Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 2ème Dimanche de Pâques

Année C : 2ème Dimanche de Pâques

Actualité

Chaque année, la liturgie du deuxième dimanche de pâques propose le même passage. Nous finissons par en connaître le détail presque par cœur… d'autant plus que la plupart des commentaires se concentrent exclusivement sur l'attitude de  Thomas. Or, quelques versets interviennent en conclusion. Ils sont indépendants de l'épisode qui précède et invitent à jeter un regard sur l'ensemble du quatrième évangile. Ils méritent que l'on s'arrête sur eux quelques instants. Et c'est ce  que je vous propose aujourd'hui.

Evangile

Evangile selon saint Jean 20/19-31

L'évangéliste a construit sa présentation en trois ensembles parallèles dans la forme, avec référence commune au salut liturgique de paix.

1° les premiers témoins (en nombre incomplet) : " il leur montra ses mains et son côté "

" Comme donc c'était le soir, ce jour-là, le premier de la semaine et les portes étant fermées là où étaient les disciples, par peur des Juifs,

Jésus vint, il était là au milieu. Il leur dit : " paix à vous ! "

Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

2° le même groupe (toujours incomplet) : " je vous envoie " - "recevez l'Esprit-Saint" - la diffusion du témoignage commence auprès de Thomas.

Jésus leur dit de nouveau : " paix à vous !

= Comme le Père m'a envoyé, moi-aussi, je vous envoie "

= Et, ayant dit cela, il souffla et leur dit : " Recevez l'Esprit-Saint : si de certains vous remettez les péchés, ils leur sont remis ; si de certains vous retenez les péchés, ils leur sont retenus. "

= Thomas, l'un des Douze, qui est appelé Didyme (nom qui signifie "Jumeau") n'était pas avec eux lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui disaient : " Nous avons vu le Seigneur. "

Mais lui leur dit : " Si je ne vois pas à ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas ma main à son côté, non, je ne croirai pas. "

3° le groupe complet avec insistance sur les difficultés et le cheminement de l'absent, figure de tout chrétien (Jumeau) vivant historiquement après les événements

Et après huit jours, de nouveau, ses disciples se trouvaient à l'intérieur et Thomas était avec eux. Jésus vient alors que les portes étaient fermées. Il était là au milieu. Il dit : " paix à vous ! "

= Puis il dit à Thomas : " Porte ton doigt ici et vois mes mains ; porte ta main et mets-la dans mon côté. Ne sois plus incrédule, mais croyant. "

= Thomas répondit et lui dit : " Mon Seigneur et mon Dieu ! ". Jésus lui dit : " Parce que tu m'as vu, tu crois ... Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. "

= Jésus fit encore beaucoup d'autres signes devant ses disciples, qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là ont été mis par écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin qu'en croyant, vous ayez la vie en son Nom."

Références aux autres années

En année A, le commentaire propose de s'attacher aux "disciples du début". En insistant toujours sur Thomas, on finit par oublier qu'il a été informé par ceux qui ont adopté un comportement "normal" à l'annonce de la résurrection. Ce comportement mérite autre chose qu'une mention distraite. Pour le percevoir, il est nécessaire de prêter davantage attention à la présentation d'ensemble qu'adopte le quatrième évangéliste pour les événements de Pâques. Les notes du contexte évoquent la pluralité d'auteurs chez Jean - l'originalité de Jean à propos des événements de la résurrection - la composition du passage en deux temps - le repérage des différents points soulignés par l'auteur, en particulier le don de l'Esprit au soir de Pâques.

Piste de réflexion possible: "n'oublions pas ceux qui ont cru avant Thomas": Jésus vient, il était là - il leur montra ses mains et son côté - il répandit sur eux son souffle - vous remettrez les péchés.

En année B, les notes du contexte conjuguaient deux soucis : en premier dénoncer les fausses interprétations concernant Thomas et mettre les choses au point en ce qui concerne la réflexion qui lui est prêtée… en second, insister sur l'aspect positif qui se dégage de l'épisode.

La piste possible "Thomas n'avait pas tort, mais il ne savait pas voir" développait ces deux thèmes : exacte interprétation du texte concernant Thomas - densité des signes vécus au long des trois temps de nos assemblées dominicales.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Chaque année, ce même texte d'évangile est proposé pour le 2ème dimanche de Pâques.  Cette année, nous vous proposons de prêter attention au dernier verset, celui qui prend un peu de distance par rapport à Thomas et concerne les signes… En année B, nous avons dit son importance pour une juste interprétation de la phrase concernant "ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru". Mais, cet éclairage étant apporté, il est dommage que les derniers versets soient trop souvent survolés. Ils méritent d'être approfondis "pour eux-mêmes". Jean nous invite à jeter un regard d'ensemble sur l'œuvre qu'il termine. Non seulement il nous fournit un "repérage littéraire" fort utile, mais il nous invite à mieux l'assimiler.

Il faut préciser que la clarté de ces versets n'élimine pas la complexité de certains passages du quatrième évangile. Par souci de clarté, nous parlerons de Jean au singulier, mais, sans être grand exégète, il paraît évident que cette oeuvre est le fruit d'un long travail. On ne peut exclure l'hypothèse d'une pluralité d'auteurs s'exprimant chacun selon leur style personnel. Cet évangile n’en est pas pour autant  un recueil de souvenirs livré à l'improvisation. Si l'on admet l'hypothèse d'auteurs postérieurs, il faut reconnaître que ceux-ci ont globalement respecté et enrichi la première "structure". Les derniers versets  fournissent donc une "clé" de composition recevable.

La "technique" du quatrième évangéliste semble avoir été relativement simple. L'auteur n'a pas cherché à tout dire. Parmi les nombreux signes dont il disposait à partir du témoignage historique de Jésus, il en a choisi quelques-uns et il en a fait l'ossature de sa composition. Leur synthèse lui paraissait plus "significative" de la vitalité apportée par Jésus. Pour approfondir leur sens, il a ensuite regroupé autour d'eux des enseignements susceptibles de préciser ou d'amplifier les thèmes qu'ils abordaient.

* Dans la mémoire des fidèles, la question des signes "selon les évangélistes" manque souvent de précision. On ne sait pourquoi, Jean traîne derrière lui une réputation de "théologien spirituel" au mauvais sens du terme. Il faut combattre ce préjugé ! Pour cela, la référence à la piste des "signes" est déterminante.

* le repérage des "signes" retenus par le quatrième évangile

En raison de la diversité sous laquelle se présente le quatrième évangile, la détection de certains signes n'est pas évidente. Mais elle n’est ni  impossible ni hasardeuse. L'auteur a mûri son choix et introduit dans son texte quelques indices.

Jean a sélectionné sept signes : les noces de Cana, la guérison du fils d'un officier païen, la guérison d'un paralysé juif, le partage des pains uni à la marche sur la mer, la guérison d'un aveugle de naissance, le retour à la vie de Lazare, le lavement des pieds. Ce chiffre n'est pas pour nous étonner en raison de son symbolisme, chiffre de totalité, de plénitude.

Selon les modèles littéraires familiers au temps de sa rédaction, l'auteur  a disposé ces sept signes en chiasme, autrement dit en développement A B C D C' B' A', l'important se situant au centre D. Cette présentation met en évidence deux versants qui se répondent : le premier est plus théorique et nous invite à "reconnaître" qui est Jésus… le second nous ramène au plan pratique de la richesse qu'il nous apporte en réponse à notre foi…

Les signes extrêmes et le signe central ont le profil d'un repas : A = le repas des noces de Cana (2/1) est situé explicitement comme premier signe : "Jésus manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui"A' = le repas du Jeudi-saint est centré sur le lavement des pieds (13/4) et le sens qu'il faut lui donner : "Maintenant le Fils de l'homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui" 13/32

D = le partage des pains est précisé explicitement comme signe (6/14), mais il est supplémenté par deux demi-signes ; le refus d'une royauté terrestre (6/15) et l'évocation de la résurrection comme retour dans la barque de la communauté par la marche sur la mer (6/21). Cette soirée marque une rupture et les demi-signes complémentaires l'expriment clairement.

Le deuxième signe est, lui-aussi, précisé explicitement : B = la démarche d'un païen (4/46) dont le fils était gravement malade, menacé de mort. Elle est insérée après la purification du Temple par expulsion des vendeurs, après la conversion du monde juif symbolisé par Nicodème, après la conversion du monde demi-païen symbolisé par la Samaritaine. Ce signe risquait de passer inaperçu d'où la précision de l'auteur: "deuxième signe" (4/54). Le thème de la vie y est très présent.

Cela facilite la perception d'une symétrie avec le sixième signe : B' = le retour à la vie de Lazare (11/1). Spontanément, nous ne penserions pas à ce rapprochement; pourtant les éléments ne manquent pas : demande émanant d'un tiers, maladie mortelle, affection du père pour son "petit enfant" correspondant à l'amitié de Jésus pour son ami, conversion des témoins, etc…

Deux guérisons demeurent ainsi en symétrie : C = celle de l'infirme de la piscine de Bethesda (5/5) est réalisée en milieu juif, les suites en sont décevantes puisque le débat sur le sabbat va être alimenté par le malade guéri : "il alla raconter aux juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri". L'évangéliste va même très loin dans cette responsabilité puisqu'il laisse entrevoir le drame qui en résulte : "dès lors, les juifs cherchaient à le faire périr"(5/18).

C'= la guérison de l'aveugle de naissance (9/1) reprend sensiblement les mêmes éléments dans une ambiance radicalement différente. L'aveugle-guéri devient missionnaire de Jésus dans le monde qui lui est proche et n'hésite pas à prendre sa défense face aux pharisiens, alors que lui sont objectées les réserves concernant le sabbat.

* En vous reportant aux textes, vous pouvez enrichir cette présentation. Mais pour en tirer toutes les virtualités, plusieurs remarques sont indispensables.

= La première porte sur le sens exact que les juifs donnaient au mot "gloire". En langage moderne, il a perdu sa densité religieuse et signifie plutôt la renommée, l'éclat extérieur de quelqu'un. En hébreu, il suggérait un lien beaucoup plus profond, à savoir la présence de Dieu auprès de quelqu'un ou dans quelqu'un. La réaction adéquate n'était donc pas tant l'acclamation que le discernement pour "reconnaître" et accueillir l'engagement de Dieu dans la réalité humaine.

Il est certain que la lecture des signes exige la prise en compte de ce "décalage". Les signes sont d'abord des signes de révélation et, à la lumière du témoignage de Jésus, ils vont parfois à contre-sens de l'imaginaire courant soucieux "d'extraordinaire" dès qu’on parle du divin. Nombre de commentaires entretiennent  ce contre-sens. Ainsi le lavement des pieds est-il presque toujours négligé comme "signe" alors que Jean le présente comme "glorification de Dieu en Jésus" (13/32).

= L'auteur  fournit en fin de verset quelques précisions qui ont guidé la "clé" de sa sélection. Il s'est fixé deux perspectives, s’engendrant l'une l'autre. La première concerne la "découverte" de la personnalité de Jésus : non seulement il est le Messie, mais, au-delà de tous les styles messianiques que nous pourrions concevoir, il s'est révélé le Fils de Dieu. Ce faisant il a révélé Dieu. Sur ce point, Jean concentre la démarche qu'adoptait déjà le deuxième évangéliste (Marc 1/1). Nous pouvons relier cette finale à tout ce qu'annonçait le prologue : "Nul n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, nous l'a fait connaître". Et comment a-t-il réalisé cette mission, sinon "en se faisant chair, en habitant parmi nous et en nous donnant à contempler sa gloire" (1/14).

Mais il ne s'est pas agi d'une révélation "tournée vers le ciel", elle se proposait "d'apporter la vie." aux hommes qui accueilleraient cette lumière et "en nourriraient" leur existence. La densité des "signes" éclate donc à la croisée d'une révélation de Dieu, d'une révélation de Jésus et d'une révélation de l'homme vivifié par la "foi en son Nom". "En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. Il ne suffit donc pas "d'admirer" Jésus, il faut percevoir le dynamisme d'un engagement qui a orienté sa marche et qu'il soutient lorsque nous le poursuivons dans la foi.

 

Piste possible de réflexion : les "signes" sélectionnés par Jean comme source de notre foi

La méthode de Jean : percevoir la densité de certains épisodes

Que dit saint Jean ? Il  expose la "méthode" qu'il a adoptée pour rédiger son œuvre. Il l’affirme nettement : il n'a pas cherché à tout dire. Parmi les nombreux souvenirs dont il disposait sur le témoignage historique de Jésus, il en a choisi quelques-uns et en a fait l'ossature de sa composition. Il précise bien que Jésus ne s'est pas limité à ce qu'il vient de présenter. Jean est le premier à se réjouir des nombreux épisodes et enseignements que les autres évangélistes ont fidèlement rapportés. Mais pour lui, il importe de ne pas s'égarer dans le flou qui entoure souvent le domaine religieux. D’où la nécessité de sélectionner quelques pièces maîtresses tirées d'un patrimoine abondant.

Ce choix confère aux éléments retenus une densité particulière, comme autant  d’expressions significatives des bases sur lesquelles s'édifie la foi chrétienne : l'engagement de Dieu en vue du salut des hommes, la personnalité et la mission de Jésus, enfin la vitalité de la route qu'il propose à ses disciples. Jean emprunte au vocabulaire de son temps et parlent de ces faits comme de "signes". En pensée moderne, la portée de cette expression s'est sensiblement réduite. Lorsqu’on évoque le domaine religieux, on parle surtout de doctrine ou de révélation, très peu de "signes". Quelques précisions sont donc nécessaires pour donner un sens à cette expression.

En appliquant le mot "signe" à certains faits de la vie de Jésus, Jean invite à unir trois dimensions. Ces faits révèlent ce qui ressort d'une intervention divine, ils livrent donc une connaissance partielle des réalités invisibles, réalités inexprimables sinon en langage symbolique… Mais cette réalité éternelle s'est incarnée en Jésus historique. Celui-ci a réellement vécu, travaillé, enseigné, souffert et est mort d'une mort humaine. Ses engagements ont ainsi révélé une "personnalité" et ont eu des conséquences immédiates effectives. Désormais les témoignages qui les concernent "inspirent" et en même temps "contrôlent" tout ce qu'on peut en dire… Enfin, il s'avère que l'engagement de salut dépasse le court laps de temps où il a revêtu un "visage explicite". La valeur des témoignages en acquiert  un relief supplémentaire puisqu'ils commandent ce qui peut être assimilé à l'inconnu du présent.

Les "signes" sélectionnés par Jean

*Ils sont au nombre de sept ; il s'agit : du repas des noces de Cana, de la demande d'un officier païen en faveur de son fils gravement malade, du vieux paralysé juif de la piscine de Bethesda, du partage des pains, de l'aveugle de naissance, de la résurrection de Lazare, et du lavement des pieds au soir du jeudi-saint.

Deux d'entre eux nous sont moins connus et demandent des précisions pour comprendre le choix de l'évangéliste : le deuxième signe met en scène un païen qui sollicite Jésus pour son fils. Ce signe intervient après la purification du Temple, après l'évolution  demandée au juif Nicodème et après l'évolution parallèle demandée à la femme de Samarie. Il s'agit là du plan universel que Jésus trace à ses apôtres au soir de Pâques (Actes 1/8). L'évangéliste précise qu'il s'agit du deuxième signe et que Jésus l'a accompli en Galilée.

Le troisième signe se situe à Jérusalem dans le cadre de la piscine de Bethesda vers laquelle nombre de malheureux convergeaient dans l'espérance du "miracle de l'eau". L'attitude du paralysé est très ambiguë et contribue à accentuer l'opposition "des Juifs". L'épisode prend valeur de signe lorsqu'on lit l'enseignement qui y est attaché. Il porte sur le pouvoir que le Père a remis au Fils afin qu'il donne la vie.

°- Le chiffre 7 ne doit pas nous étonner en raison de son symbolisme de plénitude. Mais les signes" ne sont pas "distillés" n'importe comment, l'auteur adopte un procédé littéraire qui était familier à son époque. Il consistait à ordonner un développement de façon symétrique, en forme A B C D C' B' A', un premier mouvement va jusqu'à un centre, en général, il est plus théorique … un second mouvement part du centre et ramène au plan pratique.

D = le partage des pains est donc situé au centre et est précisé explicitement comme signe (6/14), mais il est supplémenté par deux demi-signes ; avant le partage, la foule est en recherche de Jésus… après la partage, Jésus refuse toute royauté terrestre (6/15) et la marche sur la mer (6/21) évoque sa résurrection comme retour dans la barque de la communauté. Cette soirée marque une rupture et les demi-signes complémentaires l'expriment clairement.

Premier versant : les trois premiers signes et le début du quatrième invitent à reconnaître "qui est Jésus"… Aux noces de Cana, "Jésus manifeste sa gloire et ses disciples crurent en lui"… L'officier païen exprime sa demande en écho aux samaritains qui ont affirmé que "Jésus était vraiment le Sauveur du monde"… La guérison de l'infirme de Bethesda entraîne une discussion qui laisse entrevoir les motifs de la condamnation finale : "non seulement il violait le sabbat, mais encore il appelait Dieu son propre Père"… Au lendemain du partage des pains, Jésus précise que la vraie nourriture est celle que "le Fils de l'homme donnera, lui que le Père, qui est Dieu même, a marqué de son sceau…

Deuxième versant, le lien est très fort entre l'action de Jésus et l'action consécutive de ceux qui sont concernés. Jésus rejoint les apôtres aux prises avec la tempête… L'aveugle-guéri devient missionnaire de Jésus dans le monde qui lui est proche et n'hésite pas à prendre sa défense face aux pharisiens… La conclusion de la résurrection de Lazare ouvre sur la mission: "déliez-le pour le laisser aller"… Quant au lavement des pieds, il est souligné "en exemple qui a été donné pour que vous fassiez de même".

Il y a donc symétrie entre les noces de Cana et le repas du jeudi-saint, la guérison du fils de l'officier et la résurrection de Lazare, le paralysé de Bethesda et l'aveugle de naissance.

La portée des signes sélectionnés par Jean

Chacun des signes mériterait un cercle évangélique… d'autant plus que des enseignements accompagnent leurs présentations et en permettent l'approfondissement. L'auteur tient cependant à préciser les perspectives qui ont guidé son choix et sa présentation : "ces signes ont été mis par écrit : 1 pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu" et il en fait dépendre un apport essentiel, pour nous comme pour lui : " 2, pour qu'en croyant vous ayez la vie en son nom."

= La sélection des signes a donc pour premier objectif d'éclairer notre foi en Jésus-le Christ-le Fils de Dieu. Mais, avant d'y réfléchir, il est important d'alerter sur un risque que ne signalent pas assez les commentaires. Au cours des siècles passés, un changement de sens a affecté les deux expressions "gloire" et "glorifier". Or la plupart des "signes" sélectionnés par Jean sont assortis de cette mention. Nous risquons donc d'en dévier le sens et l'impact.

Pour la pensée moderne, le mot "gloire" a perdu toute résonance religieuse. Il évoque la renommée émanant d'une personne ou d'une manifestation spectaculaire. Or, pour la  pensée juive, il en va tout autrement. Seul, Dieu est gloire en raison de sa Toute puissance, de l'éclat de sa sainteté, du dynamisme de son Etre. En certains êtres ou au cœur de certains événements, il laisse déborder cette plénitude et manifeste ainsi sa présence. Quelques signes permettent alors de la soupçonner et de cerner quelques traits de ce qui reste essentiellement "mystère divin". Lorsque l'évangéliste avance que Jésus "manifeste sa gloire", il ne s'attache donc pas à l'acte de puissance qui peut avoir impressionné les apôtres, il s'attache au lien divin qui vient de transparaître. C'est pourquoi il ne s'agit pas nécessairement d'un "miracle" spectaculaire. C'est ainsi qu'en lavant les pieds de ses amis Jésus "glorifie Dieu", c'est-à-dire symbolise son véritable comportement en soutien des disciples.

= Si Jean rappelle ces perspectives, c'est qu'elles ne vont pas de soi et qu'un certains nombre de méprises menacent aussi bien la perception de la personnalité exacte de Jésus que la conception de la vie qu'il apporte, autrement dit la conception de la foi chrétienne. D'ailleurs Jean ne présente pas ces 7 signes comme des signes "tranquilles". En précisant les réactions lors des enseignements qui les accompagnent, il n'hésite pas à souligner leur caractère "contestataire". Bien entendu, dans leur cadre "historique", ils remettaient en cause des déformations juives mais il suffit de jeter un regard lucide sur la situation actuelle pour constater leur "mordant" universel.

= Certains signes donnent donc à réfléchir sur leur portée et invitent à de nombreuses remises en question à l'encontre de l'imaginaire déiste qui a si souvent pesé sur la vraie foi chrétienne.

Les noces de Cana donnent de la religion un visage bien différent de la vision négative et punitive qui ressort habituellement. Jésus ne s'impose pas, il est invité. Son action discrète est menée sans reproche et vise la poursuite d'une ambiance de fête. Il ne se pose pas en libérateur et sollicite l'activité ordinaire des serviteurs. Les cuves ne servent plus à la purification elles trouvent une orientation de service très concret. Rien d'étonnant à ce que l'évangéliste situe, directement après ce "signe", la fin du Temple et de son culte solennel à base de sacrifices.

Le signe du partage des pains est assorti d'un long discours sur le pain de vie. Celui-ci précise la véritable "nature" de la foi chrétienne à distance d'un simple sentiment religieux ou d'une admiration passagère pour l'engagement de Jésus. Il engage dans un lien de nourriture qui va très loin selon le sens ancien du mot "corps" et le symbolisme du sang, siège de la vie. La messe se trouve ainsi allégée de tout appareil cultuel. Elle devient le lieu spontané d'un partage en humanité avec Celui qui ne craint pas de marcher sur la mer de nos existences pour nous éviter de sombrer.

La guérison de l'aveugle de naissance nous rappelle la valeur du témoignage de Jésus, nouvelle création renouvelant la première et en facilitant l'épanouissement. Certes cette évolution n'a rien de magique, elle sollicite que nous allions personnellement jusqu'à l'Envoyé pour nous inspirer de sa lumière. Certes elle nous met souvent en porte à faux avec notre entourage. Mais comment passer sous silence la netteté qu'elle apporte aux horizons parfois confus de nos destinées

Le retour à la vie de Lazare ne craint pas de nous rejoindre au plus douloureux de notre condition humaine. Jean se fait discret sur ce qui reste un drame universel, mais il témoigne du soutien qui tente d'assumer les réactions spontanées. Sur ce point également, les horizons s'élargissent sans céder à l'imaginaire.

Enfin le signe du lavement des pieds éclaire à jamais nos relations avec nos frères comme nos relations avec Jésus. Dans le discours qui suit, l'évangéliste ne craint pas d'en dépasser le visage "moral" et d'en souligner le visage intime qui s'applique à tout chrétien : "Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis".

= En finale de son évangile, Jean souligne le lien très fort qui s'établit entre "croire" et "avoir la vie". D'une certaine façon, l'étude des signes nous en avait déjà persuadés, car tous allaient dans le sens de la vie. L'évangéliste adoptait un même schéma : une situation de manque suscitait une action de Jésus… à l'évidence, cette action aurait pu être efficace en elle-même, pourtant Jésus lui associait une double participation humaine. Antérieurement au signe, une intelligence personnelle suscitait la demande et parfois en préparait la réponse… que l'on pense à Cana, à l'officier païen, à la demande de Marthe et Marie… Après le déroulement du signe, une réaction personnelle ouvrait ou fermait la route que le signe suggérait … en négatif, que l'on pense à la tentative des foules pour faire de Jésus leur roi et, en positif, que l'on pense à l'engagement de l'aveugle guéri pour défendre Jésus…

Si l'on évoque le prologue, la conviction de l'évangéliste demeure donc la même d'un bout à l'autre de son oeuvre : " En lui était la vie, lumière des hommes… Il est venu chez lui… ceux qui l'ont reçu, ceux qui croient en son Nom, il leur a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu … de sa plénitude tous ont reçu, grâce sur grâce"…

Conclusion : le meilleur choix actuel

* Bien entendu, Jean ne prétend pas faire des signes qu'il choisit des signes exclusifs. Nous venons de souligner leur portée universelle, mais l'évangéliste n'élimine pas l'impact que peuvent avoir les autres signes sur lesquels il ne s'est pas attardé. Il ne nous demande pas de "canoniser" son choix. Ces "signes" sont préférentiels pour lui, pour sa propre foi et pour le dialogue de sa communauté avec le monde incroyant de son époque. A nous de réfléchir… les temps changent, les mentalités aussi … Rien ne nous empêche d'emprunter à Marc, Matthieu ou Luc, les "signes" que nous jugeons plus "déterminants".

Il nous faut également tenir compte que nous sommes engagés au service de deux chantiers. Un "chantier chrétien" nous sollicite, car, comme le judaïsme, les communautés passées ont souvent étouffé l'appel des signes au nom de leurs traditions. Mais un chantier encore plus vaste s'ouvre en dialogue avec ce qui est devenu l'incroyance ambiante. La figure de Jésus que porte la majorité de nos contemporains s'est réduite à un schéma stéréotypé de plus en plus éloigné du témoignage initial. Les malheurs et les catastrophes qui ont perturbé la période des 12ème-14ème siècles a influé sur une présentation dominée par la croix. La querelle catholiques-protestants a facilité l'intrusion du déisme à l'encontre de l'humanisme qui éclaire le "terreau" de l'engagement de Jésus. L'usure du temps et la facilité des répétitions sont ensuite passées par là.

Le renouveau d'intérêt pour les évangiles est à peine amorcé. Cependant, la situation d'aujourd'hui semble privilégier le choix fait par le quatrième évangéliste. Il n'était donc pas inutile d'entendre l'avis de quelqu'un qui a été témoin immédiat de ces "signes" et y a longuement réfléchi par la suite.

Mise à jour le Samedi, 06 Avril 2013 09:00
 
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