Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : Fête de l'Ascension

Année A : Fête de l'Ascension

Sommaire

Actualité : présence de Jésus et mission

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : "l'ascension" des disciples à la lumière de "l'ascension" de Jésus.

Méditations sur le mystère de l’Ascension

 

Actualité

Lorsque nous lisons la finale de l'évangile de Mathieu, il est normal que nous soyons sensibles à la dernière phrase: "Je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la fin des temps". La certitude de la présence permanente de Jésus à nos côtés, quels que soient les événements qui nous perturbent, représente en effet une grande force pour notre foi. Mais l'évangéliste ne nous invite pas à "rêver" pour compenser les malheurs des temps. Il en tire une solide réflexion concernant la mission qui en découle.  

 

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 28/16-20

Le Royaume en marche dans l'histoire: naissance de l'Eglise

= Les onze disciples allèrent vers la Galilée, vers la montagne où Jésus leur avait prescrit d'aller.

Et, le voyant, ils se prosternèrent. Or, ils doutèrent.

= Et, venant auprès d'eux, Jésus leur parla en disant :

a) Toute autorité m'a été donnée au ciel et sur terre.

b) Allant donc, faites disciples toutes les nations

c) en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

b') en les enseignant de garder tout ce que je vous ai commandé.

c') Et voici: moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu'à la consommation du siècle.


Contexte des versets retenus par la liturgie

* L'Evangile de Matthieu se termine ici sur l'affirmation: "moi, je suis avec vous". La même affirmation ouvrait son récit (1/23) en référence au texte d'Isaïe: "La Vierge sera enceinte et enfantera un fils et on appellera son nom Emmanuel, ce qui est traduit: Dieu avec nous".

Le fait que "le Royaume des cieux était approché" dominait ensuite le message de Jean-Baptiste et était repris par Jésus en éclairage de son témoignage. Ce thème se retrouvait au départ de la première activité missionnaire des disciples en faveur des "brebis perdues de la maison d'Israël" (10/7): "Proclamez: le Royaume s'est approché". Il trouve ici son amplitude universelle et il demeure essentiel au temps où la résurrection pourrait être "imaginée" comme un départ vers un monde étranger au nôtre.

* Ce petit ensemble de Matthieu est nettement détaché de ce qui le précède. Le constat concernant le tombeau vide, l'apparition en faveur des femmes, la légende évoquant le vol du corps sont concentrés à Jérusalem. Le premier évangéliste n'a aucun texte d'apparition aux apôtres à Jérusalem, il est même ordonné aux disciples de s'en éloigner. C'est en Galilée que Jésus les précède, "Galilée des nations", symbole du monde en raison de la diversité des populations qui habitaient cette région.

L'épisode marque donc le départ d'une nouvelle période, le temps de l'Eglise.

Cette rupture était préparée par la double mention des bouleversements consécutifs à la mort-résurrection de Jésus. La symbolique des Ecritures les rapportait à "l'histoire totale" du monde, (27/45) "depuis la sixième heure, l'obscurité arriva sur toute la terre jusqu'à la neuvième heure"… (27/51) "la terre trembla et les rocs se déchirèrent"…en écho, au matin de Pâques, "un grand tremblement arriva car l'ange du Seigneur roula de côté la pierre et s'assit sur elle" (28/2).

Il faut remarquer que la rupture affecte également le rapport au judaïsme. Matthieu la fait naître au temps fort du dialogue avec le Grand-Prêtre, pontife suprême. La question de celui-ci allait au cœur du témoignage historique: "selon le Dieu vivant, es-tu le Christ, le Fils de Dieu" (26/63). La réponse de Jésus détermine la "charnière" de deux périodes: d'une part, il ne récuse en rien la densité de ce qu'il a vécu au milieu des siens: "Toi, tu l'as dit." Mais, désormais, par sa résurrection, Jésus "accomplit" l'intimité de présence qu'entrevoyait le livre de Daniel, "Fils de l'homme, fort de la puissance divine et venant de façon nouvelle au secours des hommes".

Le symbolisme du rideau du sanctuaire suggère la même idée. Il ne se déchire pas par accident, mais "du haut jusqu'en bas". Dieu quitte le Temple. L'ancien culte mosaïque n'est plus dépositaire de la présence divine dont il se voulait témoin dans le Saint des saints.

* La composition littéraire de ce passage est importante. Il s'agit du chiasme qui précise plusieurs symétries et deux enchaînements.

Ceux-ci "enveloppent" le thème essentiel. Nous y reviendrons, il s'agit de "baptiser au nom du Père et du Fils et de l'Esprit".

Un premier versant "enchaîne" deux idées: a) par la résurrection, le "pouvoir" que Jésus détenait jusque-là dans le cadre limité de la Palestine s'étend à tout l'univers… b) ainsi naît un nouvel aspect de la mission des disciples: avant Pâques le but qui leur était fixé concernait les guérisons et se limitait à Israël (10/5), désormais ils construisent les communautés d'Eglise.

Un deuxième versant exprime plus concrètement la même unité: b') la Parole de Jésus reste la semence qu'il faudra implanter en de nouveaux terrains; en sens courant nous assimilons trop vite la notion de disciple à l'idée de suivre quelqu'un, le mot grec désigne plus précisément "celui qui apprend", il lui faut donc être d'abord enseigné… a') l'universalité ne doit pas atténuer la présence personnelle de Jésus au milieu des siens, ceci n'est pas un privilège dont bénéficierait les seuls disciples, il s'étend à "tous les jours jusqu'à la consommation du siècle"…

Au centre, le baptême selon Matthieu. Les confusions actuelles sur le baptême ne nous facilitent pas la juste portée de ce thème central selon Matthieu. La recommandation de Jésus dépasse largement l'accomplissement d'un rite. Pour s'en convaincre, il suffit de se référer à la pensée qui sous-tendait la présentation du baptême de Jean et de l'épisode du Jourdain au chapitre 3.

1. Jean ne pouvait qu'annoncer la présence encore discrète de Jésus en tant que Messie. L'Ancien Testament lui fournissait peu d'éléments pour en parler de façon précise. Sa réaction au moment où Jésus se présente au Jourdain est compréhensible, "c'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi!" mais la réponse de Jésus est tout aussi justifiée, "présentement", avant que Jésus n'explicite le messianisme qu'il vient mettre en œuvre, il était impossible d'en tirer quelque lumière religieuse, quelque "justice" selon le vocabulaire juif. Nous étions encore en Ancien Testament.

2. Le Royaume s'était trouvé vraiment approché lorsque Jésus avait construit son témoignage. Et, rapidement, l'originalité de celui-ci avait révélé sa densité trinitaire. L'Esprit était actif en une œuvre de création qui épanouissait l'humanisme des origines. Et l'activité de Jésus reflétait quotidiennement le visage d'un Dieu d'amour qui se "complaisait" dans ce partage.

Les disciples n'avaient eu nul besoin d'un rite, car, en acceptant d'être disciple, ils s'étaient trouvés "plongés" (= baptisés") dans cet engagement trinitaire. Ils n'avaient pas tiré de cette expérience une formulation théologique, ils l'avaient nourri de leur foi et de leur intelligence, car il n'avait pas été toujours facile de percevoir la densité d'un tel témoignage.

Il lui manquait cependant la touche finale, l'aspect déconcertant d'un drame qui remettait en cause non seulement ce qui concernait le Fils, mais ce qui concernait le Père et l'Esprit. La tourmente des derniers jours était plus qu'un choc sentimental, il s'agissait de la remise en perspective de la foi elle-même. Ce n'était pas n'importe quel Père qui avait soutenu Jésus dans une épreuve dont il avait fait "son" épreuve. Ce n'était pas n'importe quel Esprit qui avait inspiré un comportement aussi humain au cœur de l'inhumain.

3. Ce n'est qu'après Pâques, après ce "décapage" de la mort-résurrection, qu'il est possible de communier en vérité à un Dieu trinitaire "réel", si différent des clichés imaginaires habituels. Il est essentiel de "situer" le baptême à la vraie place que lui donne Matthieu.

* Un dernier éclairage nous est apporté sur ces versets par la présentation du groupe apostolique dans le premier évangile. Ne nous fions pas à notre mémoire qui mêle souvent des détails recueillis chez les différents auteurs. Chez Matthieu, ce sont les "omissions" qui sont significatives.

Matthieu consacre le 2ème développement de son œuvre (chap. 10) à "la diffusion du Royaume à travers les lieux et les siècles". Il mentionne directement la présence des "douze disciples" (= celui qui apprend), comme si ce choix nous était connu. Il est d'ailleurs obligé de compléter en nous donnant leurs noms sous l'appellation "d'apôtres" (= envoyé au loin), mot qui ne se retrouve qu'à cette place.

Ces Douze reçoivent "autorité sur les esprits impurs" en vue d'une activité de guérison. Leur mission est restreinte à la Palestine. Jésus les envoie, mais, par la suite, nous ne trouvons aucune mention de leur retour, ni de leur efficacité. A la différence de Luc, les invectives contre les villes du lac concernent les oppositions directes au ministère de Jésus. En lisant ces recommandations, il est évident qu'elles concernent une mission au delà des frontières d'Israël. L'accueil et le refus sont envisagés de la part de "villes" et de "villages". Les persécutions doivent être converties en témoignage devant des gouverneurs et pour les Nations.

Les derniers versets de Matthieu soulignent donc une rupture pour les disciples. Leur déplacement vers la Galilée a également une dimension symbolique. Ils sont appelés à être les artisans d'un troisième temps de l'histoire du salut.

 

Piste possible de réflexion : "l'ascension" des disciples à la lumière de "l'ascension" de Jésus

1er point : la disposition littéraire

Nous prêtons peu d'attention aux dispositions littéraires qu'adoptent les évangélistes. C’est dommage, particulièrement avec Matthieu, car ces dispositions concentrent une pédagogie qui dépasse les présentations linéaires auxquelles nous sommes habitués.

Ici, le premier évangéliste choisit ce que nous appelons le chiasme : il dispose 5 lignes de pensée de façon symétrique pour mettre en valeur l'une d'entre elles comme centre : il s'agit de la révélation de Dieu en triple éclairage de Père et Fils et Esprit. Ce centre détermine deux versants où s'entremêlent ce qui concerne Jésus et ce qui concerne les disciples.

* Le premier versant "enchaîne" deux idées: a) par la résurrection, le "pouvoir" que Jésus détenait jusque-là dans le cadre limité de la Palestine s'étend à tout l'univers… b) ainsi naît un nouvel aspect de la mission des disciples: avant Pâques le but qui leur était fixé concernait les guérisons et se limitait à Israël (10/5), désormais ils sont chargés de faire disciples toutes les nations et de construire les communautés d'Eglise.

Ces deux idées s'enracinent dans le témoignage historique qui a précédé et sont le point d'aboutissement d'un double cheminement.

a) A cette place, l'évangéliste n'a nul besoin de préciser que Jésus n'est pas "descendu du ciel" de façon spectaculaire pour asséner aux hommes un ensemble de vérités dogmatiques concernant son autorité universelle. Depuis la Galilée jusqu'au matin de Pâques sans oublier le drame de la croix, il a respecté une progression dans la révélation qu'il suggérait à partir des multiples facettes de son témoignage. Pour les disciples, la reconnaissance et l'étendue de son autorité ne ressortent pas d'une foi aveugle, elles émanent de faits précis et de paroles clairement exprimées dans un cadre "typé" qui leur confère une densité humaine.

b) Globalement, les disciples ont correspondu à cette progression. Aujourd’hui le mot disciple a perdu le sens premier qui les situait comme "ceux qui sont amenés à apprendre". C'est en ce sens que Matthieu l'applique aux amis de Jésus. Depuis le moment où l'ancien charpentier est descendu de Galilée vers le Baptiste jusqu'au jour où il leur donne rendez-vous en cette même Galilée, ils ont été amenés à "apprendre" et, il faut le reconnaître, leurs esprits ont été soumis à une accélération de premier ordre.

Leurs doutes  se rapportent moins au nouveau mode de présence ressuscitée qu'au point ultime où les a menés un cheminement antérieur. Il ne leur suffit pas d'avoir été fidèles et attentifs au long du parcours, il s'agit d'en saisir toute la portée. Et celle-ci débouche sur une nouvelle période qui les concerne au premier chef. Parce qu'ils ont été "ceux qui ont appris", ils doivent désormais regrouper "ceux qui désirent apprendre".

* Les derniers versets constituent un deuxième versant, symétrique du premier. Selon le mode habituel de composition en chiasme, les mêmes idées sont reprises mais quelques points de leur implication concrète sont évoqués.

Matthieu met ainsi en garde contre deux mauvaises interprétations de ce qui vient d'être exprimé. La première concerne la mission: (b') la Parole de Jésus doit rester la semence qu'il faut implanter en de nouveaux terrains; le mot commandement doit être pris dans sa signification juive. La Loi exprimait les "moeurs de Dieu" dont tout homme doit s'inspirer pour épanouir les valeurs de création qu'il porte en lui… Le témoignage de Jésus a exprimé un nouveau "visage" de Dieu dans un cadre de simplicité et de densité qui lui était intimement lié.

Mais, par ailleurs, la résurrection de Jésus comporte une part de "mystère" et nous pourrions avoir tendance à orienter ce mystère "vers le haut", dans le sens d'un départ pour un autre monde. En outre, l'universalité de la mission risque d'accentuer cette déviation chez ceux qui n'ont pas bénéficié de la proximité historique. L'évangéliste précise donc l'orientation de l'autorité dont Jésus dispose désormais. Il s'agit d'une présence personnelle au milieu des siens. Et il ne s'agit pas là d'un "privilège" dont bénéficieraient les seuls disciples au nom du passé. Cette présence s'étend à tous, "tous les jours jusqu'à la consommation du siècle"…

Ce court résumé fait apparaître les multiples rapprochements qui sollicitent notre réflexion. Car nous aussi nous sommes de ces disciples que Jésus regroupe après sa résurrection et qu'il envoie pour construire l'Eglise d'aujourd'hui. En suivant Matthieu, bien des choses se précisent dans une ambiance de grande confiance.

2ème point: le "point ultime" de notre foi : le visage trinitaire

Cette présentation met d'abord en évidence le thème central de notre mission: il s'agit de conduire vers une conception plus précise de Dieu, "Père, Fils et Esprit". Pour Matthieu, ce n’est pas une définition de catéchisme qu'il s'agirait de retenir sans la comprendre. Il s'agit d'une découverte qui se situe au terme d'une longue évolution nourrie de la proximité de Jésus et de l'approfondissement de sa Parole.

Les confusions actuelles sur le baptême risquent de fausser la juste portée de ce verset. Lorsqu'il parle de baptême, Matthieu n'invite pas à accomplir un rite magique. Au cours des dimanches précédents, à l'écoute du quatrième évangéliste, nous avons reconnu combien la conception de Dieu avait besoin d'être revalorisée. La même préoccupation se retrouve dans nos versets et nous rappelle ce "point central".

Mais, en raison de tout ce qui a précédé et constitue l'essentiel de son œuvre, Matthieu nous invite à discerner la voie que Jésus a adoptée historiquement pour parvenir à cette expression plénière chez ses amis. Désormais ils ont à "plonger toutes les nations" dans la perception d'un nouveau "visage" de Dieu, d'un nouveau "Nom" selon la manière ancienne de s'exprimer. Mais ce visage ne ressort pas d'un vague déisme émanant du sentiment religieux naturel commun à tous les hommes. Ils ont eu d'abord à "l'apprendre" et, à leur tour, ils devront inviter leurs contemporains à "l'apprendre". La présence à leurs côtés de Celui qui leur a "appris" ne les dispense pas de réfléchir à la méthode pédagogique qu'il a adoptée. Bien au contraire, elle y renvoie.

Les traits essentiels qui s'en dégagent peuvent être esquissés en termes d'ascensions, conjointes ou successives.

1. Il est vrai, cette expression convient mal à la personnalité de Jésus car "il était lui-même" depuis sa conception. Pourtant il est possible de l'employer à son sujet car il voulut faire de son témoignage une révélation progressive en ce qui concerne son lien privilégié au monde divin…

2. Simultanément, il y eut le premier temps d'ascension personnelle de ses amis. Il leur fallut "apprendre" selon un mode particulier. Ils n'étaient pas en présence d'une théorie ou d'un texte sacré, ils étaient en présence d'une personne qui s'exprimait au jour le jour. Ses paroles et ses engagements provoquaient l'intelligence tout autant que la foi. Il leur fallut donc être disciples à 100% et ce ne fut ni rapide, ni facile…

3. Pourtant une autre ascension les attendait au soir de la résurrection lorsqu'ils se virent confier les responsabilités de l'Eglise. Bien entendu, ils ne partaient pas de rien car la résurrection achevait en leurs esprits le passage du Dieu de l'Ancien Testament au Dieu Père et Fils et Esprit. Mais, vis-à-vis des futurs chrétiens, ils se retrouvaient au point de départ qui avait été celui de Jésus à leur égard.

4. Ils avaient donc à susciter et à accompagner une quatrième ascension, celle de leurs contemporains. Les Actes des Apôtres nous éclairent sur les difficultés qu'ils rencontrèrent pour s'inspirer de la manière de Jésus dans cette entreprise, mais ils témoignent de leur réussite globale.

3ème point : le jumelage de deux "ascensions"…

Les conditions actuelles sont différentes de celles qu'affrontaient les Onze réunis sur la montagne symbolique de la Galilée. Nous pouvons cependant prêter une attention particulière à deux progressions que Jésus a amorcées avant d'aboutir à une plénitude de foi chez ses disciples. Il a admis une ascension qui concernait sa propre personne et il a soutenu l'ascension d'intelligence qui répondait à cette initiative

Il vaut donc la peine de survoler le ministère public de Jésus pour repérer la densité pédagogique de ces deux lignes pastorales.

* Ne sous-estimons pas l'activité du Baptiste. Vis-à-vis de quelques contemporains, nous nous trouvons dans la même situation. Il ne pouvait qu'annoncer la présence encore discrète de Jésus en tant que Messie. Le passé, l'Ancien Testament, lui fournissait bien peu d'éléments pour en parler de façon précise. A ce sujet, souvenons-nous de la réponse de Jésus face à ses hésitations: "laisse faire présentement", le mot "présentement" est essentiel. Effectivement, avant que Jésus n'explicite le messianisme qu'il venait mettre en œuvre, il était impossible d'en tirer quelque lumière religieuse. Nos amis sont souvent dans ce cas et nous avons peut-être tendance à vouloir aller trop vite.

* Nous pouvons également remarquer l'aspect discret des événements que Matthieu situe au Jourdain avant le départ du ministère de Jésus. Il est certain que nous avons là l'essentiel de ce qui sera révélé peu à peu du visage trinitaire de son engagement. L'Esprit se proposait d'être actif en épanouissant l'œuvre de création des origines. Et l'activité de Jésus se proposait de refléter chaque jour le visage d'un Dieu d'amour qui se "complaisait" dans ce partage.

Mais l'évangéliste n'en fait pas un déploiement spectaculaire. Au départ, il n'en fait même pas un thème de prédication. Il tient à limiter cette "grille intérieure" à la conscience personnelle de Jésus.

* Il n'empêche qu'une telle évocation définit parfaitement la source des multiples initiatives qui permirent aux disciples de découvrir lentement et concrètement, non pas une nouvelle doctrine, mais une personne. Jésus ne leur imposa pas un rite, il n'exigea même pas d'eux une promesse. Il les "plongea" dans son propre engagement trinitaire. Et c'est dans ce "bouillonnement de vitalité" qu'ils structurèrent peu à peu leur foi. Ils auraient été bien incapables d'en tirer une formulation théologique et pourtant nous ne pouvons comprendre leur évolution en occultant le travail d'intelligence que sollicitait le "style" adopté par Jésus.

Il semble qu'aujourd'hui on ait peur de parler d'intelligence lorsqu'on évoque la foi chrétienne ou le témoignage de Jésus. Les complications dogmatiques du passé en sont sans doute la cause. Pourtant Jésus n'a pas dispensé ses amis de cet effort… et, à leur tour, ils ont répercuté ce même cheminement dans les milieux païens auxquels ils s'adressaient.

* Il est important de donner leur sens précis aux deux thèmes qui ont ouvert la prédication. Certes leur expression était empruntée au milieu juif passé, mais il est facile de les transposer en langage actuel. 1. "le Royaume s'est approché", autrement dit en Jésus les complications pseudo-religieuses doivent céder la place à une autre vision du monde inconnu que représente, pour les hommes, le monde divin… 2. "convertissez-vous", au sens sémite de ce mot. Il n'évoque pas en priorité une exigence morale, il traduit une nouvelle orientation de tout l'être humain, y compris son intelligence. Aujourd'hui comme autrefois, il reste le point de départ de la foi chrétienne. A l'encontre des schémas déistes habituels, il s'agit de regarder vers l'humanité visible dont témoigne l'évangile et accepter la contestation qui en ressort. Il est possible que "la mèche fume encore", mais c'est dans l'oxygène qu'il nous faut la plonger pour la rallumer.

* Malgré un partage quotidien et même si l'originalité du témoignage ressortait progressivement, les disciples n'ont pas été dispensés de l'avant-dernier stade de leur ascension personnelle. Il s'est agi du drame de la croix.

Pour mieux percevoir leurs réactions, il nous suffit de dépasser le compte-rendu des événements et de prendre conscience de ce qu'un tel drame remettait en cause au delà même de son déroulement.

1. En rapport avec ce qu'ils connaissaient déjà de Jésus, la tourmente des derniers jours était relativement "logique". Le choc sentimental était grand mais l'humanité universelle du témoignage en ressortait. Telle était bien l'issue habituelle du combat qui avait été le sien. Son incarnation avait été "totale".

2. Mais la croix dissipait également d'autres rêves et affectait la racine même de ce qui avait été perçu peu à peu.   Il ne s'agissait pas seulement du "Fils extérieur" en lien mystérieux avec le monde divin, il s'agissait de ce monde divin lui-même. Ce n'était pas n'importe quel Père qui avait soutenu Jésus dans une épreuve dont ce même Père avait fait "son" épreuve. Ce n'était pas n'importe quel Esprit qui avait inspiré un comportement aussi humain au cœur de l'inhumain.

Bien souvent les commentaires projètent "leur" conception de la Trinité sur les événements du vendredi saint. En analyse précise des récits évangéliques, la chose est impossible, car, historiquement, c'est un autre "visage" de Dieu qui s'y est révélé. Les disciples l'ont "appris" en étant témoins du drame et non en spéculant… Ce n'est qu'après Pâques, après ce "décapage" de la mort-résurrection, qu'il leur a été possible de communier "en vérité" à un Dieu trinitaire "réel", si différent des clichés imaginaires habituels… Ensuite seulement, ils eurent à y "plonger" de nouveaux disciples.

Lorsque nous parlons de la mort-résurrection de Jésus, nous devons nous attendre à des réactions diverses. Nous n'en sommes pas maîtres, mais il est évident que nous pouvons préparer le terrain comme l'ont fait les évangélistes. Sur 300 pages d'une édition courante, 30 seulement sont consacrées à la passion et 240 abordent le partage visible auquel elle s'intègre. Les auteurs ne se sont pas référés à des "exigences éternelles" selon le modèle sacrificiel du judaïsme. Tout comme la sensibilité moderne, ils en percevaient les faiblesses et les à priori.

4ème point: les deux activités de tout disciple en service d'ascension

En conclusion, nous pouvons repérer une "curiosité" de l'évangile de Matthieu relativement à "l'ascension" des disciples. Elle se comprend parfaitement à la lumière de ce que nous venons de dire.

L'évangéliste consacre le 2ème développement de son œuvre (chap. 10) à "la diffusion du Royaume à travers les lieux et les siècles". Il mentionne directement la présence des "douze disciples" et ceux-ci reçoivent "autorité sur les esprits impurs" en vue d'une activité de guérison. Leur mission est alors présentée comme restreinte à la Palestine, "aux brebis perdues d'Israél". Jésus les envoie, mais, par la suite, nous ne trouvons aucune mention de leur retour, ni de leur efficacité.

Les derniers versets de Matthieu soulignent donc une continuité et une rupture pour les disciples. Leur déplacement vers la Galilée a une dimension symbolique. Ils sont appelés à être les artisans d'un troisième temps de l'histoire du salut. Dans cette optique, ils doivent déborder le premier champ qui semblait limiter leur activité. Ils n'ont pas à abandonner leur mission de guérison, mais, au nom même de leur foi et de "ce qu'ils ont appris", il leur faut désormais témoigner et enseigner "ceux qui désirent apprendre".

Inutile de préciser que cet équilibre est notre lot quotidien. Matthieu nous a aidé à mieux le valoriser et nous a rappelé de quel capital d'humanité nous disposions.

Méditations sur le mystère de l’Ascension

 

L’universalité de la vérité du Christ exige que sa vaste objection soit vérité ratifiée ou vérité repoussée : ce qui est aussi une forme de connaissance de cette vérité. C’est la fin de la répétition, la fin de l’offrande animale qui ne peut produire aucune expiation définitive devant Dieu.

Notre chair mortelle, c’est-à-dire ce qui paraissait nous séparer de Dieu, est, dans l’Ascension du Christ, devenu justement ce qui a pénétré jusqu’au Père, ce qui a levé notre mauvaise conscience et nous a donné, indéfectible, la confession de l’espérance en la fidélité de Dieu, maintenant définitivement prouvée.

Et cela marque aussi le début du difficile travail de l’esprit, le temps de l’esprit : la réflexion.

Non regarder vers le ciel, mais retourner à Jérusalem.


L’homme de l’Ascension, c’est  l’homme que le Christ façonne par son Ascension.

Celui qui vit avec nous ne peut être situé en vague intermédiaire, ou en simple intercesseur qui atténuerait nos déficits devant Dieu. Il s’agit d’un être de plénitude :

- plénitude historique, expression d’un ensemble de paroles, gestes et engagements…

- plénitude personnelle, par l’activité de son Esprit confirmant sa résurrection.

- plénitude missionnaire, pour que, par nous, il soit rendu présent à tous les hommes en vue de leur communiquer son propre épanouissement.

 


L’ascension est une séparation….mais une fausse séparation, où, comme le dit Karl Rahner « une séparation qui n’en est une qu’au plan de notre propre conscience. » Une séparation qui crée la véritable proximité ! C’est par la foi que se réalise cette proximité dans l’esprit Saint à quoi il faut maintenant nous appliquer.

L’Ascension  est une démarche divine qui contient toute l’histoire du salut et qui doit se renouveler dans l’histoire personnelle surnaturelle de chacun d’entre nous.

Nous ne deviendrons riches que dans le dépouillement.

Nous ne connaîtrons l’illumination intérieure que si nous acceptons de voir s’obscurcir les lumières du monde.

Notre intimité avec le Christ grandira lorsque nous aurons l’impression de voir s’évanouir le caractère sensible de sa présence.

Notre cœur nous donne le sentiment d’un désert vide et dévoilé ? C’est alors que contrairement peut-être à ce que nous pensons, nous sommes le mieux préparés à percevoir le message de l’Ascension. Le Christ ne nous  ôte les apparences de sa présence  que pour nous  donner ce qu’il est, la réalité indéfinie et indicible qu’il reçoit de son Père, et pour nous la donner dans son Esprit. Et nous pouvons le recevoir, car, en retournant dans la maison du Père avec ce que nous sommes, il nous a rendus capables de participer à la réalité même de Dieu.

Mise à jour le Jeudi, 29 Mai 2014 07:57
 
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