Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : Dimanche de Pentecôte

 

Actualité

La première lecture propose toujours le récit "classique" des Actes des Apôtres. Mais la liturgie ne propose pas une grande variété de thèmes pour les différentes années. Les quelques textes où Jean parle de l'Esprit ont été répartis de façon assez arbitraire. C'est ainsi que les passages retenus pour l'année B se trouvent être les commentaires de ceux qui seront proposés en année C.

En Année A, le découpage liturgique reprend les premiers versets déjà retenus pour le 2ème dimanche de Pâques (apparition aux apôtres précédant l'apparition à Thomas). Sur le site, nous proposons de réfléchir à la notion d'Esprit = souffle au sens biblique de ce mot.

En Année B, nous concentrons en première piste les éléments utiles pour clarifier le texte "classique" tiré Actes des Apôtres. Il apparaît en effet nécessaire de mettre les choses au point en distinguant les éléments historiques et leurs reprises symboliques.

En Année C, les deux premières mentions concernant l'Esprit sont étroitement insérées dans le développement qui présente Jésus en Chemin, Vérité et Vie. Nous partons de la manière dont nous découvrons l'Esprit dans une personne et nous la rapprochons des deux "temps de l'Esprit": l'aventure de l'esprit de Jésus dans les apôtres... l'aventure actuelle de l'Esprit en nous...

 

 

Evangile

Evangile selon saint Jean 15/26-27 + 16/12-15

Entretiens de Jésus avec ses apôtres, au soir du Jeudi-saint. (Discours après la Cène)

3ème mention concernant l'Esprit-Saint : Esprit de vérité envoyé par Jésus

"Lorsque viendra le Paraclet que d'auprès du Père je vous enverrai, l'Esprit de vérité qui procède du Père,

celui-là me rendra témoignage

Mais vous-aussi, vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi dès le début. ".

5ème mention concernant l'Esprit-Saint : l'Esprit prolonge la mission de Jésus

" J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant

Lorsque celui-ci viendra, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité, car il ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu'il entendra, il le dira et il vous annoncera les choses à venir

celui-là me glorifiera parce qu'il prendra du mien et vous l'annoncera. Tout ce qu'a le Père est à moi ; pour cela j'ai dit : il prend du mien et vous l'annoncera."

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Dans le discours après la Cène, le quatrième évangéliste consacre cinq passages à l'envoi de l'Esprit-Saint (quatre si l'on choisit d'unir les deux derniers, qui se suivent dans la composition). Même si la liturgie n'en a retenu que deux, leur comparaison est éclairante...

1. En 14/15-16, à la prière de Jésus, l'Esprit est mentionné comme envoyé par le Père en tant qu'Esprit de Vérité et en tant que "Paraclet" (mot sur lequel nous reviendrons car il est difficile à traduire). Mais il est déjà connu des disciples.

"Si vous m'aimez vous garderez mes commandements et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, afin qu'il soit avec vous pour toujours, l'Esprit de Vérité.

Le monde ne peut le recevoir parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez parce qu'il demeure chez vous et il sera en vous. "

2. En 14/25-26, passage proche du précédent, le Paraclet, envoyé "au Nom de Jésus", "enseignera en rappelant ce qui a été dit".

"Je vous ai dit ces choses alors que je demeurais près de vous, mais le Paraclet, l'Esprit-Saint qu'enverra le Père en mon nom, celui-là vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit "

3 L'ensemble 15/26-27 reprend l'idée de 14/16, l'Esprit est envoyé par Jésus; en tant qu'Esprit de vérité, il soutient le témoignage des apôtres.

"Lorsque viendra le Paraclet que d'auprès du Père je vous enverrai, l'Esprit de vérité qui procède du Père, celui-là me rendra témoignage. Mais vous-aussi, vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi dès le début. "

4. L'ensemble 16/7-11 complète l'idée précédente en insistant sur l'action de l'Esprit à l'encontre des oppositions que les apôtres subiront de la part du" monde".

"Je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que moi je m'en aille. Si, en effet, je ne m'en vais pas, le Paraclet ne viendra pas à vous. Mais si je pars, je vous l'enverrai.

Et celui-là, en venant, confondra le monde à propos du péché, et à propos de justice et à propos de jugement : à propos de péché, parce qu'ils ne croient pas en moi - à propos de justice, car je vais au Père et vous ne me verrez plus - à propos de jugement, parce que le Prince de ce monde est déjà jugé."

5. L'ensemble 16/12-15 reprend l'idée de 14/25-26 : il souligne l'unité étroite entre l'Esprit-Saint et le témoignage historique de Jésus, le rôle de l'Esprit prolonge la mission de Jésus.

" J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez les porter maintenant. Lorsque celui-ci viendra, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité, car il ne parlera pas de lui-même, mais tout ce qu'il entendra, il le dira et il vous annoncera les choses à venir

Celui-là me glorifiera parce qu'il prendra du mien et vous l'annoncera. Tout ce qu'a le Père est à moi ; pour cela j'ai dit : il prend du mien et vous l'annoncera."

*-. Dans le domaine juridique le mot "paraclet" désignait "l'avocat", le "défenseur"... Mais un tel sens ne correspond pas pleinement à l'idée développée en certains des passages que nous venons de mentionner. Les lettres de Paul utilisent souvent le verbe correspondant au sens d'encourager, d'exhorter, d'affermir la foi. Par ailleurs, le verset 14/16 parle de Jésus comme d'un premier "paraclet", ce qui invite à concevoir le rôle de l'Esprit de façon moins juridique et donc moins restrictive.

*- Nous ne pouvons ignorer les confusions qui règnent à propos de l'événement de Pentecôte. Il apparaît donc nécessaire de mettre les choses au point en distinguant les éléments historiques et leurs reprises symboliques. Une première piste regroupe les éléments utiles à cette clarification.  

Première piste de réflexion: démêler l'écheveau histoire-symboles chez Luc

Actuellement le mot "Pentecôte" est "tiré" en des sens très divers. Les commentaires du passé donnaient une valeur historique à tous les détails de la présentation de Luc et les interprétaient en un sens "merveilleux" qui allait au-delà des textes. Depuis quelques années, des groupes "charismatiques" ont opéré un renouveau au sujet de l'Esprit, mais, en attribuant à son action les manifestations spectaculaires de leurs rassemblements, ils ont introduit nombre de confusions.  

1. Considérons d’abord l'événement et le cadre dans lequel l'auteur lui-même a situé cet épisode.

= Contrairement à ce qu'on avance souvent, entre Ascension et Pentecôte la communauté chrétienne ne doit pas être imaginée comme une communauté "frileuse". Au chapitre premier des Actes, Luc la présente au contraire comme une communauté qui se réorganise malgré les perturbations du vendredi-saint et les aléas d'une nouvelle situation.

Le remplacement rapide de Judas par Matthias témoigne, au moins implicitement, d'une perspective d'avenir. Quant à la période de cinquante jours, elle apparaît comme un laps de temps relativement court. Certes la foi en la résurrection avait atténué le choc que représentait pour les disciples la mort dramatique de leur Maître, mais ils tiraient de cette foi autre chose qu'une vague consolation, ils en tiraient une incitation à "poursuivre"... Nous ne pouvons donc leur reprocher d'avoir vécu quelques jours de mise en commun des souvenirs et des réflexions, avant de se lancer dans un témoignage et une prédication qu'ils voulaient fidèles.

= De leur côté, les chapitres des Actes qui traitent de l'après-Pentecôte obligent à relativiser la mise en œuvre de "l'explosion" missionnaire que souligne cet épisode... Le même auteur nous montre ensuite la première communauté très centrée sur Jérusalem... Il faudra l'opposition violente des autorités juives et le martyre d'Etienne, environ six ans après la Pentecôte, pour qu'une partie des "frères" se disperse et que le diacre Philippe se lance dans la prédication en Samarie, à 40 kilomètres de la capitale... Et c'est seulement vers cette époque que le païen Corneille sera baptisé sans que lui soit imposée une conversion préalable au judaïsme... Six ans !

= Le déroulement de la fête juive de Pentecôte  est connu, il s'agissait de la fête des Semaines, fête de la moisson, cinquante jours après la pâque, d'où son nom. Elle était fête de pèlerinage. La Loi imposait à tout adulte, juif ou prosélyte, de "monter" en pèlerinage à Jérusalem, trois fois l'an : à la Pâque, à la Pentecôte et à la fête des Tentes. Beaucoup de juifs qui habitaient "à l'étranger" et n'avaient pas pu faire le voyage à Pâque en raison des conditions périlleuses en fin d'hiver se joignaient aux pèlerins de Palestine.

= C'est ainsi que la petite communauté chrétienne des 120, définitivement entrée dans la foi au Ressuscité, réorganisée par Pierre et ses amis pour un meilleur témoignage, s'est retrouvée mêlée à la foule habituelle des pèlerins. La plupart de ceux-ci avaient été témoins de la crucifixion de Jésus, mais étaient sans doute repartis assez vite pour s'atteler à la récolte. Libérés de ce souci, ils n'étaient pas sans s'interroger sur les suites de la condamnation de Jésus, ne serait-ce que par curiosité... Nous pouvons remarquer que les textes ne parlent jamais d'hostilité...

= Pour les disciples, c'était là une occasion unique d'ouvrir les portes et de proclamer le Message... Cette initiative comportait quelque danger, elle se présentait comme un défi à l'égard des autorités religieuses qui avaient prononcé la condamnation de Jésus. Pour mesurer ce risque, il nous faudrait connaître ce qu'il en avait été de l'ambiance au Sanhédrin à la suite du vendredi-saint. N'oublions pas que le procès avait été mené et "usurpé" par un noyau minoritaire et que les prescriptions de la Loi n'avaient pas été respectées pour la condamnation... Le Sanhédrin réunissait plusieurs hommes religieux de grande valeur qui devaient sans doute se sentir choqués, postérieurement, par la tournure des événements. Il est certain qu'au jour de Pentecôte "personne ne bouge" du côté des autorités.

= Avec le recul, tout chrétien ne peut qu'applaudir à cette initiative de la première communauté. Elle amorçait un mouvement qui ne s'est pas arrêté depuis. Nous comprenons alors l'intérêt que Luc lui porte et son souci de le mettre en valeur au début des Actes.

2. Considérons maintenant  le texte et  son genre littéraire. Une lecture rapide passe facilement certaines précisions sous silence.

= En ce qui concerne le vent et le feu, Luc prend bien soin de ne pas les matérialiser; il précise "il vint un bruit comme celui d'un violent coup de vent"... "ils virent apparaître comme un feu qui se partageait en langues"

= L'évangéliste emploie le même mot pour désigner les langues issues du feu et les langues de communication entre les 120 et les juifs fervents issus de toutes les nations... Il établit ainsi une relation étroite entre les deux mouvements, mais de ce fait, il les symbolise.

Il précise en outre que les apôtres se font comprendre alors qu'ils parlent en différentes langues. Il n'assimile donc pas la Pentecôte aux phénomènes étranges dont parle Paul (1 Corinthiens 14) en précisant que "ceux qui parlent en langues" ne sont pas compris.

= Quant aux représentants de "toutes les nations qui sont sous le ciel", nombre de commentaires ne prêtent pas attention à une précision importante.

Il est attesté que la fête de Pentecôte permettait à de nombreux juifs résidant à l'étranger de satisfaire aux exigences cultuelles qui les concernaient. Mais le texte mentionne que tous les juifs qui entrent en dialogue avec les apôtres sont établis à Jérusalem. C'est là qu'ils habitent, même s'ils sont nés et ont vécu un certain temps à l'étranger et s'ils parlent encore la langue d'autres peuples. Le discours que Pierre leur adresse confirme cette résidence car il présuppose qu'ils ont été témoins de la crucifixion de Jésus et en partagent la responsabilité.

3. Considérons enfin les références bibliques et les symboles sous-jacents.

Nous ignorons le cheminement antérieur qui a porté jusqu'à Luc, vers 80, la tradition de l'événement Pentecôte. Ce cheminement a du être beaucoup plus complexe que nous ne pouvons le discerner et plusieurs symbolismes ont du s'ajouter les uns aux autres. Quelle qu'en soit l'origine, leur résonance est indéniable dans la composition finale...

= A l'origine, la fête de la Pentecôte était la fête de la moisson et l'on continuait à y offrir les premières gerbes... mais l'aspect agricole s'était doublé d'une référence à l'histoire juive. Tout naturellement, après la pâque qui commémorait la sortie d'Egypte, la Pentecôte célébrait les événements du Sinaï, elle rappelait l'Alliance que Dieu avait conclue avec son peuple en lui faisant don de la Loi, "merveille" qui l'unifiait et épanouissait sa marche au long de l'histoire.

La formation juive de nos frères premiers chrétiens ne pouvait qu'intensifier spontanément cette double portée... Cinquante jours après le drame du "grain jeté en terre", la communauté avait engrangé les premières gerbes de la moisson en accueillant "trois mille convertis environ"... Cinquante jours après la pâque de Jésus, qu'elle avait vécue comme sa propre pâque, elle avait été témoin actif de la deuxième étape d'un nouvel Exode... Ce n'était plus la Loi qui lui était confiée, c'était un témoignage combien plus expressif du vrai "visage de Dieu", éclairant le vrai "visage de l'homme"...Une nouvelle alliance s'était donc précisée : la mort avait laissé craindre la disparition des valeurs partagées avec le Maître et voilà que tout était reparti en "éclatement" à portée universelle ...

= Il est possible de retrouver d'autres références bibliques en arrière-plan du récit de Pentecôte. L'image de la Tour de Babel et de la rupture d'unité par diversité des langues vient spontanément à l'esprit. Mais il ne faudrait pas trop "forcer" leur influence.

Car, lorsque Luc écrit, même d'un point de vue neutre, l'épanouissement et le rayonnement de la foi en Jésus de Nazareth forcent l'admiration. Tout était parti d'un territoire des plus restreints, dans le cadre d'une civilisation juive repliée sur elle-même... la durée du témoignage de Jésus n'avait pas dépassé les trois ans... les premiers prédicateurs n'étaient pas des surdoués en Ecritures et en techniques de communication... et pourtant, 50 ans après, le bilan était impressionnant.

 Malgré une certaine lenteur au temps des débuts historiques, un formidable coup de vent avait porté au loin l'annonce initiale et son dynamisme laissait augurer d'une extension à d'autres nations et à d'autres temps... La Parole qui avait témoigné de Jésus en expression juive avait été convertie en multiples langues et s'était révélée compréhensible à d'autres civilisations; unifiant les peuples si divers qui se trouvaient répartis sur les bords de la Méditerranée ... ...

Pour Luc, les "clés" du récit de Pentecôte ne sont donc pas dans le passé qui s'est exprimé à sa manière, elles sont dans le présent. L'auteur ne cherche pas à nous raconter une belle "histoire" pleine de nostalgie; il nous invite à rendre compréhensible un acte fondateur...

Deuxième piste possible: à la lumière de Jean, mieux situer "l'aventure" de l'Esprit

Nous sommes souvent déconcertés par les reportages qui rendent compte de manifestations spectaculaires attribuées à l'Esprit dans les groupes charismatiques ou baptistes. Par ailleurs, il n'est pas rare d'entendre mentionner l'Esprit comme Celui qui comblerait nos déficits ou nos incertitudes. "Nous faisons ce que nous pouvons... pour le reste, ce sera le travail de l'Esprit... il faut y croire"... Le pauvre Esprit est ainsi "récupéré" de manières fort diverses.

1er point : les deux "mouvements" de la Pentecôte

Au premier abord il est étonnant  de constater que Luc et Jean présentent de façon différente l'initiative de la petite communauté chrétienne au lendemain de Pâques. Nos esprits modernes aimeraient y voir un peu plus clair et recueillir des renseignements précis sur cette journée de Pentecôte en l'an 30. Autant le dire sans ambiguïté: la chose est impossible... Ceci pour deux raisons extrêmement simples :1) les auteurs ne poursuivent pas l'objectif "reportage" que nous voudrions leur imposer ; 2) ils écrivent longtemps après les événements. Ils fixent à leurs présentations une portée beaucoup plus intéressante. Pour eux, l'important des premiers temps de l'Eglise réside dans les deux "mouvements" qui ont imprimé leur marque de façon complémentaire: un mouvement d'ouverture universelle et un mouvement d'approfondissement du message initial.

La rédaction de Luc peut être située vers l'an 80. L'auteur n'avait pas fait partie du groupe "historique" des apôtres, ni du noyau initial des convertis. Mais il avait été témoin d'une extension qui l'incite à réfléchir. Il savait qu'à l'origine, la prédication du message s'était limitée à une province perdue de l'empire romain. Elle s'était exprimée dans le cadre d'une culture particulière qui semblait repliée sur elle-même. Par la suite, les difficultés avaient été nombreuses, tant de l'intérieur que de l'extérieur. Et voici qu'après un demi siècle, son rayonnement s'étendait à tout le bassin de la Méditerranée. Les perturbations de l'histoire juive en 70 ne l'avaient pas affecté et son accueil en culture grecque laissait présager l'extension de son dynamisme. C'est ce "mouvement" dont il cherchait à rendre compte. Au niveau des disciples, le départ de cette "aventure" pouvait être situé lors de la célébration de la fête juive de Pentecôte., en l'an 30. Mais il est évident que l'auteur concentrait en ce départ la "globalité" de ce qui suivra et dont il connaît l'essentiel. .

Jean écrivait quelques années plus tard. Il importe de ne pas limiter son apport aux renseignements complémentaires dont il pouvait disposer en tant que compagnon historique de la première heure. Sa préoccupation était tout autre.

Aux premiers temps de l'Eglise, les apôtres avaient été amenés à assumer trois étapes fort délicates... Il leur avait fallu d'abord regrouper les souvenirs de la communauté pour donner consistance à leur prédication. Jésus n'avait pas adopté un mode scolaire et répétitif pour leur livrer sa pensée, il avait vécu un témoignage à multiples facettes. "L'esprit" qui s'y était exprimé avait fait appel aux idées juives courantes mais il les avait également bousculées en nouvelle synthèse. Il était nécessaire de s'appuyer sur des paroles et des actes "réels", mais il fallait également en dégager l'originalité parmi le foisonnement messianique de l'époque.

L'extension missionnaire avait impliqué l'envoi de nouveaux prédicateurs ; ceux-ci n'avaient pas bénéficié de la formation privilégiée qui ressortait d'un partage d'intimité avec Jésus. "Redire" un témoignage aussi nuancé n'allait pas sans risques de déformation... d'autant plus que cet enseignement s'attaquait aux dérives religieuses habituelles... Il ne suffisait pas de bonne volonté !

Enfin, en étant porté au loin, l'Evangile avait été accueilli en des milieux très différents du milieu palestinien qui l'avait vu naître. L'enthousiasme d'un nouvel accueil révélait son universalité mais il exigeait aussi une expression adaptée, car sa "vérité" risquait de ne pas ressortir d'une présentation trop liée à la sensibilité juive et à ses modèles de pensée...

C'est à cette époque que se situait le quatrième évangéliste. Par ses lettres, nous savons les multiples "déviations" auxquelles il était effectivement affronté dans sa communauté. Ne nous laissons pas abuser par sa présentation. Le "mouvement" qu'il percevait était nettement moins optimiste que celui de Luc. Il prenait acte de dangers autrement plus préoccupants que ceux des tensions consécutives à quelques évolutions. Ne situons pas son enseignement comme la simple mise par écrit d'un exposé que Jésus aurait livré "à froid" au soir du jeudi-saint. C'est au milieu de difficultés réelles que l'évangéliste évoque l'Esprit et en appelle de toute sa foi à son action.

Le "mouvement" qu'il cherchait à éclairer concerne donc la pensée chrétienne. Il ne la concevait pas sous le visage fixe que lui donnera par la suite une présentation "doctrinale". Au temps où il se situe, il la concevait comme devant poursuivre sa course en continuité avec ce qui avait précédé. Mais, désormais, l'expérience devait éclairer les deux risques majeurs qui guettaient cette extension: celui de la stagnation et celui de l'improvisation. Jean les prenait en compte et c'est en ce sens qu'il réfléchissait à ce qui pouvait ressortir des entretiens avec Jésus sur ce sujet. Car, pour contrer ces menaces, la seule référence restait le lien vital avec la source.

Ce qu'il présente est donc cohérent avec "l’esprit" général de son évangile. Certaines "lois d'humanité" commandent les rapports à l'Esprit aussi bien dans leur style que dans leur fond. L'Esprit ne peut intervenir autrement que Jésus n'a fait. D'une part il ne peut que respecter le concret de la recherche en stimulant le travail de mémoire pour valoriser des souvenirs dont l'intérêt était peu perçu jusque-là... Mais, par ailleurs, il en appelle à un effort d'intelligence, complémentaire de celui qui avait été mené au long des années "historiques".

2ème point : les "ancrages" de l'Esprit selon Jean...

La liturgie de ce jour met en valeur deux des cinq passages que le quatrième évangile inclut dans le Discours après la Cène, en abordant la question de l'Esprit.

1. L'Esprit qui soutient l'engagement des chrétiens est Esprit de Jésus.

Si nous examinons attentivement la présentation de l'auteur, il s'agit là d'un rappel beaucoup plus que d'une conception théologique. L'Esprit rend témoignage à Jésus en partant du témoignage des apôtres "depuis le début", autrement dit de leur perception des événements partagés avec lui. Un premier temps a été nourri d'Esprit lors de la mise en commun des souvenirs. Mais les "choses à venir" doivent être nourries de la même présence, l'Esprit qui guide les évolutions a toujours rapport avec l'engagement visible passé.

La fonction actuelle de l'Esprit est donc une fonction d'approfondissement de l'évangile en vue d'une ouverture à de nouveaux modes de pensée. Après le départ apparent de Jésus, l'Esprit continue l'œuvre de révélation qui a été amorcée. Auparavant, l'Esprit qui habitait Jésus paraissait circonscrit aux limites normales d'une individualité humaine. Depuis la résurrection, des conditions nouvelles étendent son rayon d'action et sollicitent son activité au plan interne comme au plan externe de la communauté chrétienne.

Les trois étapes qu'ont assumées les apôtres éclairent donc les trois secteurs de responsabilité qui s'imposent à toute époque : la Parole est sans cesse à mieux connaître... il nous faut la libérer de tout conservatisme pour que la densité d'humanité du témoignage historique de Jésus continue d’agir... il faut veiller à ce que les conditions changeantes de l'histoire humaine ne l'altèrent pas alors que sa permanence en fait un atout créateur...

2. Cet Esprit est fondamentalement un "Esprit de vérité"... La question de la Vérité était d'importance aux premiers temps de l'Eglise et elle le reste pour nous. Mais la manière dont elle se posait alors nous oblige à étendre la portée limitée que lui donne actuellement le sens courant.  Nous voyons trop la vérité comme une découverte que nous enfermons dans un résultat ou une définition. Les anciens la situait au plan du "mystère" des êtres et des choses, là où l'expression ne peut être que provisoire et invite à poursuivre la recherche.  

D’abord, l'évangéliste pensait certainement au soutien que l'Esprit apporte à la prédication en préservant des erreurs. Mais il avait également conscience du dysfonctionnement qui amène à se réclamer de l'Esprit pour justifier certaines confusions. Il souligne donc la référence plus précise qui s'impose, à savoir la visibilité qu'apporte le témoignage historique de Jésus: "l'Esprit vous rappellera tout ce que je vous ai dit"... "il me rendra témoignage"... "il ne parlera pas de lui-même, il prendra du mien et vous le fera comprendre"... Ce ne sera pas pure mémorisation, ce sera invitation à approfondir.

L'évocation de l'Esprit ne porte donc pas sur des actions spectaculaires, il s'agit d'un service de Vérité... Au long d'une recherche parfois tâtonnante, des doutes peuvent ralentir la réflexion ou la prédication. L'Esprit ne fournit pas une assurance tous risques qui stopperait la recherche. Il guide celle-ci en proposant quelques "balises" de vérité en vue de stabiliser une route qu'il nous revient de construire...

Vérité sur Jésus, son message, sa présence... Partant de là, Vérité sur l'homme, sur les valeurs qu'il porte en lui et les virtualités qu'il peut mettre en œuvre... Vérité sur la communauté humaine, sur le chantier sans cesse à reprendre pour que les relations mutuelles s'inspirent d'un humanisme d'amour à la manière dont Jésus a nourri son témoignage... Vérité sur Dieu, sur son vrai "visage", si différent de celui qu'on lui prête si souvent... Enfin, vérité sur nous-mêmes, sur la manière d'assumer nos conditions concrètes afin que notre existence incarne l'amour dont Jésus nous a aimés et dont l'Esprit est le signe le plus immédiate et le plus amical.

3. En lien avec la Vérité, l'Esprit est dit "Paraclet", mot à double sens : "défenseur" et "animateur". A juste raison, nous pensons spontanément aux oppositions que la diffusion du Message a rencontrées en tous temps et en tous lieux. Tous les évangélistes parlent de l'assistance de l'Esprit dans les persécutions: "Lorsqu'on vous livrera, le Saint-Esprit vous enseignera à cette heure-là ce qu'il faut dire " (Luc 21/11).

Mais Jean pense certainement aux dangers plus sournois liés à une fausse conception de la tradition ou à une imagination "religieuse" toujours fertile. Il rejoint Paul et les Actes des Apôtres qui donnaient au mot "Paraclet" le sens "d'exhorter", d'encourager.

3ème point : actualité du "mouvement de Pentecôte" souligné par Jean

Dimanche dernier, nous abordions le thème de l'unité des chrétiens et nous évoquions les difficultés qui pèsent sur sa réalisation. La complémentarité des récits de Luc et de Jean nous permet de mieux en cerner la source.

Actuellement nous pouvons estimer que le premier "mouvement de Pentecôte" est en bonne voie de réalisation. Prêtres et fidèles de l'Eglise catholique ont pris conscience de la portée internationale de la foi chrétienne et nous ne pouvons que nous en réjouir. Les voyages du pape, la diversité des cardinaux, l'importance donnée aux communautés locales; la diversité des rites en rapport avec la diversité des cultures… autant d'éléments qui marquent les esprits et sur lesquels personne ne parle de revenir…

Mais, en dépassant les apparences et en allant au coeur de ce qui devrait fonder l'unité, force est de constater que le deuxième "mouvement de Pentecôte" reste souvent en panne. Des clivages de pensée sous illusion d'un même vocabulaire perturbent aujourd'hui la majorité des dialogues interconfessionnels.

Il est relativement facile d'en déterminer l'origine. A une période déterminée de l'histoire, chaque église a exprimé sa foi selon ce qui lui paraissait le meilleur des modèles de pensée  propres à sa civilisation. Depuis longtemps il aurait fallu admettre que ces modèles de pensée sont nécessairement imparfaits. Ils dépendent de multiples paramètres relatifs et la plupart de ceux qui y recourent oublient la fragilité de leurs bases. La "Vérité" est toujours "au delà" de l'expression qui émane d'un temps ou d'un lieu. Chacun est prêt à l'admettre pour les autres, mais le poids de l'histoire et l'apathie des masses jouent à contre sens.

Face à la montée de l'athéisme et à l'envahissement d'un religieux dégradé, l'analyse qu'évoquait le quatrième évangéliste commence à émerger comme susceptible d'éclairer notre temps. Pour diverses raisons, le thème de l'Esprit se trouve en première ligne, mais l'approfondissement des évangiles apporte une clarification nécessaire.

Nous ne connaissons l'action de l'Esprit qu'en rapport avec Jésus ressuscité et nous ne connaissons Jésus ressuscité qu'en connaissant Jésus historique. Il n'y a pas une "religion de l'Esprit" qui se présenterait en forme radicalement différente du "style" adopté par Jésus au long de son ministère... L'Esprit" ne nous démarque pas de la foi évangélique à Jésus, il nous y enracine. Grâce à l'Esprit, Jésus demeure auprès des siens. Non seulement l'Eglise est née d'un souffle donné par Jésus ressuscité, mais elle continue de vivre de ce souffle.

Mise à jour le Samedi, 26 Mai 2012 14:40
 
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