Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

 

Année B : Ascension du Seigneur 

 

Actualité

Non, il ne s’agit pas d’une simple histoire de « décollage, même réussi…

Evangile

 

Evangile selon saint Marc 16/15-20

Le  final de Marc étant très court, il importe d'en avoir une vue d'ensemble pour ne pas se perdre en commentaire hasardeux d'un de ses éléments.

1er temps : la visite des femmes au tombeau

2ème temps : l'envoi universel - le "cadre" initial de cet envoi: les Onze

Finalement, à eux, les Onze qui étaient à table, il se manifesta et il reprocha leur non-foi et leur dureté de cœur parce qu'ils n'avaient pas eu foi en ceux qui l'avaient contemplé réveillé.

début du texte liturgique

Et il leur dit : Allant dans le monde tout entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création

Celui qui aura foi et sera baptisé sera sauvé, celui qui n'aura pas foi sera condamné

Or des signes accompagneront ceux qui auront eu foi :

par mon nom, ils chasseront des démons,

ils parleront en langues nouvelles, en leurs mains ils soulèveront des serpents et s'ils boivent quelque poison mortel, il ne leur nuira jamais,

sur des infirmes ils imposeront les mains et ils seront bien portants

3ème temps: l'accomplissement de la mission

Donc le Seigneur Jésus, lui, après leur avoir parlé, fut emporté vers le ciel et il s'assit à la droite de Dieu.

Ceux-là, cependant, étant sortis, proclamèrent partout,

tandis que le Seigneur oeuvrait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

1. Ne nous faisons pas d'illusion : la majorité de nos contemporains voient dans l'Ascension l'idée simpliste d'un décollage du Christ vers le ciel, celui-ci étant conçu par eux comme un lieu lointain, hors de notre monde. Cette image est d'autant plus incrustée dans leur esprit qu'il s'agit d'une image "commode" : Jésus est venu autrefois, il a vécu quelque chose d'assez sympathique, il est mort et il est donc reparti d'où il était venu, à savoir un monde qui nous reste inconnu, avant comme après… la boucle est bouclée, il n'y a pas lieu d'y revenir…

Cette vision s'harmonise parfaitement avec la conception habituelle d'un Dieu là-haut, un Tout-Puissant sur lequel l'imaginaire humain projette ses peurs, ses espérances, ses rêves. Parce qu'on compte sur lui pour éviter les aléas de la vie ou pour dépanner en cas de besoin, il faut le placer hors du monde, on est ainsi assuré de son efficacité… Nous aurions tendance à taxer de primitive cette coupure entre ciel et terre; force est de constater qu'elle est permanente, quasiment "naturelle" et universelle… L'évolution de nos connaissances sur la rotondité de la terre et les mouvements du cosmos ne semble guère avoir altéré sa présentation…

2. Reconnaissons-le également : le mystère de l'Ascension n'est pas facile à saisir. Il l'est d'autant moins que nos frères premiers chrétiens ont eu recours à des symboles qui dépendaient d'une conception du monde qui n’est plus la nôtre. Nous pouvons être reconnaissants à Matthieu et à Jean d'avoir pressenti l'ambiguïté de certaines images et de les avoir laissées de côté pour mieux faire ressortir l'idée de présence de Jésus à nos côtés. Mais Luc y revient par deux fois, en fin de son évangile et en début des Actes. La tendance habituelle étant de faire un "digest" des textes sans étudier leur genre littéraire particulier, les "images" de Luc ont été privilégiées et nous en payons les conséquences…

Il n’y a aucun intérêt à  "préserver" un tel état d'esprit. Les formulations anciennes ont joué le rôle que jouent les modèles de pensée propres à chaque époque. Pour l'ascension comme pour la résurrection, il faut rappeler que ces modèles de pensée sont relatifs; chaque civilisation les forge à partir des conceptions cosmiques, des conditions culturelles, des sensibilités qui lui sont particulières. Sur le moment, les formulations peuvent être utiles, mais elles peuvent devenir dangereuses car le vocabulaire change de sens et suggère ultérieurement une représentation qui peut aller à contre-sens de l'idée initiale…

 

3. Le final de Marc (9-20) a suscité de nombreux débats entre les exégètes et les hésitations concernant ces versets ont rejailli sur la compréhension de l'ensemble. Cette impression a été ressentie depuis fort longtemps puisque les manuscrits eux-mêmes ne s'accordent pas sur ce point ; certains omettent le final actuel et arrêtent le récit au verset 8 : ceci laisse en suspens une annonce que les femmes n'ont pas encore portée ... d'autres introduisent une formule courte entre le verset 8 et le final actuel…

Aucune des explications avancées n'est satisfaisante. Certains commentateurs émettent l'hypothèse d'une finale primitive qui aurait disparu pour une cause qui nous échappe? Celle-ci aurait alors été remplacée par une composition postérieure.

Ces précisions ne doivent pas empêcher d'étudier l'ensemble du passage en cherchant à pousser le plus loin possible la continuité de composition et de pensée avec ce qui a précédé. Nous sommes alors plus à même de saisir la particularité des versets qui nous paraissent "étrangers" au style habituel de Marc. Comme toujours avec lui, les choses sont peut-être plus simples qu'il y paraît.

4. Il peut être bon de rappeler, une nouvelle fois, le "grand mouvement" qui sous-tend la composition du deuxième évangile. La découverte progressive qui va de "Jésus de Nazareth" à "Messie"… puis de "Messie" à "Fils de Dieu"… se présente en "ascension" de Jésus dans l'esprit de ses amis. Au pied de la croix, la profession de foi du centurion représente l'expression ultime d'une connaissance qui s'est structurée peu à peu: "Vraiment cet homme était Fils de Dieu"… Toute l'œuvre de Marc a été consacrée aux étapes et aux difficultés de ce cheminement.

Mais, pour l'évangéliste, ce n'était là qu'une première étape, étape "historique" nécessaire mais qui devait déborder le groupe restreint des premiers témoins. La finale de Marc traduit donc l'intuition des apôtres lorsqu'il apparût que le retour de Jésus en gloire devait être repensé dans le cadre du temps de l'Eglise. L'avenir était nettement tracé. Au matin de Pâques, l'ascension de Jésus était acquise pratiquement dans ceux qui avaient évolué "historiquement" au contact direct de son témoignage. Mais elle devait être "revécue" par chaque chrétien. Le Royaume avait été "approché" en Jésus mais il continuait d'être approché dans la complémentarité entre l'engagement des envoyés et l'engagement discret du ressuscité.

Dans les Actes des apôtres, Luc illustrera cette conviction en résumant les premiers temps de la communauté apostolique. Marc ne s'attelle pas à la même tâche littéraire mais il partage le même esprit. De même qu'il a diffusé la résurrection comme étant à l'œuvre dans la première partie de son œuvre, il a déjà diffusé l'ascension. Il suffit de rapprocher les doutes qui sont opposés au témoignage des femmes et les objections de Pierre lorsque Jésus avait parlé de son destin douloureux. Nous percevons la même incrédulité et la même obstination. "tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes". (8/33)

5. La mention des serpents se retrouve chez Luc (10/19) à propos de la mission des "72" qui amorcent le "temps de l'Eglise". "Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions et toute la puissance de l'ennemi et rien ne pourra vous nuire"

Avec la mention concernant "les lanques nouvelles", elle est insérée au milieu des recommandations "classiques" que nous trouvons en 6/13 : "chasser les démons" et "guérir les malades". Ces deux évocations correspondent particulièrement au vocabulaire du troisième évangéliste. D'où l'hypothèse plausible que la finale de Marc aurait été complétée par un membre de la communauté de Luc. Il serait également possible de citer le psaume 91/13 : "les anges te porteront… tu marcheras sur le lion et la vipère". Par ailleurs, l'Apocalypse (12/9) en précise le symbolisme: "l'antique serpent, diable ou Satan comme on l'appelle, séducteur du monde entier"…

 

Piste possible de réflexion : chez Marc, la continuité de l'Ascension …

Lorsqu’arrive cette fête de l'Ascension, notre premier effort doit être de nous libérer de l'ambiance confuse dans laquelle nous sommes habituellement plongés lorsque nous évoquons les questions religieuses. Car, un contraste est de plus en plus évident. Jamais les chrétiens n'ont eu autant conscience de la proximité de Jésus. Grâce à l'évangile, aux signes de la messe, à la spontanéité de leur dialogue avec lui, nombreux sont ceux qui vivent authentiquement de sa présence et sont fortement convaincus qu'en lui "le Royaume s'est approché".

Ils admettent fort volontiers une part d'inconnu, en ce domaine comme en bien d'autres. Ils ont l'intelligence de ne pas s'encombrer de questions interplanétaires. Ceci ne les empêche pas de profiter pleinement de la vitalité que leur apporte la foi chrétienne. D'ailleurs la tournure d'esprit du monde scientifique invite à relativiser l'expression spontanée d'un déisme crédule qui a souvent mené les questions religieuses dans des impasses.

Et pourtant, ne nous faisons pas d'illusion. En repérant sur leur calendrier le jeudi de l'Ascension, la majorité de nos contemporains vont lui associer l'idée simpliste d'un décollage du Christ vers ce qu'ils appellent l'au-delà. A cette "montée" ils vont associer l'image tout aussi simpliste d'un Jésus venu autrefois mais dont l'engagement a mal tourné. Il serait donc reparti d'où il était venu, à savoir un monde qui nous reste inconnu, avant comme après… La boucle étant bouclée, il n'y a pas lieu d'y revenir…

Cette vision faussée s'harmonise parfaitement avec la conception habituelle d'un Dieu là-haut, un Tout-Puissant sur lequel l'imaginaire humain projette ses peurs, ses espérances, ses rêves. Parce qu'on compte sur lui pour éviter les aléas de la vie ou pour dépanner en cas de besoin, il faut le placer hors du monde, on est ainsi assuré de son efficacité… Cette coupure entre ciel et terre est vieille comme le monde et l'évolution de nos connaissances sur la rotondité de la terre et les mouvements du cosmos ne semble guère avoir altéré sa présentation. Force de constater qu'elle est permanente, quasiment "naturelle" et universelle…

Que dire? Que faire?… C'est bien là notre préoccupation lorsque nous voulons témoigner de la richesse de notre foi. Nous nous heurtons sans cesse à l'obstacle majeur de la "distance" et à des modèles de pensée qui vont à l'encontre de notre foi. En conversation courante, il est certain qu'il nous faut continuer à en souligner les défaillances. Mais, il peut être bon d'oublier pour quelques instants ce souci légitime et de percevoir d'abord pour nous même la richesse de cette fête. Car sans jouer sur les mots, il est possible d'affirmer que la plupart des chrétiens vivent de l'ascension…

1er point : l'évangile de Marc = une ascension qui ne dit pas son nom…

Les premiers dimanches ordinaires nous ont permis de préciser ce qui concerne l'ensemble du deuxième évangile. Nous avons donc pu percevoir la conviction fondamentale: de son auteur: "en Jésus, en son témoignage historique, s'est approché le monde divin". Jésus a fait plus que parler d'une proximité divine qu'il inviterait à découvrir en présence mystérieuse à nos côtés ... Il a fait plus que la confirmer par des signes dont il serait dépositaire en mission particulière, au nom d'un Autre ... Il n'en est même pas le simple reflet , destiné à soutenir la foi et l'espérance de ceux qui vivent durement une apparente distance de Dieu... Jésus est cette proximité, elle émane directement de lui, elle nous rejoint directement en lui et elle nous fait bénéficier de son soutien directement par lui. Dès le début de son ministère, Jésus avait conscience d'être personnellement "le Fils, le Bien-aimé en qui reposait tout l'amour divin" pour les hommes.

Mais, pour Marc, il est tout aussi évident que Jésus a choisi, pour cette révélation, un style précis. Il ne s'est pas agi d'une irruption spectaculaire du monde divin selon les conceptions habituelles, il s'est agi d'une "entrée" discrète, profondément humaine, qui a pris un visage "historique" en un lieu et en un temps. Dans ce cadre, elle a intégré des personnes concrètes, respectant leur liberté, faisant appel au devenir de leur intelligence et assumant les risques éventuels de cette simplicité. Les amis de Jésus furent donc amenés à dépasser peu à peu les motivations qui avaient suscité leur adhésion première. Sans chercher à donner une forme dogmatique à leurs intuitions, ils se laissèrent portés par le partage d'une vie commune, l'écoute des enseignements et une vive attention aux actions dont ils étaient témoins. C'est ainsi qu'ils soupçonnèrent, puis "découvrirent" la vraie personnalité de celui qu'ils avaient suivi.

Cette "ascension" n'eut sans doute pas la netteté qui ressort de la présentation de l'évangéliste. Pourtant le mot convient parfaitement pour présenter le mouvement de leur évolution. Marc schématise ainsi deux temps de cheminement: une ascension relativement tranquille pour progresser de Jésus de Nazareth à Messie… une ascension bouleversée pour "élever" Jésus de Messie à Fils de Dieu.

A cette époque, comme à toutes les époques, les espérances étaient fort divergentes. C'est donc à partir de pôles d'activités explicites, activités de guérison, activités d'enseignement, activités de nourriture que les apôtres eurent à réfléchir. Les premiers engagements de Jésus posèrent à ses disciples la question de sa messianité. Ce choix n'allait pas de soi. D'une part, au regard de la parfaite adaptation de Jésus à notre humanité en ses besoins comme en son fonctionnement, il était légitime de le proclamer Messie et de souligner son aspect "sympathique", pourtant cette messianité débordait les espérances passées, elle bousculait les idées communes, surtout lorsqu'il s'agissait d'aller au delà des mots…

C'est justement cette originalité qui prit de l'ampleur au deuxième temps de leur cheminement. Il est certain que l'éventualité de la passion tissait un arrière-plan dramatique, mais, la pression des événements entraîna les disciples dans une série d'ascensions qu'ils étaient loin d'avoir prévues.

Marc insiste sur deux d'entre elles. En premier, les circonstances accentuèrent la "révélation" en humanité qui s'était amorcée précédemment. En une situation particulièrement difficile, Jésus assumait au maximum cette humanité, elle "résonnait" en lui de toute sa tension et, ce faisant, il "l'orientait" de façon totalement nouvelle au regard des comportements habituels .... Ce qui avait été pressenti de sa messianité dans un engagement qui visait le "positif" de l'homme, se trouvait confirmé et amplifié lorsqu'il reprenait à son compte le "négatif" de l'homme, à savoir, en de multiples domaines, l'exigence "naturelle" de passer par la passion pour parvenir à la résurrection.

Mais la passion sollicitait également les témoins au cœur de leur foi, car trois visages émergeaient de ce drame. Nous venons de parler du visage de l'homme auquel Jésus s'assimilait de façon universelle. Il nous faut ajouter le visage personnel de Celui qui vivait ces perturbations en logique humaine et en profonde unité avec le Père. Le déroulement de ce drame faisait éclater les conceptions du passé. Le mot "Messie" se trouvait dépassé pour exprimer le "mystère" que ses amis pressentaient. La profession de foi du centurion exprimera la référence qui s'imposait désormais: "cet homme est vraiment Fils de Dieu".

Ce n'était pas là une définition dogmatique tirée d'un traité théologique, c'était une réaction spontanée qui allait encore plus profond, car elle concernait le Père tout autant que. Jésus. Un autre visage se trouvait remis en question, le visage de DieuDans son rapport aux hommes. Certes, en "collant" à Dieu dans sa passion alors que rien n'était changé dans le cours du drame, Jésus s'était référé à l'enseignement des prophètes et à son propre enseignement. Pourtant les circonstances balayaient toute hésitation. Désormais le "Dieu de Jésus-Christ" ne pourrait jamais être assimilé au Dieu des philosophes ou au Dieu du sentiment religieux. La passion a exprimé jusqu'à quel point dramatique Dieu était prêt à aller dans son engagement en faveur des hommes, quel que soit leur accueil. A cet instant les cieux ont bel et bien été déchirés et ils le restent.

Il est certain que l'évangéliste, lorsqu'il écrivait, exprimait une prise de conscience qui bénéficiait d'une réflexion postérieure. Les doutes des apôtres au matin de Pâques nous confirment que cette "mutation" n'allait pas de soi et qu'il fallut la résurrection pour l'incruster dans leur foi. Mais gardons-nous d'atténuer un choc qui fut des plus réels.

Telle a donc été la première "ascension" de Jésus dans la foi des apôtres, ascension plus "historique" que toute autre supputation spatiale. Il importe de bien en repérer l'expression passée car le génie de Marc tient au fait qu'il bouleverse les questions de lieux et de dates. A ses yeux ce cheminement n'a pas été le monopole de quelques uns. Chaque chrétien est amené à le refaire.

2ème point : la finale de Marc = au départ universel de la même ascension

En tête de son évangile, Marc esquisse la perspective très large qu'il nous invite à percevoir en arrière-plan de son œuvre: "Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus, Christ, Fils de Dieu".

Le mot "commencement" est plus qu'une simple indication de composition, il importe de lui donner son intensité, car qui dit "commencement" dit "suite". A la différence de Luc, Marc ne s'étendra pas sur la vie de la première communauté chrétienne, mais, dans la finale de son œuvre, il tient à "accrocher" explicitement la mission à ce qui précède.

L'évangéliste nous invite ainsi à bien situer la succession des éléments d'où est née la grande aventure chrétienne. Au départ s'est situé le témoignage de Jésus. Ce premier temps était historiquement indispensable en raison de la densité qui en ressort pour la vie concrète de tout chrétien. Mais tout ne s'est pas terminé au soir du vendredi saint. Au matin de Pâques, le crucifié s'est réveillé et a rejoint ses amis pour un deuxième temps, le temps de l'Eglise.

Certes, pour les apôtres au départ d'une réflexion commune, il a pu s'agir d'une explication concernant les événements dramatiques qui avaient mis fin à un dialogue direct. Il importait que les amis "historiques" de Jésus poursuivent leur ascension en assimilant la densité de leurs souvenirs. Sous cet angle, il serait possible de parler d'une nouvelle étape de leur "ascension" personnelle. Mais la présence intime du ressuscité les sollicitait pour l'étape ultime que représentait leur engagement universel.

L'accueil de nouveaux disciples aurait pu prendre diverses formes. Le choix des apôtres fut alors guidé par l'Esprit dans lequel ils avaient été formés. Ils s'ouvrirent sur la permanence de l'Ascension. En continuité avec l'aventure historique dont ils avaient été témoins, ils préférèrent proposer le cheminement de foi qui avait été le leur.

Désormais, la foi chrétienne devra harmoniser deux orientationsLa Bonne Nouvelle ne peut être réservée à un groupe et à un moment d'histoire privilégié. Au départ du ministère de Jésus, les "cieux se sont déchirés"… ils doivent demeurés déchirés par son retour au milieu des siens. Autrefois l'Esprit de Dieu s'est engagé en renouveau créateur… il aspire désormais à poursuivre cette action en faveur du monde entier. En Jésus historique, le Royaume s'est approché … en Jésus ressuscité il se trouve désormais approché de tous les temps et de tous les lieux…Cependant un cheminement identique s'imposera pour garder son humanité à toute adhésion de foi. En prenant connaissance du témoignage passé, la question de la messianité de Jésus restera toujours posée. Cette première adhésion devra poursuivre jusqu'au plus intime d'une présence qui unit monde divin et monde humain.

3ème point : la finale de Marc = trois points de dialogue  

Dans sa sobriété, la finale de Marc peut être une bonne référence en conversation courante. Prenons donc le temps de l'examiner de près sans vouloir systématiquement la compléter et l'enfouir sous de prétendus renseignements venus d'ailleurs.

Le texte est très court et se développe en trois temps: le premier rapporte le message que les femmes reçurent lors de leur visite au tombeau… le deuxième fixe aux Onze une mission universelle… le troisième précise le lien étroit entre Jésus ressuscité et ceux qui accomplissent cette mission

1. Il est facile de convertir en annonce actuelle l'annonce qui est faite aux femmes. Elle tient en peu de mots: il est inutile de chercher Jésus dans un tombeau. Chacun de nous peut mesurer l'urgence de ce rappel. En formation religieuse première, la plupart de nos contemporains ont plus entendu parler de la mort de Jésus que de sa présence ressuscitée à leur côté.

Marc nous rappelle également le point de départ qui doit être celui de toute recherche. Il ramène aux débuts en Galilée et il précise que Jésus précède tout disciple. Bien entendu, cette mention dépasse la géographie et rejoint ce que nous disions précédemment. L'adhésion à la foi n'est pas d'abord affaire de sentiment incontrôlé. Elle est intelligence à partir d'un témoignage. C'est là l'importance des évangiles qui permettent de "voir" Jésus en évitant la fuite religieuse vers un monde imaginaire. Nous venons d'en parler longuement.

Enfin, si cela peut nous consoler, l'annonce des femmes eut bien du mal à convaincre un entourage qui n'était cependant pas hostile. C'est bien notre lot malgré nos liens d'amitié et le souci d'une présentation qui a souci de respecter la liberté de chacun.

2Chez Marc, l'apparition aux Onze vient en deuxième position sans démonstration de "preuves visibles" concernant la résurrection. Il est surtout parlé de la foi qu'il importe d'accorder aux témoins et de la mission. Les témoins dont il est question n'ont rien d'officiel puisqu'il s'agit des femmes et de deux disciples anonymes. La foi en Jésus ressuscité naît d'un partage d'expérience entre frères chrétiens, elle n'est pas commandée par quelque hiérarchie.

Lorsque Jésus avait donné ses recommandations à ses amis, avant leur première mission, il avait repris en toute simplicité l'esprit qu'il avait fixé à son propre comportement"Venant de la Galilée, il avait commencé par proclamer la Bonne Nouvelle de la proximité du Royaume et il avait appelé à la foi". Recourant au même vocabulaire, Marc souligne la continuité tout en ouvrant au monde entier le champ d'activité.

Il reprend particulièrement le mot Bonne Nouvelle dont il esquissait la teneur au départ de l'engagement de Jésus.: "l'histoire est arrivée à sa plénitude, en Jésus le Royaume de Dieu s'est approché"… En Ancien Testament l'expression a une résonance très personnelle, il s'agit moins d'un message que de la venue de quelqu'un d'important. Il n'est pas inutile de rappeler cette précision en éclairage de la mission. Le mot correspondant est "Evangile". Or, actuellement, pour beaucoup, il évoque un ensemble d'enseignements plus que la proximité d'une personne.

La proclamation de la Parole est confirmée par des "signes". L'évangéliste n'avait pas employé directement ce mot en raison du sens ambigu que lui donnaient les foules ou les opposants de Jésus. Mais sa présentation progressive des activités de guérison, de prédication et de nourriture en tenait largement lieu. Le symbolisme des "langues nouvelles" n'est plus à "prouver" en raison de la mondialisation de l'Eglise. Seules les mentions des serpents et de boissons mortelles nous paraissent étranges et les spécialistes se perdent en hypothèses sur leurs correspondances

3. Enfin l'évangéliste esquisse le temps de l'Eglise en privilégiant quelques traits. Il est certain que nous avons beaucoup de mal à compenser l'évolution des modèles de pensée. Seul, l'appel au bon sens peut atténuer un décalage que Marc devait percevoir.

C'est ainsi que l'évocation de "Jésus assis à la droite" est nécessairement symbolique, car on ne peut être assis à côté de l'Invisible. L'auteur ne fait que reprendre le premier verset du psaume 110 et tente d'exprimer un mystère accessible seulement à la foi.

De même il est impossible que Marc n'ait pas eu conscience de la contradiction "apparente" qui émerge des deux assertions : "il fut emporté vers le ciel" et "il oeuvrait  avec ses envoyés"… Certes, la conception sémite des rapports entre le monde divin et le monde terrestre inspirait la formation juive et aidait les esprits à ne pas durcir la coupure entre ciel et terre. Mais l'évangéliste l'avait déjà dépassée lorsqu'il avait mentionné, dès le début de son évangile, que "les cieux se déchiraient" et que "le royaume de Dieu s'approchait" en la personne et l'activité de Jésus.

Pour lui, c'est tout au long du ministère de Jésus qu'il avait fallu tenir les "deux bouts de la chaîne" d'une cohabitation entre le divin et l'humain. Les apôtres en avaient peu à peu pris conscience et ils se gardaient bien de l'exprimer en imagerie. La résurrection se situait en résonance de cette "unité vécue", mais elle n'en changeait pas la dynamique.

 

Conclusion

Il apparaît donc que la "sobriété" de Marc est plus parlante qu'un long discours. De son rapport à l'Ascension, nous pouvons tirer plusieurs leçons, implicites ou explicites.

* L'évangéliste ne s'aventure pas sur le terrain mouvant des descriptions. Il évite ainsi toute altération de l'essentiel. Avec nos contemporains, il n'est pas toujours facile de procéder ainsi sans donner l'impression de fuir les vraies questions. Mais, nous aussi, ayons souci de témoigner "sérieusement" de ces réalités et d'admettre notre ignorance sur certains points. Nous nous égarons souvent dans des "preuves" qui n'en sont plus car il s'agissait de symboles adaptés à une époque.

* Nous avons autre chose à dire qu'une belle histoire et cet autre chose porte avant tout sur une présence, ou plus exactement sur un mode de présence. Nos contemporains sont prêts à "gober" l'existence de zombies protecteurs ou nuisibles… les discours traitant de la réincarnation passent comme une lettre à la poste alors que le simple bon sens les condamnent… Et nous nous "emberlificotons" pour présenter l'essentiel du "signe" dont nous sommes détenteurs, à savoir le potentiel d'humanité dont a témoigné Jésus et que recèle l'évangile…

* Sachons garder les deux bouts de la chaîne, mais n'alourdissons pas l'entre-deux. Il est vrai que le travail est énorme. Il s'agit de rectifier la conception de Dieu héritée du XVIIIe siècle et diffusée par les anciens catéchismes…Il s'agit de changer un état d'esprit "religieux" qui sous-entend une conception négative de l'homme comme base de la foi chrétienne… Il s'agit de mieux creuser l'évangile pour en retrouver la source… etc… L'enjeu en vaut la peine.

Mais sachons également témoigner de l'aspect sympathique que Marc donne à sa présentation. La mission est une nécessité mais elle doit être pédagogique comme l'a été "l'éducation" que Jésus a construite pour ses amis. Certes elle ne sera pas toujours couronné de réussite : les uns croiront, d'autre pas… pourtant la visée du salut doit rebondir sans cesse en s'appuyant sur celui "qui reste avec nous, tous les jours, jusqu'à la fin des temps"… (Matthieu 28/20)  

Mise à jour le Jeudi, 17 Mai 2012 10:29
 
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