Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A: Quinzième Dimanche du temps ordinaire

Année A : 15ème Dimanche du temps  ordinaire

Sommaire

Actualité : La parabole du semeur

Evangile : Matthieu 13/1-23

Précision de vocabulaire : cœur / mystère

Contexte des versets retenus par la liturgie : la parabole

Piste possible de réflexion: contribuer à "faire voir et comprendre" l'Evangile…

Actualité

Les paraboles.... ces mystérieuses histoires ne se laissent pénétrer que par ceux qui ont un cœur  disponibles.... Au fond il existe trois types de discours : le discours politique, le discours poétique et le discours parabolique,  ce dernier porté  par le Christ  à un tel degré qu’on pourrait presque l’appeler discours évangélique.

Le premier discours tente de nous séduire. Votez pour moi ! C’est le discours tentateur de celui qui désire nous mener « tout doucement là où [il a] envie de nous faire venir… » comme le dit Dom Juan. Pour ce discours nous sommes des proies!

Le second se propose de nous charmer. Il offre une âme en pâture et en partage. Il tente d’accorder les tressaillements  de la destinée humaine,  et  même de les subjuguer...  Pouvoir du verbe qui s’abolit  jusqu’au naufrage, chant des sirènes. Perte!

Le troisième seul indique un chemin de liberté. Il ne prend rien, il n’attend rien, il propose…..Il ouvre à un désir sans objet et  convie à une relation d’un ordre radicalement nouveau. Il nous surprend, il nous agace, il nous étonne. Et dans sa résistance même, il nous invite à dépasser nos modes de pensée habituels. C’est le sens profond de l’heureuse annonce de Jésus Christ que de provoquer en nous, au cœur d'une concience  libre et rendue disponible, cette métanoia.  La parabole ne désigne pas quelque chose, n’impose pas une morale, elle ouvre un horizon que nos interprétations auraient toujours tendance à refermer. Mais qui pourrait saisir le Royaume de Dieu ?

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 13/1-23

Les lois de croissance du Royaume - exposé en enseignement oral - 1ère loi : la Loi du petit nombre portant du fruit: parabole du semeur

contexte symbolique

En ce jour-là, Jésus, sortant de la maison, était assis au bord de la mer

Et s'assemblèrent auprès de lui des foules nombreuses, de sorte que lui, montant dans une barque, était assis et toute la foule se tenait debout sur le rivage.

et il leur parla beaucoup en paraboles, en disant:

1°- exposé de la parabole du semeur

"Voici : celui qui sème sortit pour semer,

et pendant qu'il semait, des grains tombèrent le long du chemin et les oiseaux, venant, les dévorèrent.

D'autres tombèrent sur la pierraille, là où ils n'avaient pas beaucoup de terre; et aussitôt ils ont levé parce qu'ils n'avaient pas de profondeur de terre; et comme le soleil s'était levé, ils furent brûlés et, parce qu'ils n'avaient pas de racines, ils séchèrent.

D'autres grains tombèrent dans les épines et les épines montèrent et les étouffèrent.

D'autres tombèrent sur la belle terre et donnaient du fruit: l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.

Qui a des oreilles, qu'il entende ! "

2°- conviction centrale ; les disciples sont la bonne terre

Venant auprès de lui, les disciples lui dirent : " Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? "

Répondant, il leur dit :

a) A vous, il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à ceux-là ce n'est pas donné. Car quiconque a, il lui sera donné et il surabondera, mais quiconque n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé.

b) Voici pourquoi je leur parle en paraboles, parce que, regardant, ils ne regardent pas, et entendant, ils n'entendent ni ne comprennent. Et s'accomplit pour eux la prophétie d'Isaïe, qui dit : "Entendant vous entendrez et ne comprendrez pas. Et regardant vous regarderez et ne verrez pas.

c) Car s'est épaissi le coeur de ce peuple-ci

b') et des oreilles, ils ont entendu difficilement et leurs yeux, ils les ont bouchés de peur qu'ils ne voient de leurs yeux et de leurs oreilles ils n'entendent et que de leur coeurs ne comprennent et se convertissent et je les rétablirai." Isaïe 6/9-10

a') Mais, heureux vos yeux parce qu'ils regardent et vos oreilles parce qu'elles entendent. Car en vérité je vous dis que de nombreux prophètes et justes ont désiré voir ce que vous regardez, et ne l'ont pas vu, et entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu.

3°- explication de la parabole du semeur

Vous donc, entendez la parabole de celui qui sème.

De qui entend la parole du Royaume et ne la comprend pas, vient le Méchant et il s'empare de ce qui a été semé dans son cœur: celui-ci est celui qui fut ensemencé le long du chemin.

Qui fut ensemencé sur la pierraille, celui-ci est celui qui entend la Parole et aussitôt la prend avec joie; or il n'a pas de racines en lui-même, il est l'homme d'un moment: comme arrive une tribulation ou une persécution en raison de la Parole, aussitôt il est scandalisé.

Qui fut ensemencé dans les épines, celui-ci est celui qui entend la Parole et l'inquiétude de ce siècle et la tromperie de la richesse étouffent la Parole et elle devient sans fruit.

Qui fut ensemencé sur la belle terre, celui-ci est celui qui entend la Parole et la comprend, qui précisément porte du fruit et fait l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente.

Précision de vocabulaire 

Le "cœur": Les résonances qu'éveille le mot "cœur" ne sont pas identiques en hébreu et en français. Certes, le sens physiologique est le même, mais les autres usages diffèrent sensiblement. L'hébreu conçoit le cœur comme le "dedans" de l'homme en un sens beaucoup plus large que la vie affective. En plus des sentiments, il contient aussi les souvenirs et les idées, les projets et les décisions, il est la source de la personnalité consciente, intelligente et libre.

Le mot "mystère" souligne la profondeur des réalités du Royaume à la différence du sens moderne qui évoque un aspect impénétrable à la raison.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Le texte se situe au départ d'un nouvel ensemble qui se présente en troisième développement du premier évangile. Le thème concerne les lois de croissance du Royaume. Il s'agit moins de l'extension à travers les lieux et les temps, sujet abordé dans l'ensemble précédent, que de l'impact en un lieu et un temps. Selon la méthode habituelle de Matthieu, le premier volet se présente en enseignement oral regroupant un certain nombre de paraboles.

Trois lois fondamentales de croissance en ressortent :

  1. 1. La loi du petit nombre portant du fruit = la parabole du semeur…
  1. 2. La loi du développement au coeur du monde sans sélection prématurée = la parabole de l'ivraie équilibrée par les paraboles du grain de sénevé et du levain…
  1. 3. La loi du renouvellement permanent exigé par cette situation = les paraboles du trésor et de la perle, la parabole du tri après la pêche et la parabole du neuf et de l'ancien.

Généralités concernant le genre littéraire parabolique

En première lecture, ce genre littéraire semble nous échapper. Ce n'est qu'une impression car, comme le langage symbolique, nous l'employons constamment. Certes les "images" ne sont pas les mêmes, mais le principe est identique. Ce langage était courant au temps de Jésus; nous possédons plusieurs documents qui nous livrent de nombreux exemples chez des scribes, des pharisiens et des docteurs de la Loi. Ceci nous permet de comparer les résultats et il faut reconnaître que Jésus contraste avec beaucoup de ses contemporains par sa simplicité, sa clarté et la densité de sa composition.

La "méthode" de la parabole est facile à préciser et s'explique presque naturellement dans une civilisation orientale qui disposait de faibles moyens d'écriture. Pour que les idées ne se perdent pas dans l'oubli ou ne subissent pas trop de déformations en étant répétées, elles sont incluses dans le cadre d'une histoire. Naturellement cette histoire est inventée, même si, pour une meilleure mémorisation, elle en appelle à des éléments de vie courante.

Pour souligner cette invention, quelques traits, impossibles matériellement, sont glissés dans le déroulement du récit, par exemple un semeur qui perd une grande quantité de grain ailleurs que dans la bonne terre,  un semeur qui sème de la mauvaise herbe… Ces impossibilités attirent l'attention de l'auditeur et constituent le plus souvent la "pointe" de la parabole, c'est-à-dire l'idée centrale autour de laquelle l'histoire a été construite.

Une même parabole peut concentrer plusieurs idées. En retour, des enseignements divers peuvent en être tirés.

Les conditions du bon "fonctionnement" d'une parabole

La transmission d'une pensée par le truchement d'une parabole pose trois exigences :

La première concerne la composition. Il revient à l'auteur de choisir l'exemple qui lui paraît le plus suggestif et le plus adéquat pour exprimer l'idée directrice. Il lui revient simultanément d'en ordonner le détail de présentation afin que l'essentiel ressorte sans que des éléments secondaires n'en voilent l'importance.

La deuxième exigence s'impose au lecteur ou à l'auditeur. Dans le texte, il lui faut d'abord faire le tri entre ce qui est ornement littéraire et expression de la pensée. Cette expression lui étant proposée par référence à son environnement, il doit se libérer du "coefficient" d'imagination ou de sentimentalité qui lui est personnel. Son "voir" n'est pas nécessairement le "voir" de l'auteur de la parabole. Or c'est ce dernier qui est le vecteur premier de la communication.

En se basant sur les résultats de cette juste vision, le lecteur ou l'auditeur peut alors affronter le travail de discernement qui s'impose. A la lecture d'une même parabole, nous l'avons dit, plusieurs interprétations sont possibles. Rejoindre la perspective que voulait faire partager l'auteur et donc "comprendre en vérité" la parabole  est  loin d'être automatique.

C'est  un "revers de la médaille" dont il faut avoir conscience pour entrer dans la pensée de Matthieu. Nous entrevoyons l'importance qu'il donne au jumelage: "entendre la Parole", autrement dit "voir" le témoignage qu'elle rapporte, et "la comprendre.

Jésus et le genre parabolique

Pour des raisons d'abord pratiques, Jésus a trouvé dans le genre parabolique un "outil" très adapté au style de prédication qu'il voulait privilégier. C'était le langage habituel de son époque, accessible aux gens simples qui constituaient son auditoire.

Mais, avec le recul des siècles, nous percevons d'autres enjeux que ce genre littéraire lui a permis d'assumer. Tout d'abord, il disposait de très peu de temps pour communiquer à ses amis une pensée toute nouvelle à laquelle leur formation antérieure ne les avait pas préparés. D'ailleurs, aujourd'hui encore bien des éléments de ce changement ne sont pas encore passés dans certaines mentalités chrétiennes.

L'amplitude de la pensée qu'il voulait communiquer en rendait également la transmission délicate. Il ne s'agissait pas seulement de retenir, mais d'assimiler sans que jouent les facteurs habituels de simplification ou de mauvaise interprétation. Les Actes des Apôtres ne nous cachent pas les pesanteurs d'évolution de la première communauté chrétienne sur des sujets qui nous paraissent aujourd'hui essentiels: l'ouverture au monde païen, les questions de purification et d'interdits alimentaires… Le genre parabolique a été un bon instrument sans sous-estimer la manière dont il fut utilisé.

Les évangélistes et le genre parabolique

Les apôtres ne s'y sont pas trompés. Ils n'ont pas hésité à reprendre et à approfondir des textes dont ils savaient, par leur culture, qu'ils allaient encore plus loin qu'une simple illustration. En partant de la trame de l'histoire et en serrant de près les détails que transmettait une mémoire collective, ils ont cherché à tirer la "sève". Celle-ci était également mieux perçue à la lumière des événements vécus en Semaine Sainte et au temps de Pentecôte. La prédication et le rayonnement de la communauté contribuaient à la valoriser tout comme à la préciser.

Leur exemple nous confirme la pluralité des leçons qu'il est possible de tirer d'une parabole. Notre mentalité moderne hésiterait parfois en craignant une mauvaise interprétation. Or, dans les évangiles, les exemples sont nombreux où une même parabole sert de base à des enseignements différents, complémentaires les uns des autres. Il ne s'agit pas d'oppositions, mais du jeu normal d'une méthode que les disciples connaissaient. Nous pouvons même supposer que beaucoup de paraboles n'ont pas été retranscrites car elles avaient joué leur rôle en un premier temps.

La parabole du semeur selon chaque évangéliste

* Précisons d'abord que les écrivains Justin et Tatien attestent d'une forme plus archaïque qui ne comportait que l'exposé de la parabole. L'Evangile de Thomas adopte la présentation globale, mais l'explication reflète nettement la pensée gnostique.

* Matthieu, Marc et Luc ne se contentent pas de rapporter la parabole du semeur, ils en approfondissent les sens possibles. Ceci nous oblige à repérer leurs différentes approches. Sur ce point, un premier éclairage est apporté par l'ensemble où chacun insère le texte. Un deuxième éclairage est fourni par les nuances de présentation qui leur sont également personnelles.

Ces nuances interviennent dans un cadre littéraire immédiat qui comporte trois parties facilement repérables :

La première partie se limite à un exposé assez sobre de "l'image" qui présente la diversité des terrains. Même si cet exposé inclut une première réflexion, il se présente davantage comme une constatation que chacun pouvait faire au temps de l'engagement public de Jésus. Il rejoint les épisodes qui éclairent les différents accueils rencontrés. C'est ainsi sans doute que ses contemporains ont du recevoir la parabole dans l'immédiat.

Mais, certains traits de la dernière partie témoignent que "l'explication" déborde la "présentation initiale". L'auteur tient à livrer le fruit de sa méditation personnelle. D'un évangéliste à l'autre, les "explications" se diversifient de façons complémentaires. Il n'est donc pas possible de se limiter à un commentaire général sans "écraser" les particularités de chacun. Heureusement pour nous, l'auteur livre généralement sa pensée personnelle dans la partie centrale.

* Pour Marc, il ne s'agit pas d'une parabole parmi d'autres, mais de LA parabole fondamentale: "Si vous ne saisissez pas cette parabole, alors comment comprendrez-vous les autres?" (4/13). Elle exprime le drame que l'auteur développe au long de son œuvre: le Christ est venu nous révéler un nouveau sens de Dieu, proche et humain, et les hommes ont refusé cette conversion de leur regard.

Le texte se révèle hésitant quant au jugement à porter. Quelques phrases confirment la responsabilité personnelle de ceux qui refusent… mais d'autres phrases semblent plus "fatalistes": certains opposants ont été semés dans une terre non préparée et leur responsabilité a été amoindrie sous des pressions qui les dépassent.

Mais pour Marc, il ne s'agit pas de retarder ou de tempérer l'annonce de l'évangile, "la lampe doit être mise sur le lampadaire"… Advienne que pourra avec l'espérance qui ressort des deux paraboles suivantes: le grain qui pousse tout seul et la graine de sénevé.

* Nous revenons ci-après sur le texte de Matthieu. Il se situe dans l'ensemble qui traite des "lois de croissance du Royaume". L'auteur l'assortit de la parabole de l'ivraie et il reliera celle-ci à la parabole du grain de sénevé, tempérée par la parabole du levain. Il la voit comme la loi du petit nombre portant du fruit. Dans le parallèle historique qui suivra, il la réfère au ministère de Jésus chez les juifs.

* Luc est beaucoup plus bref. Il enchâsse la parabole dans le "temps de Jésus" et illustre ainsi l'adhésion de la première communauté unissant les Douze et les femmes bienfaitrices. Il la complète par la parabole de la lampe: "Prenez garde à la manière dont vous écoutez" et un hommage à ceux qui constituent la vraie famille de Jésus: "Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole et la pratiquent".

L'interprétation de la parabole selon Matthieu

Elle n'est pas évidente. Il est tentant de s'arrêter à l'explication générale qui, par ailleurs, ne manque pas de valeur. Pourtant, un commentaire sérieux doit aller plus loin. Quelques remarques peuvent aider la recherche personnelle qui s'impose pour ne pas avancer n'importe quelle conclusion.

Les fils qui s'entrecroisent sont nombreux, il faut les prendre un par un.

1. En première partie, Matthieu propose la parabole comme vision globale du ministère historique de Jésus. Nous pouvons la maintenir à ce niveau comme départ de sa pensée. Mais il importe de noter son schématisme.

Le Semeur est mentionné en premier, à l'évidence il s'agit de Jésus. Son action de "semeur prodigue" est évoquée dans l'énumération de terrains multiples, mais il n'est rien dit de la graine d'origine. L'explication précisera qu'il s'agit de la Parole, au sens que Mathieu lui donne, c'est-à-dire le témoignage historique total. L'évangéliste fait l'impasse sur la croissance et semble ignorer les aléas qui la menacent habituellement, aléas climatiques ou actions nuisibles. Il n'aborde pas plus le thème de la moisson. Il ne parle que de productivité selon la double perspective "naturelle" que son époque y voyait: utilité des fruits et relais des semailles ultérieures.

2. Face à la présentation de trois échecs pour une réussite, la réaction spontanée est celle de l'étonnement. Malgré la compensation finale, force est de constater un dysfonctionnement. Mais d'où vient-il?… Lorsqu'il s'agit de Jésus, il ne peut être question de l'attribuer à sa personne, il ne peut être question d'en rendre responsable son témoignage en lui-même. Ce qui apparaît comme étant en cause, c'est l'accueil des différents terrains. La diversité des refus pourrait entraîner une diversité d'analyse à leur sujet. Matthieu l'esquisse mais il s'applique surtout à détecter le handicap commun.

Il le voit dans la difficulté qu'ont éprouvée les foules pour prendre en compte les "signes" qui émanaient de l'engagement de Jésus. Elles n'ont pas su les "voir" et, ce faisant, elles n'ont pas pu les "comprendre". Bien entendu le mot "voir" est à prendre au sens large. Il s'est agi d'une cécité d'intelligence qui les empêchées de "comprendre" ce qui pouvait être tiré d'actions "visibles" et d'enseignements audibles". Autrement dit leur handicap a été celui dont nous avons parlé à propos des paraboles. Telle est la clé de tout notre passage.

3. Nous devrions en effet être étonnés de la question des disciples : "pourquoi leur parles-tu en paraboles?". Les interlocuteurs de Jésus avaient l'habitude de cette présentation oratoire et la plupart d'entre eux la déchiffrait spontanément. Il est certain que les paraboles élaborées par les scribes se présentaient souvent comme des rébus mais, avec Jésus, ce n'était pas le cas. Les foules étaient capables de tirer de cette parabole un enseignement.

La question ne porte donc pas sur une impossibilité de déchiffrage immédiat comme celle que nous pourrions avoir en raison d'une différence de civilisation. C'est tout le témoignage de Jésus qui s'est présenté en parabole, c'est-à-dire en exigence de "bien le voir" pour "bien le comprendre". La remarque des disciples contient d'ailleurs un reproche voilé qui déborde le "style oratoire" qu'avait adopté Jésus. Elle revient à lui dire: "N'es-tu pas un peu responsable du fait que ton témoignage ne soit pas perçu plus clairement par les foules? Qu'attends-tu pour te révéler plus explicitement? Présentement, tu cours le risque que tes auditeurs en restent à une interprétation superficielle. Or, nous, disciples, tout comme toi, nous percevons qu'il faudrait susciter une recherche plus approfondie".

4. Une telle question ne pouvait être posée qu'après la résurrection. Car, sur le moment, malgré leur intimité avec lui, il n'est pas certain que les amis de Jésus distançaient tellement les foules au niveau de la compréhension du message. Mais, lorsque s'est amorcée la mission, cette "constatation" concernant le passé vécu aux environs des années 30 impliquait une autre interrogation: le style "paraboles", à prendre au sens large lui aussi, avait-il été un style exceptionnel en raison des liens étroits que le Semeur avait voulu noué avec le terrain de son incarnation? Devait-il être conservé par les envoyés"?

Ce que nous avons lu précédemment concernant les recommandations que Jésus fait à ses apôtres ne laissait planer aucun doute sur la réponse. En tous temps et en tous lieux, la prodigalité du semeur devra marquer l'annonce des envoyés. En tous temps et en tous lieux, il n'y aura donc pas à s'étonner des conséquences? Et surtout il faudra éliminer la tentation de "faire autrement" au nom de l'efficacité.

5. Selon un des modèles de pensée que nous lui connaissons, Matthieu applique à cette conclusion le sens juif concernant le mouvement de l'histoire. "Le passé subsiste dans le présent… le présent permet à l'histoire de s'insérer dans la vie des hommes de façon efficace et vivante… dans le présent l'avenir est déjà là avant de s'être réalisé". D'où la référence à Isaïe et le rappel des difficultés du peuple d'Israël pour "voir" et "comprendre". L'évangéliste rapproche le temps du prophète et le temps de Jésus mais, ce faisant, il inscrit le "voir-comprendre" dans la continuité et en éclaire la marche de l'Eglise. Bien entendu, après la résurrection, l'exigence du "voir" dépendait désormais de la prédication des témoins et devenait une exigence "d'entendre".

6. Matthieu reste fidèle également à sa conception d'une continuité assortie d'une progression. Il y a bien eu continuité dans l'attitude de refus, l'exemple du passé confirme qu'il est malheureusement possible d'entendre ou de voir sans comprendre… Mais il ne faut pas oublier la nouvelle richesse que Jésus a donnée à voir. Les anciens vivaient d'espérance, il manquait quelque chose à la "graine" dont ils disposaient. Les contemporains de Jésus, eux, ont bénéficié d'une "graine totale" et il en sera de même pour ceux qu'atteindra l'envoi universel des premiers témoins.

7. Indirectement, l'évangéliste rappelle la situation privilégiée d'où partent les envoyés. Il le fait au nom de la "graine totale" qu'ils ont désormais la possibilité de jeter en l'extrayant du fruit qu'ils ont eux-mêmes porté en "bon terrain". Les disciples ont vu et déjà compris. C'est de ce constat lucide qu'ils doivent partir sans complexe ni autosatisfaction.

Piste possible de réflexion: contribuer à "faire voir et comprendre" l'Evangile…

1er point: au départ, simplicité et universalité de la parabole du semeur

En entendant la parabole du semeur, nous nous sentons en un terrain familier d'enseignement. Tout d'abord le style de ce récit ne  pose aucun problème de déchiffrage. Parfois le genre parabolique est difficile d'accès. Ici au contraire la clarté de la présentation  convient parfaitement. La grille de lecture adoptée permet une analyse qui embrasse le sujet de façon globale sans se perdre dans les détails. Bien que l'exemple choisi par Jésus appartienne à une autre civilisation, il en est relativement indépendant et garde sa force suggestive. Par ailleurs, Matthieu n'encombre pas son récit d'exhortations morales; sa présentation nous  invite à réfléchir, mais  ne force pas notre intelligence et encore moins notre liberté.

La symbolique de cette parabole rejoint nombre de secteurs de nos vies, qu'il s'agisse de nos engagements personnels, du cadre de nos vies ou même de notre histoire humaine. Quotidiennement nous vivons cette loi des échecs et des réussites, les parents en savent quelque chose au long de l'éducation des enfants. Cette parabole peut nous servir lorsque nous faisons le point par rapport à l'idéal que nous nous fixons.

Pour en rester au domaine de la foi, la perspective de cette parabole illustre parfaitement le mouvement de la création. Il faut un grand nombre de "germes" pour aboutir à la rencontre qui suscite la conception d'une plante ou d'un être nouveau. Les "terrains" jouent un grand rôle dans l'éclosion comme dans la croissance et le plein épanouissement.

Ce fut la loi de l'Ancien Testament. Le peuple juif est né d'une longue histoire. Il a hérité de cultures diverses qu'il mit du temps à assimiler, à trier, à synthétiser. Nombre de nations qui ont accompagné ou partagé son destin ont disparu à tout jamais. Lui-même fut souvent menacé jusque dans son existence par les perturbations que lui imposèrent des civilisations voisines.

Ce fut la loi de l'Evangile. Tout est parti d'un destin singulier, mené rapidement dans une région limité. Une minorité d'amis en recueillit le témoignage et osa le risquer sur les chemins du monde. Sa densité d'humanité émergea peu à peu en pleine correspondance avec les civilisations les plus diverses. C'est une loi de l'Eglise, contrairement à la conception habituelle qui voudrait en faire une société idéale infaillible.

Cette parabole est donc susceptible de nous apporter plus de lucidité sur les conditions de nos engagements actuels. En outre, la vision optimiste qui concerne la productivité du quatrième terrain se présente en lueur d'espérance au terme de la morosité quotidienne.

2ème point: la "réflexion" de Matthieu

Matthieu, pas plus que les autres évangélistes, ne méprise cette première interprétation de la parabole. Pourtant, tout comme Marc et Luc, il nous invite à ne pas en rester à une réflexion trop rapide. La composition qu'ils adoptent est assez développée et procède en trois temps: un premier exposé respecte la sobriété initiale… un complément "théorique" témoigne du "point sensible" sur lequel chaque auteur oriente notre réflexion … puis une explication légèrement différente de l'exposé débouche sur l'application concrète de la parabole en situation actuelle.

Nous avons pu remarquer cette composition mais elle ne livre pas par elle-même la clé de ce passage selon Matthieu. Il faut dire que les fils qui s'entrecroisent sont nombreux et nécessitent d'être mis en évidence pour bénéficier pleinement du dynamisme d'ensemble.

Parabole de mission "locale et actuelle"

Cette parabole prend place en tête d'un nouveau développement traitant des lois de croissance du Royaume. Il s'agit moins de l'extension à travers les lieux et les siècles que de l'impact en un lieu et en un temps.

Trois exposés directs et concrets s'enchaînent: le premier résume l'engagement historique de Jésus… le deuxième situe l'engagement des disciples dans la continuité de ce témoignage… le troisième exposé poursuit cette même continuité en précisant le "visage" universel de la parabole au niveau de la foi. Il est évident que Matthieu nous rappelle ainsi que nous sommes les semeurs d'aujourd'hui.

La clarté du premier exposé risque de tromper notre vigilance. Car, sous la présentation relativement simple de l'engagement historique de Jésus, l'auteur amorce la réflexion qu'il proposera ensuite.

1. L'activité du Semeur domine toute la parabole. Il ne fait aucun doute que "celui qui sème" désigne Jésus. C'est là un choix significatif de la pensée de l'auteur, il disposait d'autres présentations possibles concernant l'incarnation de Jésus. Les versets d'introduction renforcent d'ailleurs cette priorité. Le semeur est "sorti de la maison", c'est-à-dire du monde divin et du calme de Nazareth. Il s'est assis d'abord le long de la mer, symbole du chaos et lieu des puissances hostiles à l'homme. Il s'est assis ensuite dans la barque; symbole de la communauté dans sa navigation au cœur du monde.

Aucun reproche n'est émis en ce qui concerne son comportement de semeur "prodigue". Pour Matthieu comme pour tout chrétien, un fait est là: c'est bien ainsi que Jésus a semé en terrains multiples, de nombreux épisodes le confirment dans l'ensemble des évangiles. Il n'est rien dit de la graine d'origine. Pour l'auteur, il est évident qu'il s'agit du témoignage historique "total". Lorsqu'il parlera des envoyés, il précisera qu'il s'agit de la Parole, puisque cette graine n'est désormais connue que par la prédication.

De façon plus significative, Mathieu fait l'impasse sur la croissance. Il semble ignorer les aléas qui la menacent habituellement, aléas climatiques ou actions nuisibles. Il n'aborde pas plus le thème de la moisson. Il ne parle que de productivité. Ne l'oublions pas: pour les anciens, celle-ci conditionnait deux perspectives "essentielles", à savoir l'utilité des fruits et le relais des semailles ultérieures.

.2. Si nous ne cherchons pas à compliquer les choses, la suite de la pensée de Matthieu est "logique" et relativement facile à expliciter. Il centre notre réflexion sur la réaction spontanée qui peut être la nôtre face à ce panorama. Nous devons convenir d'un immense gâchis. Il est vrai que la compensation finale est susceptible de nous "soutenir le moral". Mais il ne sert à rien de cacher le disfonctionnement qu'il faut déplorer entre "l'émission" et la "réception".

Si Matthieu s'intéresse à ce point sensible, c'est qu'il a regroupé dans le développement précédent les recommandations de Jésus au sujet de la mission des disciples. Aucun échappatoire n'est possible, ils devront continuer et rayonner l'engagement de Jésus. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il leur faut regarder en face cette situation. Inutile de préciser qu'il nous invite à faire de même.

3. Est-il possible de repérer plus précisément l'origine de ce dysfonctionnement? Lorsqu'il s'agit de Jésus, il ne peut être question de l'attribuer à sa personne : il a été un bon semeur s'engageant loyalement dans cette activité. Il ne peut être question de mépriser la vitalité de la graine, autrement dit la densité de son témoignage. D'ailleurs l'exemple des disciples manifeste cette vitalité comme efficace "en surabondance".

Ce qui apparaît donc comme étant en cause, c'est l'accueil des différents terrains. Il semble qu'un handicap commun ait neutralisé leurs différents dynamismes. C'est ce point sensible que Matthieu s'applique à faire ressortir, moins pour éclairer le passé que pour prévenir le futur.

La clé de la réflexion de Matthieu : le "fonctionnement" d'une parabole

L'évangéliste recourt à un modèle de pensée qui était familier à ses contemporains, la notion de parabole. La "méthode" est très simple et, sans en avoir conscience, nous l'utilisons fréquemment. Pour que les idées ne se perdent pas dans l'oubli ou ne subissent pas trop de déformations en étant répétées, nous les incluons dans le cadre d'une histoire. Naturellement cette histoire est inventée, même si, pour une meilleure mémorisation, elle en appelle à des éléments de vie courante.

Nous savons que Jésus a aimé la spontanéité de cette présentation et y a fait souvent appel. Mais cette transmission comportait des risques. Car la parabole appelle un deuxième temps plus délicat, celui d'une bonne compréhension. Et c'est là que les obstacles peuvent s'accumuler.

Pour bien comprendre, il faut d'abord bien "voir" le cœur de l'histoire. Malgré la clarté de la source, la réception n'est jamais libérée des parasites issus des a priori et des inconscients habituels. Un tri doit être opéré entre ce qui est ornement littéraire et ce qui a densité symbolique. L'expression est proposée par référence à un environnement précis, affecté d'un "coefficient" d'imagination ou de sentimentalité propres à l'auteur. Par ailleurs, plusieurs leçons peuvent être tirées d'une même parabole; sans être nécessairement contradictoires, leurs "niveaux" de réflexion peuvent être plus ou moins profonds.

Ce rapide exposé nous introduit au rapprochement que fait Matthieu. Si les contemporains de Jésus n'ont pas accueilli son témoignage, c'est qu'ils n'en ont pas compris les enjeux… et s'ils ne les ont pas saisis, c'est qu'ils n'ont pas su "voir", au sens large, les "signes" qu'il comportait. Autrement dit leur handicap a été celui dont parlent les paraboles.

Tout le témoignage de Jésus a été "parabole"

Nous devrions être étonnés de la question qui introduit la deuxième partie de ce passage, dont nous avons dit qu'elle révélait la pensée de chaque évangéliste. "pourquoi leur parles-tu en paraboles?". Les interlocuteurs de Jésus avaient l'habitude de cette tournure oratoire et la plupart d'entre eux la déchiffrait spontanément. Il est certain que les paraboles élaborées par les scribes se présentaient souvent comme des rébus mais, avec Jésus, ce n'était pas le cas. Les foules étaient capables de tirer de cette parabole un enseignement.

La question ne porte donc pas sur une impossibilité de déchiffrage immédiat comme celle que nous pourrions avoir en raison d'une différence de civilisation. C'est tout le témoignage de Jésus qui s'est présenté en parabole, c'est-à-dire en exigence de "bien le voir" pour "bien le comprendre". Ses actions "visibles" et ses enseignements audibles" se sont heurtés à une cécité d'intelligence qui a bloqué toute possibilité de "comprendre" ce qui pouvait être tiré.

La remarque des disciples contient d'ailleurs un reproche voilé qui ne porte pas sur la forme, mais sur le fond. Elle revient à lui dire: "N'es-tu pas un peu responsable du fait que ton témoignage ne soit pas perçu plus clairement par les foules? Qu'attends-tu pour te révéler plus explicitement? Présentement, tu cours le risque que tes auditeurs en restent à une interprétation superficielle. Or, nous, disciples, tout comme toi, nous percevons qu'il faudrait susciter une recherche plus approfondie".

Une telle question ne pouvait être posée qu'après la résurrection. Car, sur le moment, malgré leur intimité avec lui, il n'est pas certain que les amis de Jésus distançaient tellement les foules au niveau de la compréhension du message. Mais, lorsque s'est amorcée la mission, cette "constatation" concernant le passé vécu aux environs des années 30 impliquait une autre interrogation: le style "paraboles", à prendre au sens large lui aussi, avait-il été un style exceptionnel en raison des liens étroits que le Semeur avait voulu noué avec le terrain de son incarnation? Devait-il être conservé par les envoyés?

En quelques phrases Matthieu dissipe toute illusion. Quelle que soit la civilisation où sera porté le message, le témoignage de Jésus présentera le visage d'une parabole à déchiffrer.

3ème point: les "relais" du semeur…

Matthieu n'était pas sans percevoir les conséquences psychologiques que ferait peser chez les envoyés cette fidélité au style de Jésus. Sans doute est-ce pour cette raison qu'il ne se lance pas dans une "exhortation morale" ou un appel missionnaire. Il préfère glisser deux remarques susceptibles de soutenir ou de susciter l'engagement.

En toute lucidité, il  présente les situations. Il y a la nôtre. Sans complexe d'infériorité et sans autosatisfaction, il nous invite à en faire un bilan positif. Notre passé chrétien, malgré ses faiblesses et ses pesanteurs, nous a élevé à un degré appréciable de "connaissance des mystères du Royaume", autrement dit à une connaissance de Jésus, des évangiles et des choses de la foi. Du fait de l'expérience de vie que nous tirons de ces bases, nous pouvons même admettre que nous sommes souvent en surabondance lorsque nous parlons de l'amitié de Jésus pour nous, lorsque nous le situons en chemin, vérité et vie sur nos propres routes.

Nous-mêmes sommes donc l'exemple que la semence n'est pas en cause et qu'elle est efficace lorsqu'elle trouve une bonne terre. Notre exemple personnel peut être ainsi un premier soutien lorsque nous prenons le relais du semeur. Mais nous savons aussi quelle a été la source et la force de cette richesse… C’est l'évangile qui nous a permis de rejoindre le détail d'un témoignage vu et entendu autrefois. Il nous a fallu décrypter la parabole qu'il représentait pour nous comme pour tout un chacun. Certes, il nous reste encore beaucoup à comprendre, mais le cycle graine-fruit est déjà "rôdé" dans le petit terrain que nous constituons.

Nous ne devons pas oublier les autres… l'absence de fruits met en péril le ravitaillement immédiat comme les semailles futures. Il n'est pas question de les condamner, mais de les libérer de leur handicap tout en les ensemençant. En un mot il s'agit de revivre l'équilibre qui fut celui de Jésus : à la fois semer inlassablement pour que chacun dispose de la "graine" et travailler ensuite le terrain pour que, de lui-même, il l'accueille. La parabole du semeur ne termine pas l'évangile. Nous ne pouvons pas l'isoler de l'action que Jésus a continuée inlassablement en paroles et en actions pour que son témoignage soit un peu moins "parabole" pour ses amis et ses contemporains.

L'analyse rapide des comportements intermédiaires n'est donc pas une simple illustration. En notant les influences dont les intéressés sont victimes, Matthieu nous suggère de semer intelligemment tout en semant abondamment. La connaissance du point névralgique de chaque terrain peut aider à un meilleur travail de défrichage avant tout travail d'ensemencement.

4ème point: aujourd'hui encore, le témoignage de Jésus reste parabole…

Aujourd'hui, nous risquons d'être dupes d'apparences prétendument christianisantes ou christianisées. L'ensemble que Matthieu propose à partir de la parabole du semeur peut éviter la dispersion de réflexion dont nous souffrons souvent en pensée chrétienne.

Le cadre de présentation de la parabole reste d'actualité. L'évangéliste coupe court à toute illusion concernant le comportement et la variété des terrains où nous situent nos activités ordinaires. Les évolutions rapides de nos civilisations accentuent la difficulté d'en préciser les contours. Les notes intermédiaires que glisse l'auteur ne sont donc pas sans intérêt psychologique et donc sans intérêt pastoral.

La grande lucidité qui ressort de ce texte concerne également le rapprochement avec le "fonctionnement des paraboles". En raison du passé et de la vague religiosité que conserve notre environnement, nous sommes souvent naïfs sur le "voir" et le "faire voir". Nous voudrions souvent "faire comprendre" avant de "faire voir".

Or c'est là que se situent les priorités. Il ne s'agit pas d'étaler des connaissances à grands coups de publicité. Il s'agit d'informer en profondeur. L'information télévisée nous est témoin de la manière dont, souvent, un événement peut être "connu" sans être vraiment "vu" en son déroulement comme en sa signification.

Le "faire voir" reste le plus gros travail actuel dans le domaine chrétien. "Faire voir" le témoignage de Jésus de façon équilibrée alors que les contes de l'enfance servent de seule présentation en certains terrains et que le drame de la croix a "écrasé" l'apport vital du témoignage historique… "Faire voir" le sens de Dieu en une autre perspective que le déisme d'une certaine théologie et "faire voir" le sens de l'homme en une autre perspective que la vision pessimiste qui prévaut dans les commentaires… "Faire voir" les ressources chrétiennes, autrement dit les sacrements, comme des ressourcements et non des gadgets festifs ou miraculeux…. etc…

Jésus reste "parabole" plus qu'on ne l'admet. Il l'a été à l'origine et doit le rester par respect pour la liberté et l'intelligence de ceux et celles qu'il cherche à rejoindre. Mais la présentation de Matthieu exclue toute fatalité et convertit cette situation en source d'un dialogue qui "ensemence" dans l'espérance…

Mise à jour le Samedi, 12 Juillet 2014 09:03
 
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