Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : 4ème Dimanche de Pâques  

 

  

 

Sommaire

Actualité : une image pour notre temps et pour tous les temps

Evangile : Jean 10/11-18

Contexte de versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : le rude métier de berger

Actualité

De la rude opposition entre bon berger et berger mercenaire, il ressort que le Christ seul est le bon pasteur dont la vie  et la mort révèlent le triple combat contre la sclérose religieuse, la dégradation des relations mutuelles et la dévalorisation de la personne. Un combat, qu’à sa suite, nous avons à mener contre les tentations auto-référentielles de certains clercs qui font les paons, contre les discours creux des perroquets politiques qui se paient de mots au lieu de poser des actes, contre la versatilité des foules qui piaillent et pépient à chaque courant d’air….

Evangile

Evangile selon saint Jean 10/11-18

a) Le Christ-pasteur à la lumière de l'opposition entre mercenaire et bon berger. Invitation discrète aux responsables de communauté qui doivent calquer leur attitude sur celle de Jésus.

= Je suis le Bon Pasteur : le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis.

Le berger mercenaire, qui n'est pas le pasteur et auquel les brebis n'appartiennent pas

s'il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s'enfuit ; le loup s'en empare et les disperse.

Il est mercenaire et n'a pas souci des brebis.

= Je suis le Bon Pasteur.

Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent comme le Père me connaît et que je connais le Père

Et je donne ma vie pour mes brebis.

b) Le Christ, pasteur universel. Mission confiée aux responsables de communauté.

= J'ai encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie :

celles-là aussi, je dois les mener. Elles écouteront ma voix :

il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.

= C'est pour cela que le Père m'aime : parce que je donne ma vie afin de la reprendre de nouveau.

Nul ne me l'enlève, mais je la donne de moi-même.

J'ai pouvoir de la donner et pouvoir de la reprendre; voilà le commandement que j'ai reçu de mon Père. "

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Le thème du Christ, Berger conduisant son troupeau, a fait l'objet de nombreux commentaires. La liturgie l'a retenu pour orienter la réflexion du 4ème dimanche de Pâques et elle emprunte à Jean les passages qu'elle propose en répartissant un même ensemble entre les différentes années. Cet ensemble (chapitre 10) se situe après l'épisode de l'aveugle de naissance et avant le séjour que Jésus effectue à Jérusalem à l'occasion de la fête de la Dédicace (octobre-novembre 29). Sous forme de paraboles, l'auteur regroupe un certain nombre de "paroles" abordant le thème du pasteur et de ses brebis.

* En année A, nous avons lu la double parabole de Jésus porte de la bergerie. C'est par lui qu'il faut passer. La première mention interpellait les responsables dans leur manière de conduire la communauté, la seconde interpellait les chrétiens eux-mêmes dans le choix de ceux qu'ils doivent suivre. L'opposition entre mauvais bergers et bons pasteurs était soulignée par une polémique à l'encontre des pharisiens. Elle était fortement influencée par le chapitre 34 du prophète Ezekiel.

Cette année (année B), nous lisons la parabole du bon berger, celle dont le détail prédomine dans les mémoires. Elle est construite sur la différence entre le "bon" pasteur et le mercenaire qui est payé pour son emploi. Le point essentiel, c’est que le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis; ceci crée un lien radical entre lui et elles. En annexe, l'évangéliste ajoute une seconde idée : d'autres brebis restent en dehors de l'enclos et il faut travailler à ce qu'il n'y ait plus qu'un seul troupeau comme il n'y a qu'un seul pasteur.

En année C, la présentation sera plus complexe car elle se fait l'écho du "signe" qui ouvrait le développement, à savoir la guérison de l'aveugle de naissance dans le cadre de la fête de "la restauration du Temple". Il s'ensuivait une controverse concernant la messianité de Jésus, autrement dit son lien avec le Père. Pour Jean, cette unité ressort de deux éléments : la Parole de Jésus et son efficacité dans les œuvres qu'il accomplit. La troisième parabole, celle des brebis, apparaît alors comme la réponse à cette question. Mais, à la place qu'elle occupe actuellement, elle se trouve isolée des précédentes.

Elle reprendra tels quels certains versets du passage de ce dimanche:

"Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent; je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais. Nul ne les arrachera de ma main. Car Père qui me les a données, est plus grand que tous et nul ne peut arracher de la main du Père. Moi et le Père, nous sommes un."

* La plupart des commentateurs admettent que le lien avec le contexte antérieur est très lâche et qu'il est impossible de préciser l'auditoire auquel cet enseignement est adressé.

On peut donc s’attacher à combler les lacunes ou les faux-sens qui naissent souvent des différences de civilisation à propos des symbolismes du "berger" et des "brebis" ; et faire ressortir ensuite les points particuliers que l'évangéliste sélectionne parmi les multiples aspects ressortant de l'image du berger.

Le "détail" et les conditions de la profession de berger échappent à la plupart des fidèles de paroisses urbaines, même aujourd'hui. Il suffit de nous souvenir du désir de retour à la nature qui marqua la génération d'après-guerre… beaucoup de ceux qui avaient ainsi changé d'orientation en sont rapidement revenus, car le mouton, ce n'est pas facile, hormis lorsqu'il est présenté bien cuit dans une assiette… Au cours des vacances, il suffit de discuter avec les éleveurs pour que nos "considérations écologiques" soient souvent mises à mal…

Le symbole du berger, appliqué à Jésus, a été largement développé au 18ème siècle L'intention de ceux qui mettaient en valeur cette référence était louable: face au dessèchement des querelles théologiques catholiques-protestantes et des systèmes philosophiques, ils voulaient souligner l'aspect humain du Christ et l'ambiance concrète de la foi chrétienne. Ils témoignaient, dans le cadre de leur temps, qu'il ne s'agissait pas d'une théorie, mais d'une présence nourrissante, nous guidant de sa lumière, nous soutenant de sa force.

Cet effort eut des effets positifs dont nous héritons. Mais l'esprit de ce temps était marqué d'un certain romantisme; dans les commentaires, l'image fut souvent "récupérée" et accentuée selon cette ambiance. D'où l'aspect désuet qu'elle présente à nos contemporains et le contraste qui ressort d'un rapport plus rigoureux aux textes évangéliques.

Un dernier élément peut altérer l'image du berger. Les abus des systèmes totalitaires ont rendu très suspecte l'évocation du "mouton". Aux yeux du monde incroyant, cette image suggère davantage l'idée de suiveurs passifs, dépourvus de volonté et d'initiative. Cette réaction est spontanée et ce n'est pas sans raison que les textes évangéliques ne parlent jamais de moutons, mais de brebis. La plupart de nos contemporains sont loin d'introduire cette différenciation en évoquant le Christ, et surtout l'Eglise à laquelle ils l'identifient le plus souvent.

Piste possible de réflexion : le rude métier de berger…

1er éclairage : au temps de Jésus, les conditions de vie d'un berger

= Nous sommes habitués à l'évocation de Jésus sous les traits d'un "bon pasteur", d'un "vrai berger". Mais une question élémentaire est rarement posée : les résonances que cette image suscite dans nos mentalités modernes sont-elles exactement les mêmes que celles des auditeurs de Jésus ou des lecteurs de Jean ? Il ne suffit pas de recourir à des mots, encore faut-il comprendre le sens que leur donnait chaque époque.

En quelques siècles le monde occidental a connu un changement radical de civilisation en passant d'une civilisation essentiellement rurale à une ère industrielle et urbaine. Certains secteurs de pensée n'en ont pas été affectés, d'autres au contraire en ont été bouleversés et plusieurs expressions ont perdu leur puissance d'évocation. Certaines ont même pris un sens péjoratif,  contraire à leur symbolisme initial. Ainsi l'image du mouton évoque aujourd’hui l'idée de suiveur passif, sans  volonté ni initiative. Heureusement Jésus parle toujours de "brebis", participant intimement à la vitalité du troupeau.

= Un peu d'imagination est donc nécessaire  pour ne pas réduire ou trahir les images de cette parabole. Il s'agit de rejoindre l'état d'esprit que suscitait l'expérience quotidienne des palestiniens du premier siècle.

* L'image du berger suggérait en premier lieu des difficultés très concrètes : le berger devait d'abord trouver des pâtures en une région au climat chaud et à l'herbe rare… pâtures communes à partager avec d'autres ou pâtures louées… il lui fallait conduire le troupeau vers ces pâtures en veillant à ce que les bêtes ne s'égarent pas en route… il s'agissait ensuite de les garder… les bêtes sauvages se tenaient à l'affût… dans le troupeau, les paniques collectives étaient fréquentes et se déclenchaient parfois sans raison…  la tonte était le plus souvent assurée par le berger… en cas de faiblesses ou de maladies, on ne pouvait  faire appel à un vétérinaire…la naissance des agneaux, toujours délicate,  conditionnait l'avenir… il fallait y veiller et la protéger…

La profession de "berger salarié" était courante : chaque famille possédait quelques bêtes et il était commode de les confier à un professionnel moyennant rétribution; en certaines régions, l'herbe locale était rare et les moutons nécessitaient des soins permanents.

* Au temps de Jésus, les bergers "des campagnes" étaient diversement jugés par leurs contemporains "des villes". On leur reprochait de ne pas participer régulièrement aux assemblées du sabbat… de ne pas respecter les interdits (ne pas "porter", ou ne pas guérir durant le jour du repos)… on les accusait d'être des voleurs, laissant leurs moutons brouter hors des enclos loués… on allait même jusqu'à les traiter de tueurs…

* Toutefois, les textes bibliques lus à la synagogue équilibraient cette appréciation négative, car l'image du berger était affectée d'un "poids historique" : les juifs étaient conscients de leur hérédité pastorale : les patriarches étaient issus des nomades du Grand Désert oriental… la mission de Moïse lui avait été signifiée alors qu'il gardait le troupeau de son beau-père… David avait été choisi alors qu'il n'était qu'un jeune pasteur… nombre de prophètes avaient exercé ce métier avant leur ministère…

* Il est important de noter que le titre de pasteur avait  rarement été appliqué à Dieu-Yahvé. Sans doute en raison des multiples reproches adressés aux rois et autres "mauvais bergers" qui avaient égaré le peuple, il s'était trouvé de plus en plus focalisé sur "Celui qui devait venir"…

= Le potentiel humain et spirituel qui émerge de la comparaison du berger n'est donc pas négligeable et le texte de Jean nous invite à l'intégrer pleinement pour redonner dynamisme à notre "potentiel chrétien" et  à notre présentation du Christ.

Il importe de faire ressortir de cette image traditionnelle les trois qualités qui ont déterminé son choix :

- Il s'agit d'une image virile donnant le ton à notre foi…

- Elle porte un appel à une activité de proximité, de service et d'attention particulière à tous et à chacun, en souci permanent des plus faibles.

- Elle met en mouvement pour trouver des lieux nouveaux et des sources nouvelles, susceptibles de répondre à la faim et à la soif de nos contemporains…

2ème éclairage : les points particuliers que Jean souligne dans l'image du berger

De tous les évangélistes, Jean a le plus approfondi le thème de Jésus-bon pasteur. Il est donc intéressant de s’arrêter sur les points qu'il a soulignés.

Rappelons-nous d'abord qu'avant toute théorie, il a expérimenté quotidiennement les bienfaits du berger galiléen au bénéfice du premier groupe de ses amis. Il a encore présent à la mémoire le souvenir vivant de deux années de vie commune. Pour lui, non seulement le berger a eu un visage, mais il a également eu un "style" des plus chaleureux. Avant le passage de ce dimanche, l'évangéliste présente le travail qui s'opère "à la porte" du bercail : " Les brebis entendent la voix du pasteur, ses brebis à lui, il les appelle par leur nom et il les mène dehors… il part devant elles et les brebis le suivent parce qu'elles connaissent sa voix". (10/2-4) Physiquement parlant, c'est bien ainsi que Jésus a rassemblé et entraîné ceux qui sont devenus ensuite ses apôtres.

Dans ce passage, nous percevons également les trois références qui ont aidé l'évangéliste à dépasser une simple impression "sentimentale", à savoir : 1°  l'enseignement prophétique, 2° l'intensité du don que Jésus a fait de sa vie, 3° le rayonnement universel de ce don.

1. L'enseignement prophétique

En raison de leur formation juive, dès le temps historique, les apôtres ne pouvaient manquer de faire le lien avec le thème du "berger" chez les prophètes. Ézéchiel, en particulier, (chapitre 34) avait abordé ce thème de deux façons. Il avait violemment invectivé les responsables de son temps en leur reprochant d'être de mauvais bergers "qui ne faisaient que se paître eux-mêmes" et avaient contribué à la dispersion du troupeau. Mais il avait également annoncé : (34/11) "je viendrai chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin" et il n'avait pas craint d'esquisser cette activité bienfaisante : "la bête perdue, je la chercherai; celle qui se sera écartée, je la ferai revenir; celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage; la malade, je la fortifierai".

Lorsque Jésus précise : "ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des pillards", il adresse le même reproche aux responsables religieux de son temps mais il invite à inscrire l'action qu'il engage comme réalisation des promesses passées. En un premier temps, ses amis ont pu estimer seulement qu'il entrait par la porte. Mais l'intensité de ce qu'il vivait les a amenés à progresser en le situant comme la porte elle-même, porte unique au service des brebis.

2. Jésus a donné "sa" vie pour donner "la" vie…

Au moment où il écrit, une autre réalité historique ne peut manquer de dominer la pensée de l'évangéliste : Jésus a "donné sa vie" et le drame de la passion était présent à toutes les mémoires. Cependant, avec le recul, la densité des événements invitait à dépasser les premières réactions, tout au fait légitimes, et à réfléchir sur le fond de cet engagement.

Selon son habitude, Jean recourt volontairement à des mots riches de plusieurs sens. De ce fait, nous risquons de ne pas prêter attention au rapprochement d'idées auquel invite ce mode d'expression.

= L'attitude de Jésus au long du drame a été impressionnante. Alors qu'un désarroi ou un repli sur lui-même auraient été excusables, il a dominé les confusions. Il les a dominées dans le respect des personnes, y compris dans le respect de ceux qui le condamnaient. Jusqu'au bout, il a pensé à ses amis et a cherché à tempérer leur détresse. Comment ne pas rapprocher ce témoignage de l'image du berger et lui conférer toute sa densité.

= Mais sa mort n'a pas été un accident de l'histoire, elle a été la conséquence de son ministère antérieur. Lorsqu'on tente d'en faire le bilan, celui-ci apparait avant tout comme un "service" des hommes, service efficace et "nourrissant" en actions et en paroles. L'image du "berger" dont parle le prophète résume parfaitement cet engagement concret.

= En s'attaquant aux pesanteurs habituelles et en ouvrant des voies nouvelles, Jésus a nécessairement engendré bien des oppositions. Elles se sont liguées contre lui et Jésus en a eu pleinement conscience, acceptant de donner jusqu'à sa vie. Le berger a donc osé affronter les loups qui exploitaient le troupeau, les obligeant à concentrer sur lui leur activité malfaisante.

= Mais, au delà du drame de son déroulement, la mort de Jésus a été "parlante", car elle avait mis en évidence son triple combat : combat contre les scléroses religieuses, combat contre la dégradation des relations mutuelles, combat contre la dévalorisation des personnes. Etant donné les pesanteurs habituelles des pouvoirs concernés : chefs religieux, responsables politiques et foules versatiles, l'affrontement final s'est présenté comme un aboutissement dramatique et  "logique".

Sous cet angle le berger a donc servi la cause de la vie. Dans la manière dont Jésus a donné sa vie, il a éclairé la vie qu'il a commencé d'apporter. Non seulement il en a révélé la présence, mais il en a esquissé les principaux traits.

= Inévitablement, la réflexion de l'évangéliste débouche sur l'universalité de la mort de Jésus. A la différence de la pensée chrétienne des siècles suivants, ses conclusions n'évoquent pas une justification au nom d'un projet de salut éternel, elles évoquent un potentiel d'humanité qui s'intègre au nom de Dieu dans le concret de la vie des hommes.

Au temps où est rédigé ce passage, la mort de Jésus a orienté dans deux directions opposées :

- en négatif, elle a confirmé la présence et le visage des germes de mort qui déciment les communautés humaines en tous temps et en tous lieux. Jésus a été victime de l'absurdité et du fonctionnement perverti de "mécanismes" collectifs qui font partie du quotidien humain.

- en positif, elle donne valeur aux orientations que Jésus a fournies antérieurement à son action. Elle y renvoie et, ce faisant, elle trace une route de vie pour les engagements futurs des chrétiens.

Nous comprenons le jeu de mots de l'évangéliste : il convient de donner toute son extension à cette phrase devenue familière : Jésus donne sa vie pour ses brebis. Jésus a effectivement donné sa vie en s'engageant dans le drame de la croix… mais, en donnant "sa vie", il a donné "la" vie ou, plus exactement, il a esquissé les "routes de vie" dont nous devons tracer le parcours contemporain. Comme l'évangéliste l'exprime dans un premier temps  (10/10) : "je suis venu afin qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance". Le contexte confirme qu'il ne s'agit pas exclusivement de l'entrée en paradis. Il s'agit de la vie très concrète que nous construisons chaque jour à l'écoute d'un berger qui nous conduit.

Nous comprenons également le mot qui exprime le mouvement de ce don: "pour mes brebis" (en grec: uper). Il évoque l'idée d'un don qui intervient "au dessus" des brebis, comme l'Esprit de Dieu planait "au dessus" des eaux lors de la création.

3. Les deux sources du rayonnement universel de la vie "donnée" par Jésus

= Le sens général de la deuxième partie de ce passage est évident, il s'agit de situer Jésus en berger universel. La plupart des chrétiens en ont conscience lorsqu'ils cherchent à parler de leur foi à leurs contemporains. Pourtant l'évangéliste tient à ajouter une petite note à cette universalité. Ce supplément n'est pas sans intérêt.

Il  faut partir de la réflexion propre à l'auteur en cette fin du premier siècle. La prédication des apôtres avait conféré à l'engagement de Jésus un rayonnement universel. La résurrection avait amplifié la portée et la signification des événements du matin de Pâques. Il était également légitime de penser aux pasteurs qui poursuivaient la mission et donnaient valeur au message par leur attitude de berger. Mais il importait de ne pas oublier Celui qui adoptait un troisième "style" de berger après les années historiques en Palestine et les événements de la passion.

= La préoccupation de l'évangéliste n'était pas utopique et, par la suite, la déformation qu'il visait ne sera pas particulière à sa communauté. Une vision pessimiste marque nombre de cultures et jette le doute sur les évolutions possibles. Le report est fréquent vers une réalisation extérieure ultime qui dispenserait de l'engagement actuel, souvent décevant en raison de ses limites. En milieu chrétien cet état d'esprit contribue à une mauvaise conception de la résurrection. Celle-ci est présentée comme une rupture qui se situe "à l'extérieur" de "l'humanité" dont le témoignage historique était porteur.

Les réactions de l'auteur combattent nettement cette déviation. En mentionnant par deux fois que Jésus "reprend sa vie" pour "mener d'autres brebis", l'auteur souligne  cette actualité. Jésus fait plus qu'envoyer de nouveaux pasteurs. Il se solidarise avec eux, c'est lui qui continue de mener ses brebis, c'est par leur prédication qu'il fait toujours entendre sa voix. En  ceci aussi, il  faut le situer en berger. Comme Jean le dira dans un autre passage: (10/27-30) "Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent; je leur donne la vie éternelle et elles ne périront jamais. Nul ne les arrachera de ma main. Car le Père qui me les a données est plus grand que tous et nul ne peut arracher de la main du Père. Moi et le Père, nous sommes un."

Conclusions au service des pasteurs d'aujourd'hui, autrement dit de tout chrétien

Il est facile d'exprimer clairement les conclusions de l'évangéliste. A la lumière de la passion, il insiste sur l'unité entre l'engagement visible de Jésus au temps historique et son engagement au temps de l'Eglise.

* Tout berger doit s'insérer dans un courant créateur. L'évangéliste insiste sur le mot "connaître". Ce mot doit être pris au sens sémite ": "naître avec". Il ne s'agit pas d'une perception purement intellectuelle, il s'agit d'une relation personnelle très forte. Trois "connaître" s'articulent l'un à l'autre : un courant créateur part du Père, s'incarne, se déploie et s'exprime "totalement" en Jésus… un deuxième "connaître" ressort de ce témoignage historique… et se propose enfin aux brebis grâce au "connaître" nourrissant des chrétiens… .

Il nous faut donc porter une conviction fondamentale : la communauté n'est pas complète, elle doit rester ouverte à d'autres "qui ne sont pas de cette bergerie". Nous ne cherchons pas à "recruter", nous relayons "la voix du Christ", voix du Bon Pasteur qui "connaît" ses brebis et tient à les conduire, par nous, aux sources de la vie.

* Il nous appartient de bien situer la source de la vie que nous proposons. Il ne s'agit pas de vie en un sens vague et théorique. Nous ne sommes pas obnubilés par l'éternité. Jésus est pasteur universel au titre d'une expérience humaine vécue concrètement, menée en pleine liberté et totale loyauté dans un cadre précis d'espace et de temps. Par lui-même ce témoignage était déjà vie et universalité. Par la résurrection il est devenu actuel.

Certes, nous pouvons admirer le don total que Jésus a fait de sa vie, mais nous ne devons pas en rester là. Ce serait ne rien comprendre au Jésus d'hier comme au Jésus d'aujourd'hui. La lumière de Pâques rejaillit sur la vie terrestre de Jésus, non pour la supprimer comme un "passage" relatif en notre monde, mais pour l'établir dans sa vérité de chemin de vie.

* L'œuvre de création se poursuit donc et nous y sommes associés. Nous-aussi, nous avons pouvoir de donner la vie. Cette mission est même un commandement que nous recevons du Père au titre de notre foi.


 

Mise à jour le Dimanche, 26 Avril 2015 18:50
 
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