Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 4ème Dimanche du temps ordinaire

Année A : 4ème Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

 

Actualité : originalité des béatitudes ?

Evangile : Matthieu 5/1-12. Les Béatitudes

Quelques aphorismes sur le bonheur

Méditation : cinq verbes pour éduquer (5/7) : anticiper

Contexte des versets retenus par la liturgie : ce qui a été vécu historiquement par Jésus

Piste de réflexion : les béatitudes : un défi… un idéal… ou un partage quotidien…?


Actualité

Aujourd'hui, l'évangile des béatitudes est proposé à notre réflexion. Nous connaissons bien ce texte puisque, chaque année, il domine la liturgie de la Toussaint. Mais le fait de "l'entendre" dans l'ensemble et la continuité de Matthieu ne peut qu'enrichir sa compréhension.

Il reste toujours possible de l'aborder comme une suite de recommandations. Nous avons l'habitude de les évoquer ponctuellement lorsque nous pensons aux rapports qui se construisent entre les hommes. Leur regroupement et le fait que Jésus nous les propose leur donnent une intensité supplémentaire. Et ce n'est déjà pas si mal!

Pourtant, au regard de la réalité, nous aurions tendance à parler de leur "impossibilité universelle" pratique. Car, à l'écoute des actualités ou au témoignage de l'histoire, ce sont bien ces valeurs que nous voyons constamment méprisées. Et les quelques exemples positifs ne font que souligner le contraste.

Par ailleurs, nous ne pouvons ignorer les remarques de notre environnement. Les chrétiens ne sont pas les seuls à "sentir" le bienfait de ces perspectives pour l'épanouissement de chacun, ils ne sont pas les seuls à s'atteler à leur mise en œuvre sur le plan personnel comme sur le plan communautaire. Il ne peut être question de nier l'efficacité de ce faisceau d'engagements. Mais qu'en est-il alors de la foi chrétienne? Est-elle simplement un "rappel d'exigences" ou un moteur mieux "rôdé"… en un mot, quelle est son originalité…?

Evangile

 Evangile selon saint Matthieu 5/1-12

L'Evangile du Royaume proclamé par Jésus - exposé en enseignement oral

contexte symbolique :

Voyant les foules, il monta vers la montagne, et comme il s'asseyait, auprès de lui vinrent ses disciples et, ouvrant la bouche, il les enseignait en disant :

les Béatitudes : cœur de l'Evangile (= Bonne Nouvelle)

premier groupe de portée générale: 4 référées à l'Ancien testament + 3 de portée communautaire:

1. Heureux ceux qui ont un "souffle" de pauvre (Isaïe 61/1): parce que à eux est le Royaume des cieux!

2. Heureux les doux (Psaume 37/11): parce que eux, ils hériteront la Terre (messianique)

3. Heureux les affligés (Isaïe 61/1) : parce que eux, ils seront consolés !

4. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice (au sens religieux - psaume 107/9): parce que eux, ils seront rassasiés !

5. Heureux ceux qui ont pitié: parce que eux, ils seront pris en pitié !

6. Heureux les purs de coeur: parce que eux, ils verront Dieu !

7. Heureux ceux qui construisent la paix: parce que eux, ils seront appelés fils de Dieu !

deuxième groupe concernant les persécutions

8. Heureux les persécutés à cause de la justice (au sens religieux): parce que à eux est le Royaume des cieux!

9. Heureux êtes vous quand on vous insultera, et vous persécutera et dira toute méchanceté contre vous, en mentant, à cause de moi.

Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux car ainsi on a persécuté les prophètes qui furent avant vous.

Sens de quelques mots:

" souffle " : pour animer la "chair" de l'homme, Dieu intervient en envoyant son "souffle". C'est donc plus que l'esprit ; c'est quelque chose de Dieu, quelque chose qui fait "vivre".

" pauvres " il ne s'agit pas seulement d'une condition économique et sociale, il s'agit aussi d'une disposition intérieure, d'une attitude d'âme. La littérature juive parle des "pauvres de Yahvé" ceux qui s'abritent en Dieu avec confiance et en toute fidélité

"justice " : le sens biblique déborde le sens de vertu morale que nous connaissons. Le juste est celui qui met sa vie en conformité avec la volonté divine. Dieu veut faire régner dans sa création un ordre de droit qui contribue au bonheur des hommes. L'activité humaine doit se régler sur cette justice souveraine de Dieu. Elle en est l'écho et le fruit.

Quelques aphorismes sur le bonheur

« Le bonheur, ce doux fruit que sur tant de rameaux va cherchant le souci des mortels » (Dante)

 

Vous voulez être heureux ? Soignez le détail. Le détail est la clef la plus sûre du bonheur.

 

Un bonheur secret, un bonheur préfigurant, anticipant le bonheur suprême, dans l’au-delà. C’est dieu secrètement entré en moi pour la fête.

 

Vivre sans trop se retourner, sous peine d’être pétrifié !

 

Une journée de pinailleries sauvée par trente secondes de bonheur vrai…et dix minutes de certitude en la vie. C’est le miracle de l’être.

 

Malheur est bon, mais malheur est faux.

 

La gaîté a quelque chose d’intérieur et de léger, d’exaltant et de profond : c’est l’âme qui s’amuse à déchiffrer les énigmes du monde…et qui trouve ! La gaîté, c’est l’âme qui trouve. La gaîté, c’est Œdipe face au Sphinx, c’est Archimède et son Eureka, c’est Balzac qui vient juste de trouver le principe de retour des personnages dans la Comédie humaine, il descend dans la rue en robe de chambre pour serrer la main des passants : « Saluez-moi, bonnes gens, car je suis tout bonnement en train de devenir un génie. » La gaîté, c’est connaître son génie et en abuser.

 

Les cloportes ne vivent que pour leur jouissance. Mais ça jouit un cloporte ?

 

Dieu présent en nous, invisible dans notre cœur. Ainsi les hommes parcourent-ils le monde à la recherche de ce qu’ils ont en eux-mêmes.

 

Mon Dieu, mes tristesses viennent du démon et mes joies de vous seul.

 

Prendre ce qui ne s’accomplit pas comme une grâce et ce qui s’accomplit comme une bénédiction.

 

A trop chercher le bonheur sur cette terre, on ne peut connaître que de fausses joies.

 

Puisse notre désir de bonheur, notre quête de beauté nourrir en nous le grand désir de s’asseoir à Sa table.

 

Que signifie bienheureux ? Certainement pas heureux au sens que les hommes donnent à ce mot ? Rien qui appartienne à l’homme ? Mais quelque chose en Dieu qui concerne cet homme. La valeur que cet homme a pour Dieu et en Dieu, quelque chose d’intemporel en Dieu qui apparaîtra à l’homme en son temps. Et sans qu’il soit question de capitaliser en Dieu quoi que ce soit bien sûr…le simple abandon dans lequel se trouve la Béatitude.

 

Les brebis et les boucs : béni soit l’homme, maudit soit l’homme . Ceux qui croient en la Résurrection, ceux qui la nient. Ils ont misé sur les biens terrestres, une vie remplie, des relations humaines réjouissantes, des plaisirs de toutes sortes, d’autosatisfaction….

 

L’humanité entière, dans son mouvement le plus profond. Autour d’un arbre fruitier, une foule immense se lève sur la pointe des pieds et tend désespérément  la main dans l’effort de cueillir un fruit qui cependant échappe à toute prise. « Le bonheur, ce doux fruit que sur tant de rameaux va cherchant le souci des mortels » (Dante). Mais pourquoi ceux qui sont heureux sont-il si peu nombreux ou le sont-ils si peu de temps ? Parce que dans l’ascension de la montagne du bonheur, les hommes se trompent de chemin. Ils choisissent un chemin qui ne porte pas au sommet mais tourne à flancs de montagne. La révélation dit : « Dieu est amour ». Les hommes disent que l’amour est dieu. La révélation dit : « Dieu est bonheur ». Les hommes disent que le bonheur est un dieu. Diviniser nos fugaces expériences ou nos menus plaisirs ne nous donne pas Dieu mais nous laisse l’amertume des idoles.

 

C’est une sotte conception du bonheur que de le rechercher dans un accroissement perpétuel de nos prétentions.

 

Schopenhauer, L’art d’être heureux. Distinction platonicienne : La république. Eukolos/ Dyskolos. Humeur légère, humeur morose. Je vois dans la bonne humeur l’un des effets de la Grâce, et dans l’humeur maussade la trace du péché originel. Indépendamment des évènements heureux ou malheureux qui surviennent  et qui ne sont que révélations ou déclencheurs momentanés de dispositions bien plus profondes.

 

Le bienheureux n’a rien à voir avec l’heureux. Les béatitudes ne sont pas un appel à aller son chemin, tranquille et de bonne humeur. Ce mot ne signifie rien qui appartienne à l’homme, rien qu’il puisse sentir ou vivre, mais quelque chose en Dieu, quelque chose d’intemporel en Dieu qui apparaîtra à l’homme en son temps. C’est en ce sens qu’il faut prendre le mot « récompense » : la valeur que cet homme a pour Dieu et en Dieu, quelque chose d’intemporel qui apparaîtra à l’homme en son temps. Et le pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui sont haïs…à leur pauvreté correspond une possession en Dieu : Dieu les possède, c’est pourquoi ils possèdent Dieu. Et le riches, les repus, les hilares loués par les hommes. Riches sans Dieu, sans trésors dans le Ciel, ce qu’ils possèdent n’est qu’apparence passagère. Qui sont les pauvres ? Réellement  des pauvres, qui ne possèdent rien. Et non des riches cachés, accumulant pour eux un capital dans le ciel. Dieu n’est pas une banque, l’abandon de soi à Dieu n’est pas une compagnie d’assurances. Les Béatitudes se trouvent dans l’abandon lui-même.

La sagesse gréco romaine est bien attrayante qui situe l’épanouissement de l’homme de façon nettement égocentrique au sein des richesses et des plaisirs de la vie.

Et le bonheur de ceux qui font reculer le malheur…

Des joies que Dieu procure, dès ici-bas, supérieures à celles que se  procurent les amoureux de la création.Tout de même quelle trempe il faut pour renoncer aux joies du monde, et quelle grâce ! Et moi, si loin de ces joies pures que Dieu accorde à de telles âmes… Sortir de cette fatalité qui nous éloigne de Dieu. La joie que Dieu donne non comme récompense dans l’au-delà, mais dès ici-bas comme la seule vie vraiment réussie.

 

Jean Dutourd :l= Le bonheur suppose une certaine capacité à souffrir. Dès qu’il y a dépassement de soi, il y a bonheur, dès qu’il y a chute de soi, il y a malheur.

 

Mon bonheur je le tire de mon passé, du présent et de l’à venir.

Du passé, de cette enfance heureuse dont je dirai un jour les ingrédients. Une enfance heureuse, ce n’est pas une enfance sans tourments. C’est une enfance où l’on traverse du malheur et de gros chagrins, on les subit, mais enfin on les traverse, et sans qu’ils entament vraiment l’enfant qui est en vous. Des chagrins qui mûrissent en somme mais qui ne font pas vieillir. Une enfance heureuse, c’est une enfance pleine d’amour et d’émerveillements où quelques êtres rares autour de vous ont su créer la féérie. Du passé encore, cette adolescence où j’ai appris à admirer, une adolescence grisante où j’eus la chance d’avoir des maîtres.

Du présent. De ce métier qui me passionne, d’une belle femme, biblique, et de trois beaux enfants qui me donnent envie de partager ; de l’œuvre à faire et du goût du plaisir.

Enfin et surtout de cet à-venir au quel je crois, cette éternité qui m’attend, qui est déjà là,   et qui me fait passer du bonheur à la joie. Au cœur de toute ma vie et malgré mon indignité, mes lâchetés, mes infidélités, plus fort que ma médiocrité et que mes incartades, cette espérance, cette croyance plus grande qu’une certitude :  que cet homme, Jésus de Nazareth, mort sur une croix il y deux mille ans, est bien le Fils de Dieu, qu’il est ressuscité, qu’il m’attend partout, toujours, en chaque instant de ma vie, ma vie qu’il veut si belle à l’image de ce que le Père a voulu pour moi, et dont il est l’initiateur, le restaurateur et le compagnon . Il prendra mes étincelles, il brûlera mes scories et il m’illuminera pour une éternité de joie sans mesure. Il ne peut y avoir de sens du bonheur ici-bas sans cette intuition de la  joie au-delà.

 

Aimer les réalités corporelles, oui, mais les aimer en Dieu, car c’est placées en lui qu’elles trouvent leur stabilité. La même chose avec les réalités spirituelles.
« Vous cherchez une vie heureuse dans la région de la mort et elle n’est pas là. » St Augustin Confessions IV,12. Prise de conscience que « Toute chose subsiste dans le verbe de Dieu ». (st Jean). Le réel des choses est dans cette parole qui les fait être. Le péché nous fait habiter dans le monde de la dissemblance de Dieu. Conversion, métanoia : retour au réel. Aller à Dieu pour trouver les créatures dans toute leur densité divine.

 

Stendhal : Les hommes ne sont plus heureux parce qu’ils sont vaniteux….

Le vaniteux tire son désir, non de son fond propre, non de lui-même, mais de ce que désirent les autres.

 

Bernadette, le film de Salesse. Bernadette, devant la commission ecclésiastique qui l’interroge :

- Qu’avez-vous éprouvé lors de ces apparitions ?

- Du plaisir, oh oui, du plaisir.

Moue gênée des hommes d’église…. Et pourtant

Joie, plaisir partagé…..

 

Le plaisir :

Le plaisir que l’on capte, il finit par corrompre. Le plaisir que l’on donne, s’illusionnerait-on ? Il n’est de plaisir que partagé, cela porte un très beau nom, cela s’appelle la joie.

 

La teuf, on s’éclate au titre d’idoles incertaines. La fête, on se rassemble au nom de qui on aime.

 

Ce fut une journée de bonheur, pleine et allante…

Le bonheur est dans le rythme. Trop vite on l’étouffe, trop lent on l’avorte.

 

© 2014 Franck Laurent

 

Méditation : sept verbes pour éduquer (5/7) Anticiper

Avec l’eucharistie, nous goûtons, déjà ici, quelque chose de ce qui sera définitif dans le Royaume des Cieux. La vérité est une question de temps. « Je suis le chemin, la vérité et la vie…. » Le Christ  ouvre un chemin de vérité et nous mène à la plénitude de sa vie éternelle. Sur ce chemin, l’eucharistie est notre pain, pain qui  révèle ce que sera notre futur. Imaginez une grande table et, autour du Christ ressuscité, une humanité réconciliée, fraternelle,  faisant circuler le Pain et la Parole, et participant ainsi, en totalité, à la vie du Ressuscité.

Si l’on considère maintenant le monde, sa table brisée, les convives divisés, on se figure mieux la mission eucharistique de l’éducation : elle doit  préparer au banquet final en anticipant son installation. Elle doit façonner la table (corps) concevoir le menu (esprit), lancer les invitations (âme).

Concrètement cela signifie : offrir un espace où chacun puisse trouver sa place, inventer des programmes qui aiguisent les appétits spirituels, générer  un climat de foi, d’espérance et de charité qui invite au partage.

Pour un programme éducatif qui anticiperait ce banquet final, j’imaginerai bien de prendre les trois dernières adresses du Notre Père.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.

Pardonne nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Et ne nous laisse pas succomber à la tentation, mais délivre-nous du mal.

Autrement dit : le pain (matériel et spirituel) ; la paix (par la réciprocité dynamique des pardons) et la liberté (par la prise de conscience des fausses routes qui nous tentent).

Je vous proposerai au cours de l’année une réflexion sur les mécanismes de la tentation, puis sur les mécanismes de la violence (à travers la philosophie de René Girard) dont il faut se défaire pour goûter pleinement  le pain eucharistique. Sans avoir peur de s’approcher de la table car c’est justement ce pain qui nous donne les forces et la lucidité pour combattre les poisons.

© 2014 Franck Laurent


Contexte des versets retenus par la liturgie

* Matthieu compose son œuvre d'une façon très ordonnée qui "enchaîne" sept développements. Ceux-ci se présentent, selon le vocabulaire juif familier à leur auteur, comme les étapes du projet divin qui s'est réalisé au début de notre ère: "en Jésus, le Royaume des cieux a été approché" (4/17). Chaque développement bénéficie d'un double éclairage: un exposé en enseignement oral et un témoignage en engagement historique. Les béatitudes ouvrent l'enseignement du premier développement consacré à la présentation de "l'Evangile du Royaume". Elles en appellent à ce qui sera ensuite exposé au long de plusieurs chapitres et précisera l'esprit dans lequel il nous faut les "entendre".

Malheureusement, le Carême arrêtera vite la lecture continue qui s'imposerait pour éviter les faux-sens que leur concision risque de générer. Lorsque nous retrouverons Matthieu après le temps pascal, il attirera notre attention vers d'autres perspectives. De ce fait, bien des confusions demeurent dans les esprits au sujet de ce passage et, en ces quelques dimanches, nous ne devons pas craindre d'anticiper sur ce qui "ne sera pas lu".

* Il apparaît d'abord nécessaire de percevoir la composition et la portée de la totalité du développement concerné. On le désigne habituellement en parlant du "Sermon sur la montagne".

Nous pouvons facilement constater que Matthieu adopte les "modèles de pensée" juifs qui lui étaient familiers comme ils l'étaient à ses lecteurs. Il reprend la triple structure qui résumait l'apport de la révélation passée: la Loi - les "Œuvres" et la "Sagesse", c'est-à-dire la conduite de vie.

1er ensemble : les neuf béatitudes, cœur de l'Evangile du Royaume, sont présentées dans l'esprit qui conclut le Deutéronome à propos de la Loi (30/15…), il s'agit de "choisir la vie et le bonheur".

2ème ensemble : en Jésus, la Loi et les prophètes ont été "accomplis", c'est-à-dire portés à la perfection qu'ils recelaient… Matthieu précise sept exemples de rupture apportées par Jésus: "il a été dit aux anciens, moi je vous dis"… Il insiste ensuite sur la nouvelle manière de vivre "les œuvres": aumône, prière, jeûne.

3ème ensemble : Il en découle une Sagesse chrétienne ou nouvelle "justice" au sens religieux de ce mot… A quelques recommandations inspirées de l'Ancien Testament, l'évangéliste ajoute des recommandations particulières aux chrétiens.

* Il est évident qu'il s'agit du regroupement de multiples enseignements. Ceci ne remet pas en cause leur proclamation par Jésus. L'aspect très tranché de leur expression permet d'ailleurs de sentir une "résonance" proche du milieu auquel il s'est adressé historiquement. Matthieu nous rend le grand service de les mettre en ordre et nous ne pouvons que l'en remercier.

Ce souci est compréhensible. En raison du style très familier que Jésus avait adopté au long de sa prédication, ses enseignements cherchaient d'abord à répondre sans détour au flot des questions ou à la diversité des situations. Par la suite, la richesse des souvenirs avait affecté leur mise en commun d'une grande diversité en souci de n'en perdre aucun. Il était donc normal que s'opère un regroupement pour une meilleure présentation de la pensée qui ressortait de leur complémentarité.

Les évangélistes n'ont pas opéré ces regroupements de la "façon neutre" que nous prétendons exiger de nos reportages modernes. Ils vivaient eux-mêmes du message qu'ils présentaient. Personnellement ils avaient été amenés à y réfléchir avant de le présenter et ils connaissaient la foi des frères chrétiens auxquels ils écrivaient. Nous n'avons pas à le déplorer car, en communiant à leur foi, nous sommes plus à même de rejoindre leurs textes. En assimilant le "judaïsme" de Matthieu, il nous est possible d'aller encore plus loin que le seul emprunt qu'il fait à une structure littéraire.

* Il n'est pas faux de repérer les éléments qui invitent à rapprocher la proclamation des béatitudes du don de la Loi à Moïse au cours de l'Exode. Ces éléments sont nombreux…. De grandes foules suivent Jésus de la même façon que des bandes d'esclaves, libérés d'Egypte, suivaient Moïse… Jésus monte sur la montagne comme Moïse était censé être monté sur le Sinaï quand il reçut les "Tables de la Loi"… Les disciples viennent auprès de lui comme les Anciens des tribus s'étaient regroupés autour de leur libérateur…

Mais, au titre de ce rapprochement, il nous faut également rappeler l'état d'esprit dans lequel tout juif recevait cette Loi. A juste raison, nous soulignons en priorité l'attachement des juifs à cet enseignement, mais, la plupart du temps, nous n'allons pas jusqu'au bout de l'approche originale qui en était faite.

En raison d'une similitude de vocabulaire, nous nous trompons lourdement lorsque nous employons le mot "commandement" pour désigner les prescriptions de la Bible. Nous pensons spontanément à des "exigences divines" assorties de sanctions. Les penseurs bibliques voyaient les choses tout autrement. Dieu étant le suprême bienheureux, celui qui épanouit en lui-même tous les biens et toutes les richesses que nous pouvons concevoir, notre bonheur ne peut venir que d'une imitation de sa vie propre, de sa manière de penser, d'agir, d'aimer. Par nature, ces moeurs de Dieu nous échappent. Mais voici que, par le don de la Loi à Moïse, Dieu nous a livré quelque chose du "secret" de son bonheur. Sachant désormais comment et pourquoi Dieu est heureux, il nous est possible de découvrir comment et pourquoi nous pouvons être heureux "à son image".

Pour Matthieu, c'est bien dans le même état d'esprit qu'il convenait d'accueillir l'enseignement de Jésus. Les béatitudes renvoient à ce qui a été vécu historiquement par Jésus. Il ne s'agit pas de révélation venue d'un monde extérieur et concernant la vie dans un autre univers, elles sont les "lignes de force" qui émanent du témoignage que Jésus a rendu en enseignement oral comme en engagement concret. Nous n'avons pas à chercher ailleurs la synthèse de notre épanouissement, il nous suffit de le regarder et de l'imiter. Le bonheur est là.

* Cette référence essentielle à la personne de Jésus permet de mieux comprendre l'importance de différences tout aussi évidentes.

Laissons aux guides touristiques l'illusion d'avoir repéré le "mont des béatitudes" en surplomb du lac de Tibériade. Nous retrouverons le même symbolisme au soir du partage des pains, à la Transfiguration et à la Résurrection. Pourquoi ne pas préciser également le nombre d'heures qu'ont affrontées les foules pour assimiler un développement de trois chapitres? Tout cela éloigne d'une juste vision de la foi chrétienne.

Ici, c'est Jésus qui parle et non une voix venue d'un ciel lointain. L'ambiance générale n'est pas celle d'un discours moralisateur, mais celle d'une possibilité de bonheur. Nous n'entendons pas un nième discours sur les malheurs des temps, nous sommes entraînés au souffle d'une vision porteuse d'espérance. Les qualités évoquées sont des qualités "ordinaires" même si, en raison de notre expérience quotidienne, nous savons qu'elles ne vont pas de soi. Ce sont également des qualités communautaires qui font de la recherche du bonheur des autres la source de tout bonheur personnel.

Il faudrait relire les textes du Deutéronome pour percevoir cette différence de ton. Matthieu n'a pas "inventé" le genre littéraire "béatitude", celui-ci se retrouve effectivement dans les Ecritures, particulièrement dans les livres de Sagesse. Mais, en cette première expression, il le libère de tout supplément restrictif ou répressif. Il ne s'agit même pas d'une "bénédiction" venue d'ailleurs, il s'agit d'une "racine" de bonheur que tout homme peut découvrir en lui.

* Les essais pour "classer" les béatitudes ont été nombreux et variés. Aucun n'est satisfaisant, sans doute parce que leur liste et leur ordonnancement ont été différents selon les perspectives où les "emprunteurs" successifs les inséraient. Ce sont ces perspectives qui doivent être précisées avant de tirer toute conclusion. Nous bénéficions d'un texte parallèle de Luc (6/20). Il ne présente que quatre béatitudes, faciles à séparer en deux groupes: les trois premières concernent "les pauvres, ceux qui ont faim et ceux qui pleurent", elles sont l'écho du prophète Isaïe (61/1…), la quatrième évoque les persécutions contre les chrétiens.

Dans la transmission de traditions précises, il est plus légitime de penser à des additions plutôt qu'à des omissions. Matthieu semblerait donc avoir complété le schéma initial dont il disposait comme Luc. Selon sa présentation familière, nous pourrions lui attribuer une extension du premier groupe pour obtenir la perfection du nombre 7, il ne pouvait que conserver les trois premières qu'Isaïe relie au fait que "l'Esprit du Seigneur est sur son Serviteur". En méditant le dernier poème d'Isaïe sur le Serviteur souffrant, il aurait ajouté la douceur, la miséricorde, la pureté de cœur et la construction de la paix, ces dernières qualités correspondent parfaitement à l'engagement ultime de Jésus. Les deux dernières béatitudes auraient été dédoublées selon une autre caractéristique de Matthieu concernant la continuité entre le passé et le présent; l'évocation des persécutions chrétiennes se trouvait ainsi insérée dans le courant universel de ceux qui, en tout temps, travaillent pour la "justice" au sens religieux du mot…

* Il peut être également intéressant de distinguer les "résultats au présent" et les "résultats au futur". Matthieu sait très bien que Jésus a vécu les béatitudes au présent. Parvenu au terme de son témoignage visible, en lui elles se trouvent "accomplies". Les chrétiens en sont encore au stade de leur mise en œuvre, il leur faut les insérer au cœur de l'histoire humaine comme un ferment susceptible de faire lever la pâte. En ce sens elles sont "inaccomplies", ce n'est qu'au terme qu'éclatera le bonheur qu'elles distillent actuellement.

Mais deux résultats sont bien présents d'où le temps qui est retenu pour la première et la huitième. En les vivant "aujourd'hui", les chrétiens témoignent que le "Royaume est approché, en eux et par eux", comme il l'a été en Jésus et par Jésus. Les oppositions qu'ils rencontrent le confirment, ils témoignent de la vraie "justice", c'est-à-dire de leur parfaite harmonie avec le plan divin de salut.

* Au niveau du vocabulaire, le sens à donner aux mots se révèle délicat. Il faudra nous habituer à tenir compte des différences entre le sens juif qui est prioritaire chez Matthieu et le sens grec dont nous sommes majoritairement héritiers. Spontanément nous nous méfions de ces différences vis-à-vis de certaines expressions, mais pour beaucoup d'autres, nous ne sommes pas portés à réagir.

Ainsi en est-il dans ce passage relativement aux mots "pauvres" et aux mots "justice". Nous en avons donné l'essentiel. Mais nous nous heurtons parfois à des "impossibilités" de traduction. La première béatitude en est témoin. Matthieu unit deux expressions: le mot "ptôchoi" désigne les pauvres, les démunis, les mendiants et l'auteur le relie au mot "pneuma" qui désigne le souffle au sens sémite, à savoir le don que Dieu fait à l'homme pour que sa chair puisse s'animer. Le mot "souffle" a donc une connotation divine en même temps qu'une référence humaine. La qualité évoquée est intraduisible, pourtant elle est parfaitement traduisible à propos de l'activité de Jésus, sous condition d'un commentaire centré sur un témoignage qui révèle la "pauvreté de Dieu" vis-à-vis des hommes.

 

Piste possible de réflexion : les béatitudes : un défi… un idéal… ou un partage quotidien…?

Il faut  prendre un peu de recul par rapport au détail des "béatitudes" et entrer dans leur présentation selon les perspectives qui guident la composition de Matthieu. Il est évident qu'il regroupe à notre service des enseignements que Jésus a "distillés" au long de son ministère. Pour entrer dans la pensée du rédacteur, il conviendrait de se référer aux développements qui les éclaireront plus longuement dans les chapitres qui suivront. Mais, avant même cette référence, quelques remarques s'imposent.

Similitude d'esprit avec le don de la Loi

Connaissant globalement l'Ancien Testament, nous rapprochons facilement la présentation de Matthieu de l'épisode où Dieu donne la "Loi" à Moïse au cours de l'Exode. Les éléments de ressemblance sont nombreux…. De grandes foules suivent Jésus de la même façon que des bandes d'esclaves, libérés d'Egypte, suivaient Moïse… Jésus monte sur la montagne comme Moïse était censé être monté sur le Sinaï quand il reçut les "Tables de la Loi"… Les disciples viennent auprès de lui comme les Anciens des tribus s'étaient regroupés autour de leur libérateur.

Nous aurions alors tendance à faire de cet ensemble une "nouvelle Loi", située comme un perfectionnement par rapport à l'ancienne. C'est aller un peu vite en besogne et céder facilement à l'interprétation moralisante qui a prédominé dans le passé vis-à-vis de la Loi juive comme vis-à-vis des béatitudes.

Car ce rapprochement est juste mais il suppose un rapprochement aussi étroit avec l'état d'esprit dans lequel tout juif recevait cette Loi. En raison d'une similitude de vocabulaire, nous nous trompons lourdement lorsque nous employons le mot "commandement" pour désigner les prescriptions de la Bible. Au sens moderne que nous donnons à ce mot, celui-ci est impropre car nous pensons spontanément à des "exigences divines" assorties de sanctions.

Les penseurs bibliques avaient transmis à leur peuple une approche beaucoup plus originale. Leur raisonnement était des plus simples et s'inspirait de leur foi. Dieu est le suprême bienheureux, celui qui épanouit en lui-même tous les biens et toutes les richesses que nous pouvons concevoir, notre bonheur ne peut donc venir que d'une imitation de sa vie propre, de sa manière de penser, d'agir, d'aimer. Mais, par "nature", ces moeurs de Dieu nous échappent et nous risquons de "tâtonner". Et voici que, par le don de la Loi à Moïse, Dieu nous a livré quelque chose du "secret" de son bonheur. La Loi nous traduit en langage humain la vie interne de Dieu. Sachant désormais comment et pourquoi Dieu est heureux, il nous est possible de découvrir comment et pourquoi nous pouvons être heureux "à son image".

Pour Matthieu, c'est bien dans le même état d'esprit qu'il convient d'accueillir l'enseignement de Jésus. Mais cet angle d'approche porte sur un donné différent. Car Jésus parle en son nom propre, il se situe ainsi en révélateur de Dieu comme en révélateur de l'homme. Les béatitudes expriment donc ce qui a été vécu historiquement en lui. Il ne s'est pas agi d'une révélation venue d'un monde extérieur et concernant la vie dans un autre univers, il s'est agi d'un témoignage historique, précis, celui que Jésus a rendu visible en enseignement oral comme en engagement concret. Et, pour un chrétien, ce témoignage est perçu comme traduction du "visage de Dieu", particulièrement du visage créateur qui renvoie au "visage de l'homme". Nous n'avons pas à chercher ailleurs la synthèse de notre épanouissement, il nous suffit de le regarder et de l'imiter. Le bonheur est là.

Un pari positif sur l'homme

En raison de la vision pessimiste qui a marqué la première formation de nombreux chrétiens, il est important de mettre en valeur quelques unes des "lignes de force" qui ressortent du témoignage de Jésus. Nous avons tendance à les minimiser mais ce sont bien elles qui déterminaient la présentation de Matthieu comme elles orientaient sa foi.

Il nous faut d'abord relier les béatitudes au "pari de Jésus sur l'homme". Il ne s'est pas agi d'un pari limitatif à la manière dont nous évoquons souvent notre soi-disant expérience pour dénier la possibilité d'aller au-delà d'un certain palier. Il s'est agi d'un pari positif.

Les exemples sont nombreux où Jésus, en amitié pour son interlocuteur, cherche à le convaincre des richesses qu'il porte au plus profond de son humanité, souvent inconsciemment. Il veut le faire devenir ce qu'il est et, pour cela, il veut lui révéler ce qu'il est capable d'être, projeter devant son regard un idéal, possible en cette amitié.

A la base de cette technique, nous percevons le regard qu'il porte sur le monde réel des hommes. Il ne le voit ni meilleur, ni pire qu'il ne l'est effectivement. Certes son regard est pénétrant, sans aucun préjugé ni aucune compromission et il va directement au cœur du problème. Mais il ne dramatise jamais et surtout il ne moralise pas immédiatement. Sa première prise de position consiste à comprendre ou faire comprendre. Il lui est alors plus facile de proposer une régénération possible en toute liberté et responsabilité.

Cette confiance en l'homme ne peut être assimilée à de la naïveté, elle n'ouvre pas au laisser-aller. Il suffit de lire les paraboles où l'engagement de l'homme est présenté en participation active. Que ce soient le semeur, l'homme qui bâtit une tour, le jardinier, la femme qui mêle le levain à la pâte, le résultat final se situe en efficacité et non en simple récompense.

Et que dire de la parabole des talents, facile à rapprocher des béatitudes. Jésus ose évaluer la richesse de nos personnalités et de nos activités à cinq talents, le talent correspondant à 35 kilos d'or au cours de l'époque. Et, qui plus est, il ose présenter deux des trois serviteurs comme capables de doubler la mise par eux-mêmes, alors que le Maître est apparemment parti en voyage.

Il en est bien ainsi dans l'exposé des béatitudes. Elles ne valorisent pas des exploits mystiques, elles parlent de notre quotidien en soulignant sa valeur selon un ordre qui donne priorité à notre action au service des autres tout en nous révélant le travail qu'opère en nous cet engagement.

Heureux d'être homme

Le genre littéraire des béatitudes se retrouve dans les Ecritures, particulièrement dans les livres de Sagesse. Mais il semble que Matthieu l'ait amplifié au maximum dans sa présentation. Il n'était pas sans ignorer combien un faux-sens de Dieu et une mauvaise approche de la croix risquaient de trahir l'invitation au bonheur qui ressort du témoignage de Jésus.

Beaucoup ont en effet tendance à "penser que, pour Dieu, le fait d'exister humainement est un état de violence, d'anéantissement, en bref, un état contre nature. Or, en Jésus, Dieu s'est clairement manifesté et exprimé et il y est "à l'aise". C'est la simplicité, l'unité, la transparence de la personnalité du Christ qui nous frappe le plus à travers les évangiles… Le mystère de son identité de Fils ne ressort pas d'une "inhumanité" mais de la tranquillité de sa présence humaine, de l'absence totale d'affectation ou de jeu obscur." (François Partoes) Ses amis l'ont senti en maintes occasions : Jésus a été heureux d'être homme.

En isolant la croix du triple combat qui avait été celui de Jésus tout au long de son engagement, le drame final a été également arraché à son humanité. Lorsque nous lirons la passion selon Matthieu, nous constaterons que l'évangéliste a étroitement rapproché Jésus du Messie souffrant dont parlait Isaïe. Pourtant, nous ne pouvons nous empêcher de voir certaines des béatitudes comme une lecture anticipée du comportement de Jésus en sa dernière épreuve. Que l'on pense à la douceur, au pardon, à l'affirmation sincère de ce qu'il était, à la construction de la paix malgré une ambiance de violence…

Les béatitudes : "lignes de force" vécues par Jésus…

Il apparaît donc que Matthieu esquisse, par le biais des béatitudes, le triple portrait qu'il développera ensuite: Il nous dessine le "visage" de Jésus, révélant simultanément le "vrai visage de Dieu" et le "visage possible de tout homme". Matériellement Jésus n'a pas "dit" les béatitudes à la manière d'un Maître de Sagesse, il les a vécues. Elles ressortent de ce qu'il a vécu discrètement, au hasard des circonstances les plus simples, comme de ce qu'il a été amené à vivre plus difficilement à certaines heures.

Concrètement, nous avons là les traits essentiels de son "visage". Celui dont toute l'existence a été animée d'un "souffle de pauvre", c'est lui… Celui qui a assumé réussites et échecs sans se départir d'une douceur qui n'était pas mièvrerie, c'est lui… Celui qui a jeté le grain d'une relation entre les hommes qui permette de croire que justice et paix sont possibles, c'est lui… celui qui a témoigné de la vérité sans compromission, payant de sa vie un tel engagement, c'est lui…

Mais il a été lui pour que nous ayons l'audace d'être nous. Bien qu'il soit légitime de l'admirer, ce serait le trahir que de le situer sur un piédestal moralisateur, témoin de ce qui devrait être et ne sera sans doute jamais. Ne tirons pas des béatitudes la liste des "ratages en humanité" qui parsèment l'existence de chacun et le mouvement de l'histoire. A l'encontre de cette tendance, il est bon de rappeler comment Jésus a voulu les faire "agir"…

Les béatitudes : "lignes de force" proposées à tout chrétien

Car, il est facile de constater qu'en toute occasion, Jésus a manifesté un souci constant d'utiliser le "matériau humain" dont il disposait. Si nous ne moralisons pas les béatitudes et si nous les laissons éclairer ce qu'elles nous révèlent sur nous mêmes, elles apparaissent alors comme une authentique route pédagogique accessible à tous. Jésus l'a incarnée en son temps à partir de ce dont il disposait, il nous invite à la réincarner en nous servant de ce dont nous disposons.

Les béatitudes sont donc à recevoir selon la pédagogie chrétienne, à savoir une pédagogie "normale" qui respecte les notions de durée, de mûrissement, de modèles de pensée. Nous appuyant sur elles, nous n'en espérons pas des "miracles", ni pour les autres ni pour nous. Nous savons qu'il nous faudra admettre des étapes, des paliers, des progressions et il nous faudra même parfois accuser des reculs. Par ailleurs, il est normal qu'elles nous secouent parfois, mais ce n'est là qu'un aspect de bonne psychologie lorsque les pesanteurs portent sur des questions essentielles. Comme la vie elles sont en devenir perpétuel, tel un "chantier" mené en confiance et en vigilance constante.

Nous pouvons remarquer la variété des temps que Matthieu emploie. Le futur est souvent mal interprété dans le sens d'une imperfection actuelle que compenserait une récompense finale. Or, nous avons déjà parlé de la conception de l'histoire que Matthieu reprend de sa formation juive. Il souligne toujours avec grand soin la continuité entre passé, présent et futur. Il distingue donc les "résultats au présent" et les "résultats au futur".

Matthieu sait très bien que Jésus a vécu les béatitudes au présent. Parvenu au terme de son témoignage visible, en lui elles se trouvent "accomplies". Mais les chrétiens en sont encore au stade de leur mise en œuvre, il leur faut les insérer au cœur de l'histoire humaine comme un ferment susceptible de faire lever la pâte. En ce sens elles sont "inaccomplies", ce n'est qu'au terme qu'ils percevront le bonheur qu'elles distillent actuellement.

Mais deux résultats sont bien présents… d'où le temps qui est retenu pour la première et la huitième béatitude. En les vivant "aujourd'hui", les chrétiens témoignent que le "Royaume est approché, en eux et par eux", comme il l'a été en Jésus et par Jésus. Le présent s'impose donc. Il en est de même lorsque les oppositions qu'ils suscitent portent sur la foi, car alors ils se trouvent insérés dans le courant universel de ceux qui, en tous temps, travaillent pour la vraie "justice", c'est-à-dire en parfaite harmonie avec le plan divin de salut.

Mise à jour le Dimanche, 29 Janvier 2017 11:44
 
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