Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 6ème Dimanche de Pâques

 

Actualité

Nous mettons à votre disposition deux pistes possibles de réflexion à partir de la phrase: "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma Parole". La première aborde la lecture des évangiles sous un angle de responsabilité missionnaire… La seconde commente les versets d'aujourd'hui de façon plus "théorique", dans leur dimension trinitaire…

Evangile

Evangile selon saint Jean 14/23-29

Thème : Comment Jésus est, pour nous, la VIE ?

1er point : présence du Christ vivant, tenant à se manifester à ceux qui l'aiment.

A = Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous.

B = Encore un peu et le monde ne me verra plus mais vous, vous me verrez parce que je vis et vous, vous vivrez (car) en ce jour-là, vous connaîtrez que je suis dans le Père et vous en moi et moi en vous.

A' = Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime. Or celui qui m'aime, sera aimé par mon Père. Et moi, je l'aimerai et je me manifesterai à lui "

(Mais cette manifestation ne sera pas du même ordre qu'au temps historique visible où Jésus se manifestait au monde : Judas, pas l'Iscariote, lui dit : Seigneur, qu'est-il advenu, que tu ailles te manifester à nous et non pas au monde ? v. 22 - Jésus répondit et lui dit :)

2ème point : la Parole joue un rôle essentiel après la mort de Jésus : elle poursuit son influence créatrice et se trouve donc toujours reliée au Père … elle continue d'actualiser et d'exprimer la présence de Jésus sous un mode vital… l'Esprit aide à l'intelligence des paroles passées, plus ou moins bien comprises jusque-là, pour qu'elles puissent nourrir un engagement permanent …  

A = Si quelqu'un m'aime, il gardera ma Parole. Et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous ferons demeure chez lui.

B = Celui qui ne m'aime pas, ne garde pas mes paroles. Et ma Parole n'est pas mienne, mais du Père qui m'a envoyé

(le refus de la Parole coupe donc la présence)

A' = Je vous ai dit cela alors que je demeurais près de vous. Mais le Défenseur, l'Esprit-Saint que le Père enverra en mon Nom, celui-là, vous enseignera tout et (car) il vous rappellera tout ce que je vous ai dit ." (ou : en vous faisant souvenir de ce que je vous ai dit)

3ème point : la Parole-présence apporte la paix au sens biblique du mot : équilibre intérieur qui permet de vivre en harmonie avec l'environnement et avec soi-même, quelles que soient les circonstances ...

A = Je vous laisse la paix (mais) c'est ma paix que je vous donne (donc) ce n'est pas comme donne le monde que je vous la donne.

B = Que votre cœur ne se trouble pas et ne craigne pas (parce que) vous avez entendu que je vous ai dit : " Je m'en vais et je viens vers vous "

Si vous m'aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je pars vers le Père, parce que le Père est plus grand que moi.

A' = Et maintenant je vous l'ai dit avant que cela n'arrive, afin que, lorsque cela arrivera, vous croyiez ".

Je ne m'entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient, le Prince de ce monde."

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Le passage de ce dimanche est extrait d'un des ensembles qui constituent le Discours après la Cène au soir du jeudi-saint. Son sens n'est pas évident en première lecture. Il apparaît plus rapidement si on prend en compte le cadre en son entier. Ci dessus, des caractères différents vous précisent le texte liturgique, mais, surtout, les compléments et les notes de la présentation vous aideront à trouver le fil conducteur.

* En l4/6, Jean a situé Jésus en Chemin - Vérité - Vie. Il entreprend ensuite de développer chacun de ces thèmes. Nous en arrivons au thème de la vie, mais il peut être intéressant de percevoir la continuité de l'ensemble.

1. "Je suis le Chemin", versets 14/6 à 14/14… trois idées ont été présentées : Jésus est la seule route pour aller au Père, c'est-à-dire au Créateur… en connaissant le Christ, au sens fort de "naître-avec", nous connaissons le Père… il s'agit de la connaissance de Jésus en son témoignage historique "dès maintenant", donc avant la passion…

2. "Je suis la Vérité", versets 14/15 à 14/17… cette vérité ne peut pas être démontrée par d'autres signes que ceux qui ont été manifestés en Jésus… c'est pourquoi, elle est de l'ordre de l'Esprit… mais il ne s'agit pas d'un supplément de connaissance, l'Esprit travaille en approfondissement du noyau originel, c'est-à-dire du témoignage visible… (à compléter par 14/25)

3. "Je suis la Vie", les versets 14/18 à 14/22 amorcent ce troisième thème. La question de Jude est importante puisque les versets suivants développeront la réponse que Jésus lui donne. Malheureusement la liturgie ne l'a pas sélectionnée. En intégrant ces versets 18 à 22, l'évangéliste souligne trois points : après la résurrection, Jésus est toujours présent, même si cette présence se manifeste sous un autre mode… cette présence est de l'ordre de la Parole… un des grands bienfaits de cette présence est la paix, l'équilibre intérieur… La liturgie ne propose que les deux derniers points, ce qui rend difficile leur compréhension sans référence au premier.

* Chacun de ces points est construit selon la méthode de Jean qui "enveloppe" une phrase centrale entre deux phrases qui se correspondent et se complètent. En ce qui concerne la Parole, il insiste sur la valeur créatrice de la Parole … En ce qui concerne la paix, il situe la passion-résurrection comme une "épreuve" à l'encontre de cette paix, celle-ci est d'ordre personnel et ne se découvre que dans la foi…

* Comme nous l'avons précisé au dimanche précédent, le "Discours après la Cène" est le regroupement de plusieurs développements qui s'inspirent d'un même schéma. Il n'y a aucune raison de contester leur rapport aux derniers entretiens de Jésus avec ses amis, mais il importe de bien concevoir ce rapport. Il ne s'est pas agi d'un "enregistrement" mais d'une écoute attentive, avide de recueillir l'Esprit que traduisait ce dernier échange. Ce n'est sans doute qu'après la résurrection que les thèmes en furent repris avec un souci d'approfondissement.

* Nous pouvons être étonnés de la présentation, apparemment complexe, qu'adopte l'évangéliste pour présenter les rapports de Jésus avec ses amis après la résurrection. Nous la pensons actuellement selon un schéma en trois temps relativement simple : nous prêtons grande attention au temps "historique" qui nous éclaire sur la personnalité, le message de Jésus et la mission qu'il se fixait… nous admettons que le temps actuel nous échappe dans la plupart de ses modalités ; nous ne remettons pas en cause l'existence de liens mutuels avec Jésus ressuscité, mais nous en vivons surtout l'intimité, nous gardant de toute précision ou description à leur sujet… le temps futur "dans l'éternité" nous échappe encore plus et, sur ce point, nous préférons le silence à la fragilité de l'imaginaire passé …

Il en allait tout autrement dans les mentalités qui ont accueilli la foi chrétienne au temps de son premier rayonnement. Nous sommes étonnés lorsque Paul dénonce l'idée d'un retour prochain du Christ, lorsque Luc calme des esprits déconcertés par la ruine du Temple, enfin lorsque Jean insiste sur la référence qu'il faut garder avec le témoignage historique grâce à la Parole qui en donne connaissance. Tel était pourtant l'état d'esprit que les prédicateurs devaient rectifier ce que nous considérons à juste raison comme Les abus d’un "imaginaire" religieux.

L'évolution du sens donné au mot Parole

Lorsqu'il est question de la Parole de Jésus, plusieurs observations doivent être prises en compte.

= En tous temps, les hommes ont eu recours à la Parole pour s'exprimer et pour communiquer. Comme le "souffle", la Parole est signe de vie et extériorise le "mystère" intérieur de toute personne. Mais les conditions particulières à chaque civilisation ont fortement influencée la portée qui était donnée au fruit de cette activité. Chez les anciens, surtout nomades, les écrits étaient rares. Même en milieu sédentaire, l'apprentissage de la lecture est apparu très tard et a été longtemps réservée à une élite ou à des professionnels. La Parole a donc revêtu pendant longtemps une importance "sociale" au delà du partage des sentiments.

Sous forme plus "codifiée", elle exprimait par ailleurs une "mémoire" qui continuait d'influer sur les rapports personnels ou les comportements collectifs. De ce fait, elle "pesait" sur l'histoire présente comme source de paix ou comme justification de conflits. Enfin, elle seule pouvait rendre compte des domaines inconnus abordés par la religion et la science. Conservée ou explicitée sous forme magique par des initiés, elle reliait au monde mystérieux qui dominait les choses ou les événements.

= La pensée juive avait hérité de ce contexte culturel. Elle s'était efforcée de le libérer de tout polythéisme et de toute magie. D'où l'importance donnée à un Dieu qui se différenciait des idoles muettes par le fait qu'il "parlait", révélant par ses prophètes le sens des choses et des événements. Sa Parole était ainsi devenue synonyme de réalité dynamique, témoignant de son engagement dans le passé comme dans le futur. La Loi ne faisait que transcrire en langage humain la vitalité qui était la sienne depuis toujours.

= Nous nous réjouissons du "style" adopté par Jésus pour communiquer sa pensée à ses contemporains. Il en a fait un message spontané, accessible par le dialogue avec tous et cherchant à correspondre aux différentes sensibilités et responsabilités des uns et des autres. Il unissait des enseignements clairs à des actions visibles, favorisant la complémentarité des deux modes habituels d'expression.

Il est donc naturel que les souvenirs aient porté sur "les paroles" de Jésus, le mot étant à entendre dans l'esprit de l'époque, à savoir en lien étroit avec les actions qui en précisaient la portée et sans la minutie que nous exigeons actuellement de tout témoignage. Ce premier travail était guidé par référence à Celui qui faisait l'unité de l'ensemble. D'où le passage spontané du pluriel au singulier. La "Parole" de Jésus prenait place à côté d'autres groupements unifiés par la pensée juive comme la Loi et les prophètes.

L'extension de la prédication chrétienne ne pouvait que renforcer cette désignation. L'immense majorité des convertis n'avaient pu être auditeurs directs ou témoins du passé qui servait de référence à leur foi. C'est la Parole des apôtres qui leur transmettait les enseignements de Jésus tout comme elle précisait ses actions. Par ailleurs, la plupart des convertis n'avaient pas bénéficié de conditions culturelles initiant à la lecture. Le cadre liturgique se devait de faire une large place à une proclamation dont les thèmes s'étaient peu à peu précisés et rassemblés sous la désignation de "Parole de Jésus".

Il nous faut également prendre en compte ces conditions historiques pour interpréter le singulier qui affecte le mot Parole. Les lettres des Apôtres nous renseignent indirectement sur les déformations ou les commentaires abusifs qui se glissèrent dans la transmission initiale. Il semble que le souci de fidélité ait été exigé très tôt. Le mot "Parole" était riche du sens que lui avait donné l'Ancien Testament et du respect qu'il lui accordait.

Qu'en est-il aujourd'hui ? Le développement des médias a modifié le crédit apporté à l'expression orale. De façon générale, celle-ci a perdu son caractère sacré. Une dilution d'importance et de sens s'est opérée au sein de la nébuleuse des commentaires et des enregistrements. Le mot "Parole" a perdu son ancien "poids" au bénéfice de l'écrit ou de l'audio qui en fixent désormais le contenu et simplifient tout effort de mémoire pour l'actualiser.

Le langage "religieux" a été nécessairement atteint par cette évolution, mais il s'en faut qu'il l'ait intégrée dans son expression communautaire. Actuellement la persistance de certains mots joue en défaveur de la pensée qu'ils veulent exprimer. Ainsi en est-il du mot "Parole de Dieu" qui évoque une idée d'absolu et de "commandement" au sens moderne. Ainsi en est-il du mot "Nouveau Testament" ou de la traduction littérale "Bonne Nouvelle".

Il semble que le mot "Evangile" ait gardé son caractère spécifique pour désigner les enseignements et les actions de Jésus. Il semble donc préférable d'y recourir en conversation courante tout en admettant sa relativité.

 

Première piste possible de réflexion : "garder" la Parole-Evangile

 Vous avez pu le remarquer : les versets que nous lisons aujourd'hui soulignent l'importance de la Parole dans nos rapports avec Jésus ressuscité. "Si quelqu'un m'aime, il gardera ma Parole… le Père et moi, nous viendrons à lui et nous ferons demeure chez lui!". La réforme liturgique du dernier Concile a renforcé chez les chrétiens cette conviction. Mais il semble aujourd'hui nécessaire de regarder au delà du cadre de la communauté et de sentir l'urgence d'éclairer un environnement qui ne semble pas convaincu de cette priorité.

La situation actuelle concernant l'évangile

La situation actuelle est assez déconcertante. Les développements de l'imprimerie ont multiplié l'édition des textes sous les formes et les tailles les plus diverses. Pour un coût minime, chacun peut désormais disposer d'un exemplaire complet des évangiles. Par ailleurs, la majorité de nos contemporains ont bénéficié d'une formation générale élémentaire qui leur permet la lecture individuelle. Et pourtant, posez la question autour de vous : qui a lu l'Evangile ? ... qui l'a lu de façon sérieuse, avec l'attention au détail, comme chacun le fait pour toute publication importante… On lit tout... dans les domaines les plus divers, y compris certaines affabulations pseudo-religieuses. On ne lit pas l'Evangile.

Il en résulte une vision très superficielle de son contenu et une grande pauvreté de perspective dans les rares échos qui en sont conservés. La plupart confondent lire l'Evangile et connaître la "belle histoire" de Jésus ... Ils pensent "avoir perçu l'essentiel" en évoquant un folklore merveilleux se rapportant à la naissance de Jésus… un enchaînement d'atrocités se rapportant à sa mort… certains clichés bizarres concernant ses miracles ou sa résurrection… Quant à son enseignement, beaucoup se satisfont de quelques paraboles… de quelques conseils concernant l'amour du prochain… de quelques "paroles d'évangile" passées en conversation courante sous forme de slogans.

Les raisons de cet état de fait sont multiples. Il serait stérile de s'y attarder longuement. Pourtant, si nous voulons rectifier les approches caricaturales et les multiples confusions qui encombrent tout dialogue, nous ne pouvons en ignorer la source. On parle souvent d'évangéliser le monde où nous vivons… Nous aimerions aborder le sujet "à froid", sans donner l'impression de chercher une possible adhésion à la personne ou aux idées de Jésus. Nous aimerions le présenter tel qu'il est, tel que, loyalement, chacun peut le cerner comme on le fait pour tout autre penseur ou témoin Or, il nous faut rester lucides et prendre en compte les handicaps qui font écran. Avant même de frayer le chemin vers une simple lecture, il nous faut redonner goût à l'évangile.

Actuellement, nous bénéficions de conditions qui semblent plus favorables qu'au début du XXe siècle. Les critiques portaient alors sur l'existence historique de Jésus et éliminaient par avance tout intérêt pour le sujet. Actuellement aucun historien sérieux n'appuierait ces thèses. Mais ce n'est pas pour autant que la foi en Jésus soit plus clairement exprimée.

Dans la mentalité religieuse occidentale, deux handicaps engendrent comme un brouillard" qui accentue une "appréhension" souvent inconsciente à l'égard de l'évangile. Le premier brouillard est celui du "déisme". Jésus nous aurait surtout parlé du "monde de Dieu" donc d'un monde qui nous échappe et se révèle étranger au monde des hommes que nous affrontons quotidiennement. Le deuxième brouillard est celui du "moralisme". Un déséquilibre de présentation a occulté la densité d'humanité qui ressort du témoignage de Jésus et a tout concentré sur la notion de péché et de culpabilité. La croix a envahi le champ chrétien au détriment de l'opposition qui a suscité cette échéance. Peu de commentaires soulignent le triple combat qui ressort du témoignage de Jésus; combat contre les déformations religieuses, combat contre les dérives dans les rapports mutuels, combat contre une conception négative de la nature humaine.

Autour de nous, s'est ainsi généralisé un "type" religieux déiste, prétendument chrétien, dont la tournure d'esprit éloigne de l'évangile plus qu'elle n'en approche. En soulignant la place centrale de l'évangile, nous touchons la racine même de l'illusion qui structure ces fausses sécurités. C'est donc un immense chantier qui s'ouvre à nous et qui nous oblige à remonter assez haut dans une juste présentation à l'encontre de ces confusions. Si nous voulons "sauver" l'Evangile, il nous faut d'abord rectifier la conception même de la foi chrétienne.

Appuyons-nous donc sur les versets de ce dimanche pour faire provision de quelques idées au service de cette mission. A chacun et chacune de les adapter ensuite au hasard des relations concrètes et du dialogue avec l'entourage.

Pour une meilleure présentation de la foi chrétienne

= Il est utile que nous gardions en perspective "l'enchaînement" dont nous voulons témoigner. En tant que chrétiens, cet enchaînement nous apparaît "logique", car, effectivement, il est simple et nous en vivons… Il en est souvent tout autrement pour nos contemporains : beaucoup ont hérité de présentations floues. Dans les conditions actuelles, il est judicieux que nous mentionnions en premier la liberté qu'ils conservent dans leur adhésion personnelle mais il importe qu'auparavant ils perçoivent en toute clarté ce qui est au cœur de l'Evangile.

Première conviction à faire partager : la foi chrétienne naît de la rencontre entre deux personnes, deux personnes bien précises : Jésus et celui (ou celle) qui se sent concerné par cette invitation et lui prête attention.

On ne peut pas être chrétien sans le savoir. On ne peut pas être chrétien parce que tout le monde a été chrétien dans la famille, on ne peut pas être chrétien parce qu'on a appris "des choses" dans son enfance… On ne peut être chrétien parce que, de temps en temps, on se réfère à un Dieu suprême, vague et lointain.

On est chrétien parce qu'un jour, de façon personnelle, on a réalisé qu'un être bien précis, Jésus, nous proposait dialogue et amitié.

Deuxième conviction à faire partager : Jésus est au centre de notre attention comme quelqu'un d'actuel qui demeure présent sur nos routes… C'est ce que nous exprimons lorsque nous parlons de résurrection à son sujet, le mot est assez commode pour relier au passé: re-susciter, re-surgir, mais il cherche d'abord à traduire un état actuel de présence et non un grand chambardement qui se serait situé au matin de Pâques.

Nous distinguons ainsi deux étapes dans la présence de Jésus:

Une première étape historique lui a permis de nous laisser un témoignage visible. C'est sous l'angle de sa visibilité que nous le situons en priorité. Jésus a pu y déployer les richesses de sa personnalité et y "incarner" l'originalité des rapports qu'il tenait à vivre avec les hommes, quels qu'ils soient. Ce faisant, malgré certaines oppositions il lui a été possible de livrer un enseignement explicite qui proposait un autre "visage de Dieu" et un autre "visage de l'homme"… cet enseignement s'est appuyé sur des engagements concrets dont ses contemporains ont été témoins. En un mot, il a tenu à partager notre humanité, loyalement, en ses valeurs et en ses épreuves.

Une nouvelle étape s'est ouverte après son exécution sur la croix, il s'est agi de ce que nous appelons l'étape d'une présence ressuscitée. Pour ses amis, il ne faisait aucun doute que c'était le même Jésus qui continuait à les accompagner… il les accompagnait "autrement" que par le passé mais il les accompagnait "certainement" alors qu'ils poursuivaient une aventure commune… Ce n'est donc pas un autre Jésus qui "frappait à leur porte et soutenait leur mission". De même ce n'est pas un "autre Jésus " qui prend place à notre table et tient à partager notre vie"; la foi chrétienne reste à jamais de l'ordre d'un dialogue et il est toujours possible d'éclairer l'aventure chrétienne de la densité des années historiques vécues dans son intimité.

Troisième conviction à faire partager : mais, cette actualité de Jésus est, pour lui comme pour nous, à la fois une chance et une difficulté.

Une chance car cette nouvelle situation nous confirme le désir dont Jésus a témoigné historiquement d'être proche des hommes, permanent à leurs côtés et efficace au service de leur épanouissement. Mais c'est aussi une difficulté car le manque de visibilité pèse dans le sens de l'absence et de l'éloignement ou - ce qui est tout aussi dangereux - dans le sens du pur imaginaire.

Jésus s'est proposé d'atténuer cette difficulté en valorisant deux groupes de "signes" bien précis: la messe et l'évangile… La messe vise à éclairer le mode de sa présence actuelle ; pain de vie dynamique et non intrusion d'un monde miraculeux … L'évangile se veut nourriture facilement assimilable qui nous invite à "penser" notre actualité à partir des souvenirs que nous ont rapportés ses amis historiques et que nous ont consignés quatre auteurs. Ces textes ne sont pas magiques, ils nous aident à construire notre dialogue actuel avec une personne présente, riche d'une expérience humaine dont nous percevons la densité universelle.

Chacun de ces signes a sa propre valeur pédagogique. Sans messe, nous risquons de "mettre Jésus dans un autre monde" sans rapport avec le nôtre. Sans évangile, nous risquons d'en appeler à l'imaginaire habituel qui construit le "monde de Dieu" selon ses peurs, ses rêves et ses espérances. C'est sous cet angle qu'il nous faut les situer en priorité…

Quatrième conviction à faire partager : la valeur pédagogique de l'évangile …

Pour construire son témoignage historique, Jésus a fait plus que respecter les lois humaines "naturelles" de la psychologie et de la pédagogie, il les a fait fonctionner au maximum. C'est pourquoi nous nous référons prioritairement à ces deux "sources" lorsque nous abordons les évangiles.

Beaucoup admettent l'influence qu'exercent certains personnages par le biais de leurs exemples et de leurs enseignements. Nous ne le contestons pas… Bien au contraire, car nous n'hésitons pas à étendre cette loi de l'enrichissement mutuel au cœur de la foi chrétienne… Au nom-même du témoignage passé, nous en attendons autre chose qu'un lointain soutien ou une vague consolation. L'évangile se présente comme le biais naturel qui poursuit le rapport essentiel que Jésus a voulu instaurer entre notre engagement actuel et son engagement .

Il est alors facile de comprendre pourquoi, en foi chrétienne, l'Evangile tient une place centrale. L'image du château d'eau illustre parfaitement le rôle qu'il joue en reliant un potentiel passé à un lieu de vie actuel. Jésus a vécu une plénitude d'humanité pour que nous puissions en modeler notre existence actuelle et lui donner tout son rayonnement.

Notre "tasse de thé" n'est pas la morale, ce n'est pas la "religion" au sens habituel que l'on donne à ce mot, ce n'est pas le dogme ou la doctrine, ce n'est pas l'Eglise… c'est l'Evangile. Tout le reste en découle ou est à son service. Et si l'on oublie cette priorité, on en est immédiatement puni par une déstabilisation générale, on retombe dans la religiosité païenne, toute l'originalité et la richesse du christianisme se perdent dans la médiocrité commune.

Mais, cette place centrale exige qu'on y puise comme on puise à une source sans cesse jaillissante. Et c'est là que menace la chute des feuilles d'automne. C'est pourquoi il s'agit de lire et relire l'Evangile … en refusant de croire le connaître "par coeur" ... en rapprochant ou différenciant ses différentes facettes ... et, par ailleurs, en le "faisant agir" pour que la Parole se conjugue à nos intelligences en vue de devenir créatrice en nos vies.

Pour une meilleure "information" concernant les documents appelés évangiles

Tel est le témoignage idéal que nous aimerions porter et nous ne devons pas craindre d'être le plus clair possible pour présenter la foi que nous vivons. Il s'avère cependant important de prendre en compte d'autres difficultés que nos amis peuvent rencontrer en raison de la présentation des textes. La plupart des chrétiens ont déjà assimilé la plupart des points essentiels permettant une bonne "approche" des évangiles. Il n'en est pas de même de ceux et celles avec lesquels nous sommes amenés à dialoguer. Les influences dont nous avons parlé précédemment n'ont pas seulement abouti à des confusions sur le "contenu des évangiles", elles ont également engendré nombre d'erreurs ou d'approximations concernant la forme littéraire qu'ont adoptée les auteurs selon les modèles de pensée de leur époque.

Sur ce point, il importe en premier de dédramatiser les difficultés, de notre côté comme du côté de nos amis. Il n'est pas besoin d'être un spécialiste pour répondre à des interrogations que nous nous sommes sans doute déjà posées et sur lesquelles nous ont éclairé les réflexions dominicales. Il est donc relativement facile de présenter ce niveau d'échange au titre d'une "information" qui pourrait concerner tout autre texte de la même époque. Même si l'information "exacte" vous fait défaut, vous pouvez vous reposer sur le sérieux et la compétence de la plupart des exégètes.

Les "points sensibles" habituels se présentent le plus souvent comme des "étonnements". Beaucoup pensent pouvoir trouver dans les évangiles une "histoire de Jésus" à la manière moderne. Ils risquent d'être déçus, car les évangiles se concentrent plus sur la personne de Jésus que sur la mise en ordre des détails de son ministère. Ces étonnements peuvent être le sujet d'une poursuite de la discussion sur un mode plus spontané et plus personnel. En parlant de la diversité des auteurs, de leurs présentations, du genre littéraire et du symbolisme de leurs textes… il est possible de détecter les a priori dont beaucoup de nos proches restent victimes. Il est également possible de faire discrètement émerger nos propres centres d'intérêt lorsque nous approfondissons le témoignage de Jésus: la diversité des situations rencontrées, l'équilibre humain des solutions adoptées, la grande place donnée à l'initiative et à la liberté de chacun.

Conclusion

Au long de ce dialogue, inévitablement, vous vous poserez intérieurement la question de votre efficacité. Rappelez-vous que vous intervenez en un domaine où se croisent nombre de "mystères" qui vous échappent tout en vous invitant à l'optimisme : mystère de vos amis, de leur passé, de leur réflexion, de leurs aspirations… mystère de Jésus qui les aime et se réjouit par avance de ces instants où ils entrouvrent leur esprit à de nouvelles perspectives… "Il était à leur porte et il frappait"… Vous n'avez peut-être fait que tirer les verrous mais comment vos amis auraient-ils pu ouvrir sans ce préalable ?

 

Deuxième piste possible de réflexion : la dimension trinitaire de la Parole-Evangile

La première piste se voulait nettement au service d'un dialogue avec le monde contemporain au sujet de l'évangile. La deuxième piste suppose un milieu chrétien approfondissant ce qu'il puise déjà dans la Parole de Jésus.

La réforme liturgique amorcée par le Concile a beaucoup aidé à la remise en valeur de la Parole. Nous ne sommes donc pas déconcertés par le texte de ce dimanche et nous souscrivons pleinement à la recommandation de Jésus : "celui qui m'aime gardera ma Parole".

Il est toujours possible d'y sentir un appel à intensifier l'animation de nos vies en profitant pleinement de la lumière de l'Evangile. Mais ce n'est pas sous un angle moral que saint Jean nous propose aujourd'hui d'approfondir cette vitalité. Il est vrai que le style auquel il recourt peut nous paraître très théologique. Mais il est relativement facile de préciser plus simplement la perspective de ce passage. Au fond, pendant quelques instants, il nous est proposé de "passer de l'autre côté", du côté de Dieu". Nous savons ce que l'évangile nous apporte en lumière et vérité au bénéfice de notre destinée humaine. Mais Dieu lui aussi est concerné par la manière dont nous puisons à cette source en vue de nourrir et d'épanouir notre foi. Par bien des côtés, son action nous échappe, mais nous sommes peut-être moins démunis que nous ne le pensons.

En priorité l'évangéliste nous dit la joie de Dieu lorsque nous "gardons" la Parole de Jésus. Le mot "garder" suscite un sens très ouvert. Il suggère spontanément l'image du Bon Pasteur qui "garde ceux dont il se veut responsable" (Jn 17/12). Il déborde l'application morale de commandements et dénonce tout conservatisme qui tendrait à "garder la Parole" en l'enfermant dans une doctrine.

"Garder la Parole", c'est la faire vivre, la faire "déboucher" sur des champs d'activité. L'Evangile n'est pas une Parole magique qui nous dispenserait de nos responsabilités. Ce n'est pas un recueil de souvenirs concernant le rapide passage de Jésus parmi nous; il s'agit d'un instrument bien concret qui l'engage en premier et où il s'engage en premier. Et, sous cet angle, vous avez pu le remarquer, l'évangéliste n'hésite pas à nous parler de référence trinitaire.

Le lien à Jésus

Le lien entre l'Evangile et Jésus nous paraît évident et c'est sans doute pourquoi Jean y insiste peu. Cependant il ne se prive pas de nous rappeler deux choses.

= L'ambiance dans laquelle Jésus nous invite à situer la référence à sa Parole doit rester une ambiance d'amitié de notre part répondant à une amitié de sa part. En lui-même, le témoignage de Jésus est déjà porteur de multiples valeurs humaines et notre admiration est légitime. Mais ce témoignage émane surtout d'une personne qui ne cherche pas à forcer l'enthousiasme ou à s'imposer au nom d'une origine exceptionnelle. Il s'agit d'un ami qui nous propose de jouer la carte de l'amitié avant même de penser à ce que ce dialogue sympathique pourra nous apporter.

Nous pouvons reprendre pour la Parole ce qui est dit pour la paix : "Je vous laisse une Parole"… mais c'est ma Parole… Bien des choses la différencie des autres Paroles, mais priorité doit être donnée à l'ambiance dans laquelle je vous la donne et dans laquelle je vous invite à la recevoir…

= C'est pourquoi l'évangéliste insiste sur le fait que sa Parole l'aide à "demeurer chez nous". Il n'y a là rien de miraculeux, il y a "fonctionnement" d'une loi psychologique élémentaire. En bien des domaines, les exemples et les enseignements de certains personnages du passé continuent à nous influencer; ils nous restent ainsi "présents". Pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui avec Jésus, alors qu'il désire nourrir notre réflexion actuelle à la lumière de son témoignage historique?

Dans ce rapport entre Parole et présence de Jésus en nous, il y a également prudence à l'égard de deux dérives qui sont loin d'être hypothétiques. Son état ressuscité le fait échapper désormais à l'expérimentation commune. De notre côté, le risque est grand de l'oublier ou de le situer dans un monde étranger. De façon encore plus dangereuse, nous sommes tentés de céder à notre "imaginaire religieux" en compliquant les rapports que nous pouvons avoir avec lui.

Les conséquences en sont prévisibles: autour de nous, faute de percevoir l'actualité de l'Evangile, beaucoup se réfèrent à des révélations illusoires… tandis que d'autres se fabriquent une religion vaporeuse fort éloignée de la simplicité et de l'équilibre qui marquent la foi chrétienne. Seule, la Parole peut nous prémunir de ces dérives et nous référer à un "style historique" qui remet les choses au point pour l'essentiel.

Le lien au Père-créateur

Lorsque nous faisons le bilan de ce que nous apporte l'exemple et l'enseignement de Jésus, force est de reconnaître les nombreux éléments "créateurs" qu'il a distillés ou suggérés. Son témoignage "fait le poids" en engagement et influence humaine. En nous y référant pour animer notre vie concrète, nous vivons souvent ce lien sans le savoir. Au plan personnel, il est impossible d'en faire un bilan. Pourtant, cette influence "créatrice" est incontestable et elle dépasse le caractère moral auquel certains voudraient la réduire.

Quelques versets plus loin, Jésus sera encore plus explicite sur le lien entre la Parole et le Père. "Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même. Et c'est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres". Actuellement, lorsqu'on l'applique à Dieu, le mot "Père" a perdu de son orientation première. C'est pourtant elle que l'évangéliste suggère lorsqu'il relie la Parole de Jésus au Père qui l'a envoyé. Qui dit "Père" dit "Créateur", cette note le différencie de la rigidité qu'évoque la référence à un Etre suprême, réglant toutes choses en volonté purement personnelle.

Cette note permet également de rejoindre positivement nos mentalités modernes. Celles-ci sont devenues sensibles aux différents humanismes qui marquent les civilisations contemporaines. Or, les chrétiens restent souvent timides pour préciser la manière dont l'évangile travaille en visée créatrice permanente. Pourtant elle transparaît en multiples formes et multiples contextes dans le témoignage de Jésus. Il suffit de repérer les "lignes de force" qu'il met en œuvre pour voir renouvelés le sens de l'homme et le visage des relations mutuelles.

Beaucoup ont été marqués par une formation pessimiste obsédée par le sacrifice et la mort. Le Père a été situé au terme de l'itinéraire de Jésus et, de ce fait, son activité a été reléguée en un monde inconnu. Or tous les évangiles le situent dès le départ, au baptême par Jean. Le message était précis : "Celui-ci est mon Fils, le bien-aimé. Ecoutez-le". La Parole était déjà en acte au sens fort que le mot évoquait de ce temps.

La guérison de l'aveugle de naissance (Jean 9/6) reste la meilleure illustration que l'on puisse donner à l'action créatrice de la Parole. Le geste de Jésus évoque la présentation des premiers versets de la Genèse : "Jésus fait de la boue avec sa salive". A partir de sa Parole, il crée une nouvelle humanité à la manière dont "Dieu avait modelé le premier homme avec l'argile du sol"… "il enduit avec cette boue les yeux de l'aveugle et lui dit: va te laver à la fontaine de l'Envoyé"… à la manière dont "Dieu avait insufflé l'haleine de vie " pour que l'homme devienne gardien du jardin d'Eden.

L'humanisme de l'Evangile ne bénéficie pas encore d'une présentation significative de sa richesse. Le Père ne peut donc que se réjouir de l'évolution actuelle en perspective d'épanouissement créateur Ce que nous avons dit de la "demeure de Jésus" en nous s'applique quasi automatiquement à la "demeure du Père" en nous. Seuls un sens négatif de l'homme et une vision grandiloquente de Dieu ont contribué à fausser ces évidences.

Le lien à l'Esprit…

Jean tient à insérer l'action de l'Esprit dans le cadre de la "Parole de Jésus". Souvent, lorsqu'on parle de l'Esprit, il n'est pas rare d'entendre de grands discours théologiques ou charismatiques. Au contraire, en un langage très simple, l'évangéliste nous précise son rôle et il le voit comme instrument nécessaire pour que la parole libère toutes ses virtualités au service des hommes. En effet, la Parole a besoin de l'Esprit pour répondre à la diversité des temps et des lieux. Et réciproquement l'Esprit a besoin de la Parole pour remplir cette mission de façon discrète et naturelle.

- Il est facile de le comprendre lorsqu'on rapproche son travail actuel, quelque peu mystérieux, de son travail passé, particulièrement repérable aux premiers temps de l'Eglise. Il lui a fallu d'abord soutenir un travail de mémoire… A la naissance des évangiles, nous soupçonnons la recherche et le regroupement des multiples souvenirs qui s'étaient gravés dans l'intelligence des témoins. Aujourd'hui, l'exigence de mémoire s'impose tout autant. Car il est illusoire de se satisfaire de ce que l'on croit connaître, les études actuelles aident à mieux cerner les textes anciens, les mutations de civilisation orientent l'approfondissement de la pensée. Il s'agit donc de lire et relire l'Evangile en cherchant à saisir les nuances vitales que recèle sa composition. L'esprit est toujours à l'œuvre pour "nous faire souvenir de tout ce que Jésus nous a dit".

- Autrefois, l'Esprit a dû accompagner un travail d'intelligence pour ordonner ces souvenirs et en tirer la pensée dont nous sommes bénéficiaires. Il n'est pas interdit d'admettre un "petit coup de pouce" de l'Esprit lorsque nos frères évangélistes composaient leurs présentations. Malgré leur formation antérieure, il n'était pas évident pour eux de traduire la richesse et l'originalité du passé… en milieu grec, leur prédication rencontrait de nouveaux modèles de pensée… de nouvelles situations, personnelles et communautaires.

C'est bien la même transposition qu'appellent le devenir et les conditions changeantes de toute existence. Sans crier au miracle, nous pouvons percevoir que l'Esprit est toujours là, nous aidant à puiser à la source de la Parole en dépassant le stade des "recettes", nous aidant à "penser notre présent" en vue de le construire plus efficacement. Grâce à lui, sous une forme adéquate, se poursuit un dialogue assuré avec Jésus.

- L'Evangile se serait perdu dans l'oubli si un travail de prédication ne s'était ajouté au travail d'intelligence pour faciliter son rayonnement jusqu'à nous. Les Actes des Apôtres nous disent les difficultés que l'Esprit a aidé à surmonter et les nombreux pièges qu'il a aidé à éviter avant que ne se précise l'universalité dont nous bénéficions. Ces premiers temps n'étaient que le prélude d'un engagement permanent dont la Parole a toujours été l'instrument prioritaire.

L'histoire nous confirme également le "souci" qui a toujours été celui de l'Esprit comme il avait été celui de Jésus… garder toute l'humanité de cette Parole en aidant son assimilation au double niveau des témoins et de leur rayonnement … aller aux hommes grâce à l'initiative d'autres hommes…permettre ainsi à la Parole de nourrir la multiplicité des situations, des évolutions, des conflits que déterminent les personnes et les événements.

- Dans un passage complémentaire (16/13), l'évangéliste souligne une autre dimension des rapports entre la Parole et l'Esprit. Il est à craindre que la confusion dont nous parlions au sujet de Jésus ressuscité se reporte sur l'Esprit. "L'imaginaire" risque de reprendre le dessus et de déséquilibrer la foi. En son temps, Jean était affronté à cette dérive sous la forme gnostique. Aujourd'hui d'autres formes ont pris le relais et trouvent une large diffusion dans les média.

Jean insiste donc sur le fait que la Parole, à son tour, permet de mieux situer la présence et le style de l'Esprit. . En notre texte il se contente d'évoquer une mission de mémoire concernant tout ce que Jésus avait dit. Dans le discours complémentaire, par deux fois il insistera sur le fait "que l'Esprit ne parlera pas de lui-même mais c'est du bien de Jésus qu'il recevra pour introduire dans la vérité tout entière en manifestant sa richesse".

En conclusion, "garder la Parole", du côté trinitaire, n'est pas une mince affaire. Nous ne devons pas être étonnés qu'il en soit de même pour nous.

Mise à jour le Dimanche, 01 Mai 2016 14:13
 
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