Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 5ème Dimanche de Carême

Année A : 5ème Dimanche de Carême

Sommaire

Actualité : le carême, une pièce en cinq actes (5/5)

Evangile : Jean 11/1- 45

Contexte des versets retenus par la liturgie:

- utilisation habituelle de ce texte

- Composition

- Remarques générales

- Renseignements complémentaires sur l’ensevelissement

Piste possible de réflexion : sortir du tombeau "aujourd'hui"…

Actualités : le carême une pièce en cinq actes (5/5)

Au Mercredi des Cendres, la page de Matthieu proposée comme Prologue au Carême nous laisse finalement une grande liberté d’organisation. A l’indicatif de jeûner, prier et faire l’aumône, est joint le seul impératif de discrétion, mieux de délicatesse, condition sine qua non d’une récompense (comprenez : ‘une plus grande joie’) dans le Royaume des Cieux.

Trois domaines sont privilégiés : la valeur du partage avec l’aumône, l’importance de temps forts pour rencontrer le Seigneur avec la prière, l’exigence d’un certain renoncement avec le jeûne.

Les cinq dimanches qui suivent sont comme cinq actes où se joue la dramatique divine et dont le dénouement sera Pâques.

Acte Premier : au désert, pour y être tenté.

Acte 2 : sur la montagne, pour y être transfiguré

Acte 3 : au bord du puits, pour émerger

Acte 4 : à Siloé, pour enfin voir

Acte 5 : à Béthanie, pour sortir du tombeau

La distribution des personnages est la suivante:

Le  jeune premier du Carême, c’est le corps

Le personnage principal, c’est le pauvre

Le serviteur fidèle, l’adjuvant, c’est le Christ, bon Samaritain (et son Eglise)

Le méchant, l’opposant, c’est le Diable, le Tentateur, le Démon (et ses Légions)

L’héroïne c’est l’humanité, sous la figure de la Samaritaine

L’unité de lieu, c’est le désert, l’unité de temps, une quarantaine, l’unité d’action, la conversion.

La Bonne Nouvelle finale, qu’il ne faut pas seulement comprendre ou entrevoir, mais qu’il faut épouser, c’est que Le Christ a anéanti toute fatalité tragique : par Lui, le péché et la mort sont vaincus…Pour tous!  Cela mobilisera notre être dans une marche unanime vers une fin qui le ramasse tout entier : nous sommes des ressuscités.

4/5 Le méchant, l’opposant, c’est le Diable, le Tentateur, le Démon (et ses Légions)

(Voir à la fin : quelques pensées sur le mal)

 

Evangile

 

Evangile selon saint Jean 11/1-45

1ère étape : la rencontre de Jésus avec notre condition humaine marquée de mort

Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, du village de Marie et de Marthe sa sœur.

Marie était celle qui avait oint le Seigneur de parfum et avait essuyé ses pieds avec ses cheveux, dont le frère Lazare était malade (Jean 12/3)

Les sœurs envoyèrent donc lui dire: "Seigneur, voici que celui que tu aimes est malade."

Ayant entendu, Jésus dit: "Cette maladie n'est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que soit glorifié par elle le Fils de Dieu."

Or Jésus aimait Marthe et sa sœur, et Lazare.

2ème étape : la mort est passage universel, mais Jésus a éclairé cette épreuve en la vivant personnellement

Quand il eut entendu dire qu'il était malade, pourtant il resta deux jours à l'endroit où il était. Puis, après cela, il dit aux disciples: " Allons de nouveau en Judée."

Les disciples lui disent: " Rabbi, à l'instant les Juifs cherchaient à te lapider, et de nouveau tu vas là-bas? "

Jésus répondit : " N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche durant le jour, il ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde. Mais si quelqu'un marche durant la nuit, il trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui."

Il dit cela, et après cela il leur dit: "Lazare, notre ami, est endormi; mais je pars afin de le réveiller." Les disciples lui dirent : "Seigneur, s'il est endormi, il sera sauvé." Mais Jésus avait parlé de sa mort, tandis qu'eux pensaient qu'il parlait du sommeil.

Alors Jésus leur dit ouvertement: "Lazare est mort, et je me réjouis pour vous, afin que vous croyiez, de ce que je n'étais pas là. Mais allons à lui!"

Thomas, qui est appelé Didyme (jumeau) dit aux autres disciples: "Allons nous aussi, afin de mourir avec lui!"

3ème étape: la résurrection ne doit pas être reportée en perspective de fin des temps (conception juive du séjour des morts)

Etant donc venu, Jésus le trouva depuis quatre jours déjà dans le tombeau

Or Béthanie était proche de Jérusalem d'environ quinze stades (distance permise par la loi juive pour les déplacements au jour du sabbat). Beaucoup parmi les Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie afin de les consoler au sujet de leur frère.

Marthe, quand elle entendit dire que Jésus venait, partit à sa rencontre, Marie restait assise à la maison.

Marthe dit à Jésus: "Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Et maintenant je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera."

Jésus lui dit: "Ton frère ressuscitera." Marthe lui dit: "Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour."

Jésus lui dit : " Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu?"

Elle lui dit: " Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde."

4ème étape : la perspective de résurrection ne supprime pas le sentiment de tristesse, elle invite à le dépasser

Et, ayant dit cela, elle s'en alla et appela Marie sa sœur, en lui disant secrètement: "Le maître est là et il t'appelle." Elle, quand elle eut entendu, se leva vite et allait vers lui.

Jésus n'était pas encore arrivé au village, mais il était encore à l'endroit où Marthe était venue à sa rencontre.

Les juifs qui étaient avec elle dans la maison et qui la consolaient, voyant que Marie se levait vite et sortait, la suivirent, pensant qu'elle allait au tombeau afin d'y pleurer.

Marie, quand elle vint où était Jésus, le voyant, tomba à ses pieds en lui disant: "Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort."

Jésus, quand il la vit pleurer, et pleurer les juifs qui étaient venus avec elle, frémit en esprit et se troubla et il dit: "0ù l'avez-vous mis?" Ils lui disent: "Seigneur, viens et vois." Jésus pleura.

Les Juifs disaient donc: "Voyez comme il l'aimait!"

5ème étape : en présence de la mort concrète, il importe également de dépasser les apparences

Mais certains d'entre eux dirent : " Celui-ci qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il faire aussi que celui-ci ne mourût pas?"'

Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, vient au tombeau. C'était une grotte, et une pierre était placée dessus. Jésus dit: "Enlevez la pierre."

La sœur du mort, Marthe, lui dit : " Seigneur, il sent déjà car c'est le quatrième jour ."

Jésus lui dit : "Ne t'ai-je pas dit que, si tu croyais, tu verrais la gloire de Dieu." Ils enlevèrent donc la pierre.

6ème étape: la sortie de la mort et la poursuite de la vie

Jésus leva les yeux en haut et dit: "Père, je te rends grâce de m'avoir écouté. Pour moi, je savais que tu m'écoutes toujours, mais j'ai parlé à cause de la foule qui se tient à l'entour, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé."

Et, ayant dit cela, il cria d'une voix forte : " Lazare, viens dehors !" Le mort sortit, les pieds et les mains liés de bandelettes et son visage était enveloppé d'un suaire.

Jésus leur dit: "Déliez-le et laissez-le aller."

7ème étape : les conséquences de cette action de résurrection : division chez les juifs - les chefs prennent peur et décident la mort de Jésus

Beaucoup d'entre les juifs qui étaient venus à Marie, ayant vu ce qu'il avait fait, crurent en lui…

Contexte des versets retenus par la liturgie

= Le texte liturgique de ce dimanche s'arrête sur une "réaction des juifs" qui semble favorable. Or il n'en est rien si l'on prend la peine de poursuivre le récit. Celui-ci mentionne au contraire un refus ou, plus exactement, l'intensification d'un refus latent. Le lien entre la résurrection de Lazare et la mort du Christ est nettement mis en évidence par l'évangéliste lui-même.

" Mais certains d'entre eux s'en allèrent aux pharisiens et leur dirent ce qu'avait fait Jésus. Les grands prêtres donc et les pharisiens rassemblèrent le Sanhédrin et ils disaient: "Que faisons-nous puisque cet homme fait beaucoup de signes? Si nous le laissons ainsi, tous croiront en lui…"Et ils décidèrent qu'ils le tueraient.

= Nous sommes en présence d'un passage encore plus complexe que celui de dimanche dernier. Aux difficultés résultant de sa composition, s'ajoutent les difficultés qui affectent sa "réception spontanée" par la communauté.

L'utilisation habituelle de ce texte

On ne peut ignorer l'utilisation habituelle qui est faite de ce texte lors des funérailles. Elle pré-oriente l'esprit de la plupart des fidèles. Le problème "pastoral" que posent les demandes de cérémonies en milieu "religieux" non chrétien est devenu quasiment insoluble. Les "vrais" textes exprimant la foi présupposent une adhésion vivante au Christ qui, le plus souvent, fait défaut dans l'assistance. Les lectures risquent donc de "glisser" ou d'être interprétées selon des modèles de pensée fortement influencés par l'imaginaire habituel.

Par ailleurs, ces "vrais textes" sont peu nombreux, car les évangiles éclairent en priorité la vie humaine actuelle et abordent l'au-delà de façon discrète et indirecte. Force est donc de proposer des passages isolés de leur contexte et de leur relier des commentaires qui soient "en prise plus directe" avec la pensée des participants. Le résultat immédiat est bénéfique et cet usage n'est pas critiquable, mais bien des chrétiens n'ont jamais eu l'occasion de s'attaquer directement au texte. Ils ne peuvent donc manquer d'être surpris lorsqu'il est inséré dans le cadre évangélique.

La composition

Dimanche dernier, la guérison de l'aveugle bénéficiait d'une composition facile à dissocier en deux parties: le "discours" et le "signe". Le discours insistait sur le fait que Jésus se présentait en Lumière et le signe précisait la manière concrète dont il nous rendait la vue. Ici, la chose est délicate, car discours et signe sont mêlés en une composition qui procède sans doute de plusieurs auteurs successifs.

* La répartition en sept étapes se justifie en raison des "habitudes littéraires" que nous repérons dans l'ensemble du quatrième évangile, mais la progression de la pensée sous-jacente n'en est pas pour autant facilitée.

* Différents groupes interviennent et s'expriment dans leur cadre propre: les disciples disparaissent lorsque Jésus arrive à Béthanie, "la maison du pauvre"… Marthe domine le dialogue et concentre les pesanteurs sur lesquelles l'évangéliste rebondit pour situer plus exactement la foi…Marie complète les réactions de sa sœur en leur donnant une résonance intime… Les amis juifs accompagnent le déroulement en témoins passifs…

* En rapport avec les thèmes qui sont abordés, sept paroles peuvent être attribuées à Jésus. Il est possible de trouver une progression et une correspondance en chiasme. Si vous voulez suivre cette piste, en voici les intitulés (Robert Beauvery)

a) 1."Cette maladie n'est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que soit glorifié par elle le Fils de Dieu"… 2. "Allons de nouveau en Judée"…

b) 3. " N'y a-t-il pas douze heures de jour ? Si quelqu'un marche durant le jour, il ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde. Mais si quelqu'un marche durant la nuit, il trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui", explicité par "Lazare, notre ami, est endormi; mais je pars afin de le réveiller… et je me réjouis pour vous de ce que je n'étais pas là, afin que vous croyiez"…

c) 4. "Ton frère ressuscitera" explicité par "Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais"…

b') 5."Enlevez la pierre!" explicité par "Ne t'ai-je pas dit que, si tu croyais, tu verrais la gloire de Dieu"…

a') 6." Père, je te rends grâce de m'avoir écouté. Pour moi, je savais que tu m'écoutes toujours, mais j'ai parlé à cause de la foule qui se tient à l'entour, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé"… 7. "Lazare, viens dehors!" explicité par "Déliez-le et laissez-le aller"…

* Il est également possible de suivre le cheminement qui est proposé à la foi. (8 mentions)

1. aux disciples: "Lazare est mort et je me réjouis pour vous de ce que je n'étais pas là afin que vous croyiez"… réaction de Thomas: "Allons, nous-aussi, afin de mourir avec lui!":

2. à Marthe: "Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, même s'il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu?"… réaction de Marthe: "Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde".

3. à Marthe qui fait remarquer l'état du cadavre: "Ne t'ai-je pas dit que, si tu croyais, tu verrais la gloire de Dieu".

4. au Père: "Père, je te rends grâce de m'avoir écouté. Pour moi, je savais que tu m'écoutes toujours, mais j'ai parlé à cause de la foule qui se tient à l'entour, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé"

5. réaction favorable de quelques juifs: "Beaucoup d'entre les juifs qui étaient venus à Marie, ayant vu ce qu'il avait fait, crurent en lui

Quelques remarques d'ordre général

a) Jean n'a pas "inventé" le signe de Lazare, nom qui signifie "Dieu aide". Mais il ne fait aucun doute que nous n'avons pas là un reportage à la manière moderne, pas plus que nous n'avons un récit privilégié en raison de son caractère "merveilleux". Nous ne saurons jamais "ce qui s'est réellement passé" au profit d'un malade ou d'un moribond et il est illusoire de vouloir reconstituer un "scénario" relatif à un épisode.

Le seul élément qui suggère un lien "historique" vient de l'accélération des événements lorsqu’ approche la célébration de la pâque, sans doute en l'an 30. Il semble que les oppositions à Jésus aient été suscitées dès le départ de son ministère en raison de son enseignement et de ses engagements. Leur caractère n'avait rien de dramatique lorsqu'on connaît la diversité des idées qui tiraient la pensée juive en des sens très divers. Un "événement" plus spectaculaire paraît avoir modifié ce fragile équilibre alors que les foules commençaient à se regrouper pour la fête… Le choc de ce nouveau "signe" expliquerait la violence des réactions.

Mais, lorsque nous lisons le texte, nous sommes à l'écoute d'une réflexion qui nous entraîne à un plan bien différent. Et c'est là le plus important. L'auteur ne sollicite pas notre foi en évoquant un quelconque prodige "ponctuel", il partage la richesse d'une longue méditation nourrie de l'amplitude des souvenirs. Il regroupe des éléments épars, prononcés ou vécus à des moments différents de la vie publique de Jésus et il le fait au service d'un thème précis qu'il importe de percevoir. Dans le cas présent, il faut le reconnaître, les confusions sont fréquentes.

b) La majorité des lecteurs négligent le fait que le cas de Lazare introduit une distinction entre ré-animation et résurrection.

Bien qu'il soit fréquemment employé, le mot "résurrection" convient mal à cet épisode, si nous l'entendons au sens que nous devons lui donner à la lumière de la résurrection de Jésus. Même si les deux réalités sont profondément liées entre elles, il ne s'agit pas ici d'une anticipation de Pâque, il s'agit ici d'une réalité différente "de nature".

"La résurrection, au sens strict du terme, implique appartenance à un monde nouveau, transformation radicale des éléments physiques qui sont en quelque sorte "spiritualisés". Rien de tel dans le cas de Lazare. Son retour à la vie impliquait évidemment une restauration des cellules détruites, spécialement celles du cerveau, les plus fragiles; mais il ne s'agissait que de la ré-animation d'un cadavre, non de l'entrée de tout l'être dans un monde nouveau, spiritualisé et incorruptible." (M.E Boismard Evangile de Jean)

Au contraire, le mot "résurrection" s'applique très exactement à Jésus, car, désormais, il vit un nouveau mode de présence parmi nous. Lazare, tout comme ceux qui ont été bénéficiaires d'un retour à la vie en Ancien Testament, a été affronté à "mourir" une deuxième fois. Entre temps son existence humaine fondamentale est restée la même et s'est épanouie en des virtualités semblables à celles qui précédaient l'intervention de Jésus.

Il nous faut donc prendre ce passage tel qu'il nous est présenté, à savoir un texte qui reste "en notre monde" et concerne notre vie présente. Dimanche dernier, Jésus faisait sauter un handicap qui altérait notre activité : la difficulté de "voir". Aujourd'hui, il s'attaque à un autre handicap courant, celui que fait peser la fragilité de toute existence humaine à cause de la maladie et de la perspective de mort qui se profile en perspective universelle.

C'est  le point essentiel du "signe" que développe ce passage. Jésus introduit dans l'histoire un mouvement de ré-animation face à la double pression dont chacun risque d'être victime. La première pression ressort de notre condition "naturelle". Même si elle n'est pas mortelle, la maladie est souvent une "alerte" rappelant une échéance inévitable. Chacun de nous en fait l'expérience soit  personnellement, soit avec les proches et les amis. "La mort remonte toujours dans la vie" et tend à ronger son dynamisme. Mais chacun fait également l'expérience de ce qu'ajoutent à cette pesanteur les conceptions habituelles que suscite l'imaginaire des différentes civilisations. Elles en accentuent le caractère tragique et contribuent à nous enfermer dans le tombeau plus qu'à nous en faire sortir.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que Jésus ait abordé cette question comme il a abordé "sérieusement" les autres questions humaines. Et il n'y a rien d'étonnant à ce que Jean ait consacré un de ses ensembles à cette question. Nous pouvons simplement regretter que la composition postérieure ait rendu confuse l'intuition de base en mêlant le plan personnel et les réactions de l'entourage. La certitude centrale était pourtant nette dans l'affirmation "quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais". Elle implique un présent tout autant qu'un avenir. A l'évidence d'ailleurs, l'épisode de Lazare ne nous renseigne pas tellement sur les questions d'éternité en elles-mêmes. Il ne fait que dresser la liste des réactions négatives qui se construisent habituellement.

c) L'impact du "signe" de Lazare est donc de même nature que les autres "signes" que l'évangéliste a "parsemé" pour nous présenter l'authentique apport de Jésus à notre humanité. Il est important de nous en souvenir. Selon l'esprit symbolique qui lui est familier, Jean a ordonné son œuvre autour de sept signes qui lui permettent de clarifier l'action de Jésus. Une double dramatisation affecte leur progression, les situations qui sont éclairées sont présentées dans un ordre de plus en plus "pesant" au plan humain et, par ailleurs, l'action de Jésus à leur encontre suscite des réactions de plus en plus vives parmi ses opposants.

Les sept signes sélectionnés sont disposés en chiasme et structurent l'ensemble du quatrième évangile. Ils se répondent deux à deux autour du signe central du partage des pains: a) noces de Cana… b) purification du Temple et guérison du fils d'un fonctionnaire royal… c) paralytique de la piscine de Bezatha… d) partage des pains et marche sur la mer… c') aveugle de naissance à la piscine de Siloé… b') réanimation de Lazare… c') lavement des pieds…

L'arrière-plan des signes est toujours le même : il s'agit de l'homme, de l'humanité à travers malades et disciples. Jean ne diffère pas de la perspective que développent les trois premiers évangiles, il la fait simplement ressortir en accentuant sa densité et en proposant de clarifier ses "points forts".

d) Pour clarifier notre propos, il peut être utile de redire sous une forme plus générale ce que nous venons d'analyser en référence au texte. Ce passage mêle plusieurs fils conducteurs.

Lazare, c'est l'humanité dont la vie s'étiolait peu à peu et que Jésus s'est proposé de revivifier. Les tensions et les contradictions qui pèsent sur elle semblent très anciennes et un certain "mystère" plane sur "le retard que nous constatons dans l'incarnation". Ceci ne doit pas nous faire douter de l'amour qui entourait la création et qui s'exprime dans le "style" que Jésus a adopté en vue d'amorcer ce mouvement de ré-animation, avant de le poursuivre de génération en génération.

Il importe d'abord de "déblayer le terrain" et de favoriser "sa venue". Une tendance spontanée le situerait facilement en dehors de cet aspect habituel de nos vies et engendrerait un certain fatalisme face aux épreuves. En outre, une mauvaise conception de son propre combat historique assimilerait trop rapidement nos difficultés à son "sacrifice".

Il importe ensuite d'actualiser son action. Car d'autres obstacles ne peuvent manquer de surgir et l'évangéliste n'hésite pas à les mettre en évidence.

1. Nous estimons facilement dépassées les conceptions que les juifs partageaient avec les autres civilisations sémites en ce qui concerne les défunts, mais les mentalités courantes en adoptent pratiquement l'essentiel.

Pour les anciens, la mort provoquait la rupture du lien vital entre le "souffle" donné par Dieu et le corps. D'une certaine façon, à la mort, l'homme cessait d'exister en tant que personne. Il n'en restait qu'une ombre sans vie dans le monde souterrain du "séjour des morts", lieu d'oubli, de silence, marqué d'une incapacité de penser, d'aimer et de se relier à Dieu. A une époque proche de notre ère, une lueur d'espérance avait été formulée: "à la fin des temps", une résurrection générale permettrait aux "justes" d'accéder enfin à un plein épanouissement…

Au premier abord, cette conception semble affecter le seul domaine de l'au-delà. Mais elle rejaillit sur la conception que beaucoup se font de la résurrection actuelle de Jésus et du lien qu'elle entretient aujourd'hui avec nos vies. A force de situer Jésus "a la droite de Dieu" en attendant son retour pour le jugement final, nous oublions qu'il nous accompagne aujourd'hui et éclaire d'abord nos routes humaines.

2. Un certaine "ambiance religieuse" risque d'entretenir la même "distance" au nom des valeurs d'amitié dont Jésus a imprégné sa relation aux hommes. Effectivement, il s'est fait proche des malheurs qui sont les nôtres mais nous oublions que, s'il les a partagés, c'est pour mieux les dénoncer et y insuffler l'antidote qui contrait leur influence néfaste.

3. L'erreur est toujours la même… Au nom de multiples "justifications", nous en restons au tombeau…Or la foi nous appelle à prendre à bras le corps l'existence, quelle qu'en soit l'odeur, et à sortir dehors vers une Parole qui nous dégage le visage et nous libère des liens qui nous retiennent. L'aventure chrétienne, tout comme l'aventure de Jésus, commence bien avant le tombeau et se déploie bien au delà.

Deux autres pistes peuvent encore retenir l’attention.

* Malgré les adjonctions postérieures, en observant plus largement le contexte de cet épisode, nous pouvons retrouver le schéma habituel de l'évangéliste. Le "discours fondamental" qui est lié au signe de Lazare développe le thème du Berger.

Certains versets trouvent alors une pleine résonance. "Le pasteur appelle ses brebis chacune par son nom et il les emmène dehors" (10/3). "Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" (10/10)

* Selon son habitude, Jean éclaire cet ensemble d'une fête juive, il s'agit de la fête de la Dédicace du Temple. Parmi les tentatives qui visaient à imposer au peuple juif la civilisation grecque, Antiochus Epiphane (175-164) avait profané le Temple en y introduisant le culte à Zeus Olympien. Lorsque Judas Macchabée eut triomphé de cette persécution et rétabli la liturgie traditionnelle, il institua en mémoire de cet événement la fête des Encénies, c'est-à-dire de la "restauration". Elle se célébrait le 25 du 9ème mois (novembre-décembre).

Dans la symétrie des "signes", nous pouvons remarquer que la réanimation de Lazare correspond à l'épisode des vendeurs chassés du temple (2/14). Le "corps de Jésus", c'est-à-dire son activité ressuscitée au sens sémite de ce mot, devient la référence essentielle. L'évangéliste relie cette intervention à la guérison du fils d'un fonctionnaire royal "proche de la mort" (4/47) et il tient à ce rapprochement en précisant qu'il s'agit du "second signe" fait par Jésus lors de son retour à "Cana de Galilée".

Renseignements complémentaires sur l'ensevelissement

Vous les trouvez dans toute encyclopédie et nous aurons l'occasion d'y revenir à propos de l'ensevelissement de Jésus.

En raison de la chaleur, l'ensevelissement était fait très rapidement, en moins de vingt-quatre heures. Les habitudes variaient sur certains points. Ou bien on enveloppait le défunt dans un linceul en dégageant le visage que l'on revêtait d'un suaire… ou bien on l'enroulait de longues bandelettes en toile de lin, servant également à maintenir les plantes aromatiques qui atténuaient l'odeur. Les tombeaux étaient situés hors du village; on recourait fréquemment à des grottes naturelles. Une pierre fermait l'entrée pour empêcher l'intrusion des bêtes sauvages. Il est difficile de préciser la disposition du tombeau concernant Lazare. "Une pierre est placée dessus" et il semble qu'on la fasse glisser… mais le défunt semble apparaître en position "debout".

Piste possible de réflexion : sortir du tombeau "aujourd'hui"…

Dimanche dernier, la guérison de l'aveugle-né bénéficiait d'une présentation symbolique facile à rapprocher de ce que nous vivons dans nos rapports avec Jésus. La boue pétrie avec sa salive nous rappelait que son témoignage avait créé un "type d'humanité" dont il est possible de nous enrichir en lisant les évangiles et en vivant un dialogue personnel avec lui. A l'évidence l'épisode de Lazare est plus complexe et nécessite quelques remarques préliminaires pour ne pas être dévié de son vrai sens.

1. Nous entendons parfois ces versets au cours des cérémonies de funérailles. Ce choix est légitime, mais son application est alors relative. Les commentaires insistent surtout sur les réactions des témoins et les sentiments de Jésus. Il apparaîtrait déplacé de poursuivre le passage jusqu'à la sortie du tombeau. De ce fait nous nous posons rarement la question du contexte et de l'apport de ce signe dans la continuité qui structure l'œuvre du dernier évangéliste.

2. Nous le constatons facilement, le récit mélange enseignements et actions. La dernière action nous paraissant "spectaculaire", c'est elle qui monopolise l'attention sans plus de précision et oriente la réflexion selon la perspective "merveilleuse" à laquelle beaucoup réduisent la foi chrétienne.

Or, il ne fait aucun doute que nous n'avons pas là un reportage à la manière moderne. Le seul élément qui suggère un lien "historique" vient de l'accélération des événements lorsqu’ approche la célébration de la pâque, sans doute en l'an 30. Les oppositions à Jésus avaient été suscitées dès le départ de son ministère, mais leur caractère n'avait rien de dramatique lorsqu'on connaît la diversité des idées qui tiraient la pensée juive en des sens très divers. Un "événement" plus spectaculaire paraît avoir modifié ce fragile équilibre alors que les foules commençaient à se regrouper pour la fête. Le choc de ce nouveau "signe" expliquerait la violence des réactions…

Mais, lorsque nous lisons le texte, nous sommes bien davantage à l'écoute d'une réflexion qui nous entraîne sur un plan différent. Et c'est là le plus important. Pratiquement, nous ne saurons jamais "ce qui s'est réellement passé" au profit d'un malade ou d'un moribond et il est illusoire de vouloir reconstituer un "scénario" relatif à un épisode. Car, l'auteur  partage la richesse d'une longue méditation nourrie de l'amplitude de ses souvenirs. Il regroupe des éléments épars, prononcés ou vécus à des moments différents de la vie publique de Jésus et il le fait au service d'un thème précis qu'il importe de percevoir. Dans le cas présent, il faut le reconnaître, les confusions sont fréquentes.

3. La plupart de celles-ci résultent d'une lecture trop rapide des derniers versets. La majorité des lecteurs négligent le fait que le cas de Lazare introduit une nette distinction entre réanimation et résurrection.

Il ne s'agit pas de jouer sur les mots, il s'agit de rejoindre le sens exact que leur donnait l'auteur. Bien qu'il soit fréquemment employé, le mot "résurrection" convient mal à cet épisode, car, à juste raison, nous devons lui conserver le sens qu'éclaire la résurrection de Jésus.

"La résurrection, au sens strict du terme, implique appartenance à un monde nouveau, transformation radicale des éléments physiques qui sont en quelque sorte "spiritualisés". Rien de tel dans le cas de Lazare. Son retour à la vie suppose évidemment une restauration des cellules détruites, spécialement celles du cerveau, les plus fragiles; mais il ne s'agit que de la réanimation d'un cadavre, non de l'entrée de tout l'être dans un monde nouveau, spiritualisé et incorruptible."

Au contraire, lorsque nous parlons de "résurrection" à propos de Jésus, le mot s'applique très exactement. Car, désormais, Jésus vit un nouveau mode de présence parmi nous. Lazare, tout comme ceux qui ont été bénéficiaires d'un retour à la vie en Ancien Testament, a été affronté à "mourir" une deuxième fois. Entre temps son existence humaine fondamentale est restée la même et s'est épanouie en des virtualités semblables à celles qui précédaient l'intervention de Jésus.

4. Il faut donc prendre ce passage tel qu'il est présenté, à savoir un texte qui reste "en notre monde" et concerne notre vie présente. Il ne débouche pas sur notre éternité, mais sur notre quotidien. Dimanche dernier, Jésus faisait sauter l’un des handicaps qui altèrent notre activité, à savoir la difficulté de "voir". Aujourd'hui, il s'attaque à un autre handicap courant, celui que fait peser la fragilité de toute existence en raison de la maladie et de la perspective de mort qui se profile à cette occasion.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que Jésus ait abordé cette question comme il a abordé "sérieusement" les autres questions humaines. La préoccupation qui sous-tend ce passage est en effet une préoccupation universelle dont nous faisons tous l'expérience aux heures incertaines de nos existences. "La mort remonte souvent dans la vie" et affecte son dynamisme avant même toute échéance.

Les chrétiens ne sont pas dispensés miraculeusement de cette lassitude et c'est donc en recherchant la lumière sur leur propre existence qu'ils se tournent vers la Parole de l'évangile. Ils n'en attendent pas de solutions toutes faites mais font confiance à la réflexion qui leur est suggérée. Malheureusement, une formation pseudo religieuse a trop souvent laissé croire que Jésus était indifférent aux problèmes concrets qui nous angoissent ou, à l'opposé, qu'il se proposait de les résoudre à coups de miracles. L'épisode de Lazare oblige à une autre approche.

5. Loin de négliger cette question "ordinaire", l'évangéliste l'a même assortie d'un signe qui prend place entière dans la continuité des sept "signes" symboliques sur lesquels il s'appuie pour clarifier l'action générale de Jésus.

L'arrière-plan de ces signes est toujours le même : il s'agit de l'engagement de Jésus en faveur de notre humanité enlisée dans ses difficultés et ses pesanteurs… Que ce soient a) les noces de Cana… b) la purification du Temple et la guérison d'un étranger … c) le paralytique juif … d) le partage des pains et la marche sur la mer… c') l'aveugle de naissance … b') la réanimation de Lazare… c') le lavement des pieds… Une double dramatisation marque leur progression. D'une part, les situations sont présentées dans un ordre de plus en plus "pesant" au plan humain et, par ailleurs, l'action de Jésus à leur encontre suscite des réactions de plus en plus vives parmi ses opposants.

En ceci, Jean ne diffère pas de la perspective que développent les trois premiers évangiles, il la fait simplement ressortir en accentuant sa densité et en proposant de clarifier ses "points forts".

Les étapes et les écueils de la réanimation de notre humanité

* Dans le cas présent, la question abordée se révèle précise, mais la présentation paraît confuse. Pour la clarifier, il suffit de séparer les différents niveaux que le texte entremêle. La netteté du "drame de Lazare" ne doit pas être estompée par le flou des réactions de son entourage.

1. Le "mystère" de toute vie humaine

Arrêtons-nous en priorité sur la présentation du cas personnel de Lazare. Pour Jean, Lazare, c'est l'humanité dans le tragique de sa situation et de son histoire, l'humanité que Jésus se propose de revivifier. Les trois temps du destin qui est présenté dans ce passage symbolisent assez exactement les trois temps de la grande aventure humaine.

a) Les textes anciens nous sont témoins que les questions posées par la souffrance et la mort ont toujours perturbé les esprits. Quels que soient les temps et les lieux, les aspirations les plus légitimes sont restées soumises aux aléas des personnes et des événements. Et la maladie, même lorsqu'elle n'était pas mortelle, s'est toujours présentée comme une "alerte" qui anticipait une échéance inévitable. En ce premier temps, nous pouvons donc recourir à l'image d'une humanité descendant au tombeau.

b) Lorsque Jésus prit place parmi nous, il est évident qu'il ne modifia pas extérieurement cette condition humaine. Il en reprit personnellement les conditions et les épreuves, y compris la maladie et la mort. Mais, tout en les assumant loyalement, il ouvrit de nombreuses brèches dans des réactions pessimistes qui étaient devenues habituelles. Il fut heureux d'être des nôtres et épanouit les valeurs d'amitié et de partage dont nous doutons parfois. Son enseignement invita à aller plus profond que les apparences et suggéra les horizons possibles d'une autre orientation. Et, en son propre engagement il amorça une route nouvelle qui refusait le scandale de certaines conditions de détresse et amorçait une action libératrice à leur encontre.

La densité des événements de Pâques donna leur pleine résonance à ces germes de vie. Alors apparut explicitement le "tournant" que notre humanité pouvait prendre en lui. Sa résurrection faisait plus que confirmer ce qu'il avait dit et vécu. Elle s'intégrait à sa mission. De ce fait, il confirmait "en acte" que la mort n'était pas le tout de la vie et que le moment était venu d'ouvrir les tombeaux.

c) Mais, en ce troisième temps, au nom même de l'humanité nouvelle, l'adhésion et la contribution personnelle se doivent d'être respectées. Jésus n'extraie pas l'humanité de son tombeau malgré elle. Son appel est cohérent avec la voie dans laquelle il relance l'activité antérieure. Le dialogue que suscite la foi ne doit pas être tamisé par le suaire du passé. Et, pour poursuivre son cours dans le cadre qui reste le sien présentement, la vie qui nous est redonnée exige d'être libérée de liens inutiles.

2. les "freins" habituels

L'évangile insiste beaucoup sur les "freins" qui risquent de compromettre ou de restreindre l'efficacité de l'œuvre de résurrection et de vie entreprise par Jésus. Il met en scène des témoins qui contribuent à enfermer Lazare plus qu'à le faire sortir. L'auteur vise principalement les mentalités de son temps, mais certaines transpositions rejoignent la situation actuelle.

a) Au premier temps, nous pouvons parler de freins qui concernent la "venue" de Jésus, autrement dit le rapport de Jésus à notre condition humaine actuelle.

Une question reste sans réponse. Aujourd'hui, nous sommes mieux informés de la longue histoire des hommes et, spontanément, nous avons tendance à parler d'un "retard de l'incarnation" à propos de Jésus. "Si tu avais été là, notre frère ne serait pas mort!"… Comment justifier ce "silence de Dieu" en rapport au passé? Le mystère reste entier et l'évangéliste nous invite à la même discrétion. Il tient cependant à situer l'action de Jésus dans l'ambiance d'amour qui a présidé à la création selon les écrits bibliques.

D'autres faux-sens pourraient également effleurer nos esprits ou ceux de nos contemporains. "Il n'est qu'endormi"… Une tendance spontanée "mystique" situe souvent Jésus en dehors des conditions réelles de nos vies et engendre un certain fatalisme face aux épreuves. A l'opposé, comme l'exprime Thomas, une mauvaise perception du drame de la croix risque d'assimiler trop rapidement nos difficultés à son "sacrifice".

b) Marthe monopolise les réactions du deuxième temps, autrement dit celles qui concernent la foi.

* Pour comprendre sa première réaction, il nous faut rappeler les conceptions juives concernant les défunts. Nous estimons facilement dépassées les conceptions qu'adoptaient les civilisations sémites et pourtant…

Pour les anciens, la mort provoquait la rupture du lien vital entre le "souffle" donné par Dieu et le corps. D'une certaine façon, à la mort, l'homme cessait d'exister en tant que personne. Il n'en restait qu'une ombre sans vie dans le monde souterrain du "séjour des morts", lieu d'oubli, de silence, marqué d'une incapacité de penser, d'aimer et de se relier à Dieu. A une époque proche de notre ère, une lueur d'espérance avait été formulée: "à la fin des temps", une résurrection générale permettrait aux "justes" d'accéder enfin à un plein épanouissement. La réflexion de Marthe témoigne de cette évolution.

Malgré une "imagerie" différente, nous pouvons remarquer que les mentalités courantes en adoptent pratiquement l'essentiel. Il nous faut donc sentir le piège. Au premier abord, cette conception semble affecter le seul domaine de l'au-delà. Mais elle rejaillit sur la conception que beaucoup se font de la résurrection de Jésus et du lien vivant qui en résulte pour nous aujourd'hui. A force de situer Jésus "a la droite de Dieu" en attendant son retour pour le jugement final, nous oublions qu'il nous accompagne et éclaire en priorité nos routes humaines.

La réponse de Jésus situe son action au présent et unifie les deux missions qu'il s'est fixé : être résurrection et vie… pas seulement résurrection, mais résurrection et vie, ce qui implique son engagement dans une existence qui se poursuit "ici et maintenant" sans esquiver le douloureux passage par la mort au sens naturel du terme.

* La deuxième réaction de Marthe rejoint les déceptions que nous rencontrons lorsque nous nous efforçons de rayonner notre foi et de convaincre nos amis des richesses d'humanité que nous y puisons. Nous "rêvons" de changer nos sociétés à la lumière de l'Evangile et nous n'avons pas tort puisque nous sommes envoyés à toutes les nations. Mais comment ne pas être impressionnés par la taille des pierres qu'il nous faut faire glisser ? Comment ne pas être pris à la gorge par l'odeur que dégage une humanité en voie de décomposition malgré certains faibles sursauts de vie ?

"Ne t'ai-je pas dit…" A certaines heures, la Parole de Jésus, l'évangile, reste la seule source qui soutient l'engagement et provoque à l'accueil malgré les malheurs des temps.

En conclusion, nous pouvons prêter attention aux derniers versets

L'influx de réanimation qu'apporte Jésus est nettement situé en sujet de proclamation "publique": "j'ai parlé à cause de la foule" et il est relié à sa mission "d'envoyé du Père", donc de création. Ces deux précisions peuvent facilement s'intégrer à notre témoignage.

* Nous vivons dans un environnement qui ne soupçonne plus comment Jésus a rejoint notre humanité. Pour beaucoup, il est censé appartenir à un monde étranger au nôtre. L'évocation d'une réflexion autre que morale sur la base de sa Parole semble dénuée d'intérêt. Au contraire, ils interprètent cette présentation comme un phénomène de mode qui cherche à correspondre aux modèles de pensée actuels. Sans vouloir "récupérer" ou faire preuve d'autosuffisance, il nous faut dire et redire qu'il s'agit d'un donné "historique" et qu'il supporte la comparaison avec les valeurs que soulignent d'autres civilisations.

* En pesanteur inverse, nous sommes victimes du sens pessimiste qui a prévalu durant des siècles dans les milieux chrétiens et qui a altéré une vision équilibrée du salut qu'apportait Jésus. Il ne nous sauve pas en nous conseillant une attitude passive et en nous maintenant la tête hors de l'eau… il nous apprend à nager.

 

Le carême, une pièce en cinq actes

4/5  Le méchant, l’opposant, c’est le Diable, le Tentateur, le Démon (et ses Légions)

Quelques réflexions sur le Mal

 

Le mal, la descente aux enfers, aller au fond du fond pour mieux en extirper le mal ? Le mal  inscrit dans nos fibres. Inextricablement. Trier nos fibres ? Et notre part mystique ? Tri impossible, illusion de gouverner le mal.

 

Dépravation de l’humanité. Pour preuve, tout le monde connaît peu ou prou les sept péchés capitaux, mais qui connaît les sept vertus capitales ? Les trois théologales : foi, espérance et charité, celles qui nous orientent vers le haut ; les quatre cardinales : courage, justice, prudence et tempérance qui nous dirigent ici-bas.

 

Faire le mal à grande échelle a quelque chose de grotesque. Il y a davantage de joie et de mérite à ensorceler un seul être.

 

Le marxisme : une doctrine d’aigris en proie à l’ambition

 

Préférer la gloire et les honneurs, voilà sur quoi joue le Diable, voilà sur quoi repose tous les maux de l’humanité.

 

 La pornographie est l’infibulation de nos contemporains.

 

Le désir que Don Juan éprouve pour mille femmes. Légion diabolique, perversion par laquelle s’exprime le besoin du grand amour divin

 

Les gueulards de la souffrance (qui d’ailleurs ne souffrent pas, ce doit être une forme de conjuration de la  trouille), ceux qui ne croient pas en Dieu parce que la souffrance existe sous prétexte que le mal existe, et que Dieu le permet : les premiers à se commettre avec le mal, les premiers à injecter le poison dans l’humanité.

 

 Anéantir en soi la bonne conscience du petit matin.

 

 J’ai vu Satan un jour,  sous la forme d’un couple avec une couronne des rois sur la tête.

 

Le temps gâché et l’espoir perdu, les deux plus grandes victoires de Satan.

 

 Maniaquerie satanique que celle qui brûle avant de commencer travail.

 

 Montherlant : le pitoyable, même chez les plus grands.

 

 Le Moyen-Âge a brûlé quelques corps pour délivrer leurs âmes ; la Révolution française a coupé beaucoup de têtes pour gaver des appétits.

 

Aucun divertissement ne laisse de lendemain joyeux.

 

Adam est dupe et Satan est stupide.

 

Toute vengeance est une duperie.

La civilisation, ornement du monde. Chanter la civilisation malgré les canailles, les traîtres, les coquettes, les calomniateurs

Nous vivons comme des ombres, inconscients du moment.

 

Deux maux également graves : l’inassimilable et le prédigéré.

 

Le temps que Dieu donne pour que sa grâce vienne à bout du péché.

 

Le malheur n’a qu’une seule force, celle de circuler. Satan n’a qu’une seule force, celle de circuler. Il circule sur nos superficies…Les hommes superficiels tracent la route à Satan.  Devenez profonds, voilà Satan sans prise. Satan peut bien hanter nos profondeurs, il ne leur résiste pas.

 

La paresse parfois nous sauve de certaines possessions.

 

Avarice, préservation des biens : isolons-nous pour n’être point pillés.

 

La plus belle fille du village. Aujourd’hui absurde. Le monde est peuplé de belles filles et de jolis garçons qui se plaisent l’espace d’un instant. Partout le nombre nous transforme en être dérisoire, partout des moyens de multiplier encore cet être dérisoire. Nous ne savons qui nous sommes, nous revêtons mille oripeaux. Un homme vu une minute par des milliards d’êtres à la télévision, et puis rien… Des lieux où l’on vit encore : le théâtre, le monastère, la montagne, certaines îles…L’aventure aujourd’hui, ce n’est plus la découverte du monde, c’est la découverte de la personne.

 

Deux armes pour sortir du château de l’âme, le château où l’âme est enfermée : la prière qui libère et l’amour qui tue.

Les brigands pendant la Guerre de cent ans…Ils recrutent 1) parmi les ruinés de la guerre, 2) les criminels fuyards, 3) les ennemis des Anglais. Il serait facile d’actualiser cette horde.

 

Le mal aujourd’hui : pourriture de l’intérieur.

 

Bernanos : le suicide. Mouchette, celle qui aime jusqu’au Diable. Le Diable ne domine pas tout le mal Il y a une part de mal qui appartient même à Dieu.

 

Un grand danger : échapper à l’aliénation de monde en créant la sienne propre (cela est toujours du monde). Sartre a bien mis en lumière cette tare chez Flaubert. Pour échapper à l’aliénation sociale, Flaubert tombe dans la tyrannie artistique et « ne peut substituer à l’être bourgeois qu’un être pour l’art ». Montherlant lui, vit « pour faire des œuvres belles » et aussi pour son « bonheur ». Mais la décrépitude physique le fait sombrer dans l’aliénation du suicide (qui n’a cessé de le hanter). La hantise de la porte de sortie.

 

Le monstre : protubérances irrationnelles de l’être, de sorte que, sous les difformités, il reste quelque chose de l’original.

 

 

- Vraiment, je n’aime pas le Diable.

- C’est que tu n’aimes pas assez.

La chute, la chute…A trop vouloir lutter tout en se délectant. Suggestion…Délectation…et Consentement.

Satan, néant figé, ne peut se saisir que de l’illusion du monde.

 

Montherlant : « Tous parlent contre le monde et tous l’ont dans le cœur. »

 

Une seule et unique explication au comportement mauvais de chaque homme : l’Absence d’amour.

En tout, chercher l’explication métaphysique.

L’Ennui, tourment de qui n’a pas la foi.

Ceux qui tuent les êtres par jeu. Chaque fois que nous  jouons avec un être, nous le tuons un peu. Je joue avec cette poussière, cela pue la mort. Pauvre ignorant de l’amour, assassin de l’âme.

La peur. Il n’y a qu’une grande peur, qui engendre toutes les autres, la peur de n’être pas aimés.

 

Le goût pour le luxe (bons vins, bonne chère, vêtements élégants, etc…) esthétisme sans doute, mais aussi insatisfaction de celui qui n’arrive pas à nourrir son corps subtil.

Et saint Luc : Ne vous souciez ni de ce que vous allez manger, ni de la façon dont vous vous habillerez. Aimez le Seigneur, le reste vous sera donné par surcroît. C’est le menu du corps subtil.

 

Partout le siècle du jugement court.

 

On échappe à Faust par la rencontre du Christ, à Dom Juan, par Sa mort sur la Croix.

Faust ou l’anti-foi, Don Juan ou l’anti charité ? Quel mythe pour l’anti-espérance ? En existe-t-il un ? Don Quichotte, avec ses illusions ?

 

La part du Diable réside dans l’immobilité. Combat du mobile et de l’immobile, du fixe et du volatile ? Le Christ nous invite et nous lui répondons par l’inertie, la stagnation, le blocage obstiné sur les positions antérieures. Notre refus passionné d’évoluer.

Cet ennemi de l’âme qui nous incline à l’immobilité spirituelle.

La joie créatrice, ignée. L’indolence humide.

Oui à l’amour et non au vieux schéma de la sexualité déconnectée du cœur. Brillante étincelle du sens et non fermeture de l’intellect.

L’homme a un destin, une loi personnelle de développement à quoi il ne peut s’opposer sans éprouver dans sa vie et dans sa chair le choc de la bataille. Obéissons à nous-mêmes, soyons sans peur sur la voie qui nous aspire, d’invisibles puissances veillent sur nous. Ce qui nous arrive n’est que l’extériorisation d’un combat intérieur dont le prophète Mahomet disait qu’il était la seule et véritable guerre sainte.  Agissons au-dedans,  nous vaincrons au dehors.

 

On ne peut pas se tromper. Dieu demande que l’on s’abandonne et le Diable veut nous prendre. L’abandon est actif ; pas le « laisse-toi faire ». Et c’est pour cela que tout se joue jusqu’à l’ultime seconde, et c’est pour cela aussi qu’une vie n’est pas de trop pour apprendre à recevoir la grâce de l’abandon. L’abandon est révélation.

 

Petite différence de valeur, le socialisme paye un coup à boire, le christianisme nourrit les affamés.

 

L’histoire du monde tient dans la seule parabole de la porte étroite. L’humanité s’entête à suivre la voie royale, elle est sourde à ceux qui ouvrent la porte étroite. Sourde à Pascal, offerte à Descartes. Le poêle préféré au Mémorial.

 

L’irascibilité demande à être analysée ; la concupiscence nécessite de fuir.

 

Le péché désorganise le monde et le pécheur. Le péché prépare le terrain des catastrophes.

 

Ce terrible besoin d’images qui tue le Verbe en nous.

 

Le sens du péché originel nous rend, paradoxalement, plus optimiste en la vie…Le relativisme moral fabrique des bonshommes qui se flinguent. Un chat, si on ne l’appelle plus un chat, il peut nous faire peur. Si l’homme sent en lui le mal sans pouvoir le nommer, il se précipitera au gouffre.

 

Combattre à tous prix la trivialité. L’art est autant un combat pour saisir le beau que pour éloigner toute trivialité. Ne pas finir trivial. L’Art comme ascèse.

 

La joie n’est pas du Diable. Les béatitudes échappent au diable.

 

Le grand danger de la jeunesse, c’est de ne connaître que les joies de l’admiration et point celles de l’action. De prendre les surprises pour de la pensée et les grâces reçues pour de la vertu. A ne point mettre en application la grâce, on finit par la perdre. Il faut agir, très jeune…

 

Le péché consiste à imiter Dieu, de travers.

 

Il n’est pas inintéressant de constater que l’histoire du premier péché est une histoire de complicité.

 

Les  hommes sont en prison et ne le savent pas.

 

Une des preuves les plus accablantes du péché, c’est notre besoin de tricher avec nos origines : soit que nous les cachions soigneusement, soit que nous éprouvions le besoin, comme les héros antiques, de nous en inventer de divines.

Un camouflage n’est-t-il jamais que déguiser la vérité ?

 

Comment cet être joyeux et tendre, léger et enthousiaste, peut-il, l’espace d’un instant, dès qu’il se retrouve livré à lui-même, se métamorphoser en une sorte de bête molle, vicieuse et laide, sinon que, entamé par cette faute énigmatique : le péché originel – il a sans cesse besoin d’être tiré hors de lui-même. Déchirure profonde de l’être, que seul le Christ vient réparer.

 

Luther : puissamment hérétique, pour avoir douté du pardon de Dieu. Il n’a vu qu’échange  où il y a communion.

 

L’homme n’est pas imperméable à la grâce, mais seulement ciré ou fuyant.

 

Après avoir tué Abel, Caïn fonda la Société.

« La part honteuse de la nuit. »  (Shakespeare)

Le Seigneur est notre Justice. Livre de Jérémie.
Moi, je me fais défaut à moi-même. Jésus en moi ne me fait jamais défaut. Espérance profonde ! Il me suffit de désirer Dieu, à travers Jésus en moi pour que celui-ci ne me quitte jamais. (Pascal ; ses derniers mots : que Dieu ne m’abandonne jamais ! Mourir avec de telles paroles de désir. Je trouve cela magnifique.)

La luxure, c’est une mauvaise orientation du désir, qui veut accaparer et non donner, posséder au lieu d’abandonner.

Desiderare : regretter l’absence de quelqu’un, de quelque chose. Et quelque chose de sidéral !

Je désire donc Dieu, je désire donc la justice qui m’a quitté avec le péché.

Seule la présence du seigneur en moi peut me rendre juste.

La Justice est le nom de l’amour de Dieu. Le juste est celui qui vit en fils de Dieu, sous l’inspiration de l’esprit de Dieu.

Luxure : de luxuria. Surabondance… de néant ?

Je ne puis combler ce qui me manque profondément (Dieu) par la luxuriance des appétits mal orientés (Divertissement).

« Nous ne désirerions guère de choses avec ardeur, si nous connaissions parfaitement ce que nous désirons. » (La Rochefoucault)

 

Certains êtres, aux luxures inavouées, haïssent le bonheur et la jubilation qu’ils soupçonnent ou découvrent chez les autres, car elles font obstacle à leurs rêves de domination.

Désir, luxure, luxuriance. Nous cherchons à combler ce qui nous manque, mais que nous manque-t-il ? Sinon Dieu ? Notre propre insuffisance ne saurait se nourrir de notre auto-suffisance.

Don Juan Manara, Faublas, hommes de désir. Don Juan Tenorio, Valmont, hommes de luxure.

 

Dieu est bon qui nous épargne d’avoir une claire conscience de la chaîne de nos péchés et leurs conséquences. Si nous avions cette vision, nous en mourrions.

Inversement, nous n’avons pas non plus idée de la chaîne du bien…

 

Au fond le péché, c’est la lutte de l’amour propre contre l’amour.

 

La grâce, nouvelle de Marcel Aymé dans Le Vin de Paris.

Ordre des péchés capitaux :

Orgueil, gourmandise, colère, envie, paresse, avarice, luxure. Et le passage de l’un à l’autre, logique d’une chute insensible à la conscience.

 

La honte, la honte et l’argent de la honte !

La fierté, la fierté et l’argent de la fierté.

Deux moyens de bien gagner sa vie.

 

 

Dans notre siècle, explication systématique du haut par le bas.

La misère, le seul vrai problème…misère du monde et misère du péché.

Substitution : l’innocent rachète le pêcheur. Se tenir aux portes de l’Enfer, pour que l’Enfer soit vide.

 

Parole terrible : « La fidélité est morte, n’en parlons-plus. »

 

Adam : le père tombe en Narcisse et le fils déchoit en Œdipe.

 

Il faut oser dire que l’adolescence est sinon l’âge d’accomplissement du péché, du moins sa phase de délectation.

 

A la racine de ce drame qu’est l’avortement : l’accouplement monstrueux d’hommes qui ont perdu la part féminine, fécondante de leur âme, et de femmes « féministes » qu’aucune organisation mâle n’est venue développer.

 

Cette situation intenable entre l’impossibilité de fuir et l’impossibilité d’agir, entre un système d’habitudes dont on ne peut se passer et une création que l’on est incapable de mener à bien.

 

Toujours rabaisser, rabaisser sans cesse : c’est inadmissible.

Le défaut est logé insidieusement en nous, la tentation se présente…

 

Il paraît que nous sommes allergiques à certains types d’aliments, et cela sans que notre goût nous en éloigne, bien au contraire, ces nourritures créent chez le sujet une espèce de besoin sensuel qui conduit, une fois satisfait, au malaise physique et à la dépression psychique. Cette loi chimique est aussi une loi morale, particulièrement en ce qui concerne la passion.

 

Je vois venir avec effroi ces temps ou un spiritualisme prosélyte en réaction à un matérialisme moribond, viendra se substituer à la religion du père. Il faut que Dieu soit une personne. Si Dieu n’est pas une personne, il n’y a plus d’amour, au mieux une sagesse.

L’ombre : projection de notre moi conscient dans notre moi inconscient. La part que nous nions et que nous sommes prompts à reconnaître et à mépriser chez les autres. Mais cet autre moi veut vivre en moi. Je dois le concilier et non le rejeter. Le crapaud des contes de fée se transformera en Prince. L’opposition à l’ombre fournit le fondement  des rivalités fraternelles qui en est la projection la plus imminente. Rien de plus naturel que de dénigrer tout ce que nous n’aimons pas en ce frère ou cette sœur  qui nous ressemble comme un double. Nous y décelons nos défauts et nos désirs négatifs à l’état vivant. Cet autre immédiat nous permet de nous identifier en nous opposant à ce que nous ne voulons pas être. C’est cette image négative que nous détestons.

 

Ces heures passées à lécher des spectacles insanes en attendant que cela passe. Comme les marins, les vieux ou les prisonniers attendent l’heure du repas…

 

La calomnie et même la simple médisance ruine toute entreprise d’apostolat, a fortiori d’éducation.

 

Le terrible poids de la précipitation. Mon Dieu délivrez-moi du poids de la précipitation. Heureux qui, à 20 ans, est délivré du poids de la précipitation.

 

Beaucoup de nos péchés sont véniels, mais nous commettons beaucoup de péchés véniels… Et cela finit par constituer une pâte indigeste.

 

En fait de renoncement progressif aux biens de ce monde, j’ai palpé de l’argent et je me suis couvert de vêtements somptueux. Au lieu de recevoir le pauvre, j’ai reçu les amis et je les ai gavés.

 

Lucifer : le porteur de lumières et qui ne la donne point.

Le serpent (nacash) : un/nu. Intelligence, non du cœur, mais intelligence pour elle-même.

Pourquoi cette peur de la conversion ? Cette peur d’être guéri ?

 

 

« 2 et 2 sont quatre n’est déjà plus la vie, messieurs, c’est le commencement de la mort. L’homme souterrain de Dostoïevsky par opposition au Palais de cristal du philosophe scientiste à la Tchernychewski.

Le péché est si fort qu’il va jusqu’à prospérer des présents de la grâce, si ce n’est une perpétuelle crucifixion.

 

Le fil d’Ariane, ce fil ténu qui  permet de tuer nos monstres. Un fil tenu par la femme.

 

Nous feignons la maladie, mais c’est le cœur qui flanche

 

Pierre Riquet évoque dans un article du Figaro une audience après la guerre avec le pape Pie XII. Celui-ci lui fait part de son angoisse face à l’expansion du communisme athée sous l’impulsion de Staline : « le sombre tableau qu’il me traçait de l’avenir me fit soudain lui dire : Très Saint Père, je ne suis pas inquiet pour le destin de l’Eglise. N’a-t-elle pas les promesses de la vie éternelle ? Je le vois encore se redresser et me répartir : « Moi non plus ! Mais je pense aux grâces gaspillées, aux âmes qui se perdent. C’est cela qui me tourmente. »

 

Découvrir en nous le secret grain d sable du péché, où se concentrent comme en un kyste toutes nos douleurs…

 

Le pressentiment : rien d’autre que  l’épaississement de l’âme au moment où elle s’apprête à dégorger en malheur.

 

Jeune homme riche :Soyez saint ! Il faut avouer que cette perspective nous rend triste.

 

© 2014 Franck Laurent

Mise à jour le Samedi, 05 Avril 2014 12:05
 
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