Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A: Mercredi des Cendres

 

 

Actualités

Répartition des thèmes et des textes entre les dimanches de Carême selon les années liturgiques.

 

Les deux premiers dimanches sont centrés sur le Christ. Le premier évoque le séjour au désert selon la présentation particulière de chacun des évangélistes: A = selon Matthieu, B = selon Marc (récit le plus succinct), C = selon Luc. Le deuxième rapporte la Transfiguration selon la même diversité.

Les trois autres dimanches préparent plus immédiatement aux célébrations pascales. En année A, nous parcourons trois grands "ensembles" selon Jean : l'eau-vive promise à la Samaritaine, l'accession à la lumière de l'aveugle de naissance, la vie rendue à Lazare. En année B, nous sont proposés également des textes de Jean: l'expulsion des marchands du Temple, la venue de la lumière en Jésus, la glorification de Jésus par accueil universel. En année C, la liturgie a retenu deux textes de Luc : l'activité présente du vigneron, l'accueil que le Père réserve au fils perdu, et elle y ajoute l'épisode de la femme adultère selon Jean.

 

 

 

 

Evangile

 

Évangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu (V, 1-12).

Comme les disciples s'étaient rassemblés sur la montagne, autour de Jésus, prenant la parole, il leur disait : « Si vous voulez vivre comme des justes , évitez d'agir en présence des hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n'y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

 

Ainsi, quand tu fais l'aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour se faire valoir devant les hommes . Vraiment, je le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite , afin que ton aumône reste invisible ; ton Père voit ce qui est invisible  : il te le revaudra.

 

Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour se montrer aux hommes. Vraiment, je le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme la porte, et prie ton Père qui est là, invisible ; ton Père voit ce qui est invisible : il te le revaudra.

 

Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien faire connaître aux hommes qu'ils jeûnent. Vraiment, je vous le déclare : ils ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est là, invisible ; ton Père voit ce qui est invisible : il te le revaudra. »

Textes liturgiques © AELF, Paris

 

 

 

 

 

 

Généralités sur le Carême à travers les âges

 

Le sens profond du carême a été peu à peu absorbé par la forme relative que lui ont donnée les siècles passés dans un cadre de vie différent du nôtre. Il s'ensuit une opinion péjorative aux yeux de la majorité de nos contemporains, qui s'en dissocient de plus en plus. Il s'ensuit également une gêne chez les chrétiens authentiques qui aspirent à plus de clarté, plus d'intelligence. Mais les choses sont en train de changer dans une perspective très positive.

L'Evangile laisse une grande liberté en ce qui concerne son organisation. Elle souligne seulement la valeur du partage (l'aumône), la nécessité des temps forts de rencontre avec le Seigneur (la prière) et l'exigence de certains renoncements (le jeûne), toutes choses essentielles et permanentes.

Le recours à l'histoire permet de remettre à leur vraie place les moyens pédagogiques proposés à certaines époques. Ces moyens s'harmonisaient avec les conditions de vie, majoritairement rurales jusqu'au développement industriel récent. Ils s'harmonisaient également avec le niveau de culture et d'instruction de la plupart des chrétiens. Peu de gens savaient lire et l'information se limitait à des horizons restreints. L'action sociale reposait sur la  charité dans le cadre de la communauté locale. Son efficacité était limitée alors que maladies et épidémies laissaient planer une mortalité précoce. Il en résultait une sensibilité bien différente. Par ailleurs, les rouages politiques et économiques étaient monopolisés par quelques-uns: rois, seigneurs ou moines.

Evolutions

* Aux premiers siècles, la vie de l'Eglise a été marquée de persécutions qui ont entretenu un attachement très fort à la foi. Chaque dimanche était vécu comme "jour du Seigneur", "jour de la résurrection". La fête de Pâques était, bien entendu, l'anniversaire essentiel mais chaque communauté vivait sa préparation en toute liberté.

* L'édit de Milan, promulgué par l'empereur Constantin vers 315, ouvrit la grande période de paix où l'Eglise s'organisa en "chrétienté". Il était donc normal que la vie des communautés soit harmonisée puisque la chose était désormais possible. Les Conciles s'y employèrent et le Concile de Nicée (325) fut le premier à parler du carême.

Il reprenait un usage de la communauté romaine relatif au baptême des adultes, le seul en usage à cette époque. Celui-ci était célébré, une fois par an, durant la nuit pascale; la préparation des catéchumènes était assurée par un dernier temps de réflexion, au long des quarante jours précédents. Beaucoup de fidèles avaient pris l'habitude de s'associer à ce temps de préparation marquant ainsi leur solidarité avec les nouveaux chrétiens. En outre, c'était le jeudi-saint que les "pénitents publics" étaient admis une fois par an à la réconciliation. Eux-aussi devaient s'y préparer et se trouvaient associés aux réunions d'enseignement et de prière.

Le sens premier du Carême (simple contraction du chiffre Quarante) a donc été influencé par le baptême et la pénitence publique pour des raisons pratiques et compréhensibles. Son caractère communautaire s'est trouvé accentué dans un esprit d'engagement et d'accueil. L'exemple des "nouveaux" chrétiens invitait à un renouvellement personnel au souvenir du choix personnel qui avait marqué l'adhésion au Christ et à la foi.

Au plan pratique, la durée du carême a beaucoup varié d'une Eglise à l'autre. Aux 5ème et 6ème siècles, l'unanimité semble s'être faite pour commencer au sixième dimanche avant Pâques et s'achever au soir du jeudi-saint. Cette durée a été sans doute inspirée par le souvenir des quarante jours attribués au séjour de Jésus dans le désert, au début de sa vie publique.

La coupure entre l'Eglise et la synagogue étant consommée, le rapprochement était facile avec les épisodes de l'Ancien Testament, car les auteurs bibliques jalonnent du nombre "quarante" les événements majeurs de l'histoire sainte : temps du déluge ; âge de Moïse lorsque Dieu lui confie sa mission ; temps de l'Exode avant l'entrée du peuple juif en Terre promise ;  temps du séjour de Moïse, puis du prophète Elie, sur la montagne de Dieu ;  temps accordé aux habitants de Ninive pour leur conversion ; temps du règne de David ; temps du règne de Salomon.

* Un autre facteur historique doit être attaché à l'évolution progressive de l'esprit du carême. La fin des persécutions et l'influence grandissante des responsables de l'Eglise amenait à un changement d'ambiance au niveau du choix et de l'exercice de la foi. La "sociologie" l'emportait souvent sur la conviction. De ce fait, la "conversion" des mentalités était loin d'être toujours réalisée et les influences pesaient davantage dans le sens d'une religiosité mi-païenne, mi-chrétienne. Tout naturellement ce qui était tiédeur et relâchement dans l'exercice de la foi se retrouvait dans la vie courante.

* C'est alors que le carême doubla sa référence "chrétienne" d'une perspective moralisatrice.

Les 8ème et 9ème siècles insistèrent sur des pratiques ascétiques très rigoureuses, issues du stoïcisme. La référence au Nouveau Testament interpréta la pensée de Paul dans ce qu'elle peut avoir de plus négatif : sens pessimiste de l'homme, insistance sur le péché et sa nécessaire réparation, présentation d'un Christ marqué de mort et de jugement plus que de résurrection. ( J’insiste bien sur le fait que ceci n’est pas dans Paul, mais qu’on l’y a mis dans Paul…)

Naquit alors l'obligation stricte du jeûne et de l'abstinence. Comme le dimanche dispensait de cette obligation, un calcul plus scrupuleux des quarante jours de pénitence amena à commencer le carême au mercredi qui précède le premier dimanche et à le marquer de l'imposition des cendres, coutume reprise de l'Ancien Testament. Au long de cette période, la cérémonie pénitentielle, réservée d'abord aux "pénitents publics", s'étendit à toute l'assemblée chrétienne.

* A partir du 12ème siècle, des assouplissements intervinrent sous la pression du changement des mentalités et de nouvelles conditions de vie. Il en fut de même dans la suite des siècles et c'est pourquoi le détail de cet adoucissement progressif présente peu d'intérêt pour saisir l'état d'esprit qui a marqué l'enfance de nombreux contemporains. Il date d'un lointain passé. La multiplication des dispenses a souvent contribué à entretenir un esprit très "pharisien" chez certains chrétiens et à favoriser des critiques justifiées de la part des incroyants. Ceux-ci contribuent d'ailleurs à entretenir bien des confusions à son sujet, assimilant ramadan musulman et carême chrétien et les rangeant tous deux au rang de coutumes désormais dépassées. 

Les quelques efforts qui ont été faits, au moment du Concile, pour "sauver le carême" en orientant son esprit dans le sens du partage n'ont guère eu d'impact hors des milieux vraiment chrétiens. Ils ne sont pas négligeables, mais ils se présentent comme des "emplâtres" qui dispensent de reprendre la question à la base. Nous restons tributaires des siècles de chrétienté dans le vocabulaire comme dans l'état d'esprit qui marquaient leur époque.

 

 

Méditation sur le Carême

 

Au Mercredi des Cendres, la page de Matthieu qui sert de Prologue au Carême nous laisse une grande liberté d’organisation. A l’indicatif de jeûner, prier et faire l’aumône, est joint le seul impératif de discrétion, mieux de délicatesse, condition sine qua non d’une récompense (comprenez : ‘une plus grande joie’) dans le Royaume des Cieux.

 

Trois domaines sont privilégiés : la valeur du partage avec l’aumône, l’importance de temps forts pour rencontrer le Seigneur avec la prière, l’exigence d’un certain renoncement avec le jeûne.

 

Les cinq dimanches qui suivent sont comme les cinq actes d’une pièce où se joue la dramatique divine et dont le dénouement sera Pâques.

 

Acte Premier : au désert pour y être tenté.

Acte 2 : sur la montagne pour y être transfiguré.

Acte 3 : au bord du puits pour émerger.

Acte 4 : à Siloé pour voir enfin.

 

Acte 5 : à Béthanie pour sortir du tombeau.

 

 

 

La distribution des personnages est la suivante:

Le vrai héros du Carême, c’est le corps. Le personnage principal, c’est le pauvre. Le serviteur fidèle, l’adjuvant, c’est le Christ. Le méchant, l'opposant, c’est le Tentateur, le Démon.

 L’unité de lieu, c’est le désert, l’unité de temps, une quarantaine, l’unité d’action, la conversion.

Le dénouement, la Bonne Nouvelle finale, qu’il ne faut pas seulement comprendre ou entrevoir, mais dont il faut vivre, c’est que Le Christ anéantit toute fatalité tragique : par Lui, le péché et la mort sont vaincus. Pour tous! Voilà ce qui doit mobiliser notre être dans une marche unanime vers une fin qui le ramasse tout entier : nous sommes des ressuscités. Ce à quoi nous prépare la Carême. Pas de quoi faire une triste mine, mais qui justifie de nous parfumer.

 

Le héros du Carême, c’est le corps

 

Le héros du Carême, c’est le corps. Ce corps, nous allons le faire jeûner; ce corps, nous allons le faire veiller. Jeûner et veiller ! Pourquoi ?

Non par ascèse vaine ou mortification orgueilleuse. Il ne s’agit pas de châtier la chair, il s’agit de la spiritualiser. Et d’abord, éprouver par tous nos sens que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes et que nous sommes dans la main de Dieu. Le sommeil et la satiété aurait tendance à nous le faire oublier. Nous allons jeûner pour décoller du biologique, jeûner pour ressentir la vraie soif ; nous allons  veiller pour terrasser l’obscurité, veiller pour mesurer l’irréalité de nos songes.

Le Carême invite notre corps à imiter le Christ, à passer de son corps affamé au désert à son corps transfiguré au Thabor, de son corps défiguré au Calvaire à son corps ressuscité au jardin  de Pâques. Le carême est un itinéraire pour devenir le corps désaltéré de la Samaritaine, le corps dessillé de l’Aveugle-né, le corps réveillé de Lazare.

 

Tel est le sens du jeûne, jeûne non de crainte et de privation, mais  jeûne d’amour et de préférence. Amour de Dieu et de la vraie vie en Dieu, qui suppose un changement radical d’état d’esprit. En grec , on appelle cette conversion la  métanoia. On comprendra tous les bienfaits du Carême en considérant l’antonyme de ce mot:  la paranoia ! 

(à suivre....)

Mise à jour le Mardi, 12 Avril 2011 09:10
 
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