Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : Dimanche de la Résurrection  

 

Actualité 

 

On trouvera ici un commentaire de la Passion dans l’évangile de Marc, qui est lue lors de la Vigile Pascale. La longueur de cette célébration ne permet souvent qu'un commentaire rapide du texte d'évangile selon Marc. Pour ne pas faire doublet, la liturgie du jour de Pâques propose le récit de Jean. De ce fait, les participants - dont l'immense majorité ne s'est pas intégrée à la Vigile - se trouvent privés d'une réflexion concernant l'évangéliste qui nourrit la continuité des dimanches de cette année B. Ceci est fort dommageable, car, sa présentation est très originale et ne fera l'objet d'aucune réflexion au cours des dimanches de l'année B.

Vous trouverez également le texte de Jean accompagné de quelques commentaires.

Evangile

Evangile selon saint Marc 16/1-8

éclatement universel du "Royaume approché" en Jésus

1er temps : au matin de Pâques : visite des femmes et message qui leur est confié

= Et tout à fait au matin, le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé viennent au tombeau comme le soleil se levait

et elles se disaient à elles-mêmes : "Qui nous déroulera la pierre hors de la porte du monument ?". Ayant levé le regard, elles considèrent que la pierre a été déroulée, pourtant elle était fort grande

= Et étant entrées dans le monument, elles virent un jeune homme, assis à la droite, enveloppé d'une robe blanche et elles furent saisies de stupeur. Celui-ci leur dit :

"Ne soyez pas saisies de stupeur. Vous cherchez Jésus, le Nazarénien, le crucifié ? Il s'est réveillé, il n'est pas ici. Voici le lieu là où on l'avait posé.

Mais partez, dites à ses disciples et à Pierre:

il vous précède en Galilée: là vous le verrez selon ce qu'il vous a dit."

= Et étant sorties, elles s'enfuirent du monument car les tenaient tressaillement et effroi et elles ne dirent rien à personne, car elles craignaient

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Le texte de Marc concernant la résurrection est très court. Il est donc possible de le rapporter.

1er temps: au matin de Pâques : visite des femmes et message qui leur est confié

2ème temps: l'envoi universel

Finalement, Jésus se manifesta aux Onze qui étaient à table, et il leur dit : "Allant dans le monde tout entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui aura foi et sera baptisé sera sauvé, or celui qui n'aura pas foi sera condamné.

Or des signes accompagneront ceux qui auront eu foi : par mon nom, ils chasseront des démons, ils parleront en langues nouvelles et en leur mains ils soulèveront des serpents; et s'ils boivent quelque poison mortel, il ne leur nuira jamais; sur des infirmes ils imposeront les mains et ils seront bien portants."

3ème temps : le temps de la mission  

Le Seigneur Jésus, lui, après leur avoir parlé, fut emporté vers le ciel et il s'assit à la droite de Dieu. Ceux-là, étant sortis, proclamèrent partout, tandis que le Seigneur oeuvrait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.

Un sommaire concernant l'apparition à Marie-Madeleine (formant doublet) et l'apparition à "deux disciples qui s'en allaient à la campagne" a été inclus entre le 1er et le 2ème temps.

* La finale de Marc (9-20) a suscité de nombreux débats entre les exégètes et les hésitations sur ces versets ont rejailli sur la compréhension de ce passage. Les difficultés sont réelles et elles ont été ressenties depuis fort longtemps puisque les manuscrits eux-mêmes ne s'accordent pas sur ce point.

Certains omettent toute la finale actuelle et arrêtent le récit au verset 8, mais ceci laisse en suspens une annonce que les femmes n'ont pas encore portée … D'autres introduisent une formule courte entre le verset 8 et la finale actuelle: "elles racontèrent brièvement aux compagnons de Pierre ce qui leur avait été annoncé. Ensuite, Jésus lui-même fit porter par eux, de l'orient jusqu'au couchant, le message sacré et incorruptible du salut éternel". Le vocabulaire est différent de celui des exposés antérieurs et témoigne d'un appendice.

Aucune des explications avancées n'est satisfaisante. Certains commentateurs émettent l'hypothèse d'une finale primitive qui aurait disparu pour une cause qui nous échappe. Celle-ci aurait alors été remplacée par une composition postérieure ...

Ceci invite à "déborder" le récit lui-même et à insister sur une des originalités de Marc qui inscrit toute son œuvre dans une "ambiance de résurrection" et fait "remonter la résurrection" bien avant la passion.

 

Piste possible de réflexion : l'originalité de Marc

1. Comme pour la passion, nous avons pris l'habitude de rassembler de façon globale les témoignages des évangélistes concernant la résurrection. Nous aimerions savoir le détail des événements qui ont bousculé les apôtres au matin de Pâques et les ont amenés à exprimer la foi qui sera désormais au centre de leur prédication.

Ce souci est légitime mais, d'une part, il risque d'appauvrir notre écoute de chaque témoignage en ignorant le vrai plan où se situent tous les auteurs. Et, par ailleurs, notre esprit moderne, soucieux de précisions, risque d'être déçu, car le déroulement n'est pas le souci essentiel des évangélistes. La synthèse des renseignements qu'ils glissent dans leur présentation est impossible à faire. Certes, les preuves qui furent avancées par les témoins devaient être valables puisque de grandes foules accueillirent une prédication qui reposait sur cette certitude, mais, la résurrection est pour eux autre chose qu'un résumé théologique… Nous sommes en face d'un "feu d'artifice" où chaque pièce mérite d'être accueillie en sa particularité et sa complémentarité au service de la lumière d'ensemble.

2. Il vaut donc la peine de saisir l'originalité de Marc. Au premier abord, nous pouvons être déçus par la brièveté du dernier chapitre de son œuvre. Apparemment il semble répéter ce que les autres évangélistes rediront avec quelques détails supplémentaires. Et pourtant, il suffit de prendre un peu de hauteur pour communier à une largeur de vue bien différente.

Pour Marc, la résurrection n'est pas à situer en appendice "heureux" qui compenserait une mort dramatique, ou en revanche vis-à-vis du refus global qui avait été opposé à la personne et à la pensée de Jésus. Il nous faut inverser ces données. C'est tout le témoignage de Jésus qui est à accueillir en Bonne Nouvelle et cette Bonne Nouvelle intègre la résurrection parce qu'elle est elle-même résurrection.

= L'évangile de Marc s'inscrit délibérément dans une "ambiance" de résurrection.

Ceci est très sensible dans la composition et la rédaction des trois premiers développements de son oeuvre. D'emblée, il insiste sur ce qui, à ses yeux, constitue la Bonne Nouvelle : en Jésus le royaume de Dieu, le monde divin s'est approché en toute simplicité, en toute humanité ; il ne s'est pas agi de punir, d'écraser - le mot "péché" ne se trouve que deux fois et sous couvert de pardon.- il s'est agi de sauver, de remettre en route les hommes désorientés.

Dans l'ensemble introductif, l'évangéliste a bien précisé que ce courant de résurrection "venait d'ailleurs". Mais il porte la hantise que sa proximité ne soit faussée, que les "rêves" habituels affectant les interventions divines ne mutilent le vrai visage, le visage vital du témoignage de Jésus.

C'est sous cet angle qu'il a introduit une dramatisation, une "passion" qui dépasse le cas personnel de Jésus. En de nombreux secteurs de nos vies, la passion "colle" à la condition humaine, elle est inévitable ...L'évangéliste porte alors notre attention au cœur  de ces situations de faiblesse pour nous faire découvrir le germe, souvent méconnu, dont la croissance ouvrira à une résurrection, plus ou moins lointaine. La passion "pèse" sur la résurrection, mais ne peut endiguer son rayonnement.

= Pour préciser cette ambiance, Marc fait "remonter' la résurrection bien avant la passion.

Dans les trois premiers développements de son évangile, il multiplie l'emploi de l'expression "se lever", identique en grec à "re-susciter" : un grand courant de résurrection rejoint la belle-mère de Pierre, le paralysé de Capharnaüm, le publicain Lévi, l'homme à la main desséchée, la fille de Jaïre, l'enfant épileptique, l'aveugle Bartimée ...

Outre quelques cas spectaculaires, cette action se déploie dans l'ouverture permanente aux exclus de toutes sortes, dans la manière dont la Parole de Jésus se veut semence pour aider la terre des hommes à porter fruit, dans le geste symbolique du double partage des pains en vue d'une communauté universelle sans discrimination ...

Durant la vie publique, trois épisodes anticipent également la résurrection en faveur des disciples. Lors de la tempête où il semble dormir, Jésus, "s'étant levé, menace le vent" 4/39… Au soir du premier partage des pains, il descend "de la montagne" pour rejoindre ses amis affrontés au vent contraire et monter "auprès d'eux, dans la barque" de leur communauté 6/48. Dans l'un et l'autre cas, le symbolisme d'une traversée souligne la mission d'envoi à toute la création. Quant à la transfiguration (9/2), Marc la présente comme un moment privilégié, vécu dans l'intimité et il la place en tète des développements concernant la loi de passion-résurrection.

= Ceci ne fait aucune doute, pour l'évangéliste, ce mouvement de résurrection est indissociable de Jésus et de son témoignage historique ; il en est le pivot central, il ne l'anime pas comme quelque chose d'extérieur à lui, quelque chose de distant par rapport à sa personne. La résurrection émane spontanément de Jésus, en un mot il est la résurrection... et ça se voit.

Même si, au terme d'un contact intime avec le Maître, il devient évident que Jésus vivait un lien privilégié avec le monde divin, celui-ci ne l'arrache pas à son enracinement humain et à son rayonnement de "ressuscité". Bien au contraire !

C'est pourquoi Marc n'aborde pas les questions que ses lecteurs pourraient se poser concernant le "comment" de la résurrection personnelle de Jésus. Il l'a tellement "ancré" en notre monde de façon visible qu'il devient comme logique pour le lecteur de ne pas chercher ailleurs ; le "visage" du ressuscité s'est suffisamment exprimé en forme concrète...

3. La conclusion est facile à tirer en un double sens… Dans notre dialogue avec nos contemporains, il nous faut insister sur ce visage de résurrection permanente qui marque la foi chrétienne…toute une présentation passée a tellement marqué les esprits dans un sens pessimiste et une ambiance de mort…

Et puis, n'oublions surtout pas que Jésus ressuscité nous fait vivre de résurrection, dès aujourd'hui. Ses rapports avec nous sont marqués des éléments positifs qu'il a vécus avec les siens… et nos rapports avec les autres diffusent les mêmes valeurs; en quelque sorte, nous "incarnons" la résurrection pour qu'elle se diffuse en tous lieux et à toutes les époques comme un renouvellement de la "création"…

 

 Evangile

Evangile selon saint Jean 20/1-9

1er temps: visite de Marie de Magdala au tombeau

Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vient au tombeau, tôt, comme il faisait encore sombre, et elle voit la pierre enlevée du tombeau.

Elle court donc et elle vient à Simon Pierre et à l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit: "Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où ils l'ont mis."

2ème temps: démarche commune de Pierre et de l'autre disciple au tombeau 

Pierre sortit donc, et l'autre disciple et ils allaient au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble. Et l'autre disciple courut en avant, plus vite que Pierre, et vint le premier au tombeau.

Et s'étant penché, il voit les bandelettes à plat ; cependant il n'entra pas.

3ème temps: la foi du vrai disciple: il voit et il croit

Simon-Pierre vient alors, le suivant, et il entra dans le tombeau et il aperçoit les bandelettes à plat et le suaire qui était sur sa tête, non pas à plat avec les bandelettes mais roulé à part, dans un endroit.

Alors entra aussi l'autre disciple qui était venu le premier au tombeau, et il vit et il crut.

Car ils n'avaient pas encore compris l'Ecriture, qu'il devait ressusciter des morts.

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

Composition de Jean à propos de la résurrection - trois ensembles faciles à isoler

1er ensemble: Pierre, Jean et Marie-Magdeleine, centré sur les premiers grâce à une disposition en chiasme. L'itinéraire fondamental des disciples-témoins repose sur le fait qu'ils ont vu trois signes: le tombeau vide, les bandelettes "à plat" et le suaire roulé à part. Ils ont vu et ils ont cru. L'itinéraire enveloppant traduit un cheminement plus personnel: il part de l'interrogation que pose le tombeau vide, s'oriente vers la reconnaissance du ressuscité et débouche sur le témoignage.

2ème ensemble: apôtres-témoins en responsabilité missionnaire. Au départ du témoignage, le premier groupe (sans Thomas) est essentiel: nouvelle intimité avec le ressuscité - signe des mains et du côté - continuation de la mission - don de l'Esprit en vue de cette mission. Thomas représente une deuxième génération, il anticipe la foi de ceux qui "croiront sans avoir vu", autrement dit les chrétiens des siècles ultérieurs.

3ème ensemble: présence de Jésus-ressuscité au cœur de la mission. L'évangéliste souligne cet ensemble comme révélateur de la vie de l'Eglise en parlant de troisième apparition, donc apparition de plénitude. Cette présence jaillira de l'abondance de la pêche - de son universalité et elle s'exprimera en partage du repas eucharistique.

Arrière-plan de la présentation globale "selon Jean"

Il est essentiel de garder présente à l'esprit la manière dont Jean situe passion et résurrection l'une par rapport à l'autre. Son originalité va à l'encontre d'une présentation courante, inspirée surtout de Matthieu. Celle-ci présente la gloire de la résurrection comme "rachetant" l'humiliation temporaire de la passion, en un mot comme manifestant la victoire de la vie sur la mort. Elle insiste en priorité sur la gloire céleste que Jésus retrouve après le drame qui marque à jamais son incarnation.

Le quatrième évangéliste présente l'événement de la croix comme événement central de l'histoire du salut. Tout est accompli par l'offrande unique et parfaite que le Christ fait de lui-même à Dieu et aux hommes. C'est au cœur de ce que nous pouvons prendre pour un scandale que Jésus apparaît en vainqueur et qu'il est "glorifié". C'est dans sa mort qu'il nous livre son Esprit, souffle animateur de la nouvelle création qu'il a amorcée.

La résurrection ne peut donc rien ajouter. Elle révèle une réalité spirituelle déjà donnée. Bien entendu le destin de Jésus ne pouvait s'achever avec sa mort, mais mort et résurrection constituent un seul événement sans rupture, la résurrection ne fait que prolonger la signification de la passion. Certes Jésus a retrouvé la gloire céleste, mais l'important est qu'il ait repris ses relations personnelles avec ses disciples. A eux d'universaliser désormais la fécondité de la croix, de l'ancrer dans l'histoire des hommes.

Remarques de détails concernant le texte de ce dimanche

La disposition du tombeau a donné lieu à diverses interprétations. A l'époque de Jésus, il existait deux sortes de tombes creusées dans le roc. Certaines étaient constituées de chambres funéraires dont l'entrée était fermée par une meule de pierre que l'on pouvait rouler. Les autres se réduisaient à une fosse dont l'orifice, situé au sommet, était fermé par une dalle de pierre. La description de Marc correspond à la première disposition. Celle de Jean évoque la seconde, surtout su l'on remarque les similitudes avec la tombe de Lazare d'après Jean 11/38.

Les bandelettes désignent des rubans d'étoffes qui servaient à lier les bras ensemble et les jambes entre elles. Le suaire correspond au linge plus important qui enveloppait la tête et était serré sous le menton. Lors de l'ensevelissement de Jésus, il n'avait été question que de bandelettes, mais le rapprochement avec Lazare est évident. Il était sorti du tombeau, "les pieds et les mains liés de bandelettes et le visage enveloppé d'un suaire". Il avait fallu le délier.

Ici l'absence de corps est manifeste, mais il nous faut prêter attention à la description : les bandelettes sont "à plat", témoins d'une activité passée qui était encore liée, donc symboles de l'activité antérieure de Jésus. Le suaire est séparé, "roulé" tel un livre de cette époque, et disponible "à part, dans un autre endroit". Nous avons là plus qu'une "preuve de résurrection", en expression symbolique, nous trouvons les deux éclairages que l'évangéliste fixe à la passion : il y voit un combat libéré des pesanteurs habituelles dans la manière dont Jésus l'assume et il y voit la révélation du mystère de sa mission et de sa vraie personnalité. Désormais, l'exemple de Jésus est "à plat", il peut être lu "en clair" par tout un chacun. Mais l'intériorité de Jésus se découvre de façon plus intime à ceux qui, comme Jean ou comme Marie-Madeleine sauront mettre leur foi en lui.

Le disciple bien-aimé peut être raisonnablement assimilé à Jean l'apôtre, fils de Zébédée et frère de Jacques. Cette appellation a engendré bien des commentaires dont les conclusions ne sont pas déterminantes. Elle apparaît lors du dernier repas (13/23), se prolonge au pied de la croix (19/26), au matin de Pâques (20/2) et lors de la pêche après la résurrection (21/7). Les Actes des Apôtres associent Pierre et Jean au temps de la première communauté.

Il est facile de remarquer les nuances d'attitude que note l'évangéliste à propos des deux apôtres. Jean distance Pierre dans la course au tombeau, puis dans l'adhésion de foi. Certains commentateurs y voient la trace de la diversité d'influence entre les communautés ultérieures qui se réclamaient de différents apôtres. Mais Pierre occupe la place centrale et l'autre apôtre la respecte.

La mention de l'Ecriture suscite la question des références, car l'évangéliste ne les précise pas. Généralement, le psaume 16/9 est cité : "mon âme exulte…car tu ne m'abandonnes pas aux enfers, tu ne laisses pas ton fidèle voir la fosse". Mais un passage d'Osée (6/1) convient également: "Venez, retournons vers le Seigneur… Il a frappé et il pansera nos plaies. Au bout de deux jours, il nous aura rendu la vie, au troisième jour, il nous aura relevés et nous vivrons en sa présence… "

Il est important de noter comment l'Ecriture intervient, elle porte d'abord sur le "voir". Pierre et Jean ne pouvaient pas comprendre complètement certains points de l'Ecriture tant qu'ils n'avaient pas vu le signe du tombeau vide. Réciproquement, ils n'auraient pas pu voir dans le tombeau vide un signe s'ils n'avaient pas eu l'Ecriture. Il en sera autrement pour les générations ultérieures comme il sera dit à Thomas : "Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu"…

 

Piste possible de réflexion: pour Jean, le tombeau n'est pas totalement vide

Tout au long de la semaine, il nous a été proposé de réfléchir au drame qui a secoué le monde et demeure en interrogation au long des siècles, celui du rejet de Jésus et de son exécution. En comparaison, le texte de Jean sur la résurrection peut nous paraître quelque peu décevant. L'évangéliste nous met en présence d'un minimum de témoins… pas de pierre qui roule… pas de déploiement céleste ou d'apparitions d'anges… pas d'explication ni d'annonce universelle… Tout se joue dans la plus grande discrétion.

 

Trois étapes de cheminement vers la résurrection de Jésus

Nous pouvons cependant repérer comment l'auteur nous précise trois étapes d'un cheminement progressif qui introduit symboliquement au cœur de la foi en la résurrection.

Les événements sont mis en route par une démarche personnelle de Marie de Magdala. La suite du texte laisse supposer qu'il s'est agi d'une initiative collective du groupe des femmes, mais l'auteur semble tenir à la première réaction comme à une réaction individuelle, "alors qu'il faisait encore sombre" et face à "la pierre enlevée du tombeau". A ce stade, nous sommes encore loin d'une profession de foi. "Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où ils l'ont mis". La première idée est celle d'une violation de sépulture.

Pierre et Jean courent ensemble. Ne faisons pas de psychologie à propos de l'attitude de Jean lorsqu'il arrive au tombeau et laisse passer Pierre. Notons l'essentiel : "il voit les bandelettes", mais il n'entre pas. Et, pour l'évangéliste, comment pourrait-il entrer dans la résurrection puisque, à ce moment, il ne dispose que d'un signe et encore ne le perçoit-il que du dehors.

Les deux disciples doivent entrer pour "voir" les deux signes, donc ajouter au premier celui du suaire. Les bandelettes sont précisées comme "gisantes". Le suaire est présenté avec plus de précision; l'auteur rappelle son rapport à la tête, donc à l'intelligence de Jésus, et il double la mention de sa position, désormais il est "à part, dans un autre endroit".

Gardons-nous de ne voir dans cette progression des premiers témoins qu'un simple reportage. Historiquement, il est concevable que les choses se soient passées ainsi et Jean qui écrit en dernier en savait certainement plus qu'il n'en rapporte. Il ne se contente donc pas de nous traduire la vivacité de réaction de la communauté, il isole un cheminement personnel qui lui apparaît comme s'imposant désormais à tout chrétien. Ce n'est pas en proclamant: "Alléluia! Jésus est ressuscité" que l'on découvre la densité de présence dont la résurrection de Jésus nous rend bénéficiaires. Il faut entrer dans le tombeau.

 

Deux signes de passion devenant signes de résurrection

"Il vit et il crut"…La formule est séduisante en raison de sa rapidité, mais elle ouvre tout naturellement à la question: "Qu'est-ce qu'il a vu ?". La plupart des commentaires n'ont pas tort de conclure que, si les bandelettes et le suaire sont ainsi disposés, l'hypothèse d'un vol doit être écartée. Mais, c'est aller à une juste conclusion de façon très rapide. Un seul signe aurait suffi. Il nous faut donc prendre en compte la portée symbolique des deux signes sur lesquels l'auteur insiste. Le tombeau n'est pas totalement vide, il y a les bandelettes et le suaire.

Leur symbolisme risque de nous échapper. Précisons d'abord leur matérialité. Les bandelettes étaient constituées de rubans d'étoffes qui servaient à lier les bras ensemble et les jambes entre elles. Le suaire désignait un linge plus important qui enveloppait la tête et était serré sous le menton. Lors de l'ensevelissement de Jésus, il n'avait été question que de bandelettes.

La présence des bandelettes et du suaire confirme que le corps n'a pas été volé comme le craignait Marie de Magdala mais ce qui est dit de leur position ne peut être fortuit sous la plume du quatrième évangéliste. Il précise que les bandelettes sont "gisantes", elles ont donc terminé leur fonction normale qui est de lier bras et jambes et qui entrave quelque peu l'activité humaine. Quant au suaire, non seulement il ne cache plus la tête mais il devient un signe séparé, il est "roulé" tel un livre de cette époque, et disponible "à part, dans un autre endroit".

Selon la dualité d'expression qui est habituelle au quatrième évangéliste, nous sommes donc à mi-chemin de la passion et de la résurrection. Et c'est bien là où il tient à nous situer.

La passion selon Jean : un combat doublement significatif

Au long de son œuvre, plus que les autres évangélistes, Jean a fait ressortir le triple combat qui fut celui de Jésus lors de son engagement historique… combat au niveau religieux… combat au niveau des relations humaines et combat au niveau des pesanteurs personnelles. Mais plus que les autres évangélistes il a fait également ressortir la manière dont Jésus avait orienté en ce sens la dernière phase de son engagement visible parmi nous.

Par sa passion et sa mort, Jésus a choisi de mettre en pleine lumière le conflit qu'il menait jusque là. Il a voulu faire de son arrestation, de son procès et de son exécution des événements "parlants". Au moment où il écrit son évangile, Jean en a nettement conscience et il cherche à nous traduire cette intention dans sa présentation. D'où l'impression étrange qui ressort d'un drame où Jésus se situe en accusateur tout autant qu'en victime qui en subit les effets.

Deux traits dominent le cours des événements

Le premier concerne les "bandelettes humaines", les pesanteurs auxquelles Jésus s'est attaqué depuis le début de son engagement. En raison de l'accélération qui leur est imposée, elles révèlent leur vrai visage et en raison de l'ambiance dramatique qui en résulte, elles apparaissent sous un jour universel. Les facteurs de péché qui travaillent en cet instant au cœur des juifs ne sont guère différents de ceux qui se retrouveront au cœur des hommes dans de nombreux cas semblables.

Il apparaît évident que les responsables religieux "tombent" le masque et ne respectent pas la Loi qu'ils situent en idéal aux yeux de leur peuple. Elle est bien loin leur religion lorsqu'ils n'hésitent pas à enfreindre, pour les besoins de leur cause, les exigences élémentaires de justice et de tolérance. Mais, en raison de cette dérive, simultanément, la bandelette religieuse se trouve "mise à plat". Par avance perdent leur impact tous les courants religieux faussés par les mêmes ambitions et les mêmes passivités.

Il apparaît évident que la justice romaine dont Pilate se réclame se trouve reléguée au second plan. L'arrogance cède devant la peur, peur de la révolte, peur des complications et des ennuis personnels. La contradiction est manifeste: le gouverneur reconnaît Jésus innocent et il le condamne à mort. La bandelette politique se trouve "mise en plat". La référence à une quelconque recherche de la vérité se réduit à une déclaration purement verbale.

Enfin il apparaît évident que les foules réagissent comme les foules de toute époque et de toute civilisation. Point n'est besoin de souligner l'aspect trompeur des enthousiasmes populaires. L'acclamation du dimanche précédent ne tient pas lorsqu'elle se convertit en exigence de condamnation. Et surtout l'hypocrisie est à son comble lorsque César est évoqué comme empereur de la nation alors qu'il incarnait l'ennemi commun. La bandelette des pesanteurs humaines se trouve "mise à plat": la peur cohabite avec la violence et le mépris du faible.

Mais un autre trait caractérise le rapport aux bandelettes. Jésus n'a pas été victorieux grâce à un apport extérieur, il ne s'est pas situé face à la détresse humaine comme un maître-nageur qui maintient hors de l'eau la tête de celui qui se noie. Il a mené le combat de l'intérieur, sans sortir de la condition qui est la nôtre. C'est là que prend tout son sens le symbolisme du suaire.

Car la "mise à plat" des bandelettes humaines n'a été possible qu'en raison de l'intelligence que Jésus a investie dans le cours de sa passion. Il n'a pas changé le cours des choses, il n'a pas faussé le jeu des libertés et des volontés, et pourtant il a dominé une situation humaine particulièrement critique. Dès lors, son exemplarité a pris une extension universelle. Un des nôtres a osé démêler les contradictions qui pèsent si lourdement sur les richesses de la création.

La manière dont il l'a fait retient d'autant plus l'attention qu'il a intégré dans son comportement des valeurs humaines qui se trouvent souvent écrasées sous le poids des épreuves. Sur ce point, Jean rejoint la présentation des autres évangélistes mais l'ambiance globale de son récit donne encore plus de force à cet équilibre. Jean prend soin de mentionner les qualités humaines d'amitié pour les siens, de souci et de respect de l'autre malgré les comportements ambiants. C'est ainsi qu'il n'a aucun mal à suggérer que le ressuscité est présent dans le crucifié. L'eau et le sang qui coulent du côté transpercé ne font que traduire l'Esprit qui animait l'ensemble de la passion.

Cet Esprit est désormais remis à tout croyant. Nous comprenons alors les détails qui affectent le suaire. Au soir du vendredi-saint, son visage "humain" s'est traduit sous une forme particulière en raison des circonstances. Les générations ultérieures auront donc d'abord à le découvrir avant de l'insuffler dans leur propre engagement. Nécessairement, cette recherche se situera "à part, dans un autre endroit qu'un tombeau", elle s'amorcera à partir du rouleau d'évangile qui rend présent les souvenirs.

Et la résurrection ?

Ne demandons pas au quatrième évangile de nous renseigner sur le comment de la résurrection ni sur la "nature" du ressuscité. La suite de son œuvre n'ajoutera rien à ce qui concerne la gloire céleste que retrouve Jésus. Il présentera comme essentiel le fait que Jésus ait repris ses relations personnelles avec ses disciples dans la continuité de sa mission. La même simplicité affectera la première apparition aux apôtres, celle-ci confirmera la valeur des deux "signes" que constituent désormais les mains et le côté, signes de passion devenant signes de résurrection.. Les doutes de Thomas ne feront que renforcer la base sur laquelle repose désormais la foi en la présence de Jésus.

Il semble que cette présence concrète ait fait par la suite l'objet d'interprétations qui en atténuaient la proximité. D'où le troisième ensemble qui termine l'évangile de Jean et ouvre sur l'avenir de l'Eglise. Désormais l'intensité de la présence du ressuscité peut être discernée dans les fruits de la mission et son intimité se renforce dans le partage du repas eucharistique.

 
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