Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A: deuxième Dimanche du temps ordinaire

Sommaire

Actualité : originalité de Jean

Evangile : Jean  1/29-34

Méditation : Le baptême, mystère d’ immersion

Méditation : sept verbes pour éduquer. 4/7 Remettre

Contexte des versets retenus par la liturgie :

         La semaine inaugurale dans l’évangile de Jean

         Le thème du serviteur

Piste possible de réflexion : percevoir aujourd'hui l'Esprit qui demeure sur Jésus

Prière du baptisé

 

Actualité : originalité de Jean

En abordant le passage d'évangile que nous propose ce dimanche, il faut d'abord résister à la tendance spontanée qui  pousse  à regrouper les détails que fournissent les différents évangélistes lorsqu'ils rapportent un même événement. Il est exact que l'évangéliste Jean  permet de réfléchir sur le ministère du Baptiste que nous présentait Matthieu dimanche dernier. Mais il le fait à sa manière, de façon complémentaire, et c'est là son intérêt.

Evangile

Evangile selon saint Jean  1/29-34

La semaine inaugurale - deuxième jour.

Le lendemain, il (Jean) voit Jésus venant vers lui et il dit :

a) désignation précise actualisant les deux thèmes du premier jour: Jean n'est pas le Christ - son baptême en prépare la manifestation

Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Isaïe 53/4)

c'est de lui que j'ai dit : " Derrière moi vient un homme qui est devenu avant moi, car avant moi il était. " (1/15)

Et moi, je ne le connaissais pas; mais c'est pour qu'il soit manifesté à Israël, pour cette raison je suis venu, moi, baptisant dans l'eau (1/26)

b) le "signe" qui a permis à Jean de reconnaître Jésus-Elu de Dieu

a) Et Jean témoigna:

b) J'ai vu

c) l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui.

d) Et moi, je ne le connaissais pas, mais Celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, celui-là m'a dit :

c') celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer sur lui, c'est lui qui baptise dans l'Esprit-Saint.

b') Et moi j'ai vu

a') et je témoigne que celui-ci est l'Elu de Dieu.(Isaïe 42/1) "

Méditation : le baptême, mystère d’immersion

L’Eglise ne peut pas être « une baby sitter qui prend soin d’un enfant pour qu’il s’endorme. » S’il en était ainsi, ce serait « une Eglise assoupie ». « Demandons au Seigneur la grâce de devenir des baptisés courageux et sûrs que l’Esprit que nous avons en nous, reçu par le baptême, nous pousse toujours à annoncer Jésus Christ à travers notre vie, à travers nos paroles. » Pape François, 17 avril 2013

Avec deux dimanches consacrés au Baptême du Christ, c’est  le bon moment pour nous interroger en vérité, et nous demander ce que nous avons réellement vécu à Noël. Cette étoile qu’avec les mages nous avons vue se lever, ne fut-elle qu’un météore ? Et la Nativité, l’émerveillement magique et un peu  nostalgique d’une seule nuit ? En quittant la crèche, nous sommes-nous vraiment départis de nous-mêmes ? Avons-nous, au bout du compte,  rejoint nos itinéraires anciens, ou bien sommes-nous vraiment rentrés « par un autre chemin » ? Quelque chose a-t-il réellement changé dans nos vies, nos esprits ont-ils opéré cette métanoia sans laquelle il serait vain de s’affirmer chrétien.

Le Baptême du Christ fait comme un écho puissant à cette première épiphanie aux  mages. Théophanie du Père à travers le Fils bien aimé qui se laisse baptiser par Jean, l’Ancienne Alliance culminant dans ce rituel et trouvant son sens nouveau. Bientôt il y aura Cana pour achever le témoignage, tierce évènement d’un triple mystère à trouver, ou à susciter, dans nos vies propres : l’étoile se lève et nous met en route, nos horizons bornés se déchirent pour laisser passer l’Esprit (comme une colombe) et la voix céleste  nous oriente, l’eau de nos citernes stagnantes  se transforme en vin jaillissant pour un plus haut degré de réjouissances. Tout cela par le Christ !

Or ce qui vient d’En- Haut suppose d’abord  une immersion. C’est l’attestation même de l’incarnation.  Jésus est baptisé, c’est-à-dire immergé, plongé dans…. (au sens du grec baptein), puis il sort de l’eau. Je trouve d’ailleurs la traduction liturgique un peu mièvre. Nous ne sommes pas aux bains de mer. En grec le mot anebe signifie qu’il remonte de l’eau. Il  y a une immersion et une émergence, un double mouvement de descente et de montée, comme le mouvement pascal de mort et de résurrection. A cette montée de Jésus hors de l’eau correspond la descente de l’Esprit. Jusque-là nous étions dans une dimension horizontale, les mages venaient d’orient pour voir le Sauveur, les hommes venaient de Judée et de Galilée pour se faire baptiser par  Jean. Maintenant Jésus nous introduit dans une dimension verticale, les deux frontières infranchissables ici-bas, les eaux profondes et les cieux, se rejoignent sur la terre des hommes. Nous ne vivons  plus en périphérie d’une sphère régionale, nous devenons le centre d’un universel transcendant.

Avec Cana Jésus donnera plus encore : l’eau changée en vin préfigurant l’eucharistie : Dieu dans le sang.

Je vous invite à vivre ce mystère comme on doit vivre tout sacrement : au quotidien. Vivre son baptême au quotidien ce n’est pas imaginer une cérémonie, un rite….C’est vivre une immersion. Vivre chaque journée comme une étoile qui se lève, comme une immersion dans le monde dont nous allons émerger, ivre non du vin perdu mais du vin rendu. L’eau du baptême c’est le monde, et chaque jour nous plongeons dans cette épaisseur, mare ou mer peu importe l’azimut;  sang, bile, fiel, ou mélancholie, qu’importe les humeurs,  il en émergera le Salut…S’immerger dans cette eau, comme une prise de voile,  pour des noces qui se poursuivront selon l’échelle mystique. Ce vin de vigueur que célébra Rimbaud !

Faites l’expérience de vivre chacune de vos rencontres, chaque évènement de la vie, chaque coups du sort,  chaque caresse de la chance, selon cette métaphore de l’immersion. Vous verrez comme la vie devient, autre, belle, intense. La vie libérée des notions de  bonheur ou de malheur, ces estampilles dépassées par la Joie.

En Lui j’ai mis tout mon amour !

© Franck Laurent Janvier 2014

Méditation : sept verbes pour éduquer. 4/7 Remettre

Dans l’eucharistie, le Christ se remet tout entier, volontairement. Il remet sa vie, toute sa vie, sans rien retenir. Une remise de soi qui devance la perte de soi, sans que personne ne puisse rien lui arracher ! Un acte d’absolue liberté, un geste d’oblation suprême qu’il nous demande simplement de refaire.

« Faites ceci en mémoire de moi. »

Cet appel de profundis rejoint notre propre profondeur et nous engage à  célébrer ce don,  non de façon mimétique,  mais comme  vérité ultime.
C’est  sur ce point que l’acte éducatif doit s’inspirer le plus de l’acte eucharistique, dans la remise de soi, ce don de soi qui ne retient  rien mais remet tout.

Remettre pour transmettre. Transmettre seulement ne suffit pas. Dans remettre, il y a l’idée d’abandon, de renoncement (on remet une dette) et aussi d’apaisement (on se remet). Dans transmettre, il y a l’idée d’envoyer,  de faire passer au-delà. Transmettre engage plutôt un bien, remettre  engage la personne. Transmettre implique davantage un savoir. Or nul savoir ne fit jamais une âme !  Remettre, au contraire,  murmure d’âme en âme.

Dans les deux cas on retrouve la racine mettre du latin mittere, qui, étymologiquement, signifie « laisser aller, laisser partir, lâcher…. ». Ce lâcher est fondamental, il est  le contraire du posséder des gnoses, mystères initiatiques, et autres  vitriols maçonniques,  qui retiennent, distillent et  comptent gouttes….et n’ont rien à voir avec le flux baptismal d’une éducation universelle, offerte à tous, avec le souffle d’un discours sur la montagne qui nous  saisit ce en que nous sommes…Cette  éducation de plein vent nous envoie (mittere, missio  mission) au large. Car la finalité du lâcher est d’envoyer….

Cette tâche difficile réclame des hommes et des femmes qui s’y mettent tout entier, qui s’y trempent, s’y immergent. Il en  va de leur crédibilité. Qui les croira s’ils ne se livrent,  charnellement, en nourriture ?

J’ai connu un professeur d’espagnol qui dansait le flamenco pendant ses cours. Nul élève n’aurait songé une seconde à en rire. Mais tous, devant cette danse, comprirent ce qu’était  l’Espagne.

Et cette grand-mère, avec sa petite fille, caressant les cheveux d’une première peine de cœur : « Tu sais, moi aussi….. »

Educateurs, parents, donnez, donnez tout…ce que vous avez bien sûr, mais surtout ce que vous êtes, dans la retenue et la pudeur, mais éperdument.

On transmet la Loi, mais on remet son cœur.

Pour la Loi, les règles, les tables, les méthodes, les grilles, les algèbres, les grammaires…..mille ouvrages. Peu importe lesquels, ils sont tous bons….

Pour le cœur un seul texte : les béatitudes.

Osez parlez des béatitudes, celles de l’évangile…Pas dans une énumération monotone, mais dans une confession vivante. Osez transmettre Vos Béatitudes, les béatitudes telles qu’elles s’incarnent dans votre existence personnelle.

Dans la simplicité de votre cœur, cette meilleure par où il n’ y a   plus ni ambition, ni calcul, ni projet,   partagez ce pain aux enfants du Royaume.

Dans votre vie :

Qu’est-ce qui vous a rendu vraiment pauvre et disponible à l’essentiel ?

Ou avez-vous trouvé la douceur ?

Qu’est-ce qui vous a affligé et qui vous a consolé ?

Quand avez-vous eu faim et soif de justice ?

Quand avez-vous rencontré la miséricorde ?

Et la pureté de cœur ?

Comment devenir artisan de paix ?

Pour  quelle justice seriez-vous prêts à la persécution. L’étymologie de ce mot nous renvoie à notre propos. Persequi….pour suivre. Qui seriez-vous prêt à suivre….  qu’on vous suive ou qu’on  vous  poursuive pour cela ?

Trouvez en votre vie les réponses et dites-le aux enfants du Royaume. Pour qu’ils deviennent à leur tour le sel de la terre et la lumière du monde.  Car si raconter sa vie est obscène, livrer son âme est généreux.

Faites cela en mémoire de Lui.


Contexte des versets retenus par la liturgie

* Après le prologue qui ouvre son évangile, l'auteur construit une "semaine inaugurale" à la manière dont le livre de la Genèse présentait la création. Pour dominer l'impression de complexité que peut laisser une première lecture, il est nécessaire de dire quelques mots sur cette composition :

Le premier jour aborde sans préambule le témoignage de Jean avant sa rencontre avec Jésus. Deux questions émanent des prêtres et des lévites et introduisent deux thèmes complémentaires: Jean n'est pas le Christ, il lui prépare le chemin… le baptême qu'il propose est lié à l'imminence de sa manifestation…

Le deuxième jour est centré sur la désignation directe de Jésus comme Messie selon le Serviteur d'Isaïe. L'auditoire n'est pas précisé. Le "signe" déterminant pour Jean a été celui de la "descente" et de la "demeure" de l'Esprit en Jésus.

Le troisième jour fait le relais entre Jean-Baptiste et les deux premiers disciples, Jean et André. Ceux-ci bénéficient de l'annonce du Baptiste, mais ils sont invités à la traduire en découverte personnelle: "Venez et voyez". Au cours de la même journée (selon Jean) André amène à Jésus son frère Simon.

Le quatrième jour envisage à la fois un départ pour la Galilée et l'appel de nouveaux disciples. Philippe et Nathanaël rejoignent le premier groupe. La démarche reste la même : "Viens et vois".

Le septième jour "épanouit cette semaine en symbolisme des noces à Cana.

Hormis le dernier jour, il apparaît difficile de faire correspondre les thèmes retenus pour chacune de ces étapes avec les activités décrites au livre de la Genèse. Pour rappel concernant le texte biblique: 1. production de la lumière… 2. création du firmament et séparation des eaux… 3. émergence de la terre et apparition des herbes et des arbres… 4. création des astres… 5. création des animaux aquatiques et des oiseaux… 6. création des animaux domestiques, des bêtes sauvages, des reptiles et du premier couple humain… 7. repos divin…

Il est facile de remarquer que les "jours" du quatrième évangile "s'accrochent" les uns aux autres. Les thèmes du premier sont repris au deuxième… la désignation du deuxième à propos de l'Agneau de Dieu est reprise au troisième… par le biais de sa ville d'origine, Philippe est relié à André et Pierre… enfin tous les disciples sont invités à Cana.

Le deuxième jour retenu pour ce dimanche semble ne pas avoir d'interlocuteurs. En réalité, il se trouve encadré par deux auditoires qui sont ainsi mis en opposition: les "Juifs" et les apôtres. Au premier jour, des prêtres et des lévites sont envoyés de Jérusalem pour questionner Jean sur son identité et lui demander justification de son baptême. Au troisième jour, sur indication de Jean, deux de ses disciples le quitteront et suivront Jésus.

* Nous changeons d'évangéliste et nous entendons un texte selon Jean. Il faut résister à la tentation d’édulcorer l'originalité de chacun en faisant jouer de soi-disant compléments de l'un à l'autre. Les différences sont, au contraire, une porte qu'il convient d'ouvrir pour accéder à leur vraie complémentarité.

C'est ainsi que le quatrième évangéliste ne précise pas que Jésus ait reçu le baptême de Jean, pas plus qu'il ne précise l'occasion où s'est manifestée la première impulsion de l'Esprit. Il garde la colombe, symbole de la création, mais il ne parle pas d'une "voix venue du ciel". Nous avons d'ailleurs constaté, dimanche dernier, que les autres évangélistes séparaient également les deux événements.

Le quatrième évangéliste envisage de façon très vaste le rayonnement de l'Esprit en Jésus tout en lui donnant une importance centrale. Percevoir cette présence est la base de la foi personnelle comme du témoignage. Il est intéressant de suivre le mouvement que l'évangéliste imprime à l'ensemble en fin duquel prend place notre passage.

Le Baptiste est présenté comme le premier chrétien missionnaire : 1er temps de son message: "au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas", le mot "connaître" ayant un sens qui dépasse la simple information… 2ème temps: moi-même "je ne le connaissais pas"… 3ème temps: je l'ai reconnu à un signe précis que "j'ai vu" et "bien vu", le mot "voir" est doublé4ème temps: ce signe, c'est celui de "l'Esprit qui est descendu du ciel comme une colombe", c'est-à-dire en perspective de création… 5ème temps: non seulement l'Esprit est descendu, mais "il a demeuré" sur lui… 6ème temps: depuis cet instant, Jésus a tenu à diffuser cet Esprit, à "y plonger" ceux qui l'accueillent… 7ème temps: c'est donc vraiment lui qui s'attaque, au nom de Dieu, "au péché du monde" mais il mène ce combat difficile à la manière qu'entrevoyait le prophète Isaïe lorsqu'il parlait du "Serviteur"…

* Hormis le livre de l'Apocalypse, l'image de Jésus-Agneau de Dieu ne se trouve que dans le quatrième évangile et avec un emploi très restreint: deux mentions dans l'annonce de Jean-Baptiste. Jamais Jésus n'y a recours. Malgré son emploi abondant dans la liturgie actuelle, il faut reconnaître que cette image parle peu à nos mentalités modernes.

Dans les rites religieux anciens, les sacrifices d'animaux étaient au contraire familiers en raison de leur abondance et de leur signification, liée étroitement au symbolisme du sang. En rapport direct avec la vie, le sang était considéré comme propriété de Dieu. Le sang des sacrifices mettait ainsi en contact avec le maître de la vie et permettait de revenir en "alliance" avec lui. La majorité des sens donnés à ce geste visaient  l'expiation des fautes,  ceci pour une raison très simple: en ce temps, les épreuves étaient considérées comme envoyées par Dieu pour manifester sa réprobation ou corriger les manquements à la Loi.

Dans ce contexte qu'il importe de ne pas oublier, une optique plus positive avait jailli. Le livre d'Isaïe appliquait cette image au Serviteur: en certains passages elle illustre la souffrance du juste, semblable à "l'agneau que l'on conduit à la boucherie"… en d'autres, l'auteur la charge d'une valeur de sacrifice pour la délivrance du peuple.

Par ailleurs, le cycle des fêtes juives donnait grande importance au repas annuel où était partagé l'agneau pascal. Cette coutume avait été empruntée aux rites des pasteurs nomades en lien avec la délivrance d'Egypte, mais sa signification s'était chargée d'une référence politique et religieuse au fil des siècles. Toute l'histoire passée était évoquée en termes d'épreuves et de libérations.

Lorsqu'il présente la mort de Jésus, Jean se réfère la figure de l'agneau pascal. La crucifixion s'opère au moment où l'on tuait les agneaux dans le Temple en vue du repas pascal… la recommandation de ne briser aucun os conjugue un verset d'Isaïe et une prescription rituelle concernant ces agneaux. Par la suite, l'image explicite de l'agneau sera surtout reprise dans la  littérature apocalyptique, donc à une date tardive.

Le thème du "Serviteur"

Le thème du Serviteur n'est jamais abordé explicitement dans les récits évangéliques sauf en Matthieu 12/18. Il est pourtant présent d'une façon permanente. En raison des confusions qui affectent la conception moderne de prophétisme et laissent supposer que les textes anciens livraient un "portrait-robot" du futur Messie, il peut être utile de le connaître plus précisément.

Les renseignements que nous reprenons figurent dans les introductions de toute bible, mais leur transcription peut simplifier votre travail de recherche. Ceci permettra également d'établir un lien avec ce regroupement lorsque cette référence éclairera tel ou tel passage ultérieur.

1. Le nom de "Serviteur de Dieu" est courant dans les textes bibliques. C'est un titre d'honneur qui est donné à ceux qui ont eu mission envers le peuple élu.

Il semble qu'assez rapidement ce thème fut relié à la question que posait la souffrance du juste. La foi juive n'arrivait pas en effet à accorder cette question latente à sa vision de Dieu. La foi elle-même était en cause. D'où la présentation de plusieurs "figures", comme celle de Job, qui dominaient cette tension en restant fidèles.

Nous reviendrons plus en détail sur la manière dont le recueil prophétique appelé livre d'Isaïe reprit et prolongea les intuitions passées. Il leur donna une meilleure expression en suggérant que la souffrance du juste, loin d'être une absurdité, pourrait bien être un chemin menant au salut. L'auteur s'appuyait sur l'histoire d'Israël; c'est pourquoi, au niveau du texte, il est difficile de préciser qui est le Serviteur dont il parle. S'agit-il du peuple d'Israël? S'agit-il de l'élite demeurée fidèle? S'agit-il d'une personnalité éminente par son destin douloureux? S'agit-il même d'un seul serviteur dans les différents passages qui s'y rapportent? Et, dans ce cas, pourquoi les poèmes sont-ils séparés les uns des autres, chacun ayant sa propre cohérence?… A juste raison, les exégètes se gardent bien de trancher…

Nous ne pouvons être étonnés de voir cette figure reprise ensuite en perspective messianique. Le drame qui l'affectait dans le texte ancien tend alors à disparaître. La conception de Serviteur se personnalise et se rapproche de la conception de Messie recevant mission de restaurer l'Alliance, mais les commentaires, sous l'influence du livre de Daniel, retiennent surtout les traits glorieux du futur envoyé. Sur ce point, comme en témoignent les écrits rédigés au siècle qui précéda la naissance de Jésus, une extrême diversité opposait les écoles rabbiniques.

Il est certain que Jésus lui-même privilégia le courant messianique qui avait trouvé son centre dans cette référence. Dans la pensée des apôtres, celle-ci permettait une approche plus juste de sa mission sans pour autant couper de tout l'apport des Ecritures. Après le drame de la passion, ces textes furent encore plus amplement "exploités" alors que la prédication s'adressait aux foules juives.

2. Le courant prophétique dit du serviteur selon Isaïe.

La mention "selon Isaïe" se rapporte moins à un personnage unique et précis qu'à un livre très épais qui s'ouvre par ces mots: "vision d'Isaïe, fils d'Amos". Longtemps l'ensemble de l'ouvrage fut accueilli comme une unité littéraire attribuée au prophète sur lequel la première partie donne quelques renseignements. Des études récentes ont permis de cautionner ce qu'une lecture attentive fait apparaître; à savoir que ce livre comporte trois parties d'époque, d'inspiration et d'auteurs différents.

Les chapitres 1 à 39 sont appelés "premier Isaïe" et semblent avoir été rédigés entre 740 et 700… Les chapitres 40 à 55 sont appelés "deuxième Isaïe" (Deutero-Isaïe) et semblent avoir été rédigés entre 550 et 539… Les chapitres 56-66 sont appelés "troisième Isaïe" (Trito-Isaïe) et semblent avoir été rédigés au 5ème siècle avant notre ère.

Les références au "Serviteur" concernent particulièrement quatre poèmes, insérés dans la deuxième partie de l'œuvre globale. Au long des autres textes du livre, il est relativement facile de repérer qui est désigné par le mot "serviteur", mais, en ces poèmes, cette figure est anonyme. Pourtant un fil conducteur permet de les situer en progression d'une même pensée : un "serviteur de Yahvé" a été investi d'une mission spirituelle à l'égard d'Israël et des nations. Il rencontre dans l'accomplissement de sa tâche une violente hostilité qui va croissant de poème en poème.

Nous ne connaissons le "deuxième Isaïe" que par l'orientation de sa composition. Il vivait certainement à Babylone au milieu des déportés. Il est possible de situer ses propos comme cherchant à ranimer l'espoir de ses compagnons d'exil. Les chapitres 40 à 48 évoquent la fin de l'exil et le retour… les chapitres 49 à 55 encouragent les efforts de reconstruction, reconstruction matérielle et spirituelle dans une plus grande fidélité à l'Alliance; s'y ajoute la perspective d'une conversion des nations.

= 42/1-7 développe deux idées:

1-4: Yahvé présente la personne et l'œuvre de son Serviteur, son "Elu en qui il se complait". "Il a mis son Esprit sur lui" et lui a confié la mission d'exposer aux nations la véritable religion, avec douceur, mais sans fléchir.

5-7: Yahvé s'adresse à son Serviteur et lui expose l'œuvre à laquelle il le destine: la délivrance de son peuple captif et la communication de la lumière aux nations.

= 49/1-9b développe deux idées:

1-4: le Serviteur se présente lui-même; il s'agit du Serviteur-Israël dont la mission remonte à ses origines même. Il confesse qu'il a failli à sa mission en se tournant vers les faux-dieux. Il se confie cependant à Yahvé son Dieu.

5-9b: La double mission du Serviteur est indiquée d'une manière plus explicite que dans le premier poème, il ressort nettement qu'il s'agit de renouveler l'alliance du peuple et de porter la lumière aux nations. Le thème de l'aspect douloureux que pourrait revêtir sa carrière commence à être abordé.

= 50/4-9a développe deux idées:

4-6: Le Serviteur maltraité expose les motivations profondes de sa docilité et de sa résignation: il agit selon la volonté de Yahvé, participant à la condition humaine "pour qu'il sache soutenir l'épuisé par une parole"

7-9a: dans ses épreuves, le Serviteur vit de la confiance qu'il garde en Yahvé. "Voici que le Seigneur Yahvé me secourt, quel est celui qui me condamnera?"

= 52/13 à 53/12 est très construit selon la présentation juive du chiasme

13-15: Un prologue situe la perspective générale selon un oracle de Yahvé qui anticipe le lien entre les deux versants : "de même qu'à son sujet beaucoup ont été stupéfaits… de même fera-t-il sursauter (d'étonnement, d'admiration) des nations nombreuses…"

A. 1-4: Le Serviteur a pris en charge les souffrances humaines. Face à elles, l'opinion courante les situe comme châtiment du péché.

B. 5-6: L'engagement du Serviteur doit être compris selon une autre explication: "Yahvé a fait retomber sur lui notre faute à nous tous. La sanction qui nous vaut la paix était sur lui… c'est par sa meurtrissure que nous avons été guéris".

A'. 7-9: Le Serviteur a accumulé les humiliations, dont celle qui se présente en ignominie suprême pour un juif: la sépulture avec les méchants.

10/12: Une conclusion souligne la valeur cultuelle de ce drame, il s'est agi d'un sacrifice d'expiation. Elle précise la double perspective de résurrection sur laquelle débouche cet engagement: le Serviteur triomphera de la mort et il attirera à lui les foules pour lesquelles il a intercédé.

3. Universalité du thème du "Serviteur".

Le quatrième poème est le plus célèbre, le plus pathétique, également le plus obscur. Comme toute référence à l'Ancien Testament, il importe de le prendre selon le modèle de pensée juif et non selon les critères grecs dont l'esprit moderne est héritier. Il est justifié de l'appliquer à Jésus, mais, dans le passé comme dans le présent, il ne manque pas de prophètes persécutés. C'est donc au cœur d'une longue histoire que Jésus s'est incarné et c'est donc une multitude de destins qu'il soutient, non par miracle, mais par partage. Les persécutions des justes sont malheureusement un lot commun au monde des hommes… ce que disait le prophète et ce "qu'accomplira" l'engagement de Jésus, c'est que, malgré les apparences, elles ne sont jamais vaines et débouchent sur une relative efficacité.

4. En rapport au passage d'évangile de ce dimanche, la référence au premier poème est évidente: "Voici mon Serviteur que je soutiens, mon Elu en qui je me complais. J'ai mis mon Esprit sur lui" (42/1).

En raison de la mention "qui enlève le péché du monde", la référence au dernier poème s'impose puisque c'est le seul passage d'Isaïe qui mentionne: "Il a été transpercé à cause de nos péchés, broyé à cause de nos perversités. La sanction qui est gage de paix pour nous, a été sur lui et c'est pas ses plaies que nous sommes guéris" (53/5). Quelques versets plus loin, nous trouvons la comparaison avec "l'agneau traîné à l'abattoir" (53/7).


Piste possible de réflexion : percevoir aujourd'hui l'Esprit qui demeure sur Jésus

Jean offre un autre point de vue sur le baptême du Christ, différent de celui de Matthieu. Il ne s’agit pas de les superposer pour reconstituer un évènement. Il s’agit de le mettre en résonnance pour mieux entrer dans un mystère.

1er point : Pour percevoir l'originalité de sa pensée, il importe de bien repérer les particularités de sa composition. C'est ainsi que le quatrième évangéliste ne mentionne pas que Jésus ait reçu le baptême de Jean et encore moins que l'Esprit se soit manifesté à cette occasion. Nous avons d'ailleurs constaté, dimanche dernier, que les autres évangélistes séparaient les deux événements. Jean garde la colombe, évocation de la création, mais il ne parle pas d'une "voix" venue du ciel.

Il est facile de percevoir que l'ensemble du témoignage du Baptiste est concentré sur le rayonnement de l'Esprit en Jésus. Le quatrième évangéliste l'envisage de façon très vaste tout en le situant comme un "signe" essentiel à la base de la foi. Il est intéressant de suivre le mouvement que l'évangéliste imprime à l'ensemble auquel appartient notre passage. Nous prenons alors conscience que la mission du Baptiste a même visage que toute mission chrétienne.

1er temps de son message: "au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas", le mot "connaître" ayant un sens qui dépasse la simple information… 2ème temps: moi-même "je ne le connaissais pas"… 3ème temps: je l'ai reconnu à un signe précis que "j'ai vu" et "bien vu", le mot "voir" est doublé4ème temps: ce signe, c'est celui de "l'Esprit qui est descendu du ciel comme une colombe", c'est-à-dire en perspective de création… 5ème temps: non seulement l'Esprit est descendu, mais "il a demeuré" sur lui… 6ème temps: depuis cet instant, Jésus a tenu à diffuser cet Esprit, à "y plonger" ceux qui l'accueillent… 7ème temps: c'est donc vraiment lui qui s'attaque, au nom de Dieu, "au péché du monde" mais il mène ce combat difficile à la manière qu'entrevoyait le prophète Isaïe lorsqu'il parlait du "Serviteur"…

2ème point: si le visage global de la mission est le même d'une époque à l'autre, il n'empêche que son détail est conditionné par le temps où nous vivons. Une question mérite donc d'être abordée: comment "voir" aujourd'hui l'Esprit qui demeure en Jésus?… C'est à ce signe que nous nous référons pour nourrir notre foi personnelle mais c'est également ce signe qu'il nous faut proposer afin que d'autres en perçoivent le dynamisme créateur.

Or la chose n'est pas facile. Il faut le reconnaître, dès qu'est évoquée une référence à l'Esprit, nous nageons actuellement en pleine confusion. Il suffit de suivre les reportages qui présentent à nos contemporains les manifestations quelque peu extravagantes de groupes dits charismatiques. Ces reportages ne sont pas en cause, car, effectivement, même en langage courant, la manière de mentionner l'action de l'Esprit est fort éloignée de ce que précisent les évangiles, particulièrement celui de Jean.

Le fait que ce dernier contribue à mettre les choses au point témoigne que, de son temps déjà, la présentation du rôle de l'Esprit était menacée de quelques dérives. En raison des schémas simplistes sur lesquelles elles s'appuient, nul groupe religieux n'en est protégé. La plus dangereuse consiste à couper l'Esprit du témoignage de Jésus sous prétexte qu'il est intervenu abondamment aux temps apostoliques. S'y ajoute la matérialisation du langage symbolique qui exprimait la foi de nos frères premiers chrétiens attelés à mieux comprendre la portée de ce qu’ ils avaient vu et entendu.

Déjà le passage de ce dimanche précise nettement que le "signe" ne porte pas sur n'importe quelle manifestation de l'Esprit. Il s'agit de celle qui s'inscrit dans la personnalité humaine de Jésus. Il est bien précisé que l'Esprit demeure en lui, mot à prendre en un sens très fort et à relier au fait que Jésus nous invite à "demeurer en lui et lui en nous"(15/4). Cette présence en lui est appelée à s'étendre à toute personne, d'où la notion de Baptême dans l'Esprit-Saint.

Dans le Discours après la Cène, l'évangéliste se fait encore plus précis sur la manière dont il faut envisager le "signe" de l'Esprit. Ces versets sont importants puisque le rôle de l'Esprit est envisagé au delà des temps historiques. "l'Esprit vous enseignera toutes choses en vous rappelant tout ce que je vous ai dit"… "l'Esprit de vérité vous fera accéder à la vérité tout entière, il ne parlera pas de son propre chef… il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera"… autrement dit l'Esprit fera pénétrer la signification profonde du témoignage qu'il a animé…

3ème point : comment "voir" aujourd'hui l'Esprit qui demeure en Jésus ?

Il est certain qu'en vivant leur foi en écoute de l'évangile et en intimité avec Jésus ressuscité au cours de la messe, les chrétiens bénéficient abondamment de l'Esprit qui demeure en Jésus. Inconsciemment son animation se diffuse en leurs existences et leurs engagements. Mais, en mentalité moderne, nous aimons connaître le "fonctionnement" de ce qui nous concerne et surtout, en discussion avec des contemporains mal-croyants, nous aspirons à rendre compte du message en des schémas relativement clairs.

Parmi d'autres, il est une approche qui semble répondre à ce double souci. Enracinée dans le témoignage historique de Jésus, elle permet de mieux présenter l'Esprit qui s'en dégage en service créateur universel.

1. La foi chrétienne repose sur une conviction précise. Pour orienter la conduite de nos vies vers leur épanouissement, Dieu disposait de plusieurs routes. Il est toujours possible de concevoir à ce sujet diverses hypothèses, elles sont toutes plausibles et certaines ont été retenues par d'autres groupes religieux. Mais, en tant que chrétien, nous fixons notre attention sur une route très concrète: en Jésus, nous estimons que quelqu'un, issu du milieu divin, a pris place dans notre monde et a vécu visiblement un témoignage humain semblable au nôtre.

2. Notre choix ne procède pas d'un engagement aveugle à la suite d'un destin courageux ou miraculeux. Il n'est pas adhésion à une doctrine enseignée par un personnage de l'histoire et dans laquelle chacun pourrait piocher à sa guise. Il procède d'une fixation intelligente sur une personne qui, après l'avoir vécu, propose d'éclairer sa présence actuelle d'un "capital exceptionnel".

Certains pourraient dire: "Pourquoi choisir Jésus plutôt que tel penseur, tel témoin aussi connu et plus moderne?" Nous répondons sans prétention: en raison de la densité de ce témoignage passé. Il n'y a là aucun mépris pour ceux et celles qui ont cherché ou cherchent, comme Jésus, à faire les valeurs que tout homme porte en lui. Bien des points peuvent d'ailleurs se retrouver dans un désir commun de "servir". Si nous prenons Jésus comme référence suprême et unique, c'est que nous reconnaissons en lui une "réussite" d'humanité achevée, sens cesser d'être fraternelle et proche de tout un chacun.

3. Les évangiles nous apportent une bonne connaissance de son aventure historique. Certes nous aimerions bénéficier de détails supplémentaires concernant son comportement, ses engagements et ses enseignements. Car nous savons qu'en quelques années il a vécu une multitude de contacts, de dialogues, de services en des milieux très divers… Pourtant, les auteurs nous en disent l'essentiel et nous permettent de "voir" avec précision l'Esprit qui l'animait et d'en saisir l'universalité.

C'est sur ce signe que nous nous proposons de construire notre vie. Il ne s'agit pas pour nous d'une imitation servile. Nous choisissons de nous "plonger" dans cet Esprit et de participer modestement à son action créatrice en faveur de nos contemporains.

3. Malheureusement, par le passé, la "vérité" de ce témoignage a subi de fortes altérations et, de ce fait, la vérité de l'Esprit qui y demeure en a été altérée.

- La dérive du "merveilleux" a laissé de nombreuses traces. Beaucoup de commentaires, avides de "signes spectaculaires", ont faussé le genre littéraire "symbolique" auquel les évangélistes avaient recouru selon les modes d'expression de leur temps.

- Une opposition a été mise entre humanité et divinité. Ainsi s'est trouvée faussée l'approche que Jésus avait adoptée pour éclairer la question délicate du "visage" qu'il convient de donner au monde divin.

Sur ce point, Jésus n'a pas exposé une théorie à la manière des philosophes, il ne s'est même pas présenté directement comme émanant de ce monde inconnu. Il s'est insurgé contre "l'imaginaire" très approximatif et très fluctuant qui suscite les réponses simplistes bien connues. Mais surtout, en vivant au milieu de ses amis un témoignage en humanité de grande densité, il a suscité en leur esprit une réflexion renouvelée, libérée de ces a priori.

- L'histoire bouleversée de certaines époques et une conception pessimiste de l'homme ont abouti à une amplification de la croix, coupée de son conteste historique. Tous les textes la situent pourtant en cohérence avec le triple combat que Jésus a mené auparavant, en actes et en paroles. Pour eux, il s'est agi, dans le drame final, de l'affrontement de deux humanités. Jésus remettait en question, de façon très claire et très humaine, les idées traditionnelles sur Dieu, sur les relations mutuelles et sur la conception de l'homme… les responsables se sont comportés comme se comportent malheureusement tant de pouvoirs, enfermés dans leur orgueil et leurs traditions.

4. Pour rétablir l'approche qui a été celle des premiers témoins à la suite de Jean-Baptiste, nous pouvons revenir sur les atouts dont ils ont bénéficié pour rejoindre "l'Esprit" qui demeurait en Jésus. Le "style" du témoignage qui l'a révélé en favorisa particulièrement le souvenir et continue d'en favoriser la présentation.

Homme à l'extrême, Jésus n'a pas choisi pas de se retirer au désert, il s'est plongé dans la civilisation de son temps, assumant loyalement ses conditions et ses servitudes, se laissant voir en toute transparence par ses compagnons comme par ceux de ses contemporains qui lui prêtèrent attention… Il est vrai, la rapidité des événements qui marquèrent les années de son engagement public ne permirent pas de mesurer sur l'instant les enjeux qui se concentraient dans ce destin relativement banal. Pourtant, avec le recul, se précisa peu à peu à l'intelligence des témoins la certitude qu'en ce témoignage demeurait un Esprit.

Ils le soupçonnaient mais, jusque-là, ils n'avaient pas osé se le préciser tant la chose paraissait incroyable. Cette tranquille présence, cette absence d'affectation, cet engagement total en service lucide et efficace… tout cela invitait à trouver en Jésus un "nouveau visage de Dieu" et un "nouveau visage de l'homme"… Il n'y avait pas tension entre l'un et l'autre, il y avait harmonie entre l'un et l'autre. En lui se réalisait un authentique travail de "création".

4ème point: suite possible d'un échange sur "l'Esprit qui demeure en Jésus"

Cet effort de défrichage est essentiel, mais quelques orientations peuvent aider à poursuivre le dialogue. Car, il est relativement facile d'aller plus avant dans notre présentation.

- "L'Esprit" qui demeure en Jésus, invite à "penser Dieu" autrement que ne le présentent certains schémas. Il ne s'agit pas d'abord de la conception trinitaire, il s'agit du "caractère" divin.

"Sur le visage humain du Christ se déchiffre un Dieu non conformiste qui ne craint ni les hasards, ni les lenteurs du temps, un Dieu qui connaît les émotions et les déceptions, les revirements et les changements, un Dieu bon et ami des hommes… bref un Dieu qui n'est pas en retard sur l'humanité de son Christ et d'ailleurs aussi sur l'humanité des hommes et des femmes de chair et d'os que nous rencontrons tous les jours." (Jean-Claude Eslin)

"Nous le pensions infiniment grand et il nous faut l'apprendre en son infinie humilité. Nous le pensions totalement indépendant et il nous faut l'apprendre vulnérable. Nous le pensions Tout-Puissant et il nous faut l'apprendre infiniment pauvre. Il n'a d'autre infinité que celle de l'Amour" (François Partoës).

Les "lois" qui ressortent de ce comportement divin sont multiples. En partant du témoignage de Jésus, nous voyons s'éclairer le même Esprit qui travaillait la création et l'histoire d'Israël tout comme il anime la vie de l'Eglise depuis la résurrection. N'hésitons donc pas à embrasser l'horizon universel pour parler de ce faisceau de lois qui en tracent le "visage": une loi de discrétion (incognito), une loi d'intelligence, une loi de liberté, une loi de vie concrète, etc…

- "L'Esprit" qui demeure en Jésus, invite ensuite à "concevoir l'homme" selon une vision nettement moins pessimiste que celle que l'on prétend prêter à la foi chrétienne. Là aussi l'Evangile nous permet d'être beaucoup plus précis que nous ne le soupçonnons. Car nous bénéficions de l'éclairage de l'Esprit à trois niveaux.

1. Sans en faire une théorie, Jésus a d'abord insufflé une plénitude d'humanité en ses gestes, ses initiatives, ses attitudes. Sans grand effort, il nous est possible de discerner les "lignes de force" qui ressortent de ce témoignage personnel et de les illustrer de multiples exemples historiques. Jésus s'est révélé pleinement enraciné humainement, heureux d'être homme, utilisant loyalement le matériau humain de son milieu, se voulant totalement libre, assumant un devenir constant et se situant toujours en personne riche de sa particularité… Nous ne manquons pas de "signes"…

2. Il apparaît évident que Jésus ne voulait pas vivre pour lui seul cette richesse. Spontanément, il l'a rayonnée sur les hommes de son temps, mais il a été plus loin. Il a cherché à faire comprendre que tout homme en disposait et pouvait la vivre, ou essayer de la vivre, lui aussi. En lisant les textes, il est facile de percevoir la manière dont chaque ligne de force s'est doublée d'un appel à "oser" cette voie, malgré les pesanteurs habituelles et sans cacher les exigences correspondantes.

En rassemblant leurs souvenirs, ses amis auraient pu isoler leur maître dans son domaine de perfection, l'asseoir sur le piédestal de sa plénitude d'humanité. Formés au contact direct avec lui, ils s'en sont bien gardés. Au contraire, ils ont pressenti la portée universelle des enseignements et des engagements précis qui appuyaient cette vision apparemment originale.

3. C'est ainsi qu'ils ont souligné son Esprit comme moteur essentiel du dialogue qui nourrit la foi chrétienne.

* Cet Esprit stimule notre intelligence lorsque nous cherchons à "saisir par le dedans" l'expérience humaine de Jésus, à rejoindre le cœur universel de son témoignage, pour y puiser la sève qui nous permettra de comprendre et d'assumer nos problèmes contemporains.

* Cet Esprit nourrit notre jugement et notre volonté face à la diversité des responsabilités qui nous incombent. A la lumière de l'expérience passée, il nous conduit à sans cesse recréer nos existences, par une invention qui nous est propre face à la mouvance de notre actualité.

* Cet Esprit accompagne nos engagements, valorisant le dynamisme que nous investissons et prolongeant leur influence chez ceux qui en bénéficient. Malgré les incertitudes et les échecs, il les inscrit dans une continuité qui dépasse les apparences.

En conclusion, aujourd'hui encore, il nous est possible de "voir" l'Esprit demeurer sur Jésus. Et, comme le Baptiste, il nous appartient d'en faire l'essentiel d'une annonce missionnaire.

 

Prière du baptisé

Seigneur, donne-moi aujourd’hui mon baptême quotidien

Que je sois immergé dans le grand bain du monde et remonté des eaux

Que les cieux se déchirent et que je sois trempé par l’Esprit saint

Que je sois désaltéré par ta parole et restauré par ton eucharistie

Mise à jour le Samedi, 18 Janvier 2014 12:12
 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr