Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 3ème Dimanche de carême

 

Actualité

Le texte d'évangile aborde en priorité un thème qui n'est pas sans actualité, celui des conditions difficiles que peuvent rencontrer ceux qui adhérent à la foi. Au temps de Luc, il n'était pas facile de lire "les signes des temps" dans les milieux païens qui voyaient débarquer une doctrine nouvelle encore fort imprégnée de judaïsme. Certes notre époque bénéficie de meilleures conditions, mais il n'est pas plus facile d'en tirer les conséquences, comme en témoigne l'incroyance qui nous entoure.

Evangile

Evangile selon saint Luc 13/1-9

Le temps de l'Eglise - 4ème ensemble : assumer les choix de la foi

1. les difficultés "au temps présent"

a) la foi est un choix personnel qui ne va pas de soi en raison des ruptures qu'elle implique et de l'intelligence personnelle qui en décide, elle est "conversion" au sens large de ce mot

b) il importe de ne pas retarder ce choix; car les situations dramatiques d'ordre humain sont imprévues

Etaient présents, à ce moment, quelques-uns qui lui rapportaient le cas des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices

Ayant répondu, Jésus leur dit :

" Pensez-vous que ces Galiléens étaient pécheurs plus que tous les Galiléens, parce qu'ils se trouvent avoir souffert ceci ?

Non pas, je vous le dis I Mais si vous ne vous convertissez pas, tous semblablement vous vous perdrez.

c) il en est de même des catastrophes et des accidents

Et ces dix-huit-là sur qui tomba la tour de Siloé. Pensez-vous qu'ils étaient débiteurs plus que tous les hommes qui habitent à Jérusalem ?

Non pas, je vous le dis ! Mais si vous ne vous convertissez pas, tous pareillement vous vous perdrez

2. l'apport de la foi au service du temps présent

parabole du vigneron patient et actif dans l'espérance d'une récolte future

Il disait cette parabole :

" Quelqu'un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur lui et il n'en trouva pas.

Il dit à l'adresse du vigneron : " Voici trois années que je viens, cherchant du fruit sur ce figuier et je n'en trouve pas. Arrache-le. En vue de quoi rend-il stérile la terre ? "

Celui-ci, ayant répondu, lui dit : " Seigneur, laisse-le encore pendant cette année jusqu'à ce que je creuse autour de lui et y jette du fumier. Et si éventuellement il fait du fruit dans l'avenir ! Sinon, tu l'arracheras. "

Contexte dans lequel prend place le passage retenu par la liturgie

* Durant le temps du carême, la liturgie abandonne la continuité qui faisait la richesse de notre réflexion en "accrochant" les uns aux autres les différents thèmes abordés et en les enrichissant selon le flux d'une même pensée. Nous retombons dans la référence aux "sujets" sélectionnés de façon habituelle en vue d'une préparation "spirituelle" à la Semaine Sainte.

Nous percevons les limites de cette méthode en abordant le passage de ce dimanche. Un regard sur le contexte serait indispensable, mais il ne correspond pas exactement à l'intention que semblent s'être fixés les liturgistes. Leur "découpage" ne semble pas en avoir tenu compte. De ce fait, les commentaires sont exposés à partir dans tous les sens, hormis celui qu'adoptait Luc en regroupant quelques éléments reçus de la tradition antérieure et mis au service de sa présentation générale.

Ce passage est extrait d'un ensemble d'enseignements éclairant les difficultés que rencontre souvent l'adhésion à la foi. Parmi celles-ci l'évangéliste retient le choc avec l'environnement et les autres hésitations qui proviennent des "conditions du temps présent". Au temps de sa rédaction, outre des pesanteurs universelles, il s'agissait de l'environnement païen et du choc des cultures.

* Le "cadre de Luc" : au temps de l'Eglise, assumer le choix de la foi. En voici le détail.

perspective générale 12/49: "Je suis venu jeter un feu sur la terre et il n'y a pas à s'étonner qu'il soit allumé". Le premier, Jésus en a assumé les conséquences… mais tout disciple est affronté à cette exigence.

les difficultés : certaines sont propres à la foi, d'autres sont d'ordre plus général, ce qui ne les rend pas étrangères à la foi.

1er point 12/51 Il n'y a pas à s'étonner des divisions qu'introduit l'annonce du message, elles sont inévitables à la lumière de la perspective précédente.

2ème point 12/54 Car la foi procède d'un choix personnel. Chacun est amené "à juger par soi-même" en comprenant les "signes". Ces signes sont "du moment présent" et ils se concentrent dans un témoignage, celui du "juste", c'est-à-dire Jésus.

3ème point 12/57 Le choix de la foi est sérieux et ne peut être remis à plus tard. Quant aux fausses assurances qui peuvent être évoquées pour affronter un jugement final, elles ne tiennent pas. Demain il sera trop tard. L'amitié que propose Jésus est à choisir et à vivre maintenant, "sur le chemin"…

4ème point (début du passage liturgique 13/1) L'irruption soudaine de certaines situations doit aider à réfléchir et invite à ne pas remettre à plus tard la "conversion", c'est-à-dire l'adhésion à la foi… Ces situations dramatiques peuvent être d'ordre humain, comme les persécutions… Elles peuvent être d'ordre accidentel, comme la chute d'une vieille tour. Il n'y a pas là "provocation de Dieu", mais respect de la liberté…

l'attitude chrétienne face aux difficultés du temps présent

1er point 13/6 Les exemples précédents pourraient situer la naissance de la foi dans une ambiance de peur. Il importe de rectifier cet aspect en parlant de "patience de Dieu". Mais cette patience est active : "creuser autour" et "y jeter l'évangile"… pour aider à "relever la tête" …

2ème point 13/18 Car l'évangile est comme un grain de sénevé qui peut devenir un arbre… il est comme un ferment que l'on jette dans la farine pour que tout fermente

3ème point 13/23 Dans ces conditions, "y en a-t-il peu qui sont en train d'être sauvés ?"… C'est une fausse question puisque la liberté des hommes est en jeu. L'important est d'entrer par une porte qui reste étroite et dont on sait qu'elle risque de se fermer…

4ème point 13/28 Cependant, ne dramatisons pas. Ceux qui suivent cette voie difficile n'appartiennent pas à l'élite d'une civilisation privilégiée… ils constituent une communauté universelle, "du levant et du couchant, du nord et du midi"…

Le passage de ce dimanche est donc composite. Nous lisons la 4ème partie d'un premier paragraphe où Luc invite à "examiner le moment" afin de ne pas retarder l'adhésion de la foi. Mais l'extrait retenu est peu significatif de cette idée ... Nous lisons ensuite la 1ère partie d'un deuxième paragraphe où l'évangéliste esquisse la mission qui nous revient ; la présentation est plus claire pour traduire positivement ce que l'on désigne souvent par la "patience de Dieu"…

Piste possible de réflexion : la foi chrétienne face aux épreuves …

En lisant ces versets, nous sommes partagés entre deux centres d'intérêt. Spontanément, nous ne pouvons manquer d'être sensibles à la première partie du texte, celle qui concerne le destin tragique qui s'abat subitement sur certaines personnes… Par ailleurs, avant d'assumer cette échéance, nous sommes soucieux de vivre notre foi en vue d'un épanouissement quotidien et non en menace permanente d'un inconnu. Par conséquent une réflexion complète concernant ce passage mériterait un commentaire de plus grande ampleur.

Mais, dans la conversation courante, nous sommes souvent affrontés à la première question. Qu'il s'agisse d'une réaction naturelle ou de l'héritage d'une ancienne formation, elle "bloque" la seconde. Lorsqu'elle se pose "à chaud" et que la sensibilité de notre interlocuteur en est directement affectée, chacun "s'exprime comme il peut" pour le soutenir de son amitié. Pourtant il serait bénéfique que nous tentions de nourrir cet immédiat d'une réflexion "à froid". Profitons de ce texte de Luc pour aborder les choses concrètement. Adoptons l'ordre qui nous est imposé mais n'oublions pas le regard de foi que nous chercherons à "glisser" ensuite… .

Face à l'épreuve de la mort

= Nous pouvons d'abord observer que Jésus donne une portée générale à ces versets. La mort des résistants galiléens avaient un responsable : Pilate, et une motivation: leur résistance armée…mais les seconds pouvaient être assimilés à toutes ces victimes d'accidents ou de catastrophes dont nous entretiennent les informations quotidiennes.

De même, nous ne pouvons être étonnés quand notre entourage s'interroge lors d'un décès. C'est là une réaction normale et profondément humaine qu'il faut respecter… comme Jésus a respecté les réactions spontanées de Marthe et de Marie à la mort de leur frère Lazare (Jean 11/21).

= Pour dominer notre dialogue, nous pouvons simplement remarquer que, chez la plupart de nos interlocuteurs, plusieurs domaines se mêlent confusément.

1. Certaines questions portent sur la "nature" de la mort ou du mort, autrement dit : qu'en est-il "matériellement" de la personne qui subit cet arrêt brutal ? A ce niveau, les conceptions courantes sont très dépendantes de la pensée ambiante et de la manière dont est conçue "la mécanique de la vie" ; ces conceptions ont beaucoup varié et nous sommes en pleine évolution des mentalités. D'un point de vue vraiment chrétien, l'évolution actuelle est loin d'être négative.

Notre civilisation avait hérité de la conception grecque, celle-ci parlait de séparation de l'âme et du corps mais elle se heurte à l'impossibilité de préciser ce qu'il faut entendre par âme. Aujourd'hui, la notion complémentaire de "personne", propre à chacun, a introduit une vision plus nuancée, moins "standard"… Par ailleurs, le progrès des connaissances a beaucoup influé sur "l'imaginaire" habituel… l'avenir du corps s'est sensiblement réduit depuis que sa composition "moléculaire" est mieux connue… la notion de ciel est devenue plus immatérielle… quant au "mystère de l'esprit", les progrès sur le génome se conjuguent aux sciences humaines pour inviter à respecter bien des inconnues…

Normalement, tout ceci ne peut que contribuer à privilégier des réponses plus adaptées au sujet des personnes qui "s'éloignent"… il devient possible d'évoquer une nouvelle présence… de suggérer un lien entre le "mystère" de l'épanouissement futur et le "mystère" que chacun portait en lui… De façon pratique, sans forcément le dire explicitement, il est relativement facile de transposer la richesse de nos rapports avec Jésus, tels qu'ils s'éclairent au nom de l'évangile et d'une juste conception de la résurrection…

2. Mais nous ne pouvons empêcher que soient formulées d'autres questions portant sur "l'origine de la mort", particulièrement le "scandale de la mort" en certaines circonstances.

C'est à ce niveau que nous nous trouvons le plus "gênés". Souvent, la forme du dialogue prend le ton d'une interpellation directe : "S'il y avait un Bon Dieu !". A l'opposé, certaines formules heurtent à juste raison nos sensibilités chrétiennes modernes : "Dieu l'a rappelé à lui !"… "Dieu a abrégé ses souffrances !"… "C'était son destin !"… Il faut le reconnaître : ça ne passe plus ! Et il serait absurde de remettre en cause la foi de ceux qui contestent de telles opinions.

= On peut cependant  puiser notre inspiration dans le texte d'aujourd'hui. Luc précise une attitude de Jésus dans le cadre d'une discussion courante "à froid".

a) Jésus prend l'initiative du choix du terrain. Il exprime sans détour l'opinion habituelle que ses interlocuteurs sous-entendaient. En tous temps, les mentalités religieuses suggèrent, à propos de la mort un schéma de "rétribution": le malheur serait le signe d'une punition sous le couvert du péché, où,  à tout le moins une épreuve envoyée ou permise par un Dieu susceptible de la différer.

b) Sur le point d'impact le plus sensible de cette opinion, Jésus est très clair et engage à son encontre toute son autorité : "eh bien non, je vous le dis !"… La piste du péché est une fausse piste et mène à une impasse. Le péché personnel n'a rien à voir avec le malheur qui surgit à l'improviste. Il s'agit là d'une manière révoltante de situer Dieu dans ses rapports aux hommes. Jésus sera aussi net au sujet de l'aveugle de naissance : "ni lui, ni ses parents n'ont péché pour qu'il soit né aveugle !" (Jean 9/3).

c) En arrière-plan, Jésus renvoie à une affirmation que soulignait déjà la Bible : "Dieu n'a pas fait la mort" (Sagesse 1/13), on ne peut dire n'importe quoi à ce sujet. Mais nous entendons spontanément en notre mémoire l'objection qui va nous être faite : "Alors d'où vient-elle ?"

C'est alors, quelles qu'en soient les conséquences sur l'espérance de consolation que nous voudrions apporter à ceux qui sont atteints par ce drame, qu'il nous faut répondre tout aussi clairement : Qu'en est-il ? Mais "nous n'en savons rien, après comme avant Jésus. Pour un croyant comme pour un incroyant le mystère reste entier. En tant que chrétiens, nous n'avons pas plus de réponses que nos contemporains.

d) Il est à craindre qu'à ce stade de notre échange le dialogue ne s'interrompe. Nous n'y pouvons rien. Mais la deuxième partie de la réponse de Jésus nous suggère la direction que nous pouvons continuer d'insinuer, si la possibilité nous en est donnée.

Le condensé de Luc doit être bien interprété par une lecture attentive. L'expression "vous périrez comme eux" ne porte pas sur le fait de périr, mais sur "l'état" dans lequel on périt. Les résistants galiléens s'étaient engagés dans la perspective d'un messianisme politique contre les romains, les habitants de Jérusalem restaient centrés sur la religion juive. Les uns comme les autres ne prêtaient pas attention à la densité d'humanité que révélait en leur temps le témoignage de Jésus.

De même le mot "conversion" est à prendre au sens initial très large. Le contexte invite à ne pas l'interpréter comme regret des fautes par crainte d'un jugement. C'est toute l'attitude religieuse qui doit être "retournée".En Jésus Dieu s'est approché, chacun doit se prononcer en accueillant sa proximité au niveau concret de l'existence.

La foi chrétienne n'estompe pas le "scandale" que nous ressentons, elle nous tourne vers d'autres horizons. Non pas les horizons d'un au-delà, comme beaucoup le pensent, mais les horizons de notre présent . Ce n'est pas un défi. Il serait tentant, face aux circonstances, de se murer dans un certain stoïcisme. La foi chrétienne propose une solution plus efficace, à savoir dominer "l'inconnu" de ce scandale en valorisant le "possible" de notre aujourd'hui.

Telle est la portée de la parabole qui suit immédiatement notre passage : le vigneron patient et actif,  évocation de la croissance "qui fait du fruit" mais exige auparavant "qu'on creuse autour" pour qu'agisse pleinement le ferment de l'évangile.

e) En conclusion, il peut être utile de se rappeler qu'un autre schéma de dialogue est possible dans les cas d'un partage entre chrétiens. Jean, au chapitre 11 de son évangile, le développe à l'occasion de la mort de Lazare. Mais ce cas est malheureusement bien rare aujourd'hui.

Face aux difficultés consécutives au choix de la foi

Comme nous l'avons repéré en observant le contexte, le passage d'aujourd'hui est un passage "piège". Le risque est grand de se focaliser sur la première partie en raison de la question latente que tout homme se pose au sujet de la place de Dieu dans la mort. L'erreur de perspective risque de rejaillir sur la parabole du vigneron. Elle est menacée par une ambiance de crainte alors que Luc le situe en référence à l'espérance que porte sa conclusion. Pour contrer cette déviation, il suffit d'en appeler à la pensée de Luc et aux symbolismes du texte.

= Pour saisir l’exacte pensée de Luc, il est indispensable de remonter légèrement dans son évangile. La mention du massacre des galiléens et de la chute de la tour n'est que la conclusion d'un développement adressé à sa communauté. Luc y aborde les difficultés que pouvaient rencontrer ses contemporains pour adhérer à la foi nouvelle que représentait pour eux la foi chrétienne. Il situe ces difficultés comme un processus normal. Pour ce faire, il met en premier verset une phrase de Jésus : " Je suis venu apporter un feu sur la terre et qu'est-ce que je veux, sinon qu'il soit allumé"… allumé implique un rayonnement positif et non un ravage destructeur.

Il passe ensuite au plan concret. Bien entendu, son analyse des difficultés est dépendante des conditions culturelles dans lesquelles se trouve sa communauté Il envisage d'abord les perturbations que la nouvelle foi risque d'introduire dans le cadre familial, puis il insiste sur la lecture "des signes du temps présent", expression très large qu'il centre sur "ce qui est du juste", c'est-à-dire Jésus. En troisième position, il aborde la question de l'urgence en évoquant le jugement auquel chacun sera affronté en "fin de parcours".

Il rebondit discrètement sur cette idée. L'option de la foi chrétienne engage le destin de chacun, elle ne peut être assimilée à une vague référence religieuse, elle implique une réflexion personnelle et c'est ce qui en fait la valeur. Elle ne peut donc être remise à demain. En raison des conditions du temps présent, elle est entraînée dans leur mouvance. L'auteur illustre cette instabilité en mentionnant deux exemples, celui des résistants galiléens massacrés alors que leur venue à Jérusalem visait à accomplir leurs devoirs religieux et celui des victimes de la chute d'une vieille tour qui était pourtant intégrée à la ville sainte. La présence des uns et des autres à Jérusalem, centre du judaïsme, manifestait qu'ils ne se sentaient pas concernés par le "signe de leur temps présent" que représentait le témoignage de Jésus. Leur mort imprévue ne leur avait pas permis cette ouverture, cette "conversion" au sens de changement d'orientation pour leur foi juive.

= En parcourant cette analyse, nous ne nous sentons absolument pas dépaysés. Nous pouvons même remercier l'auteur de ne pas trop entrer dans le détail des "signes du temps", car l'expression est ouverte aux analyses diverses qui tentent de les préciser selon les siècles. Les rapprochements avec notre environnement sont très peu décalés. Aujourd'hui encore, choisir la foi chrétienne implique des ruptures avec un environnement incroyant. Quant aux confusions sur Jésus, elles sont multiples et un environnement vaguement christianisant détourne nombre de contemporains alors qu'ils cherchent à se désenliser du matérialisme et de l'égocentrisme…

= La parabole du vigneron patient et actif prend alors sa véritable portée comme éclairage de notre mission. Une fausse tendance nous porterait à nous interroger sur notre lecture des "signes du temps" en rapport avec notre foi personnelle. La chose n'est pas interdite, mais ce n'est pas la préoccupation première de Luc.

Non seulement il nous recommande de ne pas désespérer, mais il nous invite à adopter une attitude active. Il trace les deux pôles de cette activité : "creuser autour" et "mettre de l'engrais". Notons bien ces deux pôles…

Il est fréquent de parler "d'évangélisation" mais, pour être efficace, celle-ci ne peut se contenter d'un engagement désordonné ; elle exige deux préalables : il faut d'abord "creuser autour", c'est-à-dire 1. percevoir quels "signes des temps" se proposent actuellement à nos contemporains en rapport avec leur sensibilité et leurs modèles de pensée ; les signes d'hier ne sont pas forcément les signes d'aujourd'hui… 2. chercher à déblayer le terrain en les aidant à lever les obstacles qui demeurent des contre-signes : style et contenu d'une première formation… pesanteurs de certains siècles de l'histoire de l'Eglise… apparent contraste avec la culture scientifique… etc…

3. Se pose alors la question de l'engrais que nous introduisons dans ces ruptures. Sans aucun  doute, il s'agit de l'évangile, mais celui-ci n'a rien de magique. Luc en était très conscient lorsqu'il reprenait, "à frais nouveaux", des traditions passées encore marquées de judaïsme en vue de les rendre assimilables à ses lecteurs grecs. Le témoignage de Jésus nous arrive toujours dans des sacs plus ou moins usés par une utilisation antérieure. Il nous faut ouvrir les sacs et, parfois, ce n'est pas un mince travail. Mais c'est à cette condition que l'engrais pourra libérer son énergie.

= Ce travail n'est donc pas de tout repos. Mais, si nous lisons la suite du passage d'aujourd'hui, Luc cherche à  "soutenir notre moral" en nous parlant des résultats de notre engagement. Il cite l'exemple de "la femme courbée depuis dix-huit ans et qui se redresse… il mentionne la parabole du grain de sénevé" "qu'un homme jeta dans son propre jardin" et qui "devient un arbre et les oiseaux du ciel peuvent venir faire leur nid dans ses branches"… il lui ajoute la parabole du "levain qu'une femme enfouit dans trois mesures de farine et qui fait lever toute la pâte"…

Enfin, il refuse de répondre à la question : "y en a-t-il peu ou beaucoup qui sont en train d'être sauvés ?"… il invite seulement à regarder l'universalité de la communauté définitive. Il la met ainsi en lien avec la mission d'être "témoins jusqu'aux extrémités de la terre".

(C) Franck Laurent

Mise à jour le Vendredi, 01 Mars 2013 19:09
 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr