Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : Fête de l'Ascension

 

Actualité


Textes et commentaires proposés antérieurement pour la fête de l'Ascension.

En Année A, la liturgie propose la finale de Matthieu. Un double cheminement ressort de la présentation littéraire, d'où la piste possible : "l'ascension des disciples à la lumière de l'ascension de Jésus": le jumelage de ces deux ascensions - les deux activités de tout disciple en service d'ascension.

En Année B, la liturgie propose la finale de Marc, d'où la piste possible : "la continuité de l'Ascension" : l'évangile de Marc = une ascension qui ne dit pas son nom - la finale de Marc = au départ d'une même ascension.

En Année C, se trouvent concentrés les essais de rectification ou de précision.


Evangile  

Evangile selon saint Luc 24/46-53

Au jour de Pâques, premier volet de l'apparition en cadre communautaire : 1) Jésus montre ses mains et ses pieds… 2) Jésus mange une part de poisson grillé… 

3) Jésus leur dit : "Telles sont mes paroles que je vous adressais, étant encore avec vous: Il faut que soit accompli tout ce qui se trouve écrit à mon sujet, dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes" 

Alors il ouvrit grande leur intelligence pour comprendre les Ecritures

deuxième volet amorcé sur la base d'une compréhension plus profonde des Ecritures : la proclamation universelle 

1) Et il leur dit : "Ainsi se trouve-t-il écrit que le Christ souffrirait - et qu'il se dresserait d'entre les morts le troisième jour - et que seraient proclamées en son nom la conversion et le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. 

2) Vous êtes témoins de ceci.  

3) Et voici : moi, j'envoie sur vous la promesse de mon Père. Vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une puissance venue d'en haut ". 

épilogue

Puis il les emmena jusqu'auprès de Béthanie et, ayant levé les mains, il les bénit.

Et il arriva, pendant qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté vers le ciel.

Et eux, s'étant prosternés devant lui, retournèrent à Jérusalem avec grande joie. Et ils étaient continuellement dans le Temple à bénir Dieu.

Texte parallèle chez Marc 16/14-20

" Finalement, à eux, les Onze qui étaient à table, il se manifesta et il reprocha leur non-foi et leur dureté de cœur parce qu'ils n'avaient pas eu foi en ceux qui l'avaient contemplé réveillé.

Et il leur dit : Allant dans le monde tout entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création… Des signes accompagneront ceux qui auront eu foi …

Le Seigneur Jésus, lui, après leur avoir parlé, fut emporté vers le ciel et il s'assit à la droite de Dieu. Ceux-là, cependant, étant sortis, proclamèrent partout, tandis que le Seigneur oeuvrait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui  l'accompagnaient."

Mentions chez Jean dans le Discours après la Cène

14/2 " Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures; sinon est-ce que je vous aurais dit : 'Je pars vous préparer une place'… 16/7 " Je vous dis la vérité : 'c'est votre avantage que je parte, car, si je ne pars pas, l'Esprit Paraclet ne viendra pas vers vous, mais si je pars, je vous l'enverrai."

Texte des Actes des Apôtres Actes 1/1-11

En raison de la piste de réflexion que nous proposons, il est utile de faire ressortir la composition du texte des Actes (cinq unités très "typées" par référence aux temps successifs que vécurent les disciples au départ de leur mission)

1) insistance sur la totalité du temps de la présence visible de Jésus.1-3. "Mon cher Théophile, dans mon premier livre, j'ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le commencement jusqu'au jour où il fut enlevé, après avoir donné ses ordre aux apôtres qu'il avait choisis par l'Esprit-Saint.

C'est à eux qu'il s'était montré vivant après sa Passion : il leur en avait donné bien des preuves alors que, pendant quarante jours, il leur était apparu et leur avait parlé du Royaume de Dieu."

2) directives pour le temps entre Ascension et Pentecôte.4-5. "Tandis qu'il prenait un repas avec eux, il leur prescrivit de ne pas quitter Jérusalem mais d'y attendre la promesse du Père : "que vous avez appris de moi. Jean a baptisé avec de l'eau ; mais vous, c'est dans l'Esprit-Saint que vous serez baptisés d'ici quelques jours."

3) directives pour le temps de la mission.6-8. "Alors qu'ils étaient rassemblés autour de lui, les apôtres lui demandaient : "Seigneur, est-ce en ce temps que tu vas rétablir la royauté en Israël ? " Jésus leur répondit : " Il ne vous appartient pas de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité.

Vous allez recevoir la force de l'Esprit-Saint qui vient sur vous et vous serez mes témoins, tant à Jérusalem que dans toute le Judée et la Samarie et jusqu'à l'extrémité de la terre."

4) durée du temps de la mission jusqu'au retour à la fin des temps.9-11. "Après avoir dit cela et tandis qu'ils regardaient, il s'éleva et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s'en allait, voici que deux hommes en vêtements blancs se trouvaient à leurs côtés et disaient : " Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus, qui vous a été enlevé pour le ciel, viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel."

5) fin de "l'anneau" entre Ascension et Pentecôte, retour au récit historique.12-14. "Alors, du Mont appelé "des Oliviers", ils regagnèrent Jérusalem… Quand ils furent rentrés, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient… Tous, d'un même cœur, étaient assidus à la prière, avec quelques femmes dont Marie, la mère de Jésus, et avec ses frères."

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Luc concentre à Jérusalem les événements du jour de Pâques. Il s'ensuit le "jour le plus long" qui, apparemment, se termine par l'ascension. L'évangéliste retient trois épisodes successifs dont le point commun est la référence aux Ecritures: 

- lors de la visite des femmes au tombeau, la mention des Ecritures est au centre en forme de rappel: "deux hommes en habit resplendissant : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Souvenez-vous comme il vous a parlé en Galilée, en disant du Fils de l'homme qu'il lui faut être livré et être crucifié et le troisième jour se dresser."

- sur la route d'Emmaüs, la mention des Ecritures est au centre, évoquée de façon globale et sans être présentée comme un rappel : "ayant commencé depuis Moïse et tous les prophètes, il leur interpréta dans toutes les Ecritures les choses au sujet de lui-même."

- l'expérience communautaire du groupe réuni autour des Onze comporte deux volets : le premier volet enchaîne trois "preuves" : 1) Jésus montre ses mains et ses pieds… 2) Jésus mange une part de poisson grillé… 3) Jésus rappelle de façon globale la mention qu'il faisait des Ecritures… Le deuxième volet s'amorce sur la base d'une compréhension plus profonde des Ecritures : 1) la proclamation universelle est inscrite dans les Ecritures après la mort et la résurrection… 2) les apôtres sont les témoins … 3) Jésus va leur envoyer la promesse du Père…

Les deux textes d'Ascension

Ce que l'on remarque en premier chez Luc, ce sont les différences entre les deux récits de l'Ascension. Il importe de se souvenir que la liturgie les présente en ordre inverse : d'un point de vue "historique" concernant la composition, la plus "ancienne" présentation est celle de l'évangile. L'auteur le dit explicitement, c'est sur cette la base qu'a été composée la deuxième présentation.

A la place où les textes se situent, il est possible de détecter les orientations différentes du même fait qu'est l'éloignement apparent de Jésus.

Le premier récit se situe en finale d'une "révélation progressive" de la personne de Jésus. Les derniers passages se concentrent sur les deux difficultés des apôtres : ils ont du mal à "admettre" la passion comme pièce essentielle de la messianité de Jésus et ils ont du mal à "admettre" la résurrection. Les trois mentions des Ecritures, héritage de leur formation juive, marquent une progression. 1. Aux femmes, les anges "rappellent comment Jésus a parlé" et enchaînent "la passion, la crucifixion et la résurrection"… 2. L'explication que Jésus donne aux disciples d'Emmaüs porte principalement sur "les souffrances pour entrer dans la gloire".Nous restons sur notre faim pour connaître plus précisément "ce qui le concernait, en commençant par Moïse et en parcourant les prophètes"… 3. Seule la communauté rassemblée bénéficie d'une ouverture d'esprit à l'intelligence des Ecritures", mais alors apparaît une nouvelle perspective issue du groupe littéraire "Loi de Moïse, Prophètes et Psaumes". Il s'agit de "proclamer au Nom de Jésus le repentir pour le pardon des péchés à toutes les nations".

Sans autre détail, au terme "d'un des jours les plus longs", "Jésus se sépare d'eux et est emporté au ciel.". A son habitude, Luc "accroche" discrètement les Actes des Apôtres à son Evangile.

Car, le deuxième récit ouvre le temps effectif de l'Eglise. La plénitude de l'Esprit ne sera mentionnée qu'à la Pentecôte en animation de la mission. Mais la continuité de son action est précisée dès les débuts de la nouvelle organisation d'où germera l'Eglise. Le remplacement de Judas par Matthias en sera le premier acte.

Les deux "suppléments" du deuxième récit sont significatifs. Lorsqu'il écrit, Luc a une bonne connaissance des premiers temps de l'Eglise, il sait les conditions difficiles dans lesquelles s'est développée la communauté chrétienne par la suite. Il introduit donc dès les premiers versets deux mises en garde dont il connaît l'importance en rapport avec les tendances spontanées héritées d'une formation juive. Il attribue la première mise en garde à Jésus lui-même, car elle ressort de tout son témoignage antérieur : il ne s'agit pas de "rétablir la royauté en Israël". Il attribue la deuxième mise en garde à une apparition de "deux hommes vêtus de blanc".Il s'agit d'un retour glorieux de Jésus que, pendant longtemps, les premiers chrétiens ont cru proche du temps qu'ils vivaient".

* Il est certain que Luc ne nous facilite par le travail pour discuter avec nos contemporains des questions de "matérialité" concernant Jésus ressuscité après l'Ascension.

Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens (15/5); Paul dressera une longue liste des apparitions de Jésus. Nous y retrouvons les premiers témoins que nous connaissons, mais cette liste s'étend jusqu'à Paul dont la conversion ne peut être située que plusieurs années après l'ascension. Dans cette apparition personnelle, comment Paul a-t-il pu reconnaître Jésus puisqu'il ne l'avait jamais rencontré physiquement ?

En 16/7, "l'Esprit de Jésus ne permit pas à Paul et Timothée d'entrer en Bythinie". Cette référence à l'Esprit est conforme à la présentation des Actes où l'Esprit anime l'extension de la prédication. Mais, quelques versets plus loin, c'est une "vision" personnelle qui fixe Paul à Corinthe afin qu'il y poursuive sa prédication. L'esprit est ensuite mentionné en 20/23 comme "avertissant Paul des tribulations qui vont l'accabler", mais en 22/21 , c'est "le Seigneur qui vient le trouver et l'oriente, loin de Jérusalem, vers les païens" et en 23/11, c'est toujours le Seigneur qui oriente vers Rome la poursuite de son témoignage.


Piste possible de réflexion : les deux récits d'ascension et la mission de tout disciple 

Nous venons de lire deux textes d'un même auteur : saint Luc. Ils rapportent un même événement : celui que nous avons pris l'habitude d'appeler l'Ascension du Seigneur. Nous trouvons assez logique de disposer ainsi de deux récits, le premier concluant le  troisième évangile, le second introduisant le livre des Actes des Apôtres.

Pourtant, les différences entre les deux textes devraient nous inciter à aller plus avant dans l'examen attentif de leurs présentations. Bien entendu, ces différences ne sont pas essentielles si nous nous situons au seul plan du "scénario" concernant l'événement. D'ailleurs, téméraire est celui qui peut entrer dans le détail d'un événement dont Luc se plaît à brouiller toute description pour nous rappeler l'essentiel : l'ascension est à la fois une évidence et un donné de notre foi : Jésus poursuit sa présence parmi nous, mais il l'exprime en mode différent de son incarnation "historique". En tant que ressuscité, il nous est présent en Esprit, ce qui ne fait qu'accentuer la lumière et le soutien qui répond à notre foi.

Une question "légitime" surgit de ces différences de présentation. Il est bénéfique de nous la poser : pourquoi le même auteur a-t-il éprouvé le besoin de reprendre un premier exposé, d'en sélectionner quelques éléments et de leur ajouter quelques notes plus précises ? La réponse est relativement simple. Les deux récits se complètent et nous n'avons que profit à prendre en compte cette lumière réciproque comme base de notre réflexion.

Le premier récit se situe en finale du troisième évangile, donc en finale d'une "révélation progressive" de la personne de Jésus. Il est nettement orienté en ce sens : l'ascension ne supprime pas le témoignage de Jésus, elle s'appuie sur lui et lui donne valeur universelle. Mais elle oblige également à mieux l'approfondir. Grâce à son incarnation, Jésus s'est exprimé "totalement" dans le présent d'un engagement humain assumé jusqu'au drame. Certes, historiquement, il a "éclairé" le concret de cette révélation en la menant dans le cadre du judaïsme. Il a ainsi facilité la perception de son enracinement dans le passé, donc dans les Ecritures. Mais il a également marqué les limites de cette référence, particulièrement en ce qui concerne le passage délicat par la passion pour déboucher sur la résurrection.

Cette période est maintenant close. La résurrection a éclairé l'issue sur laquelle débouchait le témoignage de Jésus. Il est désormais "entré dans sa gloire"; il en résulte une double conséquence: ceci lui permet de demeurer "présent à toutes les routes humaines", même s'il vit cette présence autrement. Par ailleurs, cette issue lève les multiples confusions qui demeuraient quant à l'interprétation des Ecritures.

Le deuxième récit ouvre le temps effectif de l'Eglise. La position de Luc est donc légèrement différente. Même s'il appartient à la seconde génération des chrétiens convertis, il a une bonne connaissance des premiers temps de l'Eglise et nous retrouvons en arrière-plan de ce passage l'amorce de l'état d'esprit qui portera tout le livre des Actes.

Les Actes des apôtres se présentent moins comme un compte-rendu détaillé des événements que comme une réflexion que suscitent leur déroulement et surtout leur portée. Luc ne cachera pas les conditions difficiles dans lesquelles s'est reconstituée la communauté chrétienne après Pâques. Il mentionnera les difficultés externes, les oppositions et les incompréhensions de l'entourage. Mais il analysera également les difficultés internes, tant celles qui porteront sur l'organisation du groupe que celles qui encombreront la compréhension même de ce message et son ouverture universelle.

Nous percevons alors l'intérêt que nous pouvons tirer de la comparaison entre les deux présentations. La deuxième se veut très concrète ; elle introduit une nouvelle perspective que confirmeront les récits qui suivront. Au temps de Luc il semble que les crises des premiers temps aient été surmontées, mais il craignait que celles-ci ne préfigurent d'autres crises au long de l'histoire. Et nous sommes bien placés pour constater que les pesanteurs des premières communautés chrétiennes se retrouvent à toute époque. En nous mettant à l'écoute du récit des Actes, nous rejoignons notre actualité.

1er point : l'importance du témoignage passé

Il paraît normal que Luc évoque en priorité l'ensemble du témoignage de Jésus. Cette connaissance sera d'ailleurs exigée lors du choix de Matthias en remplacement de Judas, "depuis le baptême de Jean jusqu'au jour où Jésus nous fut enlevé"… Mais il est intéressant de saisir la difficulté qu'envisage l'évangéliste sur ce point. En raison de leur culture juive, les disciples ont du mal à "admettre" la passion comme pièce essentielle de la messianité de Jésus et ils ont du mal à la relier à la résurrection. Celle-ci ne supprime pas l'épreuve qui précède, elle l'intègre dans son mouvement. Les contresens pouvaient en effet porter sur les deux extrêmes du témoignage : le "style" historique de Jésus avait été différent de celui du Baptiste et son originalité avait été ressentie surtout au départ de son ministère, quelques années plus tard, c'était sa nouvelle présence ressuscitée qui se trouvait menacée par les dérives habituelles de l'imaginaire religieux.

Les trois passages des Ecritures qui sont mentionnés entre passion et ascension marquent la progression que souhaite l'évangéliste. 1. Aux femmes, les anges "rappellent comment Jésus a parlé" et enchaînent "la passion, la crucifixion et la résurrection"… 2. L'explication que Jésus donne ensuite aux disciples d'Emmaüs porte principalement sur "les souffrances pour entrer dans la gloire". Nous restons cependant sur notre faim pour connaître plus précisément "ce qui le concernait, en commençant par Moïse et en parcourant les prophètes"… 3. Seule la communauté rassemblée bénéficie d'une ouverture d'esprit à l'intelligence des Ecritures": alors apparaît une nouvelle perspective issue du groupe littéraire "Loi de Moïse, Prophètes et Psaumes". Il s'agit de "proclamer au Nom de Jésus le repentir pour le pardon des péchés à toutes les nations".

Cette perspective avait été développée par l'enseignement passé, mais le sens que les prophètes donnaient à cette universalité se présentait comme le rassemblement des nations à Jérusalem. A leurs yeux, la capitale gardait toute son importance religieuse dans le plan du salut. Luc, en l'an 80, constate l'orientation différente qu'a adoptée la première communauté, non sans mal et sous la pression des événements. Après la ruine de Jérusalem et le succès de ce rayonnement, il ne peut regretter son orientation "historique", mais il tient à atténuer ce changement de cap par rapport aux Ecritures et excuse ainsi les hésitations de la première communauté pour quitter le lieu de l'ascension.

2ème point : l'importance du "temps de l'Esprit" autrement dit de la réflexion…

Nous connaissons la suite des événements et, tout particulièrement, l'engagement de l'Esprit au jour de la Pentecôte. De ce fait, nous risquons de trouver "naturel" cette mention en fin du premier récit et en introduction au second. Or, le soutien de l'Esprit est situé en promesse du Père, c'est-à-dire en perspective de création. Ses "lumières" invitent donc à unir le passé et l'avenir au temps de la naissance de l'Eglise

En deuxième partie de son évangile, Luc avait réparti en symbolisme d'une longue montée vers Jérusalem les enseignements historiques de Jésus concernant l'Eglise. Après Pâques, l'heure est venue de les traduire de façon concrète… travail de mémoire et d'intelligence pour rassembler et ordonner les souvenirs… travail d'approfondissement pour saisir l'ossature du message, ses lignes de force, son originalité… chantier de traduction et courage de la prédication pour répondre à une attente qui dépassera de plus en plus les frontières du judaïsme…

Une mauvaise interprétation du symbolisme de la Pentecôte a déformé l'action de l'Esprit en intervention spectaculaire. Dans les Actes, Luc a le grand mérite d'insister sur la manière dont ce travail a été soutenu par l'Esprit de façon très discrète et très humaine, sans dispenser des lenteurs, des discussions, des hésitations, des avancées et des reculs qui perturbèrent la première communauté. Il sait donc le lien étroit qui existe entre les "promesses" faites par Jésus et l'ouverture difficile au travail de l'Esprit… il sait le temps qui fut nécessaire et le restera aux moments délicats de la vie de l'Eglise… le baptême dans l'Esprit passera toujours par l'intelligence personnelle, la réflexion communautaire, l'audace missionnaire des chrétiens

3ème point : le rêve déiste de la "royauté" et la tentation de "regarder vers le ciel"

Luc sait que d'autres pesanteurs se sont ajoutées à celles qui concernaient la lecture du témoignage fondateur. Très intelligemment il les répartit sur les deux présentations.

En fin de son évangile, Luc insiste sur la troisième orientation que doit suggérer l'intelligence des Ecritures. Outre une bonne compréhension de la passion et de la résurrection, elle ouvre sur la proclamation universelle. Celle-ci ne peut donc être interprétée comme motivée par l'exclusion des premiers chrétiens de la part des autorités juives. En "allant au monde", ceux-ci construisent le dernier maillon de la longue chaîne de salut qu'évoquent les Ecritures.

Mais l'expérience concrète des premiers temps de l'Eglise pousse Luc à introduire en tête de son deuxième récit deux "suppléments" significatifs. Il leur donne la forme de deux mises en garde. Avec le recul, il  est facile de percevoir leur lien avec une mauvaise conception de l'ascension.

Il attribue la première mise en garde à Jésus lui-même, car elle ressort de tout son témoignage antérieur : il ne s'agit pas de "rétablir la royauté en Israël". Malgré la discrétion de Luc sur ce point, ce fut sans doute une tendance spontanée héritée d'une formation juive. Actuellement la question des apôtres concernant le rêve de royauté nous paraît dépassée. Nous savons qu'elle ne l'était pas pour les premiers disciples. Luc, païen converti de la seconde génération et témoin du ravage de la Palestine par les romains en 70, aurait pu la négliger. Or il maintient cette question en dédoublant même à son sujet la "force" de l'Esprit et en rattachant la réponse à l'universalité de la mission.

La deuxième mise en garde est attribuée à une apparition ultime de "deux hommes vêtus de blanc". Elle prémunit contre une espérance que les premiers chrétiens ont longtemps portée, celle d'un retour prochain de Jésus en forme triomphale de fin des temps. Les lettres de Paul nous témoignent de cette espérance. Il faut dire que les persécutions inclinaient à situer ainsi la fin des épreuves. Mais un tel état d'esprit risque de couper court à tout élan missionnaire. Il ne convient pas de "regarder vers le ciel", il s'agit de "regagner Jérusalem" pour vivre la solidarité d'une communauté.

Ascension et témoignage chrétien actuel

Pour mesurer le poids que Luc entendait donner à ce rapprochement des deux récits de l'Ascension, il suffit de nous rappeler le temps où il écrivait et la communauté à laquelle il s'adressait. L'ambiance générale dans laquelle nous sommes plongés, dans le monde et en Eglise, invite au même effort de retour aux sources et aux mêmes mises en garde.

La nécessité d'un retour aux sources s'impose plus que jamais. Aujourd'hui, de nouvelles évolutions suscitent de nouveaux problèmes. Ils ne seront pas résolus dans la passivité ou l'attente d'interventions miraculeuses. Les "promesses" tiennent toujours, mais elles obligent à s'imprégner du véritable Esprit de Jésus.

Ce qui est dit de la référence aux Ecritures juives s'applique tout autant à la référence aux Ecritures chrétiennes. Il ne suffit pas de les encenser, il importe d'en sentir les trois dynamismes : originalité du témoignage initial, attention à une densité d'humanité qui a été réduite à une simple formule… critique de la vision que le déisme du 18ème siècle a introduit dans les mentalités lorsque est évoqué le lien au monde divin… nécessité d'un rayonnement universel à l'encontre des déficits qui poursuivent leur influence sournoise et défigurent la création.

L'exigence de mémoire s'impose pour lire et relire l'Evangile en vue d'en saisir les lignes de force et les nuances vitales susceptibles de nourrir une civilisation nouvelle… L'exigence d'intelligence ne peut se limiter à des recettes "pastorales" alors que l'Esprit invite à exprimer en de nouveaux modèles de pensée la richesse et l'originalité du témoignage… Or ils sont peu nombreux ceux qui vont au-delà d'une connaissance globale des textes et cherchent à les "dépoussiérer". C'est pourtant en soutien de cet effort que nous devons situer l'action de l'Esprit.

Il en est de même de la manière d'envisager la situation présente de Jésus. Combien le situent encore en dehors de notre monde, dans un ciel lointain dont ils espèrent quelques miracles ou quelques protections. En liturgie comme en imagination courante, cette pesanteur est loin d'être illusoire. Une telle attitude est même souvent considérée comme une attitude religieuse "idéale". Elle ne l'est pas en foi chrétienne. Nous ne devons jamais oublier que l'épisode des pèlerins d'Emmaüs symbolise pour Luc la seule manière de vivre l'humanité de l'Ascension. Jésus épouse nos propres routes et il s'y rend présent, même si nos yeux actuels éprouvent quelque difficulté à le reconnaître.

Enfin, nous pouvons rapprocher les textes de l'Ascension de la vie de l'Eglise. En arrière-plan, nous percevons toutes les difficultés qui se rapportent à l'exercice de l'autorité et à l'adaptation des structures pour qu'elles servent la marche de l'histoire. Le poids des traditions et la tentation des retours en arrière entretiennent toujours un climat néfaste. Il n'y a pas un temps idéal de l'Eglise, il y a des temps de l'Eglise. L'image de l'arbre majestueux solidement implanté ne correspond pas à la présentation que Luc précisera ensuite. Il lui préférera l'image du fraisier qui passe de terrain en terrain en libérant ses virtualités à partir du milieu où il lui est donné de s'arrêter provisoirement.

En rapport avec la mission qu'il nous revient de poursuivre, nous pouvons ajouter une dernière référence dont nous n'avons pas encore eu l'occasion de parler. Le deuxième récit trace l'itinéraire que Jésus conseille à ses amis. Il mentionne le passage en Samarie avant de rejoindre "les extrémités de la terre". Il y a certainement plus qu'une précision géographique. Cette particularité risque de nous échapper. Il vaut donc la peine de nous y arrêter.

Historiquement, les secteurs de rayonnement de la première communauté hors de Jérusalem sont difficiles à préciser. Ainsi Luc ne fait aucune mention de la Galilée alors que la plupart des apôtres étaient originaires de cette province. Or il semble improbable qu'ils aient coupé toute relation avec leurs familles. L'évangélisation de la Samarie se situe donc en symbole. Historiquement, elle fut entreprise et menée, non par un apôtre, mais par le diacre Philippe. Elle s'adressait à des demi-juifs, qui conservaient certaines Ecritures ouvrant à une attente du Messie (Jn 4/25) et quelques rites comme la pâque. Luc en soulignera le succès et insistera sur la mouvance de l'Esprit dans ce rayonnement inattendu.

Il est délicat de préciser quels sont les groupes actuels que nous pouvons rapprocher de la situation des samaritains. Mais il est certain qu'à force de mentionner "ceux qui sont loin" nous risquons d'oublier ceux qui sont à mi-chemin ou ceux que les influences contemporaines ont éloignés de nos communautés sans les isoler totalement.

Conclusion

Le thème de l'Ascension est donc un thème "complet" dont Luc n'a pas hésité à nous confirmer la valeur en le dédoublant. Il avait conscience que la force de l'habitude émousse les plus riches réalités. Or Celui qui vit avec nous ne peut être situé en vague intermédiaire ou en simple intercesseur qui atténuerait nos déficits devant Dieu. Il s'agit d'un être de plénitude… plénitude historique exprimée en un ensemble de paroles, de gestes et d'engagements… plénitude personnelle par l'activité de son Esprit confirmant sa résurrection… plénitude missionnaire pour que, par nous, il soit rendu présent à tous les hommes en vue de leur communiquer son propre épanouissement.

Mise à jour le Jeudi, 09 Mai 2013 12:25
 
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