Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A: Dimanche du Baptême du Seigneur

Année A : Dimanche du baptême du Seigneur

Sommaire

Actualité : le génie propre à Matthieu

Evangile : Matthieu 3/13-17

Méditation : sept verbes pour bien éduquer (3/7) : se souvenir.

Contexte des versets retenus par la liturgie : éléments de clarification concernant les évènements du Jourdain

Piste de réflexion : "le choix" des mots… "le risque" des photos…

Actualité

Dimanche dernier, à l'occasion de l'Epiphanie, nous percevions la densité que Matthieu donnait aux événements discrets qui se sont déroulés autour de la naissance de Jésus. Il poursuit son œuvre sans rien nous dire de la jeunesse de Jésus ni de  son entrée dans l’âge adulte. Aujourd'hui, il aborde franchement les premiers temps de la vie publique.

En lisant ce passage, nous retrouvons le génie propre de Matthieu. Sous les dehors d'un récit apparemment "classique", nous sentons bien que l’évangéliste attire plus avant notre réflexion et qu'il nous prépare aux textes qui suivront… Comme toujours, prêtons d'abord attention au texte proposé avant de convertir en réflexion actuelle la richesse des "modèles symboliques" dont la pensée juive était coutumière.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 3/13-17

Les débuts de Jésus à la lumière des prophètes - impulsion décisive de l'Esprit

(1er événement du Jourdain : Jésus reçoit le baptême de Jean)

Alors se présente Jésus, venant de la Galilée sur le bord du Jourdain, auprès de Jean, pour être baptisé par lui.

Or Jean l'en empêchait en disant: " Moi, j'ai besoin d'être baptisé par toi et toi, tu viens auprès de moi ! "

Répondant, Jésus lui dit: laisse pour l'instant, car ainsi nous convient-il d'accomplir toute justice (sens religieux). Alors il le laisse.

(2ème événement du Jourdain : Jésus prend conscience de sa mission)

Baptisé, Jésus aussitôt monta de l'eau

Et voici: s'ouvrirent les cieux et il vit l'Esprit de Dieu descendant un peu comme une colombe et venant sur lui.

Et voici : une voix venant des cieux disant :"Celui-ci est mon Fils (psaume 2/7), le bien-aimé (Genèse 22/2 ?), en lui je me suis complu (Isaïe 42/1) "

Méditation : sept verbes pour bien éduquer (3/7) : se souvenir

De même qu’existe une ambiguïté de la beauté dont la liturgie se pare pour célébrer l’eucharistie, de même existe une équivoque  dans la prétention des sciences pédagogiques à  régir l’éducation. La beauté liturgique peut certes ouvrir à la transcendance, et la science pédagogique livrer des recettes intéressantes, mais dans les deux cas on risque d’oublier l’essentiel : le personne qu’il me faut reconnaître ! La liturgie ne doit point  faire oublier ce qui est arrivé à Jésus, ce qu’il a fait ; la pédagogie ne doit point négliger la part de l’âme en chaque homme.   Le vrai chemin liturgique, comme le vrai chemin éducatif , c’est celui d’Emmaüs, pas celui du Temple.

Autrement dit : éduquer, c’est se souvenir !

Que faisons-nous à la messe en partageant le pain ? Nous faisons mémoire de Jésus-Christ, pour continuer à faire ce qu’il a fait : partager sa vie, se vider jusqu’à la mort  (Isaïe, 53,12).

Que  faisons-nous en éduquant nos enfants ? Nous partageons une façon de vivre, nous nous vidons de nous-mêmes pour les nourrir et les faire croître. Ceci  ne s’apprend pas dans des usines à concepts, mais dans l’atelier de l’artisan. Ni à coups de théories plus ou moins fumeuses, voire plus ou moins exactes, mais en convoquant  le meilleur, légué par  la tradition humaine. Il ne s’agit pas, pour l’éducateur, de plaquer des notions  sur des cerveaux, mais de s’immerger dans la pâte humaine pour en faire émerger l’esprit. Toute éducation ressort de ce mouvement baptismal !

On ne fera pas naître l’Esprit dans l’agitation d’une éprouvette de  laboratoire, mais par le frottement de l’Ancien et du Moderne dans l’âme en formation, par l’assimilation personnelle et créatrice qu’un jeune fait de la tradition et de son adaptation aux données réelles du présent.  Je ne parle évidemment ni de reproduction servile,  ni de restauration imbécile. Je parle de cette percée perpétuelle qui ouvre des champs nouveaux quand l’homme combine intelligemment passé, présent et futur. Je parle de ce feu qui naît du frottement entre le meilleur de la sagesse acquise au cours des millénaires et la résistance offerte par l’épaisseur de réel. L’Esprit et le Feu !

La principale erreur en matière d’éducation consiste à plaquer du « tout fait », sur du « se faisant ».

L’autorité d’un maître dépend de cette capacité à transmettre de manière audacieuse ce pain-là. Et à le partager. Et c’est à  sa manière de le partager qu’on reconnaîtra son autorité et qu’on l’acceptera. L’autorité - l’étymologie du mot le rappelle,  c’est ce qui permet à l’autre de grandir, de croître, et de devenir, à son tour, auteur. Un maître n’est respecté que dans la mesure où ses élèves sentent qu’il va les faire grandir et non les écraser, les élever et non les livrer à leur pente. C’est une foi à ne pas décevoir.  Rencontrer un tel maître, et vous avez la joie de la Samaritaine, à la margelle du puits : « Il m’a dit tout ce que j’étais ! ». Et vous avez l’enthousiasme des disciples,  sur le chemin d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous quand il nous parlait sur le chemin et nous expliquait les Ecritures ? »

Elève ! Comme ce mot est beau ! Et des profanateurs voudraient le remplacer.

Autorité ! Comme ce mot est beau ! On l’a trop saccagé.

Eduquer, c’est se souvenir! Et c’est raconter ce souvenir de manière adaptée et étonnante.

A Capharnaüm, le jour du Sabbat, le Christ enseigne dans une synagogue. « Et ils étaient frappés d’étonnement par son enseignement, car il se trouvait les enseignant comme ayant autorité et non comme les scribes », écrit Marc.

C’est le modèle à suivre. Les centres de formation pédagogiques, les institutions peuvent-ils former autre chose que des scribes ?  Le Christ lit la Torah, la loi, la tradition, il la commente. Mais il le fait d’une certaine manière qui suscite l’étonnement de l’assemblée.

Rappelez-vous. N’avez-vous pas, au moins une fois dans vos années d’étude, , rencontré ce professeur miraculeux qui suscita en vous l’étonnement ? Ce professeur qui vous éveilla et vous apaisa, qui évoqua en votre âme quelque chose, qui suscita  la venue de quelque chose. Visitation et Vocation !  Parle ô maître, ton serviteur écoute !

On peut bien former des experts  en interprétation et en explication, des docteurs….cela  fera sans doute des autorisés, pas une autorité.

Vous avez aussi connu de ces profs interchangeables, ces profs dont on sent bien  qu’ils ne font pas corps avec ce qu’ils disent (comme ces théologiens qui ne croient plus en Dieu), ces profs dont, à la limite, le discours tient tout seul, validé par des règles, des procédures, des diplômes, des références. Ils n’ont pas besoin de se risquer personnellement dans leur dire.

Face à ce discours, qui oserait  risquer  une écoute ?  Triste assemblée sans audience.

Le Christ, le bon professeur, se distingue de  ce corps constitué en ce qu’il échappe aux rhétoriques établies, aux procédés convenus, et ne revendique aucune estampille institutionnelle. Jésus n’a que sa parole, elle atteste une autorité qu’il n’a pas besoin de revendiquer.

Ô éducateur,  n’as-tu fais que cours ? qu’as-tu mis de toi dans ton discours ?

Ô parent, t’es-tu contenté de dresser  la table et de sortir le livre de recettes ? Ou  as-tu partagé le pain de ce que tu étais ? Ce pain qu’exprime ton style de vie, présent, tout entier.

Eduquer c’est se souvenir, se souvenir d’une parole qui réclame de la part de celui qui profère et de celui qui écoute qu’ils y engagent en profondeur un même désir.  Une parole qui les dépasse, une parole qui ne leur appartient pas, une parole qu’ils ont chacun reçu d’un autre tout en la reconnaissant en soi.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Les deux parties qui constituent le passage de ce dimanche et que nous appelons les deux événements du Jourdain se rattachent à des ensembles différents.

Le dialogue entre Jean et Jésus conclut l'ensemble qui présente le ministère de Jean-Baptiste. Juste auparavant, celui-ci a présenté sa conception du messianisme: "Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi… Lui vous baptisera dans l'Esprit-Saint et le feu… Il purifiera à fond son aire et assemblera son blé vers son grenier. Quant à la bale, il la brûlera dans un feu qui ne s'éteint pas".

Matthieu consacre un nouvel ensemble aux débuts de Jésus à la lumière des prophètes. L'impulsion de l'Esprit en constitue le premier élément. Suivront le séjour au désert marqué par les "tentations" et l'engagement effectif de Jésus en son activité publique.

* La présentation de la deuxième partie nous fait penser à la Transfiguration. Pour mieux exploiter ce rapprochement, il est utile de préciser les points qui feront l'originalité de Matthieu par rapport aux autres évangélistes (17/2): "son visage brilla comme le soleil et ses habits devinrent blancs comme la lumière"… La voix qui retentira "de la nuée" s'exprimera dans les mêmes termes: "Celui-ci est mon Fils, le bien aimé, en qui je me suis complu. Ecoutez-le"…

Mais, auparavant, l'évangéliste aura fait également mention de cette référence à Isaïe à propos des guérisons opérées par Jésus (12/18): "Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon bien-aimé en qui s'est complu mon âme. Je mettrai mon Esprit sur lui"

Préliminaires : le mot "baptême", dans le cadre de nos sociétés occidentales actuelles,  se trouve  au carrefour de multiples confusions.

* Un grand nombre de ces confusions concernent le sacrement chrétien de baptême et son rapport à la foi.

Plus des 3/4 de nos contemporains se réclament de "leur baptême" comme d'une cérémonie d'enfance qui leur donne toute sécurité et dont ils ne perçoivent pas la contradiction avec l'absence quasi totale de foi adulte dont ils témoignent par la suite. "J'ai été baptisé" c'est l'essentiel. En repérant sur leur agenda la mention "baptême de Jésus", ils ne peuvent que se sentir sécurisés à moindre frais…

* En raison de cet état d'esprit, la plupart ne perçoivent pas les différences entre baptême de Jean et baptême chrétien.

L'entêtement de l'Occident à vouloir affecter ce dimanche de l'appellation "baptême du Seigneur" contribue fortement à cette assimilation. Posez la question autour de vous: "Jésus a-t-il reçu le même baptême que nous"?… vous verrez s'ouvrir de grands yeux car la plupart n'ont jamais réalisé que Jésus n'avait pas pu être baptisé en son propre nom!… Comment soupçonneraient-ils alors la perspective assez confuse qui a contribué à la naissance du rite chrétien et qui n'a aucun rapport avec la pratique que le Baptiste empruntait aux gestes religieux de son temps?

* Parmi les chrétiens, une certaine confusion demeure entre les deux événements que rapportent les évangiles synoptiques (Marc, Matthieu et Luc): le baptême par Jean-Baptiste et l'impulsion décisive de l'Esprit en Jésus au départ de sa mission. (Jean l'évangéliste, quant à lui, ne parle pas d'un quelconque baptême reçu par Jésus.) Il faut dire qu'elle est entretenue par l'imagerie habituelle lorsqu'elle prétend illustrer ces versets.

Or, il suffit de lire attentivement les textes pour remarquer que tous situent la "révélation de l'Esprit" après que Jésus soit sorti de l'eau. La confusion est née des commentaires qui, en littérature chrétienne des premiers siècles, ont englobé les deux événements. Evidemment, au plan général de la foi chrétienne, un lien est possible. Mais nous sortons alors des textes et il y a toujours grand dommage à ne pas les respecter.

* La même imagerie entretient la confusion concernant la forme qu'a prise l'impulsion décisive de l'Esprit et que les évangélistes expriment en mode symbolique.

Deux erreurs se conjuguent. On oublie trop facilement ce qui a été dit auparavant par Matthieu: Marie s'est "trouvée enceinte de l'Esprit-Saint" et l'Ange du Seigneur l'a confirmé explicitement à Joseph. Dès sa conception, l'Esprit était en Jésus et Jésus vivait de l'Esprit. Gardons-nous d'imaginer que l'Esprit serait "reparti" vers sa tranquillité éternelle en attendant la reprise de son travail.

De même il nous faut protester contre la fausse matérialisation qui prétend "visionner" le deuxième événement du Jourdain. Nous y revenons dans les notes suivantes.

* Enfin, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, un commentaire général a écrasé les orientations particulières que chaque évangéliste donne aux deux événements : le "dialogue" entre Jean et Jésus avant que leur routes ne se séparent nettement et l'expression de la voix divine.

Il est normal que la première réaction de tout lecteur porte sur une meilleure connaissance des faits et gestes de Jésus et il est compréhensible qu'il se penche sur les témoignages "sérieux" de préférence aux "belles histoires" dont on les a souvent bercés. Mais il faut admettre la "nature particulière" de ces écrits. Il ne s'agit pas d'un reportage à la manière moderne, il s'agit d'un partage entre chrétiens unis par la foi en une même personne, Jésus. Chaque auteur apporte sa contribution à la perception d'un "mystère" qui se trouve approfondi par complémentarité.

Le livre de Simon Legasse "Naissance du baptême" (Cerf Lectio divina) fournit de nombreuses précisions à l'encontre des confusions que nous venons de mentionner.

Eléments de clarification concernant les événements du Jourdain. (éléments valables pour tous les évangélistes)

1. Le fait que Jésus se soit volontairement soumis au baptême de Jean peut être difficilement mis en doute. Ce geste pouvait être interprété comme une infériorité de Jésus par rapport à Jean. Il a du gêner les premiers chrétiens, surtout à cause de leurs polémiques avec le groupe des anciens disciples de Jean dont parlent les Actes (18/24). On conçoit difficilement que les premières communautés chrétiennes aient eu l'idée de "l'inventer".

2. Mais, il importe de prendre en compte la séparation que respectent tous les évangélistes entre les deux "événements du Jourdain". Comme en témoignent les Actes, il est indéniable que "le baptême de Jean" a servi de référence de temps pour les "débuts" de l'aventure chrétienne, en font foi le discours de Pierre lorsqu'il propose de remplacer Juda (Actes 1/22), et celui qu'il adresse à Corneille (10/37). Ce dernier texte, cependant, ajoute "l'onction de l'Esprit", "après le baptême de Jean".

3. Il importe également de prendre en compte le genre littéraire qu'ont adopté tous les évangélistes pour présenter l'impulsion décisive de l'Esprit en Jésus, au départ de sa mission publique.

Le père Boismard, dans sa Synopse "(volume 2 p.83), présente clairement ce que ce genre littéraire cherchait à traduire.

°- "Selon toute vraisemblance, ce n'est pas parce que Jésus aurait reçu l'Esprit de façon visible que les communautés chrétiennes en ont conclu qu'il enseignait et guérissait sans l'influence de cet Esprit. A l'inverse, c'est parce que Jésus enseignait avec sagesse et guérissait les malades que les premières communautés chrétiennes en ont conclu qu'il possédait l'Esprit de Dieu et donc qu'il était Celui qu'avait annoncé Isaïe.

Forts de cette conviction, fondée non sur des rêves mais sur l'expérience réelle des actions et de l'enseignement de Jésus, les apôtres et, à leur suite la tradition évangélique, ont voulu exprimer cette réalité dans un récit dont les résonances théologiques, en appui sur les annonces prophétiques de l'Ancien Testament, sont indéniables.

Et si ce récit a eu pour cadre le baptême de Jésus, c'est parce que ce baptême marquait, en fait et au regard des contemporains, le moment où Jésus reçut (ou manifesta) l'impulsion décisive pour sa mission messianique.

°- Il en va de même pour "la voix céleste". Rien n'oblige à croire qu'une voix, physiquement audible, a retenti soudain dans le silence du désert.

Elle doit se comprendre essentiellement comme une "révélation intérieure". Le récit évangélique veut exprimer la conviction profonde que Jésus a eu de sa mission messianique, en lien avec cette conscience d'être "Fils", conscience née de son union avec ce Père qu'il retrouve au plus profond de son cœur."

4. Nous sommes ainsi amenés à retrouver par nous-mêmes le sens et la densité des expressions mentionnées à partir des deux sources qui ont conjugué leurs richesses dans l'esprit des rédacteurs.

D'une part, au temps de Jésus, de nombreux textes d'Ecriture nourrissaient l'attente messianique. Les évangélistes ont été amenés à faire un choix parmi les multiples "pistes" qui étaient nées de ce rapport aux écrits anciens. Avec le recul, ce choix permet de saisir ce que les auteurs voulaient "évoquer" dans l'esprit de lecteurs qui restaient sensibles à ce lien en raison de leur formation première.

Pour saisir la pensée de Matthieu, une bonne connaissance des textes d'Ecriture est particulièrement nécessaire. Car ceux-ci ont joué un rôle de va-et-vient entre le passé et le présent. En un premier temps, le passé a permis de comprendre le présent; en raison des modèles de pensée de la culture juive, son apport pour cette compréhension a sans doute été beaucoup plus vaste que nous le soupçonnons. En un deuxième temps, le passé a permis de présenter le présent à des interlocuteurs qui avaient été formés à cette culture.

D'autre part, il nous faut donner toute son importance au témoignage "historique" de Jésus. Pour les évangélistes, il ne s'agissait pas de rapporter une doctrine ou d'illustrer un destin exceptionnel, il s'agissait de fournir à la foi une base concrète, essentielle et irréductible. Désormais le témoignage était connu en son entier par le groupement des souvenirs, il était mieux compris à la lumière de la résurrection, et il était inlassablement approfondi par ceux qui avaient bénéficié d'un rapport vivant avec lui… c'est de ce témoignage que toute émanait, c'est à lui que le choix de toute expression était confronté.

Sur ce point, nous sommes donc amenés à "fonctionner" en sens inverse de la présentation littéraire. Le sens exact qu'il nous faut donner à chaque "titre" concernant Jésus exige que nous fassions converger un certain nombre de paroles et d'actions qui seront rapportées ensuite par la composition du texte.

5. Il nous faut toujours être modestes lorsque nous parlons des références aux textes d'Ecriture, car leur mode d'utilisation nous déconcerte parfois. Nous pouvons cependant mentionner les plus "évidents" Pour vous épargner le temps d'une recherche, voici les textes.

= L'intervention divine est située après que Jésus "soit remonté de l'eau". Cette précision fait penser à l'entrée en Terre Promise (Josué 4/19) lorsque le peuple, lui aussi, était "remonté du Jourdain" sous la conduite de Josué. Le texte du livre de Josué se référait lui-même au passage de la Mer Rouge sous la conduite de Moïse.

Les "tentations au désert" suivront immédiatement les événements du Jourdain et seront présentées par Marc-Matthieu dans l'ordre des tentations d'Israël durant la marche au désert. Nous pouvons donc évoquer un rapport avec les autres références qui présentent la libération future comme un nouvel Exode et assimilent le Messie à un nouveau Moïse. Selon la continuité historique qui marque la culture juive, Jésus revit dans sa personne les étapes de l'histoire passée pour constituer un nouveau peuple.

= Trois textes d'Isaïe concernent la venue de l'Esprit de Dieu sur le libérateur d'Israël…

11/1… "Un rameau sortira de la descendance de Jessé, père de David; de ses racines croîtra un rejeton.

Sur lui reposera l'Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte (au sens religieux) du SeigneurIl ne jugera point d'après ce que voient ses yeux... Il jugera les petits avec justice et prononcera le droit pour les pauvres du pays".

42/1… "Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui je me complais. J'ai fait reposer sur lui mon Esprit. Il répandra la justice parmi les nations. Il ne criera pas, il ne parlera pas haut… Il ne brisera pas le roseau froissé, il n'éteindra pas la mèche prête à mourir. Il annoncera la justice en vérité, il ne faiblira pas et ne se laissera pas abattre.

Moi, le Seigneur, je t'ai appelé selon la justice. Je t'ai pris par la main, je t'ai formé. J'ai fait de toi mon alliance avec le peuple, la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison les captifs, du cachot ceux qui sont assis dans les ténèbres"

61/1... "L'Esprit du Seigneur est sur moi parce qu'il m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, rendre la liberté aux opprimés.

= La mention de "Fils" se retrouve dans le Psaume 2/7: "Le Seigneur m'a dit: Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré; je te donne les nations en héritage, en propriété les extrémités de la terre"

Elle se retrouve également en 2 Samuel 7/14 lorsque Nathan rapporte à David la promesse de Dieu: "J'élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de toi-même et j'établirai fermement sa royauté…Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils"

= La mention de "Fils bien aimé" est plus délicate à relier aux écrits antérieurs. Sous la forme concise qu'adopte certaines traductions, elle se retrouve uniquement en Genèse 22/2 à propos d'Abraham lorsqu'il lui est demandé de sacrifier son fils Isaac. Pour marquer l'ampleur du sacrifice auquel il consent, par trois fois, le texte souligne l'affection du père pour son fils. Mais Matthieu introduit un article: "Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé" sentiment d'affection dont Isaïe faisait bénéficier le Serviteur en même temps que le don de l'Esprit.

Particularités de la présentation de Matthieu

* Ce qui vient d'être précisé au sujet des récits évangéliques s'applique surtout au texte de Marc, sans doute le plus ancien. Bien entendu, Matthieu n'en change pas l'essentiel, mais il est toujours intéressant de percevoir les "notes" personnelles qu'il apporte.

- Il est le seul à introduire l'événement en précisant que Jésus vient "de Galilée"; il supprime la précision "de Nazareth" qu'apportait Marc et ajoute "pour se faire baptiser". Il évoque ainsi plus directement "la Galilée des nations" (4/15) où Jésus donnera rendez-vous à ses apôtres après la résurrection pour les envoyer au monde entier (28/16) .

- Il est le seul à mentionner les réticences du Baptiste. Jésus admet leur légitimité mais introduit l'idée d'un temps intermédiaire, "pour l'instant", il envisage donc un autre temps où la "logique" conventionnelle devra céder le pas à une autre perception. Ce renversement est situé en projet divin et en perspective de dépassement puisqu'il s'agit "d'accomplir toute justice", le mot "justice" étant à prendre au sens religieux.

- Matthieu semble s'inspirer du prophète Ezéchiel et de la vision qui ouvre le livre qui porte son nom (1/1): "J'étais parmi les déportés, près du fleuve Kobar. Les cieux s'ouvrirent et je vis…

(2/1) J'entendis la voix de quelqu'un qui me parlait. Il me dit: "Fils d'homme, tiens-toi debout et je te parlerai". Comme il me parlait, l'Esprit entra en moi et me fit tenir debout. J'entendis celui qui me parlait et il me dit: "Fils d'homme, je t'envoie vers les enfants d'Israël, vers les peuples rebelles qui se sont révoltés contre moi'… Qu'ils t'écoutent ou ne t'écoutent pas, ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux, n'aie pas peur d'eux"…

- la présentation du deuxième événement est nettement organisée en deux temps introduit par "et voici"… Au premier, c'est Jésus qui "voit l'Esprit descendre et venir sur lui"… Au deuxième, la "voix qui vient des cieux" s'adresse aux assistants pour insister sur trois liens significatifs avec Dieu : Fils - aimé - en tant que Serviteur.

Piste possible de réflexion : "le choix" des mots… "le risque" des photos…

Les deux "événements" du Jourdain

Il importe de remarquer que ces versets ne se réfèrent pas à un événement du Jourdain, mais à deux événements distincts: le baptême de Jésus par Jean et l'impulsion de l'Esprit en Jésus. Ceci est d'ailleurs le fait des trois premiers évangélistes.

1.- Jésus se présente de Galilée… Cela peut nous paraître normal puisque ce lieu a été précisé auparavant comme région de son enfance. Matthieu se garde cependant de préciser "Nazareth", car, pour lui, la Galilée est plus qu'une région perdue au Nord de la Palestine, loin de Jérusalem. Elle a une résonance universelle. Le prophète parlait déjà de la "Galilée des nations", en raison des contacts qu'elle permettait avec les régions païennes… Et surtout, les apôtres se souvenaient que la Galilée avait été le lieu où Jésus leur avait donné rendez-vous en premier contact après la résurrection… C'est de là qu'était partie leur mission aux quatre coins du monde et de l'histoire.

Matthieu unit à ce déplacement le fait du baptême de Jésus par Jean. Il en parle comme d'un événement connu et admis. Bien entendu, il ne pouvait pas s'agir du baptême chrétien, Jésus ne pouvait pas être baptisé en son propre nom. Il s'agissait d'un rite d'ablution emprunté aux habitudes religieuses de l'époque. D'ailleurs Matthieu insiste très peu sur le sens que le Baptiste lui donnait en le proposant aux foules. Il l'oriente simplement vers le pardon des péchés en raison d'une proximité nouvelle du Royaume.

Cette référence aide à comprendre les réticences de Jean. Celles-ci permettent à l'auteur d'introduire deux précisions. L'insistance de Jésus porte sur "l'instant présent" et le geste de se "se plonger dans le Jourdain" vise à "accomplir", c'est-à-dire à mener à son achèvement, "toute justice", c'est-à-dire le projet divin de l'incarnation.

2.- un deuxième événement est présenté comme nettement séparé du premier: l'impulsion décisive de l'Esprit.

Gardons-nous d'une confusion assez fréquente. Il ne s'agit pas du don de l'Esprit. Matthieu a bien précisé auparavant que Marie s'est "trouvée enceinte de l'Esprit-Saint". Dès sa conception, l'Esprit était donc en Jésus et Jésus vivait de l'Esprit. Le mystère de cette unité intérieure nous échappe, mais n'allons pas imaginer que l'Esprit serait "reparti" vers sa tranquillité éternelle en attendant la reprise de son travail.

Par la suite, selon les Actes des Apôtres, le deuxième événement sera rapproché du premier comme référence de date, mais il est essentiel de souligner que son sens est différent. Pour l'évangéliste, il s'agit d'aborder ce qui a trait à une manifestation plus explicite de cette unité pré-existante. Cette visibilité n'avait pas éclairé totalement ce qui restera toujours "mystère", pourtant l'engagement historique de Jésus projetait quelque lumière sur le "vrai visage" que nous pouvons désormais donner à ce monde inconnu.

C'est donc avec précaution qu'il tente de traduire la "densité" de cette impulsion de l'Esprit. S'adressant à une communauté majoritairement juive, il adopte un genre littéraire et un vocabulaire qui leur sont familiers. Il n'en est pas de même pour nos esprits modernes et c'est pourquoi il est nécessaire d'en dire quelques mots.

Genre littéraire du deuxième événement

* Il nous faut éviter soigneusement de faire une lecture "merveilleuse" de la manifestation de l'Esprit, alors que Matthieu nous invite à une lecture "sérieuse"…

Ce n'est pas parce que Jésus aurait reçu l'Esprit de façon spectaculaire que les communautés chrétiennes en ont conclu qu'il enseignait et guérissait sous son influence. Elles n'ont pas plus exprimé cette référence à la manière dont nous répétons des "formules" de catéchisme avant même d'en comprendre la nature et la portée. Elles ont d'abord reçu le témoignage de quelqu'un qui s'était "plongé" dans l'humanité de leur temps et y avait construit un exemple concret.

La densité unique de ce vécu leur posait une double question… La première concernait l'origine "intérieure" de cet engagement. Les plus lucides des contemporains percevaient la profondeur du visage "humain et déconcertant" qu'avait revêtu l'activité publique. C'est donc parce que Jésus enseignait avec sagesse et posait un certain nombre d'engagements précis que les premières communautés chrétiennes en ont conclu qu'il possédait l'Esprit créateur de Dieu. La conviction des apôtres ne reposait pas sur des rêves ou des doctrines, elle reposait sur l'expérience réelle d'actions et d'enseignements.

Par ailleurs, dans le cadre juif où s'était exercé ce rayonnement, le lien avec les espérances passées était tout aussi spontané. Il fonctionnait à double sens. D'une part, Jésus actualisait l'annonce des prophètes, il "accomplissait" le passé, obligeant à un certain tri parmi les multiples virtualités envisagées. En retour, certaines de ces virtualités permettaient de mieux comprendre la portée de son témoignage.

Par la suite, la tradition évangélique a tenu à en confirmer la réalité "historique". Il était alors normal que ce récit soit situé juste après le baptême de Jésus, puisque celui-ci marquait, en fait et au regard des contemporains, le moment où Jésus avait manifesté l'impulsion décisive qui amorçait sa mission messianique.

* Il en va de même pour "la voix céleste". Rien n'oblige à croire qu'une voix, physiquement audible, a retenti soudain dans le silence du désert. Une partie des "paroles" appliquées à Jésus sont extraites du premier passage d'Isaïe concernant le mystérieux "Serviteur" que Dieu devait envoyer. Il était dit (42/1). "En lui je me suis complu… j'ai mis mon Esprit sur lui". Les commentaires rabbiniques dissertaient longuement pour savoir qui était désigné par le mot "Serviteur". Matthieu tranche en faveur de Jésus mais il "élève" la citation en ajoutant la mention de "Fils".

Comme précédemment, un "mouvement" d'intelligence s'impose. Il nous faut toujours partir de l'ensemble du témoignage que les évangélistes détaillent dans leurs œuvres. A cette place la citation anticipe les faits qui interviendront ensuite et permettront de lui donner sa juste portée. D'ailleurs, Matthieu la reprendra et la poursuivra en conclusion des "signes" qu'opèrera Jésus (12/18). Il n'y a là rien d'étonnant car ce sont ces faits qui fournissent son expression au deuxième événement du Jourdain, et non l'inverse.

Le rapport "critique" entre les deux événements

Le vrai sens du deuxième événement en appelle donc à ce qui sera exposé longuement dans la suite. Cette méthode d'anticipation se comprend dans le contexte messianique et la tournure littéraire qui caractérisaient le monde juif au début de notre ère. Pourtant elle n'était pas sans risque lors de la diffusion universelle ultérieure.

* Il est relativement facile de préciser les craintes de Matthieu, car nous rencontrons quotidiennement cette difficulté.

Lorsque nous voulons rapporter un témoignage auquel notre interlocuteur n'a pas été associé directement, les mots revêtent une grande importance. Pour une meilleure communication, nous empruntons au vocabulaire courant ceux qui nous paraissent les plus évocateurs en vue de sensibiliser à l'événement. Mais le sens des expressions que nous choisissons n'est pas forcément le même pour notre auditeur. Par ailleurs, les mots véhiculent fréquemment des clichés ou des à priori dont beaucoup sont personnels et le plus souvent inconscients. Bien entendu, nous comptons sur la suite de notre exposé pour préciser les choses et rectifier les erreurs d'interprétation. Mais il est à craindre que les clichés et les a priori continuent de faire obstacle et parfois neutralisent notre souci d'une plus grande clarté.

* Le domaine religieux est particulièrement sensible à ce "cancer" des clichés et  à des a priori. Par nature, le monde divin échappe à toute expérimentation ou investigation. "Dieu, personne ne l'a vu"… il faudrait donc se taire. Pourtant, on ne peut dénier toute valeur à l'intérêt qui lui est porté et au désir sincère d'intégrer sa référence à l'orientation de nos vies. C'est alors que s'introduit dans notre recherche "l'imaginaire" qui hante toute intelligence humaine. En expression courante, sa contamination ne prête pas à conséquence, il permet même un meilleur échange. Mais au plan chrétien ses effets risquent d'être catastrophiques.

Car, c'est à cet "imaginaire" habituel que Jésus s'est attaqué au nom de Dieu et au nom de l'homme. Il ne s'est pas contenté de critiquer le "fonds commun" qui rapproche la plupart des penseurs religieux lorsqu'ils présentent Dieu en Etre suprême, extérieur au monde, réglant le destin de tous et lorsqu'ils relèguent l'homme à son rang de créature imparfaite, n'ayant d'autre issue que de s'en remettre à une Volonté supérieure… Jésus a refusé catégoriquement cette approche et, en sa propre personne, il a introduit un nouvel "imaginaire", révélant un autre visage de Dieu engendrant un autre visage de l'homme.

* Il ne l'a pas fait en proposant une nouvelle théorie, il l'a fait en vivant un témoignage concret dans le cadre de la civilisation juive du premier siècle de notre ère. Et c'est là que nous rejoignons les craintes de Matthieu lorsqu'il s'agit d'exprimer et de transmettre un tel capital. Faute de support visuel, il est nécessaire de recourir aux mots courants que se sont forgés d'autres civilisations. Empruntés à une ambiance religieuse différente de l'ambiance historique, ces mots risquent d'être piégés et leur dérive risque même de rejaillir sur l'écoute des faits qui en donnent le vrai sens.

Limitons-nous à l'exemple d'aujourd'hui. L'évangéliste prête à la voix céleste des citations d'Isaïe. Leur référence biblique est riche du sens de Dieu et du sens de l'homme qu'a purifiés le travail de nombreux prophètes. Leur intitulé complet guidera ensuite la présentation des premiers engagements de Jésus au service des malades et des pauvres. Mais qui le soupçonne parmi les chrétiens qui viennent d'entendre ces versets et qui en poursuivront la lecture? En raison de leur formation, il y a de fortes chances que le vocabulaire déclenche en eux "l'imaginaire déiste habituel" et que celui-ci contamine les récits ultérieurs qui devraient le rectifier. Avant même d'en avoir pris connaissance, ils risquent de dériver : "il était normal que Jésus ait la capacité de réaliser ces signes puisqu'il était fils de Dieu".

* Le rapprochement entre les deux événements du Jourdain joue alors parfaitement son rôle. Dans l'intention de Matthieu, le premier doit servir de pare-feu à l'encontre des dérives qui menacent la lecture du second. Il sert de prélude aussi bien à la présentation de l'impulsion de l'Esprit qu'à la lecture des enseignements et actions de Jésus. Il oblige à adopter une tournure d'esprit qui, le plus souvent, n'est pas spontanée lorsqu'il s'agit d'aborder les initiatives divines.

L'évangéliste accentue la sobriété de la venue de Jésus. Il vient de la "Galilée", région méprisée au nord de la Palestine, il se mêle aux foules anonymes qui demandent le baptême de Jean. Ce style anticipe celui que le lecteur devra "reconnaître" lorsqu'il s'agira de l'enseignement et l'action bienfaitrice de Jésus. La tentation sera grande alors de réagir selon "l'imaginaire" habituel. Pourtant il ne s'agira pas de partir "vers le haut" en émerveillement mystique selon les clichés courants… il s'agira de partir "du bas", de la manière dont Jésus a voulu "se plonger" dans notre humanité.

C'est donc dès le départ que Matthieu invite à donner priorité à la simplicité et à l'humanité du témoignage. Pour lui, c'est la seule façon "d'accomplir toute justice", c'est-à-dire de correspondre au "style" que Dieu a choisi pour nous apporter le salut en Jésus.

Des textes pour aujourd'hui ?

* En reliant notre actualité au passage de ce dimanche, nous pouvons facilement percevoir la persistance des handicaps que Matthieu dénonçait à propos du vocabulaire et des modèles de pensée qu'ils génèrent. Deux d'entre eux sont particulièrement évidents.

En première formation, beaucoup d'entre nous (et pas seulement les plus anciens) ont été habitués à fonctionner à l'envers du mouvement de révélation adopté par Jésus. Au catéchisme nous avons appris avec docilité des définitions qui paraissaient satisfaisantes, au nom d'une certaine logique et de convenances adaptées à cet âge. Ensuite seulement, nous nous sommes préoccupés d'en comprendre la signification… nous nous sommes alors tournés vers l'évangile… Mais combien de nos compagnons d'enfance n'ont jamais perçu Jésus comme chemin, vérité et vie sur la base de son évangile et de sa présence actuelle.

Au plan du vocabulaire, il a fallu la réforme liturgique pour que soient abordées les difficultés que présentait depuis longtemps le langage théologique et liturgique. Mieux renseignés sur leur relativité "historique", nous n'accordons plus aux paroles une valeur sacrée immuable. Nous souffrons du décalage qu'elles entretiennent avec les mentalités modernes. Mais que de lenteurs pour s'affranchir d'une expression qui date du Moyen Age et du déisme qui a tout contaminé à la suite de la querelle catholiques-protestants.

*Il est facile de repérer la survie d'un certain nombre de modèles de pensée en raison des "clichés" qu'ils suscitent. Ils concernent non seulement le monde divin, mais également la manière dont Jésus a traduit le lien privilégié qu'il vivait dans cette référence.

C'est alors que la méthode de Matthieu nous est précieuse.

- Jésus doit toujours "venir de Galilée", nous n'avons rien à craindre d'une simplicité et d'une humanité qui ouvrent à l'universalité. Il est courant d'entendre certains reprocher aux commentaires de trop parler de l'humanité de Jésus et pas assez de sa divinité.

C'est ne rien comprendre au mouvement du témoignage qu'a tracé Jésus. Celui-ci ne peut pas être dit Fils de n'importe quel dieu car ses engagements et ses enseignements ont été la contestation la plus virulente à l'encontre d'une conception déiste devenue habituelle.

- Il nous revient également de toujours "plonger Jésus" dans notre actualité. Si nous voulons rendre compte de la densité d'humanité qui nous enrichit, il ne suffit pas de répéter un Credo formulé aux premiers siècles. Il importe de poursuivre l'effort d'évolution et d'adaptation qui a permis un rayonnement devenu universel. Il n'est jamais facile de "faire le passage" au plan des différents vocabulaires et modèles de pensée qui naissent au rythme de l'histoire. Mais, selon le symbolisme biblique, le Jourdain reste à jamais le "signe" d'un passage libérateur.

- Nous nous trouvons alors au cœur de la situation que le texte de Matthieu "balise" avec netteté. D'une part, "le Royaume est approché et il nous faut le redire ; d'autre part, cette proximité s'est traduite de façon très concrète, "en Jésus l'Esprit s'est engagé selon le symbolisme de la colombe" c'est-à-dire en dynamique de création

Mise à jour le Dimanche, 19 Janvier 2014 15:05
 
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