Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 4ème Dimanche de Pâques

Actualité

Nous retrouvons aujourd'hui un thème qui nous est familier, le thème de Jésus-Pasteur. Bien entendu, nous le vivons quotidiennement dans la simplicité de nos rapports avec lui et dans la conviction de l'amitié qui répond à notre foi. Mais il n'est pas interdit de nourrir ce quotidien des réflexions que nous suggère le quatrième évangéliste.

Le thème du Pasteur est un thème qui revient chaque année. En année A, nous avons approfondi la parabole de la porte du bercail, construite sur l'opposition entre le voleur et le pasteur, En Année B, nous avons approfondi la parabole du bon berger : elle soulignait la différence qui existe entre le "bon" pasteur et le mercenaire payé pour son emploi… elle insistait sur le fait que le berger "connaît" ses brebis et ses brebis le "connaissent", au sens fort de "naître avec"... elle évoquait l'universalité de cette mission car d'autres brebis restent en dehors de l'enclos…

Le passage qui nous est proposé en ce dimanche est très succinct. Il semble se limiter à répéter des généralités que nous avons entendues précédemment. Et pourtant les derniers mots invitent à aller au plus profond du mystère personnel de Jésus. Il importe donc de bien en dégager la structure et les perspectives.

Evangile

Evangile selon saint Jean 10/27-30

(Lors de la fête de la Dédicace à Jérusalem, Jésus disait aux juifs : )

Mes brebis écoutent ma voix et je les connais et elles me suivent

et je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais

et personne ne les arrachera de ma main,

Mon Père, en rapport à ce qu'il m'a donné (à savoir les brebis), est plus grand que tout, et nul ne peut rien arracher de la main du Père ;

(or) le Père et moi, nous sommes un. "

Difficultés propres au 4ème dimanche de Pâques C 

Au cours du temps pascal, la liturgie se propose d'aborder, au 4ème dimanche de Pâques, le thème de Jésus - bon berger. Contrairement à une impression courante, dérivée des nombreux commentaires développant cette image, les textes sont peu nombreux. Le mot "pasteur" appliqué explicitement au Christ ne se trouve que chez Jean.

Le chapitre 10 a donc été réparti sur trois années, en tenant compte du "thème" général, mais sans grand souci des nuances particulières de chaque "tiers" proposé. Le handicap n'était pas trop grave pour les années A et B du fait que "l'ensemble du berger" commence par des paraboles susceptibles d'éclairer deux thèmes distincts. Mais il n'en est pas de même du "texte restant", lié au même thème mais qui semble "perdu" dans l'imbroglio d'autres enseignements.

En année A, nous avons donc lu la parabole de la porte du bercail : elle est construite sur l'opposition entre le voleur et le pasteur, le premier ne vient que pour voler, égorger et détruire, le second apporte la vie… Il était facile de souligner que le Christ est la porte, c'est par lui qu'il faut passer ...

En année B, nous avons lu la parabole du bon berger : elle entremêlait plusieurs idées : 1. elle souligne la grande différence qui existe entre le "bon" pasteur et le mercenaire payé pour son emploi. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis et ceci crée avec elles un lien radical… 2. elle insiste sur le fait que le berger "connaît" ses brebis et ses brebis le "connaissent", au sens fort de "naître avec" ... 3. L'évangéliste y ajoutait l'universalité de cette mission: d'autres brebis restent en dehors de l'enclos et il faut travailler à ce qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau comme il n'y a qu'un seul pasteur.

Du fait de leur "isolement" en un nouveau contexte, les versets de ce dimanche font figure de "reliquat" et ce reliquat apparaît d'autant plus restreint que les liturgistes l'ont "arraché" à son cadre actuel. Sans doute ont-ils eu conscience de la complexité de ce cadre, mais, tel quel, le passage donne l'impression de "doubler" les premières paraboles. Les commentaires risquent donc ou bien de présenter des redites "générales" sur le thème du Bon Pasteur, ou bien de se concentrer sur le lien entre le Père et Jésus indépendamment de la mission du berger.

Pour bien percevoir la densité du passage d'aujourd'hui, il faut remonter assez loin dans le repérage des contextes. Il n'y a d'ailleurs là rien d'original, les notes suivantes se veulent simplement un cheminement cohérent avec ce que nous connaissons de la pensée et des modes de composition du quatrième évangile.

Contexte des versets proposés par la liturgie 

1. Le "signe" affecté par l'évangéliste à "l'ensemble littéraire concerné".

Il s'agit de la guérison de l'aveugle de naissance "selon Jean". En lecture rapide, il paraît étranger au thème du bon pasteur et pourtant, même au plan littéraire, l'évangéliste invite à enchaîner les deux symbolismes puisqu'il ne marque aucune rupture entre eux.

Nous avons réfléchi à cet épisode au 4ème dimanche de carême de l'année. Il n'est donc pas inutile d’en rappeler l'originalité. En comparant avec la présentation des évangiles synoptiques, il apparaît que l'auteur dépasse la perspective d'une simple guérison et présente le retour à la vue comme un acte de nouvelle création, donc en lien étroit avec le Père. Il suffit de noter les éléments qu'il rapproche - ou emprunte - aux premiers chapitres du livre biblique de la Genèse.

= En préalable, une question "universelle" reste posée : l'origine de la souffrance. "Qui a péché pour que la création soit encore marquée de handicaps qui entravent l'épanouissement des hommes?… Jésus ne donne pas de réponse précise en un domaine qui échappe à notre "entendement" humain et y échappera sans doute toujours. Mais il éclaire deux points importants. Tout d'abord, "ni lui, ni ses parents n'ont péché…". Bien entendu, il importe de donner au mot "parents" toute son amplitude. Jésus écarte donc les "explications" avancées en son temps et qui invoquaient la punition d'une faute. Non seulement elles entretenaient une ambiance de culpabilisation, mais, surtout, elles dispensaient de tout engagement à l'encontre des pesanteurs habituelles. Jésus objecte une référence essentielle : cette guérison manifeste en lui l'activité des œuvres de Dieu.

= Le "mode opératoire" reprend ensuite les gestes prêtés à Dieu lorsqu'il "façonnait" le corps du premier homme à partir de la "glaise du sol". La Parole de Jésus, sa salive, précise le modèle d'une nouvelle humanité. Elle n'émane pas d'un ciel lointain, elle traduit un témoignage concret dont beaucoup ont été témoins. Celui-ci reste donc "mis sur les yeux" de ceux qui acceptent d'y prêter attention.

= Cependant une démarche complémentaire affecte désormais cette œuvre de création. "Va te laver à la piscine de Siloé". L'homme est associé de façon nouvelle à sa réalisation. Une démarche de foi s'impose pour cheminer vers la source de ce renouveau, source dont le nom se confond désormais avec une personne : "l'envoyé" de Dieu.

Lorsque l'évangéliste écrit, les années ont introduit une distance "historique" avec les événements, mais l'exigence de cette démarche reste la même. Il en sera d'ailleurs toujours ainsi. Le témoignage de Jésus, porté par sa Parole; garde à jamais sa faculté de "faire voir" mais, il continue d'affronter les "risques" de la liberté personnelle.

= C'est là qu'intervient le thème du bon pasteur, car il illustre "l'engagement de Jésus" au long de cette démarche. Jésus n'est pas seulement "au terme" d'une nouvelle création, il en soutient la mise en œuvre. Pour caractériser les relations entre le berger et ses brebis, l'évangéliste recourt au mot "connaître". Cette expression se retrouve également dans les premiers chapitres de la Genèse en perspective de fécondité. L'auteur ancien ne craignait pas de l'appliquer aux relations personnelles : "Adam connut Eve et elle enfanta Caïn"…

2. Les références aux prophètes, particulièrement Ezechiel (34)

Ils permettent de saisir l'arrière-plan qui pousse l'évangéliste à "accrocher" le thème du Bon Pasteur au thème de la création.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les livres bibliques donnent très rarement à Dieu-Yahvé le titre de pasteur. Les activités qu'il déploie en faveur de son peuple sont souvent décrites selon les traits d'un bon berger, pourtant il est toujours mentionné qu'il confie la réalisation immédiate de son intervention à des serviteurs, que ce soient des chefs comme Moïse ou des rois comme David. Ainsi est maintenue une séparation entre monde divin et monde humain selon la conception ancienne du dieu protecteur différent de l'ancêtre fondateur…

Les conditions difficiles du temps de l'exil semblent n'avoir rien changé à cette dualité. La condamnation des dirigeants comme mauvais bergers avait permis de ne pas attribuer à Dieu les épreuves qui fondaient sur le peuple… Ainsi était maintenue l'espérance que Dieu reprendrait en main son troupeau, le rassemblerait et le garderait en un nouveau paradis… Pourtant l'idée première d'un "intermédiaire" était demeurée. Le style adopté par les prophètes ne doit pas nous induire en erreur : effectivement, ils envisagent le temps où Dieu va reprendre la direction de son troupeau, mais il ne fait aucun doute pour eux que ce renouveau sera mené par action d'un "Christ". Celui-ci sera détenteur des pouvoirs divins, mais il est impensable qu'il identifie le Royaume de Dieu et sa propre personne.

C'est pourtant ce que Jésus suggère à de nombreuses reprises et tout particulièrement en rapport avec l'intensité de son engagement de berger.

3. Le texte de ce dimanche

Comme y invite la disposition littéraire, le passage de ce dimanche est à "isoler" du premier ensemble de paraboles. Bien qu'il s'y "raccroche", il n'en est ni la répétition, ni la synthèse. Les paraboles de la porte et du pasteur se suffisent à elles-mêmes à la lumière des prophètes. D'autant plus que l'évangéliste a enrichi le tableau qu'elles présentent de certains traits qui dépassent le cercle des idées anciennes. Ainsi le fait que le berger est amené à donner sa vie, de sorte que c'est en donnant sa vie qu'il donne la vie à ses brebis.

Pour désigner ce passage, il serait préférable de parler d'appendice ou d'épilogue comme il s'en retrouve en finale d'autres développements du quatrième évangile. L'auteur "rebondit" sur ce qui a précédé. Mais un nouveau contexte nous oblige à constater qu'il rebondit en deux directions…

D’abord il reprend les points forts exprimés par les images juives concernant l'activité du pasteur. Il se contente de les formuler en catégories plus universelles accessibles au milieu païen de ses lecteurs. Ensuite, il ajoute une précision proprement chrétienne, portant sur le pasteur lui-même : au vu de cette activité de création, on ne peut que reconnaître que "le Père est en lui et lui est dans le Père", autrement dit "qu'il ne fait qu'un avec le Créateur". Nous rejoignons la réflexion de l'aveugle-guéri : "Jamais on n'a entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle de naissance".

L'évangéliste a conscience de la portée de ce dernier verset. Aussi l’explique-t-il grâce au cadre qu'il donne à tout le passage. Il insiste particulièrement sur "les œuvres" qu'accomplit Jésus. Si Jésus ne faisait que prétendre être le messie, il ne serait pas gênant, car bien d'autres l'avaient prétendu avant lui sans apporter de changements à la situation. Mais il appuie sa Parole sur un certain nombre "d'œuvres" dont il prétend qu'il les accomplit "au nom de Dieu". Il le dit plus loin. "Si vous ne croyez pas à la Parole, croyez aux œuvres !". C'est là que, pour les juifs, le bât blesse, car "les œuvres" que réalise Jésus correspondent à certaines lignes d'espérance portées par la tradition. Il les réalise, cela ne fait aucun doute, mais il ne les réalise pas tout à fait comme prévu.

L'évangéliste revient par là au "signe" qui éclairait tout le développement, à savoir la guérison de l'aveugle de naissance, œuvre de création. Il passera ensuite à un nouveau signe, la réanimation de Lazare.

4. Le cadre de la fête de la Dédicace

Bien que la liturgie ne fournisse pas assez d'éléments pour lui consacrer une homélie, le cadre "direct" nécessite d'être abordé. Il éclaire surtout les difficultés que nous pouvons rencontrer. En voici la disposition et le texte…

" Alors il y eut la fête de la Dédicace à Jérusalem. C'était l'hiver. Jésus circulait dans le Temple, sous le portique de Salomon. Les juifs l'entourèrent et lui disaient : " Jusques à quand nous retiendras-tu le souffle ? Si tu es le Messie, dis-le nous ouvertement."

a) Jésus répondit : " Je vous l'ai dit et vous ne croyez pas. Les oeuvres que je fais au nom de mon Père, me rendent témoignage. Mais vous ne croyez pas parce que vous n'êtes pas de mes brebis.

Mes brebis écoutent ma voix et je les connais et elles me suivent

et je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais

et personne ne les arrachera de ma main, Mon Père, en rapport à ce qu'il m'a donné, est plus grand que tout, et nul ne peut rien arracher de la main du Père ; le Père et moi, nous sommes un . "

b) Les juifs apportèrent des pierres afin de le lapider. .

Jésus leur répondit : " Je vous ai montré quantité de bonnes oeuvres venant du Père; pour laquelle me lapidez-vous ? " Les juifs lui répliquèrent: " Ce n'est pas pour une bonne oeuvre que nous te lapidons mais pour un blasphème et parce que, toi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu "

Jésus leur répondit ; " N'est-il pas écrit dans votre Loi : J'ai dit : 'vous êtes des dieux' (Psaume 82/6)? Si elle appelle dieux ceux à qui la Parole de Dieu arrivait - et l'Ecriture ne peut être abolie - à celui que le Père a sanctifié et envoyé dans le monde, vous dites : tu blasphèmes parce que j'ai dit : 'Je suis Fils de Dieu'.

a') Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne me croyez pas. Mais si je les fais et si vous ne me croyez pas, croyez aux oeuvres, afin que vous sachiez et reconnaissiez que le Père est en moi et moi dans le Père "

Ils cherchaient donc de nouveau à le prendre, et il sortit de leurs mains."

Quelques renseignements concernant la fête de la Dédicace peuvent éclairer cette mention: (Les institutions de l'Ancien Testament R de Vaux)

"Les traductions modernes appellent généralement cette fête celle de la Dédicace. Le nom grec, "inauguration" ou "renouvellement", correspond mieux au nom hébreu de Hanoukka, que les Rabbins lui ont donné et qu'elle a conservée dans le culte juif. Josèphe en parle comme de la fête des Lumières, d'après le rite qui est resté son trait principal.

L'institution de la fête est racontée dans 1 Maccabées 4/36-59. Le Temple de Jérusalem et son autel avaient été profanés par Antiochus IV Épiphane, roi au temps de la domination séleucide (175-164). Il projetait d'imposer à la Palestine un syncrétisme religieux à la manière grecque. Pour ce faire, il établit, sur l'autel des holocaustes, un autel païen, l'Abomination de la Désolation, et y offrit le 25 Kisleu (mois de novembre-décembre) 167 le premier sacrifice à Zeus Olympien.

Trois ans plus tard, après ses premières victoires, Juda Maccabée purifia le sanctuaire, construisit un nouvel autel, qui fut inauguré le 25 Kisleu 164, à l'anniversaire exact de la profanation. On décida que la fête serait célébrée chaque année. Il est douteux que la fête ait pu avoir eu lieu régulièrement pendant les années suivantes, où les Syriens occupèrent la citadelle et où l'on se battit dans Jérusalem. La situation dut changer lorsque la paix religieuse fut rétablie et lorsque Jonathan fut nommé grand prêtre en 152 av. J. C."

Il est hasardeux de vouloir s'appuyer sur le sens que les juifs donnaient à cette fête pour éclairer le développement concernant les "œuvres" que fait Jésus.

La controverse que Jean rapporte à cette occasion anticipe celle que traduisent les évangiles synoptiques lors de la comparution de Jésus devant le Sanhédrin. Jean, connaisseur des lois juives qui interdisaient toute réunion de Sanhédrin à la veille de Pâques, n'en parle pas. Mais il est bien conscient de la dimension religieuse des oppositions qui se sont liguées en vue du drame final. Il en "distille" les composantes en mentionnant les attaques subies par Jésus au cours de sa vie publique.

" Lorsque le jour arriva, fut assemblé le conseil des anciens du peuple, ainsi que grands-prêtres et scribes, en disant : "Si toi, tu es le Christ, dis-le nous !" Il leur dit : "Si je vous le dis, vous ne croirez pas ; et si je vous interroge, vous ne répondrez pas. Or, à partir de maintenant, le Fils de l'homme se trouvera assis à droite de la Puissance de Dieu".

Ils dirent tous: "Toi donc, tu es le Fils de Dieu ?" Il leur déclara: "Vous, vous dites que je le suis." Ceux-ci dirent : "Pourquoi avons-nous encore besoin de témoignage. Car nous-mêmes l'avons entendu de sa bouche." (Luc 22/67)

Première piste possible de réflexion : le dynamisme créateur du témoignage de Jésus

La structure du texte de Jean

Le court passage d'aujourd'hui devient moins confus si on le situe en appendice ou épilogue du développement qui a précédé. Il revient en effet sur deux sujets différents qui y étaient abordés: l'action bienfaisante du berger et la solidité de cette action.

Le premier verset ne fait que reprendre le mouvement que précisaient les paraboles de la porte et du pasteur.  Pour des juifs, exprimées à la lumière des prophètes, celles-ci se suffisaient à elles-mêmes. D'autant plus que l'évangéliste les avait enrichies de certains traits qui dépassaient le cercle des idées anciennes. Ainsi le fait que le berger avait été amené à donner sa vie, de sorte que c'est en donnant sa vie qu'il donnait la vie à ses brebis.

En s'adressant à une civilisation païenne, il apparaît légitime que l'évangéliste ait désiré résumer en catégories universelles, plus accessibles au milieu de ses lecteurs, les points forts relatifs à l'activité du pasteur : "Mes brebis écoutent ma voix et je les connais et elles me suivent et je leur donne la vie". La première perspective est donc une perspective "horizontale". En reformulant cette activité de Jésus, Jean la fait accéder à une amplitude qui dépasse la situation de ses lecteurs. Il rappelle ainsi que tout chrétien est bénéficiaire de la même activité de la part du même pasteur.

Le deuxième verset se présente de façon différente. Il est regrettable que la liturgie le prive de son contexte, car celui-ci apparaît comme une invitation à revenir sur l'ensemble du développement et à aller au plus profond d'une action précise de Jésus, à savoir la guérison d'un aveugle de naissance.

Tel est en effet le fil conducteur de l'ensemble dont ce sommaire est la conclusion.

= Au 2ème dimanche de pâques, à la suite de l'épisode de Thomas, l'évangéliste nous avait éclairé sur le mode de composition qu'il avait adopté. Il avait sélectionné quelques signes qu'il privilégiait pour soutenir la foi en Jésus - Christ - Fils de Dieu en vue d'obtenir la vie en son nom.

= En "décrivant" le cinquième signe, l'évangéliste avait multiplié les rapprochements avec le livre de la Genèse. Il avait ainsi affecté la guérison de l'aveugle d'un potentiel de création. Le témoignage de Jésus, explicité par sa Parole, sa salive, se présentait en modèle d'une nouvelle humanité. Il n'émanait pas d'un ciel lointain, il était pétri de la "glaise du sol". Beaucoup en avaient été témoins de sorte que ce témoignage restait "mis sur les yeux" de ceux qui acceptent d'y prêter attention.

= Cependant une démarche complémentaire complétait désormais cette œuvre de création. "Va te laver à la piscine de Siloé". L'homme était associé de façon nouvelle à sa réalisation. Une démarche de foi s'imposait pour cheminer vers la source de ce renouveau, source dont le nom se confondait désormais avec une personne : "l'envoyé" de Dieu.

= C'est à cette place que l'évangéliste avait fait intervenir le thème du bon pasteur. Jésus n'est pas seulement "au terme" d'une nouvelle création, il en soutient la mise en œuvre. L'auteur mettait ainsi en garde contre les dérives qui se limiteraient à un simple aspect sentimental et estomperaient la force d'humanité qui est liée au signe. Il est donc normal que "l'ensemble" du berger ait été "accroché" au "signe" qui en détermine l'objectif. Un cheminement reste à parcourir de même qu'une action pour assimiler les virtualités du témoignage initial. Les enjeux de la foi chrétienne en font donc une aventure où se trouve engagé le Père, donc le créateur.

La "clé" de ce passage est donc relativement simple si l'on sépare les deux thèmes et si on les réfère à tout ce qui a été dit antérieurement. Le premier verset en résume et en élargit la dimension "horizontale", le deuxième verset en approfondit l'enracinement "vertical". Bien entendu, il importe de ne pas surcharger le deuxième verset en recourant aux "explications théologiques" postérieures. Celles-ci se sont référées à d'autres modèles de pensée aussi bien en ce qui concerne le Père qu'en ce qui concerne le Fils. A cette place, elles ne font qu'embrouiller une présentation que l'évangéliste a voulue "claire" pour ses lecteurs.

La portée apostolique du texte de Jean

La perspective du "verset horizontal" se comprend aisément si l'on se souvient des lecteurs auxquels s'adressait Jean. Nous pouvons l'éclairer de ce que nous avons précisé à propos de Luc. Les deux évangélistes s'adressent aux mêmes mentalités, celles du Bassin méditerranéen. Plusieurs siècles avant notre ère, la civilisation grecque avait imprégné les modèles de pensée de ce milieu. Or cette civilisation était beaucoup moins marquée par les conditions rurales et pastorales qui avaient pesé sur la civilisation juive dès sa naissance. Jésus s'était exprimé en milieu pastoral et avait eu largement recours à ses richesses évocatrices pour traduire sa pensée. De ce fait, parmi bien d'autres, le thème du berger ne pouvait avoir les mêmes résonances. Tout en conservant l'expression première, il était normal que les deux évangélistes la "double d'une forme plus assimilable". Il ne pouvait être question de "changer le fond", mais la sensibilité des nouveaux ou futurs convertis n'était plus exactement la même.

De façon différente, la référence au milieu environnant éclaire le deuxième verset. En civilisation grecque de la fin du premier siècle, les légendes foisonnaient à propos de guérisseurs plus ou moins "spectaculaires". Les chrétiens n'étaient donc pas les seuls à mettre en valeur un personnage "auréolé" d'un témoignage et d'un enseignement passé. La référence à Jésus se présentait à la fois comme une référence nouvelle et une référence commune. Elle devait donc à la fois préciser son objectif et prouver son efficacité.

Le thème de la création et de ses handicaps constituait un thème susceptible de retenir l'intérêt sinon d'entraîner l'adhésion. Ce signe est "parlant" en toute civilisation. Certes, le choix de l'évangéliste était guidé par sa foi personnelle, mais il était également guidé par l'impact que pouvait avoir ce "signe universel" sur le milieu païen auquel il s'adressait. "Jamais on n'a ouï dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né".

Le dialogue entre l'aveugle guéri et son environnement anticipe d'ailleurs la controverse sur laquelle s'achève le développement. Celle-ci illustre l'opposition "historique" rencontrée par Jésus, mais elle ne fait qu'anticiper un "type" de discussion commun à toute époque. Les œuvres réalisées par Jésus sont appelées à susciter un double questionnement. Elles ne se présentaient pas en "prodiges", mais en service efficace de la cause humaine à laquelle elles renvoient. Par ailleurs, cette portée rejaillit sur la personnalité de celui qui les a réalisées "quand bien même vous ne croiriez pas en moi, croyez en ces œuvres afin de reconnaître une bonne fois pour toutes que le Père est en moi et moi dans le Père".

La portée actuelle de la présentation de Jean

Nous sommes aujourd'hui dans une situation assez semblable à celle de l'évangéliste. D'une part, nous ne pouvons plus nous payer d'illusion sur ce que Jésus représente pour nos contemporains. En formation première, ils ont hérité d'un mélange d'explications, de traditions, de superstitions concernant le domaine religieux. Ces confusions ont brouillé leur perception des valeurs essentielles portées par l'évangile et les ont égarés dans une religiosité qui n'a rien à voir avec la route équilibrée de la foi. Mais, d'autre part, les épreuves des guerres, la mondialisation des informations et des sources de réflexion ont contribué peu à peu à une nouvelle sensibilité. Celle-ci est beaucoup moins marquée d'opposition et surtout ses aspirations la rapprochent de nombreux thèmes évangéliques, peu médiatisés par le passé.

La référence au quatrième évangile peut dissiper certaines peurs et appuyer le renouveau qui s'impose. Car ce fut un "pari" semblable que le quatrième évangéliste Jean cherchait à relever en s'adressant à une mentalité grecque très différente de la mentalité juive du contexte initial. Percevoir sa méthode n'implique pas nécessairement de la copier, mais il y a grand profit à s'en inspirer.

Présentation de Jésus

1. Si l'on excepte le prologue de son évangile, Jean ne cherche pas à tout dire sur Jésus, il ne se lance pas dans des généralités "religieuses", toujours théoriques ou imaginatives en raison des sujets qu'elles abordent. Il fait même une sélection parmi les multiples facettes d'un témoignage qu'il connaît amplement puisqu'il l'a partagé durant deux ans. Il choisit un point d'impact susceptible de retenir l'attention de ses lecteurs et il lui associe un certain nombre d'enseignements qui ne détournent jamais de sa matérialité. Ici il développe le thème d'une humanité aveugle de naissance, mais rappelons-nous que six autres "signes" seront sélectionnés au long de son œuvre en raison de leur intérêt universel.

2. Le quatrième évangéliste nous conseille ensuite une meilleure "présentation" des "éléments de base" que la foi chrétienne peut retenir en toute intelligence et liberté. Dans le cas présent, sa "technique" est évidente.

Il "déblaie le terrain" en écartant les "explications" qui sont souvent avancées et qui invoquent la punition d'une faute à l'origine des détresses humaines. "Ni lui, ni ses parents n'ont péché pour qu'il soit né aveugle". Il double ensuite le "mode opératoire" d'une référence symbolique qui n'altère en rien la matérialité immédiate. Effectivement, Jésus reprend les gestes imagés que la Bible prêtait à Dieu lorsqu'il "façonnait" le corps du premier homme à partir de la "glaise du sol". La guérison de l'aveugle "échappe" ainsi à la liste des guérisons que présenteront les autres évangélistes, elle devient un acte de création, corrigeant les déficiences de la première.

Cette première "mise en ordre" pédagogique favorise une "analyse plus poussée" des éléments en présence. Les premiers symbolismes ouvrent à d'autres symbolismes : La "salive" de Jésus évoque la Parole dont bénéficieront les générations chrétiennes et qui leur permettra de "voir clair" en leurs propres problèmes. Mais il n'y aura rien de magique, il leur faudra mettre cette Parole sur leurs yeux, réfléchir à un enseignement.

Chemin faisant, nous pouvons remarquer comment, sans le dire explicitement, Jean éclaire à la fois la mission que se fixe Jésus, la manière dont il l'assume et le "mystère" de sa personnalité. Comme le dira l'aveugle guéri : "Jamais on n'a ouï dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle de naissance".

3. En troisième volet de sa présentation, l'évangéliste nous arrache à toute admiration passive et nous ramène à ce qui fait l'originalité de la foi chrétienne : "en même temps et dans la même mesure" une dimension humaine se trouve associée à l'action divine. Une démarche complémentaire affecte désormais l'œuvre de création et la conditionne: "Va te laver à la piscine de Siloé". Une démarche de foi s'impose pour cheminer vers la source de ce renouveau, source dont le nom se confond désormais avec une personne : "l'envoyé" de Dieu.

4. Alors seulement Jean aborde une deuxième dimension propre à la foi, à savoir l'accompagnement de Jésus, bon pasteur, au long du chemin qui mène à la fontaine de Siloé et en aide du renouvellement qui ressort de la lumière puisée dans ses eaux.

Il eut été facile pour l'évangéliste d'accumuler les éléments d'une "profession de foi" qu'il pourrait synthétiser en finale. Il s'en garde tout en rappelant la perspective du développement. Ainsi conclut-il : "Le Père est en Jésus et Jésus est dans le Père". Qui dit "Père" dit "Créateur". Telle était la portée du "signe initial". L'évangéliste proposera ensuite un autre signe tout aussi symbolique. Ce sera la réanimation de Lazare.

Présentation du mouvement de la foi

Bien d'autres conseils pourraient être tirés de la présentation de Jean. Ils vont tous dans le sens d'une clarification qui rejoint assez précisément nos aspirations modernes. De même ils intègrent un "humanisme" dont le souci nous est familier dès que nous entrons en dialogue avec nos contemporains. Ainsi, pour une présentation rapide de la foi, le premier verset est un modèle de concision. En trois phrases, il trace le cheminement qui marque si souvent notre dialogue avec Jésus : "écouter sa voix, le suivre, rayonner sa vie".

1. premier "duo" brebis-berger : les brebis ont à écouter la voix du berger et ceci lui permet de les aider à recréer leurs vies, autrement dit ceci lui permet de les connaître, au sens fort de "naître avec". Les brebis explicitent ainsi la base de leur foi en même temps qu'elles révèlent les richesses qui rayonnent de la Parole du Christ.

Ceci éclaire l'exigence actuelle d'un retour à l'Evangile. Ecouter la voix de Jésus, c'est en retrouver le lieu d'émission. Et cela ne va pas de soi. Il ne suffit pas de bons sentiments; pour en recueillir toutes les facettes de vitalité, il y faut beaucoup d'attention, de questionnement, de persévérance.

2. deuxième "duo" brebis-berger: les brebis ont à traduire de façon concrète cette densité d'humanité. A la lumière de l'évangile, suivre le Christ engage à construire un édifice solide sur les bases de l'amitié et du partage. Et ceci permet au berger de soutenir et d'amplifier la vitalité de ce que nous avons amorcé à la lumière de sa Parole. Il s'agit d'éternité, non par référence à des mérites futurs, mais par richesse d'une source qui a la qualité d'être universelle, accessible en tout temps et en tout lieu.

Nous retrouvons la dynamique des "œuvres". Notre épanouissement est une œuvre qui est remise entre nos mains et dont nous sommes premiers bénéficiaires. Mais il témoigne également de l'œuvre du Christ "lorsqu'il prend place à notre table". Notre réussite explicite son actualité malgré le fossé des siècles et la différence de civilisation.

3. troisième "duo" brebis-berger : la foi des brebis leur donne assurance sur une route parfois difficile, cette assurance ne ressort pas d'une utopie, elle leur vient de la valeur nutritive du témoignage initial, et de cette passion-résurrection qui ne dispensait pas des "obstacles habituels" sur le chemin de la vie… Mais cette assurance repose également sur la présence discrète et l'action vivifiante du berger. Pas plus aujourd'hui qu'hier le loup ne peut "arracher" les brebis de sa main.

Dans la présentation de Jean, il n'est question des brebis que sous l'angle positif… elles sont envisagées de façon individuelle et non en tant que troupeau. Creuser la Parole de Jésus, contribuer à son œuvre de création en nous, vivre cela en conscience de sa présence… telle est la manière dont nous pouvons contribuer à progresser et faire progresser vers un nouveau monde.

Deuxième piste possible de réflexion : "le Père et moi, nous sommes un"

= Lorsque nous entendons ce passage d'évangile, le dernier verset retient de suite notre attention : "Le Père et moi, nous sommes un". Il s'agit là d'une phrase bien connue, dont nous avons conscience qu'elle traduit une dimension essentielle de notre foi. Et pourtant il est rare que nous prenions le temps de nous y arrêter en vue de la creuser davantage et surtout en vue de réfléchir à la présentation que nous pouvons lui donner aujourd'hui. Supposons qu'un de vos amis incroyants "tombe" sur ce passage et vous pose la question : "Qu'est-ce que vous en pensez ?"… vous vous sentirez quelque peu démuni pour présenter les choses intelligemment.

Il ne s'agit pas d'un doute sur cette unité entre Père et Fils mais, à force de répéter certaines formules, nous finissons par trouver que les choses vont de soi. Il nous faut alors le questionnement de notre entourage pour nous rappeler qu'en pensée moderne, il ne suffit plus de nous réfugier derrière la notion de "mystère", ni de nous référer à la "doctrine" formulée par les Conciles des 3ème et 4ème siècles.

Profitons donc de ce dimanche pour mieux percevoir la densité et la portée exacte de cette expression tout en pensant à la meilleure manière de la présenter. Trois dimanches vont évoquer ce thème. Outre celui-ci, le 7ème de Pâques et la célébration de la Trinité nous permettront de poursuivre.

= "Le Père et moi, nous sommes un"… Cette phrase suscite en nos esprits trois interrogations

1. Jésus nous parle du monde divin en ce qui nous est le plus inconnu relativement à ce monde, à savoir sa vie interne… Il faut le reconnaître, nous héritons souvent d'un flot de clichés imaginaires qui encombrent plus qu'ils ne favorisent l'approche de ce terrain délicat… Or ce n'est pas sur la base de n'importe quel sens de Dieu qu'il peut être parlé d'une unité entre le Père et Jésus…

2. Jésus se situe, dans le monde divin, par rapport à un Père mais il ne peut s'agir là que d'un langage symbolique. Qui plus est, même en langage humain, la conception de paternité est assez différente selon les civilisations. Or, ce n'est pas à n'importe quelle conception qu'il est permis de se référer symboliquement pour situer Jésus en Fils.

3. Il en est de même de la notion de filiation… L'appauvrissement qu'il nous faut déplorer lorsque ce symbolisme est appliqué à Jésus, traduit la régression qui a marqué le passage de la culture juive à la culture grecque. Les évolutions actuelles nous permettent sans doute une meilleure approche

Le monde divin

1er point : " Dieu, personne ne l'a jamais vu ". (Jean1/18). C'est là une évidence qu'il ne faut jamais oublier. Elle nous invite à beaucoup de prudence et de discrétion lorsque nous en parlons. Car il n'est pas absurde d'en parler, à condition d'avoir conscience d'une autre évidence : ce qui fait problème, ce n'est pas l'existence d'un monde inconnu, c'est le "visage" que nous lui donnons.

Nous baignons dans un monde inconnu et pourtant il nous échappe… que ce soit l'inconnu de la création, l'inconnu de l'univers, l'inconnu de son fonctionnement, l'inconnu de sa finalité ; les progrès de nos connaissances concernant l'infiniment grand comme l'infiniment petit ne font qu'accentuer ce caractère d'inaccessibilité à nos intelligences humaines… Même nos propres personnes nous échappent et, a fortiori, celle des autres. Les sciences humaines n'ont pas inventé ce qui concerne l'inconscient et tant d'autres paramètres dont il nous faut admettre qu'ils nous conditionnent…

2ème point : Mais parce que "nous sommes dedans", nous ne pouvons y rester indifférents. A chaque instant, nous nous heurtons à lui, il influe sur notre vie comme sur notre survie…

Nous ne devons donc pas être étonnés de constater que ce monde inconnu est sans cesse évoqué, surtout dans une civilisation pré-scientifique. Et nous ne devons pas être étonnés de constater que la plupart des hypothèses qui tentent de le cerner sont liées à la création. Car c'est là le point immédiat, le point visible, où, de tous temps, les hommes ont ressenti sa présence et ont eu tendance à situer prioritairement son influence.

3ème point : Mais cette création est étrange, elle se présente en tohu- bohu… nous aimons ses forces bienfaisantes comme le soleil et la pluie… mais nous avons du mal à admettre et à comprendre qu'il en émane des forces hostiles comme les tempêtes et les catastrophes naturelles.

Pour s'exprimer sur ce monde inconnu, l'esprit humain se trouve donc influencé en deux directions. Il admire l'intelligence qui ressort d'une certaine harmonie de la création et il lui paraît normal de situer cet inconnu en haut de l'échelle que son expérience lui suggère à propos des êtres et des choses. D'où la "personnalisation" de ce monde inconnu…

Pourtant, l'homme ne peut ignorer sa situation fragile et dépendante. Par ailleurs, il souffre de l'aspect "caractériel" dont témoignent les fantaisies de la nature. "Son imaginaire" va donc peser "vers le bas", accentuer le fossé qui semble le séparer de cet inconnu personnel… d'où l'aspect très négatif qui est donné aux rapports que l'homme peut entretenir avec le monde divin.

La plupart des conceptions religieuses intègrent ces deux constantes: vision triomphaliste de Dieu et conception pessimiste de l'homme. Point n'est besoin de les justifier au nom d'une quelconque révélation… elles sont spontanées…

4ème point : Ainsi naissent les "visages" qui affectent le monde divin… Ils sont plus ou moins évocateurs selon les civilisations, les connaissances et les perturbations des peuples… Ils se trouvent renforcés par les mythes ou les légendes qui se cristallisent à leur sujet. Mais ils adoptent tous le même double schéma.

Ils reposent sur des bases bien fragiles. Il est inévitable que l'inconscient des aspirations, des rêves et des peurs que partage le groupe concerné les "contaminent". Et pourtant, ils deviennent des références qui guident les jugements et orientent les comportements.

Par ailleurs, cette fragilité se trouve accentuée par un autre "mécanisme" de l'esprit humain. En ce domaine comme dans tous les autres, nous faisons appel à des "images" auxquelles sont attachés des mots. En conversation courante, images et mots simplifient notre expression et nos rapports mutuels. A ce niveau, leur relativité et leur nature conventionnelle ne présentent aucun danger; car ils sont appuyés sur une expérimentation et une sensibilité communes.

Mais, lorsque nous abordons les questions touchant au monde divin, nous entrons dans un domaine particulier: il s'agit d'une réalité insaisissable, qui nous dépasse par sa profondeur et son étendue, ce que nous pouvons appeler sa densité mystérieuse. Pour nous faire comprendre en langage accessible à tous, nous ne pouvons faire autrement que de recourir au langage ordinaire mais nous le chargeons d'une densité qui le change de registre, nous passons au "registre symbolique"….

C'est là que se glisse souvent un dérapage. Les mots sont très dépendants du "cliché" qui les réfère au réel. Lorsqu'ils sont repris pour être appliqués en mode symbolique à une réalité complexe, ils se veulent seulement "évocateurs". Or, dans l'esprit des interlocuteurs, le risque est grand de les voir "fonctionner" en sens inverse de cette intention. Le cliché l'emporte et impose abusivement sa valeur "descriptive" alors que celle-ci est inadéquate…

5ème point : Ce handicap se trouve accentué par les mutations culturelles ultérieures. Au long des siècles, le progrès des connaissances et l'évolution des sensibilités influent sur l'imaginaire collectif. Les "clichés" ne sont plus les mêmes… et pourtant nombre de mots restent semblables en phonétique. En emploi courant, ils changent de sens et s'inscrivent sans trop de heurts avant d'être assimilés en habitudes. En pensée religieuse, il en va tout autrement…

Nous sommes au cœur du malaise actuel. Les mêmes mots ne suggèrent plus les mêmes images. Malgré cela, au nom d'une fausse conception de la "tradition", beaucoup continuent d'employer le même vocabulaire. Nul ne conteste que les images et les mots étaient significatifs à une époque passée, mais il n'en est plus ainsi. et il est illusoire de vouloir les empêcher de "fonctionner" selon leur sens actuel…

L'angle d'approche adopté par Jésus

* Jésus a beaucoup parlé du monde des hommes. A ce niveau déjà, il ne s'est pas laissé piéger par notre curiosité spontanée. Il s'est bien gardé de tout révéler de notre propre monde. Avant comme après son engagement historique, des pans entiers de connaissances nous échappent… Mais ce silence nous oblige à concentrer notre attention sur l'essentiel, à savoir les lignes positives dont nous disposons, les "talents" qui sont en nous. A nous ensuite d'aller plus loin dans leur exploration et surtout d'en organiser l'épanouissement en toute responsabilité…

* Jésus a peu parlé du monde de Dieu en lui-même. La "brèche" qu'il a ouverte peut se définir comme une sélection parmi les multiples "visages" que l'imagination humaine est susceptible de concevoir…

Il a opéré cette sélection de façon très pédagogique. Il ne s'est pas égaré dans une "nouvelle" description du monde divin en lui-même. Il a émis l'hypothèse d'une autre "approche", tout aussi plausible, tout aussi enracinée dans notre humanité mais nettement plus optimiste. Il a suggéré trois pôles d'accès relativement facile et il a invité à concentrer sur eux l'essentiel de notre réflexion.

La "paternité" qui s'exprime dans la création avait été déjà perçue par le peuple juif et nombre de nations antiques… Même s'il soulevait nombre de questions, le "témoignage de filiation" a toujours été vécu dans un cadre public et visible, il s'est exprimé en "modèles humains" compréhensibles par tous…L'Esprit qui émane du message ressort de sa nature de parole et pensée humaines ; il reste possible de le creuser ou de l'affronter à d'autres doctrines ou synthèses…

Pourtant, au terme de la présentation que nous rapportent les évangiles, il apparaît que Jésus a proposé une complète inversion à l'égard de la plupart des clichés spontanés antérieurs. C'est alors que le verset qui concluait le passage d'aujourd'hui prend toute son importance.

2ème partie au 7ème dimanche de Pâques

 
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