Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : Dimanche des rameaux

Année A : Dimanche des rameaux

 

Sommaire

Plan de la passion selon saint Matthieu

Evangile : Matthieu 26/14 à 27/66

Contexte de la présentation de la passion selon Matthieu

Référence aux Ecritures

Pensée propre à Matthieu

 

Plan de la passion selon saint Matthieu

 

L'évangéliste lui consacre son 7ème développement : le drame d'une passion ouvrant à la résurrection.

Comme les autres évangélistes, Matthieu ne se limite pas à un compte-rendu des événements. Il sait que la crucifixion de Jésus s'est déroulée de façon semblable à toute autre crucifixion, exception faire de sa rapidité. Il dépasse son horreur en intégrant à sa présentation une réflexion dont il espère qu'elle coupera court à certaines interprétations trompeuses.

Selon la méthode de composition qu'il adopte dans l'ensemble de son œuvre, il développe un "ensemble général", ce que nous appelons l'exposé en enseignement oral par similitude avec la présentation antérieure. Il décompose cet ensemble en trois sous-ensembles dont la clé se trouve dans l’Ancien Testament, "à la lumière des prophètes"

1er ensemble : dans l'éclairage du prophète Zacharie et de sa présentation messianique, il groupe les 7 premiers points: a) projet des chefs juifs contre Jésus… b) onction de Béthanie… c) trahison de Judas… d) préparatifs du repas pascal… e) annonce de la trahison… f) eucharistie… g) prédiction du reniement de Pierre…

2ème ensemble : dans l'éclairage du livre d'Isaïe sur le Serviteur souffrant, il groupe les 7 points suivants: a') Gethsémani… b') arrestation… c') comparution devant le Sanhédrin… d') reniement de Pierre… e') mort de Judas… f') comparution devant Pilate… g') violences des soldats…

3ème ensemble : dans l'éclairage du Psaume 22 et des psaumes messianiques, il groupe les 7 derniers points: a") crucifiement… b") moqueries envers Jésus sur la croix… c") mort de Jésus… d") signes du Jugement dernier selon les prophéties… e") germe d'universalité: le centurion… f") ensevelissement… g") garde du tombeau…

 

Evangile 

 

Evangile selon saint Matthieu: 26/14 - 27/66

 

1er ensemble : à la lumière du prophète Zacharie, déjà relié à la passion lors de l'entrée à Jérusalem, le bon berger rejeté 

a) projet des chefs juifs contre Jésus 26/2-5

= Il arriva, quand Jésus eut fini toutes ces paroles, qu'il dit à ses disciples: Vous savez que, après deux jours, la Pâque arrive et le Fils de l'homme est livré pour être crucifié.

= Alors grands prêtres et anciens du peuple s'assemblèrent vers le palais du Grand-Prêtre qui s'appelait Caïphe, et tinrent conseil afin de se saisir de Jésus par ruse et de le tuer.

= toutefois Ils disaient: pas durant la Fête afin qu'un tumulte n'arrive pas dans le peuple.

b) onction de Béthanie : une femme verse du parfum sur la tête de Jésus 26/6-13

= Comme Jésus était arrivé à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, une femme, ayant un vase d'albâtre rempli de parfum de grand prix, vint auprès de lui et le versa sur sa tête alors qu'il était attablé.

= Le voyant, les disciples s'indignèrent : Pourquoi cette perte-ci? Ceci pouvait être vendu pour beaucoup et donné aux pauvres.

= Le connaissant, Jésus leur dit: pourquoi occasionnez-vous des peines à la femme? Car elle a œuvré une belle œuvre envers moi. Toujours vous avez les pauvres avec vous, moi vous ne m'avez pas toujours. Celle-ci, jetant ce parfum sur mon corps, l'a fait pour commencer ma sépulture. En vérité je vous dis: là où cet Evangile sera proclamé, dans le monde entier, il sera parlé aussi de ce que celle-ci a fait, pour son souvenir.

c) trahison de Judas 26/14-16

Alors un des Douze, appelé Judas Iscariote, allant auprès des grands prêtres, dit: Que voulez-vous me donner, et moi, je vous le livrerai? Ils lui versèrent trente pièces d'argent et, dès lors, il cherchait le bon moment afin de le livrer.

d) préparatifs du repas pascal 26/17-19

= Le premier jour des Azymes, les disciples vinrent auprès de Jésus en disant: où veux-tu que nous t'apprêtions à manger la Pâque ?

= Il dit: partez vers la ville, auprès d'un tel et dites-lui:  le maître dit: mon moment est proche, chez toi je fais la Pâque avec mes disciples.

= Les disciples firent comme leur avait prescrit Jésus et ils apprêtèrent la Pâque

e) annonce de la trahison 26/20-25

= Comme le soir était arrivé, il était attablé avec les Douze. Comme ils mangeaient, il dit: en vérité, je vous dis, un d'entre vous me livrera. S'attristant fortement, ils commencèrent à lui dire, chacun tour à tour : est-ce que c'est moi, Seigneur ?

= Répondant, il dit : quelqu'un qui plonge la main avec moi dans le plat, celui-ci me livrera. Le Fils de l'homme part selon qu'il est écrit à son sujet; quant à l'homme par qui le Fils de l'homme est livré, hélas pour celui-là, il eut été beau pour lui, si cet homme-là n'avait pas été engendré.

= Répondant, Judas, qui le livrait, dit: est-ce que c'est moi, Rabbi ? Il lui dit: toi, tu l'as dit

f) eucharistie 26/26-29

= Comme ils mangeaient, Jésus, prenant le pain et disant la bénédiction, le fractionna et, le donnant aux disciples, dit : prenez, mangez, ceci est mon corps.

= Prenant une coupe et rendant grâces, il la leur donna en disant: buvez-en tous ; car ceci est mon sang de l'alliance, répandu pour beaucoup en vue d'un pardon de péchés.

= Je vous dis : je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu'à ce jour-là quand je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père.

g) prédiction du reniement de Pierre 26/30-35

Chantant des psaumes, ils sortirent vers la Montagne des Oliviers.

= Alors Jésus leur dit : tous, vous serez scandalisés à mon propos, en cette nuit-ci, car il est écrit : je frapperai le berger et seront éparpillées les brebis du troupeau. Mais, après que je me serai réveillé, je vous précéderai vers la Galilée.

= Répondant, Pierre lui dit : si tous sont scandalisés à cause de toi, moi, jamais je ne serai scandalisé. Jésus lui déclara: En cette nuit-ci, avant que le coq chante, trois fois tu me renieras!

= Pierre lui dit : même s'il me fallait mourir avec toi, je ne te renierai pas! Semblablement aussi dirent tous les disciples.

2ème ensemble : à la lumière du prophète Isaïe : le Messie-Serviteur, rencontrant scepticisme et hostilité, mais restant ferme sous les outrages 

a') la veillée et l'angoisse de Jésus à Gethsémani 26/36-46

= Alors, Jésus vient avec eux vers un endroit dit Gethsémani. Il dit aux disciples: Asseyez-vous en cet endroit pendant que, m'éloignant, je prierai. Et prenant auprès de lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à s'attrister et à être angoissé. Alors, il leur dit: mon âme est triste jusqu'à la mort; restez et veillez avec moi.

= Venant un peu plus loin, il tomba sur sa face en priant et disant: mon Père, s'il est possible, que passe loin de moi cette coupe-ci. Pourtant, non comme moi je veux, mais comme toi tu veux.

Et il vient auprès des disciples et les trouve dormant. Il dit à Pierre : Ainsi vous n'avez pas eu force de veiller avec moi une seule heure? Veillez et priez afin que vous n'entriez pas dans la tentation, l'esprit est ardent; quant à la chair, elle est faible.

De nouveau, une deuxième fois, s'éloignant, il pria en disant: mon Père, si ceci ne peut passer si je ne le bois pas, qu'arrive ta volonté! Et venant de nouveau, il les trouva endormis car leurs yeux étaient alourdis.

Les laissant, de nouveau s'éloignant, il pria une troisième fois, disant de nouveau les mêmes paroles.

= Alors il vient auprès des disciples et leur dit : dormez pour le reste et reposez-vous. Voici : l'heure s'est approchée et le Fils de l'homme est livré aux mains de pécheurs.

Réveillez-vous, allons. Voici : qui me livre s'est approché.

b') arrestation de Jésus 26/47-56

= Comme il parlait encore, voici : Juda, un des Douze vint et avec lui une foule nombreuse avec glaives et gourdins de la part des grands prêtres et anciens du peuple.

Celui qui le livrait leur donna un signe en disant : celui que j'embrasserai, c'est lui, saisissez-vous de lui. Aussitôt, venant auprès de Jésus, il dit : salut, Rabbi et il l'embrassa lâchement. Jésus lui dit : compagnon, pour ça tu es présent. Alors, venant auprès de lui, ils jetèrent sur Jésus les mains et se saisirent de lui.

= Et voici: un de ceux qui étaient avec Jésus, étendant la main, tira son glaive, et frappant le serviteur du Grand Prêtre, trancha son oreille.

Jésus lui dit : " Remets ton glaive dans son fourreau car tous ceux qui prennent un glaive, par un glaive se perdront. Penses-tu que je ne peux pas supplier mon Père. Et il placera auprès de moi à l'instant plus de douze légions d'anges ? Comment donc s'accompliront les Ecritures qu'il faut que ceci arrive ainsi? "

= En cette heure-là, Jésus dit aux foules : comme contre un brigand vous êtes sortis avec glaives et gourdins pour me surprendre! Journellement, je m'asseyais dans le Temple, en enseignant, et vous ne vous êtes pas saisis de moi. Or tout ceci est arrivé afin que s'accomplissent les Ecritures des prophètes.

Alors tous les disciples, le laissant, s'enfuirent.

c') comparution devant le Sanhédrin 26/57-68

= Ceux qui s'étaient saisis de Jésus, l'emmenèrent auprès de Caïphe le grand prêtre, là où les scribes et les anciens s'étaient assemblés.

Or Pierre le suivait de loin jusqu'au palais du grand prêtre et entrant dedans, il était assis avec les hommes de service pour voir la fin.

Or, les grands prêtres et le Sanhédrin tout entier cherchaient un faux témoignage contre Jésus, en vue de le mettre à mort et ils n'en trouvèrent pas, bien que de nombreux faux témoins soient venus auprès d'eux.

= Or, plus tard, deux témoins, venant auprès d'eux, dirent : celui-ci a déclaré : je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et en trois jours le reconstruire. Se dressant, le Grand Prêtre lui dit: Tu ne réponds rien ? Qu'est-ce que ceux-ci témoignent contre toi? Or Jésus se taisait.

= Le Grand Prêtre lui dit : je t'adjure, selon le Dieu vivant, afin que tu nous dises si toi, tu es le Christ, le Fils de Dieu. Jésus lui dit : toi, tu l'as dit. Pourtant je vous dis : désormais vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel.

Alors le Grand Prêtre déchira son manteau, en disant: il a blasphémé ! Qu'avons-nous encore besoin de témoins?  Voilà ! Maintenant vous avez entendu le blasphème ! Que vous semble-t-il? Répondant, ils dirent : il est passible de mort.

Alors ils crachèrent vers son visage et le souffletèrent; ils le giflèrent, en disant: prophétise-nous, Christ, qui est celui qui t'a porté un coup ?

d') reniement de Pierre 26/69-75

= Pierre était assis dehors, dans le palais. Une servante vint auprès de lui en disant: toi aussi tu étais avec Jésus le galiléen. Il renia devant tous, en disant: je ne sais pas ce que tu dis.

= Tandis qu'il sortait vers le porche, une autre le vit et dit à ceux qui étaient là: celui-ci était avec Jésus le Nazaréen. De nouveau il renia avec serment : je ne connais pas l'homme.

= Après un petit temps, venant auprès de lui, ceux qui se tenaient là dirent à Pierre : vraiment, toi aussi, tu es l'un d'eux, car aussi ton parler te fait reconnaître clairement. Alors il commença à anathématiser et à jurer : je ne connais pas l'homme. Et aussitôt un coq chanta et Pierre se souvint du mot de Jésus qui avait dit : avant que le coq chante, trois fois tu me renieras et sortant dehors, il pleura amèrement.

e') regrets et mort de Judas 27/1-10

= Comme le matin était arrivé, tous les grands prêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le mettre à mort. Le liant, ils l'emmenèrent et le livrèrent à Pilate le gouverneur.

= Alors Judas qui le livrait, voyant qu'il avait été condamné, se repentant, retourna les trente pièces d'argent aux grands prêtres et anciens en disant : j'ai péché, livrant un sang innocent.

Ils dirent: que nous importe! Toi, tu verras. Précipitant les pièces d'argent dans le sanctuaire, il se retira et s'éloignant, il se pendit.

= Les grands prêtres, prenant les pièces d'argent, dirent: il n'est pas permis de les jeter dans le tronc des offrandes, c'est un prix de sang. Tenant conseil, ils achetèrent avec elles le champ du potier en vue d'une sépulture pour les étrangers. C'est pourquoi ce champ fut appelé champ du sang jusqu'aujourd'hui.

Alors s'accomplit ce qui fut dit par Jérémie le prophète : et ils prirent les trente pièces d'argent, le prix du précieux qu'ils ont apprécié d'entre les fils d'Israël et ils les donnèrent pour le champ du potier selon que m'avait prescrit le Seigneur.

f') comparution devant Pilate 27/11-26

= Jésus s'arrêta devant le gouverneur et le gouverneur l'interrogea : toi, es-tu le Roi des Juifs ? Jésus déclara : toi, tu le dis. Pendant qu'il était accusé par les grands prêtres et anciens, il ne répondait rien.

Alors Pilate lui dit : n'entends-tu pas combien ils témoignent contre toi? Il ne lui répondit pas, même pas un seul mot, de sorte que le gouverneur admirait beaucoup.

= A chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu'ils voulaient. Or ils avaient alors un prisonnier fameux dit Barabbas. Donc, comme ils s'étaient assemblés, Pilate leur dit : qui voulez-vous que je vous délie, Barabbas ou Jésus qui est dit Christ? Car il savait qu'ils l'avaient livré par jalousie.

Comme il était assis au tribunal, sa femme envoya quelqu'un auprès de lui en disant: Rien entre toi et ce juste-là, j'ai souffert beaucoup aujourd'hui en songe à cause de lui.

= Les grands prêtres et les anciens persuadèrent les foules afin qu'ils demandent Barabbas et qu'ils perdent Jésus. Répondant, le gouverneur leur dit : qui voulez-vous des deux que je vous relâche? Ils dirent: Barabbas. Pilate leur dit: que ferai-je donc de Jésus qui est dit Christ. Tous disent : qu'il soit crucifié! Il déclara : qu'a-t-il fait de mauvais? Ils criaient encore plus fort, en disant : qu'il soit crucifié!

= Pilate, voyant que rien n'avançait, mais que plutôt le tumulte arrivait, prenant de l'eau, il se lava les mains, en face de la foule, en disant : je suis innocent du sang de ce juste-ci. Vous, vous verrez ! Répondant, tout le peuple dit: Son sang soit sur nous et sur nos enfants !

Alors il leur délia Barabbas et Jésus, l'ayant flagellé, il le livra afin qu'il soit crucifié.

g') violences des soldats 27/27-31

= Alors les soldats du gouverneur, prenant auprès d'eux Jésus vers le prétoire, assemblèrent sur lui la cohorte tout entière.

= Le dévêtant, ils mirent autour de lui une chlamyde écarlate, et tressant une couronne d'épines, ils la mirent sur sa tête et un roseau dans sa main droite. S'agenouillant devant lui, ils le bafouèrent en disant: Salut, roi des Juifs!  et, crachant sur lui, ils prirent le roseau et le battaient sur la tête.

= Quand ils l'eurent bafoué, ils le dévêtirent de la chlamyde et le vêtirent de ses habits et l'emmenèrent pour le crucifier.

3ème ensemble : à la lumière du psaume 22 : le juste vit de confiance en Dieu au cœur de l'épreuve  

a'') la mise en croix 27/32-38

= En sortant, ils trouvèrent un homme de Cyrène, du nom de Simon; et ils réquisitionnèrent celui-ci, afin qu'il soulève sa croix.

= Venant vers un lieu-dit Golgotha, qui est lieu-dit du crâne, ils lui donnèrent à boire du vin mêlé avec du fiel et, le goûtant, il ne voulut pas boire.

= L'ayant crucifié, ils se partagèrent ses habits en jetant un dé et, étant assis, ils le gardaient là. Et ils mirent au-dessus de sa tête son motif de sa condamnation écrit ainsi: Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. Alors sont crucifiés avec lui deux brigands, un à droite et un à gauche.

b'') moqueries envers Jésus sur la croix 27/39-44

= Ceux qui passaient par là blasphémaient contre lui en remuant la tête et en disant: Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le reconstruis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix!

= Semblablement aussi les grands prêtres, en le bafouant avec les scribes et les anciens, disaient : il en a sauvé d'autres: lui-même il ne peut se sauver! Il est roi d'Israël: qu'il descende maintenant de la croix et nous aurons foi en lui.  Il s'est confié à Dieu, qu'il le défende maintenant s'il le veut, car il a dit: je suis fils de Dieu !"

= De même les brigands aussi, crucifiés avec lui, l'insultaient.

c'') mort de Jésus 27/45-50

= Depuis la sixième heure, une ténèbre arriva sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure.

= Autour de la neuvième heure Jésus clama d'une voix grande en disant: Eli, Eli, lema sabachtani? C'est-à-dire: mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Quelques-uns de ceux qui se tenaient debout là, l'entendant, disaient: celui-ci interpelle Elie. Un d'entre eux, courant et prenant une éponge, la remplissant de vinaigre et la mettant autour d'un roseau, lui donnait à boire. Le reste des gens disaient: laisse! Voyons si Elie vient pour le sauver.

= Jésus, de nouveau criant d'une vois grande, laissa l'esprit.

d'') signes du Jugement dernier selon les prophéties traditionnelles 27/51-53

Voici : le rideau du sanctuaire se déchira d'en haut jusqu'en bas, en deux et la terre trembla, et les rochers se déchirèrent et les tombeaux s'ouvrirent

et de nombreux corps des saints assoupis dans la mort se réveillèrent et sortant des tombeaux après son réveil, ils entrèrent vers la Ville sainte et se manifestèrent à beaucoup.

e'') germes d'universalité 27/54- 56

Or le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, voyant le tremblement de terre et ce qui arrivait, craignirent fortement en disant: Vraiment celui-ci était fils de Dieu !

De nombreuses femmes étaient là, contemplant de loin, celles-là qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée en le servant, parmi lesquelles Marie la Magdaléenne, Marie la mère de Jacques et Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

f'') ensevelissement 25/57-61

= Comme le soir était arrivé, vint un homme riche d'Arimathie, du nom de Joseph, qui, lui-aussi, avait été fait disciple de Jésus; celui-ci, venant auprès de Pilate, demanda le corps de Jésus. Pilate ordonna de le lui remettre.

= Prenant le corps, il l'enveloppa dans un linceul pur et le mit dans son tombeau neuf qu'il avait taillé dans le roc et roulant auprès de la porte du tombeau une grande pierre, il s'éloigna.

= Or étaient là Marie la Magdaléenne et l'autre Marie, assises en face du sépulcre.

g") garde du tombeau

Contexte de la présentation de la passion selon Matthieu

* La coupure avec le développement précédent est nettement marquée selon la formule-charnière habituelle: "Il arriva, quand Jésus eut fini toutes ces paroles-ci, il dit à ses disciples" (26/1)

* Les thèmes dominants sont concentrés dans le verset suivant: la Pâque arrive… le Fils de l'homme… est livré pour être crucifié…

Dans l'ensemble de l'œuvre, nous ne trouvons aucune mention de la pâque avant le premier ensemble de la passion, elle y est évoquée quatre fois.

Au cours du développement (chap. 26 et 27), il est rappelé 15 fois que Jésus est "livré". Auparavant, la même expression se retrouve dans la deuxième et la troisième annonce du drame final. "Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes" (17/22)… "Le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes… ils le livreront aux païens" (20/18).

Le titre symbolique de Fils de l'homme engendre bien des incertitudes lorsqu'il s'agit de préciser son sens exact. La complexité vient du fait que cette expression, tirée du livre de Daniel, a nourri l'attente messianique et la compréhension du témoignage de Jésus mais n'a pas été retenue par le christianisme grec postérieur. Chez Matthieu, le contexte permet d'y discerner une concentration de plusieurs perspectives. Jésus a partagé notre condition humaine totalement, sans se dispenser de ses conditions, fussent-elles douloureuses. Pourtant, il vivait en sa personne une relation particulière au monde divin, son humanité s'inscrivait dans un projet de salut. De ce fait, selon l'accueil ou le refus de son témoignage, il portait déjà en lui un jugement. Présentement, ce jugement est voilé mais il éclatera au dernier jour "quand il viendra dans sa gloire et tous ses anges avec lui" (25/31).

Références aux Ecritures

En prenant connaissance des références aux Ecritures, à l'occasion d'une lecture personnelle ou d'un cercle évangélique, n'oublions pas les "points préalables" dont il faut tenir compte lorsque nous cherchons à apprécier leur rapport aux différents évangélistes…

1. De façon générale, nos esprits modernes sont mal préparés à entrer dans la mentalité qui portait le prophétisme ancien, que ce soit en milieu juif ou dans les autres civilisations orientales. L'erreur foncière vient d'une conception différente de l'histoire. Actuellement, une fausse priorité est donnée à la visée d'avenir, alors qu'il s'agit du point le plus faible et le plus soumis aux désirs ou aux espérances de ceux auxquels s'adressait le message. Il suffit de prêter attention au contexte duquel sont extraits certains versets. Les repères fondamentaux portent sur la foi que l'auteur cherchait à ranimer alors que les épreuves la remettaient en question, il s'agit de l'alliance, des promesses, de certains événements attribués au passé…

2. Au plan qui nous intéresse, deux orientations prophétiques restaient distinctes : l'avenir du peuple juif et la venue d'un Messie. Elles présentaient de nombreux rapports mutuels et, au temps de Jésus, la majorité des juifs privilégiaient les lignes messianiques personnelles. Mais, les hypothèses d'interprétation n'étaient pas unanimes et la diversité restait admise lorsqu'il s'agissait de commenter les textes anciens. Leur liste était considérée comme clos depuis 400 environ, mais les perspectives qui en étaient tirées restaient souvent très divergentes.

3. En raison de ce décalage fondamental, les "techniques" de référence utilisées par les écrivains nous déconcertent. Actuellement nos méthodes d'investigation littéraire nous permettent de mieux retrouver le texte ancien au-delà des nombreuses copies, traductions ou remaniements qu'il a subis. Nous pouvons ainsi le dater et percevoir l'influence de l'histoire ambiante ou des événements qui le motivaient. Nous "approchons" de la pensée de son auteur ou de ses auteurs successifs. Nous sommes soucieux du contexte pour donner leur juste portée aux idées exprimées ou suggérées.

Tout ceci échappait au choix des références anciennes. Nous devons donc nous limiter à ce que pouvait connaître ou estimer l'auteur qui suggère le rapprochement. Pour lui, il y avait bien un rapprochement possible, mais pas nécessairement "à notre manière". La question est complexe et il nous faut l'admettre avant d'énoncer toute conclusion. Ne poursuivons pas l'erreur des siècles passés qui présentaient les Ecritures comme un portrait-robot dans lequel Jésus n'aurait eu qu'à se glisser.

4. C'est pour mieux exprimer la "profondeur du présent" que les évangélistes font référence au passé. De ce fait, nous "fonctionnons" en sens inverse de leur objectif littéraire. Nous cherchons dans leurs récits le détail des événements alors que ce souci leur était étranger. Antérieurement à la rédaction, leurs lecteurs en avaient été largement informés par enseignement oral. Ils disposaient d'une grande liberté pour estomper ou omettre certains éléments en vue de valoriser ceux qui pouvaient être plus significatifs ou porteurs de sens. En ce qui concerne Matthieu, ce mouvement vers le passé est essentiel, car il lui permet de rebondir sur l'autre versant de l'histoire, celui de l'avenir, autrement dit sur l'universalité.

5. Les références aux Ecritures peuvent prendre des formes différentes. Certaines sont explicites et l'évangéliste nous rend le service de préciser et de citer les auteurs anciens. Il est bon cependant de "déborder" sur le contexte pour tenir compte des habitudes rabbiniques.

D'autres sont globales selon la formule que nous trouvons en 26/54 lorsque Pierre veut s'opposer à la violence par la violence: "Comment donc s'accompliront les Ecritures d'après lesquelles il faut que ceci arrive ainsi" et en 26/56 à l'adresse des foules qui viennent le surprendre de nuit: "ceci est arrivé afin que s'accomplissent les Ecritures des prophètes".

Enfin certaines sont simplement suggérées comme il ressort du dialogue à demi-mot avec Juda au moment de l'arrestation. Tout juif pense au psaume 55: "Ce n'est pas un ennemi qui m'insulte car je le supporterais. Ce n'est pas un adversaire qui triomphe de moi, je me déroberais à lui. Mais c'est toi, un homme de mon rang, mon familier, mon intime. Nous échangions de douces confidences et nous marchions ensemble"(13-14).

= En éclairage du premier ensemble, référence au livre de Zacharie

*Dans le cadre des derniers jours de Jésus, lors de l'entrée à Jérusalem (21/4), nous trouvions une première référence: "ceci est arrivé afin que s'accomplit ce qui fut dit par le prophète, disant: Dites à la fille de Sion : Voici: ton roi vient à toi, doux, monté sur une ânesse et sur un ânon, fils d'une bête de somme." (Zach. 9/9)

*Dans le premier ensemble de la passion, le versement des "trente pièces d'argent" (26/15) paraît devoir être rapproché de la somme dérisoire dont parle le texte ancien (Zach. 11/12) à propos du pasteur rejeté. Le geste de Juda les jetant vers le sanctuaire peut également s'y rattacher (27/15). "Je leur déclarai: si bon vous semble, payez-moi mon salaire, sinon, laissez-le. De fait, ils payèrent mon salaire: trente sicles d'argent. Le Seigneur me dit : Jette-le au fondeur, ce joli prix auquel je fus estimé par eux. Je pris les trente sicles d'argent et les jetai au fondeur, dans la Maison du Seigneur".

Note: La référence au "champ du potier", acheté avec cette somme (27/9), témoigne de la souplesse du travail de référence. Matthieu l'attribue à Jérémie (32/6) et à l'achat symbolique du champ d'Anatoth au cours du siège de Jérusalem. Mais la référence à Zacharie est beaucoup plus cohérente, ne serait-ce qu'en raison de la rectification que Matthieu impose à la citation ancienne à propos du montant de la vente. Au Temple, une fonderie réduisait les pièces de métal précieux en lingots conservés dans le trésor. Les traductions ultérieures rendirent le mot hébreu par "potier", ce qui ne donne pas un sens cohérent à cette mention.

*De façon explicite, la figure du pasteur rejeté est mentionnée en fin de la soirée du jeudi-saint (26/31): "Tous, vous serez scandalisés à mon propos en cette nuit, car il est écrit: Je frapperai le berger et seront éparpillées les brebis du troupeau" Les accents du prophète sont beaucoup plus belliqueux (Zach. 13/7): "Epée, réveille-toi contre mon berger, mon compagnon valeureux. Frappe le berger, les brebis seront dispersées et ma main reviendra frapper même les petits"

Il vaut mieux parler du livre attribué à Zacharie que du prophète lui-même, menant son activité au retour de l'exil (vers 520). La deuxième partie du livre est très différente de la première et doit être attribuée à un auteur plus tardif. Les citations en sont extraites. Elle se présente comme l'agencement complexe de différents morceaux. Il est délicat de préciser dans quel esprit Matthieu entrevoit ce livre. Le thème essentiel en est l'avènement messianique, mais l'auteur juxtapose deux conceptions complémentaires. Parfois, il présente l'œuvre du salut comme réalisée par le Seigneur lui-même… parfois, il mentionne l'action d'un messie dont il précise le visage en trois images : le roi-messie témoignant de l'idéal religieux des "pauvres de Yahvé"… le bon berger, contesté et rejeté… le "transpercé" présenté en reprise du Serviteur souffrant d'Isaïe victime innocente donnant sa vie…

Le livre de Zacharie semble avoir eu beaucoup d'influence sur la pensée juive proche de notre ère. Il se termine sur l'instauration définitive du règne de Dieu en perspective universaliste centrée sur le Temple. "En ce jour-là, il n'y aura plus de marchand dans la Maison du Seigneur" (Zach. 14/21). Mais, lorsqu'il a parlé de l'expulsion des marchands (21/13), Matthieu a évoqué une référence à Isaïe. "Il est écrit; Ma maison sera appelée maison de prière" (Isaïe 56/7) ..

= En éclairage du deuxième ensemble, référence au livre d'Isaïe et aux passages concernant le Serviteur souffrant

"Le livre d'Isaïe est, avec les psaumes, celui à qui le Nouveau Testament a emprunté le plus de citations, dont les unes sont explicites, les autres des réminiscences très perceptibles" (TOB). Dans la présentation des derniers épisodes de la passion, Matthieu recourt à une référence générale qui suppose chez les lecteurs juifs une bonne connaissance des textes, au- delà des quelques rapprochements suggérés clairement.

Il est donc nécessaire de nous appuyer sur l'intitulé des deux derniers poèmes concernant le Serviteur. Celui-ci est présenté comme restant ferme face au scepticisme et à l'hostilité de son entourage, malgré les outrages.

Le troisième poème = 50/4-9a développe deux idées :

4-6: Le Serviteur maltraité expose les motivations profondes de sa docilité et de sa résignation: il agit selon la volonté de Yahvé en participant à la condition humaine.

" Le Seigneur Dieu m'a donné une langue de disciple. Pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n'en peut plus, il fait surgir une. Matin après matin, il me fait dresser l'oreille pour que j'écoute, comme les disciples. Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille.

Et moi, je ne me suis pas cabré, je ne me suis pas rejeté en arrière. J'ai livré mon dos à ceux qui me frappaient, mes joues à ceux qui m'arrachaient la barbe. Je n'ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats".

7-9a: dans ses épreuves, le Serviteur vit de la confiance qu'il garde en Yahvé.

"Voici que le Seigneur Dieu me vient en aide. Dès lors, je ne cède pas aux outrages. Dès lors, j'ai rendu mon visage dur comme un silex. J'ai su que je n'éprouverai pas de honte. Il est proche, celui qui me justifie!

Qui veut me quereller? Comparaissons ensemble! Qui sera mon adversaire en jugement? Qu'il s'avance vers moi! Oui, le Seigneur Dieu me vient en aide. Qui donc me convaindrait de culpabilité?"

Le quatrième poème = 52/13 à 53/12 est construit selon la présentation juive du chiasme.

52/13-15: Un prologue situe la perspective générale selon un oracle qui anticipe le lien entre les deux versants de la composition.

"Voici que mon Serviteur triomphera, il sera haut placé, élevé, exalté à l'extrême. De même que les foules ont été horrifiées à son sujet - à ce point détruite, son apparence n'était plus celle d'un homme et son aspect n'était plus celui d'un fils d'Adam - de même à son sujet des foules de nations vont être émerveillées, des rois vont rester bouche close, car ils voient ce qui ne leur avait pas été raconté et ils observent ce qu'ils n'avaient pas entendu dire."

A. 53/1-4: Le Serviteur a pris en charge les souffrances humaines. Face à elles, l'opinion courante les situe comme châtiment du péché.

"Qui donc a cru ce que nous avons entendu dire? Le bras du Seigneur, en faveur de qui a-t-il été dévoilé? Devant Lui, celui-là végétait comme un rejet, comme une racine sortant d'une terre aride. Il n'avait ni aspect, ni prestance tels que nous le remarquions. Il était méprisé, laissé de côté par les hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, tel celui devant qui l'on cache son visage. Oui, méprisé, nous ne l'estimions nullement.

En fait, ce sont nos souffrances qu'il a portées, ce sont nos douleurs qu'il a supportées. Et nous, nous l'estimions touché, frappé par Dieu et humilié".

B. 53/5-6: L'engagement du Serviteur doit être compris selon une autre explication en rapport avec la faute des hommes.

"Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités. La sanction, gage de paix pour nous, était sur lui et dans ses plaies se trouvait notre guérison. Nous tous, comme du petit bétail, nous étions errants, nous nous tournions chacun vers son chemin et le Seigneur a fait retomber sur lui la perversité de nous tous".

A'. 53/7-9: Le Serviteur a accumulé les humiliations, dont celle qui se présente en ignominie suprême pour un juif: la sépulture avec les méchants.

"Brutalisé, il s'humilie; il n'ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l'abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent: elle est muette; lui n'ouvre pas la bouche. Sous la contrainte, sous le jugement, il a été enlevé, les gens de sa génération, qui se préoccupe d'eux?

Oui, il a été retranché de la terre des vivants, à cause de la révolte de son peuple, le coup est sur lui. On a mis chez les méchants sont sépulcre, chez les riches son tombeau, bien qu'il n'ait pas commis de violence et qu'il n'y eut pas de fraude dans sa bouche."

Le thème du "Serviteur" a été présenté au deuxième dimanche du temps ordinaire. Nous pouvons en rappeler l'essentiel.

Le nom de "Serviteur de Dieu" est courant dans les textes bibliques. C'est un titre d'honneur qui est donné à ceux qui ont eu mission envers le peuple élu. Il semble qu'assez rapidement ce thème fut relié à la question que posait la souffrance du juste. La foi juive n'arrivait pas en effet à accorder cette question latente à sa vision de Dieu. La foi elle-même était en cause. D'où la présentation de plusieurs "figures", comme celle de Job, qui dominaient cette tension en restant fidèles.

Le recueil prophétique appelé livre d'Isaïe reprit et prolongea les intuitions passées. Il leur donna une meilleure expression en suggérant que la souffrance du juste, loin d'être une absurdité, pourrait bien être un chemin menant au salut. L'auteur s'appuyait sur l'histoire d'Israël; c'est pourquoi, au niveau du texte, il est difficile de préciser qui est le Serviteur dont il parle. S'agit-il du peuple d'Israël ? S'agit-il de l'élite demeurée fidèle ? S'agit-il d'une personnalité éminente par son destin douloureux ? S'agit-il même d'un seul serviteur dans les différents passages qui s'y rapportent ? Et, dans ce cas, pourquoi les poèmes sont-ils séparés les uns des autres, chacun ayant sa propre cohérence ?… A juste raison, les exégètes se gardent bien de trancher…

Nous ne pouvons être étonnés de voir cette figure reprise ensuite en perspective messianique. Le drame qui l'affectait dans le texte ancien tend alors à disparaître. La conception de Serviteur se personnalise et se rapproche de la conception de Messie recevant mission de restaurer l'Alliance, mais les commentaires, sous l'influence du livre de Daniel, retiennent surtout les traits glorieux du futur envoyé. Sur ce point, comme en témoignent les écrits rédigés au siècle qui précéda la naissance de Jésus, une extrême diversité opposait les écoles rabbiniques.

Il est certain que Jésus lui-même privilégia le courant messianique qui avait trouvé son centre dans cette référence. Dans la pensée des apôtres, celle-ci permettait une approche plus juste de sa mission sans pour autant couper de tout l'apport des Ecritures. Après le drame de la passion, ces textes furent encore plus amplement "exploités" alors que la prédication s'adressait aux foules juives.

Les références au "Serviteur" concernent particulièrement quatre poèmes, insérés dans la deuxième partie de l'œuvre globale. Au long des autres textes du livre, il est relativement facile de repérer qui est désigné par le mot "serviteur", mais, en ces poèmes, cette figure est anonyme. Pourtant un fil conducteur permet de les situer en progression d'une même pensée : un "serviteur de Yahvé" a été investi d'une mission spirituelle à l'égard d'Israël et des nations. Il rencontre dans l'accomplissement de sa tâche une violente hostilité qui va croissant de poème en poème.

= En éclairage du troisième ensemble, référence aux psaumes messianiques, et particulièrement au psaume 22: le juste vit de confiance en Dieu au cœur de l'épreuve.

Nous reviendrons sur l'interprétation qu'il faut donner à la référence au psaume 22 (ou 21 selon la numérotation des LXX et de la Vulgate). Celui-ci domine les derniers événements de la passion. Mais il importe préalablement de bien en connaître le texte. Il peut être rangé parmi le groupe des psaumes qui émanent d'une situation de détresse et expriment un appel au secours vers le Seigneur. La composition adopte de façon habituelle un rythme à quatre temps: "invocation du nom divin suivie d'un cri d'imploration, exposé de la situation, supplication, certitude d'être exaucé" (TOB)

Psaume 22

= Plainte et prière. "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? J'ai beau rugir, mon salut reste loin. Le jour, j'appelle et tu ne réponds pas, mon Dieu; la nuit et je ne trouve pas le repos.

Pourtant tu es le Saint: tu sièges au milieu des louanges d'Israël. Nos pères comptaient sur toi, ils comptaient sur toi, et tu les libérais. Ils criaient vers toi, et ils étaient délivrés; ils comptaient sur toi, et n'étaient pas déçus".

= Exposé des souffrances - méprisé des hommes. "Mais moi, je suis un ver et non plus un homme, injurié par les gens, rejeté par le peuple. Tous ceux qui me voient, me raillent; ils ricanent et hochent la tête:" Tourne-toi vers le Seigneur! Qu'il le libère, qu'il le délivre, puisqu'il l'aime!"

Toi, tu m'as fait surgir du ventre de ma mère et tu m'a mis en sécurité sur sa poitrine. Dès la sortie du sein, je fus remis à toi; dès le ventre de ma mère, mon Dieu c'est toi!"

- persécuté. "Ne reste pas si loin car le danger est proche et il n'y a pas d'aide. De nombreux taureaux me cernent, des bêtes de Bashân m'encerclent Ils ouvrent la gueule contre moi, ces lions déchirant et rugissant.

Comme l'eau je m'écoule; tous mes membres se disloquent. Mon coeur est pareil à la cire, il fond dans mes entrailles. Ma vigueur est devenue sèche comme un tesson, la langue me colle aux mâchoires. Tu me déposes dans la poussière de la mort.".

- blessé et dépouillé. "Oui, des chiens me cernent; une bande de malfaiteurs m'entoure: comme au lion ils me lient les mains et les pieds. Je peux compter tous mes os; des gens me voient, ils me regardent. Ils se partagent mes vêtements et tirent au sort mes habits".

= supplication. "Mais toi, Seigneur, ne reste pas si loin! O ma force, à l'aide ! Fais vite ! Sauve ma vie de l'épée et ma personne des pattes du chien; arrache-moi à la gueule du lion et aux cornes des buffles...

= délivrance - glorification de Dieu en Israël. "Tu m'as répondu! Je vais redire ton nom à mes frères et te louer en pleine assemblée: Vous qui craignez le Seigneur, louez-le! Vous tous, race de Jacob, glorifiez-le! Vous tous, race d'Israël, redoutez-le! Il n'a pas rejeté ni réprouvé un malheureux dans la misère, il ne lui a pas caché sa face; il a écouté quand il criait vers lui.

De toi vient ma louange ! Dans la grande assemblée, j'accomplis mes voeux devant ceux qui le craignent: Les humbles mangent à satiété; ils louent le Seigneur, ceux qui cherchent le Seigneur: " A vous, longue et heureuse vie "' !

- conversion des nations et glorification parmi les générations à venir. " La terre tout entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face. Au Seigneur, la royauté! Il domine les nations. Tous les heureux de la terre ont mangé : les voici prosternés. Devant sa face, se courbent tous les moribonds: il ne les a pas laissé vivre

Une descendance servira le Seigneur; on parlera de lui à cette génération; elle viendra proclamer sa justice, et dire au peuple qui va naître ce que Dieu a fait."

Psaume 69

Il appartient au même groupe des "appels au secours" mais il est nécessaire de le citer car certains versets éclairent plus directement le texte de Matthieu. (27/48)

"L'insulte m'a brisé le cœur et j'en suis malade; j'ai attendu un geste, mais rien, des consolateurs et je n'en ai pas trouvé. Ils ont mis du poison dans ma nourriture; quand j'ai soif, ils me font boire du vinaigre." (69/21)

A propos des références aux psaumes

* Dans le dernier exemple relatif au vinaigre, nous avons un exemple de la manière très souple dont il est fait référence aux Ecritures. Il s'agit de l'initiative d'un des témoins qui "prend une éponge et la met autour d'un roseau pour donner à boire au condamné". Le liquide dans lequel il la trempe consistait en une boisson fermentée, genre piquette ou bière actuelles. Il s'agissait d'apaiser une soif rendue insupportable en raison de l'exposition au soleil et de la fièvre que causait l'infection des plaies. Il n'était pas question d'ajouter aux moqueries et aux souffrances.

* Le lien entre les récits évangéliques de la passion et le psaume 22 doivent être pris avec intelligence. Il est évident que "les deux présentations" cadrent très étroitement mais ceci est facilement explicable. La passion a d'abord été vécue et a suscité un ensemble de souvenirs très divers selon la place que les uns ou les autres avaient occupée dans la tourmente.. La mise en commun de ces souvenirs est intervenue ensuite et a intégré une multitude de détails; les uns se retrouvaient dans les exécutions habituelles, d'autres étaient particuliers à l'exécution de Jésus. Puis est venu le temps de l'approfondissement; c'est alors que certains détails ont "pris du relief", soit en référence à l'enseignement qui avait précédé, soit en référence à certains passages d'Ecritures qui jetaient quelque lumière sur le "mystère" de l'événement lui-même. En quatrième temps, la prédication a engendré une "présentation" et, en raison de la formation juive des premiers auditoires, celle-ci a été calquée sur le psaume 22. De ce fait, certains détails resteront à jamais dans l'oubli.

* La référence au psaume 22 ne "prouve" pas les événements de la passion, la signification de ceux-ci déborde largement ce que l'auteur ancien pouvait entrevoir. La référence facilite un éclairage des événements. Il suffit d'ailleurs de lire le psaume en son entier pour constater certaines "déficiences" dans le rapprochement.

"Le psalmiste ne parle pas d'une valeur rédemptrice des souffrances qu'il endure. Il n'évoque pas un lien avec ses péchés, pas plus qu'il ne se réclame d'une innocence qui transparaît d'elle-même. Il n'établit aucune connexion de causalité entre ses souffrances et la conversion des païens. Il s'agit de l'extension de la protection de Dieu". (P. Lagrange) Ce qui s'exprime en priorité, "c'est la beauté de l'âme révélée par cette prière… Aucune irritation contre ses bourreaux, aucune malédiction, aucune plainte amère, aucune préoccupation philosophique du problème de la souffrance, seulement le recours à Dieu et l'abandon" (P. Lagrange). Sous cet angle, on comprend parfaitement l'attachement de Matthieu à ce psaume comme expression des sentiments personnels de Jésus.

Comme le quatrième poème d'Isaïe, il est donc justifié d'appliquer le psaume 22 à Jésus, mais en référence universelle. Dans le passé comme dans le présent, il ne manque pas de prophètes persécutés. Jésus s'est incarné au cœur d'une longue histoire et c'est donc une multitude de destins qu'il soutient, non par miracle, mais par partage. Les persécutions des justes sont malheureusement un lot commun au monde des hommes… cependant, l'engagement de Jésus confirme ce que pressentait le prophète en refus de tout fatalisme; malgré les apparences, vivre de confiance en Dieu au cœur des épreuves est loin de déboucher sur une impasse et ouvre à une efficacité souvent insoupçonnée.

 

Aperçu sur la pensée propre à Matthieu

En lisant la présentation que Matthieu compose à propos de la passion, nous ne pouvons pas oublier ce que nous avons découvert de sa personnalité, de sa foi et de ses modèles de pensée.

1. En entendant ce récit, nous bénéficions d'abord de ses qualités littéraires. Elles nous sont bien connues… L'enchaînement cohérent des étapes est renforcé par la clarté et la sobriété de l'expression. En certains épisodes, la Parole précise l'interprétation qui doit être donnée à l'action… A la différence de plusieurs discours antérieurs, le vocabulaire est plus universel et nécessite moins de transposition en raison d'une origine sémitique éventuelle…

2. Mais, il nous faut donner priorité aux "sentiments" que l'évangéliste cherche à nous faire partager. Un frère chrétien encore proche des événements nous invite à "entrer en communion" avec sa propre réflexion.

= Plus intensément que jamais, Matthieu traduit l'admiration profonde qu'il porte à Jésus, Jésus en lui-même, dans ce qu'il a vécu, dans ce que le caractère dramatique de ces instants fait ressortir avec netteté. Jésus domine les événements face aux "magouilles" hésitantes du groupe qui rassemble les grands-prêtres et les anciens. Il est abusif de parler d'une prescience qui anticiperait le déroulement, il vaut mieux déceler à ce moment les mêmes qualités que suggéraient les textes antérieurs: intelligence et connaissance lucide des réactions humaines.

= Nous pouvons également évoquer le déchirement intérieur qui pouvait affecter la sensibilité juive de l'auteur. Les responsables sont les chefs du peuple, chefs religieux et politiques. Par 16 fois, le grand prêtre est mis en cause, pontife suprême consacré par une onction spéciale et investi d'une sainteté unique, le seul à pénétrer dans le Saint des Saints. Mais le peuple a fait cause commune et l'évangéliste le met en évidence dans la présentation du procès romain. Les objections du procurateur se trouvaient renforcées par l'intervention de sa femme païenne… "Tout le peuple" choisit l'opposition radicale et scelle ainsi une rupture définitive dans l'histoire du salut.

= Enfin les rapports entre Jésus et ses disciples sont conformes à ce qui était présenté depuis leur départ à sa suite. Ils ont leur place à côté de Jésus en toute humanité, même si cette humanité pèse singulièrement en incompréhension, en peur et même en défection.

3. Tout naturellement, la réflexion de Matthieu se trouve approfondie selon le sens de l'histoire dont il a hérité de sa formation juive (cf. ha01.1Av). La présentation qu'il fait de la passion ne peut qu'en être profondément marquée.

* Rappelons-nous que, pour le sémite, il y a profonde unité du passé, du présent et du futur. C'est le flux du temps qui compte, ce ne sont pas ses étapes. Le passé subsiste dans le présent… le présent permet au "mouvement de l'histoire" de s'insérer dans la vie des hommes et de s'y exprimer… mais dans le présent, l'avenir est déjà là. Ce qui importe, c'est de savoir ce que le présent apporte au mouvement qui l'anime, s'il l'achève ou non, s'il "l'accomplit" ou le laisse "inaccompli", autrement dit s'il ouvre ou non sur l'avenir.

* A cette lumière, nous comprenons la manière dont l'auteur situe la réalité vécue dans la passion en lien avec le passé. Nous avons raison de tenir compte de l'universalité du "serviteur selon Isaïe" et de la "confiance du juste selon le psaume 22", mais la référence à la célébration de la pâque constitue une ligne de réflexion tout aussi importante. La pâque d'Egypte a représenté une première impulsion dans l'histoire du salut… mais elle appartenait à "l'inaccompli"… Son dynamisme en appelait aux valeurs qui ressortent sans ambiguïté dans la passion-résurrection de Jésus.

* De là il est relativement facile de passer au futur. Car le cours inéluctable du temps entraîne l'événement vers le renouvellement incessant de son "accomplissement". Grâce au "témoignage" central de Jésus nous connaissons mieux la "marche de l'histoire" et la manière dont nous y participons, mais il appartient aux hommes de la construire. Rappelons-nous la deuxième constante de la conception sémite de l'histoire : l'histoire ne vaut que par les hommes, ce sont eux qui lui impriment son rythme et entraînent le monde vers son destin.

* Nous avions également remarqué que, pour Matthieu, deux constantes affectaient le cours de l'histoire : continuité et rupture. Nous les retrouvons surtout dans la double conclusion qu'il donne au récit de la passion. Les responsables juifs s'enferment dans leur propre tombeau en espérant arrêter le cours du temps par une garde inutile… En contraste, les signes de la résurrection se laissent déjà entrevoir : le voile du Temple se déchire, témoignant de la fin de l'ancien sanctuaire… l'ébranlement cosmique symbolise un des "signes de la fin"… la résurrection de quelques "saints assoupis dans la mort" préfigure l'Eglise… Et, selon le réflexe humaniste sémite, des vivants témoignent de cette ère nouvelle : la réaction du centurion anticipe la conversion des païens, les femmes veillent et certains disciples secouent leur torpeur…

* Nous saisissons comment Matthieu opère ainsi le passage à l'universalité. Le rapport adéquat au passé ouvre à l'espérance d'un rapport adéquat à l'histoire future, la nôtre. L'expression "Fils de l'homme" n'est pas un titre purement honorifique, il "colle" à ce qui a été vécu jusqu'aux limites du concevable. Jésus ne s'est pas situé "à côté" ou "en dehors" de notre humanité, il s'y est plongé en ses richesses et en ses faiblesses, en ses joies et en ses drames. En saisissant cette parfaite adaptation, force est de le reconnaître tout aussi explicitement "Fils de Dieu.

 
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