Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : Dimanche du Saint-Sacrement du corps et du sang du Christ

Année A : Dimanche du Saint-Sacrement du Corps et Sang du Christ

Sommaire

Actualité : la sainte table  

Evangile : Jean 6/51-58

Précisions concernant le vocabulaire : la chair ; le sang

Contexte des versets retenus par la liturgie

Textes et commentaires proposés antérieurement pour la fête du Corps et du Sang du Christ

Piste possible de réflexion: quel visage donnons-nous à la chair et au sang de Jésus? 

Actualité

Ne jamais s’éloigner de la sainte table. S’y jeter en mendiant, en infirme, en malade, en enfant.

 

Evangile

Evangile selon saint Jean 6/51-58

Au cœur de la foi chrétienne, Jésus - Pain de la vie.

première source de cette vitalité: le lien de Jésus au monde divin créateur - conclusion

Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours.

deuxième source de cette vitalité: l'humanité de Jésus communiée dans l'eucharistie

a) Affirmation quelque peu mystérieuse

D'autre part, le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde.

b) Réaction spontanée appelant une explication

Les juifs disputaient entre eux, disant : "Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ?"

b') Ré-affirmation plus précise en forme doublée.

Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis,

si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle (dernier auteur) et je le ressusciterai au dernier jour.

c) Explication développée : mouvement progressif du rite sacramentel

Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson

= celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui

= comme le Père, vivant, m'a envoyé et que je vis par le Père, de même, celui qui me mange, celui-là vivra par moi

a')ré-affirmation de la rupture avec la tradition, en parallèle avec ce qui a été dit de la première source

Tel est le pain qui est descendu du ciel, non comme ont mangé les Pères et ils sont morts.

Qui mange ce pain vivra pour toujours

Précisions concernant le vocabulaire

La chair. Il est difficile de trouver une expression actuelle qui rende exactement les nuances du mot hébreu "basar". Il ne peut être identifié au mot "corps", car il ne s'agit pas à proprement parler d'une matière qui serait unie à un principe spirituel pour composer un être humain. De même le mot ne définit pas une "catégorie physiologique". Il cherche à traduire l'aspect extérieur, corporel, terrestre de l'homme. Les sémites ignorant la notion de composé humain; il serait plus exact de dire que l'homme est chair plutôt que de dire qu'il a une chair. Cette mention rappelle son appartenance au monde terrestre alors que, par le souffle que Dieu lui prête, il est en relation avec le monde céleste. A la mort, la chair retourne à la terre d'où elle provient, le souffle de vie donné par Dieu ne saurait périr, il remonte donc vers Dieu.

Le sang. Toutes les religions anciennes donnaient au sang un caractère sacré et le judaïsme ne faisait pas exception. Le sang, c'est la vie ou, plus exactement, il est le siège de ce qui permet à la chair de s'animer sous l'influence du souffle. Il est donc en rapport étroit avec Dieu, seul Maître de la vie. Le mot évoque donc beaucoup plus que le liquide que nous désignons ainsi, il dit même plus que la vie personnelle dont chacun dispose.

Nous connaissons les conséquences qui en étaient tirées concrètement: condamnation du meurtre, interdits alimentaires du sang, usage cultuel. Mais ne demandons pas aux anciens la présentation précise des rapports entre le sang et la vie, surtout lorsque était évoqué le lien entre le sang et le monde divin. Seul, le contexte, lorsqu'il existe, permet d'éviter des "abus de sens".

Textes et commentaires proposés antérieurement pour la fête du Corps et du Sang du Christ

En Année B, la liturgie reprend la présentation de Marc concernant le repas du Jeudi-Saint: Marc 14/12-26. Le commentaire du site propose de réfléchir à la simplicité première des textes concernant la messe.

L'évangile du 20ème dimanche ordinaire de l'année B propose le texte d'aujourd'hui, Jean 6/51-58, dans le cadre continu du quatrième évangile. Quelques-unes des notes suivantes sont reprises de l'ensemble des dimanches B qui rapportent le discours sur le Pain de Vie. Celui-ci est minutieusement composé et on ne peut pas comprendre la pensée de l'évangéliste si l'on "découpe" l'enchaînement des trois développements: le vrai sens de la recherche chrétienne - la vraie nature de la foi chrétienne - le lien essentiel entre la foi chrétienne et l'eucharistie.

En Année C, la liturgie se concentre sur l'unique partage des pains que présente Luc 9/11-17. Dans le commentaire du site,  une première piste souligne la complémentarité nécessaire entre le pain et la Parole. Elle aborde l'actualité du problème: foi chrétienne et messe. Une seconde piste s'attache à l'activité des apôtres, activité voulue et précisée par Jésus. En continuité, tout chrétien doit se sentir concrètement engagé au service du pain partagé.

Contexte des versets retenus par la liturgie

= Ces versets illustrent le mode de composition qu'adopte habituellement l'évangéliste pour présenter des vérités profondes sur le Christ. Gardons-nous de voir dans ce dialogue entre Jésus et la foule un simple enregistrement, il s'agit d'un "exposé" présenté selon un schéma littéraire bien précis. L'auteur recourt à un enchaînement que nous retrouvons en d'autres "discours". Il est donc essentiel de lui appliquer la grille de lecture commune à ces différents textes. Ici, le dialogue n'implique pas de personnage connu, ce qui évite les dérapages en analyses abusives de la psychologie des apôtres.

= Ce passage doit également être relié à l'ensemble dont il est extrait. Il s'agit du chapitre 6 de Jean appelé Discours sur le Pain de vie. Trois thèmes s'y articulent l'un à l'autre, les deux premiers amorçant le troisième: l'eucharistie. Jean voit cette dernière comme réponse à une recherche - mais pas n'importe quelle recherche - et il insiste sur son lien vital avec la foi chrétienne - d'où similitude de plan et de vocabulaire entre les trois présentations.

Au cours de l'année B, cet ensemble a été proposé à la réflexion de plusieurs dimanches. Plus précisément, les versets d'aujourd'hui ont concerné le 17ème dimanche ordinaire. La perspective liturgique fixée à la fête du Corps et du Sang du Christ en "rétrécit" quelque peu la portée initiale. Ceci ne doit pas nous empêcher de faire ressortir le sens exact sur lequel nous insistions en lien étroit avec la composition de Jean, à savoir le vrai sens de la recherche chrétienne et la vraie nature de la foi chrétienne qui "ouvrent" à l'apport vital de la messe.

Piste possible de réflexion: quel visage donnons-nous à la chair et au sang de Jésus?

Depuis plusieurs dimanches, nous intégrons dans notre réflexion l'importance de l'imaginaire dans les questions religieuses. En milieu chrétien, le danger que peut présenter la fixation des esprits sur une représentation "relative" de ces questions est atténué par la multiplicité des textes et des commentaires. Mais chez nos contemporains, nous l'avons constaté pour la Pentecôte comme pour la Trinité, la présence de certains "clichés" hérités du passé constitue un des grands obstacles à l'adhésion de foi.

Il en est de même pour la messe. Beaucoup d'entre nous conservent, parmi leurs souvenirs, un grand nombre d'images dites de communion. Si nous prêtons attention aux "illustrations" qu'elles schématisent, elles témoignent de la diversité d'approche qui a caractérisé les derniers siècles. Mais, ne nous faisons pas d'illusion, elles témoignent également de l'inconscient actuel de nos contemporains. La plupart d'entre eux en sont restés à cette approche de la foi et n'ont jamais bénéficié d'une évolution postérieure susceptible de les ouvrir à la diversité nourrissante que présentent les évangiles. Quand ils pensent à la messe, ils en jugent à partir des modèles de pensée que le catéchisme a imprimés dans leurs esprits. Nous ne pouvons l'ignorer lorsque nous discutons avec eux.

La question du "visage" qui est donné à la chair et au sang de Jésus n'est donc pas une question superflue. Eventuellement elle peut permettre un rééquilibrage personnel, mais cette réflexion peut surtout inspirer le dialogue avec notre entourage lorsque nous voulons rendre compte de notre participation à la messe.

1° Rapide bilan des images spontanées habituelles

* Avant d’analyser certaines pesanteurs tenaces, il importe de rappeler que, fort heureusement, la foi des pratiquants "déborde" largement ce que nous pouvons étudier dans les écrits ou les enseignements d'une époque. Le dialogue qu'ils établissent avec Jésus se joue  des "formules" théologiques concernant la présence réelle ou le fonctionnement du sacrifice de la croix pour le pardon des péchés. Et il en est de même de la réponse intime que Jésus adresse à chacun selon des besoins qu'il connaît mieux que quiconque.

Mais un fait est là: en un laps de temps très court, une rupture s'est faite dans les mentalités entre messe et foi chrétienne. En nos régions, la baisse de la pratique était ancienne, mais la valeur "théorique" de la messe était conservée comme référence essentielle de la foi. Aujourd'hui, une indifférence majoritaire a totalement exclus ce lien dans l'esprit de contemporains qui, sans percevoir la contradiction, continuent cependant de revendiquer une étiquette chrétienne.

* Nous sommes victimes de la complexité dans laquelle s'est enlisé l'enseignement sur la messe au long des siècles passés. La querelle entre catholiques et protestants a particulièrement laissé des traces chez les chrétiens d'Occident. Mais, ce n'est là que l'émergence la plus récente des nombreux débats théologiques qui ont souvent opposé les chrétiens. …

L'Ecriture témoigne que plusieurs approches sont possibles puisque nous les retrouvons sous la plume des premiers témoins. Il aurait donc fallu parler d'une complémentarité qu'il est facile d'approfondir lorsqu'on prête attention aux modèles de pensée et à la sensibilité de chaque auteur. Or, à certaines périodes de l'histoire de l'Eglise, ce travail de synthèse a fait cruellement défaut. Ce qui aurait du être approfondi en diversité d'approches a été durci en oppositions.

Actuellement, sur un fond d'indifférence, deux images se détachent.

image du crucifié pour les péchés

C'est l'image qui domine les esprits dans le monde occidental. Antérieurement à la messe, la crucifixion domine de façon générale lorsqu'il est question de Jésus. Pas étonnant donc  de la voir s'imposer à propos de la messe.

Ce lien croix-messe s'appuie principalement sur l'ambiance qui a marqué la soirée du jeudi-saint. Il s'appuie également sur un verset de la 1ère lettre aux Corinthiens (11/23): "Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne".

Le catéchisme d'autrefois a fortement inséré cette idée dans l'esprit de nos contemporains. Il suffit de nous rappeler quelques unes des "réponses" qu'il suggérait. "La messe est le sacrifice dans lequel Jésus Christ s'offre à Dieu, son Père, comme victime pour nous, par le ministère des prêtres"… "Jésus-Christ a institué le sacrifice de la messe pour rappeler et continuer tous les jours le sacrifice de la Croix"… "sur l'autel comme sur la croix, c'est toujours le même prêtre et la même victime: Jésus-Christ réellement présent, s'offrant en expiation de nos péchés"…

image divine universelle

Il est certain que le mouvement de la résurrection de Jésus a toujours été mal perçu, hormis aux premiers temps de l'Eglise. Pourtant, comme le suggère le mot lui-même, il s'agit d'un retour de Jésus vers les siens. L'unité entre le divin et l'humain dont a témoigné l'incarnation se poursuit aujourd'hui… Mais cette proximité va à l'encontre de "l'imaginaire religieux" que beaucoup adoptent spontanément. Dès les premiers siècles, le déisme naturel a pesé sur la conception chrétienne et a introduit la séparation quasi matérielle que le cliché universel établit entre deux mondes.

Les premières professions de foi se sont efforcées de maintenir une perspective de proximité, mais elles ont liées leur expression à un vocabulaire cosmique. Or celui-ci a totalement changé de sens. Quoi qu'on en dise, le schéma d'un Jésus "descendu du ciel" puis "remonté pour s'asseoir à la droite du Père" en attendant de "revenir à la fin des temps" reste le schéma spontané qui "influence" à contresens de la foi.

La messe est donc considérée comme un acte sacré, assimilable aux actes sacrés des autres religions. Dans l'esprit de beaucoup, elle permet pendant quelques instants une relation avec "l'autre monde". Les participants bénéficient ainsi de signes ou de moyens privilégiés pour recevoir "des grâces". La présentation de Jean Chrysostome en fin du 4ème siècle exprime parfaitement ce que pensent encore beaucoup de nos contemporains: "Celui qui trône là-haut, qui est adoré des anges, qui est tout près de la divine majesté, est celui-là même que nous goûtons".

le brouillard des "explications théologiques"

Les débats du passé ont également fait glisser les enseignements et les explications vers des domaines qui nous échapperont à jamais, à savoir le "mystère" que nous soupçonnons dans la messe. Il eût fallu se taire, car il s'en est suivi une sorte de brouillard qui handicape le véritable impact qui ressort des évangiles.

Qu'on juge de cet aspect hermétique lorsqu'un esprit moderne entend ce passage: "En ce sacrement, le pain et le vin sont changés substantiellement en corps et sang du Christ de telle sorte que le Christ, Dieu et homme parfait, est contenu sous l'apparence d'un peu de pain et d'un peu de vin. Il est donc mangé par les fidèles, mais nullement déchiré; bien plus dans le sacrement divisé, il demeure entier sous chaque particule de cette division.

Quant aux accidents, ils subsistent dans le même sacrement, sans leur substance, pour que la foi ait lieu de s'exercer, alors que le visible est reçu invisiblement, caché sous d'autres apparences et pour que les sens soient prémunis contre toute erreur, jugeant des accidents qui sont l'objet de leur connaissance"…

2° "à l'origine de l'originalité" du quatrième évangile dans la présentation de la messe

Dans le texte d'aujourd'hui, le quatrième évangéliste nous livre la longue réflexion qu'il a mûrie à propos de la messe. Elle est intéressante à plus d'un titre par rapport avec notre situation actuelle. Lui-aussi a du souffrir des relâchements ou des confusions qu'il constatait dans sa communauté lorsqu'elle se réunissait chaque semaine pour partager le "repas du Seigneur". C'est pourquoi, par cet enseignement immédiat, il tient à faire ressortir l'essentiel auquel doit ramener toute présentation.

Mais, cet essentiel intègre une autre perspective tout aussi "vitale". Jean est celui des évangélistes qui a perçu le plus nettement les handicaps "naturels" qui pèsent sur la messe. Il est également celui des évangélistes qui a perçu le plus nettement comment Jésus avait déjoué par avance ces pièges et ces limites. Et c'est cette intelligence qui le guide dans son exposé.

* Avant toute autre considération, il nous faut situer la source des difficultés bien en amont de toute considération spirituelle. Il est évident que Jésus n'a pas voulu engager la messe dans un ordre "miraculeux" au sens où l'on entend ce mot communément. Il l'a donc engagé dans un ordre symbolique. En effet, les éléments dont nous partons ont leur propre matérialité, nous n'avons pas sur l'autel la vraie chair humaine de Jésus, ni son vrai sang humain; nous avons du pain et du vin. Par ailleurs, au cours de la messe, aucune transformation "matérielle" n'est opérée dans ces signes.

A juste raison, nous refusons de réduire le geste du jeudi-saint concernant le pain et le vin à un geste purement "sentimental". De même nous refusons de réduire la messe à une simple représentation du passé. Selon la densité sémite du mot "mémoire", nous donnons une actualité à la recommandation: "faites ceci en mémoire de moi". Autrement dit, nous refusons d'assimiler le pain et le vin à un pain et un vin "ordinaires". Nous sommes donc obligés de les charger d'un sens supplémentaire symbolique.

Et c'est alors que nous risquons d'être piégés. Car un même élément peut ouvrir à plusieurs symbolismes différents; sa matérialité n'opère qu'une sélection partielle parmi ce que suggère notre "imaginaire". Certes, les "paroles" qui accompagnent le signe peuvent apporter leurs précisions mais leur intervention reste dépendante de l'interprétation qui leur est donnée.

* De la façon la plus psychologique qui soit, Jésus nous a évité toute confusion en conjuguant trois mouvements: le signe du pain exprime sa volonté d'être nourriture… la référence à une réalité historique "chair" donne sa consistance au lien de nourriture… la référence à la conception sémite du "sang" souligne l'identité de l'influx actuel avec l'influx passé…

1. En centrant sur le signe du pain et en insistant sur le fait qu'il s'agit de le "mâcher", Jésus symbolise une volonté fondamentale précise, celle de nous nourrir. Il est vrai que le pain pourrait symboliser également le travail de l'homme, ou l'unité d'une multitude de grains broyés ensemble. Mais le ton direct "pain de vie" et la recommandation de le "mâcher" coupent court à toute contemplation romantique. La messe est prioritairement un lieu et un temps de nourriture.

2. En liant ce signe à une réalité historique incontestable, réalité "de chair et de sang", partagée avec ses amis en une multitude d'engagements visibles et de paroles audibles, Jésus coupe court à toute référence mystique ou à toute dérive "céleste". Jésus ne nourrit pas ses fidèles "à partir d'en haut" ou à partir d'une théorie, mais à partir d'un témoignage riche de densité d'humanité, celui dont les évangiles nous livrent l'essentiel. Tout comme la nourriture, celui-ci doit être assimilé, puis converti selon les temps et les lieux, avant que chacun en rayonne les valeurs en sa propre incarnation. Réciproquement, les exigences concrètes de son "utilisation" en libèrent les virtualités.

3. En parlant du sang, Jésus évoque à la fois le "mystère" intérieur de ce témoignage lors des années "historiques" et la continuité de ce mystère dans sa présence ressuscitée. Les années partagées avec Jésus doivent rester gravées dans les mémoires, non comme de pieux exemples, mais comme des réalités "existentielles" que Jésus ressuscité continue de vivre tout en nous aidant à les vivre.

Jésus n'a donc pas livré la messe à la fantaisie "religieuse" des fidèles ou du clergé. Il est évident qu'il s'est gardé de figer son déroulement dans des règlements et des rites à la manière du Temple juif. Mais il a "cadré" son mouvement et son exercice de façon très précise, beaucoup plus précise qu'on ne le présente souvent.

3° Examen plus "serré" du texte lui-même

En général, nous ajoutons le passage d'aujourd'hui aux autres enseignements qui nous aident à réfléchir sur la messe. Il en résulte nombre d'à priori qui restreignent parfois le sens du texte lui-même.

* Ainsi en est-il de la phrase "le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde". Nous pensons spontanément au sacrifice de la croix. Or, ici, la pensée de l'évangéliste est beaucoup plus vaste. C'est le pain qui est donné, et la symbolique de ce pain englobe toute sa vie de "chair". Ceci ne contredit pas le fait que Jésus ait "livré" sa vie, mais l'évangéliste refuse de s'enfermer dans cette seule perspective lorsqu'il présente l'apport de la messe.

* Ainsi en est-il également des interrogations que l'auteur prête à la foule. Nombre de commentaires les interprètent dans le sens d'une incompréhension. Rien n'impose un tel jugement. Il s'agit au contraire de questions logiques que tout un chacun est en droit de se poser, nous les premiers.

Le premier étonnement porte sur le fait que Jésus réalise une mission de nourriture en notre faveur. Il suffit de relire les textes messianiques de l'Ancien Testament pour constater la multitude d'opinions qui avaient cours au sujet de la mission messianique. La certitude d'une libération suggérait les hypothèses les plus diverses quant à sa réalisation. Celle que choisit Jésus était loin de figurer en première place.

* Il est donc normal que Jésus précise qu'il s'agit d'un lien étroit avec sa chair… Il disposait en effet de multiples manières de réaliser le "comment" du don de vie qu'il conférait à l'eucharistie. La preuve en est qu'il dénonce en priorité la référence à la manne dont la légende prétendait qu'elle était tombée du ciel.

Les sémites avaient deux mots pour désigner l'activité humaine: le mot "corps" et le "mot chair". Celui-ci se voulait plus concret. C'est lui que Jean choisit pour exprimer plus précisément la manière d'assimiler la densité d'humanité qui émane du témoignage historique. Les auditeurs de Jésus n'étaient pas des "primitifs" qui risquaient d'interpréter ses paroles en un sens matériel. Ne leur faisons pas cet affront. Ils percevaient la manière dont Jésus en appelait à la loi habituelle des rapports humains. Certes, nous ne nous exprimons pas comme eux, mais, consciemment et inconsciemment, nous "vivons" tous de l'influence de personnes qui nous ont marqués de leur exemple ou de leur enseignement… et nous continuons souvent d'en bénéficier malgré le temps ou la distance qui les ont apparemment éloignées.

C'est d'ailleurs cette référence précise qui va provoquer ensuite la défection de certains disciples, Ils avaient perçu l'évocation de cette loi d'influence. Mais ils rêvaient d'un autre messianisme que celui qui s'exprimait dans l'engagement de Jésus. Tout comme les foules qui voulaient faire de Jésus leur roi et n'avaient pas compris son refus, ils préférèrent se retirer.

* En milieu sémite, le mot "chair" risquait d'être restrictif, surtout après le drame de la croix. La mentalité juive établissait en effet un lien très étroit entre "la chair" et "le souffle" que Dieu envoie pour l'animer. A la mort, le souffle était censé remonter vers Dieu tandis que, privée de ce lien, la chair se détruisait et devenait cadavre.

Jean fait donc appel à la notion plus universelle de sang, véhicule de la vie. D'une part, la "chair historique" de Jésus n'avait pas été une chair désincarnée privée de "vie" et donc de sang. Et, par ailleurs, la résurrection animait du même souffle un nouveau mode de présence.

Conclusion rassemblant les points essentiels du "visage de Jésus" dans la messe

-  Pour présenter la messe de façon vivante et vraie, on peut commencer par tirer une Vision globale du texte d'aujourd'hui.

1. Pour Jean, la messe n'est pas un "acte de dévotion" pour entrer au paradis, elle est une activité de nourriture qui en appelle à toute la volonté, la mémoire, l'intelligence de ceux qui ont perçu la densité d'humanité dont Jésus a témoigné autrefois... 2. Elle n'est pas un temps de "prière" tournée vers un ciel lointain, elle est rencontre, accueil, dialogue avec Celui qui reste au milieu de nous… 3. Elle n'a rien de magique, elle est profondément pédagogique dans le cadre d'une communauté…

2. S'il nous faut être plus précis, nous pouvons insister sur la densité d'humanité qui est la base de l'action de "nourriture" et qui se réalise à la messe en symbolisme.

La présence eucharistique ne serait rien si Jésus n'était pas né, s'il n'avait pas vécu, s'il n'avait pas adopté un "style d'incarnation", s'il n'était pas mort avant de ressusciter. Le pain qui nous est donné est concrétisé par cette "chair", autrement dit par cette activité visible de Jésus au milieu de ses amis de Palestine… chair vivante et non cadavre issu du souvenir.

Nul ne peut contester que cette "chair" soit déjà nourrissante par elle-même. En prenant notre nature humaine et en l'incarnant dans la plénitude d'une expérience particulière, Jésus a éclairé les multiples facettes de notre existence et il en a révélé toutes les possibilités. Il n'a pas éclairé des secrets "du ciel", il a éclairé notre réalité personnelle terrestre.

3. Mais nous pouvons également insister sur l'activité à laquelle nous sommes appelés "en même temps et dans la même mesure". Si nous choisissons ce témoignage, c'est en raison des valeurs que nous lui reconnaissons, pourtant il ne servirait à rien d'en rester à une pure analyse. Manger la chair de Jésus et boire son sang, c'est s'engager de façon concrète, s'efforcer de vivre comme il a vécu, d'aimer comme il a aimé, en pleine responsabilité, en totale lucidité et en dialogue avec lui.

C'est cela "demeurer en lui et le faire demeurer en nous". C'est bien ce qui fut réalisé historiquement… N'oublions jamais que, pour Jean, Jésus a commencé à être "pain de vie" dès son incarnation. Seules, les modalités de dialogue et de "ravitaillement" ont évolué après la résurrection…

Mise à jour le Samedi, 21 Juin 2014 11:46
 
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