme qui semblent l'emporter.

Matthieu avait sans doute en souvenir l'exemple de la première communauté. Les Actes des apôtres nous confirment les difficultés "historiques" qui secouèrent l'unanimité qui avait marqué les lendemains de la résurrection. Luc ne cachera pas le "point sensible" qu'a représenté l'ouverture au monde païen. Il ne cachera pas la diversité des positions et l'influence des initiatives particulières. Mais il soulignera en priorité le lieu où s'est apaisé le conflit : la communauté. Une référence a dominé : la Bonne Nouvelle émanant du ressuscité. Alors seulement la "barque" a touché vraiment terre avant que ne s'amorce une nouvelle phase de la même aventure.

* Ainsi se dessinent les exigences actuelles

1. Il y a beaucoup à faire pour que Jésus cesse d'être un "fantôme" dans l'esprit de nos contemporains, y compris des frères chrétiens marqués par le déisme de leur formation. Beaucoup de méditations et de discours ont réduit l'incarnation à un simple "passage" de Jésus parmi nous, toute humanité paraît aller au détriment de sa dignité de Fils de Dieu. Dans cette optique, la résurrection a été vidée des germes d'universalité que recèle le témoignage des évangiles et qui s'offrent tout particulièrement aux temps de renouvellement.

2. Mais il y a tout autant à lutter contre la tendance individualiste que suscitent nombre de pressions… pression moralisatrice pour susciter un "idéal religieux" qui élève au dessus des contingences matérielles… valeur d'exemplarité pour secouer les contingences dites "matérialistes"… Or la générosité ne peut tenir lieu de foi. A longue échéance, il serait facile de comparer l'échec de Pierre avec certaines tentatives qui ont marqué des spiritualités récentes.

3. Demeure la valeur de la communauté. Matthieu réservera tout le développement suivant à en approfondir les multiples facettes. Nous aurons donc l'occasion de compléter la mention qu'il introduit en finale de ce passage. Mais il tenait à nous préciser ce "relais" indispensable.

 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr