Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 5ème Dimanche de Carême

Année C : 5ème Dimanche de carême

Actualité

Ce texte fait partie des nombreux textes sympathiques auxquels nous aimons nous référer en lisant les évangiles. Il illustre parfaitement l'état d'esprit qui domine le témoignage de Jésus. Beaucoup d'ailleurs y renvoient quand ils parlent de "ne pas jeter la pierre" à ceux qui se trouvent dans des situations délicates.

Les qualités littéraires de ce passage ne sont pas pour rien dans son succès: clarté de la composition, résumé précis des oppositions et du piège qui est tendu à Jésus, portrait très expressif de la double attitude de celui-ci envers scribes et pharisiens et envers la femme condamnée. Dans le contexte actuel, l'action de Jésus auprès des malades suscite moins de curiosité et son engagement devient moins "convaincant". Ici, au contraire, tout parle de son indépendance d'esprit, de son courage et de son intelligence dans l'affrontement, de l'expression de sa bonté envers une "personne" fort compromise.

Ceci étant acquis, il est cependant possible d’aller plus loin. Les qualités dont nous venons de parler nous invitent d’ailleurs à "creuser" davantage  ces versets. Approuver la confusion des méchants, admirer l'intelligence de Jésus et applaudir au pardon de la femme infidèle, cela ne suffit pas.

 

Evangile

Evangile selon saint Jean 8/1-11

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple de Jérusalem. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner.

1. question insidieuse concernant l'application de la Loi

= Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère.

Ils la font avancer et disent à Jésus : "Maître (Maitre-enseignant), cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère.

Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ?"

Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser.

Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol.

= Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : " Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. "

Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol.

Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés.

2. parole de miséricorde en faveur de la femme

Jésus resta seul avec la femme en face de lui.

Il se redressa et lui demanda : " Femme, où sont-ils donc ? Alors personne ne t'a condamnée ? ". Elle répondit : " Personne, Seigneur."

Et Jésus lui dit : " Moi non plus, je ne te condamne pas.

Va et désormais ne pèche plus. "


Contexte des versets retenus par la liturgie

* Il importe en premier lieu de percevoir la manière dont le passage proposé en ce dimanche se présente de façon "originale" par rapport à "l'esprit de carême". Il serait abusif d'assimiler les chrétiens à la femme adultère en raison d'un prétendu relâchement dans leur conduite et il serait tout aussi abusif de les assimiler aux scribes en raison d'une prétendue "étroitesse" d'esprit.

Ce passage est intéressant parce qu'il rappelle une mission difficile à mener aujourd’hui. Il est si commode de dénoncer le "péché" et de condamner. Or Jésus brouille les cartes en invitant les uns et les autres à réfléchir personnellement. Il ne se réclame d'aucune autorité supérieure pas plus qu'il ne recourt à un signe pour appuyer le jugement qu'il suggère.

Pendant le carême, il est normal d'évoquer la repentance et de concentrer les esprits sur une réflexion personnelle. Ici c'est une mission bien moins étriquée et bien moins individualiste qui est esquissée. Jésus n'ignore pas la notion de péché, mais il ne l'accentue pas. Il pourrait dire : "Je te pardonne"… il préfère dire : "Je ne te condamne pas" et il ne craint pas d'ajouter: "moi non plus", ce qui laisse supposer que les autres ont fait évoluer une évolution par rapport à l'état d'esprit qui les animait jusque-là.

* Ce court récit ne semble pas poser de problèmes. Très homogène dans sa composition et son style, il  présente l’une des nombreuses controverses qui ont opposé Jésus au groupe des scribes et des pharisiens au sujet de l'application de la Loi. Il prend également place parmi les nombreux épisodes qui témoignent de la mission de pardon que Jésus a menée en son temps. Nous pouvons le rapprocher de l'épisode que Luc situe lors du repas chez Simon le pharisien (7/44) : une pécheresse de la ville verse du parfum sur les pieds de Jésus. A la fin, celui-ci s'adresse à elle : "Tes péchés sont remis…Ta foi t'a sauvée, va en paix".

*  Deux points cependant présentent des difficultés.

En étudiant le style et la tournure du récit, les exégètes sont arrivés à la conclusion que ce récit n'avait certainement pas été rédigé par le quatrième évangéliste ; il semble plus exact de l'attribuer à Luc. Les hypothèses foisonnent pour déterminer son ancienne place, les raisons qui ont pu amener à le détacher et son sort intermédiaire… aucune n'est concluante.

Nombre d'exégètes estiment qu'il trouverait une juste place en Luc 21/38, en continuité des dernières discussions entre Jésus et ses opposants à la veille de son procès. Le cadre du Temple et la présence du peuple auquel se mêlent les responsables religieux sont communs aux deux épisodes. Dans cet ensemble, Luc évoque les ruptures "historiques" qui ont séparé de plus en plus l'enseignement de Jésus et l'enseignement des pharisiens. Cette nouvelle controverse concernant la Loi ne pouvait qu'attiser une animosité déjà présente.

Le premier verset  de ce passage s'accroche parfaitement à la précision de Luc : "Pendant le jour, il était dans le Temple à enseigner; il passait la nuit en plein air sur le mont dit des Oliviers. Et, dès l'aurore, tout le peuple venait à lui dans le Temple pour l'écouter" (21/37)

Si nous en restons au premier degré de la forme littéraire, cet épisode intervient brutalement dans le cours du texte de Jean. Mais le choix de la place qu'il occupe aujourd'hui n'a pas pu être le fait du hasard. Il est donc légitime de poursuivre l'examen du contexte selon la double optique habituelle ; qu'est-ce que le contexte "ajoute" au récit et qu'est-ce que le récit ajoute au contexte ?

Il faut l'avouer, ce regard sur le contexte n'apporte aucune indication. Il s'agit d'un certain nombre de discussions qui ont surgi lors de la fête des Tentes, sans doute celle de l'automne 29. Elles portaient sur les "origines" de Jésus. Avant l'épisode de la femme adultère, il est surtout question de l'opinion des foules sur Jésus. Elles se référaient aux Ecritures qui n'annonçaient nulle part une origine galiléenne du Messie. Les discussions avaient gagné le groupe des pharisiens qui s'en tenaient à cette opinion commune. Les versets qui suivent notre passage traitent du même sujet en évoquant l'origine divine de Jésus et son lien avec le Père.

Il serait possible de mettre en valeur le verset 8/15 "Vous, vous jugez de façon purement humaine; moi, je ne juge personne. Et s'il m'arrive de juger, mon jugement est conforme à la vérité parce que je ne suis pas seul ; il y a aussi Celui qui m'a envoyé"… Mais, dans ce passage, le mot jugement s'applique surtout à la reconnaissance du "témoignage" de Jésus lorsqu'il évoque ses origines divines.

Le texte inséré dans le quatrième évangile

Il est facile de distinguer deux développements : en premier, le piège tendu à Jésus et la réponse qui le déjoue… en second, le pardon accordé à la femme adultère.

1. Que prescrivait la Loi juive au sujet de l'adultère ?

La Loi juive mentionne deux fois la condamnation à mort pour adultère: Lévitique 20/10 "si un homme commet l'adultère avec une femme mariée, ils seront tous deux punis de mort, l'homme et la femme adultères". De même en Deutéronome 22/22. "Si l'on trouve un homme couché avec une femme mariée, ils mourront tous deux, l'homme qui a couché avec la femme et la femme aussi".

Mais le délit devait être confirmé par plusieurs témoins et ce sont eux qui devaient être les premiers à lapider le coupable. Deutéronome 17/7 "quand tu auras connaissance qu'un homme ou qu'une femme ont fait ce qui est mal aux yeux de Dieu, tu feras d'exactes recherches. Si le bruit est vrai et le fait bien établi, alors tu feras conduire aux portes de la ville l'homme ou la femme et tu les lapideras jusqu'à ce qu'ils meurent. Sur la parole de deux témoins ou de trois témoins, on mettra à mort celui qui doit mourir, il ne sera pas mis à mort sur la parole d'un seul témoin. La main des témoins se lèvera la première sur lui pour le faire mourir, et ensuite la main de tout le peuple".

Il est difficile de préciser ce qu'il en était de ces condamnations depuis l'occupation de la Palestine par les romains. Ceux-ci s'étaient réservés le droit de prononcer et d'exécuter les condamnations à mort (le droit du glaive). Ils devaient sans doute être assez permissifs pour des légionnaires éloignés de leurs bases familiales.

2. Le piège tendu à Jésus

L'évangéliste tient à préciser, sans doute pour ses lecteurs païens, le piège que comportait la question. L'épreuve à laquelle les pharisiens et les scribes soumettaient Jésus était multiple.

Elle se rapportait d'abord à l'application de la Loi. Pour un juif, la Loi se présentait comme "un ensemble indivisible". Toucher à l’une de ses prescriptions équivalait à contester son autorité et son caractère sacré lorsque Dieu l'avait donnée "en totalité" à Moïse.

Il faut également tenir compte de la portée qui risquait d'être donnée à la réponse de Jésus. La question abordait un point particulièrement sensible en ce temps là comme il l'est à toute époque, la nôtre y compris : il ne s'agissait pas de traditions dont il était facile d'admettre la relativité. Il s'agissait des mœurs dont la civilisation juive s'enorgueillissait à juste titre face à la permissivité romaine.

Enfin une réponse claire paraissait impossible. Si Jésus ne prenait pas parti pour la Loi, il serait accusé de la transgresser. S'il tranchait en faveur de la Loi, sa réputation et son enseignement sur la miséricorde seraient gravement compromises.

3. Les deux réponses de Jésus

Il faut bien distinguer les présentations différentes  en fonction des interlocuteurs.

A l'adresse des scribes et des pharisiens, le fait que Jésus "traçait des traits sur le sol" ne comporte aucun "mystère". Son attitude invitait simplement à une double réflexion, celle que les opposants auraient pu faire par eux-mêmes s'ils avaient bien pesé les conséquences de leur accusation… et celle qu'ils doivent faire en rapport au défi "de bon sens" qui leur est ensuite objecté.

Car, la première réponse va au delà d'une simple dispute de rabbins. Jésus s'appuie sur la Loi et la disposition qui rappelait la responsabilité du "témoin" ; il devait être le premier à "jeter la pierre" sur la personne concernée, il lui fallait donc assumer lui-même la conséquence dramatique de ses paroles ; d'accusateur il devenait bourreau. D'ailleurs, c'est devant cette échéance que certains reculent. Lorsqu'il est dit que "les plus anciens s'en vont les uns après les autres", inutile de les charger d'un plus grand nombre de péchés en raison de leur âge. Au contraire, non seulement ils ont perçu que le prophète galiléen était plus "astucieux" qu'ils ne le croyaient, mais peut-être ont-ils également perçu les points faibles de la Loi par rapport à l'idéal qu'ils lui fixaient.  

Le fait que Jésus reste seul face à la femme ne peut pas correspondre à une précision exacte. Où seraient passés les apôtres et la foule qui "venait à Jésus" et à laquelle "il s'adressera aussitôt après". Cette "anomalie" permet de  préciser les éléments de la deuxième réponse: 1. Il ne pouvait être reproché à Jésus de ne pas appliquer la Loi puisque tous s'étaient retirés alors que Jésus se référait à ce que la Loi disait des "témoins accusateurs". 2. Au terme de cette discussion, Jésus pouvait exprimer le fond de sa pensée : "Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais, ne pèche plus".


Piste possible de réflexion : "Je ne te condamne pas… désormais ne pèche plus!"

Ce texte fait partie des nombreux textes sympathiques auxquels nous aimons nous référer en lisant les évangiles. Il illustre parfaitement l'état d'esprit qui domine le témoignage de Jésus. Beaucoup d'ailleurs y renvoient quand ils parlent de "ne pas jeter la pierre" à ceux qui se trouvent dans des situations délicates.

Les qualités littéraires de ce passage ne sont pas pour rien dans son succès: clarté de la composition, résumé précis des oppositions et du piège qui est tendu à Jésus, portrait très expressif de la double attitude de celui-ci envers scribes et pharisiens et envers la femme condamnée. Dans le contexte actuel, l'action de Jésus auprès des malades suscite moins de curiosité et son engagement devient moins "convaincant". Ici, au contraire, tout parle de son indépendance d'esprit, de son courage et de son intelligence dans l'affrontement, de l'expression de sa bonté envers une "personne" fort compromise.

Ceci étant acquis, il est cependant possible d’aller plus loin. Les qualités dont nous venons de parler nous invitent d’ailleurs à "creuser" davantage ces versets. Approuver la confusion des méchants, admirer l'intelligence de Jésus et applaudir au pardon de la femme infidèle, cela ne suffit pas.

La dimension "apostolique" de cet exemple

Il importe d'abord de se libérer d'un certain "complexe" de carême. A ce moment de l'année il est habituel de centrer notre réflexion sur nos défaillances personnelles, il est habituel d'inviter à les situer en péchés qui nous éloignent de Dieu, il est habituel d'évoquer la "conversion" qui s'impose pour célébrer les fêtes de Pâques.

Ces thèmes sont bien présents dans le passage de ce dimanche, mais leur approche se trouve  "neutralisée". Ne serait-il pas abusif d'assimiler les chrétiens à la femme adultère en raison d'un prétendu relâchement dans leur conduite ? Et ne serait-il pas tout aussi abusif de les assimiler aux scribes en raison d'une prétendue "étroitesse" d'esprit ? Jésus brouille les cartes. Il n'ignore pas la notion de péché, mais il ne l'accentue pas. Il pourrait dire : "Je te pardonne"… il préfère dire : "Je ne te condamne pas" et il ne craint pas d'ajouter: "moi non plus", ce qui laisse supposer que les autres ont opéré une évolution par rapport à l'état d'esprit qui les animait jusque-là.

Si nous ne sommes ni la femme, ni les tenants de la Loi, il ne nous reste qu'une place, celle de Jésus. C'est sous cet angle qu'il convient d'aborder ce passage pendant le carême. Il esquisse une mission beaucoup moins étriquée et beaucoup moins individualiste : l'évolution des esprits contemporains. Cette mission n'est pas facile à mener dans le cadre actuel. Mais elle n'était pas plus facile à mener autrefois, car il s'agit de combattre des pesanteurs universelles.

L'exemple de Jésus est donc plus qu'un encouragement à poursuivre ce combat, il est une lumière et nous pouvons remercier l'évangéliste d'avoir concentré dans ce passage quelques mots susceptibles de nous "équilibrer".

L'ambiance actuelle…

Sans  complexe, essayons de prendre conscience de nos réactions spontanées concernant l'ambiance que doit affronter Jésus. Nous percevons rapidement des analogies.

De façon générale, nous n'aimons pas beaucoup les pharisiens. Notre animosité ne vient pas tellement du rôle qu'ils ont pu jouer dans la mort de Jésus ; elle vient de leur état d'esprit, traditionnel et méticuleux. Nos esprits modernes sont  allergiques à la notion de loi et à ses représentants, surtout quand leur action va dans le sens de la répression. Mais les mentalités contemporaines ne sont pas dépourvues d'à priori concernant les mœurs, la race, la situation social, tout un ensemble qui suscite des jugements négatifs encore moins justifiés que ceux du passé.

Il faut également avouer que nos réactions face à l'adultère ne sont plus les mêmes qu'autrefois. Ce n'est pas que nous approuvions cette perturbation, mais les mœurs contemporaines ont fini par nous y habituer et par atténuer toute réaction négative à ce sujet. L'attitude sévère de certaines civilisations musulmanes (la condamnation à mort) nous paraît une régression inutile et insupportable.

Mais, dans le domaine conjugal comme en bien d'autres, on ne peut manquer de rapprocher la situation où se trouve Jésus de notre propre situation au milieu du monde incroyant. Tout comme lui nous sommes souvent interpellés à ce sujet. Nous sommes parfois  hésitants car nous avons le juste souci de ne pas répondre n'importe quoi. Des passages comme celui-ci représentent alors une véritable richesse. Jésus ne s'est pas contenté de nous donner l'exemple d'engagements courageux, il nous apprend à réfléchir en prêtant attention aux situations particulières qu'il a affrontées historiquement.

Les pièges universels

Le récit est explicite sur le piège tendu à Jésus en rapport avec la civilisation juive. Il est possible d'en saisir les racines. Il s'agit de la partie émergée des multiples pièges auxquels Jésus a été confronté "naturellement". En se plongeant dans notre humanité, il ne pouvait manquer d'en rencontrer les pesanteurs et les ambiguïtés. Dans ce texte, nous retrouvons en arrière-plan celles qui concernent le domaine conjugal ; mais il est relativement facile d'y reconnaître le visage qui touche bien d'autres domaines.

1. Comme nous, Jésus se trouve face au piège de la confusion que créent certaines situations.

Il était normal qu'en son temps, un idéal soit proposé pour la fidélité entre époux et qu'il prenne place dans la Torah. Jésus lui-même ne manquera pas de le reprendre de façon encore plus exigeante: "Quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis, dans son cœur, l'adultère avec elle" Matthieu 5/28. De leur côté, dans le cas évoqué, les scribes et les pharisiens n'avaient pas créé les perturbations. A aucun moment, Jésus ne le suggère.

Les autorités sont donc elles-mêmes affrontées à un piège ; de par leur rôle d'interprètes d'une Loi qu'ils n'ont pas rédigée, les responsables sont contraints de se référer "à ce qui a été écrit"… Or les pharisiens ne sont pas des bourreaux. En questionnant Jésus en tant que Maître-enseignant, ils ne font que lui transmettre leur propre piège.

2. Comme nous, Jésus se trouve face au piège des réactions personnelles et donc au piège des libertés.

On ne pouvait reprocher aux scribes et aux  pharisiens de lutter contre le relâchement des mœurs que favorisait l'influence romaine. C'était même leur devoir. On ne pouvait leur reprocher de se référer à la Loi de Moïse ; celle-ci avait épanoui tant de valeurs au long de l'histoire du peuple juif. Leurs réactions  sont excessives, mais elles procèdent de leur liberté.

La femme n'avait pas été contrainte à la prostitution. Même si nous sommes portés à atténuer sa responsabilité en raison de la condition féminine de l'époque, Jésus n'évoque pas une atteinte à sa liberté. Deux courants de liberté se trouvent donc en opposition et Jésus se trouve placé au milieu.

3. Comme nous, Jésus se trouve face au piège des risques de l'avenir. Nous le savons par expérience, dénier toute valeur aux lois risque d'ouvrir une permissivité dont les conséquences sont rarement positives. Quant au pardon, les exemples de son inefficacité sont indéniables.

Il s'ensuit le piège des discours. Dans le cas présent, une réponse claire paraissait impossible. Si Jésus ne prenait pas parti pour la Loi, il serait accusé de la transgresser. S'il tranchait en faveur de la Loi, sa réputation et son enseignement sur la miséricorde seraient gravement compromises.

Les "silences" de Jésus

Par deux fois, avant de prononcer les phrases essentielles qui composent sa réponse, "Jésus écrit sur le sol"…On a beaucoup disserté pour savoir ce qu'il écrit alors que le symbolisme de ce geste parle de lui-même.

Face aux situations délicates qui lui étaient créées par les hommes et les circonstances, tout comme nous, Jésus a éprouvé le besoin de réfléchir. Il n'avait pas en réserve une réponse toute faite. Si l'auteur mentionne ce temps de réflexion, c'est avant tout pour nous, pour que nous ne dramatisions pas nos propres hésitations et que nous sachions agir de même, dans le calme.

Un temps de réflexion est toujours nécessaire en vue de "peser" la réponse en fonction de la personne concernée. Cette réflexion est tournée "vers le sol". Jésus n'en appelle pas au ciel en reprenant une phrase "spirituelle" susceptible d'apaiser les animosités ou invitant à une meilleure conduite. Il "fabrique" une double réponse et il la fabrique "avec le doigt", symbole d'une activité plus délicate, plus précise.

A l'adresse des scribes et des pharisiens, ces silences de Jésus se présentaient également comme autant d'invitations à réfléchir. Ils en avaient l'habitude, eux qui consacraient tout leur temps à préciser les valeurs de la Loi et à en actualiser les prescriptions. Le fait que Jésus "traçait des traits sur le sol" ne comporte aucun "mystère". En premier, il laisse aux opposants le soin de bien peser les conséquences de leur accusation, car il s'agissait d'une vie.  En second, il leur objecte un défi "de bon sens" au nom même de leur Loi.

Il faut savoir que la Loi juive procédait de façon judicieuse avant d'établir une condamnation capitale. Une disposition rappelait au "témoin" sa responsabilité. Il devait être le premier à "jeter la pierre" sur la personne concernée, il lui fallait donc assumer par lui-même la conséquence dramatique de ses paroles, d'accusateur il devenait bourreau.

C'est d'ailleurs devant cette échéance que certains reculent. Lorsqu'il est dit que "les plus anciens s'en vont les uns après les autres", pas besoin de les charger d'un plus grand nombre de péchés en raison de leur âge. Au contraire, non seulement, ils ont perçu que le prophète galiléen était plus "astucieux" qu'ils ne le croyaient, mais peut-être ont-ils également perçu les points faibles de la Loi par rapport à l'idéal qu'ils lui fixaient.  

Les réponses de Jésus

Les réponses de Jésus sont devenues des slogans quelque peu usés à force d'être répétés hors contexte. Il faut donc en rappeler la teneur exacte.

* Notons d'abord la perspective commune qui oriente les deux phrases : priorité est donnée aux personnes et à leurs responsabilités pour l'avenir. Ceci est net en ce qui concerne la femme. Mais auparavant, scribes et pharisiens avaient été invités à sortir de leur statut juridique et à se poser question sur leur comportement personnel. Fondamentalement ils étaient loin de s'ériger en bourreaux, et Jésus ne se moque pas d'eux lorsqu'ils en prennent conscience et se retirent. Ils "valaient" plus que leurs discours et Jésus n'est certainement pas le dernier à le regretter.

* Nous pouvons également noter comment Jésus reste dans le cadre des mentalités initiales en sollicitant des valeurs souvent "étouffées".

1. Scribes et pharisiens "dissertaient" à partir de la Loi. Jésus les rejoint à cette place, et les invite à un examen plus minutieux. La Loi a d'autres dimensions que celles qu'ils mentionnent. En effet, pour les scribes, l'amour du prochain sous-tendait les commandements. Avant d'être condamnation, la Loi visait l'épanouissement de l'homme.

En même temps, Jésus évoque les limites de la Loi, il fait ressortir une contradiction dans son interprétation. Car, scribes et pharisiens ont déjà manqué à la miséricorde que recommande la Loi lorsqu'ils ont accusé cette femme avec autant de haine et d'insistance. Qui commettait de telles fautes ne pouvait se poser en défenseur de la Loi.

2. En ce qui concerne la femme, Jésus a une manière bien à lui d'ouvrir vers l'avenir sans oublier le passé. Il importe d'isoler les deux phrases de sa réponse en raison de leurs perspectives différentes. "Je ne te condamne pas" : Jésus met d'abord en évidence le fait que personne n'a suivi la sévérité radicale que préconisaient certaines interprétations de la Loi. En un premier temps, Jésus se range à cet avis comme se sont rangés scribes et pharisiens en quittant le Temple.

C'est alors qu'il ajoute la phrase qui lui est propre : "Va et désormais ne pèche plus". La réalité de la faute reste, mais comme une anti-référence qu'il ne convient pas d'oublier. Car, sur cette route nouvelle, la femme risque de rencontrer les mêmes pesanteurs qui l'ont fait chuter. Il n'est  pas plus facile pour elle d'adopter une conduite nouvelle que, pour les pharisiens, de s'ouvrir à une interprétation plus humaine de la Loi.

Conclusion: retour à l'actualité

Une fois passé le temps d'admiration pour le courage et la sagesse de Jésus, nous percevons les difficultés que nous ne pouvons manquer de rencontrer dans la mission. Ce texte le confirme. Elles sont si variées qu'il est bien difficile d'en aborder le détail.

Une dernière lumière peut cependant éclairer nos engagements  Jésus n'a pas fait de plaidoirie. Il n'a pas nié ou escamoté la faute de cette femme. Il n'a pas plus sous-estimé les lourdeurs des responsables. Simplement il a rendu la vie à tous ces gens. Il leur a rendu des yeux et de la mémoire pour qu'ils servent la vie.

Il est plus facile de lancer des pierres que de les laisser tomber. Pourtant, si nous acceptons de réfléchir, il n'y a pas à hésiter.

 
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