Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 2ème Dimanche de Pâques

Année A : 2ème Dimanche de Pâques

 

Sommaire

Actualité : plutôt que de considérer Thomas, arrêtons-nous sur les autres disciples.

Evangile : Evangile selon saint  Jean 20/19-31

Références aux autres années : pistes différentes pour A, B et C

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion possible : n'oublions pas ceux qui ont cru avant Thomas…

 

Actualités

Chaque année le même texte d'évangile est proposé à notre réflexion pour le 2ème dimanche de Pâques. Il est composé de deux parties dont l'évangéliste a pris soin de préciser les similitudes mais également les différences. Sans le témoignage vécu par d'autres dans l'après-midi de Pâques, Thomas serait resté hors course. Heureusement pour lui, ses anciens compagnons ne lui ont pas tenu rigueur de son absence et ont eu l'amitié de le mettre ensuite au courant. Pourtant, la plupart des commentaires concentrent leur réflexion sur sa personne et  retiennent son attitude bien plus que celle des pionniers de la résurrection.

A la lecture de ce passage, il n'est donc pas inutile de "rétablir l'équilibre" en faveur des "disciples du début". Leur comportement a été le comportement chrétien "normal" et mérite autre chose qu'une mention distraite. La présentation qu'adopte le quatrième évangéliste à leur sujet est donc la source à laquelle nous pouvons renouveler le dynamisme privilégié que nous vivons chaque jour avec Jésus. Arrêtons-nous donc sur quelques versets qui nous rapprochent d'eux bien plus que les dénégations de Thomas.

 

Evangile

Evangile selon saint  Jean 20/19-31

L'évangéliste a construit sa présentation en trois ensembles parallèles dans la forme, avec référence commune au salut liturgique de paix.

1° les premiers témoins (en nombre incomplet) : " il leur montra ses mains et son côté ".

" Comme donc c'était le soir, ce jour-là, le premier de la semaine et les portes étant fermées là où étaient les disciples, par peur des Juifs,

Jésus vint, il était là au milieu. Il leur dit : " paix à vous ! "

Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

2° le même groupe (toujours incomplet) : " je vous envoie " - "recevez l'Esprit-Saint" - la diffusion du témoignage commence auprès de Thomas.

Jésus leur dit de nouveau : " paix à vous !

= Comme le Père m'a envoyé, moi-aussi, je vous envoie "

= Et, ayant dit cela, il souffla et leur dit : " Recevez l'Esprit-Saint : si de certains vous remettez les péchés, ils leur sont remis ; si de certains vous retenez les péchés, ils leur sont retenus. "

= Thomas, l'un des Douze, qui est appelé Didyme (nom qui signifie "Jumeau") n'était pas avec eux lorsque vint Jésus. Les autres disciples lui disaient : " Nous avons vu le Seigneur. "

Mais lui leur dit : " Si je ne vois pas à ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas ma main à son côté, non, je ne croirai pas. "

3° le groupe complet avec insistance sur les difficultés et le cheminement de l'absent, figure de tout chrétien (Jumeau) vivant historiquement après les événements.

Et après huit jours, de nouveau, ses disciples se trouvaient à l'intérieur et Thomas était avec eux. Jésus vient alors que les portes étaient fermées. Il était là au milieu. Il dit : " paix à vous ! "

= Puis il dit à Thomas : " Porte ton doigt ici et vois mes mains ; porte ta main et mets-la dans mon côté. Ne sois plus incrédule, mais croyant. "

= Thomas répondit et lui dit : " Mon Seigneur et mon Dieu ! ". Jésus lui dit : " Parce que tu m'as vu, tu crois ... Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. "

= Jésus fit encore beaucoup d'autres signes devant ses disciples, qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre. Mais ceux-là ont été mis par écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin qu'en croyant, vous ayez la vie en son Nom."

 

Références aux autres années

Chaque année, ce même texte d'évangile est proposé pour le 2ème dimanche de Pâques. L'épisode de Thomas fait partie de ces passages sur lesquels beaucoup a été dit.

En année B, deux pistes de réflexion ont été suggérées : l'une dénonçait les fausses interprétations concernant Thomas, l'autre reprenait le déroulement que construit l'évangéliste et en éclairait le déroulement en trois temps de nos assemblées dominicales.

En année C, nous avons pris un peu de hauteur par rapport à la réaction de Thomas et nous avons prêté attention aux signes dont le dernier verset montre l'importance. Après le repérage de la sélection opérée par Jean et quelques généralités à leur sujet, nous avons approfondi le lien qu'ils établissent entre foi et vie.

Cette année (année A), nous vous proposons de "rétablir l'équilibre" en faveur des "disciples du début". En insistant toujours sur Thomas, on finit par oublier le comportement "normal" qui fut le leur. Or il mérite autre chose qu'une mention distraite. Pour le percevoir, il est nécessaire de prêter davantage attention à la présentation d'ensemble qu'adopte le quatrième évangéliste pour les événements de la résurrection.

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Il est utile de rappeler la position que nous avons adoptée, au temps du carême, vis-à-vis de la pluralité d'auteurs concernant le quatrième évangile. "L'énigme de la composition" est un fait évident et, lorsque la question est posée, il est loyal de l'admettre. Lorsque nous parlons entre nous de "l'auteur" au singulier, c'est par commodité en cherchant à ne pas trop nous perdre dans des questions exégétiques qui restent en discussion. Le texte est là et c'est à lui que nous donnons priorité, tout en sachant qu'il est impossible d'en sentir les résonances sans tenir compte de l'humanité de sa rédaction.

* Il est rare de chercher à approfondir l'originalité de Jean à propos des événements de la résurrection. Il semble suivre le scénario "classique" que l'on pense pouvoir retirer des autres récits évangéliques. Deux handicaps pèsent sur le repérage de ses particularités. Tout d'abord, le fait qu'on le relègue habituellement "en dernier" porte l'attention plus sur l'approfondissement global de la résurrection… Par ailleurs, l'évidence d'une pluralité de documents "coupe court" à la perspective de leur enchaînement.

Précisons donc le bilan :

1.- Tout part d'une visite de Marie de Magdala au tombeau. Le récit semble évoquer une visite individuelle, mais le témoignage recourt au pluriel : "Nous ne savons pas où l'on a mis le corps"(20/2)

- Alertés par Marie, Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, se rendent au tombeau et constatent le fait que les bandelettes sont "posées là" ainsi que le suaire qui recouvrait la tête, ce dernier étant roulé dans un endroit à part. Cette constatation suscite immédiatement la foi de "l'autre disciple", par association entre "ce qu'il voit" et la mention des Ecritures. Mais aucun passage particulier des écrits prophétiques n'est mentionné.

2.- Suit la rencontre personnelle entre Marie de Magdala et le Seigneur. La composition de cet épisode est complexe car l'auteur concentre de nombreux éléments de résurrection: mention de deux anges qui, chez Jean, ne jouent aucun rôle… méprise de Marie lorsqu'elle voit Jésus "debout", c'est--à- dire "ressuscité" selon le double sens du même mot "dans les langues sémitiques… naissance de la foi à l'appel de son prénom "Marie"… phrase mystérieuse qui évoque une situation "transitoire" du ressuscité: "je ne suis pas encore monté vers mon Père"… message à transmettre aux "frères": "je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu"… annonce personnelle aux disciples: "J'ai vu le Seigneur".

3.- "le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine", le quatrième évangile présente le double épisode de l'apparition aux disciples… Cette dualité pose bien d'autres questions que celle de l'incrédulité de Thomas. Ainsi, l'envoi en mission et le don de l'Esprit sont situés en absence de l'apôtre. Qu'en a-t-il été pour lui par la suite?

4.- Bien que l'intervention d'un autre auteur soit mentionnée par le texte lui-même, il est nécessaire de situer le dernier chapitre en lien étroit avec la résurrection. Le lieu change puisque, de Jérusalem, nous partons pour les bords de la mer de Tibériade. Le groupe des disciples rétrécit puisque, apparemment, ils ne sont plus que sept dont Thomas. Mais le rédacteur donne valeur à son récit en parlant de "troisième fois" où Jésus se manifeste à ses disciples.

* La composition en deux temps adoptée dans le passage d'aujourd'hui se retrouve en d'autres chapitres et, par comparaison, nous pouvons repérer l'esprit dans lequel s'opère ce dédoublement.

- Le départ des premiers disciples (1/35) se réalise en deux vagues unifiées par l'invitation "Venez et voyez". André, l'un des deux disciples du Baptiste, commence sa mission auprès de son frère Simon. Puis Philippe adresse la même invitation à Natanaël encore hésitant. Ce dernier est conquis par le contact direct de Jésus dans un cadre de "voir". "Rabbi, tu es le Fils de Dieu, le roi d'Israël".

- Le récit de la Samaritaine est également composé en deux temps. La femme invite ses compatriotes à "voir" et ceux-ci sont sensibles surtout au contact direct avec Jésus.

- Le signe du partage des pains est associé à un deuxième signe plus personnel, celui de la marche sur la mer. Les apôtres réagissent principalement au second lorsqu'ils le "voient" marcher sur la mer et s'approcher de la barque.

- L'aveugle de naissance centre son témoignage sur le fait que Jésus lui a rendu la vue, mais la conclusion évoquera une deuxième rencontre plus significative: "Qui est le Fils de l'homme… Tu l'as vu, c'est celui qui te parle… Je crois, Seigneur." (9/37).

- Le déroulement de la réanimation de Lazare est composé en plusieurs séquences où s'entremêlent les questions de "croire" et de "voir". Le dialogue entre Marthe et Jésus se situe en reprise de premières convictions délicates à faire évoluer. Jésus reste au centre: "Je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde"

- Le dialogue entre Marie de Magdala et Jésus ressuscité est marqué d'une même progression.

*  Les commentaires "ajoutent" souvent aux réactions de Thomas et "omettent" au même degré les "détails" qui illustrent la foi des premiers disciples. Pour constater ce déséquilibre, il suffit de considérer  certaines "habitudes" adoptées par des assemblées chrétiennes plus nourries de passion que de résurrection.

1. D'emblée, un rapprochement imprévu attire notre attention: "il vint, il était là". Il correspond à l'attitude courante où l'esprit humain éprouve bien du mal à conjuguer plusieurs idées. En raison d'une fausse conception de la divinité, la tendance spontanée est de situer Jésus dans un ciel lointain, il faut donc "le faire venir", alors que sa résurrection le situe en "déjà là" de façon permanente.

2. La foi en la résurrection est d'ordre intérieur et doit engendrer la paix face aux oppositions et perturbations ordinaires. Nous sommes souvent loin de cette ambiance lorsque pleuvent les recommandations "morales" ou "pastorales" sur les chrétiens réunis pour "célébrer le jour du Seigneur".

3. Le symbole "des mains et du côté" est habituellement pris dans un sens réducteur qui ne s'impose pas chez Jean. La joie qui est suscitée chez les disciples émane d'une référence plus large. Nous sommes loin d'une priorité exclusive à la passion. Il s'agit de l'activité globale de Jésus et de l'ambiance d'amitié qui l'a animée. Nous retrouvons l'idée familière à Marc qui présentait Jésus "semant" la résurrection dès son engagement public en faveur de ceux qui recouraient à lui.

Il suffit de remarquer la différence avec le texte de Luc (24/39) qui fait "des mains et des pieds" un signe orienté vers le fait "qu'un esprit n'a ni chair ni os". Cette différence se retrouve avec le verset concernant Thomas: le symbole n'est pas exactement le même puisque, pour celui-ci, sont mentionnées "la marque des clous" et "la plaie du côté dans laquelle on pourrait mettre la main".

Les versets suivants éclairent l'optique qui ouvre la continuité de la mission. Il est normal que "les pieds" de Jésus, symboles de ses déplacements, ne figurent pas et soient remplacés par les pieds des apôtres missionnaires que Jésus a lavés la veille de sa passion… Au contraire, ses mains", symboles de son témoignage "historique", apparaissent comme révélatrices d'une activité réussie lorsqu'on la considère dans son déroulement total débouchant sur la résurrection… "Son côté" symbolise ce que le témoin du coup de lance a vu (19/35), à savoir l'au delà de la résurrection, une présence intime se réalisant par l'eau du baptême et le sang de l'eucharistie…

Les apôtres n'ont donc pas à forger de nouvelles conceptions personnelles. Ils ont à transmettre ce qu'ils ont vu et entendu, "la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ… celui auquel Dieu a conféré l'onction d'Esprit et de puissance, lui qui passait en faisant le bien et guérissant… celui que Dieu a ressuscité le troisième jour…"(Actes 10/36)

4. En situant le don de l'Esprit dans l'après-midi de Pâques, en émanation immédiate de la résurrection, Jean remet en question certaines visions simplistes de l'événement de Pentecôte. Il ne fait que traduire ce qu'il a déjà souligné dans le discours après la Cène. "Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, il me rendra témoignage. Mais vous aussi, vous témoignerez parce que vous êtes avec moi dès le commencement".(15/26) "Il ne parlera pas de lui-même… il me glorifiera car c'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera"… "il vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (14/26)…

L'évangéliste va plus loin. Car l'évocation du "souffle de Jésus" qui suscite l'Eglise relie ce geste au récit de la création selon le premier chapitre de la Genèse. "Dieu façonna l'homme, glaise de la terre, et il souffla sur son visage une haleine de vie et l'homme devint un être vivant". Les apôtres sont donc associés à une nouvelle création.

5. Vient enfin l'interprétation des paroles concernant l'action de "lier ou délier les péchés". La diversité des commentaires témoignent qu'il s'agit là d'une phrase délicate en ce qui concerne le sens à donner aux mots "remettre" ou "retenir" et surtout en ce qui concerne leur portée en un domaine qui nous échappe.

Dans les Actes (10/43), le discours de Pierre à Corneille révèle que très tôt la question du pardon des péchés a été liée à la résurrection : "nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection… il nous a prescrit de proclamer que Dieu l'a désigné comme juge des vivants et des morts… c'est à lui que tous les prophètes rendent le témoignage que voici: le pardon des péchés est accordé par son Nom à ceux qui croient en lui".

Nous aimerions avoir plus ample référence sur cette unanimité des prophètes, car leurs expressions restent très dépendantes de leur époque et les commentaires concernant le sujet ont beaucoup évolué au cours des siècles précédant notre ère. L'épître aux romains reprend ce thème mais le ton pessimiste qu'elle adopte n'est pas pour nous aider à harmoniser son enseignement avec la vision plus apaisée des évangiles.

 

Piste de réflexion : n'oublions pas ceux qui ont cru avant Thomas…

Arrêtons-nous sur les disciples pionniers de la résurrection et sur les quelques versets qui nous rapprochent d'eux bien plus que les dénégations de Thomas.

1er point : Jésus vient, et pourtant il était là, au milieu…

Nous pourrions être surpris par ce rapprochement imprévu et apparemment contradictoire. Mais ne correspond-il pas au bienfait que nous apporte notre foi en la résurrection?… Par nature, nos esprits humains sont limités, nous avons du mal à conjuguer plusieurs idées et les soucis habituels monopolisent notre attention. Les temps forts qui nous aident à prendre quelque distance vis-à-vis du quotidien révèlent alors leur utilité. Car, nous prenons conscience "que Jésus est toujours là" sur nos routes, à la manière dont le décrit Luc lorsqu'il parle des disciples d'Emmaüs. Certes, nous le "faisons venir" mais il est désormais toujours là.

L'évangéliste prend soin de préciser qu'en cette intériorité, c'est sa présence bienveillante qui doit nous influencer. Par deux fois, Jésus le redit à ses amis: "Paix à vous"… Plusieurs handicaps risquent d'introduire une peur qui n'a aucune raison d'être. Parfois, une formation moralisante a transformé ces temps de dialogue en des temps de reproche au plan moral ou au plan pastoral. Nous ne savons plus goûter la joie de le savoir avec nous, en permanence et en toute gratuité. Par ailleurs une fausse conception de sa divinité contribue à le situer dans un ciel lointain, hors d'une humanité semblable à celle qu'il a partagée et désire continuer de partager à travers nous.

2ème point : il leur montra ses mains et son côté…

Si nous voulons communier pleinement à "l'expérience" des premiers disciples, il est essentiel de donner un sens très large à ce premier geste de Jésus. Le symbole "des mains et du côté" est habituellement pris dans un sens réducteur et interprété comme "preuves de la résurrection". Ce n'est pas totalement faux mais il nous faut donner à cette mention l'amplitude qu'elle avait à ce moment et qu'elle doit retrouver dans notre cas personnel. Pour saisir l'originalité de Jean, il suffit de comparer avec les objections de Thomas qui, lui, limite à la trace des clous et à la plaie du côté. C'était également l'orientation restreinte que Luc donne au récit parallèle lorsqu'il évoque "les mains et les pieds" comme témoignage "qu'un esprit n'a ni chair ni os".

Dans le quatrième évangile, la joie qui est suscitée chez les disciples s'enracine plus profondément. "Les mains de Jésus" symbolisent son témoignage "historique global". La résurrection ne peut pas en être détachée, elle en fait partie. Elle ne se présente pas en revanche du drame final, elle authentifie l'activité de Jésus comme une "activité réussie" à condition de la considérer dans son déroulement "total". Nous retrouvons l'idée familière à Marc qui présentait Jésus "semant" la résurrection dès son engagement public en faveur de ceux qui recouraient à lui. Il est donc normal que "les pieds" de Jésus, symboles de ses déplacements, ne figurent pas. Ils sont désormais remplacés par les pieds des apôtres, ceux que Jésus a lavés la veille de sa passion en anticipation de leur mission.

Il en est de même de la mention "du côté". Lorsqu'il a présenté l'épisode du coup de lance (19/35), l'évangéliste a pris soin de suggérer la valeur symbolique du sang et de l'eau qui en étaient sortis. Ils anticipaient l'au delà de la résurrection, la présence intime qui se réaliserait par l'eau du baptême et le sang de l'eucharistie… "Montrer son côté à ses amis" dépassait la matérialité d'un cœur transpercé, il s'agissait plus intimement de souligner la permanence des sentiments de Jésus pour ses amis.

Ce signe nous concerne donc tout autant qu'eux. Au temps de son ministère "visible", Jésus s'exprimait en relations concrètes d'amitié et de vie commune. Désormais, cette forme a changé et pourtant chaque croyant doit se convaincre que la densité de relation reste la même. Le quatrième évangéliste nous propose donc de la symboliser en recourant à des signes de croissance et de vie.

De façon habituelle c'est bien de cette double richesse dont nous vivons. La présentation de Jean a le mérite de nous mettre en garde contre toute évasion "mystique" qui dévierait la résurrection de son vrai sens. Il est si tentant de "concevoir" Jésus dans un autre monde, "assis à la droite du Très-Haut" et intercédant pour nous selon les fluctuations de notre imagination. Or le matin de Pâques a été vécu par les disciples avec sérieux comme un "retour" selon le sens exact du mot "résurrection", "surgir à nouveau". Jésus est "revenu" vers nous en double plénitude d'un témoignage passé et de signes actuels.

3ème point : comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie…

L'évangéliste juge nécessaire de situer la mission en conséquence immédiate de la résurrection. Pour tout chrétien cela devrait aller de soi, mais tant de "systèmes religieux" prennent naissance à la mort de leur fondateur et figent la vitalité que celui-ci imprimait à sa pensée. L'auteur n'hésite donc pas à reprendre ici, mot pour mot, une phrase qu'il avait située dans le cadre du discours après la Cène.

Elle rappelle tout d'abord aux apôtres qu'ils n'ont pas à forger de nouvelles conceptions personnelles. Ils ont à transmettre ce qu'ils ont vu et entendu, "la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ… celui qui est passé en faisant le bien et en guérissant… celui que Dieu a ressuscité le troisième jour…"(Actes 10/36).

Par le biais de ce rapprochement l'évangéliste rappelle également l'ambiance chaleureuse qui avait marqué la veillée du jeudi-saint et qui doit s'étendre au nouveau mode de présence de Jésus parmi nous. Jésus n'avait pas orienté les apôtres vers un optimisme béat, il n'avait pas parlé d'une réussite facile. Il avait principalement souligné la solidarité étroite qui insérait ses amis dans le projet divin de salut. "Père, les paroles que tu m'as données, je les leur ai données et ils les ont accueillies"… "c'est pour eux que je prie"… "afin qu'ils aient en eux-mêmes ma joie complète"… "Que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et moi en eux."

La phrase suivante ne fait que renforcer cette solidarité dans la mission.

4ème point : il répandit sur eux son souffle

Nous n'avons pas tort de voir ainsi souligné le dynamisme qui ressort du témoignage de Jésus. Mais la mention du "souffle" que Jésus "répand sur ses amis" porte beaucoup plus loin. Elle nous oriente vers les premiers versets du livre de la Genèse : "Dieu façonna l'homme, glaise de la terre, et il souffla sur son visage une haleine de vie et l'homme devint un être vivant". La mission chrétienne participe à une nouvelle création, celle que Jésus a inaugurée et que nous avons à poursuivre.

Il est vrai, l'expression "nouvelle création" semble bien prétentieuse face à la modestie de nos engagements. Ceux-ci se mêlent étroitement aux contingences ordinaires de toute vie humaine, ils se fixent sur des options pratiques limitées. Par ailleurs, l'incroyance ambiante et les nombreuses défaillances qui émanent de l'histoire de l'Eglise risquent de nous replier sur l'horizon d'un salut individuel.

Jean nous invite à réagir. Nous pourrions le faire en prenant conscience du "souffle" qui a porté la foi jusqu'à nous depuis les premiers temps de l'Eglise. Mais il s'agit surtout de nous remettre sans cesse en "perspective pratique de résurrection". Nous ne cherchons pas à être des modèles extra-terrestres, nous contribuons à diffuser le "souffle" qui peut donner à notre société contemporaine sa valeur humaine et spirituelle. Bien entendu, la marche du monde implique un renouveau permanent qui s'appuie sur une double écoute, celle du monde d'aujourd'hui et celle de la Parole qui nous a été laissée. L'évangéliste n'y revient pas puisqu'il en a longuement parlé au chapitre précédent.

5ème point : "recevez l'Esprit-Saint"…

Nous pourrions être étonnés de voir le don de l'Esprit situé dans l'après-midi de pâques alors que nous avons en mémoire le récit des Actes au jour de la Pentecôte. Ceci remet en question nombre de visions simplistes concernant un monde trinitaire qui nous échappe en son "fonctionnement interne" mais dont nous bénéficions en son engagement "externe"…

Ne nous laissons pas abuser par la brièveté de l'évangéliste sur ce don de l'Esprit. Quelques pages auparavant, il a longuement insisté, dans le discours après la Cène, sur l'unité profonde entre l'action historique de Jésus et la dynamique actuelle de l'Esprit. Les apôtres avaient donc cet enseignement en mémoire et ne pouvaient se méprendre. A nous de faire de même en donnant tout leur poids à certains passage antérieurs que nous oublions facilement.

" Vous, vous connaissez l'Esprit de vérité parce qu'il demeure auprès de vous et qu'il est en vous" (14/16)… "L'Esprit-Saint vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit"(14/26)… "Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, il me rendra témoignage" (15/26)… "Il ne parlera pas de lui-même… il me glorifiera car c'est de mon bien qu'il recevra et il vous le dévoilera"(16/36)

6ème point : ""vous remettrez les péchés…"

Cette dernière phrase peut paraître obscure et elle l'est effectivement lorsqu'on lit la diversité des interprétations qui lui ont été données. Pourtant, elle souligne un point essentiel, à savoir l'efficacité de notre engagement. A travers nous se joue un combat qui nous dépasse et qui pourtant a son incidence dans le monde des hommes.

A quel moment "remettons-nous les péchés"? A quel moment les "retenons-nous"?… Il est bien délicat de le préciser et nous devons éviter de plaquer sur ces paroles les clichés simplistes qui affectent le pardon des fautes.

En conclusion 

Il n'est pas difficile d'imaginer la réaction de ces quelques témoins lorsque, par la suite, ils se souvenaient des événements imprévus auxquels ils avaient été mêlés. Il leur était sans doute possible de mesurer à la fois la portée de ce qui s'était réalisé et l'impromptu de leur comportement spontané.

Il sera toujours possible de disserter sur la densité de leur espérance. Mais nous ne pouvons mettre en doute la double amitié qui les réunissait… amitié pour Jésus, celui dont ils venaient de partager l'aventure, et amitié mutuelle qui les orientait vers le pardon ultérieur à Thomas… Une seule réponse leur a été donnée: Jésus était là et ce fut pour eux l'essentiel…

Que cette conscience reste donc pour nous la certitude qui donne à chacune de nos rencontres avec le Seigneur la même vitalité qu'au premier jour!

Mise à jour le Lundi, 24 Avril 2017 18:23
 
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