Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C: Dimanche de la Résurrection

Année C : Dimanche de la Résurrection

Actualité

Comme pour la passion, dans notre mémoire, nous conservons de façon globale les témoignages des évangélistes concernant la résurrection. Mais les choses ne se présentent pas sous le même angle et nous sommes confrontés à de nombreuses difficultés lorsque nous y pensons ou lorsque nous en parlons.

Le sujet par lui-même est délicat, beaucoup plus délicat que la passion. Malheureusement, Jésus n'a pas été la seule victime du supplice de la croix. Il est donc possible de suivre assez précisément le déroulement de son exécution et d'en approcher le sens. Même si les textes évangéliques présentent quelques variantes entre eux, ils fournissent des bases convergentes pour réfléchir à ce drame. Au contraire, la résurrection est unique, elle va à l'encontre du cours habituel des choses. Et, qui plus est, elle affecte notre actualité puisque, par nature, elle est amenée à se prolonger.

Pour l'approfondir, il est donc légitime que nous soyons exigeants quant aux témoignages de ceux et celles qui en furent les témoins engagés. A juste raison, nous avons conscience que, au long des siècles, on a fait dire aux textes plus qu'ils ne disent. De ce fait, nous sommes soucieux d'un retour aux sources. Or il s'avère très aléatoire de faire la synthèse des renseignements que les différents évangélistes glissent dans leur présentation de la résurrection. Nous aimerions pouvoir disposer d'un scénario cohérent concernant le détail des événements qui ont bousculé les apôtres au matin de Pâques et les ont amenés à exprimer la foi qui sera désormais au centre de leur prédication. Or, nous ne disposons que d'un éclairage indirect.

Historiquement, nous ne sommes pas totalement démunis. Les preuves avancées par les témoins devaient être valables puisque de grandes foules accueillirent une prédication qui reposait sur leur certitude. Pourtant tous les évangélistes ont refusé d'entrer dans un schéma de description. S’agissant de la vie publique de Jésus, ils n'ont pas hésité  à enraciner Jésus dans une humanité précise… Mais, pour parler de la résurrection, il en va tout autrement.

Ceci doit nous mettre en garde contre la tendance à "chosifier" l'événement. Mais cela n'empêche pas, bien au contraire, de s’arrêter sur chaque présentation des évangélistes. En  évitant certaines impasses, en mettant leurs complémentarités au service d'une lumière d'ensemble, elles nous enrichissent plus que nous ne le pensons.

Evangile

Evangile selon saint Luc 24/1-12

témoignage initial /1 . les femmes au tombeau (anneau)

premier mouvement

Le premier jour de la semaine, de grand matin, les femmes se rendirent au sépulcre, portant les aromates qu'elles avaient préparés. Elles trouvèrent la pierre roulée sur le côté du tombeau. Elles entrèrent, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.

Elles ne savaient que penser, lorsque deux hommes se présentèrent à elles, avec un vêtement éblouissant. Saisies de crainte, elles baissaient le visage vers le sol.

Ils leur dirent : " Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici,

à la racine des anneaux suivants : il est ressuscité

deuxième mouvement.

Rappelez-vous ce qu'il vous a dit quand il était encore en Galilée : " ll faut que le Fils de l'homme soit livré aux mains des pécheurs, qu'il soit crucifié et que, le troisième jour, il ressuscite. " (9/22, 17/25, 18/32-33)

Alors elles se rappelèrent ses paroles.

Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux 0nze et à tous les autres C'étaient Marie Madeleine, Jeanne et Marie, mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose Mais ces propos leur semblèrent délirants et ils ne les croyaient pas.

témoignage initial /2 . Pierre au tombeau (anneau complémentaire)

Pierre cependant courut au tombeau ; mais en se penchant, il ne vit que le linceul.

Il s'en retourna chez lui, tout étonné de ce qui était arrivé.


Contexte des versets retenus par la liturgie

* Ce passage est rédigé par Luc en 4ème ensemble de la 4ème partie de son évangile : la passion-résurrection. Selon sa composition habituelle, l'auteur présente les événements et les enseignements sous forme d'anneaux qu'il accroche les uns aux autres pour constituer une chaîne.

Trois anneaux lui permettent de présenter la résurrection comme un jour qui n'a pas de fin … Nous lisons le premier en ce jour de Pâques C. Il porte sur le témoignage des femmes et insiste sur l'incrédulité qui l'a entouré. Nous avons lu le deuxième au 3ème dimanche de Pâques A. Il développe l'épisode bien connu des pèlerins d'Emmaüs, expérience personnelle de "deux d'entre eux qui faisaient route"… Nous avons lu le troisième au 3ème dimanche de Pâques B. Il rapporte l'expérience communautaire du groupe réuni autour des Onze. L'Ascension conclut l'ensemble. A l'évidence, la démarche de Pierre a été glissée en complémentarité du témoignage des femmes.

* La pensée de Luc exige un examen attentif des textes avant de livrer son originalité. Les notes de ce dimanche portent sur l'ensemble des trois anneaux. Mais, la piste de réflexion se limitera au premier anneau selon le passage retenu par la liturgie.

Lors des célébrations pascales, la Vigile inclut l'anneau relatant la visite des femmes. Au jour même de Pâques, il est possible d'opter pour l'évangile de Jean et, à la messe du soir, pour l'épisode d'Emmaüs. Il semble cependant préférable de conserver le texte de Luc pour le dégager de l'amplitude de la célébration lors de la Vigile et amorcer la réflexion des dimanches suivants.

* Une première lecture "globale" de l'ensemble "résurrection selon Luc" donne l'impression d'une dispersion des témoignages. Cette impression accentue les difficultés pour "assimiler" la nature du phénomène de la résurrection. Il ne suffit pas d'affirmer ce donné de la foi, il importe de le concevoir et nos esprits modernes sur leur faim en lisant les deux présentations du troisième évangile:

1. Sur la route d'Emmaüs, "Jésus lui-même fait route avec deux disciples, mais leurs yeux sont empêchés de le reconnaître… quand il rompt le pain, leur yeux furent grands ouverts, ils le reconnaissent… mais il devient invisible…

2. Lorsque ses amis sont rassemblés, "il surgit au milieu de leur groupe, de sorte qu'ils croient voir un esprit"… pour les détromper, "il leur donne à voir ses mains et ses pieds comme constitués de chair et d'os… puis il mange en leur présence un morceau de poisson grillé… "il les emmène ensuite vers Béthanie et c'est alors qu'il s'écarte d'eux en étant emporté en haut vers le ciel".

Les anneaux ne s'enchaînent pas n'importe comment. Ils esquissent une évolution psychologique. Il semble que Luc ait conscience de la difficulté que rencontre tout chrétien pour aller jusqu'au terme "ressuscité" de sa foi en Jésus. En premier il invite à compenser le "vide du tombeau" par la richesse du souvenir historique… Puis il double le cheminement de présence d'un cheminement d'intelligence nourri d'Ecriture. Il l'épanouit dans la "fraction du pain", signe eucharistique qui renforce l'intimité d'une nouvelle présence… Ce n'est que dans le cadre communautaire qu'il concentre les problèmes "théoriques" concernant le "comment" de la vie ressuscitée.

Selon son habitude, Luc rassemble des étapes qui se répartissent dans le temps. Ainsi en est-il du repas à "visage eucharistique" qui "épanouit" le deuxième anneau tout en "relançant" la foi personnelle vers l'expérience communautaire.

* Les points d'accrochage sont faciles à percevoir et ils invitent à progresser dans le mouvement de compréhension.

Ainsi l'anneau des femmes semble "logique" après leur activité au soir du vendredi saint : elles avaient regardé comment le corps avait été mis et elles avaient apprêté aromates et parfums… Pourtant, il leur est demandé de se rappeler des paroles antérieures pour saisir le vrai sens du "tombeau vide".

Les disciples d'Emmaüs font mention du témoignage des femmes et de la visite de Pierre au tombeau. Pourtant ils ne s'arrêteront qu'après un long enseignement de Jésus sur les Ecritures et ils ne le reconnaîtront qu'au partage du pain… moyennant quoi, "à cette heure même, ils s'en retournent à Jérusalem.

La communauté ne contestera pas le témoignage des disciples et y ajoutera celui de Pierre. Pourtant, elle aura du mal à croire avant que Jésus ne montre ses mains et ses pieds et avant qu'il ne partage le signe du "poisson grillé"… Et, comme si ce signe n'était pas suffisant, Jésus insistera de nouveau sur la référence aux Ecritures et il y ajoutera la promesse de l'Esprit.

 

Piste possible de réflexion : la vitalité de celui que l'on range "parmi les morts"

L'originalité de Luc

Pour saisir l'originalité de Luc, quelques remarques préliminaires s'imposent.

= Il écrit longtemps après les événements et il  faut compléter son texte par le témoignage des Actes. D'une part, il y souligne que la résurrection de Jésus a été le thème central de la première prédication et il nous rapporte cette présentation. D'autre part il mentionne les difficultés des apôtres lorsqu'ils ont dû aborder ce sujet dans d'autres civilisations, particulièrement le monde grec. Luc rapporte l'amère expérience de Paul à Athènes lorsque les membres de l'Aréopage coupent court à tout dialogue.

Il ne devait pas en être autrement lorsque l'évangéliste s'adressait en l'an 80 aux mentalités du Bassin méditerranéen. La chute du judaïsme semble avoir fait progresser la jeune foi chrétienne vers un dialogue plus direct avec les mentalités ambiantes. Les années passant, les communautés ont poursuivi leur réflexion sur les souvenirs "historiques" et en ont dégagé l'universalité. La figure de Jésus en a acquis une présence plus intense en lien avec l'activité de son Esprit. Comme nous le discernons chez Marc, une ambiance ressuscitée a enrichi le témoignage vécu autrefois en Palestine et, par ailleurs, elle a "collé" à la mission d'après pâques en ses réussites comme en ses difficultés. Malgré les questions qui continuaient de se poser, "l'événement résurrection"  s'est estompé au bénéfice de "l'état ressuscité" dont les richesses renouaient avec l'intimité des temps galiléens.

Autrement dit, les chrétiens de Luc étaient dans une situation relativement semblable à la nôtre. Cette référence nous permettra d'en éclairer notre actualité, mais elle nous permet auparavant de mieux analyser la présentation de Luc.

= Lorsque nous comparons le texte d'aujourd'hui avec celui de Marc, il nous faut convenir que Luc schématise. Il ne s'attarde pas sur les détails et il est illusoire de vouloir obtenir de lui quelques "renseignements". Bien au contraire, en réduisant sa présentation à trois épisodes qu'il sème au long d'un jour qui ne finit pas, Luc nous propose délibérément tout autre chose qu'une enquête.

De façon habituelle, Luc rédige ses textes selon l'image d'une chaîne dont les anneaux se suivent en s'attachant les uns aux autres. Il consacre ainsi trois anneaux au cheminement de la foi en la résurrection depuis sa naissance au matin de pâques jusqu'au jour de l'Ascension. L'anneau des femmes constitue le premier maillon, nous le lisons en ce dimanche. Il sera suivi de l'épisode concernant les deux disciples qui s'éloignent de Jérusalem sur la route d'Emmaüs. Le troisième maillon évoquera ensuite l'expérience communautaire du groupe réuni autour des Onze.

= Il est facile de remarquer que les anneaux ne s'enchaînent pas n'importe comment. Ils esquissent les étapes d'un cheminement psychologique en trois étapes.

Le premier anneau concentre notre attention sur la base "historique", qui a amorcé la foi en la résurrection. Luc insiste surtout sur l'incompréhension qui a accueilli ce constat, par là il souligne deux choses. Il ne s'est pas agi d'une "invention" des amis de Jésus, soucieux de compenser le drame de la croix. Par ailleurs, le signe du "tombeau vide" n'est pas déterminant pour la foi en la résurrection. Ce signe est "nécessaire", mais il n'est pas suffisant. Il ne l'était pas en l'an 80, il ne l'est pas plus aujourd'hui.

Le deuxième anneau adopte un ton différent, celui d'un cheminement que l'on peut qualifier de personnel. Du côté de Jésus, Luc suppose le problème résolu puisqu'il le situe comme cheminant avec ses amis. Le problème touche les disciples car ce sont "leurs yeux qui sont empêchés de le reconnaître", ce sont eux qui doivent assimiler un mode nouveau de présence. Ce deuxième anneau est fort long ; l'évangéliste présente patiemment les étapes qui les mènent du souvenir "historique" à un partage actif des valeurs de résurrection dans l'eucharistie. Ce sont les disciples qui rappellent en premier l'aventure qui fut partagée en toute simplicité et amitié. Jésus rebondit sur l'expression juive qu'il donnait à leur espérance en évoquant "l'espérance d'Israël", il interprète plus exactement ce qui le concerne dans les Ecritures. Le partage qui conclut cet anneau est voulu par les intéressés et les oriente vers la communauté. Luc recourt à une méthode qui lui est familière et qui consiste à concentrer des événements qui s'étirent dans le temps. Ainsi en est-il du repas à "visage eucharistique" qui "épanouit" le deuxième anneau.

Le troisième anneau aborde ce que nous pouvons appeler les questions "théoriques" concernant la résurrection. Luc a pris soin de situer la découverte personnelle avant la confirmation communautaire. La dimension individuelle risque d'être taxée de subjective et, pourtant, psychologiquement, elle s'avère indispensable. Il importe de ne pas proclamer la résurrection comme un dogme "céleste", il importe d'abord d'en vivre la richesse humaine sans trop s'encombrer des problèmes qu'elle pose à nos esprits, car certains restent insolubles. Luc les prend cependant en compte et les relativise en les regroupant dans le troisième anneau.

= Cette analyse du texte de Luc serait incomplète si nous ne remarquions pas l'équilibre que l'évangéliste "glisse" dans chaque anneau. Notre tendance spontanée serait de multiplier les points d'interrogation. Sa technique nous suggère les lieux où nous pouvons trouver par nous-mêmes des éléments de solution.

Ainsi, en premier, il invite à compenser le "vide du tombeau" par la richesse du souvenir historique. A ses yeux, ce n'est pas rien puisque, au fil d'une œuvre relativement longue, il a parlé de ce qui a été une expérience vécue avant d'être un enseignement. Tout lecteur d'évangile bénéficie désormais d'un capital développant un "visage original" de Dieu, une mise en valeur de nos ressources en humanité et une nouvelle orientation religieuse nourrie d'un dynamisme créateur. Lorsque nous lisons l'évangile avec attention, la résurrection est déjà là et compense largement les "vides" que ne comble pas l'apport de notre environnement habituel.

En composant le deuxième anneau, Luc respecte la difficulté que rencontre tout chrétien pour aller jusqu'au terme "ressuscité" de sa foi en Jésus. Nous y reviendrons lorsque nous étudierons plus particulièrement cet épisode mais la "technique" pédagogique qu'il suggère ne contredit pas les conseils que nous donnent les sciences humaines: laisser celui qui est dans le désarroi "vider son sac" dans un méli-mélo d'espérances et de déceptions…en reprendre patiemment le détail en allant plus profond et plus positif… rester prêt à cheminer plus loin avec lui… enfin répondre en toute amitié et donner toute son intensité à un geste quotidien…

En concentrant dans le troisième anneau les problèmes "théoriques" concernant le "comment" de la vie ressuscitée, Luc les remet à leur juste place. Bien entendu, des questions demeurent et demeureront toujours. La résurrection a une dimension "divine" et nous serions bien prétentieux de la "démontrer" alors que tant de "mystères" affectent encore notre monde "humain". En vie ordinaire cette méconnaissance ne nous empêche pas de vivre et nous savons "exploiter" le peu que nous connaissons. Pour la résurrection, il en est de même. Les problèmes"théoriques" sont justifiés et nous n'avons pas à estimer "stupides" ceux qui les posent. Mais le Jésus qui chemine avec nous est celui qui, avant tout, fait vivre, ici et maintenant.

Les conseils de Luc

En ce dimanche, la liturgie nous limite à l'anneau du tombeau vide et cette référence est un peu courte. Il était donc nécessaire de situer ce témoignage comme le premier élément d'un témoignage de plus grande amplitude. Le découpage liturgique est fictif et il faut le dépasser.

= Ce premier anneau suggère cependant une question actuelle tout à fait légitime. Aujourd'hui, faut-il commencer par nous référer aux événements "historiques" qui ont marqué, au matin de pâques, le groupe restreint des amis de Jésus ? Nous ne pouvons empêcher que le calendrier joue ce rôle dans la "mémoire" de nos contemporains, mais nous devons rester conscients des handicaps qu'il soulève. L'événement paraît lointain et se trouve lié à une civilisation aujourd'hui disparue. Sans nier la sincérité des anciens, nous savons que la lecture qu'ils faisaient des événements était dépendante d'un état de connaissance qui a beaucoup évolué en vingt siècles. En outre, l'enseignement religieux passé a été encombré de multiples "explications" qui prétendaient clarifier l'événement. Le résultat a abouti à l'effet inverse. Des affabulations ont surchargé les textes très sobres des évangiles et ont trahi le symbolisme dont ils étaient chargés.

Lorsque nous constatons la brièveté du premier anneau, nous sommes invités à la lucidité. La "mention historique" de la résurrection s'impose d'elle-même si nous ne voulons pas qu'elle soit assimilée à une "belle histoire" qui compense le triste dénouement de la passion. Mais nous ne pouvons en attendre plus qu'elle ne peut apporter. La constatation du tombeau vide se présente en "pièce élémentaire", pourtant, à la différence d'autres constats historiques, elle ne fournit apparemment aucune "explication". Bien au contraire, elle soulève un grand nombre de questions qui obligent à "déplacer" la discussion. D'ailleurs, Luc ne craint pas de mentionner les contradictions qu'elle engendre. Les femmes n'arrivent pas à convaincre leur entourage. Et, cependant, l'alerte n'a pas été vaine puisqu'elle ouvre une brèche dans la désillusion qui s'était abattue sur la communauté.

Nous affrontons aujourd'hui la même difficulté, amplifiée par la tendance moderne à une efficacité immédiate. . D'une certaine façon, les femmes, c'est nous, nous dans un monde qui reste toujours dubitatif lorsque nous évoquons la résurrection, c'est-à-dire l'actualité de Jésus et de la foi. Il  faut donc prendre le texte de Luc comme un "soutien" face à une situation habituellement inconfortable. Nous restons le maillon nécessaire pour ouvrir la même brèche qu'autrefois, quel que soit l'accueil que nous recevons.

= Alors, nous pouvons prêter attention à la mention qui équilibre l'étonnement des femmes :  le souvenir du témoignage de Jésus et de son enseignement. Leur désarroi est compréhensible, mais elles oublient les éléments dont déjà elles disposent. Elles enrobent leurs souvenirs de parfums et d'aromates, alors que la résurrection en continue la vitalité. L'épisode des disciples d'Emmaüs développera plus amplement cette référence, mais Luc l'introduit dès le début.

Le même déséquilibre ne menace-t-il pas nos contemporains ? Lorsqu'ils "pensent Jésus", ils sont peu nombreux à percevoir la densité d'humanité dont a témoigné son engagement. Une "chape doctrinale" a sclérosé la spontanéité des évangiles ou a orienté vers un "ailleurs" le mouvement de la foi. Le fait de la "résurrection" devrait y ramener alors que, le plus souvent, les commentaires entraînent vers des "mondes" qui nous échappent et nous échapperont toujours : le monde des morts et l'univers céleste. Comme Luc il nous faut donc "rétablir la connexion" que le mot "résurrection" exprime de lui-même. Car le fait de resurgir en appelle au témoignage antérieur, autrement dit à une activité qui se proposait de vivifier la marche des hommes jusqu'à son achèvement.

Il est relativement facile de mettre en évidence le mouvement de résurrection sous-jacent au témoignage historique de Jésus. Effectivement, dès Nazareth, la résurrection était en marche, tout comme la passion. Bien des éléments de mort se trouvaient roulés sur le côté et bien des éléments de vie pouvaient déjà être lus comme des germes qu'il importait d'épanouir. Certains pourront estimer que cette évocation constitue une fuite devant les interrogations "logiques" que pose la résurrection de Jésus. Ne nous laissons pas influencer par ce faux jugement, le lien entre l'avant pâques et l'après pâques se présente au contraire comme une clé permettant de saisir l'unité des deux "visages" pris par un même mouvement d'incarnation. Nous n'avons pas tort de nous réjouir de la forme plus intime et plus universelle que Jésus adopte pour cheminer aujourd'hui avec nous, mais il ne fait que poursuivre le même renouveau de création que nous pouvons lire dans les évangiles. Notre intérêt pour le témoignage passé ne répond pas à une curiosité. Au nom de notre foi, il répond à une nécessité.

= Nous comprenons alors l'importance que Luc donne au deuxième anneau, celui de l'expérience personnelle symbolisée par le cheminement des disciples d'Emmaüs. Nul ne peut faire ce cheminement à la place d'un autre. L'évangéliste a le grand mérite de clarifier les étapes de ce cheminement en laissant à chacun le soin d'y inscrire son histoire.

A nous donc de suggérer cette liberté qui "découvre" et "accueille" la résurrection dans sa dimension de présent, présent nécessairement différent du partage concret vécu antérieurement, mais présent réel ?… Nous ne pourrons jamais tout dire, mais nous pouvons aider à franchir le gué…

= Luc insiste beaucoup sur le large éventail de ceux et celles auxquelles les femmes transmettent "tout cela". Il est certain qu'il vise davantage les générations suivantes. L'échec apparent du témoignage pourrait amener à restreindre le champ de l'annonce. Il faut donc assumer cette contradiction : l'audition de témoins rapportant leur propre cheminement n'entraîne pas nécessairement la foi … et pourtant il nous faut semer largement.

Mise à jour le Samedi, 30 Mars 2013 10:16
 
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