Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 4ème Dmanche de Carême

Année A : 4ème Dimanche de Carême

 

 

Sommaire

Actualité : le carême une pièce en cinq actes (4/5)

Evangile : Jean 9/1-41

Contexte des versets retenus par la liturgie :  Références indispensables

Piste de réflexion : Même lorsqu'on voit, qu'il est difficile de "faire voir"!

 

Actualité : Carême,  une pièce en cinq actes (4/5)

Au Mercredi des Cendres, la page de Matthieu proposée comme Prologue au Carême nous laisse finalement une grande liberté d’organisation. A l’indicatif de jeûner, prier et faire l’aumône, est joint le seul impératif de discrétion, mieux de délicatesse, condition sine qua non d’une récompense (comprenez : ‘une plus grande joie’) dans le Royaume des Cieux.

Trois domaines sont privilégiés : la valeur du partage avec l’aumône, l’importance de temps forts pour rencontrer le Seigneur avec la prière, l’exigence d’un certain renoncement avec le jeûne.

Les cinq dimanches qui suivent sont comme cinq actes où se joue la dramatique divine et dont le dénouement sera Pâques.

Acte Premier : au désert, pour y être tenté.

Acte 2 : sur la montagne, pour y être transfiguré

Acte 3 : au bord du puits, pour émerger

Acte 4 : à Siloé, pour enfin voir

Acte 5 : à Béthanie, pour sortir du tombeau

La distribution des personnages est la suivante:

Le  jeune premier du Carême, c’est le corps

Le personnage principal, c’est le pauvre

Le serviteur fidèle, l’adjuvant, c’est le Christ, bon Samaritain (et son Eglise)

Le méchant, l’opposant, c’est le Diable, le Tentateur, le Démon (et ses Légions)

L’héroïne c’est l’humanité, sous la figure de la Samaritaine

L’unité de lieu, c’est le désert, l’unité de temps, une quarantaine, l’unité d’action, la conversion.

La Bonne Nouvelle finale, qu’il ne faut pas seulement comprendre ou entrevoir, mais qu’il faut épouser, c’est que Le Christ a anéanti toute fatalité tragique : par Lui, le péché et la mort sont vaincus…Pour tous!  Cela mobilisera notre être dans une marche unanime vers une fin qui le ramasse tout entier : nous sommes des ressuscités.

3/5 Le fidèle serviteur, l’adjuvant, c’est le Christ

Difficile pour un chrétien d’avoir une bonne vue. Mais Jésus procède par étape, patiemment il laisse le temps faire son œuvre dans un cheminement qui exige le renoncement à bien des désirs imaginaires pour entrer dans une vie humaine « sauvée ». (Salvus : bien portant ! Alors que nous sommes tous malades du péché…) C’est cela le caractère inouï de son enseignement.

Il y là, évidemment, bien plus que Jean-Baptiste, Elie ou tous les prophètes, ces modèles anciens déjà connus.

Il y a là l’a-venir ; non un a-venir comme les hommes l’imaginent, mais l’a-venir tel que Dieu veut qu’il ad-vienne.   C’est la fin de tous les cycles et de toutes les répétitions désespérantes.

Notre attente maintenant n’est plus survivance, notre attente échappe à la mort.

Comment dire cela ? Comment assumer cette parole ? Jésus ne l’autorise pas aux disciples avant qu’ils aient pris toute la mesure de ce qu’Il avait à accomplir. Et moi de même, sinon je ne suis pas apte à parler en assumant la relation impliquée par mon dire.

Comment dire Christ ? Et bien réaliser ce que cela veut dire pour le Christ. Tant qu’on ne l’a pas suivi sur le chemin qu’il nous montre.

En fait il existe deux obscurités : la vision confuse de l’aveugle, les dires des gens qui montrent une connaissance embrouillée pour des modèles du passé. ; la vision plus claire du nouveau voyant,  comme Pierre par rexemple,  mais qui ne sera pas tout de suite reconnu apte par Jésus à parler de lui.

Ni modèle du passé ! Ni  espoirs imaginaires…Jésus n’attend pas des hommes qu’ils lui disent qui il est. Nous devons  purifier nos spéculations !

« Messie » dit Pierre ; « Fils de l’homme » dit Jésus.

Un Fils, c’est-à-dire : non un individu élevé en absolu, mais un fils qui n’a pas toutes l’initiative, ne contrôle pas son origine, mais la reçoit.

Un homme qui ne devient ce que Dieu veut qu’il soit qu’après être passé par une transformation (lente?).  Non une totalité réalisée qu’il suffirait d’accueillir (Christ) mais un passage : passer par une histoire dramatique qui intègre la mort.  Voici la révision radicale de nos attentes !

L’itinéraire, le chemin de croix : pâtir, être rejeté, mourir. Avant  une surrection qui instaure une vie nouvelle.

« Après avoir été englouti dans la mort, le « Fils de l’homme » en surgira dans sa vérité, portant les blessures de son propre rejet du milieu des hommes ».

Une mort qui débouche  sur une vie conduisant bien au-delà de ce qu’on dit de la vie humaine. Comme on n’ose même pas l’imaginer…

(c) 2014 Franck Laurent

 

Evangile

Evangile selon saint Jean 9/1-41

1ère étape : rencontre entre le Christ et l'aveugle : la parole humaine de l'Evangile se présente en nouvelle création (boue) et l'Envoyé reste discrètement présent pour approfondir cette parole

En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance.

La question des disciples et la réponse de Jésus situent l'épisode en lien avec l'enseignement qui a développé précédemment le thème de la Lumière

Et ses disciples l'interrogèrent en disant: " Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, qu'il soit né aveugle ? "

Jésus répondit : "Ni lui n'a péché, ni ses parents, mais c'est afin que soient manifestées les œuvres de Dieu en lui.

Il me faut œuvrer aux œuvres de celui qui m'a envoyé tant que c'est le jour. La nuit vient où nul ne peut œuvrer. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. "

Ayant dit cela, Il cracha à terre et fit de la boue avec la salive et mit la boue sur ses yeux. Et il lui dit : " va te laver à la piscine de Siloé" (ce qui se traduit "envoyé")

Il s'en alla donc, et se lava, et revint en voyant

2ème étape : témoignage auprès des voisins, témoignage portant sur le comment de la guérison  

Les voisins, et ceux qui voyaient, auparavant, qu'il était un mendiant, disaient: " N'est-ce pas celui qui était assis et qui mendiait ? " Les uns disaient: " C'est lui." D'autres disaient: "Non, mais il lui ressemble. "Lui disait: "je le suis".

Ils lui disaient donc: " Comment se sont ouverts tes yeux ?" Lui répondit : " L'homme qui est dit Jésus a fait de la boue et a oint mes yeux, et m'a dit : Va à Siloé et lave-toi. Y étant donc parti et m'étant lavé, j'ai vu à nouveau."

Et ils lui dirent : " Où est celui-là ? " Il répondit : " Je ne sais pas."

3ème étape : premier affrontement religieux portant sur les traditions et ouvrant à Jésus = prophète  

Ils le mènent aux pharisiens, l'ancien aveugle. Or c'était sabbat le jour où Jésus fit de la boue et lui ouvrit les yeux.

De nouveau, les pharisiens aussi lui demandaient comment il voyait à nouveau. Il leur dit : " Il a mis de la boue sur mes yeux et je me suis lavé et je vois. "

Certains des pharisiens disaient : "Cet homme n'est pas de Dieu, puisqu'il n'observe pas le sabbat." D'autres disaient : " Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes?". Et il y avait division parmi eux.

Ils dirent donc de nouveau à l'aveugle : "Toi, que dis-tu de lui, qu'il t'a ouvert les yeux?". Il dit : "C'est un prophète."

4ème étape : les parents, symboles de la religion passée, se dérobent pour reconnaître Jésus Messie  

Les Juifs ne crurent pas à son sujet qu'il avait été aveugle et qu'il y voyait à nouveau jusqu'à ce qu'ils aient appelé les parents de celui qui avait recouvré la vue

Et ils les interrogeaient en disant : " Celui-ci est-il votre fils, que vous dites qu'il est né aveugle ? Comment donc y voit-il maintenant ? "

Ses parents répondirent et dirent : " Nous savons que celui-ci est notre fils et qu'il est né aveugle. Mais comment y voit-il maintenant, nous ne le savons pas ; ou qui lui a ouvert les yeux, nous ne le savons pas. Interrogez-le, il a l'âge ; lui-même parlera de lui."

Ses parents dirent cela parce qu'ils craignaient les Juifs. Les Juifs en effet avaient déjà convenu que, si quelqu'un le reconnaissait pour Christ, il serait exclu de la synagogue. C'est pourquoi ses parents dirent : "Il a l'âge, interrogez-le".

5ème étape : l'aveugle guéri se range au nombre des disciples 

Ils appelèrent pour la seconde fois l'homme qui avait été aveugle et lui dirent: " Rends gloire à Dieu ! Nous savons que cet homme est un pécheur. "

Lui répondit : " S'il est un pécheur, je ne sais; Je sais une chose : étant aveugle, j'y vois maintenant."

Ils lui dirent : "Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ?" Il leur répondit : " Je vous l'ai déjà dit et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l'entendre de nouveau? Est-ce que vous voudriez, vous aussi, devenir ses disciples ?"

Ils l'injurièrent et dirent: "Toi, tu es disciple de cet homme-là

6ème étape : affrontement plus "théologique" - Jésus vient de Dieu - aboutit à l'exclusion 

mais nous, nous sommes disciples de Moise; nous savons que Dieu a parlé à Moïse; mais lui, nous ne savons d'où il est."

L'homme répondit et leur dit : "Là est l'étonnant, que vous ne sachiez pas d'où il est et il m'a ouvert les yeux. Nous savons que Dieu n'écoute pas les pécheurs, mais si quelqu'un est religieux et fait sa volonté, celui-ci il l'écoute. On n'a jamais entendu dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né. Si celui-ci n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire."

Ils répondirent et lui dirent: "Toi; tu es né tout entier dans le péché et tu nous fais la leçon!" Et ils le jetèrent dehors.

7éme étape : reconnaissance de Jésus-Fils de l'homme  

Jésus entendit qu'ils l'avaient jeté dehors et, le rencontrant, il dit : " Crois-tu au Fils de l'homme ? " Lui répondit et dit: " Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ?"

Jésus lui dit :" Et tu le vois et celui qui parle avec toi, c'est lui.

Il dit : "Je crois" et il se prosterna devant lui.

Jésus ajouta : Pour un jugement je suis venu en ce monde, afin que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. "

Des pharisiens qui étaient avec lui, certains entendirent cela et lui dirent : "Est-ce que, nous aussi, nous serions aveugles ?" Jésus leur dit : " Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché, mais en fait vous dites : Nous voyons, votre péché demeure."

Contexte des versets retenus par la liturgie

En raison de son contexte, le passage d'évangile proposé en ce 4ème dimanche de Carême se présente à deux niveaux.

= Précisons d'abord qu'il est possible d'isoler ce "signe" et que son commentaire est alors relativement facile sans trahir son sens. C'est d'ailleurs ce qui a sans doute déterminé son choix liturgique. Il y a là une présentation assez complète de la manière concrète dont Jésus éclaire nos vies et, en complément, des difficultés que nous rencontrons pour convaincre ceux qui nous entourent de l'apport original qu'ils pourraient en retirer eux aussi.

La division en 7 étapes correspond assez exactement à la "manière de Jean". Certaines symétries "littéraires" déterminent des oppositions et des compléments. Un même témoignage revient en plusieurs volets successifs : 1. au départ, la situation de l'aveugle et le lien abusif avec le péché… 2. le fait brut : "il m'a mis de la boue, je me suis lavé, je vois"… 3. les querelles concernant le sabbat et la foi en Jésus… 4. la reconnaissance personnelle de Jésus comme "Fils de l'homme"… La mention des "voisins" n'est pas sans intérêt car leurs réactions se retrouvent dans les hésitations actuelles.

= Il est cependant utile de savoir que ce passage arrive au terme d'un développement complexe de l'évangéliste sur le thème de la Lumière.

Voici quelques pistes pour comprendre cette page au regard de l’ensemble de ce développement. .

a) Au-delà de la complexité de la 5ème section, chez Jean, l'importance de la Lumière est claire dès le prologue, mais pas dans n'importe quel sens (1/4): "ce qui fut en lui était la vie - et la vie était la lumière des hommes - et la lumière luit dans les ténèbres".

Il faut rappeler que l'homme de ce temps a du mal à lutter physiquement contre les ténèbres. Les lampes à huile ne donnent guère de sécurité contre l'imprévisible dont la nuit est le royaume: voleurs et animaux sauvages. Il est donc plus sensible à un contraste que nous ne vivons plus dans les mêmes conditions. Lumière et ténèbres ont des valeurs opposées et leur affrontement devient identique à celui de la vie et de la mort. Sur l'aveugle qui ne voit pas la lumière pèse donc un avant-goût de la mort.

A l'opposé, les prophètes avaient fait d'une promesse de lumière un signe annonciateur de restauration. "Le peuple qui marchait dans les ténèbres verra une grande lumière"…

b) Chaque section du quatrième évangile est dominée par la référence à une fête juive. Celle qui concerne la lumière s'ouvre par la montée de Jésus à Jérusalem pour la fête des tentes et le "signe" de la guérison de l'aveugle se situe en conclusion Même s'ils ne sont pas essentiels, les rapprochements entre notre récit et le déroulement de la fête sont évocateurs.

La fête des Tentes était l'une des trois grandes solennités juives avec la Pâque et la Pentecôte. Elle se célébrait en automne, du 15 au 21 Tishri (7ème mois). Elle était greffée sur une fête agraire, la fête des récoltes. A ce titre, elle célébrait les bienfaits de Dieu pour les fruits, raisins, grenades, olives…que l'on venait de vendanger. Mais le vrai sens qui lui avait été ensuite donné se référait à l'histoire religieuse d'Israël: c'était le rappel de l'Exode, longue marche à travers le désert après la libération d'Egypte, purification sous la protection de Yahvé au milieu des épreuves et des incertitudes de l'avenir…

Trois signes marquaient cette célébration:

- durant toute la semaine que durait la fête, les juifs devaient habiter sous des huttes de feuillage ou des tentes faites de branches d'arbres. Ainsi était rappelée la vie nomade du désert.

- dans le Temple, on ajoutait de nombreux sacrifices aux oblations volontaires. On y mêlait des offrandes de vin, symbole de la dernière récolte et aussi des aspersions d'eau; cette eau était recueillie solennellement par le grand prêtre à la fontaine de Siloé. Il s'agissait de marquer le souvenir de l'eau jaillie du rocher, sur l'ordre de Dieu, pour abreuver le peuple dans le désert (Exode 17/3).

- enfin, le soir, avaient lieu de grandes illuminations dans le Temple, en particulier deux grands candélabres brillaient dans le parvis des femmes. Ainsi était rappelée la nuée lumineuse qui avait guidé les hébreux durant l'Exode (Exode 13/21).

Comme pour la Pâque, le premier et le dernier jour étaient très solennels. Rigoureusement parlant, cette fête ne durait que sept jours, mais elle était immédiatement suivie d'un huitième jour de fête qui servait de clôture solennelle au cycle des trois grandes fêtes de pèlerinage.

Un des derniers livres de l'Ancien Testament, le livre de Zacharie (fin 4ème siècle - débit 3ème siècle avant notre ère) ajoute à cette fête une dimension prophétique et y voit une annonce des bénédictions de l'âge messianique. Les dures conditions qui pesaient sur le peuple juif du fait des occupations étrangères contribuaient à faite de l'Exode le type et le gage des délivrances opérées par Dieu en faveur de son peuple.

Quelques références indispensables

= le lien entre péché et handicap

En nos civilisations modernes, nos réactions face à la maladie sont difficiles à comparer aux réactions des anciens, la douleur exceptée. Même si l'origine de nombreuses maladies nous échappe encore, nous "cernons" le domaine qui nous reste inconnu en parlant de microbes ou de virus, nous savons que les recherches se poursuivent. Nous ne sommes plus face au "mystère épais " que revêtaient les maladies et les handicaps dans un contexte totalement démuni.

Nous ne pouvons donc être étonnés des "explications" qui étaient apportées, pas plus que nous ne pouvons être déconcertés par les remèdes qui étaient proposés. La majorité des peuples de l'Ancien Orient attribuaient les fléaux à des esprits malfaisants ou les considéraient comme punition des dieux en raison d'une faute cultuelle à leur égard. Les méthodes de guérison étaient proches de la magie et s'orientaient vers des supplications ou des sacrifices.

Les juifs avaient hérité naturellement de cette méconnaissance scientifique. Leurs réactions spontanées étaient les mêmes que celles de leurs contemporains. Mais "l'humanisme" et le sens de Dieu que développaient les Ecritures dramatisaient la situation. Le handicap allait à l'encontre du projet créateur…l'aspect "punition" en était ainsi alourdi. Par ailleurs, dans un monde où tout paraissait dépendre de la causalité divine, l'origine de la maladie ne pouvait être référée qu'à Dieu… les textes anciens, comme le "noyau" du livre de Job, se trouvaient ainsi affrontés à l'impasse de la souffrance du juste ou de l'innocent.

Jésus se trouvera souvent affronté aux questions de guérison le jour du sabbat. Ici, de façon plus générale, les apôtres lui font part d'une impasse qu'ils n'étaient pas les seuls à formuler. Il s'agit d'un handicap de naissance. Ou bien le péché doit être attribué aux parents, ce qui est injuste. Ou bien le malade est puni par avance, avant même d'avoir posé un acte personnel libre, ce qui est aussi scandaleux.

Faute d'en avoir perçu la résonance exacte, nombre de nos contemporains en restent à des commentaires très flous en ce qui concerne la réponse de Jésus. Il importe donc de bien noter que celle-ci est des plus nettes et des plus "insatisfaisantes" pour notre curiosité habituelle: "ni lui n'a péché, ni ses parents". Avant comme après Jésus, aucune réponse ne peut être apportée à l'origine et au "pourquoi" de la souffrance. Tout comme de nombreuses questions se rapportant à la création, celles-ci nous échappent… mais, à jamais; doit être exclu le rapport entre handicap et péché.

Indirectement, ce verset rejaillit sur l'interprétation qui est souvent donnée aux premiers chapitres de la Genèse, car le mot "parents" est à prendre au sens large. Il en est de même de certains discours prophétiques…

= la salive et la boue obtenue en "crachant par terre"

Il n'est pas besoin de rapprocher ce geste de Jésus de l'attirail des médecines de ce temps, comme si le Seigneur voulait "camoufler" le miracle qu'il accomplissait. Il est possible qu'au départ, le souvenir ait été lié à ce premier aspect de la guérison. Mais lorsqu'on connaît saint Jean et son style symbolique, il importe de traduire  ce qu'il veut exprimer. Certes, ce n'est pas ainsi que nous nous exprimons aujourd'hui, mais ce décryptage est des plus faciles. Il l'est d'autant plus que nous faisons l'expérience permanente de ce "mode de fonctionnement".

Bien entendu, il  faut ouvrir le livre de la Genèse (2/4) et se référer au deuxième récit de la création. Au premier verset, "Dieu forma l'homme de la boue du sol et il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant" qui présente. Il  faut également prendre en compte le prologue qui souligne l'importance de la Parole, "le Verbe" créateur, "en qui est la vie" et "qui s'est fait chair".

La transposition "selon Jean" est des plus faciles. Lorsque Jésus nous a adressé sa Parole, il ne visait pas à nous révéler quelque secret sur l'organisation du monde divin; il la "projetait sur le sol", vers la terre des hommes. Par ailleurs, pour transmettre cette Parole, Jésus disposait d'une grande variété de moyens. Il lui aurait été possible de se situer en prédicateur ou maître de sagesse dans la longue tradition que souligne l'auteur de la lettre aux Hébreux: "jadis, à maintes reprises et sous de multiples formes, Dieu a parlé aux Pères par les prophètes". Jésus a choisi une voie originale, d'autant plus explicite qu'elle est d'ordre historique : il a "pétri la boue" de notre pâte humaine, en parfaite loyauté avec les possibilités et les virtualités dont tout homme dispose "par nature", il a tenu à témoigner en sa propre personne d'un "type" possible d'épanouissement personnel, communautaire et religieux. Et, selon la richesse de la civilisation juive, il l'a fait en paroles et en actes, la parole suscitant la mise en œuvre et la mise en œuvre contrôlant la juste interprétation de la parole.

Lorsque nous lisons le témoignage que nous rapporte les évangiles, cette voie originale est donc "mise sur nos yeux". Il nous revient cependant d'assumer une seconde dimension que Jésus a voulu attacher au rayonnement de son témoignage, à savoir le respect de la liberté et l'appel à l'initiative personnelle. Dans la foi chrétienne, rien n'est magique. Il faut accepter de "partir", d'avancer quelques temps avec cette boue collée à nos paupières, mais notre marche est déjà orientée car elle est orientée vers une présence actuelle, celle de Jésus ressuscité. Ce n'est pas sans raison que Jean précise que "Siloé" signifie "envoyé".

Un commentaire rabbinique, rapporté par Paul (1Corinthiens 10/4), avait repris l'épisode du rocher d'où l'eau avait jailli dans le désert (Nombres 20/8), en parlant d'un "rocher spirituel qui accompagnait le peuple d'Israël " durant son Exode. Bien entendu, Paul précise aussitôt "qu'il s'agit du Christ".

= progression du texte

Nous avons déjà remarqué la progression que Jean souligne dans nombre de ses présentations. Ici, nous pouvons la suivre à trois niveaux.

a) progression de l'aveugle-guéri dans sa découverte de Jésus : 1. au départ, un témoignage "têtu" en trois points: la boue sur les yeux, la démarche à Siloé pour se laver, la nouvelle vision… 2. foi en Jésus prophète qui rend la vue… 3. adhésion personnelle de disciple malgré les oppositions… 4. témoignage explicite sur la messianité de Jésus… 5. foi en Jésus Fils de l'homme…

b) éloignement des adversaires : hésitations entre "signes" posés par Jésus et prescriptions de la Loi… rejet délibéré de Jésus dans la catégorie des "pécheurs"… justification de ce rejet au nom des Ecritures… endurcissement dans l'aveuglement…

c) réactions des différents interlocuteurs

* Les voisins et les habitués se limitent à un mouvement de curiosité sur le "comment les yeux se sont-ils ouverts?". Mais il n'est rien dit de la suite : foi ou non-foi. Ils demeurent esclaves de leur curiosité insatisfaite. Ils traduisent l'attitude des foules de Galilée, témoins de l'activité de Jésus, mais sans décision ferme pour s'engager à sa suite.

* Les pharisiens première manière sont partagés entre l'adhésion en raison des signes et le rejet pour non-respect des traditions. Ils demeurent esclaves de leur Loi.

* Les parents sont garants de la réalité première, mais la peur l'emporte dès que se manifestent les oppositions. Leur attitude figure celle des premiers auditoires de Jésus, déçus dans leurs espérances messianiques de libération et se rangeant finalement aux autorités religieuses en place.

* Les pharisiens deuxième manière témoignent des points d'opposition qui aboutiront au rejet définitif de Jésus: la séparation de plus en plus prononcée avec Moïse et le problème de ses origines au sens de sa prétention à "venir de Dieu".

Piste possible de réflexion : Même lorsqu'on voit, qu'il est difficile de "faire voir"!

Lorsque nous est annoncé un passage d'évangile émanant de Jean, le quatrième évangéliste, il est habituel que nous éprouvions une certaine appréhension. Et nous n'avons pas tort pour la plupart des textes. Il en est cependant qui se révèlent plus simples et, en ce dimanche, nous bénéficions de l'un d'entre eux.

La guérison de l'aveugle de naissance se présente comme une composition en deux parties nettement différenciées: en premier lieu, la guérison personnelle selon un mode symbolique facile à décrypter… en second lieu, les difficultés du témoignage lorsqu'il s'agit de partager, sinon de convaincre, les différents milieux qui sont contemporains. Nous sommes affrontés à l'une et l'autre des deux situations. Nous pouvons donc facilement nous y retrouver.

1er point : affiner notre vue

= Il est impossible de comprendre la présentation de Jean sans se plonger dans l'ambiance symbolique de sa composition. Il est évident que nous ne nous exprimons plus selon ce vocabulaire et il n'est certainement pas souhaitable que nous l'introduisions dans le dialogue avec nos contemporains. Mais l'idée sous-jacente est très claire et il vaut la peine de la dégager. D'ailleurs, nous faisons l'expérience permanente de ce "mode de fonctionnement".

= Pour libérer l'aveugle de son handicap, Jésus procède en trois temps : il fait de la boue avec sa salive… il la met sur les yeux de l'aveugle… il l'invite à une démarche personnelle….

a) En ambiance juive, la question de la boue renvoie au texte biblique de la création. Rappelons-nous que le deuxième récit du livre de la Genèse commence par ces mots: "Dieu forma l'homme de la boue du sol et il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant".

Il n'est pas besoin de rapprocher le geste de Jésus de l'attirail des médecines de ce temps, comme si le Seigneur voulait "camoufler" le miracle qu'il accomplissait. Il est possible qu'au départ, le souvenir ait été lié à ce premier aspect de la guérison. Mais lorsqu'on connaît saint Jean et son style symbolique, il importe de ne pas s'attarder sur cette éventualité. L'évangéliste a autre chose à nous dire : pour sortir l'humanité de son aveuglement, Jésus a repris et mis en œuvre deux thèmes créateurs.

Le premier concerne la Parole, symbolisée par la salive et dont la direction est nettement précisée. A juste raison, nous accordons une place centrale à l'évangile, canal permanent de lumière dans notre dialogue avec le Verbe, la Parole "en qui nous puisons la vie". C'est elle qui nous permet de ne pas nous égarer dans l'imaginaire religieux lorsque nous vivons l'aujourd'hui de nos rapports avec lui. Mais en Jésus, il convient de nous rappeler que cette Parole n'a pas cherché à nous révéler quelque secret sur l'organisation du monde divin; elle a été "projetée sur le sol", vers la terre des hommes. Et elle le reste à jamais.

Le second thème créateur concerne la voie tout à fait originale que Jésus a choisie en vue     d’exprimer cette Parole. Il disposait d'une grande variété de moyens pour  livrer son message. Il  aurait pu se situer en prédicateur ou en maître de sagesse selon la longue tradition juive. Car, "jadis, à maintes reprises et sous de multiples formes, Dieu avait parlé aux Pères par les prophètes". Jésus a choisi une autre voie, "le Verbe s'est fait chair", autrement dit, selon l'image biblique, il a "pétri la boue" de notre pâte humaine. En parfaite loyauté avec les possibilités et les virtualités dont tout homme dispose "par nature", il a tenu à témoigner en sa propre personne d'un "type" possible d'épanouissement personnel, communautaire et religieux. Et il l'a fait en paroles et en actes, la parole suscitant la mise en œuvre concrète et la mise en œuvre contrôlant la juste interprétation de la parole.

b) Nul ne peut contester ce choix puisqu'il est d'ordre historique et a bénéficié de l'attention de nombreux témoins. En outre, en toute cohérence avec cette volonté initiale, le rayonnement apostolique s'est accompagné de la rédaction des évangiles, permettant à cette Parole "vue et entendue" d'être portée "en tous temps et en tous lieux". Ainsi est présent à chaque époque Celui que l'on n'entend plus ni ne voit désormais directement mais dont la Parole vécue est proposée en lumière à partir du fait qu'il "a habité visiblement parmi nous".

Autrefois, le geste de "mettre sur les yeux" le témoignage de Jésus pouvait présenter quelque difficulté d'application. Mais, aujourd'hui, le développement des médias et l'importance du "voir" pour s'informer, comprendre et réfléchir en tous domaines facilitent et valorisent la transposition de la deuxième étape de notre texte.

c) La troisième étape ne fait qu'accentuer le "fonctionnement psychologique" que Jésus a imprimé à cette Parole. Dans le cadre du ministère en Palestine, cette dimension ressort de son expression "visible", mais elle affecte tout autant sa transmission, son rayonnement et son accueil dans la suite des siècles et la diversité des civilisations. Pour la foi chrétienne, rien ne sera jamais magique. A la Parole sont liés intimement le respect de la liberté et l'appel à l'initiative personnelle.

Tout chrétien est donc invité à "partir", à avancer quelques temps avec cette boue collée à ses paupières, mais en sachant que sa route est orientée vers les temps forts où il vit la présence actuelle de Jésus ressuscité. Ce n'est pas sans raison que Jean précise que "Siloé" signifie "envoyé". Et pour couper court à toute passivité "miraculeuse", il précise l'activité qui doit dominer ces temps de dialogue. La Parole n'est pas un recueil scellé… il importe de "se laver" en elle et de "la laisser nous laver"… "Je suis venu pour que les brebis aient la vie et qu'elles l'aient en abondance"…

= Nous pouvons recueillir de cette première étape trois stimulants évangéliques

* a) Il est certain que nous puisons déjà largement dans l'évangile et que les "lignes de force" du témoignage humain vécu par Jésus nous animent constamment. Mais, en raison d'une formation marquée de plusieurs confusions passées, nous hésitons souvent à parler de "l'humanisme évangélique", de la "boue créatrice". Nous héritons d'un sens pessimiste de l'homme qui pèse lourdement sur les commentaires… les peurs collectives du Moyen-Age ont déstabilisé la foi chrétienne en amplifiant la croix au détriment de ce qui éclairait plus largement les multiples facettes de toute vie humaine… enfin le déisme des derniers siècles a orienté la résurrection vers le ciel plus que vers la terre…

* b) Le Concile et le renouveau liturgique ont fortement contribué à "remettre sur les yeux" les textes qui permettaient de saisir le concret du témoignage de Jésus alors que les dogmes en étaient devenus la seule résonance. Pourtant, quelques malaises subsistent pour que le "voir" franchisse le seuil des pupilles: souvent quelques récits merveilleux tiennent lieu d'une vraie connaissance… la désignation vague de "Parole de Dieu" englobe des "humanismes progressifs" très différents; ils ont eu leur valeur de préparation, mais leur lecture collective ne met pas assez en relief la priorité qu'il nous faut donner à un "accomplissement" fait de rupture tout autant que de continuité.

* c) Enfin, il importe de "se laver à Siloé" et, en raison des mutations qui marquent nos civilisations modernes, la chose se révèle aujourd'hui fort délicate. Il nous faut sentir l'audace de l'évangéliste lorsqu'il en appelait aux symboles créateurs de la Genèse. Pour lui il ne s'agissait pas de consacrer une longue tradition dont il ne niait pas la valeur et dont nous devons reconnaître l'efficacité. Car, au cours du millénaire qui a précédé notre ère, il est certain que le judaïsme a fortement contribué à faire évoluer le sens de Dieu, le sens de la personne et l'échange communautaire. Mais l'histoire procède autant par mutations que par évolutions.

Aujourd'hui, mondialisation, progression des connaissances et des techniques, sensibilité démocratique ne sont pas en opposition ni à côté du témoignage de l'évangile. Il s'agit de la même "boue", de la même pâte humaine. Et ce n'est pas la moindre des richesses dont nous disposons lorsque Jésus évoque sans animosité le partage équitable, le soutien aux plus pauvres, la promotion de chacun dans un cadre de paix… La création est un chantier permanent mais nous ne manquons pas de matériau…

2ème point : "faire voir"

Les échecs répétés de l'aveugle-guéri auprès de ses contemporains risquent de mettre à mal l'optimisme trop béat qui affecte souvent les appels au témoignage. Aussi est-il utile d'avancer en premier quelques remarques plus positives.

= Nous pouvons d'abord observer que Jésus n'a rien demandé à l'aveugle. La présentation de l'évangile est très nuancée. Les voisins se posent la question en raison de la nouvelle liberté de mouvement qu'ils constatent, mais il ne s'agit pas de "réclame" et l'efficacité du témoignage ne semble pas être le premier souci de l'ancien mendiant. Ce n'est qu'au terme de leurs hésitations que les voisins en réfèrent à l'intéressé, ce sont eux qui demandent des explications.

= Leur questionnement ne provient pas de nouvelles activités, mais de l'assurance qui anime des activités ordinaires. Etre aveugle de naissance ne retire pas le pouvoir de vie, elle le ralentit. Certes, le symbolisme du mendiant peut lui être appliqué en raison d'hésitations inévitables. Mais un aveugle accomplit les gestes personnels de l'existence, il entend, il parle, il marche…

= Nous pouvons admirer l'entêtement de l'aveugle mais il est essentiel de repérer la simplicité et la permanence de sa réponse : que ce soit en dialogue avec les voisins, les parents ou les pharisiens, il s'en tient à quatre points précis : Jésus a fait de la boue - il l'a mise sur mes yeux - il a recommandé de me laver à Siloé - je vois. Pas de subtiles références aux Ecritures selon les échanges religieux de ce temps, les faits sont bruts et constatables. La dernière discussion avec les pharisiens prolongera cette simplicité de présentation, mais celle-ci restera prioritaire.

= Il faut constater également que la première étape situe d'emblée la suite des événements dans une ambiance positive. Habituellement la présence des souffrances et des handicaps pèse sur les interrogations inévitables concernant leur origine. Si nous avions composé l'évangile, nous aurions sans doute situé la question des disciples et la réponse de Jésus en finale de l'épisode. Au contraire, Jean entre sans détour dans le vif du sujet et imprime ainsi une orientation libératrice et créatrice aux étapes suivantes.

Sur ce point, l'évangéliste est fidèle à la pensée exacte des premiers chapitres de la Genèse. Certes l'humanité est aveugle de naissance, mais ceci ne lui retire pas son pouvoir de vie. Elle reste bonne en son fond, même s'il est évident qu'elle est handicapée. Ce n'est pas "la faute de ses parents", il ne s'agit pas de forcer les conséquences du "péché des origines"… Ce n'est pas la faute des lacunes actuelles, elles sont souvent la conséquence de cet aveuglement, elles n'en sont pas l'origine. Nul ne peut nier que l'homme est limité par nature en certains domaines, mais c'est justement l'œuvre que Jésus s'est fixée en son incarnation : faire accéder à la lumière "par sa propre humanité".

L'étendue des oppositions

En ce qui concerne les oppositions qu'affronte l'aveugle guéri, l'évangéliste ne fait que regrouper celles que Jésus a rencontrées en son temps. Il en détaille l'analyse de façon universelle en pensant aux difficultés que rencontrera tout disciple, quels que soient le temps et le lieu. Sous des formes et des expressions variées, les conditions seront les mêmes.

1. Les chrétiens susciteront toujours un mouvement de curiosité chez les voisins et ceux qui, pour diverses raisons, s'intéressent aux "choses de la foi". Au temps de Jésus, il s'est agi des foules de Galilée, témoins de son activité et de la clarté de son message. Les hésitations l'emportèrent pourtant lorsque l'opposition des pouvoirs religieux se fit plus nette. La manière dont il avait cherché à "ouvrir les yeux" posait trop de questions à l'encontre des conceptions traditionnelles. Au temps des apôtres, comme en témoigne l'expérience de Paul à Athènes, ce furent d'autres difficultés qui firent reculer l'adhésion des milieux grecs à la foi. Aujourd'hui, le timide intérêt qu'avait provoqué le renouveau du Concile se perd dans les bouleversements de l'actualité.

2. En confirmant son enseignement par un certain nombre de signes et en critiquant plusieurs traditions, Jésus a ébranlé le système religieux pharisien dont l'influence était majoritaire à son époque. Cette remise en cause visait à retrouver les valeurs authentiques portées par le passé. Mais elle appelait à dépasser la lettre de la Loi pour en retrouver l'esprit et nous savons que ce fut l'échec. Il en a été souvent ainsi, y compris à l'intérieur de l'Eglise en certaines époques dramatiques. Nous sommes loin d'en être sortis au constat des conservatismes et traditionalismes qui divisent les communautés chrétiennes.

3. Selon la présentation de Jean, les parents se portent garants du handicap initial, mais, chez eux, la peur l'emporte dès que se manifestent les oppositions. L'allusion est très nette à la manière dont les premiers auditoires de Jésus, déçus dans leurs espérances messianiques de libération, se sont rangés finalement à l'avis des autorités religieuses en place. L'épreuve familiale a été ensuite assumée par le petit groupe des disciples qui n'ont pu entraîner leurs frères de race. Elle semble rejaillir aujourd'hui alors que nombre de familles souffrent de tensions ou de ruptures lorsqu'est abordé le thème de la foi.

4. Les pharisiens deuxième manière témoignent des points d'opposition qui aboutiront au rejet définitif de Jésus. Ils s'enlisent de plus en plus dans leur système et se figent sur le passé… en un mot, ils deviennent de plus en plus aveugles. C'est alors que l'aveugle guéri, à partir du peu qu'il sait, se lance sur des pistes nouvelles. Il dépasse le plan de sa guérison physique et s'engage dans un débat pour lequel il semblait peu préparé techniquement parlant. Il ouvrait ainsi la voie à tous les chrétiens et chrétiennes qui, aujourd'hui comme autrefois, ont conscience de la lumière que leur apporte l'évangile et vivent le dynamisme de leur foi.

Progression de la foi sous la pression des oppositions

En conclusion rapide, nous ne pouvons manquer de remarquer une double progression au niveau du témoignage et au niveau du lien avec Jésus. Même si le cheminement peut apparaître comme un combat incertain et si l'évangéliste souligne l'éloignement progressif des adversaires, les épreuves et les oppositions permettent à l'ancien aveugle de progresser.

= Il progresse dans la manière dont il présente Jésus. Au départ, il doit admettre qu'il connaît peu de choses sur celui qu'il n'a jamais vu directement. Réfléchissant sur les conditions de sa guérison, il n'hésite pas à situer ensuite Jésus dans la lignée des prophètes. Prenant alors délibérément sa défense en tant que disciple, il présente avec bon sens la valeur des signes qui posent la question du lien privilégié qui constitue le "mystère" de Jésus.

= Il progresse dans son intimité avec Jésus. Au départ, celle-ci se limite à une Parole et à une promesse. Elle se précise ensuite en portée missionnaire. Mais l'évangile tient à conclure en couronnant ce cheminement par la rencontre personnelle avec le Fils de l'homme. Apparaît alors la même intimité significative que Luc traduira au terme de l'épisode d'Emmaüs : "leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent"…

 
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